Excerpt for Âmes-Soeurs by , available in its entirety at Smashwords

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Publié par Serge Perreault chez Smashwords.com

© 2017 Serge Perreault


Édition numérique

Dépôt légal 1er trimestre 2017

Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Bibliothèque et Archives Canada

ISBN – 978-2-9816237-3-7


Conception Graphique par Alexandra Guignard

« ***** »



PRÉFACE



Cette courte histoire est venue se greffer à ma plume au compte-gouttes pour plus tard, déferler à mon écran à un moment où je m’y en attendais le moins.

Durant chaque belle journée d’été que ce couple tellement inspirant pour une Vie à deux, passait devant la fenêtre qui éclaire ma table de travail. À chaque fois, je m’arrêtais un moment pour les admirer.

Ils se tenaient toujours par la main. Lui, s’appuyant sur sa canne tandis qu’elle, le corps encore bien droit pour un âge avancé, lui jetait fréquemment de petits regards furtifs. Comme pour s’assurer que la cadence de leur pas, respectait bien la limite des énergies qu’il devait déployer pour qu’ensemble ils se rendent jusqu’à ce parc auquel ils semblaient si attaché.

Vers la fin de l’été une bonne dizaine de jours s’écoulèrent sans même que je ne les aperçoive une seule fois. Durant cette période souvent lorsque mon regard se détournait de l’écran de mon ordinateur pour plonger dans celui donnant sur la rue, l’image de ces deux amants venait à chaque fois, monopoliser mon esprit en plein travail. La soixantaine très avancée peut-être davantage, transportant chacun quelques dizaines de kilos en trop et marchant main dans la main. Tout cela, éveillait en moi une grande empathie.

Puis, en octobre dernier l’équipe n’était plus.

Au beau milieu de la matinée lors d’un des derniers beaux jours d’un été dont le décompte avait commencé depuis quelques semaines déjà, je l’aperçus. Elle était seule et d’un pas auquel elle m’avait accoutumé, semblait se rendre vers le parc.

Après quelques jours à la voir seule à refaire le même parcours, je décidai de m’y rendre aussi. Je connaissais à l’avance l’endroit exact où je la retrouverais puisqu’à chaque fois que j’empruntais le sentier qui sillonnait cet espace vert pour me rendre au marché public, je pouvais les apercevoir toujours assis au même endroit. Fidèlement soudés l’un à l’autre par cette main que rien ne semblait pouvoir délier. De les voir ainsi, me réjouissait à chaque fois. Les saluant chaleureusement je profitais de chacune de ces occasions pour échanger avec eux, quelques mots de bonheur et de santé. Mais ce jour-là, je n’allais nulle part sauf, vers elle. Je désirais m’enquérir de sa santé mais surtout, de celle de son compagnon de Vie que je ne voyais plus.

À peine les premières salutations terminées que tout doucement, elle déposa sa main sur le banc, me faisant ainsi signe de m’asseoir près d’elle. Et d’une tendresse extrême que je n’oublierai jamais, elle apposa sa main sur ma joue et me regarda affectueusement dans les yeux. D’une voix que seule une grand-mère s’adressant à son petit-fils peut faire entendre, elle me dit tout doucement,

« Noah s’en est allé. Il a quitté ce corps qui le faisait tant souffrir ces dernières années. Mais ne t’en fais, il ne s’est pas trop éloigné. Nul ne le peut ! Il est encore ici tout près. Je le ressens dans ce vent d’automne qui prend plaisir à déloger les feuilles de leurs branches. Je l’entends dans les rires des enfants qui s’amusent dans les balançoires. Et il est évidemment très présent en moi puisqu’à chaque fois que je ferme les yeux, je vois réapparaître ce tout premier sourire qu’il m’a lancé et qui m’a fait craquer pour lui. Il était si charmant, ce bel homme dans son uniforme kaki. Il me nourrit encore de son Énergie. Je le sais car mon corps est en mesure de La ressentir. À chaque battement, mon Cœur s’en régale encore. Il est là tout près et attend patiemment qu’à mon tour je franchisse ma propre ligne d’arrivée.

« Tu sais jeune homme, me dit-elle, ce Lien qui unissait moi et Noah, n’a rien d’unique. Il est tout ce qu’il y a de plus tangible et d’accessible pour ceux qui y croient et qui le désirent vraiment. Malheureusement sur cette terre, personne ne semble n’y prêter aucune attention. C’est là, l’unique raison pour laquelle les gens ne peuvent pas le voir. Ce Lien existe vraiment, et il est très présent à l’intérieur de beaucoup plus de relations amoureuses qu’on ne voudrait le croire. Et la réponse à cela, est très simple.

« Trop d’entre nous le considérons comme un acquis. Et dès que nous croyons qu’il a franchi pour de bon la porte de nos Vies, Il nous échappe complètement et se perd très vite avec le temps et les années. Même que quelques fois, certains le négligeront dès les quelques mois qui viennent à peine de s’écouler puis, le perdront pour toujours !

« Malheureusement la majorité d’entre nous sur terre, n’accordons à ce Lien que ce que l’ego, veut bien qu’on Lui accorde. Et c’est là, un tort immense. Car de par sa Nature, Il représente beaucoup plus que tout ce que cette majorité d’entre nous ne sauraient l’imaginer.

« L’Amour est un noble sentiment, une émotion qui prend naissance dans les racines du Cœur et qui doit être nourri. Il se surprendra à grandir au fur et à mesure qu’on l’alimentera convenablement. Il peut briller de mille feux si chacun des deux intéressés l’assaisonne de Respect, de petites attentions au quotidien, de petits attouchements au moment où lorsqu’on s’en attend le moins et de tendres câlins juste au moment où, ils sont le plus désirés.

« On pourrait comparer l’Amour à un fruit pour qui, tous les éléments de la Nature doivent travailler en commun pour lui permettre d’arriver à maturation. Et pour que ce fruit mûrisse comme il se doit, il aura besoin des rayons du Soleil, de la douceur du vent à travers les feuilles qui l’entourent mais surtout et avant tout, de la sève qui provient des racines de l’arbre qui l’a fait bourgeonner et qui le tient ensuite à bout portant, tout au bout de ses branches. Ce n’est que si toutes ces conditions sont réunies que le fruit acquerra toutes ses qualités et qu’il regorgera des meilleurs nutriments qui sont intrinsèques et inhérents à sa vraie Nature. Et c’est à ces conditions seulement, que ce fruit pourra nourrir quiconque aura l’audace de s’en approcher et le cueillir.

« Si tu permets, je le vois dans ton regard. Je sais que tu as compris exactement tout ce que je viens d’énoncer. Je ne te demanderai en retour qu’une seule chose ! Sers t’en, pour le laisser savoir à tous ceux qui t’entourent afin qu’eux aussi à leur tour, puissent le décrire comme il se doit de l’être. Et pourquoi pas, le vivre comme tout un chacun se doit de le vivre !

Jamais encore, de toute ma Vie n’avais-je entendu quelque chose d’aussi admirable et d’aussi précieux. C’était donc çà ! L’Amour véritable.

Nous échangeâmes une longue étreinte.

Il ne m’en fallut pas plus pour que je m’efforce à refouler le flot de larmes qui insistait pour se manifester. Mais plutôt que de céder, je prétextai devoir retourner à la maison. Avant de la quitter, un dernier regard, un dernier câlin et presque dans la hâte, je rebroussai chemin.

Je n’avais pas encore parcouru les vingt premiers pas, que toutes ces larmes que je tentais en vain de réprimer, jaillirent pour venir inonder mon visage. Comme un pauvre idiot, je me sentais rassuré d’être maintenant dos à elle à ce moment-là. Mais aujourd’hui, je le regrette. Je regrette de ne pas avoir partagé ces larmes avec cette grande Dame car dans un sens, ces larmes provenaient de la même Source et s’étaient frayé un chemin à travers le même chagrin d’Amour. Elle aurait mérité que je les lui fasse voir et entendre en toute franchise, et en toute sincérité.

Du revers de la main j’essuyai mon visage inondé et j’accélérai la cadence pour retourner chez moi le plus vite possible. Là où à l’abri des regards, je pourrais laisser libre cours à mes émotions. Peut-être que moi aussi un jour, dans cette incarnation ou dans une autre, la Vie me permettra de connaître la Grandeur d’un Amour semblable me disais-je.

Je savais que la tendre empathie que je ressentais envers ce couple à chaque fois que je le voyais passer devant ma fenêtre me marquerait d’une façon ou d’une autre. Mais, cette Sagesse avec laquelle cette Dame avait su dépeindre et exprimer en quelques mots la conclusion de leur Union, me toucha grandement. Non seulement l’auteur en moi fut-il remué par toute cette sagesse mais elle colora aussi le Cœur de l’homme que je suis. Et je savais que ce précieux échange referait surface tôt ou tard à travers les mots.

L’été s’étant définitivement retiré, ce fut la dernière fois que je la revis.

Comme à chaque vendredi depuis que j’habite le quartier, je me rends au marché public pour m’y approvisionner. J’emprunte toujours le même sentier qui traverse ce fameux parc. En février dernier, j’y faisais mes courses lorsque je croisai un de mes voisins qui m’annonça que la Dame à son tour, était décédée. Je ne pus m’empêcher de réentendre et de revoir cette dernière conversation. Je me suis même surpris à ne ressentir aucune tristesse de son départ, au contraire !

Je me sentais très heureux en pensant aux incroyables Retrouvailles qu’ils ont dû vivre l’un, l’autre dans ce que nous ici-bas, appelons l’au-delà. Une fois à l’extérieur et tournant le regard vers le ciel, je pris un court instant pour remercier la Vie allant jusqu’à bénir cette Réunion éthérée entre deux Êtres qui s’étaient aimés si profondément en ce monde et qui maintenant je n’en ai aucun doute, étaient de nouveau réunis dans l’Absolu.

Quelques semaines plus tard alors que je travaillais à la rédaction d’un nouveau texte, toute l’inspiration que je sentais monter en moi, disparut d’un seul trait. Exactement de la même manière qu’arrive une panne de courant et que toute la maison sombre dans le noir. Tellement, que j’ai dû mettre de côté tout le travail que j’avais si bien amorcé.

Une demi-heure plus tard café à la main, je me tenais debout devant la fenêtre, croyant ma journée d’écriture terminée. Soudain une douce chaleur m’enveloppa et je sentis monter en moi ce genre d’élan qu’on ne peut réprimer et qui ne surgit que très rarement chez un écrivain. Ce genre d’Énergie qui vous submerge et qui vivifie l’Esprit après s’en être emparé. Je retournai immédiatement à mon ordinateur pour l’ouvrir de nouveau.

Sans vraiment comprendre mon geste, j’avais maintenant devant moi une page complètement blanche que je fixais comme si j’allais y voir apparaître une formule magique. Dans l’instant qui suivit, une coulée de frissons me parcourut tout le corps, l’émotion m’envahit et mes doigts commencèrent à s’animer sur le clavier.

Je vous en livre ici, le résultat.



Âmes Sœurs

«*****»



Muette, Victoria savourait avec enchantement la criaille des enfants qui s’égosillaient dans les balançoires sous l’œil protecteur des adultes, ces chaperons de première nécessité et escortes indispensables jusqu’à leur plaisir quotidien. Depuis plusieurs années déjà, en compagnie de Noah le seul prétendant que son cœur n’ait jamais hébergé, ils avaient comme pour ainsi dire, presque quotidiennement épousé ce parc. Plus précisément, ils s’étaient amourachés de ce vieux banc en bois adossé à un magnifique chêne qui lui-même avait dû prendre de nombreuses décennies avant de s’y déployer dans toute sa plénitude. Convenablement installé sur cette butte et du haut de ces planches, le couple pouvait facilement s’offrir tout le parc en spectacle.

Ce matin-là l’air était transparent et le climat délicat. Les jeunes tourtereaux en pleine vétérance semblaient véritablement jouir de cet après-midi d’automne passé au grand air. Noah semblait s’y abandonner totalement. La sérénité de l’air était presque palpable et la douceur de l’ambiance semblait recouverte d’un dôme qui contraignait cet instant précieux à demeurer là sur place, afin de l’empêcher de se disperser aux quatre vents. Les minutes s’écoulèrent et tout comme il l’avait fait des centaines de fois auparavant, Noah décida d’adopter la posture qu’il préférait le plus. Pour un instant, il lâcha sa main. Juste le temps de s’éloigner sur le côté et de prendre la distance nécessaire pour s’étendre sur le banc. Mi-assis, mi-couché, il déposa sa tête sur les cuisses de sa Compagne.

Le soleil dorait scrupuleusement tout le parc et ses environs, soucieux de ne pas allonger des rayons trop inappropriés pour la saison, ni accabler ceux qui vêtus de leur peluche d’automne, étaient venus savourer un des derniers beaux jours de l’été. Cet été qui déjà était remis en cause par les nombreuses manifestations que l’automne s’était permis d’organiser en toute complicité avec la Terre. Cette dernière, pour soutenir la venue d’un nouveau règne saisonnier, s’était inclinée pour modifier l’angle à travers lequel le Soleil devait maintenant la zieuter.

Mais voici que l’été avait de lui-même décidé de proroger son règne pour encore un temps et pour y arriver, il réapparut sous une autre identité, l’été de la Saint-Martin. Ce qui exigea de la part de l’Astre du jour de dispenser encore pour quelques jours du moins, la chaleur de ses rayons et de la prodiguer aux habitants de toute la région. Ce petit subterfuge fréquemment utilisé par l’été, est aussi appeler par certains, l’été Indien.

Un bruit de jacassement plus soutenu et plus caverneux que la criaille des enfants attira immédiatement l’attention de Victoria, qui porta son regard vers le ciel sans nuage.

C’était l’œuvre du Maître-archer de Dame Nature qui dans sa joute annuelle, s’amusait une fois de plus à déclencher ses flèches d’oies blanches en direction du Sud. Ordonnance pour l’Été qui lui signifiait qu’elle devait se retirer dans ses appartements et que les pages du calendrier qui lui avaient été attribuées, avaient toutes été tournées.



*****



Leur toute première rencontre avait eu lieue dans ce petit hôtel de province dans le petit village de Lana’s Grove. Vêtu de son bel uniforme kaki au toucher épais et rugueux, il lui avait porté le coup fatal en laissant s’envoler exclusivement vers elle ce genre de sourire qui ne pardonne pas. Dès cet instant, le Cœur de la Belle fut tatoué à jamais. Même que toute sa Vie durant, rien de tout ce que le cours du temps aurait pu lui servir, n’aurait pu l’effacer. La prestance de son allure, la carrure de son visage et l’étincellement du regard qu’il affichait l’avaient totalement et follement séduite.

Seules quelques tables les séparaient l’un de l’autre.

Elle, debout à la recherche d’une amie qu’elle devait rencontrer et lui, accoudé au bar une bière à la main et festoyant son retour au pays après avoir été recruté malgré ses convictions morales profondes, par les forces armées du pays. Il avait dû partir en pays étrangers pour combattre un ennemi qu’il ne connaissait même pas. On lui avait enjoint de défendre la Liberté de tout un peuple. Ce qu’il fit avec brio mais non sans mettre en doute à maintes occasions, la conduite et le comportement des dirigeants de ce monde.

Il avait eu à enlever la Vie à des hommes qui tout comme lui, ne demandaient qu’à vivre. Toujours, après chaque combat qu’il avait dû mener il éprouvait de véritables regrets et priait pour que cesse cette tuerie entre tous ces hommes qui somme toute, avaient comme seule faiblesse, celle de s’être laissé prendre à écouter les discours idéologiques de dirigeants insensibles et ignorants des conséquences de leurs actions envers l’homme et l’humanité tout entière. Lorsqu’il en ressentait le besoin, il se retirait loin de ses compagnons pour s’isoler. Une fois à l’abri, il déversait les torrents de larmes que son Cœur avait accumulés et les transformait en prières à l’intention de l’Univers pour qu’elle agisse et que cesse toute cette folie meurtrière créée par certains hommes à l’encontre d’autres hommes.

Quant à Victoria, la garde qu’elle devait sur ordre de son père, maintenir ferme et rigide face au sexe opposé, s’engouffra littéralement à travers les joints du plancher de bois pareil à un plein verre d’eau tombant à la renverse et répandant d’un trait, tout son contenu.

Elle, ouvrière dans une petite usine de munitions et lui, soldat honoré, médaillé et affligé par le talent qu’il avait dû démontrer contre un ennemi qu’on lui avait désigné et qu’il devait accepter comme tel, sans qu’aucune discussion ne soit possible.

Depuis cette soirée, plus jamais ils ne s’étaient quittés.

Pour les Âmes-Sœurs qu’ils ressentaient être, aucune des mondanités ou des traditions imposées par le ritualisme d’une société dans laquelle ils devaient évoluer n’auraient pu les faire renoncer à s’aimer. Le chemin était tout tracé. Ils ne leur restaient qu’à faire exalter la légitimité de leur rencontre et ils le feraient, allant même jusqu’à l’ennoblir. Cette union, rien en ce monde ne pouvait la sceller davantage qu’elle l’était. Ni devant Dieu, et encore moins devant les hommes.

Vous savez, il arrive parfois le long du parcours d’une Vie que surgissent d’inaltérables certitudes qui ne peuvent devoir leur origine qu’à un passé très lointain et presque confus. Elles apparaissent délibérément souvent contre vents et marées et viennent s’inscrire à l’intérieur d’un présent bien organisé et très actuel, comme pour en rajeunir et en revivifier la Source.

C’est donc dans cette petite église de quartier où Victoria avait grandi, que sous l’œil complice des amis et avec la connivence des familles que la cérémonie attestant de leur symbiose se déroula. Dans ce petit quartier où elle prit plaisir à égrener son enfance et s’enrichir de nombreux souvenirs. Mais aujourd’hui, tout ceci ne revêtait plus aucune importance à ses yeux. Elle avait le regard rivé sur leur avenir.

À partir de ce jour et durant toutes les années collectionnées par la suite, la Vie elle-même s’émerveillait et s’illuminait devant la pureté de cette flamme qui émergeait de leur lampe jumelle. Tellement qu’à aucun moment, l’Univers ne porta son attention sur la descendance qu’eux-mêmes, auraient pu souhaiter. Cet état de choses avait bien été effleuré à quelques reprises de part et d’autre mais jamais, cela ne fut à la source du moindre froissement de drap dans le lit de leur existence. L’alternative de l’adoption ne fut en outre, jamais soulevée.

Pour sceller leur vie commune, ils s’installèrent dans un petit appartement très modeste que Victoria s’était empressée à transformer en un véritable nid d’amour. Elle avait un sens inné pour la décoration. Entre ses mains, les choses les plus simples et les plus anodines devenaient des pièces uniques et de par leur originalité, ne manquaient jamais d’embellir et de rehausser tout ce qu’elle avait déjà mis en place. Noah était ravi, car pour lui, toute tentative dans la décoration intérieure tournait toujours à la catastrophe.

Dans la petite ville natale de Victoria, le travail était une denrée plutôt rare et les salaires plutôt maigres. La guerre venait à peine de se terminer et contrairement à l’effervescence économique qui sévissait dans les grandes villes, à Lana’s Grove la Vie se déroulait plutôt au ralenti.

Victoria avait accepté un travail de caissière à l’épicerie du quartier tandis que Noah lui, avait été embauché dans une entreprise en ébénisterie. Sans même tenir compte des salaires peu élevés qu’ils en retiraient, ni l’un ni l’autre ne se sentait vraiment à sa place ni, n’avait le sentiment de s’accomplir vraiment. C’est pourquoi Noah le premier, avait entrepris des démarches afin de trouver un meilleur emploi dans les villes voisines.

Ce n’est qu’au bout de la première année et après plusieurs entrevues que finalement les recherches de Noah portèrent ses fruits. Mateva, une grande compagnie d’assurances qui avait établi son siège social à Pinecrest Valley, lui offrait une place au sein de son équipe au service à la clientèle. Noah adorait le contact avec les gens et même s’il ne connaissait rien aux assurances, il était tout de même ravi de l’opportunité.

C’est lui qui quitta Lana’s Grove le premier. Victoria elle, attendrait patiemment que Noah trouve un nouvel endroit où ils aménageraient. En un rien de temps il avait déjà trouvé un logement très convenable et qui plus est, situé dans un quartier résidentiel. Avant même de penser à signer le bail, il s’empressa d’appeler Victoria pour que le soir même elle le rejoigne et qu’ensemble, ils visitent le nouvel appartement qu’il avait choisi. Tout ce qu’ils faisaient, ils le faisaient toujours en duo. Victoria fut charmée non seulement par l’aspect général du logement et du quartier mais aussi de la hauteur des plafonds et du travail raffiné qui ornaient les boiseries.

C’est ainsi qu’ils quittèrent la petite ville de Lana’s Grove, la famille et les amis pour aller poursuivre leurs rêves à quelque 100 kilomètres plus loin, à Pinecrest Valley.

D’un commun accord il avait été décidé que Victoria attendrait un mois ou deux avant de se remettre à la recherche d’un nouvel emploi pour ne se consacrer qu’à l’emménagement de leur nouveau nid d’amour. Pour les tourtereaux qu’ils étaient, c’était assurément la plus grande des priorités.

Les emplois même à Pinecrest Valley, n’étaient pas légion. Ce n’est que cinq mois plus tard que Victoria trouva sa place dans une petite entreprise de décorations intérieures qui avait ses bureaux juste au bas de la rue où ils habitaient. Les deux femmes ne se connaissaient pas vraiment mais se saluaient à chaque fois que Victoria passait devant la boutique lors sa promenade quotidienne ou pour aller faire des courses au centre-ville. Et à chaque fois qu’elle passait devant cette boutique, sa petite voix intérieure lui susurrait à l’oreille d’y entrer. Elle n’eut pas besoin de le faire.

Un jour alors qu’elle revenait de faire ses courses les bras chargés de sacs d’épicerie, la propriétaire de la boutique sortit en trombe et heurta Victoria de plein fouet. Le choc fut assez violent pour que se répande sur le trottoir presque la totalité de ce que contenaient ses sacs. Les deux femmes un peu étourdies par le choc se confondirent l’une l’autre en excuses. La dame aida Victoria à ramasser ses achats et l’invita à rentrer à l’intérieur. Question de reprendre ses sens avant de poursuivre sa route.

Une fois confortablement assises à l’intérieur, les deux femmes échangèrent quelques mots. Mais très vite, toute la discussion prit la forme d’un échange entre deux passionnées de décoration intérieure. Il ne fut pas très long avant que la chimie ne s’installe entre les deux femmes.

Victoria démontrait tellement d’enthousiasme devant les réalisations que lui présentait Vicky la propriétaire de la boutique, que cette dernière finit par lui avouer que sa clientèle avait presque doublé durant les trois dernières années et qu’elle ne fournissait plus à la tâche. Elle était submergée par le travail et avait dû abandonner tous ses loisirs au profit de sa clientèle toujours grandissante et de plus en plus exigeante.

Elle avait bien songé à engager une autre décoratrice mais n’avait jamais vraiment pris le temps nécessaire pour faire les bonnes recherches. L’aide d’une autre personne qualifiée était devenu indispensable et ne serait pas de trop pour combler cette lacune qui ne faisait que s’aggraver avec le temps. Elle ajouta que si elle lui avait rentré dedans en sortant en trombe de la boutique, c’était justement pour se rendre chez une cliente dont les rendez-vous avaient déjà été remis à trois reprises. En entrant dans la boutique, elle avait d’ailleurs pris soin d’appeler celle-ci pour lui signifier qu’elle serait en retard.

Après un moment de silence visiblement accompagné d’un regard presque inquisiteur de la part de la décoratrice envers Victoria, et à la grande surprise de cette dernière, Vicky l’invita à l’accompagner chez sa cliente. Ravie, Victoria s’empressa d’accepter l’invitation. Le temps d’aller chez elle, ranger ses sacs et elle reviendrait à la hâte. Mais la propriétaire de la boutique suggéra plutôt de l’accompagner en auto jusque chez elle et de là, elles se rendraient ensemble chez la cliente.

En fait, derrière cette suggestion se cachait un motif tout autre. Pour confirmer son intuition face aux talents en décorations de Victoria, Vicky s’était mis en tête qu’il fallait d’abord qu’elle voit sur place à quoi ressemblait l’appartement de celle-ci. Sa surprise fut de taille. Jamais elle ne se serait attendue à voir réunis dans un même endroit tant de meubles de styles différents, de tentures aux couleurs et aux tissus aussi variés l’une que l’autre mais qui de par leur agencement, formaient un décor très harmonieux et des plus chaleureux. Aux endroits stratégiques sur les planchers de petits tapis étaient installés ici et là, ce qui donnait à chacune des pièces un charme et une chaleur exotique, très agréable pour l’œil. En passant d’une pièce à l’autre on avait l’impression de changer d’endroit. Même les cadres et les bibelots ajoutaient si bien à l’atmosphère ambiante que finalement chacune des pièces se révélait être agencée avec soin, élégance et délicatesse. Vicky était conquise. Assez pour lui avouer qu’elle n’avait jamais vu rien de semblable, nulle part ailleurs.

La visite chez la cliente s’étant passée avec un tel ravissement, qu’avant même de démarrer la voiture Vicky se tourna vers Victoria et lui annonça d’emblée qu’elle devra se mettre au travail le plus vite possible. Au plus tard, en début de la semaine suivante, elles devaient être toutes deux prêtes à retourner chez cette cliente et lui soumettre les esquisses de ce qu’elles auraient à lui proposer.

C’est ainsi que les deux femmes devinrent les deux meilleures amies du monde en plus de se révéler être un complément idéal pour l’esprit créatif de l’autre. En l’espace de seulement quelques années, la renommée de la boutique s’étendit d’un bout à l’autre du pays. Victoria et Vicky devinrent des associées à part entière et le nom de la boutique fut changé pour « Les Créations V ».

Le soir venu, Noah avait à peine passé le seuil de la porte que Victoria se jeta à son cou pour le traîner jusqu’à la salle à manger où l’attendait une table bien mise, éclairée à la chandelle avec une bouteille de vin blanc assise confortablement dans le seau à glace.

Durant tout le temps qu’elle mit à raconter son incroyable journée, à aucun moment elle ne put lire la déception dans le Cœur de Noah lorsqu’elle lui fit l’annonce de son nouvel emploi. Sous aucune considération aurait-il laissé paraître quoi que ce soit qui ait pu trahir son émotion. Au contraire, il n’exprima que des louanges envers sa Bien-aimée, l’embrassant et la félicitant en sachant très bien que la décoration était pour elle, une passion vivante.

De tous les combats qu’il avait dû mener dans sa Vie, celui-ci compta parmi l’un des plus douloureux. Non pas celui d’avoir refoulé et caché si profondément la déception qu’il avait éprouvée, mais beaucoup plus celui de ne pas avoir eu le courage de lui avouer que sa toute première pensée en la voyant si heureuse et tellement enthousiasme avait été celle de l’annonce d’une grossesse.

Noah déploya tellement bien tous les efforts qu’il devait pour ne laisser rien entrevoir de sa déception ni même de la laisser remonter à la surface, que jamais l’idée qu’il aurait pu croire à l’annonce d’une grossesse n’est venue à l’esprit de Victoria. Pour Noah, c’était très bien ainsi. Et tout au long de leur vie commune jamais il ne le lui avoua non plus. Il n’était pas question de la blesser de quelque façon que ce soit, même un tant soit peu.

Ce fut la seule et unique fois où Noah eut à cacher les véritables émotions qui l’avaient étreint ce soir-là. Et toute sa Vie durant, plus jamais une telle chose ne se répéta.

Mais pour tout le reste, lorsque dans son travail il se sentait submergé par un quotidien presque malsain pour sa propre Conscience. Qu’il désespérait des décisions qu’on le forçait à livrer à ses clients, des verdicts qui ne contenaient ne serait-ce qu’une seule once de bonté ou de compassion et qui venaient anéantir chez eux, tout espoir de se rebâtir.

Même à l’encontre de certains qui se croyaient à l’abri et bien couverts par leur police d’assurance, et qu’on l’obligeait à rendre un verdict qui relevait davantage d’un capitalisme sauvage que celui d’une justice sociale, son Cœur se brisait à chaque fois.

Noah n’avait jamais été en mesure d’accepter cet état de choses sans qu’il ne se prenne d’une grande empathie pour ces pauvres gens qu’il voyait soudainement floués par de mystérieuses clauses microscopiques que personne ne peut lire.

Et lorsqu’une de ces journées lui nouait le Cœur de cette façon, il s’empressait de rentrer vite à la maison pour puiser réconfort et soulagement en se réfugiant auprès de son tendre Amour. C’est seulement en sa présence et sous son regard bienveillant qu’il pouvait se retrouver et lâcher-prise.

Lorsque cela se produisait, il abandonnait sur le pas de la porte l’homme qu’il était pour ne laisser entrer que l’enfant qu’il savait être et se blottissait dans les bras de sa Compagne, sachant qu’il y retrouverait paix et compréhension. Il en avait été de même depuis les tout premiers instants de leur Union. Non pas celle qui avait eu lieue à l’église, mais bien celle, qui s’était scellée dans le bar de ce petit hôtel quelques années auparavant.

Elle prenait sagesse à entourer son visage de ses mains tout en maintenant son regard plongé dans ses grands yeux afin qu’il ne se concentre que sur elle et sur la plénitude de l’Âme qui l’habitait. Et à chaque fois, il se produisait toujours le même merveilleux phénomène. Elle avait cette capacité de lui ouvrir l’unique passage donnant accès aux couloirs illuminés de l’Existence. Et au bout de ces couloirs il pouvait retrouver la Source où là, sont conservées toutes les réponses.

Victoria savait exprimer l’infinie tendresse du Cœur. Cette compassion si vibrante d’Énergies qui ne cède jamais face à l’adversité et aux aléas de la vie et encore moins devant les obstacles inventés pour l’Âme, par l’homme et son ego.

Dans ses bras il se sentait immunisé. Elle seule avait le pouvoir de réduire à néant l’emprise hypnotique que les tracas et les pièges du quotidien se permettaient d’exercer sur lui. Homme de compassion et doué de l’Intelligence de l’Esprit, il se sentait néanmoins impuissant à changer ce qu’il croyait devoir l’être.

À maintes reprises il avait songé à quitter ce travail pour un autre et de se repositionner ailleurs là où, il pourrait être utile sans être obligé de souffrir lui-même des décisions qu’il devait rendre.

Cette fois, c’est Victoria qui prit les devants. Elle lui demanda de quitter son travail pour en trouver un autre. Elle lui suggéra d’abord de chercher à œuvrer dans le même domaine puisqu’il y excellait. Noah un peu niais, lui avoua n’avoir jamais sérieusement exploré cette possibilité. Victoria avait une confiance inébranlable en la Vie et en son époux.

Elle se précipita à la cuisine pour revenir avec une petite tablette et un crayon. Tandis que Noah la regardait un peu médusé, elle dressa devant lui le tout nouveau budget avec lequel ils auront à vivre jusqu’à ce qu’il trouve un nouvel emploi. Pour Victoria qui connaissait bien son amant, aucune autre solution n’était envisageable et il devait se plier à sa décision. Ce qu’il fit.

Ensemble et fusionnés, ils n’avaient jamais connu ce qu’était la richesse, ni les extravagances matérielles qui semblaient se promener allégrement dans le jardin de certains que la populace considérait comme, les plus chanceux. Mais connaissant bien la fragilité des bonheurs de ceux-là qui de toutes leurs forces se confinent à vivre à l’intérieur des frontières matérielles, jamais les deux amoureux n’en prirent ombrage. Conscients et reconnaissants de leur intime prospérité, rien de ce qu’ils auraient pu posséder en ce monde n’aurait pu à leurs yeux, égaler ni même ajouter à l’authenticité des sentiments qui auréolaient la noblesse de leur Union.

Quelques jours à peine après que Noah eut démissionné de son poste chez Mateva, il rentra en trombe à la boutique de décoration, salua prestement Vicky et se dirigea directement à l’arrière où il savait qu’il y retrouverait Victoria. À peine se fut-elle retournée pour l’accueillir qu’il la prit dans ses bras et l’embrassa longuement. Vicky qui regardait de loin était à la fois surprise et émerveillée de les voir si passionnés l’un de l’autre. Le long baiser terminé, Noah lui annonça qu’il venait tout juste de décrocher un poste au service à la clientèle chez Prestiges Lithographiques.

L’imprimerie était la plus importante en son genre dans tout l’État et comptait plus de 250 employés. Son travail consisterait à servir plus d’une trentaine de clients qui faisaient affaire avec l’entreprise depuis de nombreuses années et pour lesquels il serait l’unique lien entre ces derniers et tous les départements de production.

Victoria avait peine à le croire. En si peu de temps son homme avait réussi à trouver un emploi qui le rendrait heureux. Noah scintillait de Bonheur. Il était enchanté de travailler dans ce milieu où sa plus grande responsabilité serait de faire office de représentant des clients auprès de son employeur sans qu’on lui reproche de faire preuve de trop d’empathie et de compassion. Il aurait toute la liberté de voir à leur pleine satisfaction en supervisant toute la production des imprimés qu’ils confiaient à l’entreprise. Mais ce n’était pas tout, On lui avait proposé un salaire de 50% supérieur à celui qu’il touchait chez Mateva. C’était inespéré !

Encore envahi par l’émotion il regarda sa montre, midi allait bientôt sonner. Il souleva sa Bien aimée dans ses bras pour l’amener jusque devant Vicky et lui annoncer qu’il la kidnappait parce qu’ils allaient tous deux déjeuner dans le plus chic restaurant de la ville et qu’elle perdait son associée pour le reste de la journée. C’est avec enchantement et toute souriante que Vicky leur ouvrit toute grande la porte. Victoria se laissa transporter dans les bras de son homme jusqu’à l’auto où il prit soin de l’y asseoir pour ensuite quitter les lieux pour ce fameux restaurant.

Au cours des mois qui suivirent Noah fut littéralement transformé par son nouveau travail. C’était un tout nouvel homme. Il était heureux car au fond de lui il sentait qu’il s’accomplissait merveilleusement bien dans son rôle de représentant à l’interne. Fini les remords, fini toutes ces overdoses de chagrins et de compassions pour des gens qui se sentaient floués par leur compagnie d’assurances. Tous les soirs il revenait au bercail heureux et satisfait du devoir accompli. Tellement qu’un soir au souper, Victoria lui confia que ses tristes retours à la maison où il se jetait dans ses bras pour y trouver consolation et apaisement lui manquaient un peu. Non pas que Noah ne se montrât plus aussi affectueux et tendre, car il l’avait toujours été. Puis elle se reprit en ajoutant qu’en fin de compte de le voir si rayonnant demeurait pour elle, un cadeau de la Vie qu’ils devaient tous deux chérir et conserver intact.

Avec les années, Noah était devenu un employé émérite, un vrai modèle dans son travail. Ses collègues et toute la direction l’appréciaient vraiment à sa juste valeur. Un jour le président de la Compagnie le fit venir dans son bureau. Le directeur de son service s’en irait à la retraite dans les mois qui suivraient et il offrit à Noah l’opportunité de prendre la relève comme directeur du Service à la clientèle.

À la grande surprise de son patron, Noah le remercia d’avoir pensé à lui mais il devait décliner l’offre. Il lui expliqua avec grande humilité que s’il devait accepter ce poste, il devrait laisser de côté tous ses clients pour qui il était devenu non seulement un lien presque indispensable dans la production de leurs imprimés mais aussi, un ami et un professionnel sur lequel ils pouvaient compter en tout temps pour les représenter.

Déconcerté et même un peu offensé, le président essaya tant bien que mal de le faire changer d’idée. Mais les arguments soulevés par le principal intéressé lui firent prendre conscience que la place qu’il occupait auprès des clients qu’il desservait dont plusieurs étaient très importants, se révélait être très précieuse pour le futur de l’imprimerie et que s’il ne voulait pas perdre la confiance que ceux-ci avaient placée dans l’entreprise, il devait se résigner à accepter le refus de Noah.

En quelques années seulement et à maintes reprises les clients dont Noah avait la responsabilité lui avaient fait parvenir des rapports très élogieux sur la façon dont il s’acquittait de ses tâches envers eux. Tous le considéraient comme un conseiller et que pour eux, il était leurs yeux à l’intérieur des murs de l’imprimerie. De plus, il s’occupait merveilleusement bien à veiller à ce que la production de tous leurs imprimés, leurs magazines ou leurs catalogues se fasse sans surprise aucune.

Il fut même question d’un curieux commentaire émis par un des plus anciens clients de la boîte qui avait décidé de prolonger son contrat sur plusieurs années justement parce que c’est Noah qui s’occupait de tous ses dossiers.

Au cours de la signature du nouveau contrat ce client avait même eu la drôlerie d’ajouter « Nous considérons Noah comme un de nos employés tellement nous pouvons lui faire confiance. Mais le plus beau dans l’affaire, est que nous n’avons même pas à le payer. C’est le meilleur agent que vous n’ayez jamais eu dans votre Service à la clientèle, croyez-moi ! »

Revint aussi a l’esprit du président le jour où le PDG d’une des plus grandes chaînes de magasins de détail rayons au pays débarqua à l’imprimerie, et sans aucun rendez-vous se rendit directement à son bureau et demanda à voir Noah en sa compagnie.

Il désirait le rencontrer personnellement afin de le remercier pour le professionnalisme dont il avait fait preuve envers lui et tous les actionnaires de son entreprise de commerce de détails.

Il expliqua au président que les films montés par une tierce entreprise de graphisme qu’on leur avait acheminé et qui devaient être fin prêts pour l’impression des catalogues ne l’étaient en fin de compte, pas du tout. Que dès leur réception ces films avaient été directement acheminés vers la production des plaques pour par la suite, être livrés au Département des presses qui en commencèrent tout de suite l’impression.

Mais que Noah qui révisait toujours avec une grande patience chaque détail, de chaque page des épreuves accompagnant toujours les films, avait repéré que deux des prix affichés sur les copies sortant des presses ne concordaient pas à ceux affichés sur les épreuves.

L’impression du catalogue avait déjà commencé et malgré les protestations du directeur de la Production, c’est de son propre chef que Noah les fit stopper, ordonna qu’on enlève les plaques installées pour les faire ramener vers le département de graphisme où se trouvaient les films originaux qu’ils avaient reçus.

Les deux pellicules contenant les prix erronés furent incisées avec précision et en moins d’une demi-heure les prix correspondant aux épreuves qui étaient en possession de Noah furent soigneusement greffés à la place des anciens.

Ce catalogue une fois imprimé, devait être distribué à plus de trente-cinq millions d’exemplaires à travers tout le pays et aurait affiché deux articles très en demande à un prix inférieur de $3.00 à ce qui devait être. Pour cette importante chaîne de magasins cette erreur aurait coûté plus d’une centaine de millions de dollars en pertes de revenus.

Devant cette évidence sur la qualité il ne put que se résigner à accepter le refus de Noah. Ce dernier, voyant la consternation sur le visage de son patron lui demanda à faire une suggestion.

« Si vous me permettez, Cindy est celle à qui vous devriez confier ce poste. Elle est dans notre service depuis plusieurs années, elle était là quand je suis arrivé. Je la vois à chaque jour exécuter son travail d’une main de maître. Elle est très minutieuse et attentionnée envers les clients dont elle a la responsabilité. En outre, elle possède un jugement très éclairé, je l’ai entendu souvent faire des suggestions à ses clients pour améliorer le contenu de leurs propres imprimés. Je suis convaincu qu’elle serait vraiment à la hauteur. Même que le Service à la clientèle tout entier pourrait bénéficier de son expertise et de toute son expérience dans le domaine. Qu’en dites-vous ? »

Après quelques grimaces très maladroitement dissimulées, c’est avec un immense pincement au cœur que le président accepta finalement cette dissidence d’une rareté inouïe et à laquelle il n’était pas habitué. Mais en fait, ce qui le tracassait le plus est que toute la haute direction avait déjà été mise au courant que son choix s’était arrêté sur Noah et que tous sans exception, l’avaient approuvé.

Trois semaines s’écoulèrent. Un communiqué fut distribué à tous les employés du Service à la clientèle et à tous les membres de la haute direction, à l’effet qu’une réunion spéciale était convoquée pour le vendredi suivant à 16:00hres dans la grande salle de conférence. Parmi les employés seuls Noah et Cindy savaient à l’avance l’annonce qu’on allait y faire.

Lorsque Cindy fut appelée au bureau du président, elle en ressortit atterrée et même presque terrorisée. Elle passa devant le bureau de Noah mais celui-ci n’y était pas. Il était aux presses à superviser l’impression d’un magazine pour un de ses clients. De retour à son bureau Cindy prit le téléphone et composa le numéro du poste de Noah pour lui laisser un message. Il fallait qu’elle lui parle à tout prix et suggéra qu’ils se rencontrent après le travail au Ritz. Le Ritz était un petit Bar situé à l’autre extrémité de la ville et étant donné qu’elle n’avait jamais entendu qui que ce soit au bureau en parler, elle en déduisit qu’aucun de ses collègues ne fréquentait l’endroit.


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