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Carlos Antonio Carrasco



LA DERNIÈRE CONFESSION D’UN LIBERTIN



Roman





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Carlos Antonio Carrasco

LA DERNIÈRE CONFESSION D’UN LIBERTIN

Published by The Little French eBooks

Cover by The Little French eBooks

Copyright 2016-Carlos Antonio Carrasco



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Demande d’Indulgence plénière en 2016, ANNÉE DE LA MISÉRICORDE







AVERTISSEMENT

La dernière confession d’un libertin est un roman, ou plutôt une succession de nouvelles, sans un ordre chronologique ou une géographie précis. Par conséquent, aussi bien le narrateur que les personnages évoqués sont fictifs et l’incorporation de figures dotées de prénoms et de noms est purement fantaisiste et fait partie de la licence littéraire. Les scènes relatées sont un mélange entre fiction et réalité en telle symbiose qu’il devient difficile de distinguer l’une de l’autre. Seuls les lieux historiques et la participation du confesseur sont véridiques, ce dernier ayant l’interdiction de faire une quelconque clarification, en raison de ce qu’on appelle le secret de la confession.



Finalement, l’auteur n’est pas ni ne prétend être le narrateur. Les deux étant le produit d’une imagination osée et irresponsable.

REMERCIEMENTS

L’auteur remercie la coopération dans l’élaboration de cette œuvre de Charlotte Guilbaut, d’Alex Kashgar, d’Aurélien Dervaux et en particulier celle de Patrick Boursain.



LA DERNIÈRE CONFESSION D’UN LIBERTIN

Soudain, il referma son livre, dans la Bibliothèque des Oblates, rejoint la vía dell’Oriuolo, tourna à gauche dans la vía del Proconsolo et finalement, traversant une ruelle, arriva ponctuel à la chapelle de Santa Margherita dei Cherchi, connue comme l’église de Dante. Construite en 1032, elle a été légèrement modifiée avec le temps et sa petite dimension d’une austérité médiévale, est toujours entourée de pierres d’origine. Toujours maintenue dans la pénombre, la timidité de ses bougies, ne parvient pas à en éclairer l’atmosphère. Elle ne contient aucun tableau de valeur et sa principale attraction est d’accueillir la sépulture de Beatrice, la fille que le poète consacre comme principal protagoniste dans La Divine Comédie. La pierre tombale en marbre, presque à hauteur du sol, dit :



Soto questo altare – Folco Portinari constroi la tomba di familia



L’8 Giugno 1291 vi fu sepolta Beatriz Portinari – Pietra Tombale



En effet, Beatrice, succomba un an plus tôt, à l’âge de 24 ans, peut-être sans se rendre compte que, de son vivant, elle fut l’amour ardent de Dante. D’après la légende, c’est dans cette même église florentine que se sont connus les jeunes voisins et que tous deux se sont également mariés avec leurs partenaires respectifs.



Depuis, c’est le sanctuaire des amoureux. Une énorme corbeille sert d’urne pour des petits papiers avec de tendres messages implorant la médiation de Beatrice pour permettre aux candidates de rencontrer le « véritable amour» de leur vie. Je dois admettre, que, comme ces ingénues, j’ai moi aussi cherché, en vain, à atteindre cet objectif, mais malheureusement, mon temps s’est écoulé dans cet effort.

Voilà, dans un coin de l’aile gauche, repose le dernier confessionnal. Fabriqué avec du vieux bois, il a servi pendant des siècles à écouter des centaines de pécheurs venus affronter le redoutable sacrement.

Le narrateur arriva à la hâte, se signa, pour poursuivre un rituel qui paraissait interminable : l’inventaire de sa vie, après presque quatre-vingts ans d’intenses activités, au service de son plaisir, dans l’exercice des sept péchés capitaux. Les vers de Dante le terrorisaient et il confiait en sa montée, avec pénitence, depuis l’enfer jusqu’au purgatoire et, ensuite au paradis, avec la grâce de Dieu. Mais peu pressé d’entrer dans l’éternité improbable, il s’était récité pour lui-même ce matin :



Nel messo del cammin di nostra vita

mi retrovai per una selva oscura

ché la diritta via era smarrita

ahí quanto a dir qual era é cosa dura

esta selva selvaggia e aspra e forte

che nel pensier rinova la paura



Il s’arrêta au deuxième triplet, même s’il connaissait par cœur les 33 chants restants, qu’il murmurait occasionnellement en italien avec cet accent de Toscane qu’il avait pris lors de ses visites répétées à Sienne et à Lucques.



Alors qu’il méditait sur la brièveté de la vie, assis à un pupitre portant la plaque en bronze Guerrini, une main osseuse dont l’index accusateur le convoquait avec insistance apparut de l’intérieur du confessionnal. Alors, il s’agenouilla sur le côté du meuble et dans l’embarras déclara : « Pardonnez-moi père, parce que j’ai péché».



Mais le prêtre ne l’écouta pas, il sortit du confessionnal en trébuchant, en se soutenant l’aine avec les deux mains. Il entra dans la sacristie et en contemplant les fesses angéliques mises en avant par la toile attribuée à Botticelli, se libéra de son urgence rapidement. Le révérant Paolo Cantalamessa, humide, mais enthousiaste, revint s’asseoir dans son fauteuil pourpre, et regardant son ancien paroissien lui susurra : je vous prie de m’excuser, mais continuez, hier vous me racontiez que vous caressiez les cuisses de la Finlandaise…

C’était la troisième session en moins d’une semaine et le pécheur assidu n’en était qu’au début du large récit de l’aventure de sa vie et des excès pour lesquels il implorait le pardon divin. Bien qu’il ne puisse pas ordonner chronologiquement ses souvenirs, il décida de les raconter selon l’espace géographique dans lequel ils furent consommés, parfois par pays parfois par ville.

Le confesseur abasourdi tombait des nues que son interlocuteur, plus ou moins du même âge que lui, eut profité de chaque minute vitale dans le péché, tandis que le religieux avait fait de même en priant pour son accès à une improbable vie éternelle.

Le plus difficile était de garder le fil de ce récit, parce qu’un souvenir en appelait un autre, bien qu’il peigne les détails et les circonstances avec une clarté solaire.

Comme je vous le disais, mon Père, ses jambes étaient blanches, très blanches, presque roses, dures comme la pierre.

Elle venait de rentrer de Cuba où elle avait interviewé Fidel Castro qui accomplissait la troisième année de son administration. Ce qui m’a le plus impressionné furent ses mains, me dit-elle. C’étaient des mains fines, des mains de pianiste qui ont parcouru mon corps comme si elles le sculptaient. Cette scène n’est pourtant pas apparue dans la chronique signée par Eva Castari dans le Sanomat d’Helsinki. Lorsqu’elle s’en alla de La Paz, pour continuer sa tournée, elle me donna le curieux privilège d’entrer dans la même grotte suomi que le révolutionnaire légendaire.

À cette époque, j’étais plus intéressé par la quantité que la qualité. Avec un professionnalisme gynécologique je comparais les dames entre elles, j’auscultais leurs réactions à mes caresses, j’essayais de nouvelles positions et j’improvisais des situations inhabituelles.

Mais à la fin, lorsqu’elles terminaient inanimées l’une après l’autre, désarmées, dans mes bras, j’avais la sensation qu’elles étaient toutes les mêmes à la minute fatale. À l’exception de celles qui ajoutaient au plaisir charnel une douceur tragique qui, véritablement, m’émouvait durant quelques secondes, le temps de reprendre des forces et retourner au combat.

L’amour après 70 ans…

Je ne crois pas exagérer en soutenant que l’histoire de l’Humanité se divise entre un avant et un après Facebook. Parce que les données personnelles et les photographies individuelles circulent à niveau planétaire et que chacun peut être localisé depuis les antipodes, jusqu’au village servant de cachette. C’est précisément ce qui m’est arrivé lorsque Marlena m’a demandé si j’étais le même qu’elle avait rencontré à San Ramon, au Costa Rica, il y a exactement 47 ans, lorsque nous avions tous les deux 24 ans et que nous sommes tombés follement amoureux. Pour éviter tout malentendu, elle a placé une photo d’elle à cette époque et, effectivement, notre relation d’autrefois s’est confirmée et a ainsi commencé un contact épistolaire fluide dans la section secrète des messages. Ses lettres chaudes et affamées d’amour furtif, ont rappelé à ma mémoire certains souvenirs. Sur la place principale de San Ramon, une fois l’après-midi tombée, les garçons fraîchement peignés et les filles coquettes dans leurs meilleures tenues, avaient l’habitude de tourner en sens mutuellement opposé, pour échanger des regards, des compliments ou d’autres signes codifiés. Entre les jeunes femmes, se distinguait Marlena par son élégance, de longs cheveux couleur chocolat, grande, c’était la Venus de Milo, mais avec une importante poitrine, une ceinture étroite, des hanches voluptueuses et un regard captivant. Je suis rapidement tombé dans ses filets et j’ai engagé avec elle une relation stable qui dura plus d’un an. Étudiante de l’école normale des instituteurs, sur le point d’obtenir son diplôme, elle m’accompagnait à toutes les fêtes organisées au village.

C’était les nuits durant lesquelles elle enfilait ses robes en soie noire, ceignant ses formes exubérantes. Sortir avec Marlena, danser avec elle ou simplement tenir ses mains, provoquait la jalousie des voisins qui l’admiraient comme une diva inaccessible. Lorsque je l’invitais au cinéma, suivant les coutumes de l’époque, elle venait accompagnée de sa tante et/ou de ses cousins qui se comportaient comme des guides irrespectueux. J’étais arrivé au Costa Rica, comme enseignant à l’institut de formation publique que dirigeait le président José « Pepe» Figueres et mon physique se résumait à un jeune, grand et mince, indéniablement armé d’un parapluie pour me protéger des bruines quotidiennes qui irriguent le territoire tico. À 24 kilomètres de San Ramon, c’est seulement durant les fins de semaine, fériées pour moi, que je pouvais voir ma demoiselle adorée. Mais l’inespéré eut lieu. Marlena, une fois diplômée, fut affectée à Punta Arenas, comme flambante institutrice. Et, un beau jour, elle disparut du village, ne laissant aucune trace. La recherche dans ce village agité se montra inutile. Elle s’était simplement évaporée me laissant orphelin d’amour et d’illusions. J’avais été intrigué par son destin durant ces 47 années quand enfin, grâce à Facebook, le mystère s’est expliqué. Il est advenu que ce gaillard capitaine d’une frégate grecque, l’avait volée et avait débarqué avec elle sur son île natale Patmos, où il en avait fait sa femme et la mère de ses quatre filles. Trois blondes et une brune. Plongée dans une soumission compréhensible, Marlena s’était résignée à un rôle de domesticité victorienne, en conservant sur ses lèvres, la douceur de nos baisers juvéniles. Nos retrouvailles postales saupoudrées d’appels téléphoniques secrets, nous ont permis de conspirer un rendez-vous en haute mer, abordant une croisière qui portait le nom romantique de Celestial Dreams. A peine avions nous échangé quelques regards au port de Pireos, que nous constations que le temps avait été cruel avec nous…mais pas trop. Je l’ai prise par la taille, pendant qu’elle me pressait contre son genou. Sa bouche conservait la douceur d’autrefois et son sourire facile n’avait pas du tout changé. Nous sommes rapidement montés dans la cabine dotée d’un lit double et résistant aux pulsions sauvages qui s’exercent habituellement durant la lune de miel. Son corps maintenait la force d’antan bien que plus volumineux, sa peau était couverte de tâches du troisième âge. J’ai voulu regarder ses seins et leurs légendaires mamelons noirs et après les avoir libérés de son soutien-gorge, Marlena me les offrit candidement… « suce-moi les seins » me priait-elle et sans majeur préambule, nous venions à bout, accouplés, de ces 47 années de solitude.



Chaque nuit, nous allions aux discothèques du bateau, pour demander aux musiciens latinos les chansons à la mode des années soixante. L’un d’eux, se souvenait des paroles de notre air favori Jamás te olvidaré original de Chucho Avellanet qui fredonnait :



Jamás te olvidaré/ te lo puedo jurar/ jamás me cansaré / por ti, de esperar/ donde estarás?/



Le bateau abordait chaque nuit une île différente Mikonos, Patmos, Creta et d’autres, et ce fut dans la dernière, Santorin qu’il se passa quelque chose d’extraordinaire. Une jeune Colombienne, originaire d’Ibagué, nous avait marché sur les talons, sans le vouloir, dans toutes les excursions. Malgré la beauté de sa jeunesse, elle avait les caractéristiques d’une petite sorcière médiévale. Elle observait continuellement – avec malice - le frottement de nos corps, prenait des photos avec son téléphone portable, espionnait les mouvements que nous entreprenions, en prétextant toujours des hasards nous faisant mutuellement sourire.



Nous sommes montés au sommet de la colline où s’étendent les petits villages de Santorin, dans un splendide téléphérique. À des centaines de mètres, plus proches du ciel que de la mer, le panorama est d’une beauté sensationnelle et c’est dans une de ses ruelles que Marlena, me susurra « je veux que tu me pénètres debout, comme quand on était jeunes et que nous n’avions pas de lit ». Son insinuation réveilla le solde de libido qu’il me restait. Je l’emmenai dans un détour de murs blancs puis la poussai contre une porte bleue qui était entrouverte. La nuit commençait à tomber et en soulevant sa robe blanche en lin qu’elle retenait en la mordant, je crevai sa culotte et tel un collégien pressé entrai rapidement dans sa caverne mouillée. Nous haletions bruyamment et dans les terres de María Callas, ma maîtresse la dépassa en gazouillements. Choses de l’âge, l’orgasme se faisait attendre, des suées copieuses humidifiaient notre peau, lorsque finalement nous parvenions à une inédite communion avec un cri unanime. Quelques mètres plus bas, montée sur un mur, la Colombienne avait suivi toute la séquence de nos aventures et lorsque nous la découvrîmes, elle palpait encore ses organes génitaux avec ses deux mains.



Après de merveilleuses journées nous débarquions à Pireos, où un nuage de réfugiés syriens nous empêchait le passage. À ce moment, Marlena me révéla qu’elle avait une surprise pour moi. Deux appels téléphoniques plus tard, gardant dans sa poche son téléphone, elle m’avertit « sois bon avec elle ». À cet instant précis, une belle femme se jeta sur moi, me prit dans ses bras et exclama avec joie « Papa». La quarantaine, des yeux marron et des cheveux noirs, elle était le prototype de la belle Latino-américaine, très différente de ses sœurs rousses.

La graine que j’avais déposée dans un parc au Costa Rica, avait germé.

De la légèreté de l’être

L’American University of Paris (AUP) située dans le septième arrondissement de Paris, offre en l’honneur de ses amis et bienfaiteurs français, une réception annuelle, peu de jours avant Noël. Invité traditionnel, je me suis rendu au banquet pour y croiser une nouvelle fois, cette cinquantenaire à la poitrine incommensurable qui ne manquait pas ces rendez-vous. Je me suis approché pour la saluer, avec deux coupes de bordeaux dans les mains. Ma courtoisie l’a submergée et je crois que mes paroles enjôleuses aussi. Consciente que mes pupilles étaient fixées sur ses seins, la dame faisait en sorte de les pétrir contre mes coudes allant parfois jusqu’à palper mes mains. Mes coudes répondaient avec des massages circulaires qui ne la laissaient pas indifférente. Peu de temps après, à l’heure de se retirer, je lui ai proposé de m’accompagner à l’ambassade de Roumanie située presque en face, rue Saint Dominique, où l’on proposait un récital de musique slave. L’obscurité du modeste théâtre, nous permit une proximité propice au désir qui nous emprisonnait. Cette fois, ma main gauche avait déjà pris possession de son sein et fouillait la masse charnelle sous son soutien-gorge. Isabelle, réagit en étendant son écharpe pour me couvrir depuis ma ceinture jusqu’aux genoux. Ensuite, elle glissa ses doigts dans ma braguette, déjà ouverte, pour lui faciliter l’exploration.



La détonation arriva à l’improviste nous laissant un goût d’inachevé. Cependant, à la recherche du temps perdu, nous fixions un rendez-vous à la Pinacothèque, où se trouvait une exposition consacrée à l’or des Incas. L’obscurité délibérée de l’enceinte, pour faire ressortir l’éclat du métal, fut auguste complice pour gratifier l’épouse infidèle avec le modelage de ses zones érogènes de prédilection. Son obsession pour les musées, nous mena à plusieurs expositions, y compris l’aile Denon du Louvre, pour répéter l’exploit, qui semblait l’exciter. Les caméras de sécurité doivent nous filmer me susurrait-elle, sans arrêter de jouer à monter et descendre avec mon petit oiseau. Alors qu’elle attendait le voyage de son mari, passionné de spéléologie, pour pouvoir, enfin ! Nous coucher dans un hôtel, il se trouva qu’une autre dame moins corpulente mais plus jeune, fit perdre, à Isabelle, son tour dans mes désirs.



La mystérieuse Lituanienne

Fréquemment les réceptions diplomatiques (comme beaucoup d’autres) sont, en effet, un bal masqué, où les présentations abondent et les personnifications aussi. Les cartes de visite émergent affichant des titres réels ou imaginaires. Et, entre ceux qui prétendent à la popularité, se dessinent des flatteurs professionnels prodigues en éloges rendus au personnage présenté qui devant le regard abasourdi de la nouvelle connaissance, simule la modestie. Dans cette humeur, j’ai été introduit à une dame élégante qui par la blancheur de sa peau, par le céleste de ses yeux, par sa taille élevée et ses cheveux blonds ne pouvait être que scandinave ou baltique. Elle avait été, en effet, un super-mannequin, aujourd’hui retraité. Les exagérations de celui qui nous présenta, n’auraient pu être plus efficaces, car j’ai trouvé chez la blonde une admiratrice tenace qui m’a suivi durant le reste de la soirée. Encore plus, quand au cours du dialogue, elle s’est aperçue que j’étais résident temporel en Floride, et rien de moins qu’à Coral Gables, elle commença à me raconter un incident frontalier qui lui a fait perdre le visa d’entrée aux États-Unis. Une catastrophe pour elle qui avait déposé sa petite fortune dans un coffre-fort du Bank of America de Manhattan et personne, excepté elle-même, ne pouvait avoir accès au coffre. Comme elle était persuadée que je pourrais la sortir de cette impasse, elle feignit un amour instantané qui continua in crescendo les jours suivants.

Une fois, elle me conduisit dans sa Mercedes Benz, version féminine, à son superbe appartement situé sur l’avenue du Président Kennedy, face à la Place de la Bolivie. Mais quand je lui montrai une plaque commémorative clouée sur le mur même de son immeuble, où figurait mon nom, elle s’évanouit presque de surprise. Le champagne coula à flots et elle sortit de ses réserves un caviar beluga, de ceux qui sont noirs. C’est alors que son agression n’eut aucune limite, elle avait déjà commencé à m’embrasser sur les lèvres sans prétexte précis, me prit la main et s’assit finalement près de moi, avec une proximité excitante. Sa stratégie romantique, s’interrompit brusquement lorsqu’elle sortit de l’armoire la liasse de papiers accumulés dans le processus pour récupérer le visa américain. Elle me demanda d’étudier son cas et de la conseiller, et si possible d’appuyer sa démarche. Le nœud du problème était simple : sa réponse n’avait pas convaincu l’inspecteur de l’immigration, lorsqu’il l’avait questionné au sujet de l’origine de ses revenus. Son port distingué, le maquillage conséquent et sa finesse vestimentaire pouvaient refléter qu’elle était une call girl de luxe, un contact mafieux ou pire, une espionne post-Guerre froide. Sa nationalité lituanienne, aidait peu à dissiper ces doutes. Au contraire, la célébration fictive de son mariage blanc, l’avait habilitée à obtenir la citoyenneté et le passeport français, mais ses fréquentes visites à New York, produisaient des doutes irrécupérables. J’ai pris les documents de base, en promettant à l’interdite de les faire examiner par un juriste spécialisé dans ce domaine. Entretemps, j’ai sollicité à Tana de m’accompagner dans ma vie sociale agitée. Elle était aussi décorative que ponctuelle. Discrète dans les conversations sérieuses et prétentieuses dans les divagations triviales. Comme le champagne était la seule boisson qu’elle supportait, les fastueuses réceptions qui sont presque quotidiennes à Paris, rassasiaient sa soif et comblaient ses aspirations de figuration. Parfois, elle insistait à intégrer Nadia, une magnifique Biélorusse qui avait la moitié de son âge et le double de son astuce. Titulaire du bon luxe slave, elle se consacrait à l’éreintant commerce de l’immobilier. Nous sympathisions en humour avec des ironies piquantes visant la vieille garde féminine. La complicité engagée était telle que nous commencions rapidement à nous voir lors de rendez-vous furtifs éloignés de la jalousie de son amie intime. Je suis devenu le confident de Nadia et son conseiller sentimental face aux nombreux prétendants qui faisaient la queue pour devenir ses amants. Cependant, simultanément, Tana était toujours ma compagne officielle. Même si elle m’avoua avoir une fille, fruit de son union conjugale avec le Français qui lui donna la nationalité, elle n’entre pas dans les détails et la manière dont je l’ai rencontrée, mérite d’être notée. C’était une chaude après-midi d’été et, alors que j’étais enfoncé dans un impeccable costume blanc de lin irlandais, Tana portait une ample jupe fleurie, presque transparente. À l’aise dans son salon, elle attira mon attention sur l’apparente érection qui enflait mon pantalon. Absorbant le champagne et mastiquant les fraises logées dans une sympathique corbeille sur la table, Tana leva la jupe et me montra de façon provocatrice ses belles jambes. Toujours avec le champagne en bouche je me précipitai pour sentir la fragrance de sa culotte Victoria Secret que j’ai facilement dégagée du chemin. Tana s’inclinait chaque fois plus, jusqu’à être horizontalement étendue avec une main tenant sa flûte de champagne et avec l’autre caressant sa lèvre vaginale. Accroupi, ma langue teinte de rouge à cause des fraises, explorait minutieusement les savoureuses cavités que m’offrait généreusement ma maîtresse, m’encourageant avec cette phrase stimulatrice : mange, chéri, mange…



Me trouvant dans cette ridicule position, j’entendis derrière mon dos des raclements de gorge répétés. Je me retournai avec terreur et découvris sur le seuil, quel fantôme, une prodigieuse créature, blonde, portrait de sa mère. C’était Irina qui à ses 17 ans, venait d’assister au cunnilingus prolongé dont sa mère avait joui, grâce aux efforts de son ami et protecteur. Je rangeai mon membre à sa place et sans perdre ma contenance, me présentai avec le protocole de rigueur, pendant que Tana, colorée comme un piment, arrangeait sa tenue et en guise d’excuse lui dit : « Je ne t’attendais pas aussi tôt ».



Un an plus tard, ma surprise fut suprême, lorsqu’en étant en vacances sur l’île de St. Barth, où je louais cette petite villa construite sur le sommet de la colline le grand cul de sac, qui offre une vue spectaculaire sur la mer des Caraïbes, je reçus un appel de Tana depuis New York ! Évidemment ma première réaction fut de savoir « Comment as-tu fait ? » et la rapide réponse fut « Je t’ai toujours dit, que tout a un prix » et avec un humour anglais résigné, j’insistai : En espèces ou en nature ?



J’ai su plus tard que le mystère de sa fortune était très simple. L’afflux de nouveaux riches russes à New York, requiert les services de quelqu’un qui, comme Tana, maîtrise leur langue et possède les connexions nécessaires dans les magasins et boutiques de grand luxe. En plus de leur offrir le conseil opportun en matière d’élégance occidentale, une nouvelle tendance parmi la nouvelle classe émergente. Avec des commissions d’aller-retour, Tana conseillait dans diverses acquisitions, comprenant l’immobilier, l’ouverture de comptes et d’autres tâches inhérentes au blanchiment de capitaux.



Tana, lui dis-je « ta place est sur cette île, où les véritables riches végètent et où l’on refuse l’entrée aux pauvres… ». Un paradis enclavé dans la mosaïque caribéenne des îles et atolls. Des maisons aux toits coniques pour stocker l’eau douce de la pluie, unique source hydrique. Des chemins étroits à une seule voie qui longent les collines, mais aussi des hôtels très luxueux et des somptueuses résidences de magnats et d’autres sans scrupules. Par exemple, depuis ma terrasse, je pouvais entrevoir l’énorme demeure de l’oligarque moscovite Román Abramovich, et sa plage semi-privée dite du Gouverneur, où j’ai nagé sous des eaux vert émeraude.

Plus bas sur le côté sauvage, sur les monts, se dresse la maison – actuellement en restauration - qui appartenait à Rudolf Noureïev, célèbre danseur. La nuit, un dîner au restaurant Christopher’s fut éclaboussé de musique brésilienne dédiée aux couples en lune de miel. Une Américaine, à la poitrine tombante, accompagnée de son vieux copain, clairement droguée, nu-pieds, délicieusement sensuelle, dansait en solitaire et à un moment donné mettant de côté ma partenaire, se contorsionna comme un serpent autour de moi, entonnant la salsa Suave, suavecito, bésame. Un autre jour, sur la plage limpide de l’hôtel Guanahani, des célébrités connues et certaines silhouettes anonymes, se doraient la peau, en attendant l’aventure de chaque jour. Pour les non-membres de la jet set, le café L’oubli à Gustavia qui est la petite capitale de St. Barth, garde les tables qui sont les témoins quadrupèdes des rêves de ses clients, obsédés par l’idée d’épouser une femme riche ou de comploter une arnaque habile. Les millionnaires imprudents sont à portée de main. Tana ne paraissait pas encore convaincue. Des mois sont passés avant que Tana, intraitable gold-digger m’escorte sur une croisière du Club Med II qui amerrissait à Calvi et Portofino. Sur ce dernier site, nous sommes montés au château Brown, dont le plus récent propriétaire fut le précurseur du champagne Mumm. Des dizaines de portraits le représentant recouvrent les murs, montrant une vérité récurrente : les héritiers s’intéressent seulement aux comptes bancaires ou aux titres immobiliers, parce qu’aucun d’eux n’a emporté l’effigie du grand père pour décorer son guéridon.



Une Norvégienne à Séville

Je marchais comme perdu par cette chaude nuit d’été, et en croisant les rues étroites du quartier de Santa Cruz, entrant dans la Mateos Gago, j’aperçus cette luxuriante chevelure blonde, presque blanche, à l’une des tables installées sur le trottoir. La naissance de sa poitrine grillée par le soleil andalou, dénonçait des balles prisonnières de sa tunique sévillane. Je passai et repassai près d’elle, pour attirer son attention et au troisième essai, elle me regarda fixement comme pour me demander le motif de mon impertinence. Elle répondit timidement à mon sourire dominical et ce geste charitable me facilita l’approche avec mon stylo Mont blanc, d’une main et mon carnet, de l’autre. « Me permettez-vous un autographe ? » Lui dis-je résolument. « Vous faites erreur », me répondit-elle et elle continua troublée « Je ne suis qu’une pauvre Norvégienne professeur de lettres modernes ». Je l’assurais que ne n’étais pas un chasseur de signatures de célébrités et que je voulais juste m’assurer, le jour suivant, ne pas avoir rêvé en voyant une beauté de cette dimension, de cette estampe. Son amie, de l’autre côté de la table, resta bouche bée d’étonnement prétendant ne pas comprendre mon assaut. Toujours souriante, elle gribouilla quelques lignes et me rendit le carnet. Je lui baisai la main et m’installai au comptoir du Bar Patanchon, je demandai une coupe rioja et de tapas de calamars frits et de croquettes de bacalao, pendant que je l’étudiais à distance, alors qu’elle me dédiait un croisement de jambes de temps à autre. Elle riait aux éclats et, clairement, se moquait avec son acolyte, de ma tête d’amoureux transi semblable à celle qu’Ortega et Gasset décrit dans son œuvre Etudes sur l’amour comme un « état d’imbécilité transitoire ».



De retour à ma triste demeure à la Pensión San Benito Abad, je m’étendis sur le lit, suivant le rythme des pales du ventilateur sans autre perspective que dormir et rêver de ce monument nordique. Par curiosité oisive, je pris mon carnet et lus son écriture : Plaza de los Refinadores 4…Greta.



Mille conjectures traversèrent mon esprit. En apposant son adresse et son prénom, quel message voulait-elle me passer ? Il était minuit et je réveillai le bon Thomas, l’hôte, pour qu’il m’oriente sur cette adresse qui s’avéra très proche. Je me trouvais à trois cent mètres de mon lit ! Je me lavais dans la lavande et partis en courant à la civilisation. Pas très loin, un Péruvien ressemblant à Alan García, déguisé en mariachi, comme toutes les après-midi, parcourait les bars et les bodegas, en grattant sa guitare et proposait ses chansons aux touristes qui les rejetaient, prétendant la surdité ou l’ignorance de l’espagnol. Agilement, quelque chose de génial me vint à l’esprit. Camarade, lui dis-je, tu ne vas pas gagner grand-chose à cette heure. Je te propose d’aller donner une sérénade, pour ma dame, très proche d’ici et pour deux airs je te donnerai 40 euros…



Lorsque nous sommes arrivés à l’adresse indiquée, la maison était blanche, de trois étages, d’une façade étroite, située dans le coin austral de la place et avec une seule fenêtre, couverte de barreaux, au rez-de-chaussée. Le péruvien commença à gazouiller Toda una vida…imitant le gémissement de Cuco Sánchez. Comme ni la fenêtre d’en bas ni les fenêtres supérieures ne s’illuminèrent, il continua avec Piensa en mí, cuando sufras de Luz Casal. Au bout de quelques minutes, la porte s’ouvrit et Greta émergea avec un doigt croisant ses lèvres, nous demandant le silence. Je congédiai l’Aréquipien avec ses 40 euros et un coup de pied, parce qu’il voulait rester comme espion pour observer le dénouement. Greta portrait une nuisette estivale, ample et ouverte depuis la ceinture, elle me prit par la main et me souffla en anglais you’re the funniest guy I’ve ever come across in my life! Ensuite, elle me conduisit au bord d’un de ces pots de fleurs géants couverts d’immenses maquis de jasmin, dont l’arôme inondait la place toute entière. Assis dans l’obscurité, sans témoins, Greta me regardait souriante et me récita dans un espagnol parfait que se me abrieron de pronto como ramos de jacinto (ils se sont ouverts soudainement comme des branches de jacinthe), en exhibant ses seins énormes, susurrant, te devolveré tus pupilas que se quedaron clavadas aquí (je te rendrai tes pupilles qui sont restées clouées ici). Je voulus parler et elle m’en empêcha avec un geste. J’embrassais ses seins, je rassasiais mes désirs, je lui palpais les fesses, lui séparais les jambes, je m’accroupis devant le piédestal de ses cuisses, où se perdit le parfum des jasmins et émergèrent les perjúmenes de mujer (arômes de femme).



Elle avait été deux semaines à l’Université de Séville et, à 46 ans, c’était une philologue et linguiste de haut renom. Elle alternait les langues modernes avec une expertise suprême. Elle était vivace et intelligente. Son mari et ses deux enfants étaient restés à Tarifa, engagés dans la pêche sous-marine. Son penchant pour le grenadin du Romantisme gitan, l’amenait à chercher le romantisme qui n’était jamais venu et ne viendrait peut-être jamais. Pour cela, me dit-elle, ces épisodes inespérés, sont un élément vital pour moi. Ta sympathie et ta chaleur je les garderai pendant longtemps et si tu restes aussi audacieux comme je l’imagine, pourquoi n’organises-tu pas une rencontre fortuite à Oslo ? Ou à Paris ? Ou le prochain été, ici même, sous l’envoûtement de Séville ?



Tocata et fugue

Je suis sûr que de nombreuses paroissiennes, si elles lisent le texte de ces notes de confession volontaire, par un hasard de circonstances, se plaindront d’avoir été oubliées ou omises dans l’inventaire de mes souvenirs. Pour ce motif, je consignerai certains passages de brèves rencontres qui, même fugaces, ont marqué mon existence, ont apaisé mes urgences et m’ont amené, dans la plupart des cas, aux sommets du paradis, promis par le Maître aux justes lorsqu’ils meurent et aux pécheurs, lorsqu’ils sont encore en vie. Sans ordre ni harmonie, en voici quelques épisodes inédits :



La fille du chameau

C’était la nuit noire de la dictature militaire. On nous recommandait, aux clandestins, de nous balader « avec le testament sous le bras », durant cette période d’exécutions extrajudiciaires et par crainte générale de marcher dans les rues lorsque le « couvre-feu» avait marqué la limite entre la vie et la mort. J’ai dû rester passer la nuit dans l’appartement de mon condisciple Waskar, dans la rue Conchitas de La Paz. Il était neuf heures, sur toutes les montres, lorsque la sonnette de la porte annonça l’arrivée de Consuelo, la femme d’un célèbre patricien surnommé le chameau, pour le renflement ou la bosse volumineuse qu’il chargeait aux côtés de son pouvoir politique. Elle était aussi, la maîtresse de mon ami. Waskar me convainquit de sortir de ma cachette, avec le leurre d’une agréable surprise. Pour dérouter, Consuelo était venue accompagnée de Remedios, sa belle-fille, qui était une fille timide de moins de vingt ans. Très provinciale, aux yeux noirs pénétrants, aux joues roses et aux mains suantes. « Je t’apporte un petit cadeau » m’annonça l’infidèle, « pas mal pour un fugitif de ton ampleur », ajouta-t-elle, en s’enfermant dans la chambre de mon amphitryon. Je pris l’infante, avec beaucoup de tact et une grande tendresse. Elle se saoula facilement avec une mixture de singani et de jus de citron. Et sans plus de préambules, otages du froid hivernal pacéen, nous nous sommes couverts avec les épaisses couvertures de vigogne, et avons donné libre cours au coït le plus conservateur de ma carrière. La jeune belle-fille, plus pudique que mère Teresa de Calcutta, s’est couchée, habillée, me laissa à peine éloigner d’un côté son caleçon et mon membre sacrifié dut faire preuve d’adresse pour se frayer un chemin jusqu’au trou. Un coitus ad portas me satisfaisant à moitié, la laissant fiévreuse et avec un sentiment d’inachevé. Ni ses baisers tardifs, ni ses petites mains prodiges, ne me restaurèrent l’envie de baiser. Mais grâce à sa compagnie je pus me moquer de la vigilance policière et continuer mes accès conspirateurs.



La femme du gouverneur

Dans un pays dont je ne veux me rappeler le nom, il était une fois un gouverneur qui, la soixantaine passée, était marié à une belle femme d’à peine trente ans. Le puissant gentleman, traînait depuis sa première jeunesse une réputation bien méritée d’homme à femmes, de coureur de jupons. Et, même à cet âge, il devait inventer une infinité de prétextes pour sortir de son foyer et aller coucher avec d’autres femmes. La petite Esther qui n’était pas bête du tout, supportait cela, prétendant ne pas se rendre compte de ses ruses. Mais sans aucun doute elle planifiait sa vengeance en détails. Comme le gouverneur était mon adversaire politique, le fait que son épouse m’appelle à dix heures du soir, pour m’inviter à boire un verre, attira mon attention. J’arrivai rapidement présumant une intrigue qui conviendrait à ma stratégie civique. « Je t’ai convoqué car tu es le seul qui pourras me sortir de ma dépression, avec ton sens de l’humour et ton fin cynisme » me dit-elle en m’ouvrant l’entrée d’une maisonnette située dans le jardin postérieur à sa demeure. « D’accord » -lui dis-je- « mais tu m’as aménagé l’entrée des domestiques ! » Elle ne me permit pas de protester plus et me conduisit par la main au petit salon, où il y avait une bouteille de champagne glacée et des tranches de saumon d’Écosse. Toute la décoration était entièrement féminine, mais le portrait à l’huile, grandeur nature du gouverneur, nous regardant fixement, me dérangeait. « N’aies pas peur » me consola mon hôtesse, « il ne vient jamais ici et aujourd’hui, il reviendra au lever du jour ». Nous avons conversé agréablement du monde à l’envers et elle m’a finalement confessé sa condition de femme mal baisée. Comme je notais qu’elle se rapprochait de moi dangereusement, je voulus vaincre rapidement les vertueux écueils, pour sortir promptement de cette situation risquée. Je lui déclarai ma vive admiration à sa beauté, à son âme charitable par son travail pour les pauvres, et en lui prenant la main, je lui embrassai les doigts, les mis à l’intérieur de ma bouche et les suçai comme des bonbons. Elle m’attira vers elle, nous confondîmes nos lèvres, elle éteignit la lumière et abaissa ma tête vers ses cuisses déjà nues. Quelques minutes plus tard, elle monta sur moi, déjà libéré du pantalon et chevaucha avec frénésie, jusqu’à conclure son travail. Encore plus de baisers, plus de salive dégoulinant de nos bouches, une autre tentative de coït et finalement l’épuisement, guéri par des gorgées de champagne. « Tu vas te sentir utilisé » me condamna-t-elle, «  mais tu dois partir, bientôt. Nous avons tous les deux obtenus ce que nous voulions. Et ici se termine ce qui vient de commencer. À moins que tu ne veuilles me revoir …»



Alors que je rentrais chez moi, à pied, clairement utilisé et congédié, je pensais, bêtement, que j’emportais la consolation d’avoir accompli ma mission de gentleman.



Nené dans la langue française

J’ai été surpris de fréquenter lors des cours de conversation avancée de l’Alliance française de San Salvador, Nené, une charmante dame de la bourgeoisie de la capitale, passionnée par la France et tout ce qui est français. Elle parlait la langue gauloise avec fluidité et ses vêtements, ses parfums, ses mouchoirs, ses portefeuilles, ses chaussures et ses goûts gastronomiques étaient originaires de l’hexagone. Ses tâches domestiques ne perturbaient pas les classes matinales et parmi les élèves nous étions sans aucun doute les plus âgés. Nous nous sommes rapidement plongés dans les souvenirs de Paris et comme dans un coffre ouvert le juste pèche, nous avons décidé d’entreprendre une aventure presque cinématographique, après avoir vu le film de Claude Lelouch, Un homme et une femme, dont la musique paraissait la litanie quotidienne dans son automobile.

Des baisers innocents, nous sommes passés aux jeux érotiques plus contondants, que ce soit dans sa voiture, ou dans les vestiaires du Club de Tennis de San Benito, proche de la résidence principale de Nené. Comme la guérilla du Frente Farabundo Martí, était en plein essor, la crainte des enlèvements forcés obligeait les familles riches à engager des agents et des tueurs à gage pour qu’ils les protègent. Nené ne les connaissait pas, mais je savais qu’ils pouvaient la surveiller. Ce motif nous empêchait de louer une chambre dans un hôtel ou motel de passe. Mais comme la femme quand elle veut s’accoupler est plus astucieuse et imaginative que l’homme, Nené eu l’idée d’un stratagème : elle prétendrait faire un don caritatif et apporterait dans sa camionnette, un matelas, des draps, des articles comestibles, des boites de conserves, des serviettes et même des bouteilles de rhum, à destination des nécessiteux qui, aussi, soi-disant, habitaient dans le bureau que mon ami Mauricio Santamaría, entretenait dans le quartier de l’Escalón. Là-bas, nous nous sommes merveilleusement installés pour un ou deux mois, lorsqu’après les cours de français, suivait une partie opérationnelle dans laquelle nous exercions le cunnilingus au son du typique répertoire parisien qui comprenait La vie en rose, Les feuilles mortes et les versets prémonitoires de Jacques Brel avec ses lamentations de Ne me quitte pas. Un matin, alors que nous nous apprêtions à nous garer dans l’immeuble où était située notre caverne d’amour, nous nous alarmâmes de voir le pâté de maison pris d’assaut par les militaires et de contempler impuissants la saisie du matelas et d’autres appartenances semblables dans la camionnette de la police.



Il est arrivé que Maurice avait été impliqué avec la guérilla, il déserta le pays et son bureau fut occupé par le service d’intelligence de l’armée. Nené, blanche de peur, se signait en murmurant : « imagine s’ils nous avaient surpris à l’intérieur… cela aurait été la fin de mon mariage, de ma fortune et de ma liberté. » Nous cessions de nous voir pour un moment et rendions grâce au Seigneur et à la vierge de Suyapa, pour avoir échappé de peu…



Des années plus tard, l’époux de Nené fut séquestré et exécuté, mes amis guérilleros obtinrent le pouvoir par les urnes et je suivis les nouvelles salvadoriennes, à la télévision, avec nostalgie, depuis un fauteuil moelleux parisien.



Saveur créole

Les années d’exil renforcent l’attachement au terroir natal, surtout quand il interdit le retour du banni. Cependant, une fois ce désir satisfait, les bontés de l’autochtone se subliment et le soleil brille encore plus, la lune est plus ronde et les femmes plus tendres. Il advint que lors d’une soirée à Tarija, la voix de la Floripondia, une interprète populaire des compositions folkloriques de l’époque, me ravit. Je l’invitai à La Paz, et son rire contagieux fut plus fort que son recueil de chansons, notamment lorsqu’elle entonnait La Caraqueña de Nilo Soruco, dont les paroles percent profondément l’âme du déraciné. Cette paysanne chapaca, me souhaita la bienvenue à la terre, avec ses lèvres plus douces que la confiture de cheveux d’ange.



Plénipotentiaire à Paris

Dans certains cas, plus qu’une assignation diplomatique, être ambassadeur à Paris, c’est une récompense dont peu de personnes profitent pleinement. Ce n’est pas le cas de Melisa Luna qui, ses quarante printemps bien portés, offrait avec ses splendides yeux noirs, des regards scrutateurs de volupté et de domination. Sa famille, une des propriétaires d’Amérique centrale, possédait des plantations de café, des banques, des journaux, des restaurants, des pharmacies, des entreprises funéraires, des universités, diverses boutiques, en plus d’un pouvoir politique soutenu. Je l’ai d’abord connue dans le va-et-vient bureaucratique, en l’orientant dans ses premiers pas comme diplomate novice. Elle signa un contrat pour un appartement royal, à l’angle de la rue de la Pompe et de la prestigieuse avenue Henri Martin. Elle apporta ses propres meubles, ses tableaux, ses tapis, son argenterie, de la fine verrerie, mais pas la photo du père de ses enfants, dont elle avait obtenu le divorce peu de temps auparavant. Je veux profiter de Paris, me confessa-t-elle et tu dois m’aider, me somma-t-elle. Des nuits répétées de bringues latino-américaines dans le Calvados, continuaient chez elle, lorsque les convives persistaient, ou dans mon petit appartement de l’avenue de Suffren, chaque fois que nous étions seuls ou en petit comité. À ces occasions, elle prenait sa guitare et ses ongles grattaient des rancheras, des boléros ou d’autres airs guérissant la nostalgie du terroir. La musique romantique et l’alcool en quantité furent les éléments coupables pour qu’une nuit, nous passions de l’amitié à l’intimité. Alors, l’ambassadrice échappait au protocole et se transformait en lionne d’alcôve. Ses cheveux dorés se désordonnaient, ses lèvres dévoraient tout ce qui se trouvait à leur portée et ses seins exigeaient que mes mains les pressent avec énergie. Ses fesses généreuses se mutaient en confortable monture, jusqu’à ce que fatiguée et satisfaite, elle sorte en chemise de nuit fumer sur la terrasse.

Notre liaison fluide continua durant des années, de manière intermittente, jusqu’à ce que Melisa retourne dans son pays pour accomplir une fonction publique de première importance, et que j’ai eu recours à un repos mérité.



Trois veuves consolables :



La pleureuse

J’ai eu la patience d’attendre vingt longues années que le poète succombe à ses blessures physiques et morales, pour accepter les avances de cette belle femme qu’il avait laissée dans la fleur de sa maturité automnale. À l’adolescence à peine le désormais défunt séducteur, l’avait fait sienne profitant de sa timidité provinciale, lui offrant du pain, un toit et un abri. Puis, il la mena à l’autel et rapidement au lit permanent. Mon amitié avec le mari m’empêchait de la soumettre, mais nous savions tout deux qu’il manquait seulement une occasion propice pour nous accoupler. Celle-ci, ne s’est jamais présentée, jusqu’à ce qu’un an plus tard, María Azucena abandonne son deuil et adopte une mini-jupe au-dessus de ses genoux arrondis qui autrefois m’empêchaient de dormir. Cette nuit que je l’invitai à dîner, son aplomb caractéristique se dissipa, sa conversation éclaboussée de nostalgie de la vie qu’elle avait gâchée avec le défunt, devint une divagation constante, ses mains tremblantes ne parvenaient pas à contrôler les couverts et finalement, elle se brisa en pleurs inconsolables. Je ne peux pas le faire, me dit-elle entre les sanglots. Mais, cependant elle me prit la main et l’amena à ses lèvres. Nous sommes arrivés à mon appartement de l’Edifice Alameda et depuis les hautes baies vitrées, nous avons contemplé ensemble l’image blanche de l’Illimani, la montagne magique vénérée comme divinité par les Aymaras, illuminée alors par la pleine lune. Je la pris par les épaules, mis de côté ses cheveux et l’embrassa dans le cou. Elle s’ébranla, tremblait, je continuai avec mes caresses buccales, jusqu’à faire sauter les boutons de sa robe noire qui tomba sur le sol, comme par enchantement ; je sentis sa peau douce, je la libérais de son bustier, alors qu’elle tremblait encore, j’explorais son dos, mes doigts comme ceux d’un pianiste virtuose, se chargèrent de baisser son caleçon, son cul blanc et ferme commença à s’ouvrir, je me serrai fortement contre elle et, enfin, ses bras atteignirent mon cou, admettant mes pulsions. Je la retournai vers moi et nous tombions ensemble sur le lit qui nous accueillit avec une douceur chrétienne. Je ne me fatiguais pas de palper ses jambes de velours, de haut en bas, encore et encore. Le veuvage avait fané ses seins, mais ses lèvres offraient toujours une fraicheur printanière. Sans aucun effort, je la pénétrai doucement, sans aucun empressement, léchant ses larmes salées qui ne cessaient de tomber. J’ôtai de ma vue le reliquaire qui contenait la photo du défunt qui me regardait avec stupeur et je continuai mon affaire, avec la compassion que me produisait la misérable femme. Ce fut un final stupéfiant, au ralenti, très lent. Elle essayait inefficacement de contenir ses gémissements de plaisir, me murmurant « tu m’as toujours plu, tu m’as toujours plu ». Ce souvenir de cette première et dernière fois, nous nous le rappelions, des années plus tard lors de la fête qu’elle organisa pour fêter son quatre-vingtième anniversaire…



La veuve joyeuse

Sans l’accompagnement musical de Franz Lehar, Hanna paraissait réellement le personnage central de cette opérette. Fausse blonde, mais de teinture couteuse, bouche large et étrangère, yeux verts d’un éclat ténu, elle roulait toujours des hanches en marchant, comme à la meilleure époque lorsque, de son vivant, son mari lui contaminait les effluves de son pouvoir politique, forgé comme magnat d’une chaîne radiale. Elle était attirante sous tous les angles, bien qu’ayant passé largement la moitié d’un siècle d’une vie agitée. Elle prenait son veuvage avec une philosophie résignée et conservait toujours l’espoir d’attraper un autre volontaire qui l’aiderait à conserver les avantages et sinécures auxquels elle était habituée.



Accoutumée à mes galanteries, elle croyait vraiment à mon admiration impérissable, attendant une proposition convaincante. Il est arrivé qu’après une réception mondaine, je lui ai offert de l’escorter jusqu’à chez elle mais Edelmira insinua la possibilité d’aller boire un dernier verre chez moi. Elle fut éblouie par ma demeure et plus encore par ma bibliothèque atypique. Elle savait déjà que j’étais un homme de bon goût, elle me flatta et je lui répliquai immédiatement, bien sûr que oui, car tu auras remarqué que je t’ai regardée avec intérêt depuis de longues années. Je détectai une bouteille de Royal Salut que je gardais cachée entre les cinq tomes de sagas islandaises, pour trinquer à son veuvage et à mon célibat. Lorsque je commençais mon discours convaincant lui indiquant que deux solitudes se complètent… ; elle me coupa sèchement pour me dire avec un pragmatisme marqué que nous étions deux adultes sérieux, avec une sympathie mutuelle et que de façon consensuelle nous pourrions directement passer au parnasse. Avec son verre à la main, elle trouva facilement ma chambre, chancelant sans le dissimuler, elle disparut dans la salle de bain et apparut dans l’ombre nue comme un œuf. Surmontant ma surprise, je me dévêtis précipitamment, la portai en l’air, embrassai sa bouche ouverte comme un cratère volcanique et nous nous enroulions dans les draps. Les femmes ivres ne provoquent pas toujours le désir de les posséder, mais Edelmira me saoula avec ses émanations buccales, m’endormant avec ses serments sur la fidélité intacte qu’elle avait observée durant sa vie conjugale. Je ne l’ai jamais trompé, m’assura-t-elle et maintenant, je me demande si cette romance que j’ai avec toi lui déplairait, ajoute-t-elle. Je ne crois pas, lui rétorquai-je, parce que ton époux (qu’il repose en paix) me tenait en grande estime et, en plus, ajoutai-je, nous étions des condisciples politiques. Avec les premiers rayons du soleil, la veuve joyeuse, plus joyeuse que jamais, toujours enveloppée dans sa cape de vison, sorti à l’extérieur, pour prendre un taxi, pendant que je me rasais, chantonnant comme le comte Danilo l’aria Da geh’ Ich zu Maxim, Maxim, Maxim, Maxim…..



L’indifférente

Ils l’appellent le « train de la mort » car les audacieux clandestins ne voulant ou ne pouvant pas payer leurs billets, voyagent sur le toit des wagons, comme le faisaient les combattants de la Révolution Mexicaine. Le pire est que le convoi de douze heures de Puerto Suarez jusqu’à Santa Cruz de la Sierra, part rapidement à huit heures du soir et que, certains de ces intrus, vaincus par le sommeil, ne parviennent pas à garder l’équilibre et tombent sur la voie ferroviaire, avec fracas et sans aucun espoir de survie. L’étroite voie ferrée de seulement 80 centimètres soutient miraculeusement le pas du convoi, dansant sur un rythme semblable à une cumbia macabre. Dans les voitures remplies de passagers, il y a des commerçants réguliers, des contrebandiers irréguliers et un touriste d’aventure de temps à autre. À la frontière poreuse entre la Bolivie et le Brésil, la ville de Corumbá, est joyeuse et animée. C’est là-bas que j’ai rencontré Antonieta et son jeune mari, chargés de colis de matériaux de construction : plaques en bronze, tournevis, charnières, heurtoirs, goupilles de portes et autres instruments de décoration destinés à la maison qu’ils construisaient dans le quartier pacéen d’Auquisamaña. Tous ces éléments comptaient avec leur formulaire douanier officiel, m’expliquaient-ils pour se distinguer des trafiquants illégaux. Le couple s’arrangea en face de mon siège et dans le bringuebalement incessant, les grosses jambes d’Antonieta assoupie, s’ouvraient et se fermaient me montrant son animal velu. Lorsque les lumières se sont éteintes, je partageai avec elle une légère couverture de coton hindou à ornements floraux en batik. Bien que cette attention me priva d’entrevoir ses cuisses, je plaçai mon genou entre ses jambes et peu à peu mon pied gauche nu serpenta tel un reptile félin jusqu’à toucher ses lèvres intimes. Pendant qu’elle prétendait être submergée dans un sommeil profond, son mari, à ses côtés, ronflait bruyamment, fatigué du voyage et dopé par l’alcool. L’insolence de mon pied devint plus notoire, si bien qu’Antonieta baissa la couverture, la prit avec sa main, mit de côté son caleçon et prenant mon doigt le plus gros, l’introduisit résolument dans son vagin. Les rayons de lune intermittents, illuminaient le visage angélique de ma voisine, jouissant du mouvement du train, excitée au plus haut point par le risque qu’elle courrait d’un réveil soudain de l’empoté qui meuglait à sa droite. Un déjeuner solide d’œufs et de jambon, avec un café au lait fumant nous attendait dans la station de correspondance. Nous avions tous les trois forgé une solide amitié que nous avions promis de conserver. Mes voyages fréquents m’ont éloigné de ce mariage heureux, jusqu’à ce que quelques mois plus tard, je rencontre par hasard Antonieta, en face du guichet des impôts à la Mairie de La Paz. Elle était vêtue de noir strict et, en me voyant, elle se précipita dans mes bras en sanglotant, pour me raconter qu’un accident sur la route avait fauché la vie de son époux, à 34 ans. Ce qui me fait le plus de peine, me dit-elle, c’est qu’il n’a pas pu passer une seule journée dans notre maison récemment terminée. Voir cette demeure terminée était un parfait prétexte pour lui rendre visite et renouer le contact ferroviaire. Ironiquement, Antoinette s’efforça à reproduire avec une exactitude arithmétique les circonstances de notre réchauffement initial. Elle plaça deux canapés, l’un en face de l’autre, ouvrit ses jambes désormais couvertes à moitié de soie noire, elle me demanda de la caresser avec le pied et rapidement, avec le mari nous regardant depuis le ciel, elle n’eut aucun problème en intervenant premièrement avec des plaintes prolongées et ensuite avec des cris dérangeants, au moment d’arriver à l’extase. À la fin de sa jouissance, elle ne me permit pas de l’accompagner à sa chambre, me reprochant mon manque de respect envers le deuil qu’elle devait respecter, pour au moins trois mois supplémentaires. Je ne suis jamais revenu. D’autres terres du monde réclamaient la contribution de mes modestes efforts.



Une tragédie inoubliable

D’elle, je me rappelle que lorsque le train sifflait pour partir, depuis la station de Viacha, ses yeux verts vivaces se remplirent de larmes. Elle devait avoir 18 ans et accompagnait Nancy, ma chérie de l’époque, me dire au revoir pour le long voyage que j’entreprenais vers l’Europe. Des années plus tard, étudiant à Paris, je fus surpris qu’elle obtienne le poste de secrétaire au consulat bolivien. Lorsque je la félicitai pour ce succès, très sincèrement, elle me répliqua qu’elle avait tenu à venir, pour me retrouver et quelques jours plus tard elle me déclara son amour effréné. Je me sentis très flatté, mais en même temps préoccupé, car j’étais lié à une grappe d’étudiantes que j’avais recrutées, sans beaucoup de difficultés, à la Sorbonne. Elles, accouraient à leur tour dans mon grenier du 94 rue Lecourbe, situé au huitième étage, sans ascenseur.



Là-bas, Lourdes de la Peña, trompa son petit copain galicien ; Selma, la Suédoise, me laissa les draps tâchés de sang menstruel et Monique Boujodma, la Tunisienne, imprima ses beaux yeux noirs, sur mon oreiller, de manière indélébile.



Que faire de la petite Pacéenne qui se collait à moi, comme le lierre sur l’arbre, particulièrement, cette journée du Vendredi Saint ? Presque comme une mission chrétienne, je l’ai conduite au petit hôtel qui était face à ma caverne et nous nous sommes couchés, en écoutant le sermon du Cardinal Feltin, archevêque de Paris, transmis à la radio, en direct, depuis Notre Dame. Chaque avertissement contre le démon nous incitait à nous embrasser avec plus de frénésie. Nous péchions, au moment où le sauveur divin, était crucifié. Les tonnerres d’une tempête inhabituelle nous remplirent de terreur et pour un instant nous pensions qu’ils étaient dédiés à nos corps blasphémateurs. Combien cela m’a coûté d’enlever la virginité de cette demoiselle épurée ! Elle me mordait les lèvres avec amour, mais aussi avec furie. Ses larmes salées glissaient jusqu’à ma bouche, ses plaintes toujours faibles étaient la musique qui accompagnait ses paupières qui s’ouvraient et se fermaient, dans le va-et-vient agité. Satisfaite, elle me dit « je suis contente, car nous allons être ensemble jusqu’à l’enfer ».



J’étais gêné d’être incapable de répondre à ce lien amoureux si tendre. Lucifer s’était emparé de tout mon être physique.



Ce furent des épisodes intermittents de copulation traditionnelle et même ennuyante, face aux inventions qu’avançaient certaines filles sophistiquées qui exploitaient la jeunesse du narrateur, avec des acrobaties excitantes.



Les années ont passé et tous deux, Carmencita Salas, toujours secrétaire et moi directeur, avons partagé le même bureau. Elle, évidement, avait acquis à Paris, une libéralité de coutumes, inédite pour une société bigote comme la société pacéenne. De fréquentes sorties nocturnes aux discothèques, pour danser, boire et éventuellement forniquer, sans trop de discernement. Elle avait appris à s’habiller avec une certaine harmonie et elle s’était liée d’amitié avec Sara, la fille du suprême aurifère. Le lien du mal était établi. Dans ces circonstances, Ernesto Robledo, connu pour ses agitations donjuanesques, presque cinquantenaire, engagea (cela se sut par la suite) une relation clandestine, simultanément, avec Carmencita et avec Sara, sans qu’aucune des deux ne se rendent compte de ce ménage à trois. Robledo, poète et romancier, avec sécurité, trouva un argument amusant pour sa prochaine œuvre. Parce qu’il était du genre à en profiter plus, lorsqu’il racontait ses exploits, que lorsqu’il copulait réellement.

L’épilogue de ce méli-mélo apparut une nuit de décembre, au cours de laquelle après une danse de soirée, les trois infracteurs, décidèrent de continuer la bringue dans une discothèque à la mode, le 21. Les rapports policiers disent que là-bas, Carmencita, demanda au DJ une chanson qui partagerait sa tristesse soudaine : les feuilles mortes. À trois heures du matin, l’auto se dirigea chez Sara, dans le Calacoto, où ils la déposèrent. Ensuite, le couple restant, se dirigea vers la route de Miraflores, où vivait Carmencita, avec sa famille. Et, là-bas, l’inattendu se produisait, selon Robledo, la fille prenant le pistolet qui se trouvait dans la boîte à gants de l’Opel, se donna un tir dans son côté gauche et tomba instantanément morte.



Le poète choqué, contacta, désespéré, à un ami de confiance, curieusement l’ex-mari de Sara. Ils en firent part à la police, et déposèrent le corps à la morgue locale.



La tragédie, suivie du scandale politique, fut le motif de tout type de conjectures même politiques, qui émurent la communauté. L’enterrement fut couvert de douleur collective précédée d’un cercueil blanc. Ses amis et sa famille ne doutaient pas qu’il s’agissait d’un homicide coupable, mais difficilement d’un suicide volontaire. Le doute confina le poète Robledo à dix ans de prison, avec l’angoisse conséquente pour sa belle épouse qui dévouée, à tout moment, lui offrit son soutien moral.



Pour moi, la disparition de Carmencita, fut le coup le plus dur que j’ai pu souffrir durant ma jeunesse.



De Californie, avec amour…

Toutes les fois où je suis arrivé à New York, la routine s’accomplissait rigoureusement, de l’aéroport de La Guardia aux ruches de Manhattan, avec les bousculades correspondantes pour réaliser dans le moins de temps possible, la plus grande quantité de gestion et d’achats, pour rentrer précipitamment et éviter les dépenses superflues en hôtel et restaurants. Mais, à cette occasion depuis la Grand Central Station, j’ai pris le train régional pour White Plains, Westchester County où comme disent les voisins up state, lors d’un trajet sur les rives de l’Hudson, l’automne teint les arbres de rouge, d’orange, de jaune, de reflets marrons, de toute la gamme de verts et tend un tapis kilométrique de feuilles mortes le long du chemin. Au final de ce sentier poétique, depuis la station ferroviaire, un taxi me déposa muni de ma valise, mon curriculum vitae et mon sourire latin, dans les bureaux du Professeur Burham, président du Briarliff College, Briarcliff Manor, qui m’avait engagé comme instructeur d’espagnol et conférencier d’un cours libre dénommé Latinamerican politics and government: the Che Guevara experience -le guerrier héroïque avait été exécuté, peu de temps avant, le 9 octobre 1967.



Simplement, le président en me souhaitant la bienvenue, me dit que comme j’étais célibataire, je pourrais occuper une chambre individuelle dans une aile opposée à celle destinée aux étudiantes, jusqu’à ce que, dans le calme, je trouve dans les ailes voisines, une demeure qui réponde à mes exigences et à mon budget. Pendant ce temps, me dit-il, à côté de mes tâches académiques, je serais une sorte de dutch uncle, pour les 300 étudiants qui peuplaient cette université, exclusivement féminine. À 27 ans, je pensais immédiatement « le renard, protégeant le poulailler », mais j’acceptais le défi avec humour et résignation.

Le campus, était un complexe étendu d’immeubles scolaires gris, presque staliniens et de jardins verts à l’ombre des maples et des châtaigniers qui ornent cette région exubérante.



Lorsque j’ai été présenté à mes étudiantes de trois différents horaires, je n’ai pas pu éviter mon étonnement : c’étaient de belles filles d’entre 18 et 21 ans, réputées vulgairement pour être beautiful, rich and dumb… (jolies, riches et bêtes). Une généralité absurde, mais considérant l’inscription élevée, on supposait qu’elles provenaient de familles fortunées.

Béni parmi toutes les femmes, je n’ai pas tardé à repérer la magnifique chevelure blonde, presque blanche de Berenice Ferguson, d’ascendance suédoise, d’une mère mexicaine et résident au Pacific Palisades, la Riviera californienne. À 19 ans, elle se trouvait au premier rang de la classe et ses pupilles bleues fixaient chacun de mes mouvements, flattant ma vanité mais nuisant au fil de mes discussions.


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