Excerpt for Études sur le mot image : Léon de Chalcédoine ; « Le Saint-Esprit est l’image du Fils » ; Qui est l’Ancien des jours ? by , available in its entirety at Smashwords

Études sur le mot image :

Léon de Chalcédoine
« Le Saint-Esprit est l’image du Fils »
Qui est l’Ancien des jours ?

By Stéphane Bigham

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© 2017 by Stéphane Bigham

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Introduction



Ce livre contient trois études liées au mot image. Deux d’entre elles traitent image dans le sens d’« objet d’art », c’est-à-dire une image peinte ou icône. La troisième étudie le mot dans sa signification d’un objet de ressemblance immatérielle.

La première étude1 raconte l’histoire de Léon de Chalcédoine, un métropolite près de Constantinople au XIe siècle. On a l’impression parfois que toute controverse concernant les icônes a cessé avec la dernière victoire des iconophiles en 843, la restauration définitive des icônes dans les églises. Ceci est une fausse perception parce que quelque 200 ans après cette restauration, Constantinople se trouvait secouée par une autre controverse centrée sur l’icône du Christ et la nature du culte que cette image devrait recevoir. Cette étude sur Léo, celui qui jouait le rôle principal dans ce drame politico-théologique, met à la disposition du lecteur des traductions des textes importants générés par la controverse. Ceux qui s’intéressent aux débats sur l’icône après la période iconoclaste peuvent maintenant consulter les documents pertinents du XIe siècle pour former leur propre opinion de la crise.

La deuxième étude2 cherche à élucider le sens d’une phrase dont se servent certains Pères de l’Église : « Le Saint-Esprit est l’image du Fils ». On explore la définition du mot image dans la pensée de ces auteurs ainsi que les problèmes que la phrase suscite. En outre sont présentées les explications d’un certain nombre de théologiens modernes. En fin, l’auteur donne son évaluation de l’affirmation.

La dernière étude3 vise à identifier l’Ancien des jours qui apparaît dans la vision de Daniel le prophète (Dn 7, 9). Qui est-il ? Est-il une manifestation du Père ou du Fils ? La question peut sembler obscure et de peu d’importance, mais en fait la justification théologique des images de Dieu le Père dépend de l’identité de ce personnage mystérieux. Est-il légitime ou non, selon la théologie patristique de l’orthodoxie, de peindre une « icône » du Père ou de la Trinité ? L’étude examine les textes bibliques, patristiques et liturgiques pour arriver à la conclusion que l’Ancien des jours n’est pas une apparition du Père mais du Fils, du Christ, comme préfiguration du juge eschatologique. Ainsi, toute justification des images de Dieu le Père basée sur Daniel 7, 9 comme vision du Père perd sa force. L’étude est accompagnée d’images historiques qui illustrent l’interprétation de l’Ancien des jours comme le Christ juge eschatologique.

1. HISTOIRE TRAGIQUE DE LÉON DE CHALCÉDOINE
D’un lion féroce à un doux minou
ou

Beaucoup de bruit pour rien

2. « Le Saint-Esprit est l’image du Fils » : Que voulaient dire les Pères qui ont écrit cette phrase ?

3. Comment interpréter l’Ancien des jours ?

Léon de Chalcédoine



Introduction

Évaluation

Léon

Alexis

Chronologie

Documents

Document 1 : d’Alexis Comnènem Concernant les saints vases et comment il ne faut plus jamais les rendre communs

Document 2 : Lettre de Léon, le bienheureux métropolite de Chalcédoine, à l’empereur Alexis Comnène

Document 3 : Le décret concernant la déposition du métropolite de Chalcédoine au temps de sa Majesté, seigneur et empereur Alexis Comnène

Document 4 : La lettre de Basile d’Euchaïta au Sébastocrator Isaac

Document 5 : Lettre de Nicolas d’Adrinople à Léon de Chalcédoine

Document 6 : Lettre de Léon de Chalcédoine à Nicolas d’Adrinople

Document 7 : Dialogue entre Philaléthés et Philosynéthés

Document 8 : Démonstration raisonnée sur la manière d’honorer les images vénérables et de se prosterner devant elles

Document 9 : Lettre de Léon de Chalcédoine à la belle-mère (Marie de Bulgarie) la Protovestiarisa

Document 10 : Lettre de Léon de Chalcédoine (à l’évêque Nicolas d’Adrinople)

Document 11 : Du très saint patriarche d’Antioche kyr Jean discours au basileus kyr Alexis Comnène

Document 12 : Du même [auteur, Jean l’Oxite] Conseil au basileus

Document 13 : Les actes du concile de Blachernes 1094

Annexes

Annexe 1 : Trois manières de saisir la matière première

Annexe 2 : Deuxième Concile œcuménique, Constantinople I (381), canon 6

Annexe 3 : Le concile d’Antioche en 341

Canon 11 : De ceux qui recourent à l’empereur sans le consentement du métropolitain.

Canon 12 : Des clercs déposés qui recourent à l’empereur

Annexe 4 : Le concile de Carthage en 419

Canon 15 : Des différents ordres qui sont au service de l’Église, en sorte que si quelqu’un d’entre eux tombe sous le coup d’une accusation et refuse le tribunal ecclésiastique, un tel risquera sa place; et que les enfants des prêtres ne s’approchent pas des spectacles publics.

Canon 19 : Que si un évêque est accusé, l’affaire doit être portée devant le primat de sa province.

Canon 104 : De ceux qui demandent à l’empereur d’être jugés par un tribunal civil.

Annexe 5 : Le Code de l’empereur Justinien Livre 1, Titre 1, « Des églises, de leurs biens et de leurs privilèges »

Annexe 6 : L’Alexiade V, II, 4-6

La bibliographie



« Le Saint-Esprit est l’image du Fils »


1. Présentation

Introduction (2)

La source

La/les question/s

Eikôn, image

Définition de image naturelle

Le Nouveau Testament

2. Les textes d’auteurs anciens

Grégoire le thaumaturge

Athanase d’Alexandrie

Didyme l’aveugle

Cyrille d’Alexandrie

Jean Damascène

3. Des auteurs modernes

Serge Boulgakoff

Georges Florovsky

Vladimir Lossky

Jean Meyendorff

Amphiloque Radovic

4. Conclusion

5. Les annexes

Annexe 1 Grégoire le Thaumaturge

Annexe 2 Athanase d’Alexandrie

Annexe 3 Didyme l’aveugle

Annexe 4 : Cyrille d’Alexandrie

Annexe 5. Jean Damascène

Annexe 6 : Richard de Saint-Victor

Annexe 7 : Thomas d’Aquin



Comment interpréter l’Ancien des jours ?



I. Introduction (3)

II. Dn 7, 1-28 : l’Ancien des jours et le Fils d’homme

III. Ap 1, 9-18 et 4, 1-11 : les théophanies de l’Apocalypse

IV. L’Ancien des jours selon les auteurs de l’Antiquité

V. Textes liturgiques

VI. Les images de l’Ancien des jours

VII. Conclusion (3)

Annexes (3)

Bibliographie (3)

HISTOIRE TRAGIQUE DE LÉON DE CHALCÉDOINE

D’un lion féroce à un doux minou

ou

Beaucoup de bruit pour rien

Introduction



Ici commence l’histoire extraordinaire d’un évêque, Léon métropolite de Chalcédoine1, qui tenait le deuxième rang dans l’Église de Constantinople, que tous admiraient pour la rectitude — même la sainteté — de sa vie, et que l’on jugeait apte à faire partie d’un concile qui a jugé la doctrine d’un certain Jean Italos2 (le 21 mars et le 2 avril 1082). Avant le début de ses problèmes avec l’empereur Alexis Comnène, Léon jouissait d’un prestige mérité ; il était un homme d’Église exemplaire et vénéré.

Alexis Comnène est devenu empereur le 4 avril 1081, à la suite d’une révolte. Presque immédiatement, il devait affronter une invasion normande menée par Robert Guiscard. Dans la bataille de Dyrrachion, le 18 octobre (Durazzo, aujourd’hui Durrës en Albanie), Alexis et l’armée impériale ont souffert une défaite écrasante. Pendant l’automne de 1081, Alexis cherchait des ressources pour reconstituer l’armée et continuer la guerre contre l’invasion normande et il a pensé aux richesses des églises : l’or, l’argent et les pierres précieuses. Il a demandé au patriarche, Eustratios Garidas (élu le 8 mai 1081) si, vu les circonstances catastrophiques de l’empire, il serait possible de se servir des richesses de l’Église à des fins militaires. Le patriarche, ainsi que d’autres évêques, était d’accord et la première spoliation a commencé. Léon de Chalcédoine protestait, mais puisque le patriarche et le synode ont accepté la saisie, sa protestation ne pouvait l'empêcher.

Par contre, la protestation de Léon persistait pendant la première moitié de 1082 et dérangeait suffisamment qu’Alexis se sentait obligé à émettre un chrysobulle (Document 1) où il a promis de ne plus saisir les biens de l’Église pour des fins profanes. Léon, n’étant pas satisfait de cette promesse, a exigé pendant l’automne 1082 qu’Alexis cherche les biens saisis, surtout les images qui existaient toujours, qu’il les restaure aux églises et qu’il les vénère. De surcroît, Léon a demandé que le patriarche Eustratios, qu’il accusait d’avoir profité personnellement et illégitimement de la saisie, soit puni et déposé. La crise s’aggravait.

À la fin de 1083, en décembre, Léon a écrit une lettre à l’empereur (Document 2). Il est à noter dans la lettre que, jusqu’à ce moment, Léon n’avait parlé que de l’injustice de la saisie des biens de l’Église et du péché, selon Léon, du patriarche Eustratios Garidas d’avoir retiré une portion de ces richesses pour lui-même. Pas un mot, sur l’iconoclasme. Pour déterminer la vérité de l’allégation de Léon contre Eustratios, l’empereur a mené une enquête dont le résultat blanchissait le patriarche de toute malversation. Léon n’a pas accepté la décision de la commission d’enquête et continuait à accuser le patriarche.

Bien que disculpé de tout crime, le patriarche Eustratios Garridas a décidé en juillet 1084 de démissionner et de passer à la retraite. À sa place, Nicolas Kyrdiniatis Grammaticos est devenu le nouveau patriarche. Léon aurait dû être content ; l’ancien patriarche n’était plus en poste. La controverse aurait dû arrêter là, mais Léon, pendant l’automne de 1084, refusait de concélébrer la liturgie avec le nouveau patriarche et les autres évêques parce que le nom de l’ancien patriarche, Eustratios, se trouvait sur la liste des patriarches précédents et donc commémoré avec eux. Léon ne cessait pas de dire qu’Eustratios était coupable de malversation, malgré la commission impériale que l’avait innocenté.

La controverse autour de la concélébration de Léon avec les autres évêques ainsi que des tentatives de réconciliation traînaient jusqu’en novembre-décembre 1085 lorsque Alexis lui-même a cherché une solution pendant des discussions avec Léon. Un semeioma, le 3 novembre, un rapport des discussions, perdu, a été publié, mais Léon a toujours refusé de concélébrer. Les évêques en synode ont exigé que Léon se présente devant eux pour expliquer son intransigeance. Enfin, dans un second semeioma, également perdu, le synode a mis Léon devant un choix : soit se réconcilier avec le synode soit accuser formellement Eustratios d’avoir personnellement profité de la confiscation des biens ecclésiastiques, malgré la décision de la commission impériale, et de présenter des preuves. À la grande joie de tous, Léon a accepté de se réconcilier avec le synode, mais, déception totale, quelques jours plus tard, il a réitéré son accusation et son refus de concélébrer prétendant qu’il ne pouvait pas révéler ses sources, mais qu’il en était certain de la vérité.

Les membres du synode, exaspérés, ont convoqué Léon, janvier 1086, d’apparaître et de prouver ses accusations, mais sans succès ; ils ont formellement blâmé Léon d’avoir accusé un autre évêque sans preuve. Citant les canons appropriés, ils ont déposé Léon. Le procès-verbal du procès se trouve dans le Document 3.

Pendant l’année 1086, Léon a élevé la controverse à un autre niveau : le dogmatique. Comme le montre Document 3, Léon a été déposé pour des raisons disciplinaires : il avait accusé le patriarche Eustratios d’abord devant l’empereur au lieu de l’avoir fait devant le synode et de n’avoir pas accepté la conclusion de la commission impériale qui avait innocenté le patriarche. Ayant perdu sur le front disciplinaire, Léon a développé une doctrine sur la nature du culte qu’on devrait rendre aux images, surtout à l’image du Christ. Se tenant sur cette doctrine, il a accusé ses adversaires d’iconoclasme. Au cours de toute l’année 1086, il y avait des discussions publiques sur la doctrine de Léon. Plusieurs documents témoignent de ce nouvel aspect de la controverse :

La Lettre de Basile d’Euchaïta au Sébastocrator (Document 4),

La Lettre de Nicolas d’Adrinople à Léon de Chalcédoine (Document 5),

La lettre de Léon de Chalcédoine à Nicolas d’Adrinople (Document 6),

Le Dialogue d’Eustratios de Nicée sur le culte à rendre aux images (Document 7).

La Démonstration raisonnée d’Eustratios de Nicée sur le culte à rendre aux images (Document 8).

Dans le contexte des discussions dogmatiques qui continuaient en 1087, Alexis a subi une autre défaite militaire écrasante en août, cette fois à Dristra (aujourd’hui Silistra, sur le Danube, dans le nord-est de la Bulgarie). Cette catastrophe a occasionné une nouvelle saisie de biens ecclésiastiques afin de reconstituer l’armée. Naturellement Léon a violemment protesté et Alexis l’a exilé, peut-être en décembre 1087.

De son exile à Sozopolis (la côte sud-est de la Bulgarie sur la mer Noire), peut-être à partir de janvier 1088, Léon a écrit deux lettres : l’une à Marie de Bulgarie (Document 9) et l’autre à un évêque, peut-être son neveu Nicolas d’Adrinople (Document 10).

En septembre 1089, Alexis a essayé de nouveau de persuader Léon de se réconcilier à l’Église, sans succès.

Entre février et mars 1091, Alexis avait des discussions au sujet d’une troisième confiscation de biens ecclésiastiques. Dans un sermon et un texte écrit (Documents 11 & 12), Jean l’Oxite, le patriarche d’Antioche résidant à Constantinople, a dénoncé les politiques d’Alexis de confisquer les trésors de l’Église pour palier ses manques chroniques de ressources.

La date de la dernière étape de cette bizarre histoire est contestée. Certains disent mai 1091 ; d’autres disent mai 1094. Nous optons pour 1094. Alexis consent à faire un inventaire de tous les objets confisqués dans les églises en vue de les remplacer lorsque les finances de l’empire le permettraient. En même temps, Alexis a convoqué un synode, à Blachernes, pour sceller la réconciliation définitive de Léon et célébrer la fin du schisme et de la controverse sur la nature du culte à rendre à l’image du Christ. Document 13 est le procès verbal de ce synode. Léon, enfin, s’est réconcilié, a été restauré à la communion de l'Église et apparemment à son siège de Chalcedon3, mais il a disparu de l’Histoire.

Fin de la controverse autour de Léon de Chalcédoine et du culte à rendre aux images.



Évaluation

Léon : Les événements de 1081 ont propulsé Léon de Chalcédoine au sommet d’une controverse ; ils l’ont transformé d’éminent, mais tranquille, homme d’Église en lion féroce prêt à accuser même l’empereur de sacrilège et d’iconoclasme ainsi qu'à défier le patriarche et le saint Synode. Pour se justifier, Léon a proposé une nouvelle doctrine sur le culte à rendre aux images, surtout à l'image du Christ. Son intransigeance inébranlable dans toute la controverse lui a valu la déposition et l’exil. Léon se voyait évidemment comme fidèle à l’orthodoxie, telle qu’il la concevait, un vrai confesseur, quel que soit le prix, mais l’Église et l’empereur voyaient les choses autrement. Vers la fin de l’exil de Léon, presque quinze ans après le début de la controverse, Alexis a fait un ultime effort de le réconcilier et de le faire entrer dans les rangs. Et miracle ! Léon a accepté de se présenter à un synode et de rejeter tout ce qu’il avait si obstinément affirmé jusqu’à ce moment. Le synode a accepté son repentir et sa confession de foi et l’empereur l’a restauré à son rang de métropolite de Chalcédoine. Affaire close. Nous ne savons même pas la date de sa mort.

Nous pouvons même nous demander : « C’était quoi, toute cette histoire ? » Et la réponse : « Beaucoup de bruit pour rien. » Comment le deuxième personnage de l’Église de Constantinople aurait-il pu tenir l’Empire et l’Église dans une controverse touchant à la fois la discipline et la doctrine, pendant presque quinze ans — une bataille menant à sa déposition et à son exil — et, à la fin, renier tout ce qu’il avait dit auparavant, comme si les années précédentes n’avaient aucune importance ? Et plus bizarre encore, l’empereur et l’Église ont replacé Léon sur le siège de Chalcédoine.

C’est comme si Arius, après des années de lutte contre homoousios, avait décidé d’accepter le symbole de Nicée I, d’anathématiser l’arianisme et d’être restauré comme prêtre à Alexandrie ; ou bien, comme si Martin Luther avait rejeté la Réforme luthérienne pour redevenir prêtre catholique. On s’attend au moins à ce que les auteurs de nouvelles idées aient le courage de leurs convictions et qu’ils défendent leurs idées envers et contre tout, ce qu'ont fait Arius et Luther. Mais Léon de Chalcédoine n’était pas de cette trompe.

Qu’apprenons-nous des acteurs principaux Léon et Alexis — dans cette pièce ; quelle évaluation pouvons-nous faire d'eux ? Il est difficile de ne pas voir Léon dans une lumière assez sombre. Au début de la crise, il se trouvait à l’apogée de sa carrière, vénéré par tous, y compris par l’empereur, mais la suite a montré que Léon, malgré ses vertus, avait un côté moins lumineux. Même s'il n’était pas un homme stupide, il n'était pas non plus doté d’une intelligence supérieure. Après tout, il était suffisamment doué d’intelligence pour être l’auteur d’une hérésie, mais, en même temps, il était un homme obstiné qui s’est vu embourber dans une controverse de laquelle il ne pouvait pas s'extraire ou peut-être ne voulait pas sortir. Nous – personne – ne pouvons pas vérifier la preuve que Léon prétendait avoir reçue, dont la véracité il ne doutait jamais, et à partir de laquelle il maintenait obstinément son hostilité au patriarche Eustratios. Il semble douteux qu’il ait jamais reçu de telle information fiable parce que d’abord la commission impériale n’avait rien trouvé contre le patriarche et deuxièmement, malgré l’appui dans la population dont jouissait Léon, personne d’autre n’a jamais fourni cette information. Léon, et Léon seul, est l’unique témoin de l’existence de cette soi-disant preuve irréfutable contre le patriarche. On peut donc supposer que Léon ait tout simplement inventé la preuve pour des raisons qui lui semblaient bonnes, ou qu’il ait mal interprété certaines choses qu’il avait entendues. Nous ne voulons pas avancer comme troisième possibilité que Léon avait malhonnêtement et malicieusement inventé sa preuve. Résultat : Léon n’a jamais révélé la preuve, mais a catégoriquement refusé de taire ses accusations contre le patriarche. On a l’impression d’un homme qui s’est fait prendre dans une situation intenable, mais qui ne pouvait pas avouer son tort et cherchait constamment une justification ; mais, en agissant de la sorte, il s’enfonçait de plus en plus profondément dans le bourbier.

On peut voir cette mentalité en Léon lorsqu’il a élevé la controverse au niveau dogmatique. Voyant que ses arguments au niveau disciplinaire ne menaient nulle part, il a accusé ses adversaires, et surtout l’empereur, d’iconoclasme et d'impiété. Il fallait des arguments d’un autre ordre, cette fois dogmatique, pour arriver à ses fins. Mais là, nous voyons le peu de profondeur de l’intelligence de Léon parce qu’il développait une iconologie selon laquelle il est nécessaire de rendre un culte de prosternement d’adoration (latreia) à l’image du Christ puisque la forme divine du Christ se manifeste dans l'icône. Selon Léon, le divin Logos s’est uni si étroitement à la forme humaine qu’il avait assumée de Marie, que le Logos en sa forme divine est devenu inséparable de sa forme humaine. Jusqu'à ce point, il n’y a aucun problème. Et puisqu'il n’est pas possible de séparer la forme humaine, matérielle et visible dans l’image, de la vraie forme humaine assumée par le Christ lui-même, ceux qui vénèrent l’image du Christ ne rendent de culte d’adoration ni au bois, ni aux couleurs, ni à rien d’autre de créé dans l’image, mais à la vraie forme théomorphe du Christ. Autrement dit, la forme humaine assumée par le Christ est devenue divine et peut donc recevoir un culte d’adoration. Selon cette idée, quelqu'un ─ en l'occurrence, l'empereur Alexis — qui détruit une image du Christ ou l'outrage est coupable d'iconoclasme et d'impiété.

Il est étonnant que Léon lui-même n'ait pas pu voir les problèmes dogmatiques dans sa doctrine. À la base n'est-il pas une question de monophysisme eutychien ? Certes les deux natures sont unies sans confusion ni changement, sans division ni séparation, mais il n'est pas permis de dire que la nature humaine soit unie à la divinité de sorte que l’humaine devienne divine, et encore moins que la divine soit représentée dans une image. Léon était en conflit avec deux conciles œcuméniques.

Alors, étant en exile, loin du centre de pouvoir, Constantinople, avançant en âge, et étant las du combat, Léon avait le temps de se calmer, de réfléchir et de laisser sa raison dominer son zèle. Le résultat, un retour à la case de départ. Léon a fini comme il avait commencé : métropolite de Chalcédoine, comme si de rien n'était. Et quels étaient les bienfaits gagnés pour l'Église ? Finalement, rien. Voilà donc le sous-titre de cette étude : Beaucoup de bruit pour rien. Nous acceptons l'évaluation de Léon avancée par Anne Comnène dans l'Alexiade. Voir les Annexes.

Alexis : L’empereur Alexis avait plutôt le beau rôle dans la pièce. Comme beaucoup, il avait un grand respect et admiration pour Léon avant la controverse. On peut même caractériser l’attitude générale de l’empereur envers Léon comme une frustration croissante face à l’intransigeance de Léon. Alexis a convoqué la commission d’enquête pour élucider l’accusation de Léon contre le patriarche Eustratios, mais celui-ci en est sorti blanchi. Il a sans doute espéré que le rapport de la commission satisferait à Léon, mais non, déception et sa frustration est montée d’un cran. Il a même promis de restaurer les images saisies et de ne plus jamais se servir des biens de l’Église à des fins profanes. Léon inflexible. Face au refus de Léon de produire la « preuve » de la malversation du patriarche, Alexis devait se résigner avec regret à ratifier la destitution de Léon votée par le synode. Il était même obligé, sans grande joie, d’exiler Léon, celui-ci ayant élevé la controverse au niveau dogmatique. Nous voyons la bienveillance de l’empereur lorsque, pendant cet exil, il essayait de réconcilier Léon en lui offrant des termes de réconciliation raisonnables, mais non, rien que du fiel ne sortait de la bouche et de la plume de Léon. Et la dernière étape, le synode de Blachernes qui a ratifié la réconciliation de Léon à l’Église et a mis fin à la controverse, nous sentons le soulagement d’Alexis lorsque Léon a répondu à chaque question que l’empereur lui a posée. L’empereur ne manifestait aucune rancune envers Léon. Déception, exaspération, frustration tout au long de la controverse, mais une fois que Léon a répudié les erreurs dogmatiques dans sa lettre à son neveu, Alexis pouvait laisser émerger son attitude de non-hostilité – osons-nous dire bienveillance ? – envers Léon. Il a même accepté que Léon redevienne métropolite de Chalcédoine.

Chronologie



1081

1er avril 1081 : Alexis Comnène devient empereur

8 mai 1081 : Eustratios Garidas devient patriarche

18 octobre 1081 : Alexis est battu à Dyrrachion

Automne 1081 : Alexis convoque le synode pour autoriser la confiscation des biens ecclésiastiques afin de reconstituer l’armée.
Première confiscation des biens ecclésiastiques
Première protestation de Léon de Chalcédoine

1082

Hiver 1082 : Confiscation des biens ecclésiastiques
Protestation de Léon de Chalcédoine

Août 1082 : Chrysobulle (Document 1) : Alexis s’interdit, à lui-même et à ses successeurs de confisquer les biens ecclésiastiques pour des fins profanes.

Automne 1082 : Léon de Chalcédoine demande à Alexis de chercher, de restaurer et de vénérer les images confisquées. Il demande aussi que le patriarche Eustratios Garidas soit puni pour avoir profité personnellement des biens confisqués.

1083

1er décembre 1083 : Léon écrit sa lettre à l’empereur Alexis (Document 2).
Alexis fait une enquête privée sur l’administration du patriarche Eustratios qui est blanchi de toute accusation.

1084

Juillet 1084 : Le patriarche Eustratios Garidas abdique.

Août 1084 : Nicolas Kyrdiniatis Grammaticos devient patriarche.

Automne 1084 : Léon refuse de concélébrer avec le nouveau patriarche et le synode puisque l’ancien patriarche Eustratios Garidas est commémoré.

1085

30 novembre 1085 : 1er semeioma, perdu, compte rendu des pourparlers entre Léon et Alexis pour que Léon accepte de concélébrer avec le synode. Léon refuse encore.

2 décembre 1085 : 2e semeioma, perdu, compte rendu des discussions devant le synode pour la réconciliation de Léon qui est sommé d’accuser formellement le patriarche Eustratios ou de se réconcilier avec le synode. Échec.

Quelques jours après, 1085 : Léon se réconcilie avec le synode, mais plus tard recommence à s’opposer au synode.

1086

Janvier 1086 : Réunion du synode. Accusations et peines canoniques contre Léon.
3
e semeioma (Document 3), procès-verbal et décret synodal.
Léon est déposé.

Été-automne 1086 : Discussions des idées dogmatiques de Léon de Chalcédoine sur le culte des images
Les documents suivants sont écrits dans cette période :

La Lettre de Basile d’Euchaïta au Sébastocrator (Document 4),
La Lettre de Nicolas d’Adrinople à Léon de Chalcédoine
(Document 5),
La Lettre de Léon de Chalcédoine à Nicolas d’Adrinople
(Document 6),
Le Dialogue
d’Eustratios de Nicée sur le culte à rendre aux images (Document 7).
La Démonstration raisonnée d’Eustratios de Nicée sur le culte à rendre aux images (Document 8).

1087

Hiver-printemps 1087 : Discussions dogmatiques continuent

Automne 1087 : Alexis est défait à Dristra.
Deuxième spoliation des biens ecclésiastiques.
Léon proteste violemment.

Décembre 1087 : Alexis exile Léon, soit en décembre 1087 ou en janvier 1088.

1088

Janvier 1088 : Alexis exile Léon, soit en décembre 1087 ou en janvier 1088.

Après janvier 1088 : En exil, Léon écrit à Marie de Bulgarie (Document 9)

Après janvier 1088 : En exil, Léon écrit à un évêque, peut-être son neveu Nicolas d'Adrinople (Document 10)

1089

Septembre 1089 : Jean l’Oxite est élu patriarche d’Antioche
Alexis essaie de se réconcilier avec Léon. Échec

1091

La date de concile de Blachernes est contestée.

Février-mars 1091 : Discussions autour d’une 3e confiscation des biens ecclésiastiques.
Jean l’Oxite dénonce les politiques d’Alexis dans un sermon et un écrit. (Documents 11 & 12)

Mai 1091 (1094) : Inventaire de tous les objets confisqués dans les églises
Synode de Blachernes et la réconciliation définitive de Léon de Chalcédoine. (Document 13)
Restauration de Léon comme métropolite de Chalcédoine.
Fin de la controverse autour de Léon de Chalcédoine et du culte à rendre aux images.

1094

La date de concile de Blachernes est contestée.

Mai 1094 (1091) : Inventaire de tous les objets confisqués dans les églises

Synode de Blachernes et la réconciliation définitive de Léon de Chalcédoine. (Document 13)
Restauration de Léon comme métropolite de Chalcédoine. Fin de la controverse autour de Léon de Chalcédoine et du culte à rendre aux images.

Document 1

Août 1082
Chrysobulle d’Alexis Comnène
Concernant les saints vases
et comment il ne faut plus jamais les rendre communs



Ceux qui ont des problèmes corporels et qui ont besoin de soins médicaux capables de les guérir savent que c’est la maladie qui les affaiblit et les indispose. Ceux-là sont plus guérissables par les soins médicaux que ceux qui sont insensibles à l’importance de leur maladie et qui ne savent même pas qu’ils sont malades. Ils se donnent des maux, à eux-mêmes et aux médecins.

Exactement la même chose est à observer pour les maladies spirituelles. Lorsque nous péchons, nous tombons dans les profondeurs du mal et, par une attitude méprisante, nous passons au-dessus d’un grand nombre de péchés. Et nous ne sentons pas que nous péchons, l’habitude du mal étant souvent devenue une seconde nature.

Mais, en même temps, Dieu fait briller sur les pécheurs quelque lumière salvatrice. L’intelligible n’est donc confondu nulle part avec la boue et l’esprit n’est jamais forcé à être l’esclave du péché. Il est toujours possible aux pécheurs de se relever de la chute et de revenir de l’abîme vers Dieu par l’exercice du libre arbitre et par la recherche volontaire de ce qui est meilleur.

Et ce principe s’applique absolument à notre Majesté. Car lorsque les circonstances difficiles des affaires publiques étaient variées et multiples, que les ressources de l’État diminuaient partout et qu’il y avait de tous les côtés des expéditions militaires à faire, j’ai soutenu la Majesté Sérénissime de notre pouvoir. Mais tandis que ma Majesté s’avançait, les circonstances difficiles suivaient de près derrière. En conséquence, elle était vraiment dans l’embarras, et, ne pouvant pas se maintenir contre les adversités, ma Majesté s’est renseignée et elle a appris qu’elle pouvait saisir les biens sacrés et divins de l’Église et, par eux, combler le manque de ressources.

Alors cette œuvre a été réalisée dans beaucoup de saintes églises et beaucoup de saintes choses consacrées à Dieu ont été mises à la disposition de l’État, non par outrage et dédain de Dieu ou par mépris des choses dédiées à Lui (car ceci est loin de toute âme très chrétienne), mais à cause des circonstances difficiles du moment et les coûts s’attachant immédiatement à la guerre.

Car le cœur de ma Majesté n’a rien prévu qui puisse, comme conséquence, irriter Dieu puisqu’une mauvaise conscience n’a pas condamné d’avance celui qui a accompli l’œuvre.

Mais, si, par hasard, quelque chose restait dans le trésor impérial, cela a été dépensé et perdu et les choses ayant été enlevées des saintes églises ont abouti à une perte totale. Et toute la première campagne, voulant diminuer la pression entourant le territoire romain, a causé le contraire, et en beaucoup d’endroits a été exaltée la corne de ceux qui se portaient contre nous et le vaisseau de l’Empire risquait, dès ce moment, de sombrer dans les profondeurs, à moins que le pouvoir tout-puissant de Dieu lui-même ne se charge des résultats de la bataille et ne transforme la tempête en brise.

Alors, il semblait bon à notre Majesté de rechercher plus attentivement la cause des problèmes et de s’en informer, c’est-à-dire découvrir ce qui aurait pu si grandement provoquer la colère de Dieu et aiguiser son hostilité impitoyable contre nous.

Et elle a certes consulté les hommes spirituels et divins sur l’affaire.

Et elle a appris d’eux que la cause de la colère de Dieu n’était pas une affaire insignifiante : le fait que notre Majesté ait saisi les purs et divins biens de Dieu, même si l’œuvre accomplie et achevée n’a pas été motivée par un cœur méchant, car il n’est pas possible de rendre communes les saintes choses ni d’enlever celles qui ont été dans le passé confiées aux mains de Dieu ni de les abaisser ni de les utiliser à d’autres fins.

Ma Majesté savait qu’il fallait arrêter le futur élan du mal afin que ce chemin ne soit plus jamais emprunté par les empereurs chrétiens et qu’il fallait réparer, autant que force pourrait permettre, ce qui s’est passé auparavant.

Alors, ma Majesté confesse devant Dieu et les hommes et invoque le pardon du fond du cœur pour ce qu’elle a involontairement fait et elle promet, encore devant Dieu, de repayer toutes les choses saisies jusqu’à présent par ma souveraine Majesté dans les sacrées églises et de restaurer aux églises de Dieu les choses détournées pour l’usage de l’État, par le pouvoir de ma Majesté.

Car ma Majesté, par une obligation particulière, se charge d’elles et ne refuse pas d’être le débiteur envers les saintes églises.

Alors, à partir de ce moment et pour toujours, ma Majesté, par ce chrysobulle, impose sur elle-même et sur tous les empereurs chrétiens après elle cette restriction, venant de Dieu : personne n’osera plus jamais saisir les saintes choses, quelle que soit la nécessité qui pourrait se présenter pour persuader quelqu’un de mettre les mains sur les saintes choses ni de profaner les divins biens par un détournement d’eux pour les verser dans le trésor impérial.

Devant Dieu et les hommes, j’ai construit cette clôture de protection et aucun homme pieux ne la fera disparaître. Nous les hommes, nous nous servirons de nos choses, mais Dieu aura ses choses inviolables et aucune main audacieuse ne les saisira.

Mais si quelqu’un, Maître et Dieu, à partir de ce moment, osera mettre les mains sur les choses déjà consacrées ou encore sur les biens, les meubles et les vases sacrés et divins, ayant déjà été mis à part, dans tes saintes et honorables églises, que celui-là ne voie pas la lumière au jour de ta visitation, ni n’obtienne à ce moment-là ton secours ni recevoir par la suite ta divine protection, mais que, partout où il sera, qu’il soit privé de ta sollicitude et de ton aide enveloppantes.

Mais maintenant, ô Roi, sois propice à ton héritage, mets fin à ta juste colère contre nous et pardonne à ceux qui ont péché et qui maintenant retournent vers toi parce que tous nos péchés sont mesurés à l’abîme sans fond de ta miséricorde et apparaissent comme une tasse d’eau par rapport à la grandeur de toute la mer.

Ainsi donc, je confesse devant toi, Maître, le grand nombre de mes péchés et de même, je fais appel à ton soutien salvateur et du fond de mon âme, je renonce à saisir de nouveau les choses consacrées à toi, quelle que soit la nécessité qui pourrait m’appeler à le faire et je me déclare débiteur envers les choses déjà enlevées.

En vue de ces choses, j’ai émis ce chrysobulle pour garantir l’inviolabilité sans faille de toutes tes églises afin que, dès maintenant, celui qui oserait toucher à un des biens des saintes églises soit déclaré, sans détour, par toi et par les hommes pieux, coupable de sacrilège.

Ce chrysobulle a été émis pendant le mois d’août de la 5e indiction de l’an 1082, lequel document porte la signature de notre puissance pieuse et promue par Dieu.

Document 2

Décembre 1083
Lettre de Léon,
le bienheureux métropolite de Chalcédoine,
à l’empereur Alexis Comnène



___________________________

Contexte historique de la lettre

Automne 1081 : Le synode de l’Église de Constantinople autorise la confiscation des biens ecclésiastiques pour payer une armée nouvellement constituée. Les agents de l’empereur saisissent les biens de l’Église.

Hiver 1082 : Léon de Chalcédoine proteste contre les confiscations.

Août 1082 : Dans un chrysobulle [voir Document 1], Alexis promet que ni lui ni ses successeurs ne saisiront plus de biens ecclésiastiques.

Automne 1082 : Léon demande à Alexis de rechercher les images confisquées, de les restaurer dans les églises et de les vénérer; il exige que le patriarche Eustratios Garidas soit puni pour avoir personnellement profité des biens de l’Église.

Décembre 1083 : Léon écrit sa lettre [la suivante] à Alexis.



1. Mon saint Maître4.

2. Voici que la sainte Église de Dieu, en toute liberté et avec audace, crie et raconte clairement en détail les insultes qu’elle a subies ainsi que les injustices dont elle était la victime. Dieu pourrait à présent vouloir relever ta Majesté inspirée de Dieu en vue de rendre justice à l’Église, non plus par des écrits5 ni en paroles, mais en actes — que cela n’arrive jamais ! Que le Dieu de l’Église juge plutôt vos injustices6.

3. Cela ne se produira pas parce que dans ce cas tous seraient perdus. Regarde en haut vers le ciel et en bas vers la terre, et vois combien, toi, homme qui insulte, tu es abandonné lorsque Dieu est insulté. Mais, une fois rétabli après le repentir, tu auras la pitié de Sion [de l’Église] qui t’a donné naissance, qui t’a nourri, et qui t’a promu à ce sommet de gloire et de réputation. C’est Dieu lui-même qui a construit l’Église. En effet, Sion [l’Église] est notre mère à tous, notre maîtresse, notre nourrice et la cause de tous ces biens, dont le royaume des cieux7.

4. Nous la voyons insultée. Alors quel autre service pourrons-nous rendre à l’Église, si nous ne parlons pas, si nous ne demandons pas justice de ceux qui ont le pouvoir de rendre justice8 ?

5. Mais tu demandes, ô Empereur inspiré par Dieu9 :

6. « Quelles sont les insultes et les injustices ? »

Notre foi a été rejetée comme mauvaise; les choses saintes, profanées; la perle précieuse, déshonorée; la Croix, foulée aux pieds; les saints vêtements des prêtres déchirés; et la sainte image de Dieu, entièrement insultée. Tous ont subi des insultes sans précédent, de loin plus grandes, pires et plus déshonorantes que celles du passé; jadis, les soldats n’ont pas cassé les jambes de Jésus, mais à présent sa tête, ses yeux, et tous les membres de son corps sont broyés par un fer pesant, et le Sauveur du monde est livré au feu comme un meurtrier. Nous avons donné aux chiens les saintes choses; nous avons jeté les perles devant les cochons.

Prétendre qu’aucun mal ne se soit produit n’empêche pas le fait que nous tous sommes en confrontation. Si toutefois tu demandes qui est celui qui parle, qui est celui qui veut et peut présenter la preuve de tout cela, nous [Léon] répondons avec audace et en vérité : toute l’Église ainsi que tous ceux qui sont chrétiens, ceux qui s’appellent ainsi et qui le sont; tous ceux qui n’ont pas perfidement trahi, comme Judas, la vérité au nom de présents et de baisers. Et si tu veux entendre même quelque peu les témoins...[dans certains] monastères [monastéria] combien de choses sacrées ont été pillées ; et dans d’autres monastères [askétéria], combien de leurs propres ornements ont été arrachés; les autels, combien ont été dénudés de leur beauté. Ces lieux ressemblent à des corps morts, mis au pillage. Les coffres, dans lesquels les saints vases de Dieu ont été placés, se servent de leur bouche ouverte10 pour sortir des cris plus perçants que ceux de plusieurs milliers de témoins, parce qu’ils sont autant de témoins de l’œuvre [contre eux], mais ils n’ont pas été crus. Néanmoins, ils disent vrai.

S’il faut aussi un témoignage « écrit », demandez aux sons11 qui parleront et ne cacheront pas la vérité; les uns, faits par des documents déchirés, les autres faits par des documents broyés, et encore d’autres faits par des documents entièrement altérés et transformés. Qui pourra résister à autant de témoins12 ?

7. Qui ne les acceptera pas13 ?

8. Qui ne recevra pas la vérité prononcée par tous14 ?

9. Ainsi je te procurerai des témoins de parmi mes ennemis, car il y a là une abondance de preuves de la vérité; demandons à celui qui a accompli ces choses. A-t-il osé quelque chose concernant ce qui a été dit ou non ? Et il ne pourra pas le nier, au sujet des portes de la Chalkoprateia qui tomberont sur sa bouche, et qui ne lui permettront pas de respirer15.

10. Vois la vérité, notre saint Maître. Regarde comment on utilise la bouche non seulement des témoins favorables à ta cause, mais aussi de celles de tes adversaires16.

11. Tu as appris comment les portes de l’Enfer ne prévaudront pas contre l’Église ; souviens-toi donc du Juge incorruptible, ô très juste Empereur. Et, même étant un homme parmi les hommes, ce Juge ne jugeait pas selon les désirs des hommes avec lesquels il vivait, mais il disait la vérité comme il l’avait entendue ; ne te trompe pas au sujet du Juge; ni ne méprise le jugement de la pensée de celui-là, mais chacun de nous sait que nous serons jugés par lui au jour du jugement. Ainsi, toi aussi, soutiens la sainte Église de Dieu et sois pour Dieu qui est insulté à travers elle...17

12. ....si tu veux, toi aussi, que Dieu soit avec toi lors du Jugement dernier et à présent.

13. L’Église entière parle du saint18 patriarche [Eustratios Garidas], de toute la Romanie19, du salut de Constantinople, et de ta Royauté venue de Dieu20. Mais si tu ordonnes la destitution du patriarche21 selon les canons sacrés, tu te sauveras toi-même aussi bien que nous et le monde et tu montreras que le patriarche22 est plus digne que de nombreux patriarches; si tu veux autre chose, penses-tu qu’il y a quoi que ce soit de plus estimable et plus honorable que Dieu et la vérité ? Nous tous, les chrétiens, nous rejetons une telle idée. Apprends, ô empereur, en qui Dieu agit, que tu as souillé non seulement nous mêmes, mais aussi le patriarche et le monde entier. C’est à toi-même plutôt qu’à nous que tu as donné la mort, parce que tu n’as pas voulu corriger ton faux jugement même après t’être rendu compte de ton erreur23.

Document 3

Le décret concernant la déposition
du métropolite de Chalcédoine
au temps de sa Majesté,
seigneur et empereur Alexis Comnène
24
Janvier 1086



Paragraphe 1 

Fais du bien, Seigneur, à ceux qui sont bons, et à ceux dont le cœur est droit. Mais ceux qui s’égarent dans des voies tortueuses, le Seigneur les chassera avec ceux qui font le mal [Ps 124, 4]

Ce sont les paroles de David l’ancêtre de Dieu. Tous ceux qui s’égarent du droit chemin et glissent sur les escarpements par leurs propres volontés doivent craindre la dernière ligne du verset, car ils se sont éloignés du bien. Il faut donc prendre garde du métropolite de Chalcédoine, Léon, qui s’est égaré du droit chemin allant dans le désert, tombant dans les abîmes de l’âme et atteignant des lieux où le Seigneur ne voit pas : tout cela à cause de l’amour de ses propres opinions, je crois, ou de la méchanceté volontaire. Puisque les vertus se trouvent sur le chemin royal du milieu, l’action de s’égarer de chaque vertu porte quelqu’un naturellement à engendrer le mal, à cause de l’excès ou plutôt de l’insuffisance. Léon s’agitait au-delà de ce qui convenait et aimait se quereller jusqu’à se mettre contre le canon le plus droit. Il ignorait qu’il allait vers sa propre ruine et a trébuché s’est cogné la tête. Donc, il est à nous de raconter toute l’histoire sans rien omettre.

Paragraphe 2

La concorde régnait dans l’Église, le seigneur Eustratios dirigeant à ce moment-là le trône patriarcal. Tout était calme dans nos affaires, tout scandale dans l’Église ayant été écarté. Mais le diable, jaloux des justes, celui qui est l’auteur du mal et habile à semer la zizanie, a engendré et cultivé le rejeton de la méchanceté, le métropolite de Chalcédoine, pénétrant furtivement dans son cœur. Et à cause de la piété qui semblait habiter en lui, le diable a planté la racine du mal et a rempli le monde d’ivraies. Par respect, notre Piété a mis l’homme au poste de métropolite et l’a considéré comme un trésor de vertus, mais lui, Léon, a souvent soulevé beaucoup de questions contre le souvenir du patriarche, les faisant arriver aux oreilles de ma Majesté, et a condamné la saisie des saints objets consacrés ainsi que la destruction et la fonte d’eux. Il a même lancé des menaces divines contre nous, à moins que nous ne nous relevions et ne nous imposions une correction appropriée pour les événements qui se sont produits. Cette correction, comme il l’a dit lui-même25, consisterait à aller chercher les saints objets saisis où qu’ils se trouvent et de ne pas les laisser ainsi dispersés et détruits, parce que cela est arrivé d’une manière impie, car cette transgression n’était pas une petite affaire, c’est-à-dire la saisie injuste des ornements des églises, ayant été pillées par des mains indignes. Les images en métal précieux du Seigneur et de la Mère de Dieu ont été, d’une manière impie, brisées et fondues. Des évêques ont osé accomplir ces choses, et l’empereur, qui gouverne les chrétiens — lui qui a comme parure la toute belle foi orthodoxe — n’a nullement puni ceux qui avaient participé à ces événements. Alors, je26 m’accuse moi-même d’avoir été persuadé par ces paroles, parce que je n’ai pas préservé l’honnêteté de l’enquête ni ne lui ai demandé de documents écrits et de preuves des accusations, mais croyant à l’apparence du sérieux des allégations, j’ai été vivement saisi de l’affaire et j’ai entrepris moi-même de rechercher la vérité pour que celle-ci devienne parfaitement connue et que la justice exacte soit partout maintenue. Mais il faut quand même y avoir quelque justification de notre part auprès des sages membres du comité d’enquête vu que nous avons été vivement saisi par l’apparence de la piété de Léon. Il n’est pas facile de percevoir le mal caché par un masque de vertu, et encore plus difficile lorsque que le zèle de quelqu’un apparaissait justement en faveur de la piété et que le voile de l’opposition semblait être ami de Dieu. D’un côté, le fait d’avoir été dupé témoigne peut-être de la liberté d’âme, mais pas de la nôtre parce que nous n’avons pas vraisemblablement pu prévoir la ruse, mais nous n’engendrons aucunement ce voile de déception27. Mais, de l’autre côté, chez celui [Léon] qui raisonne avec ruse comme un sophiste et qui est devenu hypocrite par la rigidité de l’enseignement, on confirme beaucoup de méchanceté.

Paragraphe 3

Jusque-là, certes, ma Majesté, n’ayant pas clairement prévu la ruse, était persuadée par les paroles, et, comme il semble, prêtait confiance à celui qui parlait. Mais l’enquête a commencé comme ceci [1er décembre 1083] : personne n’a apporté publiquement de condamnation [pour ne pas avoir l’air d’] être d’accord sur ce qui a été dit et [pour avoir le temps de] discerner. Manifestement, l’accusateur [Léon] ne s’est pas présenté, et, prétendant que c’était tout à fait contraire à l’exactitude [de la justice, des canons ?], il a obstinément maintenu sa position et n’a pas cédé. Et il était nécessaire que le métropolite de Chalcédoine dise publiquement ses griefs contre le patriarche et qu’il en parle devant tous. Et ainsi l’enquête pourrait convenablement s’avancer. Mais lui [Léon], esquivant une confrontation, ne voulait ni parler en public ni s’exposer aux risées publiques ; par contre il aurait dû absolument descendre dans l’arène de la justice et se charger noblement de la lutte pour Dieu, s’il avait un louable zèle divin, mais il n’en avait pas et [son] opposition était agressive et sa manière autosuffisante, comme si l’enquête avait déjà atteint la fin. Il était entièrement [prêt à] troubler [les affaires] pendant toute la journée, et, comme pendant la nuit, il imaginait un espoir rusé, à moins que ma Majesté ne se soit* publiquement repentie à l’instigation de Léon. Puisque la discussion se portait sur les choses divines, il était nécessaire de se mettre du côté de l’exactitude ; sois persuadé qu’une petite chose peut dénaturer l’exactitude.

Paragraphe 4

Et comme les accusations du métropolite de Chalcédoine sont arrivées aux oreilles du patriarche, celui-ci ne croyait aucunement qu’une enquête serait pénible pour lui, mais, ayant le cœur tranquille, comme il l’a montré, au sujet de toute accusation de Léon, lui aussi, il a vivement demandé [une enquête] pour que les témoignages contre lui soient examinés, que ceux qui voulaient parler ne lui lancent pas subitement, d’un coin caché, d’accusations orales et qu’ils ne blessent pas de cette manière le cœur des plus simples. Donc, par convocation des hommes qui s’occupent des affaires du patriarcat [ces hommes se sont réunis] : le très honorable moine et premier président, le grand skevophylax, le grand économe du feu président et de la grande Église de Dieu, le sacellaire, celui qui préside à la bourse des présidents, le protosyncelle, le chartophylax28 et avec eux le métropolite d’Euchaïta. Et ceux-là ont examiné l’affaire des choses saintes à travers des documents de la cour et le patriarche en est sorti tout à fait blanchi et innocenté : parmi les choses pures et consacrées à Dieu, il n’en a rien enlevé pour lui-même. Il a même fait quelques économies dans les affaires de l’Église et a introduit des mesures administratives qui lui semblaient bonnes et utiles, comme avaient fait quelques autres patriarches avant lui et ils demeurent à présent complètement irréprochables.

Paragraphe 5

Et par conséquent, le patriarche était en position de force et il était au-dessus de toutes les mauvaises langues. Puisque l’amour du cher silence [hésychia] l’avait saisi ayant accepté lui-même la vie monastique comme la vie de la paix parfaite et non troublée, il a cédé le trône à ceux qui le voulaient. Et ayant dit ses adieux en tout au troupeau, il est parti après avoir clairement proclamé le saint symbole de la foi [le credo] et anathématisé toutes les hérésies, même celle des messaliens (car il est arrivé en ce temps que des mauvaises langues s’armaient sans raison [d’accusations] contre le patriarche). Il a prononcé des imprécations les plus terribles contre lui-même si, concernant la foi, il provoquait des scandales et ne cherchait que les vraies doctrines. Et lorsque le trouble dans l’Église semblait être apaisé, le très saint seigneur Nicolas, par décision et jugement de Dieu, a assumé la charge de veiller sur l’Église et ma Majesté ne craignait aucune ivraie à déraciner. La plénitude de l’Église était en paix et la houle de la première agitation s’était calmée. Et par conséquent, elle [ma Majesté] s’est levée, accompagnée de la joie de la grande ville, et comme elle [ma Majesté] voulait, elle s’apprêtait à sortir contre les Francs. Mais la méchanceté du métropolite de Chalcédoine s’est encore une fois allumée, comme un charbon de quelque matière cachée dans une cavité qui cause une conflagration de grandes flammes, lequel incendie beaucoup de volontaires pompiers [croyaient] avoir complètement éteint. La chose terrible, encore une fois un feu s’est déclaré et un grand incendie s’est allumé comme la première fois. Voilà ce qui est réellement arrivé. Et encore, c’était le métropolite de Chalcédoine lui-même qui a agité l’Église ne voulant pas s’accorder [aux autres évêques] ni [maintenir] l’harmonie. Il a repoussé loin la communauté [des autres évêques] se séparant d’elle, refusant de se réunir avec le très saint patriarche, seigneur Nicolas, et le divin synode pour concélébrer la Divine Liturgie, avançant des griefs peu convenables. Et à ce moment-là, le souci des Francs occupait [l’esprit] de ma Majesté, mais elle est rentrée [en ville], s’inquiétant des affaires de l’Église, et autant que possible, elle a fait que le schisme soit guéri et que la plaie soit cicatrisée par des soins et elle est souvent allée rencontrer le métropolite de Chalcédoine pour lui parler, mais lui, il était difficile, inflexible et peu abordable. Puis que ma Majesté était pleinement occupée par les Francs, jour et nuit, mon objectif se fixait sur eux. Il n’était pas possible de s’occuper plus diligemment des affaires de l’Église.

Paragraphe 6

Mais puisque Dieu a permis la destruction de l’ennemi29, a fait mourir celui-ci par une lance invisible qui l’avait frappé, et, par un fouet, a de même repoussé son armée autrefois composée d’une multitude d’hommes forts, les choses se sont calmées vers le soir et ma Majesté est rentrée dans la grande ville. Et là, elle mettait de côté les autres [soucis] tournant toute son attention [aux problèmes] de l’Église et elle s’est empressée avec un grand zèle à recoudre ce qui était déchiré, à cicatriser les blessures et à amener à l’unité ce qui était dispersé. Et encore une fois, elle a mandaté le métropolite de Chalcédoine d’exposer la cause de sa présente séparation. Par beaucoup de paroles, l’entretien entre nous a été prolongé et Léon a dit devant l’assemblée des hiérarques que l’obstacle était la présence [du nom] de l’[ancien] patriarche, le seigneur Eustrate, dans les saints diptyques de l’anaphore. Léon, contre toute raison, a accusé Eustrate de s’être approprié des choses saintes des églises et de les avoir fondues. Et pour appuyer son discours [Léon a cité l’exemple] des portes [de l’église] des Chalkoprateia sur lesquelles étaient gravées [les images] des vénérables fêtes du Seigneur. Car l’argent provenant de ces portes a été enlevé et ce qui avait été très solide et ferme jusqu’à ce point-là n’était plus reconnaissable. [Ont été enlevés] aussi les objets consacrés, d’une très grande valeur, dans l’église de saint Abercius, Léon disant qu’Eustrate a dépouillé sans crainte, de ses propres mains, quelques-uns de ces objets, et les a transmis à ceux qu’il voulait. Ma Majesté s’est référée à l’enquête concernant ces choses. Aux insinuations du métropolite de Chalcédoine, elle a opposé le jugement, et alors elle l’a invité [à se mettre d’accord] avec les hiérarques : [Léon pourrait accepter disant que] le scandale appréhendé par lui avait été montré sans fondement par le jugement de l’affaire rendu par l’enquête ou [il pourrait refuser] affirmant d’une autre manière que la rigueur de l’enquête avait fait défaut. [Et dans ce cas], il pourrait se présenter au milieu [de l’assemblée] pour dire ouvertement ce qui était arrivé et prouver [ses allégations] canoniquement ou dire ce qu’il avait entendu par d’autres et publier les noms de ceux qui lui ont donné l’information. Alors, par la certitude [de cette information] concernant l’affaire, on pourrait avancer.

Paragraphe 7

Alors, le métropolite de Chalcédoine a dit qu’il n’avait pas vu le patriarche lui-même outrageusement [participer activement et personnellement] à la saisie et à la fusion des saintes choses, mais il a refusé de dévoiler les noms de ceux qui lui en avaient donné l’information. Sa conscience, par contre, avait la certitude [de la culpabilité du patriarche] et il avait en lui-même [confiance] de l’exactitude de l’information de ceux qui l’avaient informé de la saisie. Voilà pourquoi il n’allait pas se joindre aux autres célébrants [de la liturgie]. On lui a fait remarquer qu’[affirmer] ce qui n’avait pas été prouvé — même si l’on disait en avoir la certitude — est contre les canons et que [son] opposition était à contretemps, n’ayant pas été vêtue d’autorité [en preuves], et qu’il était sur le chemin de la gloire pour lui-même et satisfait de lui-même. Voilà pourquoi il devait être complètement d’accord avec les prêtres et ne [plus] diviser l’Église obstinément et devenir une pierre de scandale pour les fidèles. Léon a dit [que s’il acceptait], il apparaîtrait comme un faux accusateur30 et nombreuses langues diraient qu’il se ménageait, lui qui avait été blâmé, s’il voulait s’unir aux hiérarques ou bien il serait reçu comme quelqu’un disant des calomnies contre le seigneur Eustratios et, ayant été déclaré coupable, il serait jugé, ou bien lui disant la vérité, il irait ensemble avec les concélébrants contre les canons. Mais pour cela il n’était pas possible d’entrer en concorde [avec les hiérarques] tant que le patriarche Eustratios apparaissait [sur les diptyques] avec les concélébrants. Alors ces choses ayant été dites, ma Majesté a été frappée à l’intérieur jusqu’à l’âme, même si Léon était un homme important, digne de respect par la parole, ayant la réputation de lutter pour une sainte vie et ayant parfaitement et depuis longtemps le discernement des coutumes et des usages de l’Église. Il penchait vers les bonnes grâces des hommes, et on disait traitait les langues humaines avec ménagement. Et il écoutait ces choses de l’Apôtre qui dit : « Si je plaisais aux hommes, je ne serais pas un serviteur du Christ. » [Gal 1, 10] Pourtant, ma Majesté a surmonté cet obstacle et a dit qu’il ne devrait pas se soucier d’être appelé calomniateur parce que son nom n’a pas été inscrit [officiellement sur la liste] d’accusateurs et il n’a pas apposé sa signature comme accusateur [sur un document officiel]. Mais à cause de l’opinion de ceux qui parlaient, Léon étant soupçonneux s’est séparé. Et encore, elle [ma Majesté] a réitéré [les résultats de] l’enquête et a délié [Léon] de la suspicion, mais ayant dit ces choses, il semblait qu’elle [ma Majesté] ait parlé à un sourd : il ne voulait pas écouter la voix de celui qui chantait. [Ps 57, 5]

Paragraphe 8

Assurément, ma Majesté encore une fois a convoqué des hommes respectables par leur vie et paroles. Et dans leur présence et avec le métropolite de Chalcédoine, elle [ma Majesté] est entrée en discussion concernant les choses de Léon. Et elle [ma Majesté] a dit et entendu un grand nombre de choses qui, à la fin, n’ont mené à rien et l’ardeur de ma Majesté est disparue. Mais Léon s’obstinant et ne s’appliquant qu’à maintenir son propre désir, on a émis le présent décret fin novembre le 30e jour. Voilà donc pourquoi il était nécessaire d’amener l’affaire devant l’Église et elle [ma Majesté] a convoqué le très saint patriarche œcuménique et le synode permanent des archiprêtres ; elle a placé les accusations contre le métropolite de Chalcédoine au milieu [de l’assemblée] ; et elle a persuadé Léon de la nécessité de parler publiquement de la cause de sa dissension, car ce qu’il a fait n’était pas tolérable. Les choses de Dieu se disputaient bien jusqu’au soir et l’orage continuait jusqu’à l’aube, les choses de l’Église s’agitant comme des vagues houleuses. Le saint clergé de Dieu, le sacerdoce royal [1 P 2, 9], était troublé dans une nuit obscure et des langues impies qui ont fait beaucoup de bruit causaient des fractures dans l’Église. Et alors, les heures passant, le métropolite de Chalcédoine voulait d’abord enlever tous les patriarches des saints diptyques, mais ensuite, changeant d’idée, il a ouvertement invectivé le patriarche, le seigneur Eustratios, et couvrant celui-ci de poussière, Léon l’a condamné comme impie. Léon a introduit la saisie non prouvée des objets saints, comme une impiété laquelle saisie, selon une raison justifiable, est acceptée lorsqu’elle arrive, mais si la saisie n’a pas été faite pour une bonne raison, les lois la désignent immédiatement comme pillage d’un temple et elles condamnent ceux qui l’osent comme des pécheurs et ne les condamnent pas seulement comme des impies.

Paragraphe 9

Et comme encore une fois, ma Majesté et les archiprêtres se tenant avec elle [moi] se sont opposé à lui [Léon] [en citant] les canons et les lois contre ce qu’il disait. Et puisqu’on arrivait à la fin de la discussion, [on a proposé] au métropolite de Chalcédoine soit de se mettre d’accord avec l’Église et de concélébrer avec le patriarche et le saint Synode soit de passer en procès et de prouver les allégations afin, d’un côté, d’être innocenté canoniquement ou [de l’autre, d’être condamné] selon les canons [puisque Léon] n’acceptait aucun compromis. Et [sur ces deux possibilités], le semeioma promulgué le 2 décembre était très clair. Mais Léon demandait du temps pour y réfléchir plus profondément, ce qui lui a été accordé. Après quelques jours, il est revenu et a proposé de se tenir loin de la dissension et de se soumettre à l’Église disant qu’il ne connaissait pas l’existence de l’enquête déjà menée par ma Majesté [moi] au sujet des saintes choses ainsi que le fait que le seigneur Eustratios avait anathématisé toutes les hérésies. Dedignes personnes de l’Église lui ont certifié ces choses [ces dignitaires] qui ont examiné l’affaire au sujet [du patriarche]. [Léon a aussi dit] qu’il entrerait dans l’union avec confiance parce qu’il a été guidé à le faire par le 10e canon du grand Basile qui a dit ceci concernant Sévère : « Mais comme nous n’avons pas à juger les cœurs, mais nous jugeons d’après ce qu’on nous dit, laissons la vengeance au Seigneur ; quant à nous, recevons-le [Sévère] sans arrière-pensée, en lui pardonnant sa faiblesse humaine, l’oubli31. » Il a dit qu’à partir de l’enquête non seulement le seigneur Eustratios avait été innocenté, mais aussi qu’on a déclaré son âme libre de tout soupçon concernant la foi pieuse et orthodoxe. En même temps, le patriarche a anathématisé toutes les hérésies y compris celle des messaliens et a fait des imprécations les plus terribles sur lui-même s’il ne pensait pas droitement, comme il convenait à ceux qui professent la parole de la vérité afin d’enlever toute ambiguïté et de s’accorder avec la plénitude de l’Église. Mais [il ferait] cela seulement si le semeioma concernant sa réconciliation avec le synode au début du retour sur le trône patriarcal du très saint maître et seigneur Nicolas était convenablement corrigé. Car il y a des choses écrites dans ce document qui n’ont pas été suffisamment examinées, des accusations faites à son sujet. Et il faudrait que ces choses obtiennent une étude attentive pour que rien de séditieux n’entre dans l’Église.


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