Excerpt for The snow must go on by , available in its entirety at Smashwords

The snow must go on

By Madjid Lebane

Published by Madjid Lebane at Smashwords

Copyright 2017 Madjid Lebane

ISBN : 9791096282128


*****


Smashwords Edition, License Notes

Thank you for downloading this free ebook. Although this is a free book, it remains the copyrighted property of the author, and may not be reproduced, copied and distributed for commercial or non-commercial purposes. If you enjoyed this book, please encourage your friends to download their own copy at Smashwords.com, where they can also discover other works by this author. Thank you for your support.



*****



The snow must go on

S.P.E.S.

Saison 2, épisode 7

— Je pense que tu es le seul à être satisfait de cette météo pourrie !

— Satisfait est un bien grand mot. Disons plutôt que je m’efforce de tirer avantage de cette situation extraordinaire.

— Moi aussi je trouvais ça sympa au début de pouvoir faire du patin à glace sur le parvis de l’hôtel de ville et certains morceaux de la Seine. Même les promenades en ski de fond ou raquette dans le bois de Vincennes c’était bien. Mais ça fait plus de deux semaines que ça dure et j’ai même l’impression qu’il fait encore plus froid ce matin.

— C’est pas juste une impression. Les capteurs de température renvoient des données bonnes pour les archives de records. C’est pas l’Antarctique, mais on n’a pas dépassé les moins cinq depuis quinze jours.

— L’hiver 2074 entrera dans l’histoire.

Kevin et Armelle discutaient de la météo au dernier étage du commissariat central. C’était là que se tenait la cafétéria ouverte vingt-quatre heures par jour réservée aux membres de la police. La majorité de leurs collègues avaient choisi de rester chez eux ou de travailler dans un poste plus proche de chez eux. Les officiers n’y trouvaient rien à redire puisque les affres de la météo avaient reconcentré l’activité policière sur des problèmes de circulation.

Kevin profitait ainsi d’un grand café et Armelle dégustait un chocolat chaud. Il n’y avait qu’une seule autre personne en dehors de la barmaid.

— La dernière fois que j’ai vu cet endroit aussi désert, il était trois heures du matin.

— Qu’est ce que tu faisais ici au milieu de la nuit ?

Kevin aurait voulu rattraper ses paroles. Il n’avait aucune envie de répondre à la question d’Armelle. Mais, l’esquiver risquait de l’entrainer vers plusieurs jours d’interrogatoire.

— Je devais voir une collègue qui travaille au service de nuit.

Réponse suffisante ? Armelle esquissa un petit sourire joyeux et se dit qu’elle avait là de quoi agacer Kevin pendant un bon moment.

— Bonjour, vous êtes les inspecteurs Lacamp et Martin ?

L’homme qui venait de poser la question s’était approché sans qu’aucun des deux ne le remarque. C’était le parfait prototype du petit bonhomme qui passe inaperçu partout. C’était sans doute pour éviter de se faire renverser par des piétons qu’il était engoncé dans un épais manteau de couleur orange avec des lumières aux épaules et à la taille comme en arboraient les employés de la voirie.

— Oui. Qu’est ce qu’on peut faire pour vous ?

Le monsieur s’invita sur une chaise entre eux et se pencha, comme pour leur faire une confidence.

— Je me présente. Je m’appelle Hercule Labroff et je travaille aux services de la météorologie nationale. Je viens vous voir à cause de la vague de froid.

Armelle remarqua dans les yeux de Kevin la question moqueuse qui arrivait.

— Bien. Qu’est ce que vous faites au service météo ? Je croyais que tout était devenu si complexe que seuls des super calculateurs peuvent encore effectuer des prévisions.

Le petit homme se renfrogna un peu, mais continua sur le même ton.

— Vous avez raison. Nous ne nous occupons plus des prévisions, ni même de l’amélioration des algorithmes de prévision. Les IA le font bien mieux que nous. Je suis chercheur et je fais un peu le même boulot que vous : je m’occupe des cas étranges, ceux que les IA ne parviennent ni à comprendre ni à analyser, et encore moins à prévoir.

Kevin reprit son sérieux à cent pour cent.

— Est-ce qu’on doit en déduire que cette vague de froid n’est pas un phénomène normal ?

— Non seulement il n’est pas normal, mais en plus il n’est probablement pas naturel non plus.

— Attendez monsieur. On enquête sur des phénomènes étranges certes. Mais faudrait voir à pas nous prendre pour des comiques. Vous êtes quand même en train d’insinuer que quelqu’un a trouvé le moyen de manipuler la météo. Je ne crois pas avoir déjà lu la moindre étude sérieuse à ce propos. On n’est pas en train de parler d’ensemencer quelques nuages pour faire pleuvoir là.

— Je comprends que vous soyez méfiants. Mais je peux vous assurer que mes collègues sont nombreux à partager mes craintes. Je suis venu vous voir, car je m’intéresse à vos enquêtes depuis plusieurs années et croyez bien que je respecte votre travail. Nous devons faire équipe pour trouver les responsables de cette situation. Elle pourrait se transformer en quelque chose de bien pire qu’une simple page d’histoire à raconter à nos petits enfants.

Armelle était convaincue de la sincérité du bonhomme, Kevin moins.

— Nous devons en référer à nos supérieurs avant de commencer une enquête. Laissez-nous vos coordonnées et nous vous tiendrons au courant.

Alors que Kevin finissait sa phrase, sa phablette émit le bip réservé aux urgences. C’était le chef qui appelait.

— Bonjour, chef. Je croyais que vous aviez choisi de prendre quelques congés.

— C’est le cas. Alors je ne vais pas m’attarder. Vous devriez recevoir bientôt un message des services météo. C’est un certain Labroff qui doit vous contacter. Une pointure dans son domaine d’après ce qu’on m’a dit. Vous allez travailler avec lui.

— En fait, il est déjà là, chef. Il vient juste de nous exposer ses inquiétudes.

— Bien, alors ne perdez pas de temps. Bonne chance. On compte sur vous.

— Bon ben, monsieur Labroff, je crois qu’on en a terminé avec les démarches officielles. On va pouvoir démarrer l’enquête. On commence par quoi ?

— Accompagnez-moi à mon labo. J’ai de nombreux éléments à vous donner.


*****


Kevin connaissait l’existence des hologrammes géants, car ils étaient parfois utilisés dans des jeux pour augmenter l’impression d’immersion, mais il ne s’était pas attendu à en voir un si grand dans un laboratoire. Armelle et lui baignaient actuellement dans un champ de nuages et pouvaient voir toute l’ile de France sous leurs pieds.

— Ça donne le vertige ce truc, fit remarquer Armelle d’une voix peu assurée. J’ai beau savoir que je marche sur un écran mon instinct me hurle dans la tête que je suis en train de tomber dans le vide.

— C’est normal. Ça fait toujours cet effet la première fois. Vous allez vous habituer. Si je vous fais subir ça, c’est uniquement parce que certaines choses sont plus simples à comprendre avec des images qu’avec des mots.

— Et donc, qu’est ce que vous allez nous montrer ?

— Les frontières de cet évènement climatique.

— On peut avoir un minimum d’explication théorique quand même. Notre niveau en sciences météorologiques est celui du citoyen lambda qui souhaite uniquement savoir comment il va devoir s’habiller.

— Bien sûr. Pour faire simple, nous divisons le territoire en petites zones aux caractéristiques homogènes d’un point de vue météorologique. Un lac n’a pas le même impact qu’une forêt ou qu’une zone industrielle. Nous connaissons les effets de chaque type de zone et ça nous permet de faire des prévisions assez précises.

— D’accord. Je crois qu’on voit le principe. J’imagine que maintenant vous allez nous dire que cette mini glaciation ne respecte pas vos zones ?

— C’est exactement ça.

— C’est totalement impossible ou juste hautement improbable ?

— Ça dépend si vous considérez qu’être soumis à la loi de la gravité est obligatoire ou juste hautement probable.

— OK. Donc on a bien là un évènement qui relève de nos compétences.

— Reste à trouver une piste.

— Nous avons commencé à chercher avec nos collègues. Nous nous sommes intéressés à tous les travaux sur le contrôle climatique, y compris aux plus extravagants, et nous n’avons rien découvert de probant.

— Il doit bien en exister des milliers des publications sur le sujet.

— Oui, même en se limitant aux travaux universitaires nos analyseurs ont chauffé très fort.

— Donc, pour vous, personne à ce jour ne serait capable de contrôler la météo, même en théorie.

— Non. Personne de sérieux. Mais vous trouverez un grand nombre de charlatans qui vous vendront à prix d’or des solutions absurdes et inefficaces.

— Est-ce qu’on pourrait revenir sur la terre ferme maintenant ? demanda Armelle.

— Attendez quand même que je vous montre ces frontières.

Il manipula alors une tablette et des nuages de chiffres colorés remplacèrent les amas nuageux.

— Voilà les températures de l’air moyennes qu’on devrait observer à cette période. Je vais faire défiler les moyennes quotidiennes sur une année entière. Vous verres en observant cette zone, par exemple, qu’on voit distinctement la frontière due à cette suite de collines.

Les chiffres se mirent effectivement à changer lentement. L’avantage avec les températures c’était qu’on pouvait assez facilement deviner les changements de saison en les regardant évoluer. L’année entière prit une minute entière.

— Vous avez bien repéré la zone que je vous avais indiquée ?

Les deux policiers confirmèrent. Ils auraient dû être aveugles pour ne pas voir cette frontière.

— Et voilà les mesures des deux dernières semaines.

Ils observèrent attentivement les chiffres de la zone indiquée.

— Effectivement, dit Kevin. Cette frontière s’est nettement déplacée. J’imagine que vous avez d’autres exemples aussi probants ?

— Oui. Vous souhaitez tous les voir ?

— Non merci. Je fais confiance à votre esprit scientifique. Je ne vous demanderai même pas si vous avez des explications rationnelles à ces phénomènes puisque je suis également certain que vous en avez cherché plein avant de vous résoudre à nous contacter.

— Oui. Nous avons notamment tenté de trouver une forme cohérente à cette nouvelle zone.

— Vous avez pensé à une sorte d’émetteur qui serait au centre de la zone.

— C’est exactement ça. Sans résultat. Nous avons aussi envisagé l’existence de plusieurs sources, mais si c’est le cas elles ont un mode d’influence qui nous échappe.

Sur ce dernier constat d’échec, le silence se fit durant plusieurs minutes. Les policiers échafaudaient des hypothèses et le scientifique croisait les doigts.

— Il ne nous reste qu’une seule solution : nous devons chercher à qui profite le crime.

La proposition d’Armelle reçut l’approbation muette de Kevin. Il n’avait pas mieux à proposer.


*****


Sur le trajet de retour vers leur bureau Armelle et Kevin étaient silencieux.

— En général, quand tu ne dis rien c’est que tu as une théorie en tête, finit par dire Armelle.

— Pas une théorie, plutôt une inspiration pour un axe de recherche différent.

— Explique.

— Ce gars et son équipe sont météorologues. Ils n’ont cherché de réponse que dans leur domaine de compétence. Je pense que leurs cartes mériteraient d’être comparées à d’autres cartes utilisant des critères de découpage différents.

— Tu crois qu’on peut mettre de côté la recherche d’un profiteur ?

— Pas forcément, mais je me dis que quelqu’un qui disposerait d’une telle technologie ne s’en servirait certainement pas dans le seul but de faire tourner en bourrique les experts de la météo.

— Mouais, je suis d’accord. Il nous reste quoi alors ? Un chantage du genre on vous rendra les beaux jours contre un milliard d’euros. Pas très plausible non plus.

— Peut-être qu’il s’agit uniquement d’une démonstration. Un fournisseur de météo sur mesure qui veut prouver au monde ce qu’il sait faire.

— Ça servirait à quoi ce genre de technologie ? Je veux dire, à quoi de super rentable ?

— Je ne sais pas. Peut-être que certains pays seraient prêts à débourser beaucoup pour avoir quelques semaines de pluie ou de beau temps. L’impact économique d’une semaine de froid en juillet sur la Côte d’Azur est considérable. Si une région touristique pouvait garantir à cent pour cent le soleil ou la neige attendue par ses clients elle pourrait prendre une vilaine avance sur les autres.

— Et donc cette vague de froid prolongée ne serait qu’une démonstration grandeur nature ?

— Pourquoi pas ? On est tellement dans le brouillard, sans mauvais jeu de mots, qu’on ne devrait pas refuser une hypothèse aussi rapidement.

— On en revient toujours à chercher à qui profite le crime.

— Oui, mais je pense que la liste des suspects ne doit pas être trop longue. Il faut des moyens considérables pour réaliser ce tour de passepasse et au moins autant pour avoir l’oreille des quelques clients potentiels.

— D’accord, mais on met qui sur notre liste ?

— On va commencer par toutes les multinationales disposant d’un service recherche conséquent et multitalents. L’agroalimentaire me parait un bon début. Ensuite, on cherchera du côté des vendeurs d’énergie.

Armelle fit une moue approbatrice. Ils arrivaient à destination. Ils allaient pouvoir commencer leurs recherches immédiatement.


*****


— Tu as pris le temps de comparer les données météo avec toutes les autres données ?

Mike s’attendait à cette question.

— Oui. Je me suis même permis d’élargir à des cartographies plus anciennes. Mais je ne trouve jamais plus de quatre-vingt-huit pour cent de concordance. Pour approcher les cent pour cent, il faut mélanger cinq cartographies minimum.

— C’est beaucoup trop.

— Oui. Si on admet qu’on dispose de toutes les données possibles, on est obligé de reconnaitre qu’on n’a rien.

— Ça ne m’arrange pas ça.

— Désolé, mais les données sont ce qu’elles sont. Les truquer n’avancerait à rien.

— Ce n’est pas ce que je veux. Mais je commence à être à court d’idées pour ce qui est de trouver un début de piste.

— J’en ai peut-être une.

— J’achète.

— Tu te souviens de l’enquête de l’année dernière où Roland et toi aviez arrêté un hologramme après que plusieurs autres avaient commis des crimes ?

— Oui. Bien sûr. Encore une affaire qu’on s’est fait endormir par les services secrets. Tu penses que ça peut avoir un rapport ?

— Les hologrammes ne sont, théoriquement, que des images projetées et dans votre affaire ils avaient acquis une sorte de réalité solide si je puis dire. Si certaines personnes sont parvenues à donner l’impression de matière à des images, c’est qu’elles sont capables de maitriser totalement les éléments. Changer des températures devrait être dans leurs cordes.

Kevin resta silencieux quelques secondes, le temps de digérer l’information une première fois puis de la ruminer, pour enfin la re digérer une seconde fois.

— Tu as peut-être raison. Ça peut être deux usages d’une seule et même technologie de base. Du coup, j’ai un angle de recherche tout trouvé, mais je doute su'il donne beaucoup de fruits.

— Dalila ?

— Oui. Mais elle est plus prompte à me soutirer des informations ou à essayer de me manipuler qu’à m’aider dans mon travail.

— Si ses services pensent avoir mis la main sur cette technologie, ils seront peut-être heureux d’apprendre qu’ils ne sont pas les seuls.

Kevin regarda Mike en souriant.

— Tu maitrises de mieux en mieux l’ironie. Je vais finir par oublier que tu vis dans mon serveur.


*****


— Tu te rends compte de ce que tu me demandes ?

Dalila s’était raidie.

— Arrête ton cirque. Je ne veux pas avoir ces renseignements de façon officieuse. Je te demande d’en parler à tes supérieurs.

— Merci, mais j’avais compris. L’affaire dont tu parles est classée à un niveau de secret tel que nous aurions dû vous effacer la mémoire à toi et ton collègue. Le seul fait que tu en connaisses l’existence est une grave infraction.

— Et vous seriez passés à côté de cette nouvelle affaire.

Dalila prit quelques dizaines de secondes de réflexion avant de répondre.

— OK. Je vais faire passer ta requête, mais ne t’attends pas à un miracle. Ton histoire de météo trafiquée ne convaincra pas mes chefs de te donner accès à des laboratoires qui n’ont aucune existence officielle.

— C’est si secret que ça ?

— Non. Ça l’est encore plus.

La grande brune se leva, referma son long manteau et quitta le café où Kevin lui avait donné rendez-vous. Le policier resta pensif en la regardant s’éloigner. Elle avait probablement raison. S’il poussait trop loin sa chance, elle finirait par l’abandonner. Les services secrets lui devaient bien quelques services, mais ces gens-là ne sont pas trop à cheval sur le remboursement des dettes lorsqu’ils sont dans la position du débiteur. Kevin espérait qu’ils espéraient encore l’utiliser dans l’avenir et se garderaient donc de l’éliminer tout de suite. Par contre, il était bien conscient que Dalila avait raison : la probabilité qu’ils accèdent à sa demande était quasi nulle.

Tant pis, qui ne tente rien n’a rien.


*****


— Vous pensez qu’il y a réellement une carte à jouer de ce côté ? s’inquiétait le chef.

Kevin confirma pour la troisième fois depuis le début de cette conversation, cinq minutes plus tôt. D’un geste discret, Armelle lui signifia que le chef était réellement inquiet, bien plus qu’à l’ordinaire.

— Est-ce que vous préférez que je prenne l’entière responsabilité de la chose, chef ? proposa Kevin.

Sur l’écran il vit les traits du chef se tirer.

— Il n’en est pas question. Je couvre toujours mes agents et puis vous n’avez commis aucune faute. J’en sais aussi long que vous sur l’affaire des hologrammes alors ils n’ont qu’à venir m’effacer la mémoire à moi aussi. J’espère juste qu’ils répondront vite. Travailler dans un commissariat de quartier c’est sympa quelques jours, mais au bout de deux semaines mon bureau commence à me manquer.

— Rien ne prouve que nous soyons sur la bonne piste, vous savez.

— Je choisis de vous faire confiance.


*****


Le matin du troisième jour, la température extérieure n’était pas montée d’un seul degré et des politiciens et journalistes commençaient à demander des mesures exceptionnelles encore plus exceptionnelles que celles déjà prises. Le gouvernement se défendait d’être responsable de la météo, mais en profitait pour accuser l’administration précédente de n’avoir rien prévu pour gérer une telle situation, et ainsi de suite.

Kevin coupa le son de la chaine d’information continue qui diffusait dans la salle de bureaux qu’il était seul à occuper à cette heure matinale.

Dalila lui avait laissé un message cette nuit même lui demandant d’être là.

Ne sachant pas pourquoi elle lui avait demandé ça il se contentait d’espérer que ce ne soit pas un piège ou une façon de l’éloigner de chez lui. Agirait-elle comme ça avec lui ? Si elle en recevait l’ordre, il est probable que oui.

Cinq personnes entrèrent dans le bureau. Dalila en faisait partie, ainsi qu’une autre vieille connaissance : Laureen.

Elles étaient accompagnées de trois armoires à glace dont la seule présence devait calmer la plupart des esprits échauffés.

— Kevin. Vous semblez être devenu le point central de toutes les grandes affaires, dit la vieille dame sans prendre la peine de saluer le policier, mais en s’octroyant un fauteuil.

Dalila restait au garde-à-vous à ses côtés alors que les trois mastards se partageaient les différents accès. Personne ne pourrait entrer pendant leur entretien. Kevin ne pourrait pas non plus sortir. Question d’interprétation.

— Content de vous voir aussi. Je ne pensais pas que cette météo un brin capricieuse était déjà une affaire d’État.

— C’est bien plus que ça. Dois-je vous rappeler que tout ce qui sera dit ici pendant ces prochaines minutes doit rester strictement confidentiel ?

— Pas la peine. Je sais que vous existez à peine puisque, officiellement, vous n’êtes qu’une ancienne fonctionnaire à la retraite. La dame qui occupe votre chambre dans une maison de retraite de la banlieue niçoise profite bien de cette identité.

— Elle en avait plus besoin de moi.

— Oui, et elle n’a pas vécu assez longtemps en Europe pour exister dans nos bases de données. Vous avez dû la trouver lors de l’une de vos missions en Afrique ou en Asie.

— Elle a consacré sa vie à nourrir des bébés singes dans un refuge au milieu de la jungle. Mais c’est difficile de continuer à vivre là-bas quand vos facultés physiques et mentales diminuent. Bon, maintenant que vous m’avez prouvé vos compétences d’enquêteur est-ce qu’on peut passer à notre sujet du moment ?

— Allez-y. Je pense que je n’ai rien à vous apprendre. J’avoue que j’ai besoin de vous.

— Nous avons mutuellement besoin d’aide. Vous vouliez rencontrer les personnes qui ont inventé les hologrammes actifs, mais nous pouvons vous affirmer qu’ils ne sont pas mêlés à cette affaire.

— Je ne crois pas qu’ils le soient, mais je pense qu’ils peuvent nous aider à trouver une direction pour nos recherches. Le monde de la recherche est relativement petit. Je doute que quelqu’un ait pu mettre au point une technologie aussi puissante sans qu’aucun autre scientifique n’en ait entendu parler. Ils peuvent avoir travaillé ensemble ou s’être rencontrés lors d’un colloque. Les grands esprits s’attirent.

Laureen plissa encore plus les yeux, comme si elle tentait de lire dans les pensées de Kevin.

— Il n’en est rien. Nous y avons pensé et les avons interrogés.

— OK. Je ne mettrai pas en doute vos compétences en matière d’interrogatoire.

— J’aime autant.

— Mais ça veut dire qu’on est revenu à zéro. Et votre présence me laisse penser que vous n’avez pas plus de pistes que nous.

— C’est vrai.

— Alors pourquoi êtes-vous venue en personne pour me dire ça ? Dalila pouvait s’en charger.

— De cette partie, oui. Mais du reste, non. Je suis là pour vous proposer d’orienter vos recherches dans une direction qui ne vous est même pas venue en tête pour l’instant.

— Vous allez me sortir le couplet sur les extraterrestres ?

— Pourquoi ? Votre expérience de cet été ne vous a pas convaincu de leur existence ?

— je n’ai vu que des technologies trop avancées et quelques impressions qui pourraient tout aussi bien n’être que des trucages habiles.

Laureen leva un sourcil.

— Je ne m’attendais pas à trouver un sceptique en vous.

— Je ne suis pas sceptique. J’essaye juste de garder la tête froide. Quand je serai à bout d’arguments contradictoires je reconnaitrai avec joie la présence de formes de vie extraplanétaire sur notre insignifiant petit monde.

— Votre discours n’est pas cohérent. Je me suis peut-être trompé sur votre compte.

Laureen semblait désormais très agacée. Dalila observait la scène avec curiosité. Elle non plus ne comprenait pas le comportement de Kevin.

— Roland m’a conseillé de me méfier de vous.

— Et il vous a aussi expliqué comment me faire sortir de mes gonds. J’aurais dû m’en rendre compte plus tôt. C’est sa méthode que vous avez utilisée. Bravo jeune homme vous êtes parvenu à être aussi énervant que lui. Et ce n’est pas forcément un compliment.

— Si vous me disiez maintenant où vous voulez qu’on aille fourrer nos nez !

— Le vôtre suffira.

— J’ai une partenaire et je n’ai pas envie de la tenir à l’écart.

— Vous n’aurez pas à le faire. Une grippe sévère se charge de la tenir à l’écart pendant les deux prochaines semaines.

— Le hasard fait bien les choses.

— Le hasard n’y est pour rien. Nous avons fait ce choix pour assurer sa sécurité. Les personnes à qui vous allez devoir vous attaquer ont déjà prouvé qu’elles pouvaient la manipuler et la transformer à leur guise.

Kevin n’avait pas besoin d’en demander plus. Il savait à quoi s’en tenir. C’était lors de la première rencontre entre Armelle et ces individus qu’il était arrivé au SPES.

— Vous pouvez me donner plus de détails ? Des noms, des adresses ?

— Oui. Votre ami virtuel devrait se montrer. Vous aurez besoin de lui.

Mike, qui s’était installé dans plusieurs ordinateurs voisins alluma les écrans et fit apparaitre son visage habituel.

— Bonjour Madame. Je me demandais à quel moment vous alliez révéler à Kevin que vous m’aviez repéré.


*****


— Si seulement je savais ce que je dois chercher.

Mike et l’avatar de Kevin circulaient dans le réseau interne d’une petite entreprise spécialisée dans les produits de haute technologie.

— Je pense qu’on ne trouvera rien de concret ici même. C’est juste un moyen d’aller plus loin dans un système plus grand et, surtout, plus confidentiel.

— Ça risque d’être long. Regarde le nombre de réseaux privés jumelés avec celui-ci. On ne va pas tous les explorer !

— Tous, non. Mais on va noter leurs coordonnées et faire une recherche depuis l’extérieur. Dans le tas il doit y avoir un paquet de services professionnels pour la comptabilité, la réservation de taxis ou je ne sais quoi. On élimine toutes ces connexions et on voit ce qui nous reste.

Quelques minutes plus tard, Mike et Kevin étaient de retour en lieu sûr. Ils avaient récolté plus de cinquante noms. Kevin opéra un premier tri de mémoire pour éliminer tout ce qui concernait des outils bureautiques et autres applications professionnelles largement répandues.

— Il en reste trente-deux. Je te laisse faire une première recherche. Moi je vais aller rendre une petite visite à une vieille connaissance.


*****


Kevin savait que son collègue Cyril allait être dans son bureau. Cyril n’était pas du genre à travailler ailleurs que dans son bureau, mais il était capable d’y rester plus de trois jours d’affilés, ne sortant que pour répondre à des besoins naturels.

Il était effectivement là, quasiment seul à son étage.

— Kevin ! Ça fait plaisir de te voir. Mais c’est pas une visite de courtoisie, n’est-ce pas ?

— Exact. Tu travailles toujours sur la surveillance financière ?

— Ben oui. Je ne sais rien faire d’autre, tu sais.

— J’ai besoin d’informations sur une entreprise que tu surveilles.

Kevin tendit un morceau de papier à Cyril sur lequel il avait noté toutes les coordonnées de l’entreprise. Cyril les transmit à son ordinateur et lut le résultat.

— Je ne suis pas certain de pouvoir te donner les informations sans demande officielle. C’est pour une enquête supra nationale. Il y a probablement des questions politiques. C’est délicat tu comprends.

— Pas de soucis. Je vais en toucher deux mots à mon chef. Garde les infos au chaud. D’ici une heure tu recevras l’autorisation officielle.

— OK. Mais, tu peux me dire comment tu savais que je surveille cette boite ?

— Tu devrais changer les noms de tes robots de temps en temps.

Kevin s’éloigna avant que Cyril ait le temps de répondre. Il ne l’entendit donc pas ronchonner.

Vingt minutes plus tard, Cyril lui envoyait un petit message lui indiquant qu’il avait obtenu les autorisations. Kevin termina son café en vitesse et retourna dans l’antre de Cyril.

— J’avais déjà entendu parler des niveaux d’accréditation du SPES, mais je croyais qu’il s’agissait d’une légende ou d’une exagération. Personne n’a jamais reçu d’autorisation en moins de quarante-huit heures et toi il t’a fallu à peine plus de quinze minutes.

— Je suis d’accord. C’est inadmissible que ça ait pris aussi longtemps. Je commençais à perdre patience.

— Tu charries ?

— Oui. Bon, on peut les voir ces données.

— Immédiatement maitre. Pose-toi à côté de moi. Je vais t’expliquer.

— T’es sûr que t’as le droit de voir ces infos toi ? Continua Kevin, toujours moqueur.

— Oui, et je suis sûr que tu ne comprendrais rien aux données. Mais, si tu préfères, je peux te laisser te débrouiller.

— T’as vraiment aucun humour. Allez, montre-moi l’étendue de tes connaissances.

Sur les écrans divers tableaux et graphiques présentaient des chiffres et des symboles dont Kevin ne comprenait pas le sens.

— On s’intéresse à cette boite parce qu’ils servent de plateforme à des mouvements de fonds qu’on n’arrive pas à expliquer.

— Ah. Je croyais qu’on maitrisait depuis longtemps tous les mouvements financiers.

— En théorie oui, même s’il reste encore une demi-douzaine de pays qui refusent d’entrer dans le système international de surveillance. Ils sont trop petits pour être gênants et être mis en quarantaine par presque tout le reste du monde.

— Alors c’est quoi ces flux que vous surveillez ?

— C’est une création ex nihilo de monnaie. C’est déguisé en ventes effectuées à des particuliers, mais aucun des clients cités n’existe.

— Tu veux dire qu’ils encaissent de l’argent venu de nulle part. Comment c’est possible ?

— On a un trou dans la raquette des contrôles. L’argent arrive de comptes de particuliers, qui touchent des revenus et payent des impôts alors tous les flux financiers sont propres. Mais, en réalité, il n’y a personne derrière ces comptes.

Kevin fit une grimace signifiant à la fois sa surprise et son admiration.

— Mais comment vous avez détecté ça ?

— Par hasard. On prélève de temps en temps des échantillons qu’on contrôle à fond et on est tombé sur un de ces fantômes. En voulant rendre visite au gars on est rendu compte que son adresse n’existait pas. En creusant un peu, on a fini par découvrir que le gars n’existait pas non plus. Pourtant son compte continuait à présenter tous les aspects d’un vrai compte vivant.

— C’est un sacré système que vous avez mis à jour. Pourquoi vous ne l’avez pas encore démonté ?

— Parce qu’on ne sait toujours pas pourquoi ce système a été mis en place. C’est extrêmement complexe et pourtant on n’a trouvé aucun bénéficiaire final.

— Personne ne profite de cette arnaque ?

— Probablement que si, mais on ne sait pas encore qui, comment ou pourquoi.

— Du coup, vous laissez courir jusqu’à ce que le loup sorte du bois. Je comprends.

— Mais toi, pourquoi tu t’intéresses à eux ?

— Parce que c’est de mon côté de la forêt que le loup a décidé de se montrer.

— Si tu veux en savoir un peu plus sur eux et que t’as des éléments différents des nôtres, on serait ravis que t’ailles leur causer. Mais faut pas nous impliquer.


*****


— Tu voudrais que je fouille les finances de personnes qui n’existent pas ?

Mike était surpris par la demande de Kevin.

— Je ne suis pas certain que ces personnes n’existent pas. J’en ai suivi quelques-unes sur les réseaux sociaux et il me parait difficile de croire qu’il n’y a pas des humains derrière ces discussions.

— Ce serait de fausses identités ? Mais quel rapport avec vos problèmes de météo ?

— Je ne sais pas s’il y en a un. C’est probablement une simple coïncidence. Je suis peut-être tombé sur une baleine en cherchant une sardine.

— Et que va en penser ta copine des services secrets ?

— Ma théorie c’est que c’est exactement là qu’elle m’attend. Un réseau de cette taille avec des centaines d’individus fictifs et des flux financiers à faire rêver un banquier l’inquiète certainement plus que quelques jours de froid.

— Elle t’aurait lancé sur une fausse piste en espérant que tu trouves la bonne par toi-même ?

— Oui. C’est une manipulatrice née. Roland m’a expliqué que si elle veut te faire faire quelque chose elle te demandera plein d’autres trucs qui semblent n’avoir aucun rapport, mais, au final, tu feras ce qu’elle avait prévu depuis le début.

— C’est en pensant te rebeller que tu lui obéis le plus.

— Exactement. C’est comme dans les spectacles de mentalistes. Ils te font croire qu’ils lisent dans tes pensées alors qu’en réalité ils y écrivent.

— Je me demande si je serais sensible à ce genre de technique de manipulation mentale.

Kevin ne répondit pas immédiatement.

— Je pense que oui. Mais il faudrait que le manipulateur ait d’abord accès à toutes tes bases de connaissance. Mais tu es certainement manipulable aussi.

Cette fois c’était à Mike de prendre le temps de la réflexion avant de répondre.

— Probablement. Je vais devoir me méfier. Mais, revenons à l’enquête. Qu’est ce que tu veux que je cherche précisément ? Si ces personnes n’existent que sur les réseaux, je ne vais pas pouvoir faire grand-chose.

— Je t’ai amené les informations que j’ai sur les plus actifs. Il faudrait leur coller au train.

— Une sorte de filature ?

— Oui. Dès que t’en repères un sur le réseau tu cherches les coordonnées du poste d’où il se connecte, et ensuite une caméra à proximité. On va finir par mettre la main sur les véritables personnes qui se cachent derrière ces fausses identités.

— Et tes collègues n’ont pas déjà essayé ?

— Si, mais ils ne t’ont pas toi.

— Tu ne serais pas en train d’essayer de me manipuler, dis ?


*****


Vingt-quatre heures s’étaient écoulées depuis que Kevin avait confié à Mike les filatures dans les univers virtuels et réels. Le détective privé numérique n’avait envoyé aucun rapport et cela commençait à inquiéter Kevin. Ce n’était ni dans la programmation de Mike ni dans ses habitudes de laisser Kevin sans nouvelles aussi longtemps lorsqu’il était en mission. Serait-il tombé sur plus fort que prévu ?

C’est pourquoi il activa son téléphone sans même vérifier qui l’appelait lorsque celui-ci vibrât.

— Bonjour Kevin.

Le policier reconnut immédiatement la voix de Dalila.

— Salut. Tu viens vérifier que j’avance ? Je ne suis pas certain de pouvoir te rassurer.

— T’es trop pessimiste. En fait, je t’appelle pour t’informer que tes actions, quelles qu’elles soient, sont en train de donner des fruits bien murs.

— Je ne comprends pas.

— Mike t’expliquera ça mieux que moi, dès qu’il sera libre.

— Comment ça, libre ?

— Nous avons dû intervenir dans l’urgence et ton alter ego virtuel s’est retrouvé au milieu de la bagarre. Il va bien, mais nous devons effectuer quelques contrôles de sécurité avant de le laisser repartir. Ça ne devrait plus être très long.


*****


Mike venait tout juste de réintégrer son serveur et s’apprêtait à appeler Kevin quand l’avatar de celui-ci fit son apparition.

— Alors ? dit l’avatar sans préambule.

— Alors tu as eu un flair incroyable, même si tu n’imagines pas tout ce que j’ai trouvé en suivant la piste que tu m’as fournie.

— J’ai beaucoup d’imagination, mais raconte moi donc.

— Je ne vais pas pouvoir tout te dire parce que je ne suis pas certain d’avoir tout vu ni tout compris, mais je vais essayer de te décrire ce qui m’est arrivé.

Il sortit un verre et se servit ce qui ressemblait à un whisky. Mike aimait beaucoup entretenir le personnage que lui avait choisi Kevin en le créant.

— J’ai donc commencé à surveiller les discussions de deux personnes dont tu m’avais fourni les coordonnées. En fouillant leurs historiques, je me suis d’ailleurs rendu compte que la totalité de leurs contacts était dans ta liste. En fait, même s’ils n’étaient pas tous en contact direct les uns avec les autres ils formaient tout de même une communauté hermétique.

— Quelle distance max entre eux ?

— Trois. J’ai établir la cartographie de la totalité de leur secte assez vite. Mais ce n’est pas le plus curieux parce que ce phénomène peut s’observer aussi chez des gens normaux. Des milliers de microcommunautés existent sur mes réseaux. Le plus souvent leurs membres n’en sont même pas conscients.

— Oui. C’est rare qu’un poisson rouge se rende compte qu’il tourne en rond dans le même bocal depuis toujours.

— C’est ça. Je n’ai donc pas fait cas de ce comportement. Je l’ai mis sur le compte d’un comportement isolationniste assez standard. J’ai donc parcouru distraitement l’ensemble de leurs conversations. Elles avaient toutes les spécificités de discussions naturelles. C’est d’ailleurs ce qui a commencé à m’étonner et m’a donné envie d’aller plus loin.

— Pourquoi ?

— J’étais supposé avoir affaire à des personnes vivant sur le réseau sous de fausses identités. J’aurais dû trouver dans leurs historiques des erreurs. Appeler quelqu’un par son vrai nom par exemple ou découvrir des mensonges, des couples illégitimes, des choses comme ça.

— Pas d’imperfections, c’est ça ?

— Oui. On aurait dit une publicité pour le village du bonheur.

— Tout ça était donc scénarisé.

— C’est ce que j’ai cru. Mais c’est pire que ça en fait.

— Oh !

— Oui. J’ai attendu que deux membres de la communauté entament une discussion et je les ai tracés. Je suis remonté jusqu’à un serveur unique. Les deux protagonistes semblaient s’être connectés du même endroit.

— Ça arrive quand des joueurs sont dans la même salle et préfèrent s’envoyer des messages électroniques plutôt que de faire l’effort de se parler directement.

— J’y ai songé. Je me suis même dit que ce serait une aubaine parce qu’il est impossible qu’un endroit comme ça n’ait aucune caméra. Ne serait-ce que pour exploiter certains jeux.

— Et ?

— Et j’ai effectivement trouvé des caméras. Des dizaines même. Il s’agissait bien d’une sorte de café branché où des gens trop timides ou asociaux discutent par écrans et avatars interposés. Je suis assez facilement parvenu à identifier mes deux cibles. J’ai récupéré de nombreuses photos sous tous les angles possibles et je suis revenu ici.

— C’est tout ?

— Non. Ça, c’était hier. Tu dormais quand je suis arrivé alors j’ai pris l’initiative de me connecter avec tes identifiants à la base d’identification européenne et y ai injecté les photos.

Mike but une gorgée comme pour faire monter le suspens. Kevin commençait à se demander si cette IA n’avait pas récolté un sens de l’humour particulier en s’auto enrichissant de connaissances diverses sur les réseaux.

— Aucun des deux n’existe dans les bases d’identité. Ils n’ont qu’une existence superficielle. Compte en banque, salaire, impôts et ainsi de suite, mais pas de véritable identité.

— Ils ne sont donc pas européens. Est-ce que des indications de type morphologie permettraient de savoir d’où ils viennent ?

— Je ne sais pas. Je n’ai pas pris cette piste. Comme j’ai pensé à des agents dangereux je me suis dit que je devrais les suivre dans la vraie vie dès qu’ils sortiraient du café. C’est là qu’on bascule dans l’étrange.

— Vas-y.

— Ils ne sortent pas réellement de ce café. Je m’explique : une fois leur conversation terminée ils ont quitté leurs sièges respectifs pour se diriger vers l’unique issue. Ils auraient dû se frôler dans l’allée, mais c’était comme s’ils étaient dans deux dimensions différentes. Une partie des caméras le montraient lui et les autres la montraient elle, exactement au même endroit au même instant. Mais jamais ils ne furent visibles sur le même écran. C’est là que j’ai remarqué que le reste des clients étaient également différents. Enfin, c’étaient les mêmes clients, mais pas occupés à la même chose ou pas aux mêmes endroits.

— Ben merde.

— Comme tu dis. Mais l’étrange ne fait que commencer. J’ai choisi de pirater es caméras situées dans la rue et les commerces situés autour du café, pour voir lequel allait sortir. C’est là que j’ai découvert que ce café était fermé depuis des mois. Personne ne risquait de sortir d’une porte murée donnant dans un immeuble à moitié démoli.

— Comment c’est possible ? T’es sûr qu’ils étaient dans des univers réels ?

— C’est ce que je me suis demandé. Je me suis dit qu’avant de partir sur des explications tordues à base d’univers parallèles ou de lignes de temps disjointes j’allais quand même remonter le flux vidéo étape par étape jusqu’à sa source. Et j’ai bien fait, puisque toutes les images que j’avais regardées provenaient d’un même serveur. Une machine normalement conçue pour la simulation d’univers de jeu.

— Un jeu qui reproduirait la réalité ? Quel intérêt ?

— Il ne reproduit pas tout à fait la réalité. J’ai trouvé le moyen d’entrer dans le jeu et de me promener dans le décor. En fait, il produit des centaines de versions de la réalité et semble y mener des sortes de tests.

— Quelles sortes de tests ?

— C’est à ce moment-là que j’ai choisi de faire appel à ton amie Dalila. J’ai compris que tout se passait dans trois serveurs tous physiquement hébergés au même endroit. Comme ils disposaient de dispositifs de secours et d’évacuation sophistiqués, je me suis dit que tes pouvoirs de police ne seraient pas assez étendus.

— Je pourrais être vexé, mais tu as bien fait. Je n’aurais effectivement pas pu faire grand-chose. Mais, d’ailleurs, vous avez fait quoi ?

— Les équipes de Dalila ont totalement isolé le bâtiment pour empêcher toute fuite et ils ont mis les serveurs en circuit fermé. Ensuite ils les ont extraits, simplement.

— C’est pour ça qu’elle m’a prévenu que t’allais bientôt revenir et que tu étais sain et sauf. Mais, au final il y avait quoi sur ces serveurs ?

— Je ne pourrais te donner qu’une vision partielle de la chose, mais tel que je l’ai compris, ils étaient habités par une sorte de super IA qui cherchait des moyens d’interférer avec la réalité. Mais tu devrais poser la question à Dalila. Elle en saura plus que moi.

— Surement, mais est-ce qu’elle aura l’autorisation de m’en parler...


*****


Trois jours s’étaient écoulés depuis le retour de Mike. Kevin avait laissé plusieurs messages à Dalila, mais ils étaient demeurés lettre morte jusqu’à maintenant. Armelle revenait ce jour au bureau.

— Tu vas mieux ?

— Oui. C’est totalement incompréhensible. Je suis tombée malade sans avertissement et je suis guérie aussi subitement. C’est la première fois que ça m’arrive. En tout cas j’ai constaté que la météo est revenue à la normale. T’as trouvé le magicien qui s’amusait avec le thermomètre et tu l’as collé en tôle ?

— Presque. Mais je ne suis pas certain d’avoir le droit de m’arroger le moindre bénéfice. Je n’ai pas fait grand-chose.

— Les autorités semblent être d’un autre avis, dit le chef qui se tenait derrière Kevin.

— Pourquoi ? demanda Armelle.

— Parce que monsieur va recevoir une distinction pour service rendu à la nation et une prime conséquente. Par contre, ils ont refusé de me donner le véritable motif. Donc, j’en déduis que Kevin n’est pas modeste quand il ne veut d’attribuer aucun mérite. Il est juste tenu au secret. D’ailleurs cette affaire sera classée sans suite dans les archives officielles. Vous n’aurez même pas à rédiger un rapport bidon.

Sur ces derniers mots, le chef laissa les deux inspecteurs et retourna à ses occupations de chef.

Kevin aurait dû se satisfaire de cette fin d’enquête, mais ce n’était pas le cas. Il avait l’impression de perdre la main, y compris sur les agissements de Mike.



Fin du septième épisode de la saison deux




Retrouvez tout le reste de ma production sur mon blog :

http://madjidlebane.blogspot.com/



Les romans :

L’île à turbines, une aventure du SPES, disponible en version papier et numérique

Le rêve de la chenille, disponible en version papier et numérique


*****


Les nouvelles déjà distribuées (gratuitement) sur divers sites:


Série « Service Parisien des Enquêtes Spéciales »

SPES S01E01 : Le début de la fin, et lycée de Versailles

SPES S01E02 : Le corps de l’américaine

SPES S01E03 : Un petit coin de verdure

SPES S01E04 : Le père Léon...

SPES S01E05 : La mort servie sur un plateau

SPES S01E06 : Aragon et vanille

SPES S01E07 : Le soleil des sous-terreux

SPES S01E08 : Les vieux contre-attaquent

SPES S01E09 : C’est la faute d’Humphrey

SPES S01E10 : La suite au prochain épisode

SPES S02E01 : Plus humain tu meurs

SPES S02E02 : Pariez sur la bonne étoile

SPES S02E03 : Le troisième rail

SPES S02E04 : Le nom de l’e-rose

SPES S02E05 : Rien ne va plus

SPES S02E05 : Le marcheur


Hors séries

Les HERmETIQUES

J’ai le temps

Marcel et Riton

La malédiction de Cendres


Download this book for your ebook reader.
(Pages 1-40 show above.)