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SORTIR DES CASES

Nouvelles Perspectives sur l'art et le genre



Pascale Charhon



publié par IETM





Edition originale : Septembre 2016

Version ebook : Avril 2017



Publié par IETM chez Smashwords







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« Sortir des cases. Nouvelles Perspectives sur l'art et le genre »

Auteure : Pascale Charhon



Coordination générale et édition : Elena Di Federico, Nan van Houte (IETM)

Traduction française : Seline Ozdemir







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Cette publication est disponible pour le téléchargement gratuit en format pdf à la page https://www.ietm.org/fr/publications





Image de couverture : Free Pussy Riot à Berlin, par Mentalgassi (source : Urban Art Core, http://www.urbanartcore.eu)





Les éditeurs ont fait tout leur possible pour obtenir la permission de reproduire des images protégées par copyright. L’IETM sera ravi de réparer toute omission portée à son attention dans les prochaines éditions de cette publication.







Afin de faciliter la lecture sur liseuse électronique, le nombre de liens hypertextes dans cette version de la publication est extrêmement réduit par rapport à la version originale en pdf.



Table des matières

A propos

Introduction

1. Le genre et l’art : une révision des concepts

2. Glissements de genres

3. La contribution du débat féministe – et les étapes suivantes

4. Le genre comme représentation : le corps en tant que possibilité ouverte

5. L’égalité de genre et les pratiques artistiques

6. In-clusion et ex-clusion : remise en question du regard dominant

7. Conclusions

A propos

Le genre est lié à la partie la plus intime de l’être humain : l’identité. L’identité individuelle est constamment en conflit avec le « moi social », une tension que l’art permet de mettre en évidence – aussi bien en apportant des éléments autobiographiques qu’en reflétant la situation de communautés plus larges ou de la société. Les arts qui mettent en scène (sous n’importe quelle forme) un sujet aussi sensible et intime que l’identité de genre touchent profondément les spectateurs et peuvent les amener à revoir leur vision, leur regard, voire même leur propre identité.

Cette publication de la série “Nouvelles perspectives” traite d'un sujet complexe et délicat, aux contours souvent flous : le genre. Elle met en évidence certains points-clés, tels que les définitions de genre et d'identité de genre, le féminisme, les préjugés et la discrimination liés au genre, et explore comment ceux-ci se croisent pour former un réseau personnel et social complexe. La publication essaie de clarifier certains termes tout en admettant qu'ils ne sont pas définis de manière universelle, pas même en milieu académique, mais qu'il y a seulement un consensus général sur leur définition. Finalement, la publication se focalise sur la tension insoluble entre l'individu et la société, et suggère, de la manière la plus respectueuse possible, des possibilités pour utiliser cette tension de manière créative afin de permettre à la société d'avancer.

La question du genre est un bon exemple des représentations binaires évidentes qui limitent notre vision de la réalité – la division binaire homme/femme, la division des rôles du genre et leur fausse concurrence. L’art peut rendre ces discussions plus élaborées et amener notre pensée à dépasser les normes, les habitudes, les représentations binaires évidentes qui limitent trop souvent notre vision de la réalité mais également notre imagination. On attribue la célèbre citation « L'art n'est pas un miroir destiné à refléter la société, mais un marteau avec lequel on la façonne » à Vladimir Maïakovski et à Bertolt Brecht, deux hommes remarquables. Toutefois, celle-ci renvoyant également à une opposition binaire, nous préférons retenir les paroles de l’auteure, activiste sociale et féministe bell hooks : « Non seulement je regarderai, mais je veux que ma vision change la réalité ». Voilà peut-être ce à quoi l’art devrait aspirer : observer audacieusement la réalité et la modifier.

L'IETM tient à remercier toutes les personnes qui ont répondu à son appel à contributions, en particulier : Roberta Orlando, Paola De Ramos, Alessandra De Santis, Nela Milic, Lydia Fraser-Ward, Lucy Hutson, Katarzyna Perlak, Juan delGado, Joey Hateley, Jodie Rowe, Jenny Wilson, Hester Chillingworth, kata bodoki-halmen, Euripides Laskaridis, Eileen Budd, Diane Torr, Anita Bartolini, Mark Leahy.



Nos remerciements particuliers à tous ceux qui nous ont fourni des coordonnées ainsi que des renseignements relatifs au sujet de la publication, notamment Agata Adamiecka-Sitek, Simone Basani, Federico Borreani, Georgy Mamedov, Sinta Wibowo.

L’IETM et l’auteure aimeraient également remercier la Professeure Marie Buscatto (Professeure en sociologie et études du genre à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et chercheure à l’IDHES, Paris 1-CNRS, France) ainsi que la Professeure Rosemarie Buikema (Professeure d’art, de culture et de diversité à l’Université d’Utrecht, Présidente du programme des études de genre à l’Université d’Utrecht, et Directrice scientifique de l’École hollandaise de recherches en études de genre, aux Pays-Bas). Leurs précieuses informations, analyses et connaissances ont sensiblement contribué à cette publication.

L’auteure tient à remercier Elena Di Federico (IETM) pour son soutien dans le processus de recherche et d’écriture.



Introduction

Le genre et le changement social dans leur expression artistique sont liés de près à la reconnaissance et à l’acceptation des processus de fabrication de « l’in-clusion » et de « l’ex-clusion » en rapport avec l’identité sexuelle, l’orientation sexuelle, l’appartenance ethnique et la race. Les débats portant sur le genre et les expressions artistiques sont étroitement associés aux changements politiques, sociaux et économiques que les sociétés occidentales ont connus au 20e siècle et qui ont progressivement remis en question certains codes et normes ancrés depuis longtemps. Ces dernières décennies, le travail innovateur des féministes aux États-Unis et en Europe a joué un rôle-clé dans la promotion de perspectives inclusives et dans la défense de l’intégration de l’égalité de genre. La reconnaissance de la présence des femmes comme sujets dans histoire de l’art, la remise en question de l’ordre binaire normatif homme/femme, la redéfinition des limites liées au genre et établies par la société, les débats sur l’orientation sexuelle et l’hétéronormativité ainsi que la reconnaissance des identités LGBTI constituent des éléments importants dans les débats actuels. Cette tendance a contribué à façonner la manière dont les artistes ont pensé et ont représenté le genre dans leurs activités artistiques au cours des dernières décennies.



Contrairement au sexe, qui indique si une personne est un homme ou une femme sur le plan biologique, le genre désigne la perception et l’expérience internes du masculin et du féminin ainsi que la construction sociale qui attribue certains comportements au rôle de l’homme ou de la femme. Ces dernières décennies, le genre est devenu un sujet d’actualité pour différentes formes d’expression artistique contemporaine, notamment liées à des mouvements ou des groupes dans leurs efforts visant à se libérer de la culture prépondérante, « dominée par le masculin ». Le genre constitue également une catégorie à part entière dans le domaine de la sociologie de l’art. Le mouvement féministe du vingtième siècle a notamment permis d’aborder la question du genre sous un nouvel angle qui considère le rôle des femmes en tant que créatrices et sujets d’œuvres importantes. De plus, les mouvements féministes et LGBTI contemporains ont renouvelé les perspectives et les débats sur la manière dont le genre affecte la personnalité et les relations, ainsi que sur la manière dont il se manifeste dans les différentes formes de pratiques artistiques contemporaines {1}.

La compréhension et la définition du genre et de l’art sont affectées par les croyances, les pratiques, les normes sociales et politiques qui caractérisent une société à un moment et à un lieu donnés. La culture fait partie de la base de chaque société étant donné qu’elle forge la façon dont les choses se passent au quotidien ainsi que notre compréhension de ce modèle. Les identités et les relations de genre constituent des aspects essentiels de notre culture car elles façonnent la manière dont la vie quotidienne est menée au sein de la famille mais aussi au sein d’une communauté plus large, dans les écoles et sur le lieu de travail. Les sociétés et les cultures ne sont pas statiques non plus. En effet, il s’agit d’entités vivantes qui sont constamment renouvelées et refaçonnées. Il en va de même pour les identités et les relations de genre. Le genre influence les relations sociales qui produisent des activités, des espaces, des registres, des représentations et des pratiques associés aux caractéristiques « masculines » et « féminines » (la délicatesse, la capacité d’écoute, la sensibilité, la séduction passive, la virilité, l’affirmation de soi, etc.).

Il convient également de constater que la sociologie de l’art et du genre est toujours un sujet récent du domaine des sciences sociales, et sa terminologie est aussi en évolution constante. En ce qui concerne la langue, il faut savoir que des forces politiques conservatives ont mené certaines tentatives d’instrumentalisation négative des débats sur l’identité et l’expression du genre. En effet, elles ont récemment qualifié la « théorie du genre » de concept « importé » constituant une menace pour les valeurs familiales traditionnelles dans la société européenne {2}. Ainsi, notre approche consiste à reconnaître que les discussions sur l’art et le genre ne sont pas statiques mais font partie d’un débat en constante évolution.

L’objectif principal de cette publication est d’observer de quelles manières les artistes contemporains explorent ou remettent en question les distinctions de genre traditionnelles dans le domaine des activités artistiques et voir comment ils peuvent promouvoir un changement social. Le deuxième objectif repose sur les contributions des artistes dans différentes disciplines – la photographie, la peinture, les arts du spectacle, ainsi que les industries créatives – afin d’analyser comment les expériences personnelles de la vie quotidienne, les interprétations des événements historiques et l’engagement des artistes pour les agendas sociaux et politiques peuvent encourager la société à remettre en question certaines présomptions sur les identités de genre. La question du changement social apporte un élément d’analyse qui a mené de nombreux artistes à débattre des questions urgentes, telles que la diversité/l’égalité, la race/l’ethnie, l’inclusion/la discrimination, intrinsèquement lies à l’expression du genre.

Tout d’abord, ce texte a pour but de clarifier les concepts et de souligner les thèmes liés à l’art et au genre vus par les théories des sciences sociales qui ont influencé les mouvements artistiques contemporains durant la première partie du 20e siècle. Cette publication analyse ensuite les principaux sujets liés au « genre » qui sont abordés par les expressions artistiques contemporaines ainsi que par l’histoire de l’art, et examine l’approche des pratiques artistiques contemporaines par rapport aux problématiques en question. Enfin, elle aborde le rôle de l’art dans la promotion du changement social, notamment en questionnant et défiant les présomptions traditionnelles sur l’expression du genre. Dans l’espoir de clarifier les difficultés linguistiques mentionnées plus-haut, un glossaire joint en annexe reprend les termes les plus couramment utilisés en rapport avec l’identité de genre et les orientations sexuelles, ainsi que les définitions utilisées par les organisations de défense des droits de l’Homme les plus importantes en Europe et aux Etats-Unis.

Cette publication cherche à explorer la manière dont l’art rejoint les problèmes liés au genre dans différents pays – pour la plupart européens –, sachant que les débats sur l’égalité de genre et les questions LGBTI ont été fort affectés par l’environnement politique dominant au niveau national. Les différences entre les approches des différents pays – et leurs scènes artistiques – quant à la question du genre dépassent la portée de cette publication et doivent être abordées plus spécifiquement.



Notes

{1} Les termes « in-clusion » et « ex-clusion » sont issus d’un entretien entre l’auteure et la professeure R. Buikema (Professeure d’art, de culture, et de diversité à l’Université d’Utrecht), janvier 2016

{2} Par exemple, ce débat a fait surface durant les premières manifestations contre le mariage homosexuel en France en 2012 et en 2013, alors qu’en Italie – où une loi relative au mariage homosexuel était au cœur des débats au moment de la rédaction de cette publication– les partis conservateurs utilisent le mot anglais « gender » (genre) au lieu de son équivalent italien « genere ».

1. Le genre et l’art : une révision des concepts



Notre manière de nous comporter et de nous exprimer est façonnée par les cultures auxquelles nous prenons part. Depuis le début du vingtième siècle, les philosophes, les sociologues et les historiens élaborent des théories expliquant que les rôles, les caractéristiques et les activités qui différencient l’homme et la femme ne sont pas innés mais sont construits par la société. Le concept de l’identité de genre qui a vu le jour à ce moment-là peut être défini comme une construction culturelle et sociale de la masculinité et la féminité. Selon la Professeure Marie Buscatto, « le genre est un concept créé afin de rendre compte du processus social de la production, la légitimation, la transgression et la transformation des différences hiérarchisées, sexualisées entre les hommes et les femmes ». Certains principes établis par la société ont pour but de « naturaliser » de telles différences et de stigmatiser tout comportement allant contre ces dernières. {3} Ainsi, pour Marie Buscatto, les représentations du genre dans l’art ou dans les pratiques artistiques sexospécifiques sont le résultat du processus culturel de la définition de l’identité sexuelle et sociale. De plus, tel que nous allons le voir dans les pages suivantes, les arts visuels et les arts du spectacle, en tant que moyens d’expression à travers la transformation et la stylisation, font partie des moyens de communication les plus puissants capables de repenser ce processus culturel mais aussi de créer et d’incarner les alternatives.

Le concept du genre dans son expression moderne est étroitement associé à un mouvement d’émancipation de la femme et à l’émergence du féminisme au vingtième siècle. En effet, les femmes cherchaient à obtenir les droits, les privilèges et les formes d’expression uniques dont les hommes jouissaient depuis toujours au sein de sociétés patriarcales où les rôles de la classe, de la race et de la sexualité étaient définis par le genre dominant. L’émergence de l’histoire de l’art féministe depuis les années 1960 a laissé place à une réflexion critique de la représentation de la femme en tant que sujet, créatrice et spectatrice de l’art mais aussi à une redéfinition plus large de la représentation du genre dans les pratiques artistiques.

Les rôles de genre et leur expression artistique sont historiquement enracinés dans les présomptions basées sur les normes culturelles et sociales prévalant dans la société. Par exemple, les Égyptiens et les Grecs de l’Antiquité avaient élaboré des méthodes formelles afin de représenter le corps humain idéal en art : les hommes étaient représentés comme forts et athlétiques et les femmes comme réservées. Les œuvres d’art représentant des hommes se sont toujours référés à des corps masculins puissants ou à des rôles de dirigeants. Au contraire, les femmes sont souvent représentées soit en tant que sujets passifs, érotisés et présents uniquement pour le plaisir du spectateur, soit en tant que nourrices dans des scènes domestiques.

À travers le monde occidental et pendant de nombreuses décennies, les femmes avaient beaucoup moins de chance que les hommes de devenir artistes et de recevoir une éducation artistique formelle, laquelle n’était pas égale lorsqu’elles y étaient autorisées. Par exemple, jusqu’au dix-neuvième siècle, les femmes n’avaient pas le droit de dessiner des nus pendant leurs cours d’art. Quant au théâtre, elles n’ont fait leur entrée sur la scène européenne qu’au 17e/18e siècle (les rôles féminins étaient jusqu’alors interprétés par des hommes et des garçons) afin de jouer leurs rôles dans un répertoire dominé par des dramaturges masculins mettant en scène des protagonistes masculins.

Les femmes artistes ne bénéficiaient que rarement de la reconnaissance accordée à leurs homologues masculins. On pensait également que le « génie » était une caractéristique uniquement réservée à l’homme, une pensée que renforçait la langue pleine de préjugés liés au genre – comme le mot anglais « masterpiece » (chef d’oeuvre) utilisé pour décrire une œuvre d’art splendide {4}. Avant les années 1970, peu de personnes reconnaissaient que les femmes avaient été grandement exclues des institutions et des systèmes qui produisaient des artistes « sérieux ». Dans de nombreux cas, les femmes qui avaient réussi avaient simplement été effacées de l’histoire de l’art. L’artiste italienne Artemisia Gentileschi a par exemple joui d’une réputation impressionnante au dix-septième siècle, mais ses efforts ont finalement été oubliés pour n’être redécouverts qu’au début du vingtième siècle.



Artemisia Gentileschi « Judith décapitant Holopherne » (source : Web Gallery of Art)







Notes

{3} M. Buscatto, « Sociologies du genre », Paris, Armand Colin, 2014

{4} Par ailleurs, l’anglais regorge d’exemples de noms et d’adjectifs qui, employés au féminin, sont connotés péjorativement. Le chroniqueur David Shariatmadari, du journal The Guardian, a récemment souligné cette situation. D’autre part, cette langue offre des possibilités intéressantes de jeux de mots comme par exemple l’emploi de « herstory » au lieu de « history ».



2. Glissements de genres



Les images cross-genres sont apparues au vingtième siècle dans plusieurs domaines artistiques, reflétant les nouvelles représentations des rôles de genre dans la société et la culture. La Française Claude Cahun et la Mexicaine Frida Kahlo, associées au mouvement surréaliste des années 1930, constituent deux exemples frappants : leur apparence masculine dans leurs autoportraits témoigne d’un effort croissant visant à légitimiser l’élargissement des frontières du genre, tout en étant l’expression d’une féminité affirmée. Ces femmes artistes reflètent ou doublent leur propre image et étendent les frontières du genre et de la représentation sexuelle. Leur objectif est de remettre en question les conceptions hétéronormatives de l’identité de genre et de mettre l’accent sur la fluidité des genres en refusant de se conformer aux caractéristiques statiquement masculines ou féminines.



Claude Cahun (Lucy Schwob), Marcel Moore (Suzanne Malherbe), « Sans titre », 1921-1922 (source : MOMA)



La photographe américaine Diane Arbus (1923-1971) était fascinée par les sujets dépassant les frontières établies, y compris les distinctions de genre conventionnelles. Elle a pris des photos directes et même conflictuelles de personnes hors-normes telles que des personnes de petite taille, des géants, des jumeaux, ou des avaleurs de sabres qu’elle rencontrait lors de spectacles, de carnavals ou de cirques. Sa photo « Hermaphrodite et un chien » traduit l’expérience de son modèle en tant qu’homme et femme à la fois et établit également une réalité choquante car le sujet ne se conforme pas à un genre en particulier. Le spectacle de la double nature de l’hermaphrodite est mis en évidence grâce à la juxtaposition visible entre le costume féminin, le maquillage, et le corps rasé du côté droit et les tatouages masculins, la montre et les poils du côté gauche.



Diane Arbus, « Hermaphrodite et un chien dans une remorque de carnaval, Maryland » (source : Museum of Contemporary Photography, Columbia College Chicago – offert par Larry Deutsch)



Le changement de l’identité de genre et l’émergence d’images transgenres ont été renforcés par les industries créatives et la culture commerciale. Les nouvelles modes pour les femmes admettaient des éléments se référant habituellement aux caractéristiques masculines. De plus, les vêtements neutres sur le plan du genre, tels que les tailleurs pour femmes, sont une caractéristique particulière des tendances modernes qui a été amplifiée ces 40 dernières années par des créateurs tels que Yves Saint Laurent. Des icônes de l’industrie musicale, telles que Annie Lennox ou David Bowie, sont également connus pour leur célèbre apparence androgyne. Un grand nombre de films traitent de différents aspects de la question du genre – ce sujet constitue le thème principal de différentes productions allant de « Victor Victoria » (1982), « Yentl » (1983), « Orlando » (1992), et « Priscilla, folle du désert » (1994) à « Laurence Anyways » (2012) et « Une nouvelle amie » (2014), pour ne citer que quelques exemples célèbres.

Le genre, plus que d’autres thèmes, a été exploré et exploité par la production médiatique traditionnelle et commerciale, parfois uniquement en tant que « tendance » intéressante sur le plan économique. Plus récemment, des artistes ont commencé à critiquer ouvertement la représentation « évidente » du genre, les stéréotypes et les « normes » largement diffusés par les médias traditionnels, et sont souvent allés beaucoup plus loin comme nous le verrons dans les sections suivantes.



3. La contribution du débat féministe – et les étapes suivantes



Carolyn Carson (image : © Rapari Young Group, source : site internet de l’artiste)



L’émergence du mouvement féministe dans les années 1960 et 1970 a influencé et remis en question des expressions artistiques genrées. Dans une installation de 1979 baptisée « The Dinner Party», l’artiste féministe américaine Judy Chicago honore les femmes du passé et du présent. Son immense table à manger triangulaire possède treize couverts de chaque côté du triangle. Chaque couvert comprend un napperon, sur lequel est brodé le nom d’une célèbre femme historique ou mythique, et un plat élaboré conçu sciemment afin qu’il ait la forme d’un papillon ou d’un vagin.

Depuis les années 1970, l’apparence physique et les distinctions entre les genres ont commencé à devenir floues dans les arts visuels. Les photographes Cindy Sherman et Nan Golding ont remis en question et ont transformé les rôles de genre stéréotypés en explorant l’identité de la femme, l’amour, la violence et les identités transgenres. À l’instar d’autres artistes, elles ont œuvré à la remise en question de la représentation traditionnelle de la femme dans les arts et du regard au travers lequel les femmes sont perçues. Plus récemment, des artistes, telles que la Polonaise Katarzyna Kozyra, ont exploré le lien entre les pratiques artistiques et les images populaires et capitalistes, et ont remis en question le concept du nu et de la nudité {5}.

Au fur et à mesure que le mouvement féministe s’est développé, les artistes ont commencé à remettre en question les rôles traditionnels de la femme en abordant des sujets tels que les femmes dans la sphère domestique et publique ou les critères de beauté conventionnels. Les critiques d’art ont également joué un rôle important dans le mouvement de l’art féministe dans les années 1970. En effet, ils ont attiré l’attention sur l’absence totale des femmes artistes dans le canon de l’art occidental et ont cherché à réécrire les critères de la critique d’art et de l’esthétique établis par les hommes. En 1971, ARTnews a publié un texte provocateur rédigé par la critique Linda Nochlin et intitulé « Why Have There Been No Great Women Artists? » (littéralement « Pourquoi n’y a-t-il pas de grandes femmes artistes ? »), lequel examine de manière critique la catégorie de « grandeur » (telle qu’elle avait été largement définie en termes dominés par l’homme). Ce texte a également initié la révision féministe de l’histoire de l’art et a ainsi permis l’inclusion de plus de femmes artistes dans les livres d’histoire. En 1973 au Royaume-Uni, les critiques d’art Rozsika Parker et Griselda Pollock ont créé le « Women’s Art History Collective » afin de se concentrer davantage sur l’omission des femmes dans le canon historique de l’art en Occident. Plus récemment, le projet re.act.feminism #2 a développé une archive et un poste de travail mobiles comprenant une collection croissante de vidéos, de photos, et d’autres documents relatifs aux arts du spectacle féministe, queer, et remettant en question le genre. Ce projet transnational présente des œuvres réalisées par plus de 180 artistes et collectifs d’artistes des années 1960 jusqu’aux années 1980, ainsi que des œuvres contemporaines, en mettant l’accent sur l’Europe orientale et occidentale, les régions de la Méditerranée, le Moyen-Orient, les États-Unis et l’Amérique latine. Des recherches et des coopérations avec des institutions d’arts, des académies et des universités à travers l’Europe ont permis l’agrandissement du contenu des archives qui s’est ensuite développé grâce à des expositions, des projections, des performances et des débats.

Dans les années 1970 et 1980, les arts du spectacle étaient profondément marqués par une génération de femmes qui ont présenté une vision forte de la femme dans leurs œuvres et ont influencé l’esthétique de la dance et du théâtre. Sans nécessairement endosser des positions manifestement féministes, les chorégraphes Lucinda Childs, Carolyn Carlson, Pina Bausch et Anne Teresa De Keersmaeker comptent parmi les chorégraphes contemporains les plus influents. Elles se sont attaquées à la subordination de la femme sur scène et ont ébranlé l’iconographie stéréotypée. Dans le domaine du théâtre, des metteuses en scène remarquables ont joué un rôle similaire. En inventant de nouveaux langages théâtraux basés sur leurs propres textes ou sur la réinterprétation d’un répertoire existant, Ariane Mnouchkine, Joan Littlewood et Liz Lecompte ont créé un profond impact du point de vue artistique et social.

La pièce décrite par le journal The New York Times en 2006 comme « probablement la pièce la plus importante du théâtre politique de ces dix dernières années » est également l’œuvre d’une femme : Eve Ensler (« Les Monologues du vagin »). Jouée pour la première fois en 1996, la pièce continue d’enregistrer un succès à l’échelle internationale. Elle a notamment été traduite dans plus de 40 langues et a été mise en scène dans 120 pays. Abordant un sujet très sensible (si pas tabou), et donnant la parole (littéralement) aux corps des femmes, la pièce a été reçue avec beaucoup d’enthousiasme par le public. Censurée ou presque dans plusieurs États (dont le Wisconsin, la Floride, la Malaisie et l’Uganda), elle constitue une source d’inspiration pour d’autres pièces explorant différents aspects de l’intimité et de la vie des femmes (et des hommes), allant de « Monologues voilés » de la metteuse en scène hollandaise Adelheid Roosen au « Bussy monologues » en Égypte.

Le succès de la pièce « Les Monologues du vagin » a permis à Ensler de renforcer son action internationale contre la violence faite aux femmes, en commençant par son V-Day, un mouvement mondial pour la fin des violences contre les filles et les femmes (mouvement qui permet d’attirer l’attention sur le problème et de récolter des fonds grâce à des représentations des « Monologues » à travers le monde). La dramaturge a également mis sur pied plusieurs autres actions, dont des campagnes, des travaux de sensibilisation internationaux et la création d’un refuge sécurisé pour les femmes victimes de violence en République démocratique du Congo.

Durant la révolution sexuelle des années 1960/1970, de nombreux artistes sont sortis du placard et ont apporté un élément joyeux et haut en couleur au sein de l’avant-garde artistique (essentiellement sérieuse). Ainsi, la crise du sida qui a frappé dans les années 1980 a eu plusieurs impacts complexes sur le monde artistique. La propagation rapide de la maladie, qui a littéralement « décimé une génération entière d’artistes », a été un véritable déclencheur. En effet, de nombreux artistes (hommes) homosexuels tels que Paul Taylor et Bill T. Jones se sont mis à parler explicitement de leur orientation sexuelle dans leurs œuvres, et beaucoup d’autres artistes – pas nécessairement séropositifs eux-mêmes mais touchés par le nombre d’amis et de collègues malades ou mourants – ont abordé de nouveaux sujets dans leurs pièces pour finalement s’engager dans des campagnes de sensibilisation et des campagnes politiques. La crise du sida a en réalité politisé le travail de nombreux artistes dans tous les domaines et a créé une nouvelle communauté d’artistes, en particulier aux États-Unis où la réponse politique et sociétale à la crise était l’intolérance, la stigmatisation sociale et un moralisme dépassé {6}. La pièce « Angels in America » de Tony Kushner constitue une pièce de référence pour les œuvres de cette période.

Il convient également de mentionner que le mouvement féministe a emprunté différents chemins dans les pays communistes à l’époque soviétique. Selon l’artiste bulgare Boryana Rossa, la disparition de l’inégalité des classes était présentée comme « la seule condition nécessaire et suffisante à l’élimination de la discrimination fondée sur le genre ». Bien qu’au niveau de la société les femmes aient effectivement obtenu des droits qui ont amélioré leurs statuts social et professionnel, la focalisation sur l’inégalité des classes en tant que « seul démon » a contribué au maintien des inégalités et de l’exploitation dans la sphère familiale. Après la chute du communisme dans ces sociétés, les femmes – en particulier les plus jeunes – souffrent encore aujourd’hui de l’effet conjugué de deux propagandes : celle de « l’égalité déjà atteinte » de l’époque socialiste, et celle des « coutumes patriarcales vieilles de plusieurs siècles et toujours confortablement installées dans la sphère familiale ». Le cas du groupe punk féministe russe « Pussy Riots » en 2012 a montré de quelle manière la stigmatisation sociale des femmes ne remplissant pas leur rôle « naturel » de mères ou de femmes au foyer peut constituer un « camouflage » douillet pour le véritable mobile politique de sévères répressions par l’État contre un artiste ou un groupe activistes avec un élément activiste qui tient la route.

L’apartheid en Afrique du Sud est plus ou moins similaire du point de vue de l’effet produit. Alors que le régime de l’apartheid a violemment réprimé tous les mouvements d’émancipation, la révolte politique contre l’apartheid a fait passer l’activisme LGBT et féministe au second plan. Les premières années qui ont suivi l’abolition de l’apartheid ont vu un large panorama de représentations abordant non seulement l’identité ethnique mais également la diversité et l’égalité de genre alors que les communautés homosexuelles faisaient face à des préjugés et à des conflits incessants.

Alors que le mouvement féministe a été crucial à la remise en question des rôles de genre traditionnels et des rapports de force genrés, les théories féministes ont été critiquées pour être restées essentiellement alignées à l’hétéronormativité. Les études gaies et lesbiennes, découlant en parallèle de la lutte pour l’égalité menée par le mouvement LGBTI aux États-Unis et en Europe, ont contribué à l’avancée des débats sur l’orientation sexuelle ainsi qu’à la remise en question du féminisme et des modèles hétéronormatifs. Judith Butler, l’une des voix clées du mouvement féministe et lesbien aux États-Unis, définit son livre « Trouble dans le genre » comme « une critique de l’hétérosexualité obligatoire au sein du féminisme », et vise un public féministe.

L’art visuel lesbien, tel qu’il a été introduit depuis les années 1960, possède plusieurs facettes et ne représente pas encore un mouvement stylistique uniforme. Des artistes tels que Harmony Hammond définissent une iconographie et une terminologie homosexuelles. En 2000, le livre innovateur de Hammond, intitulé « Lesbian Art in America, A Contemporary History » (Rizzoli, 2000), littéralement « L’Art lesbien en Amérique : une histoire contemporaine », témoigne d’un intérêt porté tout au long de sa carrière sur les problèmes de l’autoreprésentation lesbienne dans une société patriarcale où l’image de la femme est toujours principalement contrôlée par les hommes et où son corps est chosifié par le désir de l’homme. Ce livre explore ce que c’est de « voir » et de représenter en tant que sujet défini comme lesbien.

L’« art queer » explore et brise les conventions des rôles de genre ou de sexe traditionnels, tel que dans l’« Autoportrait » de John Kirby, dans lequel l’artiste se représente en sous-vêtements féminins sans cacher son corps masculin.

L’art queer – pour lequel il est difficile de trouver une définition répandue et communément admise – est particulièrement visible dans les festivals queer organisés en Europe (et en dehors), lesquels combinent souvent les arts, la théorie et l’activisme. Surtout dans les pays anciennement soviétiques, ces festivals constituent une vitrine privilégiée pour les artistes, les oeuvres, et les débats qui sont moins facilement exposés/conduits en dehors des festivals, en particulier dans les institutions et les salles principales. L’une des initiatives les plus célèbres et les plus anciennes est indubitablement le Queer Zagreb Festival (QZF), créé en 2003. Toutefois, les tendances et les expériences varient très largement au sein de la même région. Selon l’académicien et chercheur bulgare Stanimir Panayotov, « en Europe orientale et centrale, la plupart des festivals LGBT, à l’exception de la Bulgarie et de la Croatie (...), sont des événements sporadiques et exceptionnels qui résultent souvent d’une volonté de dévoiler la question de la culture gay, souvent inconsciente au sein de la communauté, ainsi que ses effets sur le développement de la communauté ». {7}

Dans certains pays où les gouvernements ouvertement homophobes promeuvent des lois visant à punir les comportements sexuels « non normatifs » (généralement pour des motifs religieux et moraux/traditionnels), les organisations de la société civile réagissent, souvent en utilisant l’art comme une forme d’activisme dans la lutte pour la liberté d’expression et pour une société tolérante. Dans certains pays d’Asie centrale, notamment au Kirghizistan et au Kazakhstan, les efforts des gouvernements de droite visant à interdire les propagandes dites « homosexuelles » ont déclenché des débats sur le genre et les rôles de genre traditionnels dans l’opinion publique. Selon l’artiste et activiste Georgy Mamedov, l’identité de genre reste une question assez marginale dans l’art contemporain en Asie centrale, y compris le théâtre et la production cinématographique. Cependant, divers groupes LGBTI et féministes utilisent activement des formes d’arts pour faire entendre leur cause, comme dans le cas de la série de graffitis contre l’homophobie par l’organisation LGBTIQA « Labrys » du Kirghizistan {8}. Le genre est toutefois au coeur d’initiatives de collectifs artistiques et d’artistes remarquables. On peut notamment citer l’exemple du collectif artistique radical Creoleak Centr, une « transinstitution transgenre, transnationale et transdisciplinaire » dirigée par Ruth Jenrbekova et Maria Vilkovisky à Almaty, au Kazakhstan {9}.





Pratiques artistiques en tant que pratiques genrées – Entretien avec Marie Buscatto



Spécialisée en études de genre, Marie Buscatto est professeure en sociologie à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et chercheure à l’IDHES, Paris 1-CNRS, France. Son travail se concentre actuellement sur les difficultés d’accès, la progression et la promotion des femmes dans le monde de l’art. Marie Buscatto s’intéresse également aux manières dont la création artistique est influencée par des processus genrés.

Le texte suivant est rédigé à partir d’un entretien avec l’auteure en novembre 2015.

Quelle définition donneriez-vous du genre avec la pratique artistique ?

On peut s’accorder à définir le genre comme un concept visant à rendre compte des processus sociaux de production, de légitimation, de transgression et de transformation de différences sexuées hiérarchisées entre femmes et hommes, entre féminin et masculin selon des principes visant à les « naturaliser » et à stigmatiser tout comportement contraire. .Il s’agit également de penser le genre comme un concept relationnel et interactionnel avec une composante dynamique et hiérarchique.

Comment relier le genre et la pratique artistique ?

Le genre organise et imprègne la pratique artistique depuis la prime enfance Les garçons seront orientés vers certaines pratiques considérées comme masculines et les filles vers les pratiques féminines. Et tout comportement contraires à l’ordre social dominant en matière de binarité féminin/masculin sera considéré comme anormal. C’est le cas pour des enfants qui seraient amenés à pratiquer un art qui n’est pas conforme à ce qui est perçu comme la norme en matière de masculinité (les garçons qui font de la danse ou du trapèze ou les filles qui jouent de la trompette). L’ordre binaire homme/femme est donc au cœur du genre. Le masculin sera associé à certaines postures (confiance en soi, virilité, autonomie, prise d’initiative) pour la femme, ce sera la séduction, la passivité etc. Cet ordre binaire est présent dans tous les systèmes de représentation dont la grande majorité des individus s’imprègne dès la prime enfance. La dimension du genre se pense donc comme une catégorie d’analyse permettant de comprendre comment se positionnent les hommes et les femmes dans l’ordre social.

Dans la pratique professionnelle, on constate la prégnance d’un mode hiérarchique dominant entre hommes et femmes et qui est par essence défavorable aux femmes. Les milieux de l’art sont des environnements fortement compétitifs ou il sera difficile pour une femme de réussir et de s’imposer. Les femmes risquent donc de se trouver confinées de ce fait dans certaines postures et rôles considérés comme féminins Par ailleurs dans la gestion de carrière les conciliations de la vie professionnelle avec la vie privée se révèlent souvent plus faciles pour les hommes que pour les femmes, Ceux-ci auront plus de chance de se faire aider par leur conjoint et ce ne sera pas toujours le cas pour les femmes.

Quelles tendances se dégagent selon vous dans la pratique artistique en rapport avec le genre ?

La première tendance dominante ressortant de l’ensemble des travaux empiriques sur ces questions montre que les hommes et les femmes ne sont en aucune manière en situation d’égalité dans la pratique artistique que ce soit dans l’accès ou l’exercice des professions artistiques. Les tendances montrent que la situation reste fortement défavorable aux femmes.

Une seconde tendance constate cependant une plus grande féminisation de la profession, par un meilleur accès aux pratiques artistiques grâce à la démocratisation de l’éducation et un meilleur accès des femmes aux lieux de formation. C’est ainsi que des professions ont pu se féminiser fortement, Un exemple intéressant est la profession de chef d’orchestre et cela grâce aux concours et procédures de sélection dont les modes opératoires ont évolué. Une étude menée aux USA a montré que le fait de placer un paravent lors des auditions de candidats à la fonction de chef d’orchestre avait fait progresser de 30% le nombre de chef d’orchestre femmes dans les orchestres américains. Cette féminisation des femmes dans l’art a donc permis de contrecarrer les normes imposées par l’ordre social et qui excluaient les femmes de la pratique des arts.

Une troisième tendance est celle de mouvements collectifs et sociaux qui se sont mis en place dans les années 70/80 qui ont permis aux femmes de progresser dans la pratique des arts visuels par exemple. Des initiatives ont également permis de mieux valoriser des œuvres artistiques féminines (accès aux financements, mécénat, réseaux sociaux). Ces mouvements collectifs ont permis une meilleure représentation des femmes dans les pratiques professionnelles liées aux arts, grâce à des programmations artistiques féminines et des subsides/ aides émanant des pouvoirs publics. Dans le domaine littéraire, les travaux de Delphine Naudier sur la littérature féminine ont permis de faire émerger des courants littéraires promouvant une « écriture féminine ». Mais il nous faut constater que ces initiatives ne sont pas encore valorisées au même titre que d’autres courants dans une discipline artistique donnée.

Dans le domaine de la peinture, les travaux de Fabienne Dumont ont permis également de mettre à jour les revendications portées des artistes peintres femmes revendiquant « un art féminin » sur le mode essentialiste mais ces courants seront considérés comme de moindre valeur par les marches de l’art. Donc et en conclusion, s’il y a eu féminisation de la pratique artistique, on ne peut pas parler encore de renversement de l’ordre genré dominant. L’art supérieur en référence à un art « canon » qui serait universel, reste « non féminin ». Les hommes qui seront amenés à s’investir dans un courant et une approche artistique considérée comme innovante vont avoir tendance à être considérés comme supérieurs (sans que leur genre soit un élément d’analyse). Les femmes qui invoqueront par ailleurs la composante féminine de leur art verront leur pratique artistique dévalorisée.

Comment la transgression du modèle binaire « féminin/masculin » s’exprime-t-il dans le domaine artistique ? Est-ce une tendance ?

On trouve des œuvres qui essaient de « troubler le genre dans les travaux de Judith Butler par exemple. La transgression de l’ordre genre signifierait qu’il n’y a plus de différences sexuelles. Ces initiatives sont présentes depuis plus de 30 ans dans l’expression artistique. Le travail artistique mené sur la question transgenre ou l’androgynie sont des exemples de volonté de transgresser l’ordre binaire mais ce mode d’expression reste secondaire par rapport aux tendances et pratiques artistiques dites « mainstream ». Même si encore une fois, des pratiques artistiques se positionnent dans la transgression : on fait du genre autrement que selon ce que l’ordre social promeut, ces modes d’expression ne sont pas au centre de la pratique artistique. Et l’on est donc forcé de constater l’absence de processus transformatif de l’ordre genré au sein de la pratique artistique.

Comment les questions relatives au transgenre peuvent-elles trouver leur place dans les courants artistiques centrés sur la transgression ou le changement social ?

Parler de transgression en matière de genre dans la pratique artistique permet de penser le genre comme une performance/œuvre d’art en dehors toute réalité biologique. Une œuvre « transgressive » exprimera la diversité de l’être humain, indépendant de tout critère de genre ce message pourra être relayé par des représentations artistiques adressant la question transgenre.

Pour ce qui est du rôle de l’art comme moteur du changement social en comparaison avec d’autres formes de mouvements sociétaux qui militeraient pour une évolution de la société, l’art ne me parait pas nécessairement être un moteur. L’art est un mode d’expression mais pas un moteur dans le changement social Les mouvements d’avant-garde qui ont été à la base de changement sociétaux ne furent pas exclusivement portés par l’art mais par un ensemble de processus de transformations présents dans d’autres sphères de la société. L’affirmation de la binarité hommes femmes passe par l’hétéronormativité et les tendances à vouloir s’affranchir de cette binarité seront considérées comme en rupture avec le modèle social dominant d’hétéronormativité. Penser le transgenre et son expression artistique reste donc un moyen de penser autrement le rapport entre genre et binarité féminin/masculin dans l’espace public.





Notes

{5} Voir également Buikema, Griffin and Lykke, « Theories and Methodologies in Feminist Research », Routledge, Londres, 2011.

{6} Au sujet de l’impact de la crise du sida sur les arts visuels et les arts publics, voir par exemple Barbara Pollock, « Document, protest, memorial : AIDS in the arts world », dans ArtNews, 5 mai 2014.

{7} S. Panayotov, « From tradition to experimentation », introduction au catalogue du V Sofia LGBT Art Fest, 2009.

{8} Entretien avec l’auteure, décembre 2015

{9} Voir G. Mamedov, « An Introduction to Theatre Today in Central Asia – 2015 Edition », IETM 2016



4. Le genre comme représentation : le corps en tant que possibilité ouverte



Photo d’une représentation de « You go ! » d’Eugenia Tzirtzilaki à Athènes, 2015 (avec l’aimable autorisation de l’artiste)



Il existe des liens solides philosophiques et épistémologiques entre la représentation et le genre. Ces liens deviennent clairs lorsque nous nous concentrons sur les différents niveaux de signification du terme « représentation », qui indique au départ une présentation, une expression ou un acte temporaire et actif. En effet, la théorie du genre montre que « les identités de genre se forment à travers l’acte de la représentation en soi et par la (re)mise en scène, par l’adhésion aux ou la répétition des normes » {10}. Le terme « représentation » se réfère à des formes d’art mises en scène telles que le théâtre, la dance ou la musique ainsi que les formes quotidiennes de comportements symboliques : les pratiques sociales ou culturelles qui impliquent des actes théâtraux, répétés ou conventionnels comme les événements sportifs, les funérailles, les discours politiques ou les rituels. La « représentation » désigne également la capacité à communiquer à travers des actes ou dans la construction et la représentation d’une identité. Au contraire, il est aussi possible d’agir contre ces « actes de représentation » qui reproduisent des caractéristiques stéréotypées, et donc de remettre les normes en question.

Différents actes, tels que l’obéissance civile ou la résistance, se qualifient donc de représentations, de même que la citoyenneté ou le genre en tant que représentation. Selon Judith Butler {11}, le genre n’est pas construit et il ne constitue pas un rôle endossé consciemment. Il s’agit plutôt de « l’effet sédimentaire d’actes répétitifs qui littéralement matérialisent le corps (« matter the body ») à travers des conventions, des sanctions et des tabous : le genre se matérialise par des normes contraignantes telles que des réglementations ou des restrictions discursives, manifestées à travers le corps ». De plus, en réaction à la position théorique répandue affirmant que le sexe est fixe et fondé sur la nature alors que le genre est fluide et basé sur la culture, Judith Butler affirme que le sexe n’est pas assigné par nature mais, à l’instar du genre, est le résultat d’actes de représentation. Dans cet esprit, le corps devient une « possibilité ouverte, une possibilité de transcender les normes de la différence sexuelle et de l’identité de genre » {12}.

Pour reprendre la Professeure Buikema {13}, « le corps apparaît comme un intermédiaire pour le changement social dans les pratiques artistiques ». Le corps humain est essentiel à la manière dont une personne peut appréhender certaines facettes de l’identité telles que le genre, la sexualité, la race ou l’appartenance ethnique. Les gens modifient leur corps, leurs cheveux, leurs vêtements afin de se conformer ou de s’opposer aux conventions sociales et de faire passer un message à leur entourage. En ce sens, les arts du spectacle ont un lien privilégié avec les questions du genre. En effet, plus que toute autre forme d’art, ils permettent l’incarnation des identités de genre, peut-être contraires aux « normes ». Par exemple, dans la pièce « You go ! », la metteuse en scène grecque Eugenia Tzirtzilaki invite le public à piocher au hasard un morceau de papier dans un pot en verre déposé au sol et à ensuite suivre les instructions indiquées, telles que : « Dites “chuuuut” pour que tout le monde se taise. Remarquez : si vous êtes un homme : les gens baissent-ils les yeux ? Si vous êtes une femme : les gens vous regardent-ils ? »... En tant qu’alternative aux discussions habituelles sur le genre, lesquelles sont soit extrêmement controversées soit très intellectuelles, cette pièce offre au public une expérience particulière qui dévoile le choix – ou l’acceptation inconsciente – des stéréotypes liés au genre et des dynamiques de pouvoir qui en découlent.



Le genre en tant que représentation - Diane Torr (États-Unis)

L’artiste Diane Torr expérimente la représentation du genre depuis trente ans – en explorant les domaines allant du gogo-dancing féministe aux jeux de pouvoir masculins. Diane Torr, artiste comptant parmi les pionniers essentiels des représentations de « drag king », est reconnue à l’échelle internationale pour ses ateliers de transformation de genre, au cours desquels elle apprend à des centaines de femmes ordinaires comment « réussir » en tant qu’homme dans le monde en général (en rue, dans les interactions sociales quotidiennes...). Ces ateliers attirent des participantes pour de nombreuses raisons différentes : le développement de la confiance en soi, un frisson sexuel, un bouleversement des genres, une transcuriosité, ou simplement l’envie de se déguiser et de jouer un rôle.

Au sujet du travail de Diane Torr {14}, le critique Stephen J. Bottoms se rappelle : « La première fois que j’ai vu Diane Torr jouer en tant qu’homme, l’expérience était un peu troublante. Dans le contexte d’une conférence/démonstration, elle est d’abord apparue en tant qu’« elle-même » et a présenté un diaporama documentant l’élaboration de son travail. Elle a ensuite disparu en coulisse et nous a laissés regarder une vidéo sur ses ateliers de transformation « Man for a Day » (littéralement « Homme pour un jour ») de femme en homme. Finalement, elle est revenue en tant que Danny King – son personnage d’âge moyen, de classe moyenne, occupant une position de cadre intermédiaire – arborant un costume, des cheveux tirés vers l’arrière, une moustache, une barbe, et des chaussures brillantes noires. Toutefois, ce qui était déroutant, ce n’était pas sa transformation cosmétique mais le changement de physicalité. Danny s’est doucement avancé sur la scène avec une démarche assurée, comme si la scène lui appartenait, et s’est arrêté, a croisé les bras près de sa poitrine, et nous a regardé avec une indifférence totale. Il prétendait qu’il allait commencer à parler puis se ravisait. Il a ajusté sa posture, a regardé ses chaussures, a relevé les yeux pour nous regarder et nous a encore un peu observé. Un petit instant plus tard, il a commencé à marcher à grands pas sur la scène, comme s’il en vérifiait les dimensions, totalement indifférent face à la présence des spectateurs. Au moment où il s’est enfin décidé à parler, il était incontestablement au commandement de la scène et de son public alors qu’il n’avait encore rien fait. Malgré sa petite taille (Diane mesure environ 1 mètre 66), nous lui avons cédé l’autorité en tant que présence dominante et masculine. En effet, une partie subconsciente de mon cerveau me disait qu’il s’agissait vraiment d’un homme même si ma conscience savait que Danny était Diane. Cet effet étrange a ensuite été mis en évidence lorsque Danny s’est mis à expliquer – en tant que personnage – les moyens par lesquels il créait cette impression de droit masculin « inné ». C’est là qu’a commencé ma fascination pour les représentations travesties, tout simplement grâce à son habilité à adopter et à incarner différentes formes de physicalité masculine que les hommes ont tendance à penser comme innées. Sa facilité apparente à exposer cet étrange artifice de la masculinité naturalisée rappelle étrangement que les présomptions que les hommes ont sur leurs propres identités sont elles-mêmes fondées sur la représentation, voire même la prétention ».

D. Torr, S. Bottoms, « Sex, Drag and Male Roles: Investigating Gender as Performance », University of Michigan Press, 2010. Un film sur l’œuvre de Torr, « Man for a Day », de la réalisatrice berlinoise Katarina Peters, a été projeté pour la première fois au Festival du film « La Berlinale » en 2012 et est maintenant en vente.Le travestisme pour les femmes est moins courant que pour les hommes. Selon Bottoms, « si l’envie des hommes gay à se travestir peut être perçue comme un rejet explicite du statut de pouvoir masculin, et comme une sorte d’affirmation festive de leur marginalisation « féminisée », le travestisme pour les femmes peut – au contraire – paraître insensé, étant donné qu’il s’agit pour elles d’imiter le sexe responsable de sa désautonomisation relative. Cependant, les ateliers de Diane Torr sont cruciaux car ils estompent la limite entre l’« art » et la « vie », et permettent aux femmes d’expérimenter le fait d’« être » un homme et de renverser le regard dominant. En effet, en voyant le monde d’un point de vue masculin, du moins temporairement, et en étant considérées comme des hommes, les femmes peuvent se distancer de manière critique de leurs perspectives socialisées en tant que femmes, une expérience qui peut parfois changer une vie. Faire sortir dans la rue un personnage masculin créé lors d’un atelier en tant qu’identité fonctionnelle est franchir non seulement la limite entre l’« art » et la « vie » mais également la limite entre une expérience en tant que femme et en tant qu’homme, remettant ainsi en question toutes sortes de constructions et de présomptions {15}. En effet, « lorsque les personnes rangées d’un côté de la division binaire se définissent selon les termes de cette division, elles risquent tout simplement de renforcer la séparation même qui est à l’origine du problème » – et en effet, les femmes ont souvent tendance à se définir exactement par rapport à leur contrepartie « masculine », perpétuant ainsi les mêmes normes qui entraînent souvent leur propre oppression.






Diane Torr en tant qu’homme (photo : Del La Grace Volcano) et en tant que femme (photo : E. Innocenti ; source : site de l’artiste)





« L’équilibre délicat entre l’alignement et la remise en question des systèmes de conventions : la clef de la progression » – Israel Aloni / ilDance (Suède)

Israel Aloni est un chorégraphe indépendant basé en Suède. Il est également le co-directeur de ilDance, une compagnie indépendante de dance contemporaine, basée à Gothenburg, dont le but est d’encourager, de soutenir, et de produire la dance contemporaine originale en Suède. Le genre est une question d’une importance assez considérable dans le travail d’Israel Aloni. En effet, celui-ci a consacré quelques créations à la recherche et à l’analyse particulière du genre, et a analysé en parallèle la sexualité humaine et les expressions sexuelles en tant que moyen de définir et d’exprimer le genre.

Son oeuvre « Catharses » (2014) est un duo original qu’Aloni définit comme « un voyage vers un état purifié de la féminité ». « Il s’agit d’une randonnée sur la route caillouteuse menant à une révélation de la vérité nue et délicate concernant le pouvoir et la beauté des femmes, sous leur aspect biologique, intellectuel, émotionnel et spirituel. Le voyage aspire à oublier les inhibitions dues aux jugements imposés par une société qui recrée continuellement un terrain de jeu pour les désaccords entre les sexes ». En mettant de côté le scepticisme, la critique, les conventions et les stéréotypes qui sont enracinés dans les sociétés occidentales et qui mènent à une bataille entre les genres, ce travail honore « la forme féminine dans son origine d’animalisme, d’intuition et d’instincts », la féminité et sa différence par rapport à la masculinité, contrairement à la tendance visant à effacer cette différence – tendance répandue notamment en raison du mouvement féministe.

« La création de “Cartharses” s’inspire de la possibilité de faire passer un message qui révèle le genre féminin sous un angle différent, rappelant ainsi au public le noyau central longtemps oublié de l’identité féminine. Nous espérons exposer un état brut et authentique de la féminité, universel et non restreint par les exigences sociales de chaque pays ou culture. »

L’œuvre d’Israel Aloni intitulée « Forbidden Fruit » (2014), littéralement « Le Fruit défendu », est une représentation multidisciplinaire comprenant de la dance contemporaine, du texte et des chants, une projection de vidéos et de films, ainsi que des costumes et des éléments visuels significativement dominants. Dans cette représentation, le chorégraphe cherche à défaire la signification interne de la sensualité, de la luxure, de la passion, du désir, de l’attraction et du sexe. La pièce émane de la nécessité à remettre en question la manière dont le sexe est présenté et conçu dans les sociétés contemporaines – en tant que péché, qu’acte immoral, ou en tant qu’arme dans le cas d’agression sexuelle – et la manière dont les femmes victimes de viol sont souvent accusées d’avoir « provoqué » cette violence. « Le sexe est le moyen de création et de production le plus naturel. Il s’agit de l’expression la plus simple de l’attraction, de la passion, de la luxure, du plaisir, de la sensualité, de l’amour et du désir. Pourquoi ne repensons-nous pas la manière dont nous inscrivons le sexe dans la conscience des prochaines générations ? Comment pouvons-nous être surpris face à autant de violence sexuelle dans notre réalité actuelle quand tout ce que nous faisons est prôner l’aspect criminel et défendu de toute interaction sexuelle ? Pourquoi avons-nous recouvert la création de la vie par un drap noir synonyme d’obscénité et de souillure ? »

« Cette pièce cherche à ôter la honte et l’inhibition qui réprime l’envie naturelle de l’exploration sensorielle. Cela ne veut pas dire que la pièce se limite à l’encouragement de la promiscuité sexuelle. Toutefois, cette œuvre propose une approche sceptique des histoires mythologiques sur le sexe et sa connotation négative. Ainsi, le public peut être amené à réexaminer ses croyances et son point de vue personnel, ce qui pourrait éventuellement entraîner une diminution du nombre de crimes à caractère sexuel ainsi que la discrimination envers les femmes. » La pièce compte quatre artistes internationaux (Royaume-Uni, Norvège, Espagne et Hongrie) et une équipe créative de deux artistes visuels, un réalisateur de films et de vidéos, et un éclairagiste. Ensemble, ceux-ci travaillent sur la création d’une expérience qui est stimulante et excitante pour le public de manière similaire à l’expérience d’un rapport sexuel.

Dans sa vie personnelle et artistique, Aloni s’est toujours concentré sur les questions du genre et de l’identité. Concernant son lien personnel avec la question du genre et l’impact sur son travail artistique, Aloni explique : « Au niveau personnel et social, les caractéristiques de l’identité de genre les plus importantes mais toutefois quasiment absentes sont sa fluidité et son originalité. Bien que la remise en question des constructions sociales de l’homme et de la femme ait progressé ces derniers siècles, il faudra s’armer de patience pour que les mentalités changent. Mon approche par rapport aux danseurs avec qui je travaille et l’ensemble de la troupe est semblable à mon approche par rapport à ma propre identité de genre – fluide et personnelle. Je pense que l’art est une dimension parallèle à la vie en société. Selon moi, lutter pour l’égalité de genre n’est pas une question de similitudes entre les hommes et les femmes mais plutôt une question plus large relative aux droits de l’Homme. L’égalité de genre fait donc partie des débats actuels. »

« Je pense que l’art peut aider à faire avancer les discussions sur le genre d’une manière plus sophistiquée. En tant que personne au genre fluide, je rêve d’un monde qui ne s’oppose pas au pouvoir du féminin, au lieu d’un monde qui exige plus de similitudes entre l’homme et la femme. (…) En tant que « femalist », je prône et promeus la valeur de la femme dans notre monde ; la valeur et l’importance des attributions féminines dans chaque chose qui existe sur cette planète et au-delà. Je ne suis pas d’accord avec la masculinisation de tout ce qui est traditionnellement puissant tel que Dieu, le monde, l’univers etc. Je défends l’idée de la grande Mère. »

« Je respecte et je mets en valeur les caractéristiques des artistes qui créent et dansent dans mes créations, peu importe leurs rôles de genre social. Ainsi, les personnes endossent un rôle qui est indépendant de leur genre biologique et/ou physiologique mais qui est plutôt connecté à leur identité subjective, fluide, et riche. Cette approche touche le public et lui offre une chance d’examiner les rôles de genre dans notre société à travers des filtres plus tolérants et indulgents, tels que ceux présents dans mes pièces. »




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