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Meilleurs

Tales





Compilé par: Eren SARI

Meilleurs Tales

Copyright © 2017, (Eren SARI)

Tous les droits appartiennent à l'auteur.

Première édition: 2017

Publishers Adresse:

NoktaE-Book Publishing

Aşağı Pazarcı Mah.1063 Sokak.No:7

Antalya / TÜRKİYE

contacter: noktaekitap@gmail.com

Web:http://www.noktaekitap.net

Couverture: NOKTA E-KİTAP

Éditeur NET MEDYA YAYINCILIK

Nokta E-Book International Publishing















Le Petit Chaperon Rouge

Il était une fois une petite fille de village, la plus jolie qu'on eût su voir: sa mère en était folle, et sa mère-grand plus folle encore. Cette bonne femme lui fit faire un petit chaperon Rouge qui lui seyait si bien, que partout on l'appelait le Petit Chaperon Rouge.

Un jour, sa mère, ayant cuit et fait des galettes, lui dit:

"Va voir comment se porte ta mère-grand, car on m'a dit qu'elle était malade. Porte-lui une galette et ce petit pot de beurre."

Le Petit Chaperon Rouge partit aussitôt pour aller chez sa mère-grand, qui demeurait dans un autre village. En passant dans un bois, elle rencontra compère le Loup, qui eut bien envie de la manger ; mais il n'osa, à cause de quelques bûcherons qui étaient dans la forêt. Il lui demanda où elle allait. La pauvre enfant, qui ne savait pas qu'il était dangereux de s'arrêter à écouter un loup, lui dit:

" Je vais voir ma mère-grand, et lui porter une galette, avec un petit pot de beurre, que ma mère lui envoie.

- Demeure-t-elle bien loin? lui dit le Loup.

- Oh oui, dit le Petit Chaperon Rouge; c'est par-delà le moulin que vous voyez tout là-bas, à la première maison du village. - Eh bien ! dit le Loup, je veux l'aller voir aussi, je m'y en vais par ce chemin-ci, et toi par ce chemin-là, et nous verrons à qui plus tôt y sera."

Le loup se mit à courir de toute sa force par le chemin qui était le plus court, et la petite fille s'en alla par le chemin le plus long, s'amusant à cueillir des noisettes, à courir après les papillons, et à faire des bouquets des petites fleurs qu'elle rencontrait.

Le loup ne fut pas longtemps à arriver à la maison de la mère-grand; il heurte: toc, toc.

" Qui est là ?

- C'est votre fille, le Petit Chaperon Rouge, dit le Loup en contrefaisant sa voix, qui vous apporte une galette et un petit pot de beurre, que ma mère vous envoie."

La bonne mère-grand, qui était dans son lit, à cause qu'elle se trouvait un peu mal, lui cria :

"Tire la chevillette, la bobinette cherra."

Le Loup tira la chevillette, et la porte s'ouvrit. Il se jeta sur la bonne femme, et la dévora en moins de rien, car il y avait plus de trois jours qu'il n'avait pas mangé. Ensuite il ferma la porte, et s'alla coucher dans le lit de la mère-grand, en attendant le Petit Chaperon Rouge, qui quelques temps après, vint heurter à la porte : toc, toc.

"Qui est là?"

Le Petit Chaperon Rouge, qui entendit la grosse voix du Loup, eut peur d'abord, mais, croyant que sa mère-grand était enrhumée, répondit:

"C'est votre fille, le Petit Chaperon Rouge, qui vous apporte une galette et un petit pot de beurre, que ma mère vous envoie."

Le Loup lui cria en adoucissant un peu sa voix :

"Tire la chevillette, la bobinette cherra."

Le Petit Chaperon Rouge tira la chevillette, et la porte s'ouvrit.

Le Loup, la voyant entrer, lui dit en se cachant dans le lit, sous la couverture :

"Mets la galette et le petit pot de beurre sur la huche, et viens te coucher avec moi."

Le Petit Chaperon Rouge se déshabille, et va se mettre dans le lit, où elle fut bien étonnée de voir comment sa mère-grand était faite en son déshabillé. Elle lui dit:

" Ma mère-grand, que vous avez de grands bras !

- C'est pour mieux t'embrasser, ma fille !

- Ma mère-grand, que vous avez de grandes jambes !

- C'est pour mieux courir, mon enfant !

- Ma mère-grand, que vous avez de grandes oreilles !

- C'est pour mieux écouter, mon enfant !

- Ma mère-grand, que vous avez de grands yeux !

- C'est pour mieux te voir, mon enfant !

- Ma mère-grand, que vous avez de grandes dents !

- C'est pour te manger !"

Et, en disant ces mots, le méchant Loup se jeta sur le Petit Chaperon Rouge, et le mangea.









MORALITÉ

On voit ici que de jeunes enfants,

Surtout de jeunes filles,

Belles, bien faites et gentilles

Font très mal d'écouter toutes sortes de gens,

Et que ce n'est pas chose étrange,

S'il en est tant que le loup mange.

Je dis le loup, car tous les loups

Ne sont pas de la même sorte:

Il en est d'une humeur accorte,

Sans bruit, sans fiel et sans courroux,

Qui, privés, complaisants et doux,

Suivent les jeunes demoiselles

Jusque dans les maisons, jusque dans les ruelles.

Mais, hélas ! qui ne sait que ces loups doucereux,

De tous les loups sont les plus dangereux !





Ammamellen et Élias

Ammamellen avait une sœur et, toutes les fois qu'elle mettait au monde un garçon, il le tuait.

Les choses se passèrent ainsi jusqu'à ce qu'un jour, ayant accouché en même temps que sa servante, la sœur d'Ammamellen lui donna son fils et prit avec elle l'enfant de cette dernière.

Ammamellen vint, saisit cet enfant et le tua. Le fils de la femme libre resta chez la servante ; il grandit et devint homme.

Il s'appelait Élias.

Il n'est rien qu'Ammamellen, qui n'était pas dupe de la supercherie, ne tentât pour attirer Élias dans un piège et le tuer. Mais le garçon était plus rusé que lui et il ne put accomplir ses projets de meurtre.

Un jour, Élias se rendit chez Ammamellen ; il avait très soif et Ammamellen tenait secret le lieu où l'on trouvait de l'eau dans la montagne. Le sol de la montagne était de roche dure et ne conservait pas l'empreinte des pieds.

Ammamellen allait la nuit avec ses serviteurs faire boire les troupeaux et rentrait pendant que tout le monde dormait encore.

Élias prit alors les souliers des serviteurs et les enduisit de graisse.

Le lendemain, il suivit leurs traces. Là où les souliers avaient touché le rocher, ils avaient laissé de la graisse. Le garçon put ainsi arriver jusqu'à l'eau.

Ammamellen l'avait vu et le suivait.

Ammamellen et Élias - illustration 1

Au moment où Élias, penché au-dessus de l'eau, s'apprêtait à boire, il aperçut l'image d'Ammamellen qui tirait son sabre et allait l'en frapper sur la nuque. Il eut juste le temps de s'élancer et de s'enfuir de l'autre côté.

Un autre jour, Ammamellen marcha jusqu'à une vallée et, avec des pattes d'animaux morts, il y fit des traces de chamelles, de chèvres, de brebis et d'ânes. Il y mit aussi trois vieux chameaux : l'un borgne, l'autre galeux et le troisième ayant la queue coupée.

Il rentra chez lui et, le lendemain, il proposa à Élias, en échange de sa tranquillité : « Va visiter cette vallée au loin, tu nous diras ce qu'il s'y trouve. »

Élias se rendit dans la vallée et, lorsqu'il fut de retour, Ammamellen lui demanda : « Eh bien, as-tu visité cette vallée ?

— Oui, répondit Élias, je l'ai visitée.

— Et que s'y trouve-t-il ? Le pays te plaît-il, oui ou non ?

— Il me plaît, seulement il y a des traces d'animaux morts et trois vieux chameaux dont l'un est borgne, l'autre galeux et le troisième a la queue coupée.

— Comment distingues-tu la trace d'un animal vivant d'un animal mort ?

— La trace d'un animal vivant revient sur elle-même, tandis que celle d'un animal mort ne revient pas.

— À quoi reconnais-tu qu'un vieux chameau est borgne ou qu'il a ses deux yeux ?

— Le chameau borgne mange toujours les arbres du côté de son bon œil.

— Et le chameau galeux ?

— On reconnaît un chameau galeux parce qu'il se gratte à tous les arbres qu'il rencontre.

— Et qu'est-ce qui te fait distinguer un chameau dont la queue est coupée de celui qui a sa queue ?

— Lorsqu'un chameau qui n'a pas de queue vient à fienter, les crottes restent en tas, tandis que celui qui a sa queue s'en sert pour les disperser. »

Ammamellen et Élias - illustration 2

Quelque temps plus tard, Ammamellenn, qui ne s'avouait pas vaincu, alla dans un certain endroit et ramassa beaucoup d'herbes dont il fit plusieurs tas. Il revint et dit à Élias :« Demain, tu iras à tel endroit et tu rapporteras l'herbe que j'y ai mise en tas. »

Le lendemain, Ammamellen prit les devants et se blottit dans un tas d'herbe, attendant Élias pour le tuer.Celui-ci vint et rassembla toute l'herbe, excepté un tas dont il ne voulut pas s'approcher. Ses compagnons l'interrogèrent :

« Tu as rassemblé tous les tas d'herbe, pourquoi laisses-tu celui-là ?

— Celui-là respire, dit Élias ; les autres ne respirent pas. »

En entendant cela, Ammamellen se leva précipitamment, saisit son javelot et le lança contre Élias qu'il manqua.

Il s'écria alors : « Va, je m'incline devant toi, fils de ma sœur, que ma sœur a enfanté et qu'elle a fait enfanter à sa servante. »

Et, depuis ce jour, Élias peut vivre près de sa mère en toute tranquillité.

Cendrillon

Il était une fois un gentilhomme qui épousa en secondes noces une femme, la plus hautaine et la plus fière qu'on eût jamais vue. Elle avait deux filles de son humeur, et qui lui ressemblaient en toutes choses. Le mari avait de son côté une jeune fille, mais d'une douceur et d'une bonté sans exemple ; elle tenait cela de sa mère, qui était la meilleure personne du monde. Les noces ne furent pas plus tôt faites que la belle-mère fit éclater sa mauvaise humeur ; elle ne put souffrir les bonnes qualités de cette jeune enfant, qui rendaient ses filles encore plus haïssables. Elle la chargea des plus viles occupations de la maison : c'était elle qui nettoyait la vaisselle et les montées, qui frottait la chambre de madame, et celles de mesdemoiselles ses filles ; elle couchait tout au haut de la maison, dans un grenier, sur une méchante paillasse, pendant que ses sœurs étaient dans des chambres parquetées, où elles avaient des lits des plus à la mode, et des miroirs où elles se voyaient depuis les pieds jusqu'à la tête.La pauvre fille souffrait tout avec patience, et n'osait s'en plaindre à son père qui l'aurait grondée, parce que sa femme le gouvernait entièrement. Lorsqu'elle avait fait son ouvrage, elle s'allait mettre au coin de la cheminée et s'asseoir dans les cendres, ce qui faisait qu'on l'appelait communément dans le logis Cucendron.

La cadette, qui n'était pas si malhonnête que son aînée, l'appelait Cendrillon ; cependant Cendrillon, avec ses méchants habits, ne laissait pas d'être cent fois plus belle que ses sœurs, quoique vêtues très magnifiquement.

Il arriva que le fils du roi donnât un bal, et qu'il priât toutes les personnes de qualité d'y venir : nos deux demoiselles en furent aussi priées, car elles faisaient grande figure dans le pays. Les voilà bien aises et bien occupées à choisir les habits et les coiffures qui leur siéraient le mieux ; nouvelle peine pour Cendrillon, car c'était elle qui repassait le linge de ses sœurs et qui godronnait leurs manchettes. On ne parlait que de la manière dont on s'habillerait.

« Moi, dit l'aînée, je mettrai mon habit de velours rouge et ma garniture d'Angleterre.

— Moi, dit la cadette, je n'aurai que ma jupe ordinaire ; mais en récompense, je mettrai mon manteau à fleurs d'or, et ma barrière de diamants, qui n'est pas des plus indifférentes. »

On envoya quérir la bonne coiffeuse, pour dresser les cornettes à deux rangs, et on fit acheter des mouches de la bonne faiseuse : elles appelèrent Cendrillon pour lui demander son avis, car elle avait le goût bon. Cendrillon les conseilla le mieux du monde, et s'offrit même à les coiffer ; ce qu'elles voulurent bien. En se faisant coiffer, elles lui disaient : « Cendrillon, serais-tu bien aise d'aller au bal ?

— Hélas, mesdemoiselles, vous vous moquez de moi, ce n'est pas là ce qu'il me faut.

— Tu as raison, on rirait bien si on voyait un Cucendron aller au bal. »

Une autre que Cendrillon les aurait coiffées de travers ; mais elle était bonne, et elle les coiffa parfaitement bien. Elles furent près de deux jours sans manger, tant elles étaient transportées de joie. On rompit plus de douze lacets à force de les serrer pour leur rendre la taille plus menue, et elles étaient toujours devant leur miroir. Enfin l'heureux jour arriva, elles partirent, et Cendrillon les suivit des yeux le plus longtemps qu'elle put ; lorsqu'elle ne les vit plus, elle se mit à pleurer.

Sa marraine, qui la vit tout en pleurs, lui demanda ce qu'elle avait. « Je voudrais bien... je voudrais bien... » Elle pleurait si fort qu'elle ne put achever. Sa marraine, qui était fée, lui dit : « Tu voudrais bien aller au bal, n'est-ce pas ?

— Hélas oui, dit Cendrillon en soupirant.

— Hé bien, seras-tu bonne fille ? dit sa marraine, je t'y ferai aller. »

Elle la mena dans sa chambre, et lui dit : « Va dans le jardin et apporte-moi une citrouille. » Cendrillon alla aussitôt cueillir la plus belle qu'elle pût trouver, et la porta à sa marraine, ne pouvant deviner comment cette citrouille la pourrait faire aller au bal. Sa marraine la creusa, et n'ayant laissé que l'écorce, la frappa de sa baguette, et la citrouille fut aussitôt changée en un beau carrosse tout doré.

Ensuite, elle alla regarder dans la souricière, où elle trouva six souris toutes en vie ; elle dit à Cendrillon de lever un peu la trappe de la souricière, et à chaque souris qui sortait, elle donnait un coup de sa baguette, et la souris était aussitôt changée en un beau cheval ; ce qui fit un bel attelage de six chevaux, d'un beau gris de souris pommelé. Comme elle était en peine de quoi elle ferait un cocher : « Je vais voir, dit Cendrillon, s'il n'y a point quelque rat dans la ratière, nous en ferons un cocher.

— Tu as raison, dit sa marraine, va voir. »

Cendrillon lui apporta la ratière, où il y avait trois gros rats. La fée en prit un d'entre les trois, à cause de sa maîtresse barbe, et une fois touché, il fut changé en un gros cocher, qui avait une des plus belles moustaches qu'on ait jamais vues. Ensuite elle lui dit : « Va dans le jardin, tu y trouveras six lézards derrière l'arrosoir, apporte-les-moi. » Cendrillon ne les eut pas plus tôt apportés que la marraine les changea en six laquais, qui montèrent aussitôt derrière le carrosse avec leurs habits chamarrés, et qui s'y tinrent attachés, comme s'ils n'eussent fait autre chose toute leur vie.

La fée dit alors à Cendrillon : « Hé bien, voilà de quoi aller au bal, n'es-tu pas bien aise ?

— Oui, mais est-ce que j'irai comme cela avec mes vilains habits ? »

Sa marraine ne fit que la toucher avec sa baguette, et en même temps ses habits furent changés en des habits de drap d'or et d'argent tout chamarrés de pierreries ; elle lui donna ensuite une paire de pantoufles de vair, les plus jolies du monde. Quand Cendrillon fut ainsi parée, elle monta en carrosse ; mais sa marraine lui recommanda avant toutes choses de ne pas passer minuit, l'avertissant que si elle demeurait au bal un moment davantage, son carrosse redeviendrait citrouille, ses chevaux des souris, ses laquais des lézards, et que ses vieux habits reprendraient leur première forme. Elle promit à sa marraine qu'elle ne manquerait pas de sortir du bal avant minuit. Elle partit, ne se sentant pas de joie.

Le fils du roi, qu'on alla avertir qu'il venait d'arriver une grande princesse qu'on ne connaissait point, courut la recevoir ; il lui donna la main à la descente du carrosse, et la mena dans la salle où était la compagnie. Il se fit alors un grand silence, on cessa de danser et les violons ne jouèrent plus, tant on était attentif à contempler les grandes beautés de cette inconnue. On n'entendait qu'un bruit confus : « Ah, qu'elle est belle ! » Le roi même, tout vieux qu'il était, ne laissait pas de la regarder, et de dire tout bas à la reine qu'il y avait longtemps qu'il n'avait vu une si belle et si aimable personne.

Toutes les dames étaient attentives à considérer sa coiffure et ses habits, pour en avoir dès le lendemain de semblables, pourvu qu'il se trouvât des étoffes assez belles, et des ouvriers assez habiles. Le fils du roi la mit à la place la plus honorable, et ensuite la prit pour la mener danser.

Elle dansa avec tant de grâce qu'on l'admira encore davantage. On apporta une fort belle collation, dont le jeune prince ne mangea point, tant il était occupé à considérer la princesse. Elle alla s'asseoir auprès de ses sœurs, et leur fit mille honnêtetés : elle leur fit part des oranges et des citrons que le prince lui avait donnés, ce qui les étonna fort, car elles ne la connaissaient point.

Alors qu'elles causaient ainsi, Cendrillon entendit sonner onze heures trois quarts : elle fit aussitôt une grande révérence à la compagnie, et s'en alla le plus vite qu'elle put. Dès qu'elle fut arrivée, elle alla trouver sa marraine, et après l'avoir remerciée, elle lui dit qu'elle souhaiterait bien aller encore le lendemain au bal, parce que le fils du roi l'en avait priée. Comme elle était occupée à raconter à sa marraine tout ce qui s'était passé au bal, les deux sœurs heurtèrent à la porte ; Cendrillon leur alla ouvrir. « Que vous êtes longtemps à revenir ! » leur dit-elle en bâillant, et se frottant les yeux, et en s'étendant comme si elle n'eût fait que de se réveiller ; elle n'avait cependant pas eu envie de dormir depuis qu'elles s'étaient quittées. « Si tu étais venue au bal, lui dit une de ses sœurs, tu ne t'y serais pas ennuyée : il y est venu la plus belle princesse, la plus belle qu'on puisse jamais voir ; elle nous a fait mille civilités, elle nous a donné des oranges et des citrons.

Cendrillon ne se sentait pas de joie : elle leur demanda le nom de cette princesse ; mais elles lui répondirent qu'on ne la connaissait pas, que le fils du roi en était fort en peine, et qu'il donnerait toutes choses au monde pour savoir qui elle était. Cendrillon sourit et leur dit : « Elle était donc bien belle ? Ne pourrais-je point la voir ?

Mademoiselle Javotte, prêtez-moi votre habit jaune que vous mettez tous les jours.

— Vraiment, dit mademoiselle Javotte, je suis de cet avis ! Prêter mon habit à un vilain Cucendron comme cela : il faudrait que je fusse bien folle. »

Cendrillon s'attendait bien à ce refus, et elle en fut bien aise, car elle aurait été grandement embarrassée si sa sœur avait bien voulu lui prêter son habit.

Le lendemain, les deux sœurs allèrent au bal, et Cendrillon aussi, mais encore plus parée que la première fois. Le fils du roi fut toujours auprès d'elle, et ne cessa de lui conter des douceurs ; la jeune demoiselle ne s'ennuyait point, et oublia ce que sa marraine lui avait recommandé ; de sorte qu'elle entendit sonner le premier coup de minuit lorsqu'elle ne croyait pas qu'il fût encore onze heures : elle se leva et s'enfuit aussi légèrement qu'aurait fait une biche. Le prince la suivit, mais il ne put l'attraper ; elle laissa tomber une de ses pantoufles de vair, que le prince ramassa bien soigneusement.

Cendrillon arriva chez elle bien essoufflée, sans carrosse, sans laquais, et avec ses méchants habits, rien ne lui étant resté de toute sa magnificence qu'une de ses petites pantoufles, la pareille de celle qu'elle avait laissé tomber.

On demanda aux gardes de la porte du palais s'ils n'avaient point vu sortir une princesse ; ils dirent qu'ils n'avaient vu sortir personne, qu'une jeune fille fort mal vêtue, et qui avait plus l'air d'une paysanne que d'une demoiselle.

Quand ses deux sœurs revinrent du bal, Cendrillon leur demanda si elles s'étaient encore bien diverties, et si la belle dame y avait été ; elles lui dirent que oui, mais qu'elle s'était enfuie lorsque minuit avait sonné, et si promptement qu'elle avait laissé tomber une de ses petites pantoufles de vair, la plus jolie du monde ; que le fils du roi l'avait ramassée, et qu'il n'avait fait que la regarder pendant tout le reste du bal, et qu'assurément il était fort amoureux de la belle personne à qui appartenait la petite pantoufle. Elles dirent vrai, car peu de jours après, le fils du roi fit publier à son de trompe qu'il épouserait celle dont le pied serait bien juste à la pantoufle. On commença à l'essayer aux princesses, ensuite aux duchesses, et à toute la cour, mais inutilement. On l'apporta chez les deux sœurs, qui firent tout leur possible pour faire entrer leur pied dans la pantoufle, mais elles ne purent en venir à bout.

Cendrillon qui les regardait, et qui reconnut sa pantoufle, dit en riant : « Que je voie si elle ne me serait pas bonne !

» Ses sœurs se mirent à rire et à se moquer d'elle. Le gentilhomme qui faisait l'essai de la pantoufle, ayant regardé attentivement Cendrillon, et la trouvant fort belle, dit que cela était juste, et qu'il avait ordre de l'essayer à toutes les filles. Il fit asseoir Cendrillon, et approchant la pantoufle de son petit pied, il vit qu'elle y entrait sans peine, et qu'elle y était juste comme de cire. L'étonnement des deux sœurs fut grand, mais plus grand encore quand Cendrillon tira de sa poche l'autre petite pantoufle qu'elle mit à son pied.

Là-dessus arriva la marraine qui, ayant donné un coup de sa baguette sur les habits de Cendrillon, les fit devenir encore plus magnifiques que tous les autres. Alors ses deux sœurs la reconnurent pour la belle personne qu'elles avaient vue au bal. Elles se jetèrent à ses pieds pour lui demander pardon de tous les mauvais traitements qu'elles lui avaient fait souffrir. Cendrillon les releva, et leur dit, en les embrassant, qu'elle leur pardonnait de bon cœur, et qu'elle les priait de l'aimer bien toujours. On la mena chez le jeune prince, parée comme elle était : il la trouva encore plus belle que jamais, et peu de jours après, il l'épousa. Cendrillon, qui était aussi bonne que belle, fit loger ses deux sœurs au palais, et les maria le jour même à deux grands seigneurs de la cour.

Hansel et Grethel

Un bûcheron, sa femme et ses deux enfants vivaient à l'orée d'une forêt. Le garçon s'appelait Hansel et la fille Grethel. La famille était très pauvre. Une année, la famine régna dans le pays et le bûcheron, durant une de ses nuits sans sommeil où il ruminait des idées noires et remâchait ses soucis, dit à sa femme :

« Qu'allons-nous devenir ? Comment nourrir nos pauvres enfants ? Nous n'avons plus rien à manger.

— Eh bien, dit la femme, sais-tu ce que nous allons faire ? dès l'aube, nous conduirons les enfants au plus profond de la forêt, nous leur allumerons un feu et leur donnerons à chacun un petit morceau de pain. Puis nous irons à notre travail et les laisserons seuls. Ils ne retrouveront plus leur chemin, et nous en serons débarrassés.

— Non, femme, dit le bûcheron, je ne ferai pas cela ! Comment pourrais-je me résoudre à laisser nos enfants tout seuls dans la forêt ! Les bêtes sauvages ne tarderaient pas à les dévorer.

— Oh, fou ! rétorqua-t-elle, tu préfères donc que nous mourrions de faim tous les quatre ? »

Elle n'eut de cesse qu'il acceptât ce qu'elle proposait. Les deux petits, n'ayant pas pu s'endormir à cause de la faim qui les tenaillait, entendirent les paroles de leur mère. Grethel pleura beaucoup et dit à son frère:

« C'en est fait de nous !

— Ne t'en fais pas, dit Hansel. Je trouverai un moyen de nous en tirer. »

Quand les parents furent endormis, il se leva, enfila ses habits, et sortit de la maison. Hansel ramassa autant de cailloux qu'il put et les mit dans ses poches. Quand vint le jour, la femme réveilla les deux enfants : « Debout, paresseux ! Nous allons dans la forêt pour y chercher du bois. » Elle leur donna un morceau de pain à chacun et dit : « Voici pour le repas de midi ; ne mangez pas tout avant, car vous n'aurez rien d'autre. »

Comme les poches de Hansel étaient pleines de cailloux, Grethel mit le pain dans son tablier. Puis, ils se mirent tous en route pour la forêt. Tout le long du chemin, Hansel, qui fermait la marche, jetait des cailloux blancs sur le chemin.

Quand ils furent arrivés au milieu de la forêt, le père dit : « Maintenant, les enfants, ramassez du bois ! Je vais allumer un feu pour que vous n'ayez pas froid. » Hansel et Grethel amassèrent des brindilles au sommet d'une petite colline.

Quand on y eut mis le feu et qu'il eut bien pris, la femme dit : « Couchez-vous auprès de lui, les enfants, et reposez-vous. Nous allons abattre du bois. Quand nous aurons fini, nous reviendrons vous chercher. »

Les deux enfants s'endormirent. Quand ils se réveillèrent, il faisait nuit noire. Grethel se mit à pleurer et dit :

« Comment ferons-nous pour sortir de la forêt ? » Hansel la consola. « Attends encore un peu, dit-il, jusqu'à ce que la lune soit levée. Alors, nous retrouverons notre chemin. »

Quand la pleine lune brilla dans le ciel, il prit sa sœur par la main et suivit les petits cailloux blancs. Alors que le jour se levait, ils atteignirent la maison. Ils frappèrent à la porte. La femme ouvrit et les vit. Elle dit : « Méchants enfants ! Pourquoi avez-vous dormi si longtemps dans la forêt ? Nous pensions que vous ne reviendriez jamais. » Leur père, lui, se réjouit, car il avait le cœur lourd de les avoir laissés seuls dans les bois.

Peu de temps après, la misère régna de plus belle et, une fois de plus, pendant la nuit, les enfants entendirent ce que la mère disait : « Il ne nous reste plus rien à manger, une demi-miche seulement.

Il faut nous débarrasser des enfants ; nous les conduirons encore plus profondément dans la forêt pour qu'ils ne puissent plus retrouver leur chemin ; il n'y a rien d'autre à faire. » Quand les parents furent endormis, Hansel se leva avec l'intention d'aller ramasser de nouveau des cailloux. Mais la femme avait verrouillé la porte et le garçon ne put sortir. Il consola cependant sa petite sœur :« Ne pleure pas, Grethel, dors tranquille ; le bon Dieu nous aidera. »

Tôt le matin, la mère fit lever les enfants. Elle leur donna un morceau de pain, plus petit encore que l'autre fois. Parvenus dans la forêt, les parents laissèrent les enfants pour aller couper du bois. Le soir, Hansel et Grethel firent du feu, puis ils dormirent, et la soirée passa sans que personne ne revînt auprès d'eux. Ils s'éveillèrent au milieu de la nuit, et Hansel consola sa petite sœur, disant : « Attends que la lune se lève, Grethel, nous retrouverons le chemin de la maison. »

Quand la lune se leva, ils se mirent en route. Mais les deux enfants marchèrent toute la nuit et le jour suivant, sans trouver à sortir de la forêt. Ils mouraient de faim, n'ayant à se mettre sous la dent que quelques baies. Ils étaient si fatigués que leurs jambes ne voulaient plus les porter. Ils se couchèrent au pied d'un arbre et s'endormirent.

Ils reprirent leur marche, s'enfonçant toujours plus avant dans la forêt. À midi, ils virent un joli oiseau sur une branche, blanc comme neige. Il chantait si bien que les enfants s'arrêtèrent pour l'écouter. Quand il eut fini, il déploya ses ailes et vola devant eux. Ils le suivirent jusqu'à une petite maison sur le toit de laquelle le bel oiseau blanc se percha. Quand ils s'en approchèrent, ils virent qu'elle était faite de pain et recouverte de gâteaux. Les fenêtres étaient en sucre. « Nous allons nous régaler, dit Hansel, et faire un repas béni de Dieu. Je vais manger un morceau du toit ; il a l'air d'être bon ! »

Hansel grimpa sur le toit et en arracha une petite portion, pour goûter. Grethel se mit à lécher les carreaux. Tout à coup, la porte s'ouvrit et une femme, vieille comme les pierres, s'appuyant sur une canne, sortit de la maison. Hansel et Grethel eurent si peur qu'ils laissèrent tomber tout ce qu'ils tenaient dans leurs mains. La vieille secoua la tête et dit : « Hé, chers enfants ! qui vous a conduits ici ? Entrez, venez chez moi ! Il ne vous sera fait aucun mal. »

Elle les prit tous deux par la main et les fit entrer dans la maisonnette. Elle leur servit un bon repas, du lait et des beignets avec du sucre, des pommes et des noix. Elle prépara ensuite deux petits lits. Hansel et Grethel s'y couchèrent.

Ils se croyaient au paradis. Mais la gentillesse de la vieille femme n'était qu'apparente. En réalité, c'était une méchante sorcière qui n'avait construit la maison de pain que pour attirer les enfants. Quand elle en prenait un, elle le tuait, le faisait cuire et le mangeait. Pour elle, c'était alors jour de fête.À l'aube, avant que les enfants ne se fussent éveillés, elle se leva. Elle attrapa Hansel, le conduisit dans une petite étable et l'y enferma. Il eut beau crier, cela ne lui servit à rien. La sorcière s'approcha ensuite de Grethel, la secoua pour la réveiller et lui dit : « Debout, paresseuse ! Va chercher de l'eau et prépare quelque chose de bon à manger pour ton frère. Il est enfermé à l'étable et il faut qu'il engraisse. Quand il sera à point, je le mangerai. » Grethel se mit à pleurer, mais cela ne lui servit à rien. Elle fut obligée de faire ce que lui demandait la sorcière. Tous les matins, la vieille se glissait jusqu'à l'étable et disait : « Hansel, tends tes doigts que je voie si tu es déjà assez gras ».

Mais Hansel tendait un petit os et la sorcière, qui avait de mauvais yeux, ne s'en rendait pas compte. Elle croyait que c'était vraiment le doigt de Hansel et s'étonnait qu'il n'engraissât point. Quand quatre semaines furent passées, et que l'enfant était toujours aussi maigre, elle perdit patience et décida de ne pas attendre plus longtemps.

« Holà, Grethel, cria-t-elle, dépêche-toi d'apporter de l'eau ! Que Hansel soit gras ou maigre, c'est demain que je le tuerai et le mangerai. »

De bon matin, Grethel fut chargée de remplir la grande marmite d'eau et d'allumer le feu. « Nous allons d'abord faire la pâte, dit la sorcière. J'ai déjà fait chauffer le four et préparé ce qu'il faut. »

Elle poussa la pauvre Grethel vers le four, d'où sortaient de grandes flammes. « Faufile-toi dedans ! ordonna-t-elle, et vois s'il est assez chaud pour la cuisson. »

Elle avait l'intention de fermer le four quand la petite y serait, pour la faire rôtir. Elle voulait la manger, elle aussi. Mais Grethel devina son intention et dit : « Je ne sais comment faire. Comment entre-t-on dans ce four ?

— Petite oie, dit la sorcière, l'ouverture est assez grande, vois, je pourrais y entrer moi-même. » Et elle y passa la tête. Alors Grethel la poussa vivement dans le four, claqua la porte et mit le verrou.

Hansel et Grethel - illustration 5

Pendant que la sorcière brûlait, elle courut vers la petite étable et dit : « Hansel, nous sommes libres ! La vieille sorcière est morte !

» N'ayant plus rien à craindre, ils pénétrèrent dans la maison de la vieille femme. Dans tous les coins, il y avait des caisses pleines de perles et de diamants.

« C'est encore mieux que mes petits cailloux ! » dit Hansel, en se remplissant les poches.

Et Grethel fit de même. « Maintenant, il nous faut partir, dit Hansel, si nous voulons fuir cette forêt ensorcelée. »

Au bout de plusieurs heures de marche, ils virent au loin leur maison. Ils se mirent à courir, se ruèrent dans la chambre de leurs parents et sautèrent au cou de leur père. Sa femme était morte entre-temps. Grethel secoua son tablier, et les perles et les diamants roulèrent à travers la chambre. Hansel en sortit d'autres de ses poches, par poignées. C'en était fini des soucis. Ils vécurent heureux tous ensemble.













Celle qui ne voulait pas se marier

Mon histoire se passe il y a très longtemps, dans un pays blanc balayé par la neige et le vent : le Toit du Monde.

Le long de la banquise, un petit village d'iglous s'est construit pour l'hiver. Et tout au bout de ce village, dans le plus petit iglou, un chasseur vit seul, avec sa fille, Sanna. Éclairés par la lampe à huile, ils se partagent une nageoire de phoque.

« Regarde-moi, Sanna. Je suis vieux et je reviens toujours bredouille de la chasse. Nous mangeons ce soir nos dernières provisions. Il faut que tu te maries. Il y a beaucoup de bons chasseurs qui rêveraient de t'épouser et qui pourraient t'apporter chaque jour un nouveau phoque à dépecer. Pourquoi ne veux-tu pas te marier ? » Mais, une fois de plus, sa fille ne lui répondit que par un silence gêné.Un jour, lassé de la voir refuser tous les hommes qui se présentaient, son père finit par lui dire : « Épouse donc notre chien et partez tous les deux loin du village, sur cette île que l'on aperçoit là-bas ! » La jeune femme, résignée, s'exila sur l'île avec son mari chien. Très vite, la nourriture vint à manquer. Le chien avait été un précieux atout pour son maître, mais maintenant qu'il était seul, il était incapable de rapporter du gibier.

Les jours passèrent ainsi. Sanna tentait tant bien que mal de se nourrir de quelques poissons pêchés, mais cela ne contentait pas son estomac qui criait famine de plus en plus souvent. Les choses s'aggravèrent lorsqu'elle tomba enceinte puis accoucha d'une portée de petits chiens. Sanna ne parvenait plus à pêcher suffisamment de poissons pour nourrir toute la famille.

Un matin, elle demanda à son mari d'aller chez son père chercher de la nourriture. Elle lui accrocha sa petite bourse en peau de phoque autour du cou et lui dit de nager jusqu'au village. Le chien arriva très affaibli sur le rivage, où il trouva le père de Sanna, occupé à dépecer un phoque : « Bonjour maître. C'est ta fille qui m'envoie. Elle a deux choses importantes à te dire. La première, c'est que tu es devenu grand-père. La seconde, c'est que ta fille et tes petits-enfants ont très faim. Je suis venu demander ton aide. » Le père emplit la bourse de viande de phoque et invita le chien à revenir chaque jour chercher de la nourriture.

Ainsi, chaque matin, le mari chien quittait l'île pour le campement paternel et chaque soir, il revenait avec quelques victuailles : du phoque, du caribou, du poisson, et parfois même de la viande d'ours.

Un jour, le père décida d'aller rendre visite à ses petits-enfants. Il ne les avait jamais vus et avait hâte de les rencontrer. Dès qu'il accosta sur l'île, les chiots accoururent à sa rencontre, pour fêter son arrivée. Ils l'accueillirent comme le font souvent les chiens avec leur maître : en lui mordillant les mollets et en lui donnant des grands coups de langue. Mais le père de Sanna n'apprécia pas du tout cet accueil. Il réalisa qu'il ne souhaitait pas avoir des chiots comme petits-enfants. Il aurait mille fois préféré être accueilli par des enfants qui lui auraient sauté au cou et qui l'auraient couvert de vrais baisers. Puis il trouva sa fille dans un état déplorable. Comme son mari chien ne pouvait pas chasser, elle mangeait rarement à sa faim et elle n'avait pas de peaux d'animaux pour se coudre des vêtements chauds. Le père de Sanna déposa la nourriture qu'il avait apportée et reprit la mer. Tout en ramant, il réfléchissait à une manière de mettre fin à cette situation intolérable.

Le lendemain, lorsque le mari chien vint à nouveau chercher de la nourriture, le père remplit la petite bourse accrochée à son cou en y introduisant non pas de la viande mais de lourdes pierres. Le chien repartit à la nage, mais, alourdi par le poids de la bourse, il s'épuisa rapidement et se noya.

Le père devait désormais approvisionner lui-même quotidiennement sa fille et ses petits-enfants. Mais Sanna craignait qu'il tue également ses bébés. Elle voulut le dissuader de revenir les voir et conseilla à ses enfants : « La prochaine fois que votre grand-père arrivera, allez à sa rencontre sur le rivage, léchez et mordillez son kayak puis donnez-lui des petits coups de dents de plus en plus féroces. » Son plan fonctionna à merveille : apeuré par l'accueil des chiots, le père de Sanna fit demi-tour et ne revint plus jamais sur l'île. Mais à peine ce danger écarté, un autre survint aussitôt : le spectre de la famine revint hanter la petite famille. En renonçant à leur principale source d'approvisionnement, Sanna et ses chiots étaient de nouveau confrontés à la faim. Alors, pour sauver ses enfants chiens, Sanna décida de les envoyer au loin. Elle les répartit en trois groupes et donna à chacun des consignes précises. Elle fit d'abord partir un premier groupe, muni d'arcs et de flèches, vers la forêt boréale, en lui disant : « Partez vers le sud et restez dans la forêt, vous y trouverez toujours de quoi vous nourrir ! » C'est ainsi que ces bébés chiens devinrent les ancêtres des Amérindiens.

Sanna prit ensuite une semelle de ses bottes et prononça des paroles si puissantes que la semelle se transforma en umiaq, une très grande embarcation en peau de phoque.

Elle y déposa les chiots du second groupe en leur disant : « Partez vers l'est, au-delà de cette grande mer, et ne revenez que sur de grands navires ! » Ils partirent sur les flots et devinrent les ancêtres des Européens.

Quant aux chiots du troisième groupe, elle préféra finalement les garder près d'elle, sur le territoire des Inuits. Ils restèrent donc sur place et se transformèrent en ijiqqat, les esprits invisibles de l'intérieur des terres.

Sanna, elle, retourna vivre dans le campement familial, sous l'iglou paternel. Elle resta veuve très longtemps, refusant à nouveau les hommes qui la demandaient en mariage, jusqu'au jour où un bel étranger vint au village pour la séduire…















Icare

Icare avait grandi parmi les inventions de son père Dédale, célèbre artisan de Crète. La plus fameuse de ses créations avait permis à la reine Pasiphaé de séduire un taureau, revêtant pour cela le faux costume d'une belle génisse. Mais cette curieuse union avait donné le jour à une bête monstrueuse, mi-homme, mi-taureau, que l'on nomma le Minotaure.

Minos, roi de Crète, se sentit humilié par l'abominable fruit de la trahison de son épouse. Il en conçut une immense honte et voulut dissimuler l'horrible animal. Il fit appel à Dédale qui, après avoir aidé la reine, vola donc au secours du roi…

Celui-ci lui demanda de construire un labyrinthe afin d'y enfermer le Minotaure. Convaincu du talent de son illustre architecte, son indignation fut quelque peu apaisée.

Après des jours d'intense labeur, Dédale déposa enfin ses plans et fit débuter les travaux. Le labyrinthe était l'une de ses plus ingénieuses mais aussi la plus inquiétante de ses inventions. Il consistait en une interminable suite de détours et de lacets qui rendaient impossible à quiconque y pénétrait d'en trouver l'issue…

Ainsi, le Minotaure y fut complètement pris au piège. Ses rugissements s'élevaient au-dessus des hautes murailles et son ombre terrifiante arpentait sans fin les méandres de son vaste enclos. Pour calmer ses accès déchirants de rage, Minos devait lui livrer de la chair humaine. Puisqu'il ne pouvait sacrifier ses citoyens, il ordonna aux Athéniens, qu'il avait vaincus lors d'une précédente expédition, de lui livrer sept jeunes hommes et autant de jeunes filles afin de les donner en pâture au Minotaure. Les jeunes gens qui avaient eu écho de cette effrayante bête, pénétrèrent apeurés dans le labyrinthe. C'est alors que Thésée, héros célébré et reconnu de tous, décida de mettre un terme au massacre et se rendit en Crète.

Minos accueillit le jeune homme avec mépris et l'écouta distraitement, convaincu qu'il n'avait aucune chance de sortir vivant du labyrinthe. Mais Ariane, la ravissante fille du roi, apercevant le beau jeune homme en tomba amoureuse. Elle ne souhaitait pas voir son nouvel amant succomber sous les griffes du redoutable monstre et alla implorer Dédale afin qu'il lui vienne en aide. Celui-ci la convainquit de nouer au poignet de Thésée un long fil qui se déroulerait derrière ses pas, lui indiquant le chemin qu'il aurait à emprunter pour retrouver la sortie.

Grâce à ce stratagème, Thésée terrassa le Minotaure et un soupir de soulagement s'éleva du cœur de la cité athénienne. Quant à Minos, il se sentit une fois de plus trahi et s'empressa d'aller trouver Dédale qu'il enferma avec son fils dans son propre labyrinthe ! Dédale était au désespoir : sans fil attaché à son poignet, il ne savait que trop bien ce à quoi il était condamné tant son œuvre était infaillible. Il regrettait amèrement d'avoir inventé ce terrible piège ! Il leva les yeux au ciel dans l'espoir d'y voir poindre la clémence des dieux et s'apprêta à les implorer quand lui vint une brillante idée : il n'y avait aucune chance de trouver l'issue terrestre du tortueux labyrinthe, certes, mais la voie des airs, elle, s'offrait à eux dans toute son étendue ! Il avait avec lui de la cire et n'eut pas de mal à se procurer des plumes… Il se mit donc à confectionner pour lui et son fils de majestueuses ailes assez résistantes pour les soulever de terre. Après les avoir fixées sur le dos d'Icare, il prit son visage entre ses mains et lui dit : « Mon fils, écoute les sages conseils de ton père afin de mener au mieux notre évasion. Lorsque tu seras transporté par les airs, surtout ne t'avise pas de prendre trop d'altitude, la chaleur du Soleil risquerait de te brûler les ailes. De même, ne t'approche pas trop de l'océan et de ses hautes vagues qui pourraient t'ensevelir. »

Exalté, Icare piaffait d'impatience, car comme la plupart d'entre nous, il avait maintes fois rêvé de fendre les airs comme un oiseau. Ils s'élancèrent hors du labyrinthe et atteignirent le ciel grâce à leurs ailes amples et légères. Porté par le vent, Icare se laissait enivrer par le plaisir de sentir la brise le bercer. Le père et le fils volèrent ainsi un long moment, surplombant les sublimes paysages de la Grèce, mais lorsqu'ils atteignirent le détroit qui les séparait de l'Asie Mineure, Icare ne put résister à son désir et désobéit aux sages paroles de son père. Grisé par le goût de la liberté, il s'élança vers les hauteurs. Il s'approcha dangereusement du Soleil et n'entendait pas les cris désespérés de son pauvre père qui percevait trop bien où risquait de le mener son imprudence. Icare jouissait de sa puissance aérienne et, prenant de plus en plus d'altitude, se pensait l'égal des oiseaux. Mais, ne résistant pas à l'intense chaleur de l'astre, la cire de ses ailes se mit à fondre, et le jeune garçon fut précipité dans le vide avant de plonger dans la mer qui porte aujourd'hui son nom.

Dédale, fou de douleur, alla repêcher le corps sans vie de son fils. Le jeune homme, par défaut d'expérience et de sagesse, avait brûlé l'innocence de son jeune âge à l'attirante chaleur de l'astre solaire.



L'eau de la terre

Une grenouille vivait au bord d'un trou rempli d'eau, près d'un ruisseau. C'était une petite grenouille verte, discrète, ordinaire. Elle avait envie de devenir extraordinaire et réfléchissait au moyen de se faire remarquer. À force d'y penser, elle eut une idée. Elle se mit à boire l'eau de son trou, à boire, à boire…, et elle la but jusqu'à la dernière goutte ! Et elle commença à grossir. Ensuite elle se mit à boire l'eau du ruisseau, à boire, à boire…, et elle la but jusqu'à la dernière goutte ! Et elle grossissait de plus en plus. En suivant le lit du ruisseau, elle arriva à la rivière, et elle se mit à boire l'eau de la rivière, à boire, à boire…, et elle la but jusqu'à la dernière goutte ! Et comme la rivière se jetait dans le fleuve, elle alla près du fleuve, et elle se mit à boire l'eau du fleuve, à boire, à boire…, et elle la but jusqu'à la dernière goutte !

Et la grenouille gonflait, gonflait !

Comme le fleuve se jetait dans la mer, la grenouille alla jusqu'au bord de la mer, et elle se mit à boire l'eau de la mer, à boire, à boire…, et elle la but jusqu'à la dernière goutte qui était la dernière goutte d'eau de toute la terre. Son ventre, ses pattes, sa tête étaient gorgés d'eau, et même ses yeux, qui devinrent tout globuleux. La petite grenouille était maintenant extraordinaire, gigantesque ; sa tête touchait le ciel !

Les plantes avaient soif, les animaux avaient soif, et les hommes aussi avaient terriblement soif. Alors tous se réunirent pour chercher un moyen de récupérer l'eau de la terre.

« Il faut qu'elle ouvre sa large bouche afin que l'eau rejaillisse sur la terre.

– Si on la fait rire, dit quelqu'un, elle ouvrira la bouche, et l'eau débordera.

– Bonne idée » dirent les autres.

Ils préparèrent alors une grande fête, et les animaux les plus drôles vinrent du monde entier. Les hommes firent les clowns, racontèrent des histoires drôles. En les regardant, les animaux oublièrent qu'ils avaient soif, les enfants aussi. Mais la grenouille ne riait pas, ne souriait même pas. Elle restait impassible, immobile. Les singes firent des acrobaties, des grimaces, dansèrent, firent les pitres. Mais la grenouille ne bougeait pas, ne riait pas, ne faisait même pas l'esquisse d'un sourire.

Tous étaient épuisés, assoiffés, quand arriva une petite créature insignifiante, un petit ver de terre, qui s'approcha de la grenouille. Il se mit à se tortiller, à onduler. La grenouille le regarda étonnée. Le petit ver se démena autant qu'il put. Il fit une minuscule grimace, et…

la grenouille éclata de rire, un rire énorme qui fit trembler tout son corps ! Elle ne pouvait plus s'arrêter de rire, et les eaux débordèrent de sa bouche grande ouverte. L'eau se répandit sur toute la terre, et la grenouille rapetissa, rapetissa.

La vie put recommencer, et la grenouille reprit sa taille de grenouille ordinaire. Elle garda juste ses gros yeux globuleux, en souvenir de cette aventure.

























L'invention des moustiques

Il était une fois, dans une région lointaine du Viêt Nam, un jeune paysan, brave et généreux, prénommé Ngoc Tâm. Il avait une femme très belle et très élégante. Contrairement à son mari, qui était économe et laborieux, elle était paresseuse et adorait le luxe. Malgré cela, Ngoc Tâm aimait son épouse et lui pardonnait tout.

Malheureusement, cette union ne fut que de courte durée, car la jeune femme mourut brutalement un beau matin. Désespéré, Ngoc Tâm ne voulut pas se séparer du corps de son épouse et s'opposa à son ensevelissement.

Après avoir vendu ses biens, il s'embarqua avec le cercueil dans un petit bateau à voile, un sampan, et erra au gré du courant, n'ayant en tête aucune destination précise.Un jour, son sampan l'amena au pied d'une colline verdoyante et parfumée. Descendu à terre, il découvrit un paysage d'une grande beauté avec des fleurs rares et des arbres chargés de fruits variés. Il rencontra soudain un vieillard à la barbiche et aux longs cheveux blancs. Il se dégageait du vieil homme une grande sérénité et une miséricorde étonnante. Ngoc Tâm comprit qu'il avait devant lui un génie des lieux. Il se jeta à ses pieds, l'implorant de rendre la vie à sa femme.

Pris de pitié, le génie lui dit : « Je vais exaucer tes vœux, car ton amour et ta douleur sont sincères. Mais puisses-tu ne pas le regretter plus tard ! » Puis il demanda au paysan d'ouvrir le cercueil, de se couper le bout du doigt et de laisser tomber trois gouttes de sang sur le corps de la défunte. Aussitôt, celle-ci ouvrit les yeux comme si elle sortait d'un long sommeil. Avant de partir, le génie s'adressa à la femme : « N'oublie pas tes devoirs d'épouse. Pense à l'amour que ton époux te porte et à son dévouement. Soyez heureux tous deux. »

Pressé de regagner son foyer, Ngoc Tâm rama jour et nuit. Un soir, il dut accoster pour aller acheter des provisions. Pendant son absence, la grande barque d'un riche marchand vint s'amarrer à côté de la sienne.

Frappé par la beauté de la jeune femme, le marchand entra en conversation avec elle, finit par la séduire et par l'emmener avec lui vers une nouvelle destination. À son retour, Ngoc Tâm, furieux, décida de se lancer à la poursuite du riche marchand.

Il parvint à retrouver ce dernier après de longs mois de recherche. Il retrouva également sa femme et lui proposa de le rejoindre. Habituée à la vie luxueuse que lui offrait le marchand, celle-ci refusa.

D'un coup, le paysan fut guéri de son amour et dit à sa femme : « Tu es libre de me quitter. Mais tu dois me rendre les trois gouttes de sang que j'ai versées sur ton corps pour te ranimer. »

Heureuse de se débarrasser à si bon compte de son stupide mari, elle s'empressa de se piquer le doigt. Mais au moment où le sang commença à couler, elle s'écroula morte.

Toutefois, elle ne pouvait pas se résigner à quitter définitivement ce monde. Elle y revint transformée en un minuscule insecte poursuivant sans relâche Ngoc Tâm, pour lui voler les trois gouttes de sang qui la ramèneraient à la vie humaine. C'est cet insecte que l'on appelle « moustique ».

















L'orphelin aveugle ou la légende du narval

Taqqiq était un jeune garçon inuit, connu dans la région pour sa beauté mais aussi pour sa cécité : en effet, il était devenu aveugle très tôt. Il vivait avec sa petite sœur, Siqiniq. Celle-ci, malgré son jeune âge, savait déjà entretenir la lampe à huile, préparer les peaux et coudre des vêtements chauds et résistants. À la mort de leurs parents, ils avaient été recueillis par leur grand-mère, une vieille femme colérique et méchante, qui estimait que Taqqiq, aveugle, n'était qu'une bouche inutile.

Ils habitaient tous les trois sous un iglou qui, en ce début de printemps ensoleillé, commençait à fondre et menaçait de s'écrouler. Déjà, le sommet gouttelait sur leurs têtes et les parois scintillaient de mille perles d'eau.Une nuit, alors qu'ils dormaient profondément, pelotonnés dans une peau de caribou sur la plate-forme de l'iglou, ils furent réveillés en sursaut par un grognement effrayant. Taqqiq reconnut aussitôt ce bruit : c'était celui de l'ours. Il fallait réagir très vite. La grand-mère attrapa l'arc et la flèche posés près de ses bottes et les donna à Taqqiq :

« Prends cet arc et cette flèche. C'est l'occasion de tuer ton premier ours. Je vais t'aider à viser, tu n'auras qu'à te laisser guider. »

Ainsi fut dit, ainsi fut fait. Le craquement de la glace retentit sous le poids de l'ours, tombé raide mort. Un large sourire illumina le visage de Taqqiq. Aussi fut-il surpris quand sa grand-mère lui dit, feignant d'être très en colère :

« Idiot ! C'est le chien que tu as tué ! Non seulement tu as manqué une proie superbe, mais en plus, tu nous prives de notre meilleur chien de traîneau. Tu n'es vraiment qu'un bon à rien ! »

La grand-mère voulait garder la peau et la viande de l'ours pour elle toute seule. Elle rêvait déjà du pantalon qu'elle pourrait se coudre dans cette grande peau blanche, moelleuse et si chaude. Elle tua le chien et fit cuire sa chair. À chaque repas, elle servait ainsi de la viande de chien à Taqqiq, pendant qu'elle mangeait l'ours avec Siqiniq.

Un soir, Siqiniq réussit à cacher de la viande d'ours sous sa parka et l'offrit en cachette à son frère :

« Tiens, Taqqiq, voilà de la bonne viande d'ours ! »

Taqqiq eut ainsi la preuve qu'il avait bien tué l'ours et que sa grand-mère était une menteuse, égoïste de surcroît. Il décida de se venger.

« Petite sœur, pourrais-tu me guider jusqu'aux falaises, demain matin ?

— Bien sûr, grand frère. »

Le lendemain matin, Siqiniq accompagna Taqqiq près du rivage. Le paysage était magnifique et Siqiniq regrettait que son frère ne puisse pas le voir. Les falaises se reflétaient dans l'eau de la mer. Les derniers blocs de banquise dérivaient doucement le long de la côte. Quelques oiseaux s'y posaient de temps à autre. D'autres plongeaient à pic des sommets rocheux vers la mer, dans un brouhaha joyeux de cris auxquels les falaises répondaient en écho. Taqqiq percevait cette effervescence autour de lui et aurait été tellement heureux de voir enfin le soleil qui réchauffait son visage et les oiseaux qui piaillaient dans les falaises.

« Merci, petite sœur, de m'avoir accompagné jusqu'ici. Laisse-moi seul maintenant. Tu peux rentrer au campement.

— Mais comment feras-tu pour revenir ?

— Je me débrouillerai. Ne t'inquiète pas. »

Siqiniq prit le chemin du retour, laissant son frère seul, assis sur un rocher.

Quand Siqiniq eut disparu derrière la colline, Taqqiq appela le plongeon arctique qu'il sentait voler tout près de lui :

« Bonjour, plongeon. Les aînés disent que tu as des pouvoirs et que tu peux redonner la vue. Est-ce vrai ?

— Oui, c'est vrai. Mais cela exige beaucoup de courage.

— Je suis prêt. »

Le plongeon prit Taqqiq entre ses pattes et le plongea une première fois dans l'eau glacée de la mer. Taqqiq ressortit immédiatement la tête de l'eau : le froid lui brûlait les tempes. Il reprit ses esprits et découvrit qu'il percevait un peu de lumière.

Mais aussitôt, l'oiseau lui replongea la tête sous l'eau. Cette fois, Taqqiq réussit à rester un peu plus longtemps immergé, en apnée. Et quand il remonta pour respirer, il vit des formes, autour de lui.

Une troisième fois, l'oiseau lui plongea la tête dans l'eau tellement longtemps que Taqqiq eut peur de se noyer. Lorsque le plongeon lâcha prise, le garçon revint enfin à la surface. Il put alors distinguer les oisillons qui prenaient leur premier envol, tout en haut, au sommet des falaises. Ébloui par tout ce qu'il découvrait, il remercia le plongeon et prit le chemin du campement. Il était si heureux qu'il sautillait d'un rocher à l'autre. Lui qui avait toujours marché prudemment, à tâtons pour ne pas tomber, il pouvait maintenant jouer comme les autres enfants.

À l'approche de l'iglou, il ralentit son allure et reprit sa démarche hésitante. Personne ne devait savoir qu'il voyait de nouveau. La vie reprit son cours normal. La grand-mère continuait de brimer Taqqiq et celui-ci se demandait comment se venger. L'occasion rêvée arriva bientôt.

Un matin, Taqqiq fut réveillé brutalement par sa grand-mère :

« Dépêche-toi flemmard ! Tu n'entends pas tout ce bruit autour de toi ? Les bélugas sont arrivés ! Il ne faut pas rater cette occasion ! Enfile ton pantalon et ta parka, et prends le harpon. Nous partons ! Espérons que nous pourrons au moins en attraper un petit… »

Quand ils arrivèrent sur la plage, la grand-mère enroula la corde du harpon autour de ses hanches :

« Je vais t'aider à hisser le béluga hors de l'eau quand tu l'auras harponné. Mais comme je ne suis pas assez forte pour retenir un béluga adulte, il faut que tu en harponnes un petit. Laisse moi guider ton bras vers le jeune béluga que j'aperçois là-bas. Voilà. Tire maintenant ! »

Mais plutôt que de choisir la petite baleine, Taqqiq lança son harpon vers un énorme mâle. La pointe se ficha solidement dans la chair de l'animal, qui, sous l'effet de la douleur, se mit à nager encore plus vite.

La grand-mère n'eut pas le temps de se dégager de la lanière du harpon. Entraînée par le béluga, elle tomba dans la mer et fut emportée au loin, dans le sillage de l'animal.

Le jeune garçon lui cria : « Toi qui as gardé la viande de l'ours pour toi seule, garde aussi celle-ci ! »

La vieille femme réapparaissait de temps en temps à la surface et, avant qu'elle disparaisse définitivement, les enfants eurent juste le temps de voir ses cheveux se torsader et se figer en une longue défense d'ivoire.

C'est ainsi que la méchante grand-mère s'est transformée en narval.

















La branche morte

Dans une île se dressait une haute montagne dont les flancs étaient recouverts d'une épaisse forêt. Au sommet de la montagne, une somptueuse demeure abritait des diables qui, lorsqu'ils se promenaient dans la forêt, en chassaient les hommes qu'ils croisaient.

Il y a bien longtemps, neuf de ces diables descendirent la montagne et explorèrent le bord de la mer. Ils virent une barque sur la plage et décidèrent de prendre la mer.


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