Excerpt for Joue-moi du Chopin by , available in its entirety at Smashwords

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Joue-Moi

du Chopin





Max Vos





2017


SUR LE LIVRE QUE VOUS AVEZ ACHETÉ


Cette histoire est une œuvre de fiction. Les noms, les personnages, les lieux et les situations sont soit le produit de l'imagination de l'auteur, ou sont utilisés fictivement pour favoriser l'intrigue dans cette histoire. Toute ressemblance avec des personnes réelles, vivantes ou décédées, des établissements commerciaux, des événements ou des lieux est purement fortuite.


Couverture : A. J. Corza

Site : www.ajcorza.com

Le contenu de la couverture est fait à titre indicatif seulement et toutes les personnes figurant sur la couverture sont des modèles.


Traduction de l’anglais par Bénédicte Girault

Relectures et corrections : Clotilde Marzek-Boulée et Yvette Petek

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Play Chopin for Me

Copyright © 2017 Max Vos

www.maxvos.com



DÉDICACE


Ce roman est dédié à tous mes lecteurs français

Avec tout mon amour,

Max




CHAPITRE UN



Dale toqua à la porte de l’appartement de sa petite sœur et patienta. Il frappa à nouveau, posant son front contre le panneau. Lorsqu’elle ne répondit pas, il cogna encore plus fort, davantage par frustration que pour toute autre raison. Quand Chrissie ouvrit soudain la porte, il tomba en avant, manquant de peu de la renverser.

— C’est quoi ce bordel, Dale ? demanda-t-elle après avoir retrouvé son équilibre. Sais-tu quelle heure il est ?

— En fait, non, je n’en sais rien.

Il la referma derrière lui.

— Que portes-tu ?

Chrissie examina son frère d’un œil tout en frottant l’autre de la paume de sa main.

— Et tu n’as toujours pas dit pourquoi diable tu es ici.

— Tout a disparu. Tout.

Dale fixa sa sœur. Ses cheveux étaient ébouriffés et partaient dans tous les sens, son mascara avait coulé, lui donnant l’apparence d’un raton-laveur.

— Que t’est-il arrivé ?

Chrissie tourna le dos à son frère, marchant vers la cuisine.

— J’ai besoin de café.

Dale la suivit.

— J’ai besoin d’une boisson forte.

— Vas-tu me dire ce que tu fais ici ?

Elle commença à remplir la cafetière d’eau.

— Et qu’est-ce qui a disparu ?

Dale se couvrit le visage de ses mains et gémit.

— Tout. Le restaurant, mon appartement, tout…

Chrissie se retourna pour dévisager son frère, le pot toujours à la main, l’eau débordant désormais.

— Explique ce que tu veux dire par « disparu » ?

— Parti. En fumée, grogna Dale. Il ne reste plus rien.

Chrissie se tenait là, bouche bée.

— Quoi ?

Elle reposa la carafe en verre dans l’évier après avoir coupé l’eau.

— Tout ?

— Ouais, c’est une perte totale.

Il la regarda à nouveau.

— C’est ce que le chef des pompiers a déclaré. Ils considèrent que l’incendie a tout détruit.

— Mais… comment ?

— Nous ne savons pas encore ce qui l’a déclenché. Ils enquêtent toujours.

Dale ferma les yeux.

— Que vais-je faire ?

Chrissie s’approcha de son grand frère et enroula ses bras autour de lui.

— Nous trouverons une solution. Premièrement, je vais te servir ce verre. Puis nous irons nous asseoir et planifierons la marche à suivre.

Dale regarda sa sœur sortir un verre et une bouteille de whisky, les poser sur le comptoir déjà surchargé de la cuisine.

— Cela te dérangerait-il que je squatte ton canapé pendant quelques jours, le temps que je trouve une solution ? demanda-t-il en se servant.

Chrissie étant revenue à sa préparation du café, lui jeta un coup d’œil par-dessus son épaule et fronça les sourcils.

— Je ne peux pas croire que tu aies demandé ça. Bien entendu que tu peux ! Pourquoi portes-tu ce stupide imperméable ?

Dale frissonna légèrement tandis qu’il avalait une bonne gorgée d’alcool.

— Parce que, tout ce que je porte en dessous, c’est un caleçon. Bordel, j’ai eu de la chance d’attraper mes baskets. Un des pompiers a été assez aimable pour me prêter ce vêtement afin que je ne sois pas arrêté pour attentat à la pudeur.

Chrissie gloussa.

— C’était très gentil de sa part. Je suppose que cela signifie que je vais devoir t’emmener faire du shopping.

Dale se versa un autre verre.

— Oh, putain !

— Ouais, tu vas devoir subir ce relookage que tu le veuilles ou non.

Chrissie prit son frère par le bras.

— Assieds-toi ici et je vais chercher un carnet et un crayon, afin de dresser une liste de ce que nous devons faire.

Dale s’assit sur le petit coin de verre qui recouvrait la table de la salle à manger.

— C’est impossible ! Cela ne peut pas arriver !

Il posa ses coudes sur la table et se prit la tête entre les mains.

Elle revint, après avoir passé son peignoir, avec son ordinateur portable et un papier sur lequel écrire.

— Nous allons nous en sortir. Maintenant, première chose…

Elle alla à la cuisine et se versa du café.

Dale ne put s’empêcher de remarquer que même sa tasse était rose.

— Possèdes-tu au moins une chose qui n’est pas rose ?

Chrissie s’arrêta net dans son élan.

— Quoi ? Tu n’aimes pas le rose ?

— Le rose est très bien… mais tout avoir en rose ? Tu portes toujours quelque chose de rose. Ton appartement et ta voiture sont roses.

Dale secoua la tête.

— J’ai l’impression de me retrouver piégé dans une bouteille de Pepto Bismol.

Chrissie roula des yeux.

— Le rose est ma couleur, clama-t-elle avec un faux accent du sud.

Cette fois, ce fut au tour de Dale de lever les yeux au ciel avant d’avaler un autre verre de whisky.

— D’accord, éloignons ça de toi, déclara Chrissie, poussant la bouteille à l’autre extrémité de la table. Je ne peux pas t’emmener faire du shopping si tu es complètement bourré.

— Mais je veux me saouler, grogna Dale.

— D’accord, mais cela devra attendre.

Elle tira son carnet vers elle.

— Nous devons appeler la compagnie d’assurance. As-tu…

Elle arrêta d’écrire.

— Bien, je suppose que tu n’as aucune information concernant ton assurance ? Sais-tu au moins chez qui tu es ?

— Bien sûr que je le sais !

Il donna à sa sœur le nom de la compagnie d’assurance et celui de son agent. Il tendit la main vers la bouteille de whisky, mais elle la gifla au passage.

— Pas maintenant. Après que nous ayons appelé…

Elle lança un coup d’œil à la cuisinière, par-dessus l’épaule de Dale.

— Il est juste un peu plus de sept heures. Nous essaierons d’appeler vers huit heures. Ils devraient être ouverts alors.

Elle se tourna vers son frère et lui tendit une main.

— Allez, Dale, ça va s’arranger.

— Oh, bordel de merde ! gémit Dale.

— Puis, nous irons te chercher quelques tenues.

Elle gloussa, essayant manifestement d’améliorer son humeur du mieux qu’elle pouvait.

— Si tu continues de traîner en imperméable, les gens vont commencer à croire que tu es une sorte de pervers.

Dale leva les yeux.

— Très drôle !

— Oh, allez… En fait, nous devons nous amuser un peu.

Elle s’arrêta, puis fronça les sourcils.

— Très bien, j’ai un cours que je ne peux pas manquer aujourd’hui. C’est à dix heures. Nous pourrons passer quelques appels téléphoniques avant que je parte. Puis, nous irons faire des courses !

Dale dévisagea sa sœur avec un regard vide.

— Tue-moi tout de suite ! Tu sais que je déteste faire du shopping, en particulier pour des vêtements.

— Veux-tu bien arrêter ?

Chrissie roula des yeux.

— Laisse-moi allumer mon ordinateur portable pour que je puisse trouver le numéro de l’agent d’assurance et voir comment se passent les ventes.

— Très bien, tu n’as qu’à faire ça.

Dès que Chrissie se concentra sur son ordinateur, Dale attrapa la bouteille et prit une longue gorgée.

— C’est un tel cauchemar…

Il but un peu plus.

— Pose ça ! lança-t-elle après avoir relevé les yeux de son écran. Quel est le nom de ton agent déjà ?

— Allison Trent, répondit Dale avant de reprendre la bouteille.

Chrissie la lui arracha des mains.

— Je te jure que si tu en bois une gorgée de plus, je vais la vider.

Elle le fusilla du regard.

— Je le pense.

Dale gémit à nouveau et posa son front sur le verre de la table.

— Laisse-moi jeter un coup d’œil là-dessus.

Chrissie étudia l’écran de son ordinateur.

— Oh, je viens juste de trouver un numéro d’urgence. As-tu ton… bien sûr que non. Je vais chercher le mien.

Elle se leva et prit la bouteille de whisky avec elle, lançant un regard noir à Dale avant de partir à la recherche de son téléphone portable.

Elle revint un instant plus tard avec l’appareil, mais sans le whisky.

— Allons-y. Je vais mettre sur haut-parleur pour que nous puissions entendre tous les deux.

Le téléphone sonna une fois, puis une voix chantante les salua, puis énonça la phrase publicitaire de la compagnie.

— … vous êtes entre de bonnes mains. En quoi puis-je vous aider ?

— Bonjour, je suis ici, avec mon frère qui est un de vos clients et dont le restaurant et l’appartement viennent juste… eh bien, de partir en fumée, déclara Chrissie, se penchant vers le téléphone.

— Oh, c’est terrible !

La voix émit un petit son empli de sympathie, du moins, le pensa Dale.

— Avez-vous le numéro de votre police d’assurance ?

— Non, je n’ai rien du tout et je veux dire, vraiment plus rien du tout, intervint Dale.

— Bon. Pouvez-vous me donner votre nom complet, s’il vous plaît ? Je vais chercher votre dossier.

— Bien sûr. Dale Sean Lusk, répondit-il avant de soupirer.

— L’adresse, s’il vous plaît…

Dale pouvait entendre au loin, l’employée taper sur son clavier. Il lui donna le renseignement ainsi que les quatre derniers chiffres de son numéro de sécurité sociale pour vérifier son identité pour « à des fins de sécurité ».

— Très bien, j’ai trouvé votre dossier. Votre agent est Lizbeth Reynolds. Laissez-moi voir si elle est déjà arrivée. Êtes-vous d’accord pour que je vous mette en attente un instant ?

Chrissie jeta un bref coup d’œil à son frère et répondit.

— Bien sûr !

Quand le morceau de musique classique préenregistré commença à se faire entendre, Dale l’imita.

— Je suis tout à fait certain que cette Alison était mon agent. J’ai… j’avais sa carte. Je l’ai rencontrée. Elle est même venue au restaurant à plusieurs reprises pour dîner.

— Nous allons élucider tout ça, déclara Chrissie. Au moins, nous avons quelqu’un avec qui commencer à monter ton dossier.

— Je suppose…

Il soupira encore une fois.

— Je suis désolée, mais Lizbeth n’est pas encore arrivée, reprit la voix joyeuse en revenant en ligne. Je lui ai laissé un message afin qu’elle vous contacte. Les numéros sont-ils les mêmes que sur la police ?

— Non, espèce d’idiote ! explosa Dale. Je porte un caleçon, des tennis et un foutu imperméable ! C’est tout ce que j’ai, avec mon nom. Et je croyais qu’Allison Trent était mon agent.

— Allison ne fait plus partie de la société. Je suis désolée.

— Tenez, utilisez mon numéro, intervint rapidement Chrissie, récitant les chiffres, de manière claire en fixant Dale, tout le temps. Je suis désolée, mais mon frère est un peu à cran.

— Je suis vraiment navrée. Je comprends, répondit la femme de l’assurance. Dès que Lizbeth arrivera, je m’assurerai qu’elle vous appelle. Pendant ce temps, je vais entamer les démarches afin de remplir les papiers pour la déclaration de sinistre. Je suis certaine que nous pourrons vous envoyer un expert dès aujourd’hui.

— Merci, répondit Chrissie. Passez une bonne journée.

Elle raccrocha rapidement.

Chrissie se leva et se versa une nouvelle tasse de café, en apportant une autre pour son frère également.

— Tu dois tenir le coup, Dale.

Il fronça les sourcils devant le breuvage qu’elle posa devant lui.

— Je vais essayer.

Chrissie renoua la ceinture de son peignoir moelleux avant de reprendre sa place.

— Maintenant… voyons ce qu’il en est des ventes.

Elle appuya sur quelques touches, puis leva les yeux.

— Oh… as-tu un peu d’argent ?

— Ouais, à la banque. Mais je n’ai aucun moyen de prouver mon identité.

Dale prit la tasse de café à contrecœur.

— As-tu une banque en ligne ?

— Ouais, répondit-il, soufflant sur sa boisson.

— Cool. Et pour PayPal ?

— Aussi.

— Parfait.

Elle claqua des mains.

— Tu peux m’envoyer de l’argent sur mon compte PayPal et je te donnerai du liquide.

— Bonne idée. Je possède également un compte professionnel chez eux. Je me demande si je peux leur demander de m’envoyer une nouvelle carte sans avoir à produire une pièce d’identité ?

— C’est excellent. Laisse-moi chercher un numéro et tu pourras les appeler.

Chrissie appuya sur de nouvelles touches.

— Oh, tu vas devoir signer afin de pouvoir le faire. Ici…

Elle poussa l’ordinateur vers lui.

— Pendant que tu t’occupes de ça, je vais prendre une douche rapide.

Dale rapprocha l’ordinateur, et s’identifia. Après avoir terminé avec cette partie, il se connecta à sa Dropbox et commença à envoyer des mails à ses fournisseurs, leur expliquant ce qui s’était passé et annula les commandes du restaurant.

— Comment t’en sors-tu ? demanda Chrissie en entrant dans la pièce.

Dale leva les yeux.

— Wow…

— Tu aimes ?

Elle fit une petite pirouette.

— Ouais, tu es superbe, répondit-il. Cela ne t’a pas pris longtemps.

Chrissie lissa la petite robe blanche moulante, montrant ses courbes.

— Je suis une routine désormais.

Elle ajusta le foulard rose qui était noué autour de son cou.

— Tu me rappelles Marilyn Monroe, déclara Dale.

— Merci. C’est exactement l’effet recherché.

Elle se versa une nouvelle tasse de café.

— Qu’as-tu fait ? demanda-t-elle, s’appuyant contre le chambranle de la cuisine.

— Je t’ai envoyé de l’argent et PayPal te fait parvenir une nouvelle carte à ton adresse.

Il repoussa l’ordinateur loin de lui.

— Je me suis également occupé de certaines de mes affaires professionnelles, afin de ne pas avoir de livraisons de marchandises.

— Oh, c’est excellent !

Chrissie vida le reste de son breuvage dans le drain.

— Heureusement pour toi, il y a des tonnes de ventes le jour de la fête des Pères. Mais j’ai le sentiment que nous pourrions avoir à en arrêter une. Au moins pour aujourd’hui.

Elle sourit tendrement à son frère.

— Je vais avoir pitié de toi cette fois.

— Oh, quelle joie !

Dale ferma les yeux un instant.

— Très bien. Il ne me reste pas beaucoup de choix de toute façon, n’est-ce pas ?

— Nan.

Chrissie attrapa un petit sac à main rose, une sacoche et ses clefs de voiture.

— Je devrais être de retour aux alentours de onze heures trente. Tiens-toi prêt.

— Oui, madame.


*****


— Que veux-tu dire ? Tu déménages ? demanda Albert Borkowski, restant bouche bée.

— Je suis désolé, Al, mais je ne peux rien y faire, répondit Mark, continuant d’emballer ses affaires. Mes parents ont besoin de moi. Ma mère m’a indiqué que la crise a été grave et qu’elle laisse mon père dans un sale état. Je dois y aller.

— Je suis désolé pour ton père.

Al retira ses lunettes et se frotta les yeux, avec frustration.

— Cela ne me laisse pas beaucoup de préavis cependant.

— Hey, au moins, tu as trois semaines pour trouver un autre colocataire avant que le loyer ne soit dû.

Mark souleva un autre carton.

— Mais la fin du semestre arrive à grands pas. Ce sera difficile de trouver quelqu’un à cette époque de l’année.

Al fronça les sourcils alors qu’il regardait son désormais ex-colocataire empaqueter ses affaires.

— Qu’aurais-tu voulu que je fasse ?

Mark ne le regarda même pas tandis qu’il continuait de ranger ses possessions.

— Penses-tu pouvoir revenir ?

Al tentait de se raccrocher aux branches désormais et il le savait.

Marc se redressa.

— J’en doute beaucoup. Ma mère ne m’aurait pas demandé de rentrer à la maison s’il me restait une chance. Peut-être l’année prochaine, je n’en suis même pas certain.

Mark retourna à ce qu’il faisait.

— Je te le ferai savoir.

Al faisait les cent pas dans sa salle de sport pendant que Mark déposait toutes ses affaires dans son vieux camion, un véhicule de seconde main, devina-t-il. Merde ! Qu’est-ce que je vais faire maintenant ? Il entendit le bruit d’un léger coup sur la porte. C’était Marc, tenant les clefs de la maison dans sa main.

— Au revoir, Al. Je suis désolé de te mettre dans une situation pareille. Au moins, les factures sont payées pour les trois prochaines semaines, fit Mark, s’excusant de nouveau.

— Je le suis aussi, Mark.

Al lui serra la main avant de le suivre dehors.

— J’espère que tout s’arrangera pour ton père.

— Merci. J’apprécie.

Mark lutta pour enclencher la première vitesse.

— Bonne chance pour le récital.

— Merci. Sois prudent.

— Je le serai.

Mark s’éloigna du trottoir, laissant Al debout sur le porche.

— Que vais-je dire à grand-mère ? Elle ne sera pas ravie, fit Al à voix haute.

Une femme qui passait, promenant son petit chien, lui lança un regard étrange. Al leva les yeux vers les maisons qui se trouvaient sur le trottoir d’en face. Elles étaient identiques les unes aux autres dans cette rue. Il referma la porte d’entrée en soupirant.




CHAPITRE DEUX



Al agrafa le dernier des tracts, dans le but de trouver un nouveau colocataire, sur le tableau d’affichage d’une autre école. Je vais certainement recevoir au moins une réponse positive après avoir déposé au moins dix de ces annonces.

En soupirant, Al lut la publication.

Recherche un colocataire masculin pour un appartement avec deux chambres dans l’Upper East Side. La pièce est meublée. 1 500 dollars, charges comprises.

Chaque dépliant indiquait son numéro de téléphone sur une petite étiquette que l’on pouvait déchirer en bas de la page. Il jeta un coup d’œil à sa montre. Il avait encore quinze minutes pour se rendre à sa répétition.


*****


Dale se regarda dans le miroir après s’être douché. Il frotta son visage mal rasé, ayant refusé d’utiliser le rasoir rose pour femme que Chrissie avait laissé dans la douche. Se penchant plus près, il examina les cernes foncés sous ses yeux.

— Wow ! Tu as une sale tronche !

Avec son index, il frotta du dentifrice sur ses dents, puis se gargarisa avec le rince-bouche que sa sœur avait déposé sur le meuble à côté du lavabo. En soupirant, il ramassa son caleçon noir, qu’il tourna à l’envers. Il l’enfila en secouant la tête.

— Dale, je suis de retour ! annonça la voix de Chrissie, étouffée par la porte fermée de la salle de bain. Où es-tu ?

Il ouvrit le battant et sortit pour la rejoindre.

— Je viens de prendre une douche. J’espère que cela ne te dérange pas.

— Bien sûr que non…

Chrissie s’arrêta afin d’examiner attentivement son frère qui se tenait là, uniquement vêtu de son caleçon, les cheveux encore humides.

— Je…

Elle secoua légèrement la tête.

— Je ne comprends toujours pas comment cela se fait qu’un gars sexy ne t’ait pas encore mis le grappin dessus. Dale, tu es en pleine forme, surtout pour ton âge.

— Que veux-tu dire par « mon âge » ?

Dale lui lança un regard noir.

— Je ne suis pas beaucoup plus âgé que toi, et trente-et-un ans, ce n’est pas vraiment vieux. N’aurais-tu pas… un autre peignoir ou quelque chose que je pourrais mettre ? Peut-être un vêtement qui n’est pas rose ?

— Comme si j’avais une tenue qui pourrait t’aller. Cependant, je t’ai acheté quelques petites choses.

Chrissie leva un sac en papier marron.

— Je pense qu’elles seront à ta taille. Je ne peux pas te laisser traîner dans le coin avec ce stupide imperméable, tu risquerais d’effrayer de jeunes enfants.

Elle lança le sac à son frère. Dale gémit en l’attrapant. Il jeta un coup d’œil prudent, un froncement de sourcils plissant son front. Retournant le sac sur le lit, il vida son contenu. Il saisit un morceau de tissu, entre son pouce et son index et l’examina.

— Wow ! Ce n’est pas franchement moche.

— Pfff… Merci !

Chrissie se tint à côté de lui, les mains posées sur les hanches.

— On m’a toujours dit que j’ai très bon goût.

Dale leva la chemisette des deux mains.

— Ce n’est pas une couleur que j’aurais normalement choisie.

— C’est un magnifique bleu céruléen qui accentuera la couleur de tes yeux.

Chrissie sortit un bermuda kaki et le posa à côté de la chemise.

— C’est simple, mais assez beau pour aller faire des courses. Très basique, mais joli quand même.

Dale enfila le polo.

— Et ça me va… à peu près. Un peu trop moulant, tu ne trouves pas ?

Chrissie roula des yeux et secoua la tête en même temps.

— Non, en fait, il te va parfaitement. Tu portes toujours des vêtements qui sont trop grands pour toi. On dirait que tu es habillé d’un sac à patates. Tiens, enfile le bermuda. J’ai dû deviner ta taille.

Dale mit le vêtement.

— Il est parfait.

Il leva les yeux en souriant à sa sœur qui ne l’imita pas.

— Il est trop grand.

— Non, il me va très bien, déclara Dale, glissant ses mains dans ses poches. J’ai juste besoin d’une ceinture.

— Nous t’en prendrons une quand nous serons dehors.

Chrissie pinça la ceinture du bermuda.

— Tu vois, fit-elle catégoriquement. Il est trop grand.

— J’aime bien.

Il fronça les sourcils en fixant sa sœur.

— Dale, il est trop grand. Tourne-toi, ordonna-t-elle.

Il fit ce qu’elle demandait.

— On dirait que tu n’as pas de fesses.

Elle tira sur le haut du bermuda, le serrant.

— Tu as un joli petit cul. Tu dois le montrer.

— Laisse mon derrière en dehors de tout ça.

Il fit demi-tour.

— Pourquoi est-ce que je n’ai qu’un seul frère homosexuel et qu’il semble incapable de savoir s’habiller ?

Chrissie ramassa son sac à main qu’elle avait posé à côté du lit.

— J’ai autre chose pour toi.

— J’ai peur.

Dale s’assit pour mettre ses chaussures.

— Tiens…

Elle lui tendit un petit bout de papier.

Dale le prit et le regarda, trouvant un alignement de chiffres.

— Euh… d’accord. C’est un numéro de téléphone. Que suis-je censé faire avec ça ?

— J’allais entrer en cours quand j’ai vu un gars que je connais vaguement poser une affiche. Il est à la recherche d’un colocataire.

Chrissie referma son sac en cuir verni rose en souriant.

— Euh… non.

Dale lui rendit le morceau de papier.

— Je suis trop vieux pour avoir un colocataire en âge d’aller à l’université.

— Il est probablement aussi vieux que toi. Il s’appelle Al Borkowski. Il est en maîtrise. Al est une sorte de savant. Je ne le connais pas très bien, mais ce que je sais, c’est qu’il est brillant. Il a remporté un prix fameux il y a quelques années.

Chrissie le força à reprendre le bout de papier.

— Tu as besoin d’un endroit pour vivre. Mon appartement est trop petit pour moi, sans parler de nous deux. D’ailleurs, tu n’arriveras jamais à dormir sur mon canapé minuscule.

Dale ferma les yeux.

— Tu as raison. Je suppose que je peux au moins appeler le gars.

— Bien.

Chrissie se pencha en avant et embrassa le front de son frère.

— Il sera en cours la plupart de la journée ou en répétition. J’ai entendu dire qu’il accompagnait un stupide ténor au même récital auquel je participe.

Dale ne put s’empêcher de rire.

— Jalouse ? N’avais-tu pas d’autres cours aujourd’hui ?

Chrissie ricana.

— En effet, mais ils ne sont pas importants. Je suis tellement en avance dans les deux que ce n’est même pas drôle. D’ailleurs, nous devons prendre soin de ceci et c’est une priorité.

Elle jeta un coup d’œil à sa montre.

— Nous devons y aller maintenant. Nous avons beaucoup à faire et je dois travailler ce soir, alors, bouge-toi.

— Travailler ?

Dale se leva et suivit Chrissie dans son petit salon.

— Je ne savais pas que tu avais un emploi. Depuis quand ?

— Depuis toujours. C’est juste que toi, tu bossais de nuit, en même temps que moi.

Elle attrapa ses clefs pour verrouiller la porte de l’appartement.

— Viens, allons nous occuper de ça.

— Où allons-nous et où as-tu travaillé ? demanda Dale, la regardant ranger les clefs dans son sac.

— Nous irons chez Nordstrom pour commencer. J’ai un ami là-bas. Et je me suis branchée avec un groupe de jazz et de blues. Nous avons donné des concerts dans toute la ville et à plusieurs fêtes privées. La paie est plutôt bonne également.

Chrissie passa son bras sous celui de Dale.

— Je ne peux pas me permettre d’aller chez Nordstrom. Es-tu folle ?

Dale s’arrêta net.

— Je n’ai plus de rentrées d’argent, tu sais ?

— Ouais, ouais. Tu n’as jamais fait du shopping avec moi, alors tais-toi. Je sais ce que je fais.

Ils atteignirent le bout de la rue où Chrissie se tint au bord du trottoir avant de lever une main. En l’espace de quelques secondes, elle arrêta un taxi.


*****


Jonathan, voici mon frère, Dale Lusk.

Chrissie accepta les baisers sur chacune de ses joues.

— Dale, voici Jonathan K. Dornan, un bon ami, très classe et qui a le meilleur œil que tu pourrais trouver. Écoute-le et tu n’as pas intérêt à me mettre dans l’embarras.

Dale grinça des dents.

— Enchanté de vous connaître, Jonathan, dit-il, serrant sa main.

Il devait admettre que l’homme, qui avait peut-être dix ans de plus que lui, avait l’air vraiment incroyable.

— C’est agréable de vous rencontrer également, Dale.

Il s’inclina rapidement, serrant sa main.

— Tout ce que je peux faire pour notre bel oiseau est un véritable plaisir.

Il dévisagea Dale de la tête aux pieds.

— En quoi puis-je vous aider ?

— Oh, Jonathan, c’est vraiment affreux.

Chrissie prit son bras.

— Mon pauvre frère vient juste de perdre sa société et son appartement dans une horrible tragédie. Tout ce qu’il possédait a été réduit en cendres.

Dale ferma les yeux un instant tandis qu’il écoutait sa sœur, dont la voix dégoulinait de suavité. Oh, mon Dieu, c’est la plus grande drama queen du monde ou quoi ? Il les suivit tous deux dans ce qui ressemblait à une salle d’essayage, avec une petite estrade au milieu, cernée de miroirs.

— Oh, mon Dieu ! fit Jonathan. C’est tout simplement horrible !

Il se tourna pour dévisager Dale, affichant une expression pleine de pitié.

— Vous êtes venu au bon endroit. Nous allons vous rhabiller en un rien de temps.

Les entrailles de Dale se crispèrent, et pas dans le bon sens. L’homme, manifestement gay, l’étudia à nouveau de la tête aux pieds.

— Oh, et Jonathan… il a un budget serré, alors faites travailler votre magie pour moi, s’il vous plaît.

Chrissie arborait cette moue qui faisait fondre la plupart des hommes et rendait Dale complètement fou.

— J’ai juste besoin…

Dale se racla la gorge.

— J’ai juste besoin de quelques tenues pour me dépanner.

Chrissie adressa à son frère un bref regard noir.

— Très bien, alors. Je vais faire quelques emplettes pour moi et vous laisse tranquille tous les deux.

Elle se dressa sur la pointe des pieds et embrassa la joue de son frère.

— Comporte-toi bien et fais tout ce que Jonathan te demandera.

Elle inclina légèrement la tête vers le côté, les yeux plissés.

— Oui, madame.

Dale secoua imperceptiblement la tête.

— Je suis foutu.

— Ridicule !

Chrissie lui adressa un sourire.

— Essaie s’il te plaît et passe un bon moment. Pour moi ?

Dale soupira longuement.

— Je vais essayer.

— Très bien, amusez-vous bien.

Les deux hommes regardèrent la jolie jeune femme sortir de la pièce.

— Je pense qu’elle est ce que les hétérosexuels appellent « un joli petit lot » déclara Jonathan, un grand sourire aux lèvres.

Il ramena son attention sur Dale.

— Maintenant, pouvons-nous commencer ?

Dale devait sourire.

— C’est un sacré personnage. Euh… ouais… bien sûr. Je ne sais même pas par où commencer.

— Puis-je vous demander ce que vous faites pour vivre ?

Jonathan glissa une main dans la poche de sa veste et en sortit un mètre ruban, un petit carnet et un crayon.

— Je suis un chef. J’ai… j’avais mon propre restaurant, répondit Dale.

— Écartez les bras, s’il vous plaît.

Jonathan commença à prendre ses mesures.

— C’est très intéressant. Je suis désolé de ce qui vous est arrivé. Cependant, cela signifie que vous n’avez pas besoin de vêtements pour travailler ?

— Non. Généralement, je porte un jean et ma veste de chef.

— Cela simplifiera les choses, alors.

Jonathan mesura la poitrine de Dale, puis son cou, notant le tout sur son petit carnet.

— À quoi passez-vous le reste de votre temps ? Quand vous n’êtes pas au travail, je veux dire ?

— D’habitude, je vais faire du sport. Cela m’aide à soulager le stress.

Dale réfléchit une minute.

— Je travaille beaucoup. Je suppose que je ne fais pas grand-chose d’autre.

Jonathan s’arrêta un instant.

— Vous n’allez pas dans des clubs, des bars ou au cinéma ?

Dale secoua la tête.

— Quand vous possédez un restaurant, c’est comme un mariage. Vous n’avez pas beaucoup de temps pour autre chose. Vous devez l’aimer ou il n’aura aucun succès.

— Je vois.

Jonathan fronçait les sourcils.

— Je suis un peu perdu. J’essaie de deviner ce que vous portez au jour le jour.

Dale haussa les épaules.

— Essentiellement des jeans et un tee-shirt quand il fait chaud, et c’est toujours le cas dans une cuisine. Sinon, c’est juste des sweat-shirts et des jeans. Éventuellement des shorts quand il fait beau dehors et que je vais faire des courses. C’est à peu près tout.

Jonathan s’éloigna de Dale, posant les mains sur ses hanches.

— Si je vous proposais uniquement des tee-shirts et des jeans, votre sœur me couperait les couilles.

Dale ne put s’empêcher de rire.

— Ouais, vous êtes dans une situation difficile.

— Je ne pense pas que vous m’aidiez beaucoup non plus.

Il avait vraiment le visage plissé à présent.

— Très bien. Pourquoi n’essaierions-nous pas quelque chose de simple et de basique pour commencer ? Je ne suis vraiment pas doué pour ce genre de truc, donc je vais devoir vous faire confiance.

Dale commençait à se sentir désolé pour le gars. Il n’avait jamais réalisé à quel point sa vie était ennuyeuse.

Jonathan sourit légèrement.

— Marché conclu. Je vais préparer quelques tenues et nous verrons à partir de là. Il y a du café, de l’eau et autres boissons. Pourquoi ne pas vous rafraîchir avant que je commence ?

— Du café serait parfait. Noir, s’il vous plaît.

— Prenez un siège.

Jonathan indiqua un fauteuil installé sur le côté de la pièce.

— Je vous amène du café.

Dale s’assit, sirotant son breuvage brûlant, seul dans la salle d’essayage. Il se sentait perdu sans son portable, sur lequel il aurait vérifié où en étaient les livraisons, envoyant des messages à son sous-chef, ou simplement pour contrôler que tout se passait bien au restaurant. Merde, je n’ai vraiment aucune vie !





CHAPITRE TROIS



— Comment va mon frère préféré ? demanda Chrissie, entrant dans la pièce comme une brise fraîche de printemps, avec plusieurs sacs à ses bras, son sac à main rose verni pendant à son épaule.

— Tu n’as qu’un seul frère : moi, se moqua Dale, parlant derrière un rideau d’une cabine d’essayage.

— Votre frère a fait de ceci une expérience que je n’oublierai pas de sitôt, ma chère.

Jonathan embrassa les deux joues de Chrissie.

— Cela m’a amené à redéfinir ma définition de l’homme hétérosexuel moderne.

Le regard de Chrissie passa de Jonathan à son frère, qui lui lança un clin d’œil par-dessus la porte de la petite cabine en gloussant.

— Mais Jonathan… Dale n’est pas hétéro.

Jonathan resta bouche bée.

— Eh bien… Je suppose que mon gaydar a besoin de quelques ajustements. Je n’aurais jamais deviné.

— La pauvre petite chose ne sort jamais.

Chrissie mordilla sa lèvre inférieure.

— Tout ce qu’il fait, c’est travailler, mais il a toujours été comme ça, ajouta-t-elle en tapotant le bras de Jonathan. Je suis impatiente de voir ce que vous avez réussi à lui trouver.

Dale sortit de la cabine, portant un jean usé, une chemise en soie bleu clair et un blazer bleu marine.

— Eh bien ? fit-il, tournant sur lui-même.

Jonathan lui tendit une paire de bottes et des chaussettes blanches.

— Je pense qu’elles sont plus à votre goût et elles iront très bien avec les tenues que vous avez d’ores et déjà choisies.

— Merci, j’aime bien.

Dale s’assit pour enfiler les chaussettes et les chaussures.

— Wow !

Chrissie se tenait là, immobile, les yeux écarquillés.

— Dale, tu es superbe ! Tu es vraiment grand !

— Je fais cette taille depuis le lycée.

Dale leva les yeux et secoua la tête.

— Peut-être, mais… tu paraissais plus petit, en quelque sorte.

Elle dévisagea son frère qui se redressa et s’admirait dans le miroir à trois faces installé devant lui.

— Je suis d’accord, j’ai l’air pas trop mal.

Dale se retourna.

— Ce n’est pas une tenue que j’aurais choisie, mais…

Il se tourna de l’autre côté.

— J’aime bien. Je me sens à l’aise.

Jonathan épousseta une épaule du blazer.

— Vous avez le physique parfait pour ce style. Habillé tout en restant décontracté. Distinctif, sans être ostentatoire. Très peu d’hommes peuvent en dire autant. Bien entendu, cela aide que votre taille soit du 42.

— Je suis vraiment impatiente de voir ce que vous avez choisi d’autre.

Chrissie s’avança vers son frère, le détaillant de la tête aux pieds.

— Hmm… Je pense qu’une bonne coupe de cheveux ne serait pas un luxe.

Dale passa ses doigts dans ses mèches.

— Je suis d’accord. Cela fait un bon moment. J’irai chez un barbier demain.

— Oh, non, certainement pas !

Chrissie laissa tomber ses sacs sur le sol.

— Je ne vais pas te laisser faire ; pas après… dit-elle, ses mains s’agitant devant son corps. Aucune chance. Je vais profiter de ce moment pour y aller tout de suite et ce sera fini. Je paierai même pour la coupe.

— Chrissie, je ne vais pas aller…

— Puis-je te rappeler sur le canapé de qui tu vas dormir ?

Elle se tenait là, les deux mains sur les hanches, haussant un sourcil.

Jonathan éclata de rire.

— Je vous conseille d’écouter votre sœur. Elle a un goût excellent et d’après ce que je peux voir, elle n’acceptera pas « non » comme réponse. Vous devriez lui faire confiance à ce sujet.

Dale ferma les yeux.

— Bon, très bien !


*****


Al grimpa les dernières marches menant à la porte d’entrée de son appartement. Il inséra sa clef dans la serrure et, alors qu’il ouvrait la porte, il put entendre le téléphone sonner. Il se précipita pour attraper l’appareil avant que le répondeur se mette en route.

— Allô ?

— J’appelle pour l’appartement, indiqua une voix d’homme.

— Oh… oui. Eh bien, comme c’est inscrit sur l’annonce, il y a deux chambres, une salle de bain et c’est entièrement meublé. Le prix inclut toutes les charges.

Al jeta un coup d’œil circulaire dans le salon, vérifiant que tout était bien rangé si cette personne voulait venir visiter l’endroit.

— Ça me paraît génial, mon pote. Tu es cool avec le 420 (REF1)?

— Hmm… non. Je suis désolé, mais je ne suis pas cool avec les drogues, répondit-il.

La ligne devint brutalement muette.

Al haussa les épaules et déposa son attaché-case sur le sol. Pendant qu’il tenait toujours le téléphone dans sa main, il vérifia les messages. Il y en avait un.

Hey, j’appelle pour l’annonce. Je me demandais si vous accepteriez un couple. Ma petite amie et moi cherchons un endroit. Si c’est cool pour vous, alors rappelez-moi.

L’interlocuteur énuméra un numéro où le joindre.

Al ne prit même pas la peine de l’écrire.

— Le fait que je ne te rappelle pas te fera comprendre que c’est un « non ».

Je ne veux même pas d’un colocataire, mais je n’ai pas le choix. Jusqu’à ce que je finisse l’école, puis la tournée, elle tient toutes les cartes en main. Mais un jour…


*****


Chrissie tira pratiquement Dale à travers la porte d’un salon de coiffure.

— Pourquoi je ne peux pas simplement aller chez un barbier ? se plaignit Dale. Ce sera beaucoup moins cher et probablement plus rapide.

Chrissie se tourna vers son frère et posa une main sur son bras.

— S’il te plaît, juste pour cette fois. Fais-le pour moi ?

— Je ne comprends pas où est le problème. J’ai toujours porté une toque quand je travaillais et une casquette quand ce n’était pas le cas. Ce n’est pas comme si quelqu’un allait le voir, expliqua Dale.

Chrissie couina pratiquement tout en agitant une main en l’air.

— Erwan-David ! cria-t-elle. Tu as l’air fabuleux !

— Chrissie !

Un jeune homme se précipita pour venir à sa rencontre.

— Quelle joie de te revoir !

Erwan-David l’étreignit, embrassa chaque joue, parlant avec un accent très prononcé.

— Depuis quand es-tu revenu ? demanda Chrissie, laissant tomber ses sacs pour serrer le jeune homme contre elle.

— Il y a seulement deux jours. Je subis toujours le décalage horaire.

Erwan-David dévisagea Dale.

— Est-ce un nouveau prétendant ?

Chrissie gloussa.

— Non, idiot. C’est mon frère, Dale.

Elle se tourna vers son frère, l’attirant plus près.

— Dale, voici Erwan-David Riou, le meilleur styliste de la ville.

Dale tendit la main.

— Enchanté de vous connaître.

Erwan-David prit sa main et la serra, mais ne la relâcha pas.

— Chrissie, tu me l’as caché.

— Erwan-David rentre tout juste de France. Sa mère vit à Paris, expliqua-t-elle.

Dale se libéra finalement de la main du coiffeur.

— J’ai toujours voulu aller en France. Je pense que je pourrais apprendre beaucoup là-bas.

— Je suis certain qu’il y a des choses que je pourrais vous apprendre, fit Erwan-David avec un sourire, le sous-entendu sexuel parfaitement clair. Peut-être…

— Du calme, mon grand, le réprimanda Chrissie. C’est purement professionnel.

Erwan-David commença immédiatement à examiner les cheveux blond platine de Chrissie.

— Mais, tu n’as pas encore besoin d’une retouche, ma chère (REF2).

— Ce n’est pas pour moi.

Chrissie poussa Dale devant elle.

— C’est pour lui.

Erwan-David écarquilla les yeux.

— Mon Dieu ! Ce sera un grand plaisir ! Un très grand plaisir !

Il contourna Dale.

— Ce sera grandiose. Quand ? demanda-t-il, se tournant vers Chrissie.

— Le plus tôt sera le mieux, répondit-elle. Je suis sur une mission. Nous devons le faire avant qu’il ait le temps d’y réfléchir et de dire « non ».

— Tu as de la chance !

Erwan-David saisit le bras de Dale.

— J’ai eu une désertion, quelle pouffiasse ! C’est parfait, c’est que ça devait se faire alors. Je vais vous prendre tout de suite. Je la ferai payer quand même, ajouta-t-il en riant. Monique ! fit-il, claquant des doigts. Nous avons encore du travail et rapidement ! Shampoing !

Avant que Dale comprenne ce qui lui arrive, les sacs qu’il tenait lui furent retirés, ainsi que la nouvelle veste qu’il portait. Une très belle jeune femme lavait ses cheveux pendant qu’Erwan-David et sa sœur discutaient, complotant quelque chose. Il n’en avait aucun doute.

Une fois que Dale se retrouva assis dans le fauteuil et qu’Erwan-David peignait ses cheveux encore humides, il intervint.

— Normalement, je les garde vraiment courts, mais j’ai été très occupé et je ne suis pas allé chez un barbier depuis plusieurs mois. Peut-être que vous pourriez utiliser un numéro un sur la tondeuse et les garder un peu plus longs sur le dessus ?

Le styliste sourit.

— Je n’utilise pas de tondeuse. Je suis un artiste, pas un boucher.

— Oh ! fit platement Dale. Euh…

— Ne vous inquiétez pas. Votre sœur a l’œil d’un génie. Elle m’a dit ce qui serait le mieux et je dois avouer que je suis d’accord.

Erwan-David appuya sur la pédale du fauteuil afin de surélever Dale, pour qu’il puisse travailler.

— On vous demandera bientôt si vous êtes un mannequin.

Dale ferma les yeux et gémit. Lorsqu’il les rouvrit, il vit que sa sœur se tenait devant lui et souriait.

— J’espère que tu t’amuses bien ? demanda-t-il.

— Oh, tout à fait. Tu n’as même pas idée depuis combien de temps je voulais faire ça.

Elle souriait comme un chat qui venait juste d’attraper une belle grosse souris juteuse.

— Tu verras que j’ai raison au final.

Une femme de grande taille, portant une blouse, une serviette enroulée autour de ses cheveux avança vers lui et se tint à côté de Chrissie, sirotant une tasse de ce que Dale sentait être un café.

— Vous devriez vous détendre. Vous êtes entre les mains d’un maître.

Erwan-David sourit à la réflexion de la femme.

— Gina dit toujours la vérité.

— Salut, je suis Chrissie.

Dale observa sa sœur se présenter d’elle-même à la cliente.

— Je suis Gina, Gina Mansante.

Elles se serrèrent la main.

— Comment avez-vous réussi à l’amener ici ? demanda Gina, indiquant Dale de sa tasse.

Chrissie soupira et secoua la tête.

— Mon pauvre frère a tout perdu dans un incendie. Son affaire et son appartement. Je l’ai emmené faire du shopping parce que… eh bien il ne lui restait plus rien à mettre et j’ai compris que, tant que j’y étais, autant lui faire le relooking total, ce dont je mourais d’envie depuis des années.

Gina fronça les sourcils, passant de Dale à Chrissie.

— Avez-vous contacté la compagnie d’assurance ?

— Oh, oui, nous nous en sommes occupés à la première heure ce matin, répondit Chrissie.

— Vous ont-ils envoyé un expert ? poursuivit Gina.

— Ils ont indiqué qu’ils le feraient dans la journée, intervint Dale avant que sa sœur puisse le faire, s’assurant ainsi qu’elle savait qu’il était toujours là. Nous attendons juste qu’ils nous rappellent.

— Puis-je vous demander quel est le nom de votre assureur ?

Gina prit une gorgée de son café, attendant la réponse.

— Gina… chérie, dois-tu toujours conclure des affaires ici ? demanda Erwan-David tandis que ses ciseaux s’agitaient dans tous les sens.

Chrissie lui répondit, ricanant tout en regardant le coiffeur user de sa magie.

— Ne leur parlez pas avant de m’en faire part, indiqua Gina, se retournant et s’éloignant.

Chrissie fit un pas en avant.

— Erwan-David, qui est-ce ? murmura-t-elle.

Il s’arrêta un instant.

— Gina ? C’est un avocat de premier ordre. Une véritable tigresse. Très riche également.

Gina revint vers eux, cette fois tendant une carte professionnelle à Dale.

— Je viens, très récemment, de faire un procès à cette assurance précisément pour avoir refusé de régler des indemnités suite à un incendie. Ils sont connus pour tromper leurs clients en refusant de les régler, s’appuyant sur des preuves douteuses, qui sont souvent inexactes ou carrément mensongères.

— Oh, ça ne me paraît pas bon, fit Chrissie, se montrant inquiète.

— Appelez-moi avant de prendre contact avec eux, expliqua Gina. Demandez à ce que tout soit écrit et, pour l’amour de Dieu, ne signez rien et n’acceptez aucun argent de leur part.

Dale examina la carte de visite onéreuse.

— Je ne suis pas sûr de pouvoir me permettre de régler vos honoraires. D’ailleurs, j’ai besoin d’argent. Je n’ai aucun revenu désormais, puisque je n’ai nulle part où travailler… et vivre.

— Vous ne pouvez pas ne pas vous permettre de mandater.

Gina inclina la tête sur le côté.

— Croyez-moi, pour tout ce que vous me paierez, vous en obtiendrez largement plus que tout ce qu’ils pourraient vous offrir. Je parierai mon dernier dollar qu’ils vont vous sous-indemniser.

Erwan-David arrêta ce qu’il faisait.

— Vous devez faire confiance à cette femme. C’est la meilleure !





CHAPITRE QUATRE



Al tenait le téléphone contre son oreille, les yeux fermés, tandis qu’il écoutait sa grand-mère rabâcher combien il était important de faire son propre chemin dans le monde, un sermon qu’il avait entendu toute sa vie durant. À un moment donné, il éloigna l’écouteur, mais il était toujours capable d’entre sa voix.

— Oui, grand-mère, je comprends. Cependant, tu dois réaliser que cette… situation est totalement hors de mon contrôle. Je la gère du mieux que je peux.

Al commença à arpenter la pièce, espérant que cette conversation s’arrêterait bientôt.

— … Oui, grand-mère. Il faut que j’y aille, car j’ai un élève qui va arriver dans quelques minutes et je dois prendre le temps de m’exercer.

Il écouta un peu plus longtemps.

— Au revoir, grand-mère. Je te recontacterai plus tard dans la semaine.

Il raccrocha et se sentit épuisé. Si je ne trouve pas un colocataire, et très vite, je n’arrêterai pas d’en entendre parler. Elle se moque de savoir de qui c’est la faute, je serai le seul à en porter tout le blâme.

Al entra dans son studio et s’assit devant le piano à queue qui occupait la plus grande partie de la surface de la pièce et commença à faire ses gammes pour échauffer ses doigts et l’instrument.


*****


Dale se dévisagea dans le miroir, clignant plusieurs fois des yeux.

— Oh. Mon. Dieu ! s’écria Erwan-David, se tenant près de Chrissie tandis qu’il jetait un coup d’œil par-dessus l’épaule de Dale.

En fait, il y avait plusieurs personnes qui admiraient le reflet de Dale dans la glace.

— Je ne sais pas… Je ne sais même pas quoi dire. C’est encore mieux que ce que j’avais imaginé.

Sa sœur, pour la première fois depuis aussi longtemps qu’il pouvait s’en souvenir restait sans voix. Dale se regarda encore et pouvait comprendre. Il était, lui aussi, complètement estomaqué.

— Vous voyez ?

Erwan-David ébouriffa une mèche de ses cheveux.

— Vous pourriez parfaitement être un mannequin.

— Je… euh… balbutia Dale, se fixant dans le miroir.

D’une certaine manière, ses yeux paraissaient plus bleus ce qui renforçait l’impression qu’il s’était exposé au soleil… souvent.

— Erwan-David, tu es un génie ! C’est exactement de ça que je te parlais, fit Chrissie, secouant la tête avec émerveillement.

— Ma chérie, tu as un goût excellent et, bien entendu, tu avais raison.

Erwan-David retira la cape.

— Je savais que ce serait de l’excellent travail.

Dale se leva. La femme qui avait lavé ses cheveux, Monique, lui tendit sa nouvelle veste, le dévisageant également, les lèvres légèrement entrouvertes.

— Wow ! Vous êtes à croquer !

Dale regarda le reflet dans la glace et aperçut Gina Mansante, sa coupe également terminée.

Il devait admettre que c’était une très belle femme.

— Merci, vous aussi.

Gina haussa un sourcil.

— Peut-être que nous devrions dîner ensemble, alors ?

Chrissie se mit à glousser.

— Alors là, j’aimerais voir comment ça va se passer.

— Si quelqu’un pouvait dîner avec cette magnifique créature, ce devrait être moi ! déclara Erwan-David, accrochant son bras à celui de Gina.

— Je pense que nous devrions dîner tous ensemble, fit Chrissie en souriant. Tout le monde penserait que nous sommes des célébrités ou quelque chose comme ça, nous sommes tous si beaux.

Dale roula des yeux en direction de sa sœur.

— Je meurs de faim. Allons chez Rocco. C’est juste au bout de la rue.

Gina le dévisagea.

— Rocco ? Vous le connaissez ? Il faut attendre des semaines avant de pouvoir réserver là-bas.

— Ouais, nous sortons souvent ensemble après le travail.

Dale haussa les épaules avec nonchalance.

— Je pense que je peux nous faire entrer.

— Quel était le nom de votre restaurant ? demanda Gina, ramassant son sac à main.

— Le Yorkville Bistro, répondit Dale.

— Oh, non ! C’est nul ! fit Gina, fronçant les sourcils. C’était un de mes restaurants préférés. Il était situé dans mon quartier.

— Je suis désolé de ne pas vous avoir rencontrée avant aujourd’hui. Il faut dire que j’étais toujours dans la cuisine. En principe, j’essayais de venir en salle au moins une fois dans la soirée, mais cela n’arrivait pas souvent et c’était toujours pour quelques minutes à peine.

— Nous y allons ? demanda Erwan-David. Je devrais prendre ma veste.

— Bien sûr, pourquoi pas ?

Dale se regarda une nouvelle fois, encore étonné.

— J’ai si faim que je pourrais manger un cheval.

— Et quand était la dernière fois que tu as vu un cheval ? demanda Chrissie, gloussant.

— Tu sais ce que je veux dire.

Dale lui tira la langue.


*****


— Je ne peux pas croire que nous sommes actuellement assis dans la cuisine, déclara Gina à voix basse. Je suis impressionnée !

— Rocco et moi, nous nous connaissons depuis longtemps.

Dale fixa Gina, puis revint sur les cuisiniers, les regardant opérer leur magie.

— Sa mère est vraiment tordante. Elle insiste pour venir ici et préparer les boulettes de viande suivant une vieille recette de famille.

— C’est si adorable.

Chrissie but une gorgée de la bouteille de vin que Rocco lui-même avait apportée à la table.

— Un vin excellent, même s’il est italien, remarqua Erwan-David.

— Alors, combien de temps vous faudra-t-il pour vous relever et rouvrir une fois que l’assurance vous aura remboursé ? demanda Gina.

— Oh, je n’en ai aucune idée.

Dale retourna son attention vers l’avocat.

— Je suppose que j’aurais dû appeler un entrepreneur, celui qui a fait le plus gros du travail initialement. J’ai mis les économies de toute ma vie dans cet endroit, et plus encore.

— Laissez-moi m’occuper de cela.

Gina tapota la main de Dale.

— Nous vous obtiendrons un montant équitable et vous pourrez reprendre votre travail au plus vite.

Rocco arriva au niveau de la table et déposa un grand plat contenant différentes viandes, fromages et olives.

— Dale, tu sais que tu peux toujours venir et travailler avec moi pendant que tu reconstruis. Cela te permettrait d’avoir au moins quelques revenus. Probablement pas aussi élevés ce que tu as l’habitude, mais… cela te permettrait de tenir le coup.

— Wow ! Ce serait génial, Rocco !

Dale tendit brusquement la main à Rocco qui la serra immédiatement.

— J’ai toujours pensé que ce serait super de travailler ensemble.

— Pas de problème. J’en suis également convaincu et Momma t’aime.

Rocco indiqua le plat.

— Maintenant, profitez-en. Je dois retourner travailler.

Il adressa un sourire au reste de la tablée avant de partir.

Chrissie frappa des mains.

— C’est si cool ! Encore un problème dont tu n’as plus à te soucier.

— Bon sang, c’est un homme sacrément sexy ! déclara Gina, prenant une olive.

— Je dois reconnaître que ça m’enlève un énorme poids des épaules.

Dale attrapa un cube de viande et le jeta dans sa bouche.

— Mmm… mortadelle…


*****


Dale se laissa tomber sur le canapé aux motifs floraux – et rose – de Chrissie.

— J’ai le ventre plein.

— Moi aussi.

Elle s’assit sur un fauteuil correspondant, retirant ses chaussures.

— Je ne peux pas faire ça trop souvent. Je serais aussi grosse qu’une baleine.

— Je comprends ce que tu veux dire.

Dale défit sa ceinture, puis déboutonna le premier bouton de sa braguette.

— Je vais devoir travailler dur demain à la salle de gym ou je serai aussi lent qu’une limace pour le reste de la semaine.

Chrissie dévisagea son frère.

— Ça va aller, Dale ?

— Ouais, tout se passera bien.

Il soupira.

— J’ai besoin de me concentrer sur l’essentiel pour l’instant. Tout d’abord, acheter un téléphone, un ordinateur et quelques uniformes, surtout si je travaille pour Rocco. Oh, et un endroit où vivre.

— Qu’en est-il de l’argent ?

Dale haussa les épaules.

— C’est bon, pour le moment. Puisque je n’ai plus à m’inquiéter d’avoir à régler les factures de mes livraisons, cela me laisse un peu d’argent liquide. J’aurai à les payer quand je rouvrirai, mais pour l’instant, c’est tout ce que j’ai. Il ne me reste pratiquement plus ou peu d’épargne personnelle. Tout allait dans le restaurant.

— J’en ai un peu de côté si tu en as besoin, offrit Chrissie. Ce n’est pas beaucoup, mais je peux te le passer.

— Alors, tu n’aurais pas dû payer pour Erwan-David.

Dale se leva et retira sa veste.

— Tu dois garder ton argent, frangine.

Chrissie gloussa.

— Il ne m’a pas fait payer. Quelle que soit la cliente qui lui a fait faux-bond, elle paiera pour ça. D’ailleurs, je crois qu’il a un gros béguin pour toi.

Dale roula des yeux.

— Ouais, eh bien, il n’est pas franchement mon type.

— Et quel est ton genre exactement ? Je ne pense pas pouvoir le décrire avec précision. Je veux dire… tu étais avec ce gars… C’était un vrai con, en passant.

— Je ne peux qu’être d’accord avec toi.

Dale se réinstalla.

— Comment aurais-je pu deviner que c’était une star du porno ? Tout ce que je savais sur lui, c’était qu’il voyageait beaucoup pour son travail et qu’il était doué au lit. Je ne pense pas que nous ayons vraiment passé beaucoup de temps à discuter.

— Eh bien, ça explique beaucoup de choses, fit Chrissie en riant.

— Qu’est-ce que c’est censé vouloir dire ? demanda Dale, sur la défensive.

— La partie où il était doué au lit.

Elle se leva.

— Je t’apporte un oreiller et une couverture.

— Tu mènes les hommes à la baguette !

— Je suis juste réaliste, répliqua-t-elle par-dessus son épaule.

Chrissie revint quelques minutes plus tard, puis lança un oreiller et une couverture à son frère.

— Les hommes pensent avec leur queue la moitié du temps, et tu sais que j’ai raison.

— Sans commentaire.

Dale déroula la couverture.

— Génial ! Le cauchemar rose continue.

— Il faut t’y faire. Maintenant, je dois aller me changer et travailler. J’espère juste que je ne vomirai pas pendant que je serai sur scène, fit-elle en gloussant. Ne m’attends pas. Je ne rentrerai pas de bonne heure.


*****


Al s’avança vers son lit, lissa un pli avant de grimper dedans. Il ferma les yeux et essaya de se détendre. Il resta allongé là pendant quelques minutes avant de soupirer et de se redresser.

— C’est inutile. Je ne parviendrai jamais à dormir.

Il repoussa les couvertures et sortit du lit, ne portant que son slip blanc. Il s’approcha de son piano. Il s’assit, fléchit ses bras, puis ses mains. Posant les doigts sur les touches, il hésita un court instant. Il ferma lentement les yeux tandis que ses mains effleuraient le piano.

Sans même y penser, son corps prit la relève, et il commença à jouer L’Héroïque – la Polonaise N°6 » de Chopin. Il adorait ce morceau. Il requérait de la force et un toucher lourd qu’il appréciait. Il avait l’impression que Chopin prenait possession de lui chaque fois qu’il interprétait l’air. C’était, et de loin, sa pièce préférée.

Sa main gauche prit le dessus, martelant le tempo, laissant la droite pour la mélodie. Alors, tout doucement, le rythme changea et les courses le long du clavier lui semblèrent suinter de lui, laissant leurs marques, les notes flottant tout autour de lui, paraissant suspendues dans l’air. Puis… de nouveau un retour à la force de Chopin. La lourde montée, le staccato final, puis… à nouveau la mélodie.

Lorsqu’Al termina les presque sept minutes du morceau, il transpirait légèrement. Il ouvrit enfin les yeux et les baissa vers ses mains, posées sur ses genoux. Il ne put s’empêcher de remarquer également son érection.

— Encore une fois…

Le « Nocturne N° 20 en dièse mineur » commença à couler sans effort du bout de ses doigts. Al ferma les yeux et laissa la musique le submerger. Il n’avait pas besoin de partitions, ni même de regarder les touches. Il connaissait également ce morceau par cœur.

Les muscles de son cou, de ses épaules et de ses bras commencèrent à se détendre. Il pouvait à peine sentir les touches noires et blanches tandis que ses mains survolaient le clavier de son piano. Les trilles étaient exécutés sans effort. La mélodie l’enveloppait, la richesse, la profondeur de la composition le submergeant, comme elle le faisait chaque fois qu’il l’interprétait. Quand il eut terminé, il laissa ses mains sur le clavier, les yeux toujours fermés.

Soupirant, il souleva ses paupières avant de se lever, puis il referma le couvercle sur les touches et retourna au lit.





CHAPITRE CINQ



Dale tenait le téléphone de Chrissie dans sa main. Il jeta un bref coup d’œil à sa sœur.

— Vas-y !

Elle déposa une grande tasse de café devant lui, qui arborait un gros cochon rose.

— Tu dois bien commencer quelque part.

Dale prit une profonde inspiration et composa le numéro. Cela commença à sonner.

— Allô ? répondit une voix masculine.

— Euh… salut. J’appelle à propos de l’annonce pour une colocation, fit Dale, regardant sa sœur qui tenait sa propre tasse de café.

— Oh, oui… Comme indiqué, c’est une maison avec deux chambres, mais une seule salle de bain et c’est à mille cinq cents dollars par mois, comprenant toutes les charges, ainsi que le WiFi et le câble.

— Euh… très bien. Ça me paraît… correct.

Dale ramassa le crayon posé à côté du carnet que sa sœur lui avait donné.

— Quand pourrais-je la visiter ?

— Êtes-vous un étudiant ?


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