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Prêtresses !


Published by Lola Savage at Smashwords

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1.


Lentement, les paysages effilochés par des nuages laiteux défilaient en contrebas. Le nez collé au hublot, Sarah réfléchissait. Elle avait entrepris son voyage sur un coup de tête, une curiosité morbide qui ne l’avait plus lâchée depuis qu’elle avait trouvé le journal intime de sa grand-mère dans sa boîte aux lettres. Sa France natale avait depuis longtemps disparu derrière la queue de l’avion pourtant, elle ne pouvait nier qu’elle se sentait désormais plus proche du pays vers lequel l’appareil se dirigeait.

Le Mexique.

Depuis qu’elle avait parcouru les lignes manuscrites du carnet de son aïeul, elle soupçonnait ses racines plus profondément ancrées à cette nation. S’arrachant à la contemplation, Sarah fit signe à l’hôtesse.

— Avez-vous du vin blanc s’il vous plaît ?

La jeune femme brune en uniforme lui adressa un sourire en hochant la tête puis s’éclipsa pour aller préparer la commande. Sarah regarda la jupe moulée autour de ses fesses généreuses et plaisanta.

J’aurais pu faire steward moi aussi avec mes petits seins fermes et mon cul bien rebondi...

Elle reprit sa place, accoudée au hublot. Sa grand-mère était un mystère. Dans son enfance, elle ne l’avait connu que par son nom – Bélinda H'Otchal. Personne ne savait ce qu’il était advenu d’elle. L’histoire qui lui avait été livrée, celle qu’elle tenait de ses parents, était qu’il s’agissait d’une brillante archéologue née en 1927 et qu’elle était docteur es civilisations précolombiennes. Son unique passion était l’étude des vestiges énigmatiques que les Aztèques, Incas et autres Mayas avaient abandonnée derrière eux. Elle avait marqué une pause en 1952 pour accoucher de sa fille – la bien-pensante mère de Sarah – puis s’était envolée trois mois plus tard pour regagner le Mexique. Les recherches que Sarah avait entreprises après la découverte du journal lui avaient appris que sa grand-mère avait vécu une longue période de sa courte existence dans la réserve de Sian Ka'an dans l’état du Quintana Roo, voisin du Yucatan. Les correspondances avec les membres de la famille étaient riches en descriptions de temples et de la faune exceptionnelle qui peuplait l’endroit. Puis, à mesure qu’elle avait épluché les archives que chacun avait mises à sa disposition, Sarah en était venue à la conclusion qu’un beau jour du début de l’année 1955, Bélinda avait cessé d’envoyer de ses nouvelles. Marius Tevenon, son compagnon de l’époque, avait remué ciel et terre pour retrouver son amante. Pourtant, rapidement limité par des finances modestes, il s’était résolu et avait accepté l’idée que la disparition de Belinda soit liée aux risques du métier d’archéologue. Personne n’avait jamais plus entendu parler de Marius après cet épisode.

Belinda s’était évanouie pour de bon, volatilisée dans cet immense pays, désincarnée dans le sauvage Mexique à la manière des dernières populations précolombiennes. D’aucuns pensèrent qu’elle s’était délibérément éclipsée, bercée par la folie environnante du monde de superstition qu’elle côtoyait, aliénant les ultimes traces de son existence européenne pour se plonger dans les ténèbres affables des traditions païennes. D’aucuns prétendaient qu’elle avait été sacrifiée à d’anciens rites auxquels certaines communautés assujetties à d’immémoriales divinités se livraient encore inconsidérément.


Mais Sarah, elle, savait. Depuis qu’elle avait mis la main sur le journal de son aïeul, la piste s’était révélée bien plus captivante qu’un simple rapt lié au cannibalisme endogène des indigènes. Elle avait déniché le carnet dans une vieille malle du grenier de la maison familiale. À 28 ans, elle n’aurait jamais songé un seul instant à explorer cet endroit si ces parents n’avaient pas décidé de déménager. Sans demander l’autorisation, elle avait éclipsé le bloc en le coinçant dans la ceinture de son jean. Elle n’avait pas abordé le sujet ni avec son père ni avec sa mère. Plus tard, en prenant connaissance du contenu du journal intime de sa grand-mère, elle s’en était félicitée en rougissant. Lorsqu’elle était tombée sur l’objet, rien ne laissait présager qu’il s’agissait du recueil d’une partie de vie de Belinda. Pourtant, en tournant les premières pages, Sarah s’était aperçue que l’écriture élégante et légèrement penchée appartenait à une autre époque. Finement étalé à l’intérieur, le nom de sa grand-mère explosait en consonances latino-américaines.

Bélinda H'Otchal.

Sans comprendre, Sarah se sentit troublée, courbée au-dessus du carnet dans ce vieux grenier poussiéreux. La main tremblante, elle avait délicatement tourné les premiers feuillets aux nuances jaunâtres qui menaçaient de se détacher. Elle tomba sur une lettre dont l’enveloppe estampillée des postes mexicaines la fit frémir d’excitation. Elle prit le courrier et vérifia l’intérieur. Rien. Pourtant, au fond d’elle, un tsunami était sur le point de s’éveiller. Sans lire le carnet de sa grand-mère, Sarah comprit que l’explication de la disparition de son aïeul ne pourrait se trouver qu’au Mexique. Et les premières traces écrites qui se déroulaient devant ses yeux la confortaient dans la quête de vérité qui venait d’exploser dans les abîmes intimes de son ventre pour envahir tout son être. Elle savait que les réponses attendaient là-bas, dissimulées à l’ombre des jungles verdoyantes et des pyramides de pierres grises.

Plus tard, l’excitation du voyage se mua en une tout autre forme d’effervescence lorsqu’elle entreprit la lecture complète du journal, nue entre ses draps, la cyprine suintant de ses lèvres.


Difficilement, Sarah arracha son regard des panoramas somptueux que la vue du ciel offrait depuis cette hauteur. Depuis qu’ils survolaient l’Atlantique, le décor avait pris le calque de cette majestueuse monotonie, gouverné par l’immensité délirante des nuances bleutées sur l’océan. Elle avait emporté le livret avec elle, dans la cabine. Sans savoir pourquoi, elle imaginait que s’en séparer pourrait mettre en péril l’aventure dans laquelle elle s’était lancée. La couverture rougeoyait des rayons du soleil qui filtraient à travers les hublots. Elle cala sa nuque contre le dossier rigide de son siège et ferma les yeux repensant aux premières pages qu’elle avait lues. Bélinda y décrivait les somptueux paysages de Chichén Itzá, cité perdue à l’ouest du Mexique, dans laquelle elle effectuait ses recherches. Pourtant, c’est un passage d’un tout autre genre qui avait retenu l’attention de Sarah et la scène lui revenait sans cesse, les mots tournant en rond, menaçant de ne jamais révéler leur véritable signification.


2.

1er mars 1955

18 h 42


Je suis fille d’émigrés mexicains. Je suis née en France, mais la couleur dorée de ma peau rappelle mes racines ensoleillées du Mexique. J’ai toujours eu une fascination fabuleuse pour les anciennes civilisations précolombiennes, pensant y trouver mes propres origines et celles de ma famille. J’ai longtemps étudié les constructions aztèques, incas et mayas, parcourant le Mexique en tous sens. Mais, il y a trois jours, mon équipe a fait une découverte absolument captivante. C’est un peu la raison pour laquelle j’ai décidé de tenir ce journal intime, ou de bord. Nous avions défini un périmètre de recherche au nord du territoire de Chichén Itzá. Les pyramides là-bas sont encore enveloppées de végétation et c’est à coup de machette qu’il faut se frayer un chemin. Pourtant, toutes ces journées d’effort ont payé. Au-delà de la structure principale, pillée de ses pierres par les indigènes, nous avons mis à jour une chambre funéraire qui avait jusque-là échappé à tous les maraudages. Je me suis chargé de remplir toute la paperasse dans le respect de la légalité mexicaine pour envoyer la demande d’excavation aux autorités, qui d’ailleurs possèdent les droits de propriété sur chaque découverte. Si tout se passe bien, nous devrions recevoir les permis de fouille d’ici quelques semaines. Nous pourrons alors entreprendre la sécurisation des lieux en vue d’y pénétrer. Je déborde d’impatience à l’idée de ce que recèlent le couloir et la chambre qui se tient au bout. Mon imagination, fertile, me renvoie l’image de trésors culturels fabuleux encore insoupçonnés ! Peut-être même davantage d’éléments sur le mode de vie des occupants, des bâtisseurs ! Je trépigne tandis que mon guide, lui, semble n’en avoir cure. Tout comme mon assistant qui est loin de sauter de joie… Pourtant l’enjeu est tellement important ! Je ne sais pas si je pourrai attendre demain…


3.

À la première lecture, ce point avait terriblement intrigué Sarah. Elle était certaine que la mise à jour qu’avait faite Belinda représentait la clef du mystère qui entourait sa disparition. Après cette entrée en matière, elle s’était d’abord refusée à en découvrir davantage. Son esprit était braqué sur les ruines présentes sur le territoire de Chichén Itzá, Mexique. Immédiatement, elle avait lancé une recherche sur Internet. La piste n’était pas ce qu’il y avait de plus chaud, mais elle était persuadée que si une trouvaille de ce type avait été faite en 1955, elle devait apparaître quelque part.

Rien.

En tout cas, rien qui se rapproche de ce que décrivait sa grand-mère archéologue. Que cela ne tienne, le lendemain, Sarah était à la bibliothèque d’où elle ressortit deux heures plus tard, déçue de ne rien avoir appris de plus. Elle finit par rencontrer un vieux professeur d’histoire espagnole à l’œil lubrique dont la préférence allait davantage à son décolleté plutôt qu’à lui fournir des faits concrets. Chou blanc de ce côté. Il ne lui restait plus qu’un ultime moyen de remonter le fil du mystère aztèque – ou Maya si ce n’était pas Inca – auquel Belinda s’était retrouvée confrontée. Elle se rappelait qu’installée confortablement dans son lit, Sarah avait posé les yeux sur la date du 2 mars 1955. Le style d’écriture changeait imperceptiblement et les mots, plus serrés, dénotaient d’une plume autrement plus nerveuse.

L’évocation de ce souvenir la fit remuer sur son siège. L’avion n’était pas complet et elle avait la chance d’être seule sur sa rangée. Elle sursauta. Perdue dans ses pensées, elle n’avait pas vu l’hôtesse qui s’était approchée et lui tendait un verre de vin blanc.

— Désolée de vous avoir prise par surprise, s’excusa la femme de cabine.

— Ce n’est rien, sourit Sarah avec un mouvement de tête imperceptible.

Tandis que l’employée s’éloignait, Sarah ne put s’empêcher d’ouvrir le carnet. Elle tourna les premières pages précautionneusement jusqu’à la date du 2 mars. La lecture la soustrairait à ses pensées et sans plus attendre, elle s’y immergea consciencieusement. Sa grand-mère poursuivait par des descriptions hautes en couleur de pyramides qui bordaient Chichén Itzá. En marge, des dessins au crayon illustraient la matérialisation des mots qu’avait couchés Belinda sur les feuillets jaunis. Sarah se souvenait de ses émotions lorsqu’elle avait parcouru ce passage pour la première fois. Ce qui l’intéressait venait plus tard. Elle sauta l’enchaînement de phrases aux relents de géographie mexicaine et s’arrêta au paragraphe qui avait attiré son attention et fait chavirer ses sens le premier soir. À sa lecture, elle avait mouillé ses draps tant et si bien qu’on aurait pu croire qu’elle avait pissé au lit.


4.

2 avril 1955

4 h 32

Ma main tremble. J’ai du mal à tenir ma plume.

Comme dans un rêve, j’éprouve des difficultés à organiser mes idées, le crâne dans le coton.

Cependant, je dois me concentrer pour faire dépôt de mon témoignage au risque de devenir folle. Bien entendu, je n’ai pu me résoudre à attendre l’autorisation gouvernementale et je me suis mis en tête, peu après avoir refermé mon carnet, d’aller faire un tour dans la chambre funéraire. Je patientais donc jusqu’à 22 h afin que mes collègues et ouvriers regagnent leur tente et s’assoupissent. L’excitation me rongeait à mesure que le temps passait. Je vidais trois verres de Mescal en regardant s’éteindre les lumières du camp une à une. Après avoir vérifié ma lampe, je sortais silencieusement et, à pas de loup, pris la direction de l’entrée que nous avions dégagée l’après-midi. Nous avons décidé d’établir la base sur place afin d’éviter que les pillards qui nous auraient suivis ne puissent perpétrer leur forfait avant que nous ayons pu visiter l’endroit. C’est monnaie courante dans les parages. Les pirates repèrent les groupes de chercheurs et les filent jusqu’à ce qu’une découverte intéressante se profile. L’autorisation étant plus que longue à venir, il ne reste plus qu’aux brigands à se servir.


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