Excerpt for Ghetto chroniqueur by , available in its entirety at Smashwords

GHETTO CHRONIQUEUR

By Hanibal

Smashwords Edition

Copyright 2017 Yousri Cheikh M’hamed





































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MISERE SOCIALE

  1. Chaque jour le même jour

  2. Explosé au vol

  3. Dur de percer

  4. Police VS City

  5. Nos Vies

  6. Sous scellé

  7. A.M.G. 63

  8. A bout je suis poussé

  9. Je refuse de suivre le berger

  10. Cocktail explosif

  11. Seize mesures de poésie

  12. Que Dieu me pardonne

EGO TRIP

  1. Le mauvais sort c’est le sponsor

  2. J’arrive

  3. La marche arrière est cassée

  4. Je te sectionne

  5. Wesh mec

  6. J’rap pour les vrais gars

  7. Haute fréquence

  8. Le transit

  9. Authentique original

  10. Dans le business

  11. La défaite

  12. Un briquet qui crépite

  13. Bad boy

  14. Laisse mon biz tranquille

  15. Ils me croyaient mort

GANGSTA RAP

  1. Paname, capitale de crime

  2. Automatique

  3. Amalgame

  4. 19 OZ

  5. Ce soir on sort

  6. Précipice

  7. Anarchie, rap et gun (A.R.G.)

  8. Mes types opèrent

  9. Cause trop de dégâts

  10. Un gab incroyable

  11. Juste un aperçu

  12. 19 Side

  13. Ton name sur ma liste

ANTISYSTEME

  1. A 100 à l’heure

  2. Mauvais playeur

  3. De Paris à Miami

  4. De Riquet à Little Havana

  5. Viens dans mon univers

  6. Endroit de misère

  7. 72H

  8. West Coast

  9. Les règles du jeu



INTRODUCTION



Le rap français représente le deuxième marché mondial du secteur, juste après le rap américain. Selon un sondage effectué par You Gov en mai 2015, un français sur cinq écoute du rap et parmi eux les femmes sont deux fois plus nombreuses que les hommes.

Et pourtant, ce style musical très populaire n’est pas suffisamment présent dans les médias officiels, à l’exception de quelques artistes qui ont délaissé le rap en faveur de la variété (Maitre Gims, Black M ou MHD) ou encore ceux qui se font inviter dans les émissions de grande écoute seulement pour être tournés en dérision. Même le mastodonte du secteur, Booba, fait sa publicité sur les réseaux sociaux et gère sa propre radio et sa chaîne de télévision, sans vraiment être présent dans les médias officiels. Ce n’est qu’après avoir été invité par la prestigieuse université de Harvard pour donner des cours sur l’entreprenariat dans les banlieues difficiles que les médias officiels l’ont remarqué.

Pourquoi une telle condescendance envers le rap et le hip hop dans les médias officiels ? Est-ce à cause de l’élitisme des milieux intellectuels où la culture populaire n’a pas droit de cité ? Ou le résultat de non-mixité sociale où les jeunes issus des classes populaires ne peuvent accéder aux meilleures écoles et n’apprennent pas à maîtriser la langue de Molière ?

Dans un billet publié en janvier 2007 sur son blog Le futur, c’est tout de suite, écrivain et politologue Guy Sorman explique qu’il existe en France un apartheid anti-jeunes. « Le refus de toute évolution dans ces universités de masse, ni sélection, ni formation substantielle, enferme la jeunesse française dans une ségrégation, un apartheid que déterminent l’argent et l’origine culturelle. »

La France est-elle vraiment le pays des droits de l’homme ? Si oui, comment peut-elle tolérer les ghettos, tellement anachroniques dans une démocratie moderne, puisque les cités populaires aux abords des villes françaises correspondent bien à cette définition ? Dans ces quartiers, la collectivisation sociale-démocrate a concentré les minorités ethniques et défavorisées en engendrant une ségrégation sociale depuis laquelle il est difficile de briser le plafond de verre.

Les rappeurs crient leur douleur de vivre dans ces ghettos et haïssent la France qui ne parvient pas à les considérer comme citoyens à part entière. Dans leurs textes, on rencontre la rage contre le système, la violence structurelle qui entraine la criminalité, la soif de vengeance et les règlements de comptes, les armes, le sang et le sentiment de ne pas appartenir au reste de la communauté. Vivre dans une banlieue défavorisée, selon Booba, « c’est pousser comme une ortie parmi les roses » (Ma définition, 2002). Très lucide, Kerry James dénonce la création même des cités populaires où les citoyens issus de l’immigration sont regroupés dans les logements sociaux loin des centres-villes et des transports, où ils ne côtoient pas le reste de la population. « On ne s’intègre pas dans le rejet… Comment aimer un pays, qui refuse de nous respecter ? » (Lettre à la République, 2013).

Les artistes dénoncent la violence de l’état post-colonial qui opprime les minorités ethniques et les violences policières sont omniprésentes dans les textes du rap français depuis ses débuts (Suprême NTM, Police, 1993 ; Ministère A.M.E.R., Sacrifice de poulets, 1995). Selon le collectif UNPA – Urgence : notre police assassine, chaque année une quinzaine de personnes sont tuées par la police française. Les autres bavures policières sont innombrables, depuis le délit de faciès jusqu’aux fouilles dégradantes et viols dans les commissariats, évoqués très explicitement par Tunisiano « vos GAV foutent la frousse, il m’a dit ‘penche toi et tousse’ » (Je porte plainte, 2008). Ces comportements qui jouissent de l’impunité des tribunaux suscitent le rejet de la force publique par les citoyens des quartiers populaires et peuvent provoquer les scènes de guérilla urbaine.

Certains ne se font pas d’illusion et estiment que c’est le système éducatif français qui est responsable du développement du racisme. De nombreux sociologues ont souligné la baisse du niveau des bacheliers français par rapport à leurs petits collègues européens et les associations dénoncent régulièrement la volonté des instituteurs à supprimer toute compétition et baisser le niveau d’exigences afin d’enrayer les « inégalités ». Pour Sefyu, rappeur et éducateur de métier, l’éducation nationale fonctionne comme le goulag duquel il est impossible de sortir libre, « la France a le seum de nous voir assumer les études, en somme, ils veulent qu’on consume du seum » (Goulag, 2006). On se souviendra de l’enfance de Malcolm X qui voulait devenir avocat mais ses professeurs lui faisaient remarquer qu’il était noir et qu’un emploi de cireur de chaussures était mieux adapté pour lui ; on retrouve les parallèles de cet insoutenable racisme américain des années 1960 dans les paroles des rappeurs français du XXIème siècle. Ainsi, Mister You conseille de se méfier du système éducatif français en lequel il a perdu tout espoir, « petit frère leurs paroles, c’est d’la merde faut pas t’y fier, t’as beau être fort à l’école eux ils t’conseilleront pâtissier » (La rue puis la prison, 2007). Soprano, pour sa part, fustige les politiques culturelles qui ont oublié les cités populaires, « pourquoi vouloir une bibliothèque dans vos favelas ? » (La Marche, 2013).

Le rap français est très politique. Tout comme les États-Unis, pays bâti sur l’esclavagisme et la ghettoïsation des amérindiens qui a engendré le rap contestataire, la France ne pouvait que faire naître en son sein le résultat de la colonisation et des guerres impérialistes. Aux États-Unis, l’abréviation RAP est l’acronyme de rhythm and poetry ; en France il est plutôt celui de rythm and politics. Evidemment, le cliché du rappeur « classique » qui brandit les liasses de billets, promène des jeunes femmes légèrement vêtues et frime dans les voitures de luxe existe sur le marché français. Pourtant, la contestation du système politique et social en place est le leitmotiv qu’on retrouve chez chacun des artistes de ce genre musical. Souvent, les politiciens français sont nommément pointés du doigt « Marine Le Pen c’est toi la racaille » (Booba, Paname, 2011) ; « j’sais pas si le pire c’est que les narcotiques s’introduisent ou que les Sarkozy se reproduisent » (Kaaris, MBM, 2013).

Certains veulent prendre la revanche sur une société qui les a tant opprimés. Beaucoup de rappeurs français ont basculé vers la délinquance et certains ont purgé des peines de prison ferme pour outrage et rébellion, violences en réunion, cambriolage, séquestration, détention d’armes ou encore trafic de stupéfiants. D’autres n’ont pas un passé délinquent mais surfent sur la vague du gangsta rap et décrivent la criminalité qu’ils voient autour d’eux, tout en incluant les disclaimers dans leurs clips pour ne pas risquer des poursuites : « Ceci est une fiction, mais la réalité dépasse la fiction » (Goulag feat. Sefyu, Qui peut m’égaler, 2013). D’autres encore écrivent les textes contre le racisme et parfois inspirent les émeutes contre les forces de l’ordre qui multiplient les bavures, « j’ouvre ma gueule pour toutes les minorités, il faut s’armer » (Sefyu, La Légende, 2006). Les auteurs du rap conscient appellent les jeunes à résister à la tentation de l’argent facile pour se remettre au travail et à la prière, « j’appelle ‘la racaille’ à une sérieuse remise en question, pour se ranger y’a mieux que l’argent, y’a la religion » (Rohff, Message à la racaille, 2004). Booba, lui, a souhaité avoir sa revanche sociale par sa propre réussite financière et la possibilité de produire à son tour de nouveaux artistes indépendants, « parce que j’veux voir c’pays en sous-vêtements » (Ma définition, 2002). A part sa propre radio et sa chaine de télévision, l’artiste a également lancé sa marque de vêtements Ünkut, le label qui fait penser au mot anglais uncut signifiant « non coupé » ou « non censuré ». Ainsi, Booba, qui voulait déshabiller la France, désormais habille ses jeunes en ses polos promouvant la liberté.

La France étant le pays européen le plus consommateur de cannabis avec ses 3,9 millions de fumeurs, beaucoup de textes de rap sont consacrés à ce thème. Les cités populaires gangrénées par le chômage y trouvent la seule source de revenus et les pouvoirs publics laissent faire pour avoir la paix sociale. La légalisation de ce marché revient constamment dans le débat public car l’état aimerait taxer le crime, mais ne rentrera jamais en vigueur car les dealers n’abandonneront pas si facilement les terrains pour lesquels ils ont tiré ou purgé des peines de prison. Les rappeurs décrivent ces réalités sociales dans leurs textes, y compris symboliquement ; ainsi, lorsqu’un artiste dit « mes textes sont de la frappe » il promet qu’ils vous apporteront l’extase comme si vous étiez sous emprise d’une drogue de très bonne qualité.

Dans une société post-féministe où le père est relégué au statut de simple géniteur, obligé de se battre pour voir ses enfants dans le cas d’une séparation et ne pouvant ni empêcher un avortement ni renoncer à une paternité non désirée, le démantèlement de la famille a fait ressurgir le conservatisme sociétal. Dans le rap, il s’exprime par une volonté de faire revenir la féminité et rendre à la femme sa place traditionnelle. Lorsqu’ils essaient, de façon très imagée, d’apprécier la gent féminine en tant qu’objets d’art à posséder et à montrer, ils sont accusés de l’objectification des femmes et de la misogynie. Il est vrai que certains textes sont sexuellement explicites, « j’te prends matin midi et soir biatch comme un antibiotique » (Booba, Paname, 2011) ou utilisent les termes dégradants pour les femmes qui ont pris trop de pouvoir par rapport aux hommes, « même les chiennes qu’ont né-tour finiront par s’marier » (Rohff, Dirty House, 2007). Les associations féministes ont même poursuivi en justice le rappeur Orelsan pour les propos violents, provocateurs et sexistes. Selon Le Monde, la Cour d’appel a décidé de relaxer l’artiste en expliquant que le rap était « par nature un mode d’expression brutal, provocateur, vulgaire, voire violent puisqu’il se veut le reflet d’une génération désabusée et révoltée ». Il faut croire que les deux tiers des fans du rap français que représentent les femmes ne se sentent pas offusquées par ces paroles et qu’elles s’inscrivent elles-mêmes à la vague conservatrice qui a marqué la transformation actuelle des sociétés post-féministes.

où les minorités ethniques sont reléguées au second plan et laissées pour compte, le rap a engendré un style d’expression appelé ego trip, dans lequel l’artiste se met en valeur en utilisant les superlatifs et en s’attaquant à la concurrence, parfois en évoquant les tueries (au micro) : « Arrêtez l’rap avant qu'on vienne tous vous saucissonner, faites comme le pape, ouais, démissionnez » (Goulag, Qui peut m’égaler, 2013) ; « J’suis pas venu vous blesser, j’suis venu pour vous dead, j’viens vous faucher » (Ol Kainry, La Faucheuse, 2010) ; « Ton cadavre derrière quelques plots » (Kaaris, Zoo, 2013). Aucun rappeur n’échappe à ce style et on assiste régulièrement aux clashs entre les artistes qui tentent de s’imposer contre un concurrent, au lieu d’avancer tous ensemble contre un monde qui les opprime. Ces insultes, ainsi que les armes que les rappeurs brandissent dans leurs clips, doivent être comprises dans ce contexte et jamais au sens littéral.

Il est de même avec l’affaire Charlie Hebdo au sujet de laquelle plusieurs artistes se sont exprimés. Les caricatures du journal satirique qui se moquaient du prophète Mohammed, de Jésus Christ ou encore des membres de la communauté juive, ont été vécues comme humiliantes voire racistes et dirigées contre les membres les plus faibles de la société par un très grand nombre de nos concitoyens. La confession religieuse vient rarement d’un choix libre, elle est le plus souvent héritée des parents et représente une composante majeure de notre identité. Ainsi, blasphémer l’islam ou le judaïsme, c’est « humilier les faibles de la société que sont ces immigrants », juge le démographe Emmanuel Todd dans son ouvrage Qui est Charlie ? Sociologie d’une crise religieuse (Editions du Seuil, 2015).

Avant même l’assassinat des dessinateurs, en 2013, le rappeur Nekfeu s’est révolté contre leur racisme en disant, « je réclame un autodafé pour ces chiens de Charlie Hebdo » (La Marche, 2013). Plus tard, après les attentats, c’était le tour de Booba pour provoquer le tollé en laissant entendre que les dessinateurs sont partis trop loin en diffamant le prophète : « Ai-je une gueule à m’appeler Charlie ? Réponds-moi franchement. T’as mal parlé, tu t’es fait plomber ; c’est ça la rue, c’est ça les tranchées » (Booba, Les meilleurs, 2015). Ces rappeurs ont donné la voix à tous ceux qui ont été blessés par les caricatures jugées racistes et qui estimaient que la diffamation n’était pas le synonyme de la liberté de parole. Evidemment, ces textes ne relèvent pas de l’apologie du crime ; la preuve, aucun des deux rappeurs n’a été poursuivi en justice pour ses propos.

Le résultat logique du déclassement des cités populaires est l’émergence du verlan, une forme d’argot basée sur l’inversion des syllabes qui a également intégré les mots issus des langues étrangères utilisées par les immigrés. On y retrouve les mots d’origine arabe (kho, seum, halla) africaine (babtou, khalis) romani (rodav, racli, bouillav) ou serbe (pouchka). Contrairement aux Etats-Unis où le « slang » a été intégré dans les dictionnaires, le verlan est stigmatisé en France et fortement déconseillé dans l’entreprise, à tel point que les non-initiés ne le comprennent pas. Il est curieux que le lexique utilisé quotidiennement par une grande partie de la population française ne figure pas dans les dictionnaires classiques. Nous avons ajouté un dictionnaire de verlan et des localismes utilisés dans le 19ème arrondissement parisien, le « langage V » (bavon, plavon, javon) à la fin de ce livre.

Hanibal est un rappeur et auteur parisien du 19ème arrondissement qui aimerait resusciter le rap à l’ancienne. En 2007, alors qu’il était élève du Lycée mécanique de Gambetta à Paris, il forme le groupe Logik avec trois copains de classe et enregistre son premier maxi album avec six titres, dont un solo et un featuring. L’album a été financé par le lycée et préparé dans le studio qui appartient au rappeur L’Artiste. Le logo du groupe était un papillon bleu.

En été 2012, il enregistre un single intitulé « Dur de percer » avec Dany Dan des Sages Poètes de la Rue. Puis il prépare sa première mixtape, 19 OZ, en collaboration avec plusieurs rappeurs du 19ème arrondissement, comme S.Prix, SLK ou Seres. Leurs voix brisées par la rue, ils décrivent les expériences carcérales et les gardes à vue à répétition qui font partie de leur quotidien. Le 14 juillet 2016, il se produit sur scène à la Place de la République, à Paris, à l’occasion de la journée d’action contre les violences policières, aux côtés du collectif des familles de victimes "Urgence notre police assassine" et de l’ONG américaine Black Lives Matter. Au concert, il a chanté son freestyle Haute Fréquence et le titre Endroit de Misère, ce qui lui vaudra sa première revue de presse réalisée par Médiapart.

Nous avons réuni les premiers textes de cet artiste d’exception, habité par une rare violence mais toujours désireux à « monter sur les nuages faire des smacks ».



Natasa Jevtovic, Contrepoints





CHAQUE JOUR LE MÊME JOUR


Chaque jour je me lève et je constate que c’est le même jour

D’où vient ce problème, moi ou ce système ?

Je ne comprends plus rien, vingt-quatre piges et toujours rien

Moral à zéro

Tolérance zéro

Il n’y a qu’avec les miens que je rigole

Pourtant rien dans les che-po, que du barros

Demande aux agents qui me connaissent et me contrôlent tous les jours

J’en ai marre de cette hypocrisie française

C’est une mascarade

Béton dans leur piège en plein dents

Pour eux nos vies sont des jeux

Un jour je vais m’en sortir


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