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MANUELS POUR ÉCRIVAINS

COMMENT ÉCRIRE

UN ROMAN





ERIC NZHIE

Copyright © 2017 par Eric Nzhie

Tous Droits Réservés.

Publié par Living Books Publishing.

ISBN: 1548418080

ISBN-13: 978-1548418083





DÉDICACE





À tous les africains qui voudront utiliser la communication par écrit pour véhiculer un message utile et agréable, avec l’espoir que vous saurez proposer une plume pertinente, et pas simplement libidineuse !



























SOMMAIRE




Dédicace

3


Remerciements

7


Introduction

9

1

Histoire du roman

10

2

Les genres romanesques

17

3

Les bases du roman

23

4

Comment trouver de l’inspiration

33

5

Faites du brainstorming

43

6

Comment structurer son roman

53

7

Les éléments du roman

61

8

Comment écrire les dialogues

65

9

Comment créer les personnages

77

10

Comment élaborer un récit

93

11

Comment écrire une histoire

97

12

Faites lire vos écrits

113

13

Appendice: le Roman africain

119


Bibliographie

129


A propos de l’auteur

143

remerciements





Un grand merci à tous ceux qui ont cru en moi et qui m’ont encouragé d’une manière ou d’une autre, dans cette passion pour la lecture et l’écriture. Votre soutien a été sans égal, vous avez toute mon admiration !















INTRODUCTION



À l’origine, le mot « roman » désigne la langue courante populaire, parlée en France avant l’ancien français, qui s’oppose au latin, la langue des érudits et des clercs. Puis il désigne un récit médiéval écrit, en vers ou en prose, adapté de la littérature latine.

Chez les anglo-saxons, le mot pour roman est no-vel (du latin novella, en usage en espagnol et en italien). L’histoire du roman anglo-saxon passe par l’activité du storyteller (conteur de nouvelles ou d’histoires) et celle du story-writer (auteur de nouvelles écrites ou scénariste). Miguel de Cervantès, auteur de Don Quichotte (1605) est considéré comme le premier véritable romancier de toute l’Europe.

Le roman a pris une forme plus personnelle, devenant un livre d’histoires qu’on peut emporter et même posséder pour soi. Il se définit aujourd’hui comme une « œuvre d’imagination constituée par un récit en prose d’une certaine longueur, dont l’intérêt est dans la narration d’aventures, l’étude des mœurs ou des caractères, l’analyse de sentiments ou de passions, la représentation du réel ou de diverses données objectives ou subjectives. » – Grand Dictionnaire Encyclopédique, Larousse.

Après la Bible (4 milliards d’exemplaires vendus), le Coran (3 milliards d’exemplaires) et le petit livre rouge de Mao (800 millions d’exemplaires), le roman est le genre littéraire le plus lu et le plus vendu à travers le monde (plus de 500 millions d’exemplaires vendus).

Le roman fascine tous les âges à partir de 09 ans et au-dessus. C’est le genre qui fait facilement voyager les jeunes, leur suggérant des modèles de héros (pour les garçons) et de princes charmants (pour les filles). On y trouve de tous les goûts et ce n’est surtout pas les auteurs qui manquent d’imagination.

La communication écrite n’a jamais été aussi directe et personnalisée. Originellement écrit en vers, la prose a été préférée dès le début du 13ème siècle à cause de la facilitation pour la lecture individuelle. En effet, le polymorphisme dans le cas du roman touche presque tous les domaines et chacun y trouve son compte…

Médium de communication par écrit d’excellence, j’ai pensé qu’il était nécessaire et important pour les écrivains et auteurs potentiels de notre époque, d’en explorer les contours. L’écriture de création est un bon moyen de mettre en scène l’homme dans la société, et de véhiculer en même temps un message important sous une plume plaisante.

Partant donc de l’histoire des genres romanesques, vous verrez tour à tour les bases du roman, la formation de sa structure ; les sources d’inspiration pour écrire le vôtre et la technique du brainstorming pour développer votre idée de départ ou le début de votre histoire. Ensuite les éléments qui composent une intrigue et surtout comment ficeler vos dialogues et créer des personnages authentiques. Puis un rappel pour écrire un bon récit et une bonne histoire. Enfin un conseil extraordinaire pour tout auteur : avoir des lecteurs honnêtes pour parfaire son style et offrir au monde un livre de qualité.

À vos succès d’écriture !





1

HISTOIRE DU ROMAN



Le roman a connu des formes et une reconnaissance variables entre le XVIIe siècle et notre époque.

1. Les sources du genre : de l'auditeur au lecteur

Aujourd’hui, le terme « roman » désigne un genre que l'on oppose généralement à la poésie. Il n’en n’était pas ainsi au départ. Au moyen-âge, le terme roman désignait un ouvrage littéraire écrit en langue romane (encore appelée langue d’oïl utilisée au nord de la France) et non en latin (utilisé par les lettrés et le clergé). Le roman est donc un récit littéraire, écrit en vers et rédigé en langue romane, c'est-à-dire en langue vulgaire. L'expression « mettre en roman », apparue vers 1150, signifie donc « traduire en langue vulgaire ».

C'est cette forme du « roman » que les troubadours et trouvères utilisent pendant tout le Moyen-âge, pour raconter les exploits des chevaliers. Il ne faut pas oublier qu'à l’époque, le récit écrit n'est qu'un support pour la mémoire, puisque la littérature est profondément orale : ses destinataires sont des auditeurs et non pas, comme aujourd'hui, des lecteurs. Cette littérature s'adresse d'ailleurs à un public restreint, celui des seigneurs et de leur cour.

Le roman le plus ancien est le Genji Monogatari (Le Dit du Genji), œuvre emblématique de la littérature japonaise, écrit au début du XXIe siècle. C'est aussi le premier roman psychologique et le plus ancien texte encore considéré comme un classique. Aujourd'hui reconnu universellement comme un chef-d'œuvre, le Dit du Genji exerça une influence très faible sur la littérature occidentale et même asiatique.

Dans la littérature occidentale, on considère généralement que le roman moderne naît avec Chrétien de Troyes (auteur des premiers romans arthuriens, env. 1170-1190), Joanot Martorell (Tirant le Blanc, 1490), Rabelais (Les Cinq livres, 1532-1564) puis Cervantès (Don Quichotte, 1605-1615). De façon caractéristique, ces deux derniers romans parodient le roman de chevalerie médiéval. À la langue noble et aux lieux communs du roman de chevalerie, ces auteurs opposent la diversité des langages de toute la société et un parti pris de réalisme, voire de trivialité.

Le roman de chevalerie n'est pas le seul modèle dont se sont inspirés les premiers romanciers modernes. La nouvelle médiévale ainsi que la littérature et la farce populaire furent des sources également influentes. L'influence de la littérature chrétienne, notamment franciscaine, sur l'œuvre de Rabelais a été également notée.

Rabelais et Cervantès restent des références constantes pour la littérature romanesque.

Chrétien de Troyes, a ainsi su, à travers ses romans (Le Conte du Graal, Lancelot ou Le Chevalier de la charrette, Yvain ou Le Chevalier au lion, etc.) :

− créer un genre narratif, enchaînant des épisodes suivis et entrelacées de différentes histoires ;

célébrer les exploits d'hommes valeureux et exceptionnels dans un temps légendaire ;

mettre en relief les éléments culturels et religieux qui parcourent toute cette période du XIIIe siècle.

Ces trois aspects sont précisément les orientations qui guident encore aujourd'hui la perception du roman. Lorsque nous lisons un roman, nous sommes attentifs :

à la façon dont chaque auteur module les caractéristiques du genre romanesque ;

− au « héros », motif central du roman ;

− et enfin à la vision du monde qui transparaît à travers l'œuvre.

Au XVe siècle, grâce à la diffusion de l'imprimerie par Gutenberg, après la Bible, premier ouvrage imprimé en 1455, le roman bénéficie d'un public plus large, fait beaucoup plus de lecteurs que d'auditeurs.

2. XVIIe siècle : le roman pastoral et le roman d'analyse

Le roman pastoral

Avec la Renaissance, les divertissements de cour, la mode et les comportements se transforment à nouveau : les spectacles et les arts remplacent ainsi peu à peu les tournois et autres jeux où la violence primait. Apparaît alors un nouveau type de romans qui connaîtra un certain succès : le roman pastoral.

Dans L'Astrée, Honoré d'Urfé met en scène, dans un territoire grec préservé des guerres, des personnages en habits de bergers ou de nymphes dont toute la vie est tendue vers l'amour et l'harmonie. Les hommes, loin d'être pourvus de qualités guerrières, se distinguent par leur noblesse d'âme et leur sensibilité, et tous les personnages rivalisent d'éloquence comme de goût. Un peu plus tard, dans la seconde moitié du XVIIe siècle, Madeleine de Scudéry écrit des romans (Arta-mène, Clélie) dans lesquels les lecteurs peuvent découvrir les parcours amoureux des personnages, récits très longs car fondés sur le détail des émotions et des progrès faits par les protagonistes sur la « Carte du Tendre ».

Critique du roman pastoral et le roman d'analyse

Le roman pastoral, malgré son succès, se trouve vite discrédité. Les personnages semblent d'une perfection peu crédible, l'atmosphère est ressentie comme trop idyllique, et certains auteurs et lecteurs (en particulier les lecteurs qui n'appartiennent pas à la noblesse) s'en éloignent. Une autre direction se dessine encore, représentée par La Princesse de Clèves, de Mme de La Fayette, chef d'œuvre du classicisme et du « roman d'analyse ». Ce roman présente plusieurs spécificités qui le rendent remarquable : Le récit s'ancre, non plus dans une Antiquité lointaine ou une histoire de légende, mais dans l'histoire réelle. Mme de La Fayette situe en effet ses personnages dans le contexte du XVIe siècle, sous le règne d'Henri II, environ cent vingt ans avant le moment où elle écrit.

Les personnages sont inspirés de personnalités réelles de la Cour d'alors, et l'auteur mêle donc réalité historique et fiction. Ce qui offre aux lecteurs le plaisir du « décryptage ». La langue employée dans ce roman est extrêmement classique (pas d'oralité), de la mesure dans l'expression (pour mieux révéler les troubles et les secousses engendrés par la passion amoureuse). La psychologie des personnages est donc un élément essentiel de ce roman comme des romans d'analyse qui lui succèderont.

Ainsi, le roman au XVIIe siècle est varié dans ses formes comme dans ses codes, et a un lectorat divers. Cependant se dégagent certains points communs : la narration d'épisodes centrés autour de personnages que le lecteur suit dans son parcours, et une prose au service de l'action et de la peinture des sentiments.

3. XVIIIe siècle : le roman épistolaire

C'est en Grande-Bretagne que le roman acquiert sa place centrale dans la littérature, par l’intérêt que lui porte une population récemment alphabétisée. Les premiers romans à succès paraissent, tels Robinson Crusoé ou Tristram Shandy. Le renouveau du roman se propage rapidement en France et en Allemagne comme l'esprit des Lumières. Sa forme et son esthétique changent aussi. Jusqu’alors, la fiction était mise en avant de façon ludique par des auteurs comme Laurence Sterne. Mais progressivement, elle va être dissimulée sous l'apparence d'un récit authentique : biographie, confession, correspondance, récit de voyage… Le Robinson Crusoé de Daniel Defoe illustre très bien cette évolution.

Dans la seconde moitié du XVIIe siècle et tout au long du XVIIIe siècle, le roman par lettres se développe et connaît un grand succès. Ces ouvrages se présentent sous la forme de lettres croisées, envoyées et reçues par les différents personnages. Plusieurs particularités propres à cette forme sont à relever.

Tout d'abord, la forme épistolaire permet à l'auteur de jouer sur les frontières entre réalité et fiction. Plusieurs de ces romans se présentent ainsi comme un échange réel de lettres, et l'auteur affirme alors n'être que le découvreur et l'éditeur de ces textes. Cela permet bien-sûr de contourner la censure ou la condamnation (pour immoralité, ou irréligion), mais cela offre aussi la possibilité de faire entrer plus facilement le lecteur dans un univers vraisemblant.

En outre, le fait que le récit soit formé de lettres engendre une conséquence importante : le changement de narrateur. En effet, le roman a autant de narrateurs qu'il y a de personnages écrivant les lettres. De ce fait, des points de vue divergents sur un même épisode se confrontent, et le lecteur a le plaisir de saisir les incompréhensions, de comparer les perceptions de chacun, comme s'il observait les faits selon une multiplicité d'angles.

Quelques exemples de romans épistolaires : Les Lettres Persanes de Montesquieu, La Nouvelle Héloïse de Rousseau et Les Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos.

4. XIXe siècle : le triomphe du roman

À la suite des Lumières, avec le développement industriel et l'essor de la bourgeoisie, le roman connaît au XIXe siècle un grand succès, et s'oriente majoritairement vers une représentation fidèle de la réalité sociale sans se limiter à la classe dirigeante.

Le mouvement littéraire du réalisme s'attache ainsi à décrire scrupuleusement les faits et gestes de personnages issus du « peuple » ou du « grand monde ». Balzac révèle cette ambition totalisante à travers le titre qu'il choisit pour rassembler ses ouvrages : La Comédie humaine. Ce titre ne signifie en aucune manière une intention comique, il signifie la volonté de saisir les masques et les diverses conditions ou états des hommes. Flaubert (L'Éducation sentimentale) et Maupassant (Une Vie, Pierre et Jean) cherchent également à montrer aux lecteurs les parcours de personnages parfois très humbles, en privilégiant une narration objective.

Parallèlement, le lectorat féminin apprécie toujours les ouvrages relatant des histoires d'amour « romanesques ». Ce que Flaubert met précisément en scène dans Madame Bovary, roman dans lequel le personnage éponyme se nourrit de rêves sans jamais pouvoir se satisfaire de la réalité.

Un peu plus tard, le naturalisme poursuit cette ambition, avec un aspect scientifique plus marqué. Pour Zola, le roman doit être une sorte de « laboratoire » grâce auquel on peut étudier les comportements humains et les révéler (voire les dénoncer). S'appuyant sur des notes précises, des romans comme Nana, Germinal, La Bête humaine, etc. évoquent un pan de la société et des conflits ou problèmes réels, à travers la fiction.

William Wells Brown (1814–1884) et Victor Séjour (1817–1874) sont reconnus pour avoir produit les premiers romans de la littérature afro-américaine. Victor Séjour est né à La Nouvelle-Orléans en Louisiane ; il part en France à l’âge de 19 ans et publie en 1837 une courte histoire en français : « Le Mulâtre » (The Mulatto). William Wells Brown est un abolitionniste, romancier et historien. Esclave dans le Sud, il réussit à s’échapper et s’installe par la suite à New York. Il écrit le premier roman noir américain, publié en Angleterre et intitulé The President's Daughter en 1853. Il raconte la relation entre Thomas Jefferson et son esclave noire Sally Hemings (les analyses ADN menées par Dr Eugene Foster sur les descendants connus de Jefferson et de Sally Hemings, ont prouvé qu'Eston Hemings était bien le fils de l'ancien président et de son esclave noire). Le premier roman afro-américain publié aux États-Unis est celui Harriet Wilson « Our Nig » (1859) qui évoque les difficultés des Noirs dans la partie nord du pays.

5. Vers le contemporain

Aux XXe et XXIe siècles, le roman est toujours un genre particulièrement prisé par les auteurs comme par le public, mais la variété qui l'a toujours caractérisé s'accroît encore :

Certains romanciers creusent la veine du XIXe siècle et s'attachent à la description du réel – tout en apportant des innovations de style ou de construction. Parmi eux, de nombreux auteurs, marqués par la violence de la première moitié du XXe siècle, prennent position par rapport à l'insupportable (la guerre, le nazisme, le racisme, l’impérialisme, le colonialisme, etc.) dans des romans engagés : ainsi Céline, avec Voyage au bout de la nuit, Malraux dans L'Espoir, Camus avec La Peste, Aimé Césaire avec La Tragédie du roi Christophe, Richard Wright avec Black Boy, Le vieux nègre et la médaille, etc.

Le roman russe a donné au roman réaliste plusieurs chefs-d'œuvre : Guerre et Paix et Anna Ka-rénine de Léon Tolstoï (1873-1877), Pères et fils de Ivan Tourgueniev (1862), Oblomov de Ivan Gontcharov (1858). Enfin, l'œuvre romanesque de Dostoïevski, dont l'importance pour l'histoire du roman est fondamentale peut être rattachée à ce mouvement. Le réalisme s'impose aussi dans le reste de l'Europe : George Eliot et Anthony Trollope en Angleterre, Eça de Queiroz au Portugal, Giovanni Verga en Italie. En Allemagne et en Autriche, le style Biedermeier impose un roman réaliste empreint de moralisme (Adalbert Stifter). Au début du XXe siècle, ce sont les écrivains américains tels que John Steinbeck, Jack London ou Ernest Hemingway qui perpétueront le style naturaliste.

Le roman d'analyse est toujours présent, ainsi que le roman historique ou le roman d'aventures. Le roman policier (apparu au XIXe siècle) connaît un essor important, ainsi que le récit de science-fiction.

Dans les années 1950, le « nouveau roman » refuse la psychologie et toute subjectivité. Les auteurs de ce courant (Robbe-Grillet, Duras, Sarraute) ne livrent que l'extérieur des choses et des êtres, laissant au lecteur le soin de « construire » un personnage et un univers.

Enfin, les frontières entre fiction et réalité se brouillent, avec des genres comme l'autofiction qui mêle autobiographie et fiction.



« Le but suprême du romancier est de nous rendre sensible l’âme humaine, de nous la faire connaitre et aimer dans sa grandeur comme dans sa misère, dans ses victoires et dans ses défaites. » – Georges Duhamel, médecin et écrivain français.





2

LES GENRES ROMANESQUES





Depuis les romans de chevalerie du Moyen-âge, le roman n’a cessé de se diversifier, montrant un dynamisme exceptionnel tout au long de son histoire.

Le roman répond au désir d’évasion du lecteur, mais il rencontre également les préoccupations du temps, anticipe sur les mutations de la société, dénonce les conventions sociales en leur opposant les vérités profondes des désirs et des passions. Humour, passion, engagement : la vitalité du roman se manifeste à travers le renouvellement des formes et des situations romanesques, à travers les prises de conscience qu’il suscite chez le lecteur, la quête des valeurs nouvelles qu’il lui propose.

La diversité des genres romanesques témoigne de cette formidable énergie du roman.

1. Le roman d’analyse

Le roman d’analyse se consacre à explorer les sentiments de personnages souvent partagés entre l’amour et la vertu, le désir et le renoncement. Dans un décor resserré, le roman d’analyse décrit leurs réactions devant une passion soudaine qui les déborde, un choix de vie difficile. Anxieux, tourmentés, les personnages interprètent les attitudes, les paroles, les regards des autres; ils s’analysent eux-mêmes, avec exigence, avec lucidité.

Écrit dans un style sobre et dépouillé, le roman d’analyse s’illustre au XVIIe siècle avec La Princesse de Clèves de Mme de La Fayette, dans un siècle qui aime l’étude des caractères. On le retrouve à l’époque romantique et aussi au XXe siècle avec par exemple La Porte étroite d’André Gide.

2. Le roman par lettres

Les personnages rapportent leurs découvertes, confient leurs émotions, entretiennent le dialogue avec un être cher. Si la lettre est l’occasion de rapporter directement un témoignage, d’exprimer un sentiment, elle est aussi un moyen de séduction, de conquête du destinataire. Dans le roman par lettres, l’échange des lettres multiplie les points de vue, fait avancer l’action. Lettres secrètes, perdues, interceptées : les intrigues se croisent, le roman progresse à travers le jeu subtil des correspondances.

Le roman par lettres connaît son plein essor au XVIIIe siècle qui privilégie l’échange des idées et des sentiments. Ironie philosophique, exaltation des passions amoureuses, stratégies du libertinage, le roman épistolaire donne ses chefs-d’œuvre : les Lettres persanes de Montesquieu, la Nouvelle Heloïse de Rousseau, les Liaisons dangereuses de Laclos.

3. Le roman autobiographique

Il ne faut pas confondre le roman autobiographique avec l’autobiographie d’un auteur qui fait le récit de sa propre vie. Le roman autobiographique met en scène un personnage fictif qui, arrivé au terme de son existence, raconte son histoire au lecteur à la première personne. Avec ses succès, ses échecs, le héros traverse les milieux les plus divers, tandis que l’écrivain joue du regard que le narrateur vieillissant porte sur le jeune homme – enthousiaste, amoureux et ambitieux – qu’il a été.

Dans la première partie du XVIIIe siècle, les romans autobiographiques se multiplient : Gil Blas de Santillane de Lesage, Le Paysan parvenu de Marivaux. Chateaubriand le reprend dans René, Balzac dans Le Lys dans la vallée. Nombreux sont les écrivains qui aujourd’hui rapportent ainsi l’itinéraire social, sentimental de leur héros.

4. Le roman historique

Faire revivre le passé, recréer l’atmosphère d’une époque disparue: le romancier offre alors au lecteur un univers romanesque ancré dans l’Histoire. Les personnages fictifs croisent des personnages historiques, évoluent dans un cadre minutieusement reconstitué. Le pittoresque des lieux, des objets, le charme du dépaysement s’ajoutent à l’évocation des conflits politiques et militaires, des structures sociales, des confrontations idéologiques qui ont animé une époque.

Si dès le XVIIe siècle les lecteurs apprécient les romans historiques, c’est au XIXe siècle que le genre triomphe. Les musées se multiplient, le mouvement romantique redécouvre l’antiquité et le moyen-âge. Des écrivains prestigieux, Hugo, Dumas, Alfred de Vigny, Barbey d’Aurevilly, des romanciers populaires comme Paul Feval illustrent ainsi le roman historique.

5. Le roman réaliste

L’écrivain réaliste construit son récit, présente ses personnages de manière à donner au lecteur l’impression de la réalité. Les lieux de l’action appartiennent au monde réel ; les personnages traversent des situations empruntées à la vie quotidienne.

Aux XVIe et XVIIe siècles, le roman réaliste, proche de la farce satirique et burlesque, donne une grande place au corps. Il montre au XVIIIe siècle le rôle de l’argent dans la société. Au XIXe siècle, Balzac, Flaubert, Maupassant, Zola, les frères Goncourt démontent les mécanismes sociaux qui écrasent les individus, soulignent l’influence du milieu et de l’hérédité, font place — parfois dans de vastes fresques romanesques — ceux qui sont exclus : le peuple, les pauvres, les prostituées. Les romanciers du XXe siècle poursuivront l’héritage des écrivains réalistes et naturalistes : représenter la réalité et « fouiller le vrai ».


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