Excerpt for La Carte de Tinder by , available in its entirety at Smashwords

La carte de Tinder


La carte de Tinder


Amélie Tornade

Table Des Matieres

Préface p.2

Prologue p.3

Première utilisation à New York p.5

Paris, été 2015

Première semaine p.15

Date n°1 : Guillaume au Père Tranquille p.27

Date n°2 : Valentin aux Editeurs p.31


Deuxième semaine p.40

Date n°3 : Michael au Café de l’Industrie p.48


Troisième semaine p.59

Date n°4 : Deuxième rendez-vous avec Guillaume à l’UGC Bercy p.65

Date n°5 : Livio au Louis-Philippe p.79


Quatrième semaine p.85

Date n°6 : Troisième rendez-vous avec Guillaume au Père Tranquille p.87

Date n°7 : Bastien au Petit Poucet p.89

Date n°8 : Aimeric au métro Saint Paul p.93

Date n°9 : Alberto au Workshop p.104


Cinquième semaine p.106

Date n°10 : Deuxième rendez-vous avec Alberto au Père Tranquille p.113


Paris, automne 2015


Sixième semaine p.122

Date n°11 : Quatrième rendez-vous avec Guillaume à Odéon p.123

Date n°12 : Malek au Café de l’Industrie p.132

Date n°13 : Maxime sur les quais près du Louis Philippe p.135


Septième semaine p.142

Date n°14 : Cinquième rendez-vous avec Guillaume à Opéra p.143

Date n°15 : Milan à Strasbourg Saint Denis p.146


Huitième semaine p.151


Neuvième semaine p.155



Epilogue p.163


Préface

Tout le contenu de ce livre est véridique. Il relate deux mois d’utilisation plus ou moins intensive de l’application Tinder à Paris au cours de l’été puis de l’automne 2015.


Par souci de respect de la vie privée de toutes les personnes mentionnées, tous les noms ont été changés. Toutefois, les dates et les heures sont exactes, et le contenu des dialogues a été retranscrit verbatim à la virgule près, ce qui inclut les fautes de frappe, d’orthographe et de grammaire.


Les passages originellement en anglais ont été traduits par mes soins.

Prologue

Paris, novembre 1653.


Dans leur salon, Mlle de Scudéry et ses amis s’ennuient, et décident d’inventer un nouveau jeu. En à peine une demi-heure, ils créent la carte de Tendre.


Le principe est assez simple: lorsqu’un homme et une femme se rencontrent, leur relation commence à la ville de Nouvelle-Amitié – le but du jeu étant de parvenir à la ville de Tendre. A partir de là, trois parcours sont possibles: le plus rapide va tout droit et suit le cours du fleuve Inclination, mais il mène directement à la Mer dangereuse. De part et d’autre de cette route, deux chemins plus longs pourraient mener à destination, mais d’autres pièges se profilent à l’horizon: la ville d'Orgueil, la Mer d'Inimitié, ou le Lac d'Indifférence. Dans tous les cas,le parcours est semé d’embûches.


Le jeu rencontre énormément de succès dans les salons des Précieuses. Chaque samedi, les habitués du cercle reportent les progrès de tel ou tel couple vers Tendre. Les libertins, en revanche, n’aiment pas du tout cette nouvelle distraction: tous ces efforts pour obtenir rien de plus que de la tendresse – une relation platonique en somme – quel intérêt?

Plus de trois siècles plus tard, un nouveau jeu fait rage en société. Celui-là ne requiert ni carte, ni groupe d’amis, ni salon pour se réunir: seuls face à leurs téléphones portables, il est possible aux hommes et aux femmes du 21ème siècle de naviguer dans un espace balisé par la géolocalisation depuis le 15 septembre 2012 par le biais de Tinder, une application conçue par une équipe de six personnes, avec à sa tête un jeune homme d’à peine vingt-six ans. En anglais, le mot signifie « petit bois »; en d’autres termes, la matière combustible qui permet à un feu de s'allumer, d’où le logo en forme de flamme rougeoyante.


Dans les deux cas, le principe est basé sur la topographie, et on est là avant tout pour jouer, un peu comme si on était dans un parc d’attractions. Evidemment, les deux activités présentent trois différences majeures. Pour commencer, dans le monde de Tinder, on ne cherche pas une relation platonique obtenue au prix d’efforts, mais principalement à coucher avec quelqu’un en se fatiguant le moins possible. Ensuite, il ne s’agit pas de deux personnes qui cheminent ensemble vers un objectif, mais d’individus qui errent séparément, la tête baissée sur leurs écrans. Enfin, chaque homme et chaque femme sont sur plusieurs chevaux à la fois, ce qui complique énormément la donne. Si Mlle de Scudéry et ses amis tentaient de dessiner une carte qui refléterait spatialement les échanges via Tinder, elle aurait sans doute autant de complexité que celle du trafic aérien mondial en temps réel.


Pas étonnant que tout le monde se sente perdu.



Première Utilisation à New York

Avec mon meilleur ami Aldric, nous avions décidé d’aller à New York au cours des dix derniers jours de mai. Ce voyage avait été planifié plusieurs mois à l’avance et nous sommes d’humeur très gaie et légère. On va retrouver des amis et mettre nos soucis parisiens de côté. Dès le premier soir, au cours d’un dîner chez une de mes amies de fac, nous décidons, par jeu, de tous créer un compte sur Tinder le temps de notre séjour.

Il ne s’y passe pas grand-chose d’intéressant, mais feuilleter le catalogue à deux ou à trois en se conseillant mutuellement nous amuse énormément. Les filles qu’Aldric découvre via l’application sont en grande majorité de sacrés numéros. On y trouve un nombre effarant de blondes décolorées prenant des selfies de leur poitrine. Quant à moi, peu de profils m’inspirent: beaucoup exhibent leur torse nu, leur voiture, ou leur moto, sans parler de ce récurrent sourire carnassier. Bref, ce n’est vraiment pas le monde de la classe et de l’élégance.

Et puis, neuf jours, ça passe vite. Nous avons beaucoup de choses à faire, à explorer, et d’amis à voir. On s’occupe finalement assez peu de Tinder.


Mais la veille de notre départ, le prince Benedict fait son apparition.


28 mai


0h45. Match n°1 avec Benedict, 31 ans, à cinq kilomètres.

Intérêts communs: Jeff Buckley. Please be awesome1


Rien que ça.

Je sais bien qu’aujourd’hui awesome peut se traduire au choix par « génial », « super », « top », « trop cool », etc.; mais originellement, awesome veut dire « impressionnant » ou « imposant ». Pour moi, c’est du langage d’ado américain mal dégrossi et j’ai une aversion toute particulière pour ce mot. Pour tout dire, c’est sans doute celui que je déteste le plus dans la langue anglaise. Quelle que soit la définition que le prince Benedict a en tête, il place d’entrée de jeu la barre bien haute. Je ne sais pas si je serai suffisamment awesome vu qu’il doit forcément l’être, lui, s’il l’exige de ses princesses.


Mais je n’ai pas le temps de mener plus loin ces réflexions étymologiques puisqu’il entame la conversation peu après le match, à une heure du matin.


B: Bonjour Amélie! Bienvenue! Oh là là il parle même français! Peut-être bien qu’il est vraiment awesome alors!

A: Merci! Ça va? 

B: Ça va bien! Passionnant.

A: Super! Autant avoir l’air enthousiaste, ça m’a l’air d’être une obligation aux Etats Unis.

B: Pourquoi Es-Tu ici? Et c’est parti pour l’orthographe approximative sous prétexte qu’on tapote sur son smartphone…Soupire et continue.

A: Je suis en vacances!

B: Super cool! Pff. Premiere fois ici? Non mon petit je connais bien les Etats-Unis.

A: Non! J’ai vécu aux US en 2005. Parle-moi de toi. Et voyons si tu te souviendras de me rendre la politesse ou si tu vas te lancer dans un CV dithyrambique pour me montrer à quel point tu es awesome.

B: Ahh la ville a changée. Ouh là là l’accord du participe passé avec l’auxiliaire avoir…

A: Ooooh. Feint l’étonnement, fait un peu sa cruche histoire de rassurer le prince Tinder.

B: Poses moi des questions! C’est toi qui devrais me poser des questions si tu étais un gentleman, et il n’y a pas de « s » à l’impératif ô mon prince.

A: Quel genre de musique est-ce que tu joues? Autant parler de ce qui m’intéresse.

B: Lol c’est difficile d’utiliser le clavier anglais à écrire en français! Je ne supporte pas les gens qui écrivent Lol…-1.

A: On peut s’écrire en anglais si tu veux. Ouais, laisse tomber sinon ça va nous prendre une éternité.

B: C’est plus façile Sur télèphone. Les accents Benedict, les accents… et la cédille! Et la majuscule! 2 Je joue beaucoup de rock, de funk, folk, jazz, blues. Et du jazz, aussi. Ah, très bien! Et toi? Ah, enfin!

A: Qui sont tes artistes préférés? J’esquive pour voir si la réponse t’importe vraiment ô mon prince.

B: Il y en a tellement! Qu’est-ce que tu écoutes? Qu’est-ce que tu joues? Je suis content que tu aimes Jeff Buckley, il était/est incroyable. Ah, très bien!

A: Je suis une grande fan.

B: Pareil.

A: J’ai fait des reprises de plusieurs de ses chansons. Euh…lesquelles déjà?... A part Lover You Should Have Come Over, et Hallelujah, qui n’est pas de lui, je ne suis pas sûre d’en avoir fait tant que ça en réalité…

B: Loved you should’ve come over est une de mes préférées en reprise. Lover. J’adore cette chanson. Enormément. Oh génial, c’est une de mes préférées! Et en plus il corrige ses fautes de frappe et d’orthographe! Enfin! +1!!

A: C’est la plus récente de mes reprises en fait! Et hop je crâne un coup en lui disant que je suis capable de jouer et de chanter cette chanson alors qu’elle est super difficile et que j’étais accompagnée à la guitare. J’adore Mojo Pin aussi.

B: Ha on devrait se voir et la jouer ensemble! Voilà une proposition intéressante plutôt qu’un rendez-vous classique autour du sempiternel verre.

A: J’adore l’intro. Est-ce que tu l’as déjà reprise? Parce que pour info l’intro de Mojo Pin me semble un peu technique.

B: Oui. Il y a quelques années. Ah! Si c’est vrai, voilà qui est digne de respect. +1

A: Elle est très difficile à chanter cela dit. Est-ce que tu chantes?

B: Parfois oui. Mais chanter comme Jeff Buckley c’est difficile ha ha. Ah nous sommes honnêtes.

A: Je sais

B: Tu séjournes où?

A: A Brooklyn cette semaine.

B: Cool. Pff ils n’ont que ce mot à la bouche les ricains, avec « great » et « awesome ». Au secours.

A: Où vis-tu?

B: Dans le lower east side. Oh là là, à Manhattan, donc pas pauvre. Tu es hébergée par des amis? Bah oui puisque je suis une fille populaire et entourée – en fait non, mais je veux que tu aies cette impression.

A: On a loué un grand appartement sur Airbnb à Williamsburg. C’est qui la crâneuse? J’omets évidemment de dire qu’en fait je n’en avais même pas les moyens immédiats; que c’est mon meilleur ami qui a payé ma part avant de partir en voyage et que j’ai passé quatre mois à le rembourser après notre retour…

B: Ça m’a l’air génial3! J’adore Williamsburg. Je vis juste de l’autre côté du pont. Oh, non! Il a utilisé le mot “awesome”! C’est le mot que je déteste le plus! -1!

A: On s’est bien amusés jusqu’ici. J’ai chanté à 2 scènes ouvertes cette semaine. Et hop, je refais ma crâneuse. Admire-moi, admire-moi, admire-moi!

B: Content de l’apprendre! Est-ce que les gens utilisent beaucoup Tinder à Paris? A ton avis, mon petit? C’est devenu une maladie internationale.

A: J’imagine que oui. Moi c’est très rare. Parce que bien sûr, moi, je ne suis pas désespérée, entendons-nous bien.

B: Pareil pour moi. Ben voyons. Alors comment ça se fait que tu l’utilises ici? Tu ne me crois pas, et je te comprends.

A: J’ai téléchargé l’application parce que je suis en vacances et que mes amis m’ont encouragée à le faire. Ce qui a le mérite d’être entièrement vrai.

B: C’est logique! Pas vraiment, mais ce n’est pas grave.

A: Et toi? En clair: es-tu un serial fucker ou pas?

B: Je vais dessus et je regarde un peu les profils mais je ne rencontre pas vraiment beaucoup de personnes; je suis assez exigeant. Ben voyons. Tu veux me convaincre que tu es un mec de qualité, mais cela reste à prouver. En tous cas si tu veux prendre un verre ou jouer de la musique ensemble cette semaine tu me dis. Ha! Il veut me filer rencard! Super! Contente que cela vienne de lui!

A: Je rentre à Paris jeudi. Soit deux jours plus tard, car je suis cette fille cool qui prend des avions régulièrement.

B: Ahhh ok. Et là je me dis: il va mettre fin à la conversation, en se disant qu’il n’y aura rien à en tirer, et qu’il y a peu de chances, vu le timing, qu’il puisse me, hum, tirer.

A: Je sais. Mais on peut tout de même prendre un verre demain en fin d’après-midi cela dit. Si tu es libre!

B: J’adorerais mais je travaille jusqu’à 19h30. Est-ce que tu serais libre à ce moment-là?

A: Oh là là. Tu travailles où? C’est quoi ces horaires atroces?

B: Oui, j’ai des patients de 14 heures à 19h15 demain. Patients?! Un médecin?!

A: Tu travailles où?

B: Je travaille à Union Square. A deux pas de la ligne L. Union Square! La classe!

A: Tu es médecin?...

B: Oui.

A: Quelle spécialité?

B: Je suis chiropracteur tonal. Est-ce vraiment de la médecine? Il faudra que je demande à mon ami Google. Je me concentre particulièrement sur la neurologie et la biomécanique. Fichtre! Montrons-lui qu’on est admirative! Il le vaut bien, le prince Benedict!

A: Impressionnant! Donc la musique est un hobby

B: Pour le moment, oui. Je compose. Là aussi tu commences à m’impressionner mon prince. Et j’essaie de finir un album d’ici la fin de l’année. Eh ben! Si tout cela est vrai, tu n’es pas seulement un match, tu es carrément un sacré catch4J’adore la musique c’est une de mes plus grandes passions. Ok, il faut qu’on se rencontre.

A: Excellent. J’ai une suggestion. Et si on déjeunait ensemble?

B: J’aimerais beaucoup mais je ne suis pas certain de pouvoir avant d’aller au travail demain. J’aurais aimé qu’on commence à se parler plus tôt. Ben moi aussi…

A: Je ne suis pas certaine de pouvoir le soir; il faudra que je voie mes amis comme c’est ma dernière soirée.

B: Donc on se tient au courant pendant l’après-midi et tu me dis. Est-ce que ça te convient?

A: D’accord. Ça m’a fait plaisir de te parler.

B: Moi aussi

A: Je vais me coucher! Bonne nuit!

B: Moi aussi. Passe une bonne nuit, on se parle demain. 2h03


Comme je m’y attendais assez, je n’ai pas eu de nouvelles de Benedict au cours de mon dernier jour à New York. Cela m’arrangeait d’ailleurs parce que la journée fut chargée, et que je n’avais aucune envie de me faire du mal pour rien si je le rencontrais et que le courant passait entre nous. Toutefois, j’avais apprécié notre conversation, au cours de laquelle je ne m’étais pas sentie draguée de manière brute, et cette discussion principalement axée sur la musique avait été agréablement détendue. Je me suis dit qu’il avait l’air de quelqu’un de bien (sur l’écran du moins – en cet âge digital, je ne peux pas écrire sur le papier); et je que je devrais lui laisser mon e-mail au cas où il viendrait à Paris, vu que j’allais désinstaller l’application le jour de mon départ.


Sur le chemin de l’aéroport, je reprends la conversation:


18h22

A: Hey Benedict. J’espère que tu as passé une bonne journée. Je suis en route pour l’aéroport et je vais désinstaller l’appli. Mais si jamais tu viens à Paris un de ces jours voici mon e-mail.

B: Hey Amélie! J’espère que tu as bien profité du reste de ton voyage et que tu auras un bon vol! Voici mon e-mail. Gardons contact et échangeons de la musique?

A: Quelle bonne idée!

B: Parfait.

A: On pourrait échanger des enregistrements! J’adorerais entendre ta musique! Je suis dans le taxi pour JFK à présent.

B: Est-ce que tu es contente de rentrer ou est-ce que tu aurais voulu rester plus longtemps?

A: Un peu des deux j’imagine. Pour être honnête Paris me semble être une petite ville tranquille comparée à l’agitation constante de New York.

B: Ouais le rythme peut être assez fou ici.

A: Comment s’est passé ton après-midi?

B: C’était vraiment bien; je viens d’acheter un micro parce que je vais produire une émission de radio sur la santé pour mon cabinet. Mais ce qui est génial c’est que je peux utiliser le micro pour ma musique! 

A: Super! C’est quoi la marque?

B: Blue yeti. La qualité est étonnamment bonne quand on sait que ça m’a coûté seulement 140 dollars.

A: Bon à savoir!


La conversation avec Benedict m’a fait songer que finalement il n’était peut-être pas impossible de rencontrer quelqu’un de bien par le biais de cette application; mais je suis rentrée à Paris en me disant que j’attendrais un peu avant de la réutiliser. Feuilleter ce catalogue a un effet à la fois lassant et inquiétant: le nombre sidérant d’inconnus qui se mettent en vitrine de toutes sortes de manières (et certaines, vraiment très choquantes) ne m’a guère fait rêver. J’ai donc décidé d’attendre d’être vraiment très lasse et de perdre patience à espérer que « la vie fasse son travail » avant de me résoudre à m’y réinscrire.


Paris, été 2015

Juillet 2015


L’année scolaire vient de se terminer; et comme souvent à cette époque de l’année, pour l’enseignante que je suis, c’est l’heure du bilan.


J’ai trente-quatre ans, et j’ai eu trois relations sérieuses dans ma vie. Je pensais que ce passé m’aurait armée pour les périodes de célibat, et qu’il m’aurait aidée à être patiente, car je sais que les histoires belles et épanouissantes existent. Mais voilà presque deux ans que je suis seule. A présent, la situation s’éternise.


En bon produit du 21ème siècle, je n’ai ni le temps, ni l’envie, de passer des heures sur des sites Internet à remplir des questionnaires sans fin ou, pire, à devoir payer pour avoir accès à des profils et être moi-même « visible » – vocabulaire typique du web qui sous-entend que hors ligne, une personne est invisible. Par le passé, j’ai tenté d’utiliser au moins une fois la plupart des sites dits « classiques »: ceux qui prennent beaucoup de temps, sur lesquels il faut remplir tout un tas de rubriques interminables. J’ai notamment rencontré quelqu’un qui dégageait quelque chose de radicalement différent de ses photos – et pourtant, en les vérifiant à nouveau à mon retour chez moi, force m’était d’admettre qu’elles n’étaient pas mensongères. J’en ai conclu qu’il fallait absolument rencontrer la personne au plus vite et éviter de s’éterniser en messages en ligne qui ne feraient qu’attiser le fantasme et induire en erreur. Et puis, je connaissais au moins un couple sérieux formé sur Tinder. Un chiffre réduit, certes, mais une amie photographe de mariage aux Etats-Unis m’avait assuré que la moitié des couples qu’elle avait immortalisés s’étaient rencontrés sur Internet. Donc rien n’était impossible.


Au cours de l’année précédente – l’année scolaire 2013-2014, donc – j’avais essayé à deux ou trois reprises de donner sa chance à cette application; mais à chaque fois, j’avais été échaudée par les messages idiots ou très crus qu’avaient pu m’envoyer certains inconnus. (Mais enfin n’ont-ils pas des mères, des pères, des sœurs, ces brutes? Qui sont-ils, dans la vie courante?!). J’avais aussi été refroidie en y trouvant des amis ou des connaissances. Je ne voulais pas que qui que ce soit sache que j’avais créé un compte, car cela me mettait extrêmement mal à l’aise. A chaque fois, mon passage sur Tinder n’avait jamais duré plus de vingt-quatre heures. La seule exception avait été New York au mois de mai. Entre temps, presque un mois et demi était passé, et toujours rien.


10 juillet


Je dîne chez Tabitha, une amie de très longue date. Je lui parle de mon sentiment de lassitude. Je me sens vraiment abattue par le vide intersidéral de mon horizon amoureux. Il est temps que je rencontre des personnes qui soient hors de mes cercles habituels puisque visiblement, il ne s’y passe rien.


Et puis, la « vraie vie » – notion profondément complexe en ce 21ème siècle digital – est en réalité similaire aux principes selon lesquels Tinder fonctionne: lors d’une première rencontre, on se juge et se jauge d’abord au physique. On est attiré par un visage, un corps, une apparence extérieure. Sur l’application, le choix des photos publiées, les quelques lignes d’introduction (le cas échéant) et les messages échangés avec les candidats à l’amour permettent d’effectuer un premier filtrage relativement correct. Une fois la conversation engagée, on peut commencer à se faire une idée un petit peu plus précise (à défaut d’être juste) de la personne.


Un homme qui pourrait me correspondre s’appelle, en langage Tinder, un match. Je préfère les rebaptiser princes: c’est moins insultant, moins impersonnel, un peu plus drôle, et surtout, ce n’est pas un fichu anglicisme. J’ai donc décidé que je rencontrerais mes princes charmants le plus tôt possible, afin d’éviter au maximum les fantasmes infondés ou les SMS qui s’enflamment à la même vitesse que l’imagination. Il faut comparer les photos à la réalité, sentir comment ils occupent l’espace, entendre leur voix, observer comment ils se comportent avec une parfaite inconnue et, surtout, écouter ce qu’ils ont à dire pour me convaincre de me mettre dans leur lit et – qui sait, rien n’interdit de rêver – dans leur vie.

Péremptoire, Tabitha me fixe un cadre strict et clair: « Ton objectif, c’est trois dates par semaine. Et je veux un compte-rendu. ». Au quotidien, je passe mon temps à prendre des décisions. Pour une fois qu’on me dit ce que je dois faire, je suis prête à obtempérer. J’ai besoin d’encouragement, et l’idée d’un objectif précis me plaît. Alors je réactive mon compte – car, tout comme un profil Facebook, un profil Tinder ne disparaît jamais entièrement – et je décide que cette fois-ci, j’irai jusqu’à la rencontre.

Première Semaine

Tout a commencé, donc, sur le balcon de Tabitha, qui m’a exhortée non seulement à ajouter autant de personnes que possible, mais surtout à engager la conversation: « Bon, allez, maintenant, tu leur écris tous « Bonjour! », tu copies, tu colles, et tu continues, jusqu’à ce qu’ils se mettent à répondre! »


D’accord, d’accord.


Alors j’ai ajouté tout un tas de princes dont la tête me revenait. Et, à une vitesse ébouriffante, ils ont afflué.


Match n°2 avec Brice, 33 ans, à 4 kilomètres.

Silence radio.


Match n°3 avec Philippe, 30 ans, à 1 kilomètre. D/s.?

Silence radio.


Match n°4 avec Cédric, 34 ans, à 8 kilomètres.

Silence radio.


Match n°5 avec Florian, 28 ans, à 4 kilomètres. En vrai je sourie très facilement  mais en photo j’ai du mal ^^. (1m82/78kg).


Florian ne sait manifestement pas conjuguer le verbe « sourire » au présent de l’indicatif, et semble avoir un goût prononcé pour les émoticônes. Et il a cette manie récurrente qu’on les hommes sur cette application de mentionner leur poids et/ou leur taille, comme s’ils étaient du bétail. Cela ne m’inspire guère, mais vers quinze heures, il est le tout premier prince made in France à entamer la conversation:


F: Coucou ça va ?


Et hop, une fichue émoticône.


Je réponds quatre heures et demie plus tard car je suis dehors et que je n’ai plus d’accès à Internet sur mon téléphone:


A: Ça va et toi?


Pas de réponse. Mais ce n’est pas grave, car quelques secondes après les princes abondent.


Match n°6 avec Martin, 33 ans, à 6 kilomètres.

Silence radio.


Match n°7 avec Michel, 28 ans, à 1 kilomètre.

Silence radio.


Match n°8 avec Brice, 31 ans, à 3 kilomètres. EN SOLDES! Designer numérique et barbu chez Louis Vuitton. Try me5  .


Encore un qui se présente comme un objet à consommer. Les gens sont vraiment fous. Il répond cinq heures plus tard à mon bonjour:


N: Salut . Encore un obsédé de l’émoticône. Soupire et continue.

A: Comment se passe ce début de week-end? M’en fiche, mais bon.


Réponse une heure plus tard:


N: Il fait chaud. Dans un train! Et toi?

A: J’étais dans le jardin de l’Arsenal. En partance ou de retour à Paris?

N: En partance, je suis en vacances;)  Bon alors à quoi bon discuter? … Sans compter la fichue émoticône.

A: Super. Tu vas où? En réalité je m’en fiche complètement.

N: En Belgique demain avec des amis pour le weekend!

A: Super. Profite bien de ton weekend! Mais enfin pourquoi est-ce que j’écris ça? Je ne le connais pas, et ça m’est complètement égal qu’il profite de son week-end. N’importe quoi, ma fille.

N: Merci toi aussi.


Passionnant.


11 juillet


Match n°9 avec Guillaume, 29 ans, à 2 kilomètres.


Il entame la conversation dès le matin, et démarre en force puisqu’il choisit l’angle musical:


11h00. G: Mince impossible de trouver le nom de ton groupe ou de ce que tu chante avec ta photo…Ben c’est normal vu que c’est…une photo. Inutile de feindre la surprise mon prince, mais je comprends que tu essaies de faire original. Et le verbe « chanter » prend un « s » à la deuxième personne du singulier. Duc je vais commencer de manière très classique. Il semblerait que tu n’aies guère le choix. Comment vas-tu? Effectivement, voilà qui est d’un ennui à mourir.

A: Ca va merci et toi. Je n’ai pas de groupe je chante seule avec ma guitare. Et hop je fais ma crâneuse.

G: Quel genre de chanson? Ça t’intéresse vraiment? Eh ben alors tu vas en avoir, des détails.

A: En fait je fais des reprises des chansons que j’aime. Bob Dylan, Tori Amos, The Black Keys, Hozier par exemple. Mais connais-tu seulement ces artistes, ô mon prince? Folk, rock, indépendant etc. Parle-moi un peu de toi. Et voyons si tu te souviendras de revenir à moi.

G: Ah oui très éclectique6 . FICHUE ÉMOTICÔNE. Oula, c’est français, ça?... et bien j’habite à Paris. On était au courant. Je te rappelle que tu es géolocalisé par l’appli; et on écrit ‘Eh bien’, et non pas ‘et bien’. Je suis ingénieur en informatique, je fais quelque chose de très passionnant…mais ultra « perché ». Mais qu’est-ce que cela veut bien dire?... Je passe pas mal de temps la semaine en Meetup, au ciné ou posé sur les quais à refaire le monde. Le week-end…Je n’en ai jamais aucune idée . Ben tiens…Et arrête avec les émoticônes. et là je suis tranquillement posé à écouter France Inter ^^. Et toi? Je déteste cette utilisation du verbe « poser » et arrête avec ces émoticônes PAR PITIE.

A: Prof d’anglais indépendante! Je fais beaucoup de scènes ouvertes et je vais beaucoup au ciné aussi. Quais et meetups aussi; donc pas mal de choses en commun! Plus très envie de construire des phrases pour toi ô mon prince.

G: En effet . Ils me tueront tous avec leurs émoticônes à la con.

A: Ingénieur en informatique c’est vaste non? Tu as une spécialité? Montrons au mâle que l’on s’intéresse à lui en profondeur.

G: J’ai toujours eu pas mal de problèmes avec mes profs d’anglais. Mais aucun était chanteur et allait en meetup.. Donc on peut dire heureusement que tu es très différente;) Si ça se trouve toi et moi aurons des problèmes plus tard…Surtout si tu t’évertues à m’abreuver d’ÉMOTICÔNES. Mais calmons-nous, et faisons semblant de trouver ça drôle.

A: Ha ha.

G: En fait je suis « DevOps ». Seigneur, qu’est-ce que c’est?

A:?? Développeur?

G: Oui voila…C’est super perché ^^ Non pas dev.???

A: C’est compliqué à expliquer? Faisons celle qui est patiente…et que ça intéresse.

G: Ni ops (admin sys). Mais entre les deux. He bien… Je n’y comprends RIEN.

A: Effectivement ça semble pointu. Je t’écoute. Ou devrais-je écrire: je te lis.

G: Disons que je suis là pour mettre en place une « usine logiciel ».??? La finalité c’est de pouvoir mettre en production un logiciel plusieurs fois pas jour (voir par minute) et avec une qualité constante. Donc en gros il faut automatiser beaucoup de choses et faire remonter les contraintes de production aux développeurs. Piou voilà en gros…Si c’est compréhensible :x


Émoticône inconnue au bataillon et surtout, j’ai un mal fou à comprendre comment est-ce que cela peut être passionnant de faire cette chose incompréhensible que tu fais toute la journée. Mais ayons plutôt l’air admiratif.


A: Je vois. Très pointu indeed7. Tu es où à Paris? Que je puisse mieux te situer, ô mon prince.

G: Je suis dans le 15ième (oui c’est assez mort..) et toi? Ouh là là oui, complètement mort… -1.

A: Dans le 11e. Ca depend du secteur dans le 15e. Fait semblant d’être compréhensive. J’ai vécu dans le 15e il y a quelques années. Et j’ai déménagé au bout de cinq mois.

G: Je suis vers place d’Alleray. Où est-ce? Je recherche sur Google Maps immédiatement. A l’opposé de chez moi, et aucun métro à proximité. -2. Mais je suis venu ici surtout pour l’opportunité de l’appart que pour l’endroit  (j’aurais normalement largement préféré le 11). Là on est d’accord. Tu étais où?

A: Rue des Bergers. Loin de tout, des metros, etc. J’ai déménagé au bout de 5 mois; je perdais un temps fou dans les transports.

G: Arg c’est sûr…Si le boulot n’est pas dans le coin c’est assez chiant. Et là c’est mieux?

A: J’étais dans l’urgence. Là c’est super. Je suis entre Bastille et République. Je rentre souvent à pied c’est vraiment super. Et voilà que je répète le mot « super ». Super.

G: Sympa . Encore une fichue émoticône; associée à un des adjectifs que j’aime le moins. Tiens, prends-en une dans la figure, du coup.

A: .

G: Faudrait que je bouge aussi par là… Je ne te le fais pas dire. Mais je ne sais pas trop comment abandonner mon appart:/. Arrête avec ces émoticônes Guillaume, tu n’as pas douze ans enfin.

A: Pas facile à Paris! J’ai eu de la chance.

G: Disons que j’ai peu de chance de tomber sur la même chose ^^. C’est sans espoir.

A: Ca fais combien de temps que tu es à Paris? Et voilà que je me mets à faire des fautes de frappe.

G: Surtout si tu t’y es prise très vite. ça fait deux ans que je suis ici. Avant j’étais en banlieue. Oh là là, trop nul. Et toi?

A: Ça fait 17 ans . Tiens, une petite émoticône pour faire passer la pilule.

G: Une vraie parisienne;) Pff…Si tu le dis. Une vraie parisienne, c’est une fille née ici pour moi, mais c’est une notion qui se discute.

A: J’imagine!

G: Et qu’as tu vu au ciné ces derniers temps? Ah! Enfin la conversation redevient intéressante!

A: Au ciné c’est pareil je suis très éclectique. Et là je repense encore au sketch « Tournez Ménage » des Inconnus et je m’esclaffe à son insu. Le dernier en date c’est Terminator! J’ai bien aimé! Tu l’as vu?

G: J’espère que tu n’as pas bu en rentrant! SAMschwarzi??? n’aurait pas été content:o.

A: Ha ha. Émoticône à la con.

G: Non pas vu, il faudrait que j’y aille?

A: Ouais! On ne s’ennuie pas une seconde!

G: Bon ce sera sur la liste de « todo » du week-end alors  C’est sans fin, ces émoticônes.

A: Bonne idée.

G: Et quels sont les meetup auxquels tu vas? Je suis assez curieux.;). Tu veux surtout me donner l’impression que tu t’intéresses vraiment aux autres, à mon avis.

A: Je n’en ai pas fait depuis longtemps. J’allais pas mal à un organisé par des amis qui s’appelle Franco-Americans. Et j’ai fait quelques meet-ups de musiciens. Mais c’était un peu trop bordélique (pour la musique); je préfère le faire en petit groupe c’est plus agréable.

G: Il faudra un jour que je vois ça.

A: Why not8! Et voilà que je me mets à écrire en anglais maintenant…

G: Malheureusement je suis un piètre artiste; mais cela m’intéresse assez de savoir ce qui se passe quand plein de musiciens se rencontrent . Ah oui?!...

A: Tout peut arriver. L’alchimie c’est vraiment imprévisible. Mais quand ça arrive, c’est vraiment magique. Et ça c’est bien vrai.

G: A quoi cela ressemble?

A: C’est très beau. Comme quand tu assistes à un super concert et que tu oublie carrément que tu existe tellement tu es plongé dans la musique. Et là je pars tellement dans mon envolée lyrique que j’en oublie de mettre un « s » à la deuxième personne du singulier.

G: En effet cela donne assez envie . Que dire? Je te renvoie ton émoticône à la noix.

A: .

G: Mais comment fait une soliste comme toi dans un groupe? Ils doivent aussi être éclectiques?;). Si tu savais, ô mon prince, à ce que je pense à chaque fois que tu utilises cet adjectif…

A: En fait je parle des fois où j’ai fait des duos avec des amis. Ou des musiciens rencontrés aux scènes ouvertes. Déjà rien qu’à deux ça change tout. Combien on parie que tu vas me faire la blague de « c’est mieux à deux »?... Je pense que j’aimerais vraiment être avec un groupe mais il faut le trouver…

G: C’est souvent mieux à deux ^^. CQFD. C’est sur que trouver un groupe ne doit pas être facile. Cela doit être presque comme choisir sa famille .


Je mets trois quarts d’heure à répondre car je reçois un appel de l’étranger.


A: Excuse moi j’ai eu un appel sur Viber d’une amie qui vit à Londres. Oui c’est très juste. On devrait peut-être continuer cette discussion autour d’un verre? Au moins, en face à face, je n’aurai pas à me coltiner tes fichues émoticônes.


Il répond deux heures plus tard.


G: Avec plaisir . Demain? Ah! Quelqu’un de décidé! +1!

A: Parfait! En fin de journée vers 19h ça irait?

G: Ok pour moi. Je réfléchis. Pas envie d’investir dans un verre pour voir un inconnu dont je ne sais pas encore s’il vaut le coup. 

A: Les quais près de l’île Saint Louis avec une bouteille?

G: J’y serais.  Voici mon numéro pour se synchroniser 06-… Au futur il n’y a pas de –s en fin de verbe, sinon c’est du conditionnel mon lapin.

A: On pourrait se retrouver à la sortie du métro Pont Marie à 19h et y aller de la bas. Ça te convient?

G: Ok. J’ai dû regarder comment on va à cette station. C’est rive droite ^^. Il ne connaît pas Pont Marie?! Mais sur quelle planète est-ce qu’il vit?!

A: A demain!


Presque en même temps, Florian reprend la « conversation » entamée la veille. J’écrivais donc simultanément aux deux princes:

F: Ca va merci  Tu fais quoi de beau ? Tu cherches plutôt quoi ici ? Alors là, ton avalanche d’émoticônes m’a achevée. Soupire et continue.

A: Ha ha un prince ultra charmant;). Et je pense que toi, à ta tête, tu es plutôt un serial fucker. Là c’est samedi matin donc je me la coule douce. Et toi que cherches-tu ici? A baiser ou à aimer?

F: T’as bien raison moi aussi . Du léger plutôt . Donc à baiser. Tu es musicienne ? Non, je mets en ligne une photo de moi avec une guitare mais je ne sais pas m’en servir, gros malin.

A: Oui. Et toi?

F: Pas du tout looool. Sportif  plutôt Au secours.

A: Quel type de sport?

F: Surtout du tennis et des pompes! Mais aussi un peu de natation. Et toi ? Des pompes? C’est du sport, ça? Dans tous les cas, plus ennuyeux, tu meurs.

A: Natation et flamenco. Mais je ne pense pas être aussi sportive que toi. Par contre, je pense avoir un peu plus de matière grise que toi.


Il répond onze heures plus tard.


Minuit 

F: C’est déjà pas mal . C’est sympa le flamenco . Ca doit être une jolie danse . ARRETE AVEC LES EMOTICÔNES FLORIAN. En plus tu utilises le mot « sympa », donc -1.

A: J’adore. C’est superbe. Et ça fait travailler tous les muscles en fait.

F: Ca fait longtemps que t’en fais?

A: 4 ans. Et toi le tennis? Ca fait combien de temps? M’en fous mais bon.

F: 4 ans . Tu dois maîtriser  Loool pour tous les muscles . Ben quoi loool espèce d’imbécile? C’est vrai.

A: Ha ha.

F: J’en ai fais 5/6 ans petit sérieusement mais là j’entretiens . Mais es-tu seulement capable de ne pas utiliser une émoticône? Et sais-tu seulement que le participe passé du verbe « faire » s’écrit avec un « t »?

A: Il y a eu une interruption il y a 2 ans pour être exacte. Je me suis cassé + luxé l’épaule donc j’ai dû arrêter quelques mois. 6 ans c’est beaucoup!

F: . Mais c’est pas à la danse que tu t’es blessé si? L’accord du participe passé? Toujours pas?

A: Nan…C’était super bête…

F: Chute / alcool ^^? Cliché sur cliché…

A: Chute SANS ALCOOL…Pffff. J’ai trébuché sur une marche en jouant avec un chat! Super bête. Je suis tombée d’un coup sur l’épaule. Incroyable. Au moins j’espère que tu rigoleras un peu parce que moi je m’ennuie ferme.

F:  Ca arrive. Mais c’est vrai que c’est très bête comme chute  .

A: Complètement.

F: . Encore un accro à l’émoticône. Seigneur.

A: Ca fait une histoire drôle à raconter . Un an de kiné quand même. Bref. Tu fais quoi à Paris? M’en fous mais bon. Tiens, prends donc une émoticône espèce de sportif écervelé.


Il répond une demi-heure plus tard.


1h00

F: Dsl mon tel bogue! Je suis dans l’audit bancaire. Et toi ? Ouh là là, QUEL ENNUI.

A: Pas de souci mais je ne vais pas tarder à me coucher. Je suis prof d’anglais. Pour adultes et dans les écoles privées. Je te laisse pour ce soir il est temps de dormir! Je te dis à bientôt! Ou pas!

F: I’m very bad but i try to improve lol. Good night . See you soon 9Ma parole mon prince tu es un cliché sur pattes.


Discussion d’un ennui mortel, donc, mais heureusement un nouveau prince arrive sur son cheval blanc: Michael.


Match n°10 avec Michael, 29 ans, à 8 kilomètres. Je rends visite à ma sœur pendant deux semaines. A la recherche d’une personne pour explorer la ville10

Au milieu de la « conversation » avec Florian, je salue mon touriste: « Salut Michael, tu viens d’où aux Etats-Unis? ». Il est déjà minuit et demi.


12 juillet


Au réveil, je rallume mon téléphone, et trouve un message de Michael qui entame la conversation en anglais:


11h00

M: Salut Amélie! Je viens des USA (de Pennsylvanie pour être précis).

A: Comment se passe ton séjour à Paris?

M: Ma visite s’est bien passée jusqu’ici! Je ne suis arrivé qu’hier donc je suis encore en train de lutter contre le jet-lag . Alors tu es musicienne?

A: Oui! Contente d’apprendre que le voyage se passe bien! Tu séjournes dans quelle partie de la ville?

M: Super! Ouais j’aime beaucoup jouer de la musique. Je suis amateur mais j’aime bien jouer de la guitare, du piano et des percussions. Ah, chouette! Je suis près de Passy. Ah, pas chouette! Et toi?

A: Ah oui? C’est génial. Evidemment je parlais des instruments qu’il joue, pas de Passy, qui est l’autre bout du monde, et, surtout dans le 16ème….

M:?

A: Moi aussi je suis amateur cela dit. Je vis entre Bastille et République dans le 11ème. Es-tu déjà venu à Paris par le passé?

M: Oh cool, c’est un quartier très fun. Ah, donc tu connais un peu Paris, très bien! La dernière fois que j’étais là je me souviens être allé dans des bars près de la Bastille. Si tu parles de la rue de Lappe, c’est un des pires endroits du quartier…

A: (Tout à l’heure je réagissais aux instruments que tu joues). Quels secteurs de Paris est-ce que tu veux explorer cette fois-ci?

M: C’est une très bonne question. Je ne suis pas tout à fait sûr, quel(s) quartier(s) est-ce que tu recommandes?

A: Ha ha le mien! C’est le meilleur;).

M: J’aimerais bien écouter de la musique live quelque part. Ah! Très bien!

A: Quel genre de musique?

M: Lol, peut-être que tu pourrais me le faire visiter. Je n’ai pas passé beaucoup de temps là-bas la dernière fois. S’il te plaît, pas de lol, ça se passait plutôt bien jusqu’à maintenant…J’ai même accepté une émoticône en répondant par une autre…

A: Tu séjournes dans le 16ème à chaque fois que tu viens? Comme tant d’américains que je connais? ....

M: Hum. Eh bien j’ai des goûts musicaux très variés…peut-être tout sauf le métal et la country (pas sûr d’ailleurs qu’on puisse trouver ce genre de musique ici). Très bien, on est d’accord.

A: Ha ha.

M: Non, je suis venu pour Noël et le nouvel an l’année dernière. On m’a dit que le 14 juillet était très fun ici.

A: La country j’en doute, le métal peut-être . Oui on s’amuse beaucoup! Il y a les fameux bals des pompiers partout dans la ville. Et les feux d’artifice évidemment. Et soudain je me rends compte que l’expression « bal des pompiers qui se dit “firemen balls11 en anglais pourrait passer pour un mauvais jeu de mots…


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