Excerpt for Cronin's Key III (French Translation) by , available in its entirety at Smashwords

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CRONIN’S KEY III



par

N.R. Walker




COPYRIGHT


Artiste pour la couverture : Sara York

Éditeur : DJ Mack

Cronin’s Key III © 2015 N.R. Walker

Smashwords Edition

Publisher : BlueHeart Press

Traduit de l’anglais par Bénédicte Girault

Relectures et corrections : Clotilde Marzek-Boullée, Ysaline Fearfaol, Yvette Petek

AVERTISSEMENT


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Ceci est une œuvre de fiction. Les noms, les personnages, les lieux et les évènements sont soit le produit de l’imagination de l’auteur ou sont utilisés fictivement et toute ressemblance avec des personnes réelles, vivantes ou décédées, des événements ou des lieux serait une pure coïncidence.

Ce roman est destiné à un lectorat de plus de dix-huit ans. Il contient des situations qui pourraient être offensantes pour certaines personnes et est destiné à des lecteurs adultes. Il contient un langage graphique, explicite avec des relations homosexuelles et des situations réservées aux adultes.



RECONNAISSANCE DES MARQUES


L’auteur reconnaît le statut de marque déposée et les propriétaires desdites marques utilisées dans cette œuvre de fiction.

Merriam Webster : Merriam Webster, Inc

Oxford Dictionary : Oxford University Press

Scooby Doo : Hanna-Barbera

Underworld : Screen Gems

Toutes les références à Dan Brown, et à son travail : Dan Brown, Inc.



DÉDICACE


Pour mes lecteurs. Sans vous, mes mots sembleraient impossibles.









CHAPITRE UN


Alec s’adossa à son siège et soupira, ayant vraiment l’impression d’être le rat de laboratoire qu’il était devenu. Depuis sa transformation en vampire, il y a un an, il avait dû subir test après test, afin que chacun de sa liste infinie de dons puisse être exploré et documenté.

Il avait accepté ceci et savait que c’était la bonne chose à faire, mais en cet instant précis, il souhaitait vraiment être ailleurs.

Et avec la capacité de faire passer des pensées aléatoires pour une réalité instantanée – comme mettre le feu aux canapés et faire exploser les manettes de Xbox entre les mains d’Eiji parce qu’il allait gagner – ce n’était pas un bon état d’esprit.

Il adorait Jodis. Vraiment. Elle était devenue une de ses meilleures amies. Mais elle avait également décidé de son propre chef de lister ses dons, et il en avait assez pour aujourd’hui. Si se dupliquer n’était pas une capacité si mal vue dans le monde des vampires, il aurait créé un sosie de lui-même pour endurer les tests de Jodis, pendant que Cronin et lui se cacheraient dans leur chambre. Il s’était dédoublé à plusieurs reprises, à des fins expérimentales, bien entendu, et avait découvert que cela lui prenait trop de forces de toute façon.

— Peux-tu le refaire ? demanda-t-elle, carnet et crayon en main.

Alec s’était découvert un certain talent, digne d’un caméléon, pour des raisons évidentes, parce qu’il pouvait faire en sorte que des objets changent de couleur. C’était vraiment absurde, et n’avait probablement pas plus d’utilité qu’un tour de passe-passe à une foire. Toutefois, il pouvait, s’il se concentrait, transformer un crayon rouge en bleu, ou un tee-shirt blanc en noir. Le don ne s’opérait que par un contact et ne durait que quelques minutes avant de reprendre sa couleur originelle, mais Jodis était plutôt intriguée.

Alec, en revanche, était passé d’ennuyé, alors qu’il se tenait là, immobile, à irrité.

— Jodis, j’en ai assez pour cette journée.

— Une dernière fois, je te le promets.

Pour Alec, ce n’était pas tant qu’il maîtrisait moins son caractère désormais, puisque le pire des dommages provoqués était une remarque coupante. Maintenant, il réprimait ses émotions à cause d’une douzaine de dons qui réagissaient mal à la colère. S’il ne faisait que s’énerver un tant soit peu, une brusque rage explosait en lui, comme une bombe nucléaire, balayant littéralement humains et vampires. Ou il pouvait faire éclater les tympans avec un rugissement furieux, ou encore transformer les gens en pierre ou les réduire en poussière. Ou peut-être, juste peut-être qu’il pouvait déclencher un tremblement de terre dans l’appartement afin de ne plus avoir à subir ces putains de tests stupides.

— Alec… l’avertit Eleanor, depuis l’autre pièce.

— Je n’allais pas vraiment le faire ! répondit-il avec humeur.

Il savait qu’Eleanor, avec son don de clairvoyance, entrevoyait les résultats éventuels de ses prises de décisions, et cela ne faisait rien pour apaiser sa frustration.

Seigneur, voilà maintenant que mes pensées ne sont même plus les miennes !

Se levant, il saisit le carnet violet sur le bureau, le tenant pendant une demi-seconde avant de le claquer en le reposant. Il était noir désormais, comme chaque page à l’intérieur, et il fumait encore, comme s’il avait presque pris feu.

Cronin surgit soudain devant lui, posant une main pour prendre son visage en coupe.

— Il en a assez, lança-t-il à Jodis, et ils disparurent.

Dès que les pieds d’Alec se posèrent sur la terre ferme, il inhala profondément, prenant un bon bol d’air frais, se délectant du silence.

Sa vie n’avait pas franchement été tranquille pendant ces douze derniers mois.

Il perçut la chaleur de la main de Cronin dans la sienne, sentant les doux arômes de bruyère et de mousse, venant à la fois du vampire à côté de lui et de l’air frais du champ de bataille abandonné depuis longtemps, et Alec exhala bruyamment.

Cronin avait appris à apaiser légèrement son esprit, offrant à Alec le silence dont il avait si désespérément besoin. Au cours de l’année écoulée, Cronin avait emmené Alec pour plus de temps morts qu’il ne pouvait les compter. Sachant quand il en avait assez et qu’il était sur le point d’atteindre son point de rupture, Cronin éloignait simplement Alec de la situation, le télétransportant dans un endroit calme où son esprit pouvait profiter d’une solitude grandement nécessaire. Mais, d’un petit resserrement de la main, Cronin le rassura, lui faisant comprendre qu’il était là.

— Je suis désolé, déclara Alec.

— Ne t’excuse pas, répondit fermement Cronin. Je ne peux même pas imaginer ton état de frustration.

— Jodis essaie seulement d’aider. Je me suis mal comporté.

Il pourrait aussi bien déverser directement ses mots dans l’esprit de Jodis, et lui avouer, de manière plus privée, qu’il était navré. Mais il préférait ne pas envahir les pensées des autres, préférant s’excuser en personne.

— Elle comprend, reprit Cronin, essayant de le calmer.

Alec soupira bruyamment et laissa la quiétude l’envelopper.

— J’adore venir ici, finit-il par dire.

Le champ de Dunadd, Écosse, était devenu un sanctuaire pour Alec. Aucune voix dans sa tête, aucune ville avec des millions de pensées en suspension, se précipitant spontanément vers son esprit, aucune réunion politique avec le conseil des vampires, aucun rendez-vous, personne à proximité de lui.

Juste Cronin.

— Il te permet d’avoir toute l’intimité que tu veux, constata Cronin.

Son accent écossais et son ton formel faisaient toujours sourire Alec.

— Tes dons en tant que vampire sont un cadeau contraignant.

Alec avait très tôt appris à bloquer les voix et les pensées de ceux qui l’entouraient, mais vivre dans une si grande ville réclamait un effort constant, et l’affichage de sa colère à l’encontre de Jodis, quelques minutes auparavant, le chagrinait.

— Ces capacités m’emmerdent.

Cronin se mit à rire doucement.

— Ton aptitude à les contrôler nous étonne tous.

— Le contrôle dont tu n’arrêtes pas de parler est un don en lui-même. C’est comme lancer un filet sur une centaine de poissons différents.

Alec soupira bruyamment.

— Je te l’ai déjà dit.

— Je sais. Cependant, cela me surprend quand même.

Cronin serra la main d’Alec et son regard se perdit dans le champ qui s’étalait devant lui, jusqu’à la ligne des arbres qui bordaient la rivière.

— Allonge-toi avec moi.

Cronin se mit simplement sur le dos, au milieu du champ et, lorsqu’Alec s’installa à côté de lui, il serra de nouveau ses doigts. Ensemble, dans le silence de leurs esprits vides, ils observèrent la couverture d’étoiles qui coulissait dans le ciel.

C’était une claire nuit d’automne en Écosse, froide et sombre. Aucune de ces choses ne gênait un vampire, bien entendu, et Alec ne cesserait jamais de s’émerveiller des subtils changements qu’il avait subis quand il était devenu un vampire. C’était les transformations complexes contre lesquelles il commençait à lutter. Les dons qui lui avaient été accordés le rendaient unique : le seul vampire au monde à posséder tous les dons des vampires, et il en découvrait encore, un an après sa transformation. C’était précisément ces aptitudes qui rendaient sa vie aussi chaotique, ses obligations en tant que clef pour le monde vampirique venaient avec de grandes responsabilités et, comme Cronin l’avait dit, cela commençait à devenir un véritable fardeau.

Alec adorait le fait que Cronin puisse les faire sauter précisément dans le champ où sa vie humaine avait pris fin. Le vieux champ de bataille en Écosse était également le premier endroit où ils avaient fait l’amour, où ils venaient discuter et se laisser aller à être eux-mêmes. Comme maintenant.

— Merci de m’avoir amené ici, murmura Alec, sa colère et sa frustration ayant pratiquement disparu. J’ai l’impression de pouvoir respirer ici.

— N’est-ce pas ce que font les maris ? demanda Cronin, avec un sourire. Sauver l’autre de la myriade de folies qui le guette ?

— Maris, répéta Alec, portant les phalanges de Cronin à ses lèvres, les embrassant doucement. C’est une appellation dont je ne me lasserai jamais. Et cet endroit que tu appelles « une myriade de folies » est chez nous.

Depuis leur mariage, six mois auparavant, ils avaient à peine eu quelques heures pour eux. Leur appartement n’était jamais vide. Alec soupira, fixant toujours le ciel nocturne.

— Crois-tu que nous puissions acheter cet endroit ? Cette petite ferme en haut de la colline serait notre sanctuaire privé. Rien qu’à nous.

— Aimerais-tu ?

Alec ricana doucement.

— Je ne faisais que plaisanter.

— Je vais me renseigner. J’aime assez cette idée.

— Je n’étais pas sérieux. C’était une simple pensée. Je suis pratiquement certain que les maris n’ont pas à céder et à acheter à l’autre chaque objet auquel il songe.

Cronin se releva sur un coude et se pencha en avant afin de pouvoir l’embrasser doucement.

— Ne crois pas que ce serait que pour toi, dit-il, avec une lueur amusée dans les yeux. Un endroit tranquille où je pourrais t’avoir rien que pour moi convient davantage à mes raisons égoïstes qu’à ta lubie romantique.

Alec éclata de rire et roula, se retrouvant au-dessus de Cronin.

— Donc, lorsque je veux un lieu pour nous, afin d’avoir un peu d’intimité, c’est romantique, mais quand toi, tu désires un peu de tranquillité pour t’occuper de moi, c’est quoi ?

— Vicieux.

Alec lui adressa un sourire.

— Il s’avère que j’aime ça.

— Et peut-être que je pourrais te coucher dans un endroit rien qu’à nous, sans témoin à moins de trois pièces de là, ajouta Cronin. Et pas dans un hôtel quelconque, ni un champ boueux.

Alec glissa ses doigts dans les cheveux de son mari.

— Les hôtels quelconques sont amusants, cependant, revenir à l’appartement plein de gens quand nous sommes tous les deux couverts de saletés est ce qu’il y a de plus drôle.

Les yeux de Cronin pétillèrent quand il sourit.

— Ils étaient certainement surpris. Toutefois, je ne pense pas que cela ait aidé, quand on nous a demandé ce que nous avions fait, lorsque tu as envoyé à tout le monde des images mentales.

Alec éclata de rire au souvenir. Être capable d’envoyer à d’autres personnes des images dans leur esprit était un talent qui lui procurait quelques bénéfices. Et, juste parce qu’il le pouvait, il déversa toute une série d’images dans l’esprit de Cronin, des instantanés d’eux où ils faisaient l’amour : la peau rougie, de mains agrippant, de cuisses ouvertes, de corps joints, de têtes renversées en arrière par l’extase. Puis, afin d’appuyer sa démonstration, Alec fit surgir d’un recoin ce qu’ils ressentaient lorsqu’ils baisaient. Transfert empathique : faire savoir à Cronin ce qu’il éprouvait était un des dons qu’Alec préférait.

Instantanément, Cronin balança ses hanches en avant, tout en grognant.

— Alec…

Celui-ci stoppa les images et la sensation de luxure, laissant Cronin à bout de souffle. Ses yeux noirs débordaient de désir. Il saisit le visage d’Alec et plaqua sa bouche contre la sienne pour un baiser torride.

Cronin remonta ses bras le long du dos d’Alec et le serra plus fort. Il ondula des hanches et l’embrassa plus profondément jusqu’à ce qu’Alec se perde en lui.

Soudain, cela arriva.

Des images. Des visions surgirent de l’esprit d’Alec, visions qu’il n’avait pas mises là. Il avait appris à protéger son cerveau, un autre de ses dons revenait à cuirasser ses propres pensées des autres. Pourtant quelqu’un ou quelque chose avait réussi à s’insinuer.

— Alec, qu’est-ce que c’est ? demanda Cronin.

Quand Alec baissa les yeux vers un Cronin inquiet, il réalisa qu’il avait dû être déconnecté, leur séance de pelotage oubliée depuis longtemps.

— Nous devons partir, dit-il, se relevant.

Il tira Cronin par la main et avant que celui-ci puisse demander pourquoi, Alec l’attira contre lui et ils sautèrent.






CHAPITRE DEUX



Les pieds d’Alec et de Cronin avaient à peine touché le sol de l’appartement de New York City qu’Alec hurla :

— Jodis ! Eiji !

Ils apparurent moins d’une seconde plus tard, manifestement inquiets pour le ton de sa voix.

— Qu’y a-t-il ? demanda Eiji.

— Eleanor ? As-tu vu ça ? s’informa Alec.

Elle était assise à la table, auprès de Kole et ils se levèrent tous les deux.

— Voir quoi ?

Elle secoua la tête.

— Je n’ai absolument rien senti.

— Quelqu’un a immiscé une vision dans ma tête, répondit Alec. Comme s’il voulait que je le voie exprès. Cela m’a délibérément visé.

Cronin recula afin de pouvoir fixer Alec dans les yeux.

— Dis-nous. Qu’as-tu vu ?

— Je vais vous montrer, déclara Alec, dévisageant tous ceux qui se trouvaient dans la pièce.

Puis il rappela les images à lui, et sans même le vouloir, il transféra son don afin de le projeter aux autres.

Ils y étaient habitués à présent, qu’Alec projette un de ses talents sur eux, et ils observèrent le groupe d’étrangers qui se tenait devant eux, regardant ce qu’il avait vu.

Ils étaient cinq. Ils paraissaient humains de l’extérieur, mais un des nouveaux dons d’Alec lui permettait de voir la véritable essence de la personne, peu importe la forme ou l’apparence qu’ils revêtaient.

Miroitant sous la surface de leurs peaux humaines, ces gens avaient l’air de loups, des créatures ressemblant presque à des gobelins qui marchaient sur deux pieds. Ils possédaient des mains aux ongles fourchus et des faces pratiquement humaines, à l’exception de la présence de crocs de loups.

Alec savait où il les avait déjà vus. Avec des images défilant dans son esprit comme un film en accéléré, ces créatures étaient semblables à des gargouilles qui ornaient des châteaux partout à travers le monde. Ou encore, elles étaient similaires aux sculptures représentant des visages de chiens dans les cultures Aztèque et Inca.

Il y eut un halètement collectif des personnes présentes dans la pièce lorsqu’ils virent de première main la vision d’Alec.

Kole, son père, étant le seul être humain de la salle, déclara ce que tous les vampires avaient déjà constaté.

— Je peux voir ce qu’ils sont sous leur peau. Cela bouge, scintille, comme s’ils luttaient pour garder leur apparence humaine.

Alec hocha la tête et ramena les images dans son propre esprit. Il dévisagea Cronin.

— Que sont-ils ?

Son mari secoua lentement la tête, manifestement choqué par ce qu’il venait juste de percevoir.

— Je ne sais pas.

— Ils paraissent à la fois familiers et étrangers, d’une certaine manière, fit Eiji. Ce qui n’est pas logique du tout.

Tout le monde acquiesça, parce qu’Eiji venait juste de résumer ce qu’Alec avait ressenti précédemment : une impression de les avoir déjà vus, mais pas directement.

— Je n’étais pas sûr de les reconnaître, comme si quelque chose était modifié dans mon subconscient, ou si c’était dans mon cerveau qui, avec un talent mental quelconque, ne me permettait pas de donner un sens à tout ceci, ajouta Alec.

— Ils semblent similaires aux pierres gravées sur les pyramides de Cholula et de Tikal, indiqua Jodis. Ou encore de Koh Ker au Cambodge.

Cronin hocha la tête.

— Des loups ?

Personne ne répondit, restant immobile, les yeux écarquillés. Effrayé, même.

Alec se tourna vers Cronin.

— Qu’est-ce qu’un Zoan ?

Cronin réfléchit un moment, fouillant sans aucun doute dans des siècles de souvenirs.

— Je n’ai jamais entendu parler d’un Zoan. Pourquoi demandes-tu ?

— Quand je les ai vus, ou plutôt, lorsqu’ils se sont montrés, le mot m’est venu. Qu’ils me l’aient révélé délibérément ou que le mot se soit présenté de lui-même, grâce à un de mes dons, je n’en sais rien. Je peux discerner la vérité chez les gens et les vampires, ce qu’ils sont réellement en dessous de leur apparence. Il est possible que le mot me soit apparu sans leur permission.

Il fronça les sourcils.

— Cela fait un moment depuis la dernière fois que des évènements me restent inconnus.

— Tu n’as rien senti d’autre ? demanda Jodis.

Elle savait que les talents d’Alec ne laissaient aucune pierre non retournée.

Il secoua la tête.

— Non.

Eiji haussa les sourcils.

— Tu dis « lorsqu’ils se sont montrés » à toi. Tu crois que la seule raison pour laquelle tu as discerné quelque chose, c’est parce qu’ils l’ont autorisé ?

Alec acquiesça.

— Oui. Ils désiraient que je les voie. J’ai la certitude qu’ils m’ont laissé voir ce qu’ils m’ont montré.

Cronin commença à grogner.

— Je n’aime pas ça.

Alec le dévisagea et retira un brin d’herbe collé à ses cheveux, reste de leurs ébats bien trop courts dans le champ de Dunadd. Il sourit.

— Je n’apprécie pas d’avoir été interrompu non plus.

— S’il te plaît, Alec, dit Cronin, pas du tout amusé. Ce n’est pas l’heure de plaisanter.

— Mmmm…

Jodis était évidemment d’accord avec Cronin.

— Alec, comment se peut-il qu’ils possèdent un talent que tu ne peux pas lire, ni même identifier ?

— Ce ne sont pas des vampires, déclara-t-il simplement. Ce sont des Zoans.

Son esprit lança l’information comme un ordinateur surpuissant cherchant des dossiers d’après un mot-clef.

— Zoan vient du mot zoanthropie, non ? Un mot qui a été inventé par les médecins au XVIIIème siècle, signifiant une maladie mentale où le patient se croit transformé en animal, et qui adopte un comportement en adéquation. C’est souvent associé avec la schizophrénie ou un trouble bipolaire.

Alex fixa Cronin.

— Autrement dit, un cas clinique de lycanthropie.

Brusquement, comme peu de temps auparavant, les Zoans apparurent : cinq êtres recouverts par une capuche, avec la tête inclinée. Cependant, cette fois, ils se matérialisèrent dans le salon, et non pas dans l’esprit d’Alec.

Alec se retourna rapidement et agita sa main, faisant apparaître un bouclier protecteur autour de Cronin et des autres. En une nanoseconde, il se glissa devant ses amis et sa famille, lançant un autre sort vers les intrus, afin de les immobiliser.

Les Zoans ne bougèrent pas, mais d’une certaine manière, Alec sut que c’était leur choix de rester figés, pas le sien.

Le responsable, le plus grand, en bout de leur posture en forme de flèche, releva la tête. C’était un mâle, mais son visage humain scintilla, dissimulant à peine la figure grotesque qui se trouvait en dessous.

— Que faites-vous ici ? demanda Alec.

Il prit une position défensive.

— Comment êtes-vous entrés ?

— Votre blocage mental ne nous entrave pas, répondit-il doucement.

— Qu’êtes-vous ? reprit Alec.

Il ne ressentait aucune menace émaner d’eux, comme s’ils étaient à la recherche d’informations, et non pas d’une confrontation, mais leur présence impromptue était exactement cela.

Le responsable inclina la tête.

— Nous avons eu toutes sortes de noms. Nous nous appelons nous-mêmes des Zoans, bien qu’étant donné votre nature de vampire, vous pourriez nous connaître sous le nom de Vukodlak.

— Que voulez-vous ?

— Nous sommes venus voir si c’était vrai. Si la clef humaine existait bel et bien, cependant il n’est plus humain désormais.

Le responsable leva les yeux et sourit. Alec ne sentait aucune mauvaise intention provenir d’eux, toutefois son sourire était une effroyable vision d’un museau plein de dents acérées.

— Nous voudrions vous remercier.

— Pour quoi ?

— Pour nous avoir accordé le droit de vivre, une fois de plus. Nous avons une nouvelle renaissance, en même temps que vous.

Il inclina de nouveau la tête.

— Pour chaque naissance de la lumière, il y a naissance de l’obscurité. C’est un honneur de pouvoir vous appeler notre ennemi.

Alec découvrit ses crocs et grogna, mais le chef ne fit qu’en rire. Il jeta un coup d’œil par-dessus les épaules d’Alec, mais le vampire était capable de lire dans son esprit et de voir à travers ses yeux. Derrière lui se tenaient ses amis et sa famille, totalement silencieux et immobiles, comme figés dans le temps.

Alec se retourna pour leur faire face, et vit un Cronin cloué sur place. Le bruit du rire du Zoan retentit, puis, comme si le son explosait sous vide, le temps repartit. Cela le renversa littéralement.



CHAPITRE TROIS



— Alec ! cria Cronin, le rattrapant avant qu’il ne tombe sur le sol.

Les vampires ne trébuchaient pas. Ils ne perdaient pas leur équilibre, jamais. En particulier lorsque celui-ci possédait tous les dons concevables de toute l’histoire des vampires : lecture de l’esprit, double vue, boucliers protecteurs… La liste était infinie. Il devrait être indestructible. Pourtant, Alec semblait avoir été frappé par un énorme poids invisible qui avait chassé tout l’air de ses poumons. Et Sammy, le chat, cambra le dos, sa fourrure dressée par l’électricité statique et, après un sifflement sauvage, il se précipita hors de la pièce.

En cette fraction de seconde, Cronin faillit prendre Alec avec lui et sauter. Son premier instinct était d’éloigner son amant de tout danger, de le protéger et de le garder en sécurité. Mais un pressentiment lui indiqua de rester sur place.

— Qu’est-ce que c’était ? Que s’est-il passé ? s’inquiéta-t-il, posant ses mains sur le visage d’Alec, à la recherche de ce qui pourrait clocher.

Tout le monde était manifestement soucieux, réuni autour de lui. La pièce était silencieuse, en état de choc, et ils attendaient sa réponse.

— N’avez-vous pas vu… ?

Il secoua la tête. Cronin l’aida à se relever, puis Alec fixa l’endroit où les créatures Zoans s’étaient tenues.

— Les gars, vous n’avez pas vu ça ?

— Voir quoi ? demanda tranquillement Cronin.

Il s’avéra qu’Alec jetait un coup d’œil tout autour de la pièce, vers les visages qui le fixaient, attendant que quelqu’un se mette à rire.

— Alec, il n’y a rien à voir.

Celui-ci pâlit. Il dévisagea Eiji et Jodis, puis Kole et revint finalement sur Cronin.

— Ce n’était pas dans ma tête. Je peux vous le jurer. Ils se tenaient juste là.

— Non, effectivement, ce n’était pas dans ta tête. Le chat a remarqué quelque chose, tout comme toi. Était-ce les Zoans ? demanda Jodis.

Alec prit une profonde inspiration et hocha la tête, tandis qu’Eiji disparaissait et Cronin put l’entendre vérifier la sécurité de l’appartement. Il revint une seconde plus tard, ses longs cheveux noirs voletant derrière lui, à cause de sa vitesse.

— Nous sommes en sécurité.

Le ton de Jodis était sec et tranchant.

— Eleanor ? As-tu vu quelque chose ?

— Non. Je n’ai pas pu les discerner. Seulement ce qu’Alec m’a montré auparavant. Je n’ai reçu aucune vision d’eux du tout.

— Ils se tenaient juste ici, indiqua finalement Alec, pointant un doigt vers l’espace dans la salle à manger, près du mur où étaient exposées les antiquités de Cronin. Ils étaient au nombre de cinq, dans une formation en « V ». Le responsable à l’avant a été le seul à parler. C’était les mêmes gens… choses, loups, Zoans, peu importe ce qu’ils sont.

Il regarda Cronin avec des yeux suppliants, pourtant écarquillés et sauvages.

— Ils se tenaient juste là.

— Ils t’ont parlé ? demanda Cronin.

Alec hocha la tête.

— Qu’ont-ils dit ?

— Je peux vous montrer, répondit Alec, avant de se tourner rapidement vers tout le monde. Vous verrez que je n’invente rien.

Cronin posa une main sur le visage d’Alec et parla d’une voix basse, avec ferveur.

— Je ne doute pas de toi, Alec. Personne ne le fait. Tu ne deviens pas fou. Sammy n’a pas apprécié leur présence non plus, tu te souviens ? Montre-nous ce que tu as vu afin que nous puissions partager ce fardeau avec toi.

Alec jeta un dernier coup d’œil aux visages tournés vers lui, puis, après avoir lâché un petit soupir, il le leur projeta. Il avait décrit à Cronin sa capacité à transférer télépathiquement, comme une extension de ses synapses – ressemblant à des doigts partant directement de son système limbique, autrement dit une partie du système cérébral, chargé de réguler les émotions. Aussi facile que ce soit d’y penser lui-même, il pouvait l’imaginer dans la tête de quelqu’un d’autre, partageant le souvenir avec la personne qu’il avait choisie, peu importe où elle se trouvait dans le monde.

Et c’était une réminiscence. Ce n’était pas une vision. Ce n’était pas une hallucination. Il l’avait vu, l’avait vécu.

Juste quelques instants auparavant, il y avait cinq de ces créatures qui s’étaient tenues à quelques mètres de lui, et seul Alec les avait vues.

Même à travers la mémoire d’Alec, Cronin put sentir que le temps s’était figé. Il les entendit converser, dans un espace et un temps qui n’existaient pas. C’était bizarre et absurde, pourtant c’était la vérité.

Et, aussi vite qu’il était apparu dans son esprit, il repartit. Cronin saisit le tee-shirt d’Alec et l’attira tout contre lui. Tu es en sécurité, m’cridhe, pensa-t-il, sachant qu’Alec l’entendrait.

Celui-ci hocha la tête contre son cou avant de reculer.

— Vous l’avez vu ? demanda-t-il collectivement.

Tout le monde acquiesça, les yeux écarquillés, pâles et sans voix.

— Qu’est-ce qu’un Vukodlak ? demanda Kole. Je n’ai jamais entendu parler d’eux, mais il a dit que c’était sous ce nom que nous les connaissions.

Cronin déglutit difficilement. Il n’aimait pas ça. Il n’aimait pas ça, du tout.

— Au cours des siècles passés, « Vukodlak » était le nom que les Grecs utilisaient pour les vampires. C’est également le même nom utilisé dans l’Europe de l’Est pour « loup ».

— Un loup vampire ? demanda Kole.

Le père d’Alec semblait avoir pris une dizaine d’années supplémentaires au cours des cinq dernières minutes.

— Que diable est un loup vampire ?

Vargulf. Ou Ulfhéðinn, murmura Jodis.

Cronin ne l’avait pas vue si inquiète, depuis très longtemps.

— C’est le mot nordique pour « celui qui porte une peau de loup ».

— Les Japonais les appelleraient Kitsune ou Tanuki, ajouta Eiji. Ceux qui peuvent se transformer en un renard ou un chien. Les Russes les appellent Bodark, les Bulgares, Vrkolak. Les Méso-américains les appelaient Nahual. Ils ont eu des douzaines de noms à travers l’histoire, afin de décrire une telle créature.

Alec regarda son père et expliqua :

— Il y a des différences, papa. Mais le nom que toi ou moi utiliserions serait celui de lycan.

— Loup-garou ? chuchota à son tour Kole.

— À peu près, mais pas vraiment. Comme l’a indiqué Alec, il existe des différentes entre les deux, intervint Cronin. Ce sont des lycans.

Alex fixa son mari.

— Tu m’avais dit une fois qu’une telle créature n’existait pas.

Cronin secoua la tête.

— Parce que je ne le savais pas.

— S’ils ont autant de noms, provenant de cultures aussi différentes à travers l’histoire, comme les vampires, personne n’a songé que c’était, peut-être, parce qu’ils existaient réellement ?

Alec était en colère et Cronin ne pouvait pas lui en vouloir.

— N’as-tu jamais envisagé la possibilité qu’ils puissent être aussi réels que les vampires ?

— De toutes mes années passées sur terre, je n’en ai jamais rencontré, ni entendu une personne dire qu’elle en avait vu, répondit Cronin, sur la défensive. Ce n’était pas plus imaginable pour moi que de présumer que les leprechauns ou les fées existent !

Alec passa une main sur la nuque de Cronin et l’attira contre lui.

— Je suis désolé, murmura-t-il, puis il déposa un baiser sur son front. Je sais. Je peux le voir. Je ne voulais pas élever la voix contre toi.

Cronin resserra ses bras autour de son mari. Ils échangeaient rarement des paroles échauffées et cela le brûlait, comme si son cœur était en feu dans sa poitrine. La sensation des bras d’Alec autour de lui agissait comme un baume guérisseur.

— Si j’avais su, si j’avais eu la moindre idée qu’ils existaient, ou qu’ils seraient une menace pour toi…

— Eh bien, intervint Eiji. Il est plus sûr de présumer qu’ils existent bel et bien. Mais la véritable question est : pourquoi se sont-ils présentés eux-mêmes comme étant l’ennemi d’Alec ?

Celui-ci jeta un coup d’œil à l’appartement occupé et réprima un soupir. Il y avait des vampires partout, lisant autant qu’ils le pouvaient, faisant des recherches. Sauf lui. Il s’assit sur le sol, croisa les jambes et ferma les yeux. Pour les autres, il avait l’air plongé dans une profonde méditation, en fait, il utilisait la force de son esprit pour non seulement fortifier leur barrière protectrice autour de l’appartement, mais également pour tâter le terrain, atteignant des esprits partout à travers le monde pour voir s’il pouvait trouver le mot « Zoan » ou « Lycan » quelque part. Même si étendre ses pouvoirs à de tels niveaux le fatiguait, il devait essayer.

— Quelqu’un, quelque part doit bien savoir quelque chose, dit-il, plus pour lui-même que pour quelqu’un en particulier.

Alec envisageait de demander la réunion du Conseil des Anciens, toutefois Eiji et Cronin n’y étaient pas favorables.

— Pas avant que nous en sachions plus, indiqua Eiji. Si nous faisions une réunion maintenant, cela pourrait causer une vague de panique, et ce n’est pas le genre de chose que nous avons besoin d’ajouter à la liste de nos inquiétudes pour le moment.

— Je suis d’accord, ajouta Cronin. Si la situation devait empirer, alors, oui, nous demanderions la réunion du Conseil. Pour l’instant, faisons en sorte de rester attentifs et de ne pas dévoiler notre jeu.

Jodis serra la main d’Alec.

Nous allons trouver quelque chose, Alec. Je te le promets.

Merci, répondit-il. Et j’ai besoin de m’excuser pour mon emportement, plus tôt. J’étais irritable et je suis désolé de m’en être pris à toi.

Elle sourit et ses yeux bleus brillèrent comme de la glace.

Pas besoin de t’excuser, mon cher.

Elle regarda le salon bondé.

Toutefois, nous ne devons pas perdre de temps sur ceci.

Jacques, le vampire français qui avait assumé le rôle de protecteur du père d’Alec, avait été une constante depuis l’instant qu’ils avaient passé dans les fosses souterraines de Chine. Comme pour Eleanor, la voyante s’était révélée être une alliée importante. Elle était également devenue plutôt proche de Kole, ce qui enchantait tout particulièrement Alec. Mais au cours des douze derniers mois, ils avaient été contactés, par intermittence, par des vampires venant de partout dans le monde. C’était comme si rien n’avait pu s’arrêter, ne serait-ce que pour une seconde.

En cet instant précis, il y avait six vampires dans l’appartement et un humain. Kole était en sécurité, personne n’oserait même penser à lui faire du mal. D’autant qu’avec les vampires qui leur rendaient visite, Alec était en mesure d’entendre leurs pensées et de sentir leur faim pour son sang, alors, soit il les empalait à l’aide d’un pieu, là où ils se tenaient, soit il les envoyait affronter le soleil brûlant du Sahara. Quoi qu’il en soit, vouloir blesser Kole serait leur dernière pensée de leur vivant.

Ils avaient besoin d’un ensemble d’ouvrages de référence pour leurs recherches, plus qu’ils n’en possédaient déjà. Alec pouvait télétransporter n’importe quoi, un objet ou une personne, peu importe l’endroit où il voulait qu’ils aillent. Donc, avec un scanner mental, il fouillait à présent les bibliothèques et plus particulièrement, les livres les plus rares et les plus anciens, contenant les mots « Zoan » « lycan » ou encore « change-forme », puis sortait simplement l’ouvrage de son étagère pour le faire apparaître sur la table de l’appartement.

Alec ouvrit les yeux à temps pour voir Jodis sourire brillamment alors que les livres apparaissaient. Avec un petit hochement de tête en direction d’Alec et un « merci » mental, elle saisit le premier de la pile et commença à lire.

Cronin, avec une autre pile de livres dans les bras, s’assit à côté de lui.

Alec, tu vas bien ?

Cronin pensa la question, sachant que son mari l’entendrait. Celui-ci acquiesça et envoya sa réponse directement dans son esprit.

En effet. Légèrement fatigué, mais autrement, tout va bien.

As-tu trouvé quelque chose ?

Non. Et je ne pense pas que renforcer le bouclier autour de nous aura une quelconque utilité. Ils s’emparent de mon esprit comme s’il leur appartenait et j’avais déjà mis des barrières contre toutes forces extérieures.

C’était vrai. Alec avait très vite appris à dresser un mur autour de son propre esprit, afin de sauvegarder sa santé mentale. Cela bloquait les voix, les bruits, les sentiments, les pouvoirs de ceux autour de lui, et il ne laissait entrer que ce qu’il désirait.

J’ai également tenté d’immobiliser les Zoans à leur première apparition, mais cela n’a eu aucun effet. Il semble que mes pouvoirs soient inutiles contre eux. Je peux lire en eux, juste un peu, ou peut-être qu’ils ne me montrent que ce qu’ils veulent que je voie. Il est possible qu’ils exercent ce pouvoir sur moi aussi.

Cronin soupira.

Lorsque tu subissais leur rencontre imposée, c’était comme si le temps ne s’était pas écoulé pour nous. Pas même l’espace d’un clignement d’œil. Puis voir ensuite ce que tu nous as montré : que la réunion a duré au moins trente secondes… C’était comme si…

Alec termina la pensée de Cronin.

comme si le temps s’était gelé.

Oui.

Je pouvais bouger, continuer à vivre à travers lui tandis que vous étiez coincés pendant un moment. Figés dans le temps. Et lorsqu’il a repris son cours, cela m’a déstabilisé. Littéralement.

Alec sentit Cronin se tendre à côté de lui.

Nous allons découvrir quelles sont leurs intentions, Alec. Et nous les arrêterons.

Alec ouvrit alors les yeux, puis fixa Cronin et lui adressa un sourire triste.

Comment ? Si je détiens toute cette puissance, mais qu’elle reste hors de ma portée et que je me retrouve impuissant devant eux, comment pourrons-nous les vaincre ?

Comme nous le faisons toujours : ensemble.

Alec tourna légèrement la tête et sourit.

— Jacques, murmura-t-il avec un hochement de tête en direction de la porte.

Puis Jacques entra dans le salon, tenant le tableau qu’ils utilisaient pour dessiner des cartes et dresser leurs plans de bataille, d’abord contre les dieux Égyptiens, puis contre l’Armée de Terre Cuite. Il sourit alors qu’il le positionnait devant la table.

— Comme au bon vieux temps, hein ?

Alec se releva d’un mouvement fluide, et posa une main sur le bras de Jacques avec un sourire.

— Et moi qui croyais avoir laissé l’époque où j’étais dans les forces de l’ordre derrière moi…

— J’ai cru que cela vous aiderait, répondit Jacques, affichant un air d’excuse.

— C’est le cas. Bien plus que tu ne le sauras jamais, indiqua Alec.

Il saisit le marqueur, retira le bouchon et jeta un coup d’œil à la pièce. Désormais, il pouvait aisément lire dans l’esprit de chacune des personnes présentes dans la salle, mais afin de former une équipe et d’encourager la liberté de penser et les discussions, il appela :

— Donc, dites-moi ce nous savons jusqu’à présent, depuis le départ.

Jodis répondit la première.

— Eh bien, comme tu l’as dit auparavant, d’après la médecine occidentale, la zoanthropie est une illusion, une maladie mentale, où on croit être un animal et où on agit en tant que tel.

— Et nous savons, ajouta Eleanor, qu’à travers l’histoire, les diagnostics médicaux humains sont souvent liés à une certaine vérité dans le monde… paranormal.

— Ces Zoans ressemblent à des loups. Nous n’avons rien les concernant dans l’Histoire des vampires, dit Jacques. Cependant, le folklore humain fait mention d’hommes ressemblant à des loups depuis les débuts de la retranscription de faits historiques. Il doit détenir un fond de vérité.

Alec hocha la tête.

— Je suis d’accord. Ils n’auraient pas su ce qu’ils étaient il y a quelques centaines d’années. Mais nous le savons maintenant.

— Et ce ne sont pas des loups-garous ? demanda à nouveau Kole. Quelles sont les différences entre un loup-garou et un lycan ?

— Les loups-garous se transforment involontairement suivant les différentes phases de la lune, expliqua Jodis. Les lycans, d’un autre côté, ont la capacité de décider quand ils prendront la forme d’un loup.

— Donc, ce sont des changeurs de formes ? clarifia Kole.

Son front était plissé, clairement perdu par le sujet.

— Ils portent une peau humaine ?

— Nous ne savons rien sur les Zoans en tant que race ou qu’espèce, répondit Cronin. Ils nous sont totalement inconnus. Toutefois, d’après ce que nous avons vu dans les souvenirs d’Alec, il semble qu’ils aient un aspect extérieur humain, si vous voulez, mais ce sont bien des lycans qui se trouvent en dessous. Je présume qu’ils peuvent passer d’une forme à l’autre, à volonté. Cela expliquerait pourquoi personne n’a pu les détecter pendant tout ce temps.

— Ils s’appellent eux-mêmes des Vukodlak également, reprit Eleanor. Cela signifie loup-vampire. Ce qui veut dire quoi ? Qu’ils sont une race de lycans ?

— Si un loup qui boit du sang peut être défini en tant que lycan, alors théoriquement, oui, répondit Cronin.

Alec termina d’écrire sur le tableau les points importants.

— Mais ce que j’ai vu, ce que je vous ai montré, qu’en faites-vous ? Ils semblent…

— Menaçants, termina Eiji. Je redoute d’avoir à les revoir, et la peur n’est pas un sentiment que j’ai ressenti depuis très, très longtemps.

— Sous leur peau, ils ressemblent à des loups, rétorqua Cronin. De manière déformée, quelque peu humaine, grotesque. Tellement de dents acérées. Toutefois, il y avait autre chose également. Des écailles ? Presque comme à un lézard, la bouche remplie de dents ?

— Ils ont des postures militaires, précisa Alec. Ils sont restés en formation. Ils ont un responsable. Cela, au moins, nous indique qu’ils respectent une certaine hiérarchie et qu’ils possèdent un esprit de miliciens. C’est au moins quelque chose.

— Et leurs vêtements, reprit Eleanor. De longues capes. Je n’ai pas pu discerner ce qu’ils dissimulaient en dessous.

— Et qu’en est-il de leurs capacités ? demanda Eiji. Ils peuvent apparaître télépathiquement dans l’esprit d’Alec. Puis ils se matérialisent physiquement ici, mais seulement à lui ? Quel genre de talent est-ce ?

— Et s’ils possèdent des dons, pourquoi ceux d’Alec sont-ils inexistants ? ajouta Jodis à la question déjà sans réponse.

— Et l’écoulement du temps ? intervint Cronin. Nous en avons tous été témoins. Alec a discuté avec eux pendant que nous nous tenions là, immobiles, figés. C’était comme s’ils avaient arrêté le temps pour le reste du monde, à l’exception d’eux-mêmes et d’Alec.

C’était une habitude humaine qui fit qu’Alec vérifia sa montre, pour découvrir que les aiguilles ne bougeaient pas. Il la tapota, mais rien. C’était un bijou onéreux que Cronin lui avait offert alors qu’ils se trouvaient à Tokyo, il y a tout juste un an, et c’était impossible que la pile soit morte…

— Alec ? demanda Cronin, fixant sa montre.

— Elle s’est arrêtée. C’est peut-être une coïncidence, dit-il, bien qu’il pense le contraire.

— Quand s’est-elle arrêtée ? le pressa Eiji.

Il jeta un coup d’œil à l’horloge accrochée sur le mur, qui affichait précisément l’heure.

— Il y a quarante-sept minutes.

— À peu près au moment où les Zoans sont apparus dans le salon, remarqua Jodis.

— Pas « à peu près », la reprit gentiment Alec. Exactement à l’heure à laquelle ils se sont montrés. Ils arrêtent vraiment le temps.

Ils restèrent assis en silence pendant un moment, tandis que tout le monde réfléchissait à ce que cela pouvait signifier. C’était difficile à comprendre. Kole secoua la tête.

— Mais tu ne t’es pas figé comme le reste d’entre nous, dit-il. Et cela m’inquiète.

Alec frissonna, geste qu’il n’avait pas fait depuis qu’il était devenu un vampire.

— Ce qui sous-entend que lorsqu’ils viennent me voir, je suis tout seul.

Cronin commença à grogner. C’était un son bas et menaçant, toutefois il ne semblait pas remarquer qu’il le faisait.

— Je n’aime pas ça non plus, confessa Alec, regardant directement Cronin.

Puis, il jeta un coup d’œil à la ronde.

— Il semble que je n’aie aucun pouvoir pour lutter contre eux. J’ai tenté de les immobiliser et de protéger les autres, mais rien n’a fonctionné.

— Alors, dans cette…

Eiji marqua une pause et Alec le vit chercher dans son esprit le mot juste.

— … pause hors du temps, tu es impuissant ?

— Je le pense, admit Alec. Cependant, j’aurai besoin de faire une autre rencontre afin d’en être tout à fait certain. J’ai été pris par surprise cette fois, mais désormais, je saurai à quoi m’attendre.

Le grognement de Cronin se fit plus fort.

— Une autre rencontre ? Alec, tu dis ça comme si tu étais impatient que cela se produise.

— En fait, reprit Alec, essayant de rester calme, comme vous vous en souvenez tous, je n’ai pas eu le choix sur le sujet. Il semble que si les Zoans souhaitent me parler, alors ils le feront, que je le veuille ou non.

— Et ceci m’inquiète d’autant plus, répondit Cronin.

Il se dirigea vers Alec et posa son front sur le menton de son mari.

— Je m’excuse pour mon ton, Alec. Je sais que tu ne désires pas une telle chose, mais à l’idée que tu doives leur faire face tout seul… maintenant, qu’ils ont montré leur jeu et se sont présentés en tant que tes ennemis…

— Je sais, reconnut tranquillement Alec.

Il prit le visage de Cronin en coupe et embrassa sa tempe. Cronin murmura, paraissant déjà défaitiste.

— Il doit bien y avoir quelqu’un ! Quelqu’un, quelque part qui est au courant ! Comment cela a-t-il pu nous échapper ? Pourquoi apprenons-nous l’existence de créatures aussi anciennes que maintenant ?

— C’est ce que nous devons découvrir, reprit Alec. Nous devons travailler sur le qui, quoi, comment et pourquoi. Nous devons chercher qui les a envoyés et d’où ils viennent, et plus important encore, ce qu’ils veulent. C’est ainsi que nous les vaincrons. Nous devons trouver leur point faible.

Eiji sourit et frappa des mains.

— J’aime quand tu parles comme ça, Alec.

Cronin souffla et lança un regard noir à Eiji, mais celui-ci ne se laissa pas dissuader. En fait, il se mit à rire.

— Quoi ? Je ne peux pas m’en empêcher. Quand Alec fait son truc de policier – Eiji agita sa main vers le tableau blanc – les aventures et le chaos suivent généralement.

Alec lui sourit, puis se tourna vers Jacques, Eleanor et Kole.

— Eiji, Jodis, Cronin et moi allons nous absenter pour un court laps de temps. Il y a quelqu’un à qui j’ai besoin de parler.

Puis il revint de nouveau vers Jacques.

— Puis-je te demander une chose ?

— Bien entendu.

— Cherche parmi les gargouilles, indiqua Alec. Je ne sais pas pourquoi. La première fois que je les ai vus, ce mot m’est aussitôt venu en tête. Ce n’en est pas un qu’ils m’ont donné, cependant quelque chose dans mon esprit y a pensé. Trouve tout ce que tu peux.

— Des gargouilles ? répéta Cronin.

Alec hocha la tête et haussa les épaules.

— Je sais que c’est bizarre. Mais sérieusement : les momies vampires en Égypte, ceux de terre cuite en Chine… Plus rien ne peut étonner mon conneries-o-mètre désormais.

— Où allons-nous ? demanda Jodis.

— Voir Jorge, répondit Alec.

Eleanor secoua la tête.

— Alec, ton don surpasse largement le sien. Si tu ne peux pas voir les Zoans, personne d’autre ne le peut.

— Pas Jorge lui-même, clarifia Alec. Toutefois, j’espère m’entretenir avec les vampires décédés. Il parle avec eux. Pas moi. Je peux les voir dans son esprit, comme une fenêtre, en outre, il n’y a que lui qui possède ce pouvoir.

Il haussa les épaules à tous les vampires qui le dévisageaient.

— Peut-être qu’il n’y a pas de vampire vivant connaissant les Zoans, et que seuls les morts sont au courant.




CHAPITRE QUATRE



Alec fit un petit détour d’abord pour acheter un cadeau pour Jorge. Il l’avait revu à plusieurs reprises au cours des douze derniers mois et, chaque fois, il lui apportait un petit témoignage de sympathie en guise de remerciement. Alec le comprenait tellement mieux maintenant qu’il pouvait s’infiltrer dans son esprit. Il savait que les voix qui parlaient à travers lui n’étaient souvent pas les siennes. Des vampires de partout dans le monde avaient présumé que Jorge était affligé de multiples personnalités ou d’un trouble dissociatif de l’identité, comme c’était appelé de nos jours.

Mais ce n’était pas ça du tout.

Jorge avait une fenêtre mentale vers les morts. Les vampires décédés, pour être exact. Fait qu’Alec et ses amis avaient appris seulement lorsque sa mère trépassée leur avait parlé après la transformation de son fils en vampire.

La voix que prenait alors Jorge était la sienne, mais dans son esprit, Alec pouvait voir le vampire mort parler. Jorge était, à toutes fins utiles, un portail pour les vampires de l’au-delà.

De plus, Alec aimait bien le gamin. Incompris pendant plus d’une centaine d’années, mais ressemblant toujours à un garçonnet âgé de cinq ans, Jorge avait été essentiel à la survie d’Alec et à sa transformation d’humain en vampire. L’enfant avait été enlevé dans son humble hutte dans la jungle Bolivienne et utilisé comme appât par Rilind, un vampire Illyrien vengeur qui voulait utiliser les pouvoirs d’Alec en l’attirant en Chine. Lorsque Cronin et Alec avaient ramené Jorge en sécurité et en parfaite santé, cela avait également été le moment où Alec avait réalisé qu’Adelmo, bouleversé, l’homme qui veillait sur l’enfant, était comme un père pour lui. Il n’était pas un aide-soignant, ni un baby-sitter, comme le prétendaient certaines rumeurs qu’il avait entendues. Il incarnait une figure paternelle pour le gamin, grâce à un lien vampirique.

Alec avait pu le voir. Il pouvait discerner les attaches entre couples destinés, comme une union entre deux âmes. Et ces liens ne concernaient pas uniquement des paires accouplées, comme Alec avait tenté de l’expliquer. Certains d’eux étaient destinés à une famille. Comme entre Adelmo et Jorge. Même si Alec vivait un millier d’années, il n’oublierait jamais le moment où ils avaient ramené Jorge à Adelmo, ni comment le petit garçon avait couru vers lui et la manière dont Adelmo l’avait étreint, versant des larmes de joie et de soulagement.

Les deux vampires menaient une vie humble : une petite hutte, des meubles épars, cependant pratiques, pas d’électricité, sans aucun des conforts du vingt et unième siècle qu’Alec prenait pour garantis. Ils étaient heureux ainsi. Mais un cadeau était justifié. Chaque fois qu’ils lui rendaient visite – Jorge n’avait quitté sa jungle natale qu’une fois depuis le calvaire en Chine et c’était pour leur mariage – Alec lui apportait quelque chose de petit, mais de spécial.

La première fois, cela avait été une nouvelle montre, après que celle qu’Alec lui avait offerte la toute première fois qu’ils s’étaient rencontrés et qui lui avait été prise. La seconde fois, c’était une série de livres, à la fois à colorier et à lire, avec la plus grande boîte de crayons et de feutres qu’il avait pu trouver. Étant donné le talent de Jorge et son âge vampirique de plus d’une centaine d’années, les autres avaient trouvé son idée stupide. Jorge avait été très excité, et Adelmo d’autant plus reconnaissant.

Pour leur rencontre d’aujourd’hui, Alec avait décidé qu’un nouveau ballon de football était à l’ordre du jour. Il avait sauté avec Cronin, Eiji et Jodis dans une allée, derrière un énorme revendeur d’articles de sports à Sucre, la capitale de la Bolivie. C’était le soir et le magasin était plein de clients nocturnes. Pendant qu’Alec prenait ce qu’il voulait et se tenait dans la longue file d’attente pour régler son achat, Cronin, Eiji et Jodis s’étaient mis sur le côté pour l’attendre. Plutôt impatiemment.

Alec s’était rapidement habitué au fait de ne jamais avoir à patienter, grâce aux sauts, mais il voulait faire cela dans les règles. Oui, il pouvait apparaître dans n’importe quel magasin, n’importe où dans le monde et prendre ce qu’il désirait, ou le faire venir à lui sans avoir à se déplacer, mais un cadeau devait être choisi et acheté.

Au plus grand déplaisir d’Eiji, qui n’avait pas cessé de grommeler entre ses dents depuis.

Arrête de pleurnicher, lui envoya Alec, directement dans son esprit.

Eiji lui lança un regard noir.

Alec, répondit-il sèchement. Un groupe de créatures inconnues a menacé ta vie, il y a à peine quelques heures. Je ne pense pas qu’il soit sage ni drôle que nous prenions le risque de sortir en public afin d’acheter un ballon de football pour un gamin. N’aurais-tu pas pu juste le prendre ?

N’en prenons-nous déjà pas assez à l’humanité ? répliqua Alec.

Une image de lui-même se nourrissant envahit l’esprit d’Eiji, pour qu’Alec sache que son ami comprenait ce qu’il voulait dire. Il fit la moue.

Super ! Un vampire avec une conscience. Peut-être que tu aurais dû choisir un magasin qui n’était pas aussi bondé.

Alec jeta un coup d’œil à Jodis et s’autorisa à infiltrer son esprit.

Comment fais-tu pour supporter ses plaintes continuelles ?

Elle se contenta de sourire.

Eiji lui lança un regard mauvais.

— Que vient-il juste de te dire ?

Elle mentit terriblement.

— Rien.

Il la dévisagea une longue minute.

— Si, il l’a fait.

Il se retourna vers Alec.

— Si, tu l’as fait.

Puis il revint vers Jodis.

— Pourquoi as-tu dit qu’il n’avait rien fait ? Pourquoi m’as-tu menti ?

Cronin gloussa.

— Alec, penses-tu pouvoir faire accélérer les choses ? Patienter dans une file d’attente n’est pas dans nos habitudes.

— C’est vraiment attendre pour rien, ajouta Eiji.

— Pour quelqu’un d’aussi vieux que toi, j’aurais cru que tu aurais acquis un peu de patience, déclara Alec en riant.

Mais il avait raison. Les gens commençaient à les dévisager ouvertement. Dans un magasin où la clientèle et le personnel étaient à prédominance sud-américaine, les hommes commençaient à remarquer Jodis – avec sa peau de porcelaine, ses longs cheveux blancs et sa beauté à couper le souffle. Eiji était aussi surprenant, avec ses caractéristiques japonaises, ses pommettes hautes et ses longs cheveux noirs, mais ensemble, ils offraient une publicité vivante pour la perfection. Une beauté pas totalement humaine, néanmoins étonnante.

Et Cronin… eh bien, Alec ne pouvait même pas commencer à exprimer combien il était attirant.

Disculpe, señor, fit une voix de femme.

Alec leva les yeux pour voir que les caissiers le regardaient avec expectative, attendant qu’il s’approche du comptoir. Il fit la transaction malgré le train de pensées de la femme, hésitant entre le trouver sexy ou effrayant. Elle sentait que quelque chose n’était pas normal – ni même humain. Elle réfléchit à la question, puis la repoussa, la considérant comme folle. Toutefois, elle n’était pas vraiment sûre quand elle lui tendit son sachet.

Tenga un buen dia, répondit Alec doucement, lui souhaitant une bonne journée.

Il ajouta une touche de raucité à sa voix et une lueur de flirt dans ses yeux. La femme bégaya ses remerciements, alors qu’Alec pouvait entendre Cronin grincer des dents par-dessus le bruit des gloussements de la caissière.

Il sourit en sortant du magasin.

— Quoi ? fit-il, en guise de réponse au regard noir de Cronin. Elle ne parvenait pas à décider si nous étions ridiculeusement sexy ou une menace inhumaine. J’ai choisi l’option sexy.

Cronin souffla tandis qu’ils marchaient le long du trottoir.

— J’aurais préféré que tu ne flirtes pas avec elle. Une femme, en plus !

Jodis se moqua de lui.

— Y a-t-il quelque chose de mal au fait d’être une femme ?

— Non, non, s’excusa Cronin. Ce n’était pas ce que je voulais dire. C’est juste que…

Alec éclata de rire et glissa son bras sous celui de Jodis, passant en tête avec elle, laissant un Eiji souriant et un Cronin qui faisait la tête, les suivre derrière. Ils tournèrent dans la ruelle sombre dans laquelle ils étaient arrivés et quand ils furent totalement dissimulés dans l’obscurité, Alec lâcha le bras de Jodis et embrassa Cronin jusqu’à ce qu’il sourie.

Eiji soupira seulement trois fois.

Quand ils se séparèrent enfin, Alec éclata de rire avant de les faire sauter dans la hutte désormais familière, au beau milieu de la jungle de Rurrenabaque.

— Alec ! s’écria Jorge, se précipitant et sautant dans ses bras ouverts.

Il serra l’enfant vampire avant de le reposer et d’ébouriffer ses cheveux.

— Qu’est-ce que tu as pour Jorge cette fois ?

Adelmo le fit taire.

— Jorge ! Tes bonnes manières !

Il sourit néanmoins.

Cronin aimait que Jorge et Alec soient devenus amis, et Adelmo aussi. Il serait éternellement le débiteur de Jorge pour avoir sauvé la vie de son mari quand ils se trouvaient en Chine.

Adelmo les accueillit gracieusement dans sa maison, et ils regardèrent pendant que l’enfant ouvrait le sac venant du magasin de sport. Il était tellement excité par son tout nouveau ballon, une paire de chaussures à crampons et un tee-shirt avec le nom de Pelé brodé dans le dos.

Inutile de dire que Jorge était incroyablement agité. Il sauta et claqua des mains, disant des choses comme :

— Nous sommes si heureux. Jorge est si heureux. Alec est un bon ami.

Tout ce qu’Alec put faire fut d’éclater de rire.

Cronin appréciait qu’Alec soit l’oncle préféré de Jorge. Il fit même les lacets des chaussures à crampons pour lui, et, bien entendu, ils sortirent dans la clairière et jouèrent à un contre un.

C’était leur troisième voyage dans la jungle Amazonienne en douze mois, depuis la Chine, et le second où Eiji et Jodis les accompagnaient.

— Je crois comprendre que tout ne va pas si bien, commença Adelmo.

Cronin secoua la tête.

— Il y a eu de nouveaux développements.

— Jorge aurait-il dit quoi que ce soit ? demanda Eiji.

Adelmo secoua la tête.

— Rien d’alarmant, ni de nouveau.

— Un groupe s’est présenté de lui-même à Alec, et seulement à lui. Nous n’avons pas pu les voir. Ils se sont déclarés comme étant son ennemi.

Adelmo haleta et, entendant la conversation, Jorge cessa de jouer au football. Il leva les yeux vers Alec, le jeu paraissant oublié.

— Ennemi de la clef ?

Alec ramassa le ballon et soupira. Il ébouriffa de nouveau les cheveux de Jorge.

— Ouais. Apparemment.

— Jorge n’aime pas ça, déclara l’enfant.

Son visage s’était assombri, puis il se mit en colère et grogna.

— Alec est notre ami.

Celui-ci regarda le petit garçon.

— As-tu vu quelque chose ?

Cronin ne savait pas si Alec posait la question à Jorge lui-même, ou au vampire qu’il avait entraperçu dans son esprit.

Jorge secoua la tête.

— Non.

— Ils s’appellent « Zoans », reprit Alec.

S’il s’attendait à une réaction immédiate, il n’en obtint aucune.

Rien.

Jorge resta immobile, le visage neutre, les yeux complètement noirs et Cronin comprit alors qu’Alec avait parlé au vampire.

Après un moment, Alec hocha la tête.

— Très bien. Merci.

Jorge cligna des paupières et ses yeux revinrent à la normale, puis il secoua la tête.

— Qu’est-ce qu’un Zoan ?

Alec haussa les épaules.

— J’espérais un peu que tu pourrais me le dire.

Puis il se tourna vers Cronin, Eiji et Jodis.

— Ils vont chercher quelqu’un qui peut aider. Qui aurait pu se douter que le paradis avait un centre d’appels ?

— Ils vont chercher quelqu’un ? reprit Eiji, incrédule. Que cela veut-il dire ?

— Eh bien, elle a usé du mot « susciter ». Toutefois si je l’utilise, je risque de passer pour un crétin pompeux, répondit Alec.

Eiji éclata de rire.

— À qui as-tu parlé ? demanda Cronin.

— Heather. Ma mère. Elle semble être parmi les numéros favoris ou quelque chose comme ça.

Jorge avait l’air perdu, manifestement peu familier avec la technologie moderne.

— Elle est reliée à toi. Si tu as besoin d’elle, elle répond, expliqua-t-il.

Ses joues rebondies rosirent.

— Jorge l’aime bien.

L’enfant dut penser à autre chose après, parce qu’Alec reprit :

— Elle est belle, acquiesça-t-il. Mais pas autant que moi.

Jorge se mit à rire, puis donna un coup dans le ballon qu’Alec tenait, et mit un but entre les deux arbres délimitant la cage.

Cronin sourit en les regardant jouer, mais un détail que Jorge avait dit l’interpellait. Lorsqu’ils revinrent à l’intérieur et qu’ils s’installèrent autour de la table, il le mentionna.

— Jorge, tu sais, avant que tu dises que tu aimes bien la mère d’Alec ?

— Elle est gentille avec Jorge, répondit-il.

C’était bien ce que Cronin pensait qu’il voulait dire.

— Y a-t-il des gens qui ne sont pas gentils avec Jorge ?

Le visage du garçon s’assombrit en une fraction de seconde.

— Jorge n’aime pas certaines choses qu’ils montrent, parce que ça ne rend pas Jorge heureux.

Cronin se souvint quand l’enfant avait eu des visions du massacre des vampires-momies affamés en Égypte.

— Non, je présume que non. Mais les gens, ils sont agréables avec toi ?

Jorge hocha la tête.

Cronin lui adressa un sourire, mais continua de le presser de ses questions.

— Y a-t-il beaucoup de personnes là-bas ?

L’enfant-vampire haussa à moitié les épaules tout en hochant la tête.

— Jorge ne les voit pas tous. Juste ceux qui veulent que Jorge les voie.

Cronin…


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