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UN SOUFFLE A LA FOIS

Gaëlle Cathy

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Publié par:

Gaëlle Cathy à Smashwords

© 2017 par Gaëlle Cathy

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Le code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du code pénal.

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Traduit de l’anglais (Etats-Unis)

par Gaëlle Cathy

Copyright © 2017 par Gaëlle Cathy


Correctrice : Zu


Couverture : Eve Dussaud


ISBN (epub) : 979-10-96374-19-6

ISBN (Paperback) : 979-10-96374-08-3






A Propos

Remerciements

Dédicaces

Chapitre Un

Chapitre Deux

Chapitre Trois

Chapitre Quatre

Chapitre Cinq

Chapitre Six

Chapitre Sept

Chapitre Huit

Chapitre Neuf

Chapitre Dix

Chapitre Onze

Chapitre Douze

Épilogue

Autres Livres

A propos de Gaëlle Cathy



Née dans le sud de la France en 1978, Gaëlle partage son temps entre les montagnes de l’Ardèche et la métropole de Lyon. Très tôt elle développa une passion pour la langue anglaise et les USA, qu’elle a souvent visités. La série télévisée Buffy the Vampire Slayer scella ces deux passions quand elle se mit à écrire des fanfictions; plus de 70 en six ans avant de finalement prendre son envol avec ses propres écrits.

Son premier roman, When the River Flows out of its Bed, sort en 2011 suivi un an plus tard par Legacy, un roman fantastique de 500,000 mots sous le nom d’auteur GC Lehane. Sa deuxième romance, Fire and Ice, sort en 2014. One Breath at a Time fut publié un an plus tard en mai 2015, That Week in Acapulco en décembre 2015 et A Little Bit of Grey à l’hiver 2017.

Une édition fortement révisée de When the River Flows out of its Bed, sort au printemps 2016 et la version française en décembre 2016.

Tokyo Sunrise est attendu pour 2017, ainsi qu’une nouvelle traduction française de ses premiers romans.

Amoureuse de la nature et des animaux, Gaëlle fait de longues balades a travers les sentiers montagneux et passe le reste de son temps à écouter de la musique, s’occupant de ses six chats, quand elle ne participe pas à des manifestations contre la cruauté envers les animaux.



Remerciements



Un énorme merci a Samantha et Gemma pour leur aide avec la muco. Vous m’avez donné une entrée directe dans l’esprit de Spencer. Et je suis privilégiée de vous connaitre.


Merci à Zu pour ses corrections et ses conseils précieux. <3


Merci à Eve pour la couverture. ;)



Dédicace



A Gregory, tu es la raison derrière cette histoire. Tout à débuté par toi. Tu es en vie dans nos coeurs à tout jamais, petit ange.


A Jerica, McKenna, Marion, Joy, Ritchie, Brian, Tyler, Bridgette, Taylor, Hilary, Jody, Valentina, Kaine, Gareth, Cole, Romain et tous les anges parties trop tôt….




A Jonathan, j’aimerais pouvoir comprendre ton geste. Mais surtout j’aurais aimé une dernière chance de te parler et de chasser tes souffrances pour que tu ne nous quittes pas de la sorte…



Un souffle à la fois



Chapitre Un



« Allez, Matt ! Il fait super beau aujourd’hui. Ça fait un bail que je ne me suis pas baladée à l’Arboretum. Je n’ai pas envie de passer ma journée au téléphone ! » Alecia Moore passa son iPhone de l’oreille gauche à la droite afin d’admirer plus librement les vibrantes couleurs d’automne tout autour d’elle, tandis qu’elle approchait du sentier du rivage de l’arboretum du Washington Park de Seattle, en ce dernier weekend de septembre 2012. Elle soupira puis sourit.

« D’accord, d’accord... Mais combien de temps? Je t’ai dit oui, Matt. Je guette, t’inquiète. Oui okay. On se voit plus tard. Bye. »

Malgré son sourire, Alecia soupira de nouveau en raccrochant. Elle repoussa une mèche blond foncé de son visage et regarda le ciel, s’étirant le cou pour tâcher de voir au delà des sapins et des épicéas se dressant fièrement autour d’elle.

« Je suis bonne pour un torticolis ce soir. »

Quelques mètres plus loin, Spencer Davies prenait des photos d’une canne et ses petits qui se précipitaient vers l’étang, passant non loin d’elle. Sans lever l’œil de son énorme appareil photo, elle se reculait, afin que la canne ne change pas de chemin par sa présence.

« Ouch, dit-elle, lâchant presque son appareil, quand elle rentra dans quelque chose. Si ce quelque chose n’avait pas lâché une petite expiration au contact, Spencer aurait pensé qu’il s’agissait d’un arbre.

— Bon sang, je suis désolée, je... Alecia s’interrompit, sans explications, quand ses yeux se posèrent sur la fine brunette qu’elle venait de bousculer. Elle s’apprêtait à reprendre sa phrase quand la brunette repoussa sa frange du visage, révélant un regard profond de couleur noisette. Alecia resta bouche fermée. Elle cligna des yeux.

— Je regardais en l’air, euh... » Alecia perdue son cheminement de pensées quand la femme lui sourit. Alors que son cerveau semblait gelé, ses lèvres, elles, formèrent un sourire facile. Inexplicablement, le paysage entourant la brunette devint noir et blanc; l’étang derrière elle, les sapins Douglas dans le fond, le magnifique rose foncé des feuilles de Mariesii, les couleurs d’automne des feuilles de Franklin devinrent aussi blanches que la neige. Alecia cligna des yeux; s’étaient-elles rentrées dedans si fort qu’elle en avait une commotion cérébrale? Elle secoua la tête brièvement : « Le ciel, je veux dire, finit-elle, se sentant extrêmement bizarre, incertaine de ce sentiment maladroit qui semblait déstabiliser tout son être.

Spencer leva les yeux au ciel bleu-gris au dessus de leurs têtes.

— Tu cherches un présage? Dit-elle, sourcillant légèrement de manière amusée. Ce sourire…Alecia se demanda si elle avait déjà vu un sourire aussi plein de vie. Non seulement les couleurs autours d’elles réapparurent, mais elles lui semblaient encore plus vibrantes d’un seul coup. Le rouge des Azalées juste à coté d’elles était plus ardent que les plus colorées des roses rouges. Le paysage semblait idyllique, a commencer par la femme se tenant juste en face d’elle.

— Non, répondit Alecia, un léger rougissement aux joues. Un ami m’a dit de regarder en l’air, une surprise ou un truc dans le genre ». Alecia secoua légèrement la tête et sourit intérieurement à cet étrange sentiment qu’elle venait de ressentir. J’espère que je ne t’ai pas fais mal, ou ruiné ta photo, ajouta-t-elle en pointant du doigt le large appareil. Sacré objectif, d’ailleurs.

Spencer fixa le vert foncé intense des yeux d’Alecia pendant un long instant, sans répondre immédiatement, comme cherchant sa réponse en eux.

— Merci. Euh, non... » elle secoua la tête de la même manière qu’Alecia précédemment. Ne t’inquiète pas, ce n’était pas la photo de l’année.

Alecia prit une inspiration plus profonde alors que le regard de la brunette s’attardait sur le sien.

— Tu es photographe, donc? demanda Alecia rapidement, tant l’intensité de leur silencieuse interaction la perturbait.

— J’essaie, oui. Et toi? Tu viens souvent ici?

Les lèvres d’Alecia formèrent un sourire involontaire à la pensée que l’inconnue ne semblait pas plus encline qu’elle à rompre leur impromptue rencontre. Alecia se concentra un peu plus sur la brunette, elle la pensait d’une vingtaine d’année, comme elle-même, peut être deux ou trois ans de plus, se dit-elle. Elle était plus grande et beaucoup plus fine. Presque trop fine, ou alors cela venait du blue-jean serré qui la moulait à la perfection.

Alecia chassa ces pensées de sa tête et répondit enfin : « En fait non, pas tellement. Avant oui, quand j’étais plus jeune. Mes parents vivent à port Townsend, et j’ai beaucoup d’amis et de la famille à Seattle et Port Angeles. Mais j’étudie à Berkeley.

— Berkeley, bien. Impressionné même.

— C’était l’université de mes rêves, je l’avoue.

L’éclat nouveau dans le regard d’Alecia fit sourire Spencer plus largement. Alecia sentit son cœur rater un battement. Elle baissa les yeux au sol, encore une fois confuse. Le sourire de cette femme avait quelque chose d’extraordinaire.

Alecia se racla la gorge discrètement et la regarda de nouveau.

— Je comprends ça, dit Spencer.

Alecia changea de pied d’appui, de droite à gauche, son regard ne quittant jamais celui de Spencer.

— Et toi, université? Déjà diplômée peut-être?

Spencer regarda brièvement le sol, brisant ainsi pour la première fois l’intense échange visuel entre elles deux. Elle se demanda brièvement pourquoi elle n’était pas déjà au bord de l’étang à prendre ses photos de canards et des couleurs d’automnes. Habituellement elle n’aimait pas qu’on lui pose trop de questions. Pourtant elle sourit encore plus car, loin de l’agacement, ce qu’elle ressentait en ce moment était une grande excitation.

— J’y suis pas allée. Trop de choses à faire, pas assez de temps.

— Je comprends ça, aussi. Tu es photographe depuis longtemps?

Spencer ricana légèrement tout en remettant le cache de l’objectif en place. « Ça dépend ce que tu appelles être photographe. Ce genre de photos, dit elle, en montrant le paysage autour d’elle. Les paysages, la nature..., je le fais pour des sites de photos gratuites, tu sais, style Fotolia, Getty Images ou autre. Ça paie les factures. Ça fait un moment que je fais ça, même si c’est parfois ennuyeux. Mais la photo en tant que tel, c’est une passion pour moi donc j’ai l’impression d’avoir fait ça toute ma vie ». Spencer s’étonna d’avoir du mal à s’arrêter de parler. « De temps en temps je fais des photos de pochettes de disques ou de livres pour différents artistes locaux de Seattle. Je bosse pas mal sur ordinateur aussi, je fais du design. Site webs, expositions.... Le design informatique c’est une autre passion.

— Tu fais plein de trucs différents en fait. Tu ne dois pas t’ennuyer souvent.

Spencer acquiesça grandement.

— C’est le plan. La vie est trop courte pour s’ennuyer.

— Tu parles, tu dois avoir quoi, vingt deux, vingt trois ans, max?

Le sourire de Spencer s’élargit à l’intérêt évident d’Alecia.

— Vingt-quatre, répondit Spencer, un léger rougissement aux joues alors qu’elle ajouta Et toi?

— Vingt-et un.

— Je m’appelle Spencer, au fait. Spencer lui tendit la main. Son regard perçant sembla pénétrer Alecia. L’étudiante ne comprit pas pourquoi elle avala sa salive fortement quand leurs mains se touchèrent. Elle ne pouvait détourner son regard de celui de la photographe.

— Moi c’est A...

— Alecia. »

Surprise, Alecia retira sa main. Spencer sembla visiblement affecté par la séparation.

« Comment tu le sais?

Spencer sourit de nouveau, mais ce sourire était moins prononcé que les précédant alors qu’elle pointa vers le ciel.

— Ton présage est arrivé ».

Alecia regarda en l’air. Il lui fallu se déporter un peu sur le coté gauche pour voir correctement bien qu’elle le regretta aussitôt.

« Oh... Mon... Dieu... »

Un avion traînant une banderole sur lequel était simplement écrit Je t’aime, Alecia volait au dessus de leurs têtes. En guère plus de quelques secondes, Alecia avait totalement oublié la demande de Matt, ou Matt tout court. Alecia prit une profonde inspiration qu’elle relâcha dans un soupir perplexe.

Ce n’est vraiment pas un présage, dit-elle, se retournant de nouveau vers Spencer.

— P’tit ami?

— Non, pas vraiment. Enfin je veux dire non. Définitivement non. Alecia se demanda pourquoi cela lui semblait si important soudainement qu’une étrangère ne se méprenne pas sur sa relation avec Matt.

— Bonne chance dans ce cas.

Le portable d’Alecia sonna.

— Mince, dit-elle quand elle vit de qui provenait l’appel. Elle regarda Spencer de nouveau.

— Je devine; le pas-p’tit ami? »

Alecia dut acquiescer. Elle savait qu’il n’était pas prêt de raccrocher, mais elle ne voulait pas lui parler à ce moment là, surtout pas avec Spencer en face d’elle. Mais surtout, elle réalisait qu’elle n’avait simplement pas envie que sa conversation avec la photographe s’arrête ici.

Voyant qu’Alecia ne prenait pas l’appel, qui partit en message vocal du coup, Spencer lui dit : « Hey, euh, je serais en ville demain. Une amie expose quelques toiles dans une galerie locale en soirée, et, euh, ça te dirait qu’on se retrouve au Neptune Café, vers quatre heures de l’aprem’, mettons, et tu pourras me dire comment ça s’est passé ». Spencer pointa le portable qui sonnait de toute part, Messenger, message vocal et textos.

Les lèvres d’Alecia tremblèrent légèrement alors que des sentiments contradictoires l’envahissaient et tuèrent le oui immédiat qui lui était venu à l’esprit. Elle ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Du moment où son regard s’était posé sur Spencer elle s’était sentie hors de son élément, la brune lui avait carrément fait beaucoup d’effet.

Le ton amusé de Spencer ne pouvait cependant que la détendre, et elle ne pouvait que sourire face à celui si envoûtant de la photographe. L’invitation de Spencer était sans équivoque. Elle non plus n’avait pas envie que leur rencontre inopinée s’interrompt. Le téléphone continuait de buzzer.

Avec un rougissement prononcé, Alecia répondit : « Oui, ça serait sympa. Et toi tu pourras me montrer comment ça s’est passé, avec ma maladresse », termina-t-elle en pointant les canetons barbotant désormais dans l’étang.

« Entendu ».

Leurs regards n’en finissaient plus de s’entremêler, et le sourire sur leurs lèvres paraissait figé, tant elles semblaient toute deux ne pas vouloir, ou pouvoir, se séparer. La sonnerie du portable d’Alecia retentit de nouveau, rompant ainsi la magie de leur rencontre.

« Dans ce cas, à demain, Alecia.

— À demain ! », confirma Alecia d’un geste prononcé de la tête.

Spencer se tourna et s’en alla. Il fallu quelques instants de plus à Alecia pour finalement prendre l’appel.

— Oui. Oui, Matt, je l’ai vu. J’aurais eu du mal à le rater.... À vrai dire, euh, c’est...gentil. Non. Si, bien sûr. Mais t’aurais pas dû.... Oui. Oui ça je le sais. Non je ne peux pas ce soir, je mange avec mes parents. Non je ne t’évite pas, Matt, s’te plait. Demain soir? Euh, non, pas demain. Pourquoi? Euh…okay, ce soir dans ce cas. Ouais, t’inquiète, je les gère. D’acc, passe me prendre à huit heures? Okay. Oui, c’était très gentil de ta part, Matt. Okay, à ce soir. Bye. »

Alecia raccrocha et soupira de nouveau. Elle regarda au loin Spencer qui s’éloignait, elle semblait encore plus fine de si loin. Ses longs cheveux légèrement ondulés semblaient danser par-dessus sa veste marron.

Alecia se demanda ce qui lui arrivait; elle venait d’annuler un dîner avec ses parents afin de ne pas dire à Matt qu’elle avait un rendez vous avec Spencer le lendemain. Elle ne comprenait pas ce qu’il venait de se passer, mais réalisait toutefois qu’il y avait bien plus que leur corps qui s’était rentrés dedans il y a quelque minutes. Ce n’était, en revanche, pas le moment de se poser trop de questions à ce sujet. Spencer lui semblait une personne très intéressante et elle voulait la connaître mieux. Pour l’instant, elle s’en tiendrait à cela comme raisonnement.

***

Alecia se déplaça de quelques centimètres sur le canapé quand Matt vint s’asseoir tout contre elle, plaçant deux bières sur la table basse en face d’eux. Pour une fois, le dîner avec ses parents lui manquait ; non pas qu’ils étaient loin, le studio de Matt se trouvait à un kilomètre et demi de leur maison.

Alecia sortit de sa rêverie quand Matt, d’une caresse, éloigna de son visage une mèche de ses cheveux blond foncé. Elle se recula légèrement.

« Quoi? Je ne peux plus te toucher maintenant?

Alecia ne répondit pas. Matt croisa les bras sur sa poitrine.

— Je croyais qu’on sortait ce soir, Matt.

— Je sais, mais je me suis dit que j’aurai plus de chance de pouvoir enfin te parler en privé si on restait là. Tu m’évite déjà assez comme ça.

— Je ne t’évite pas, Matt. Mais je ne sais plus comment me comporter avec toi.

Il secoua la tête. Était-ce si mauvais que ça? » lui demanda-t-il. Alecia regarda le mur au loin. Matt prit ses mains dans les siennes. « Sérieusement, Al. C’était si mal que ça ? Car je ne trouve pas.

— J’ai jamais dis que c’était mauvais, Matt. C’est juste…on aurait pas dû, c’est tout ».

Il s’éloigna de quelques centimètres seulement mais sa main resta sur la cuisse d’Alecia. « Pourtant ça fait des mois qu’on prend cette direction, Al ».

Elle plaça sa main sur la sienne. « Non, ce n’est pas vrai. On avait simplement un peu trop bu. Ça ne serait jamais arrivé sans ça ».

Matt la fixa du regard. « T’en es bien sur à cent pour cent? Et franchement, on était légèrement éméchés mais sans plus ».

Alecia resta silencieuse.

« Toi et moi ça fait plus de quinze ans qu’on est proches comme ça, Alecia.

— C’est pour ça que ça n’aurait jamais dû arriver. Tu es mon meilleur ami. Et je t’aime comme tel. Je ne veux pas que notre relation change.

— Les relations changent tout le temps, Al. On est fait pour évoluer, changer, et nos sentiments aussi.

— C’est ça le truc, Matt. Je n’ai pas ces sentiments là pour toi. Je suis désolée.

— Toi et moi, comme on est tous les deux…et l’autre nuit. Je sais que ça t’a plu.

Alecia regarda au loin à nouveau, embarrassée. Ce n’est pas la question, dit-elle.

— Bien sûr que si.

— Franchement Matt, je ne me souviens pas de grand chose, pour tout dire. La nuit entière est un peu…comme un brouillard pour moi.

— Ne fais pas ça, Al. Ne fais pas comme si tu n’étais pas là avec moi, ou pire, que je t’ai saoulé pour abuser de toi? »

Alecia lâcha sa main. « Tu prends tout ce que je dis du mauvais coté. J’essaie de te parler, de te dire ce que je ressens. Ou plutôt, ce que je ne ressens pas, mais tu n’entends même pas. Je n’ai jamais rien dit de tel Matt, et encore moins ressenti cette nuit-là comme ça. J’étais là oui, et mon corps a réagi, si ça te fais plaisir, oui. Mais je ne devrais pas ressentir cela simplement parce qu’un p’tit coup dans le nez me désinhibe, c’est tout.

— Ouais ».

Alecia soupira. « Pourquoi est-ce que c’est si dur de te parler maintenant?

— Et pourquoi est-ce si dur pour toi de tenter le coup?

— Parce que je ne suis pas prête! Alecia avala sa salive. Et même si je l’étais…Je ne ressens pas ça pour toi, c’est tout.

Matt lui caressa gentiment le dos de la main.

— Ça fait quatre ans maintenant, Al. Il faut que tu avances. Alecia détourna le regard. Tu ne penses pas que c’est ce que Laura voudrait pour toi? Tu étais si jeune, et c’est loin maintenant.

Alecia prit une profonde inspiration à la mention du nom de son ancien amour. Son seul amour.

— C’est drôle. Je ne me souviens pas t’avoir entendu prononcer son nom avant. De toute façon, tu n’entends que ce que tu veux entendre, Matt. Qu’en est-il de la partie ou je te dis ne pas éprouver ces sentiments là pour toi? Pas comme toi, en tout cas ».

Matt soupira. « Okay, je suis désolé. Je ne te forcerai jamais, tu le sais ça. C’est juste…L’autre nuit a changé quelque chose, pour moi en tout cas. Je croyais que pour toi aussi. Je sais que tu m’aimes, au plus profond de toi. C’est moi qui t’ai rendu ton sourire, tes rires même, c’est moi qui t’ai refait parler librement et vivre de nouveau après… Et on est devenu si proches.

— Et je tiens vraiment à cette amitié, Matt.

— Donc c’est vraiment pour ça que tu ne veux pas plus avec moi, à cause de notre amitié?

Alecia se raidit légèrement. C’était difficile pour elle d’aborder ce sujet avec lui, mais il était son ami proche après tout, et cela sortirait tôt ou tard donc….

— Pas seulement, Matt. C’est vrai, je tiens trop à notre amitié pour prendre ce risque mais surtout... » Alecia marqua un temps de pause, le regard perçant de Spencer lui traversa l’esprit, et ce sourire si vibrant s’afficha dans sa tête comme si Spencer se tenait devant elle à ce moment là. « Surtout, je pense que je suis réellement gay, Matt ». Matt fronça les sourcils. « Je sais. On en a déjà parlé; Laura et moi nous étions des ados et ça aurait pu n’être…mais ça n’était pas juste une phase. J’aurais dû savoir que des sentiments si profonds ne s’évaporaient pas comme ça dans les airs, si facilement ».

Matt s’éloigna légèrement sur le canapé. Il regardait en face de lui, semblant peser les mots de sa réponse. Il la regarda de nouveau.

« Tu veux mon opinion? Tu as eu peur. Toi et moi on s’est sacrément rapprochés, du coup tu repars avec ça ». Il serra sa main quand elle voulu la retirer. « Mais ce n’est pas toi, ça. T’es une bonne personne, tu sais ce qui est bien ».

Elle soupira et pu enfin retirer sa main.

« Tu es tellement bigot, parfois.

— Je ne comprends simplement pas comment tu peux me faire ça, et à tes parents aussi. On a toujours été ensemble à l’église, au catéchisme et à tous nos clubs, ou en tout cas avant…C’était toujours toi et moi. Ça l’a toujours été.

— C’est moi ou t’as Alzheimer d’un coup? Et je ne me sens pas malsaine ou autre, Matt. Je ne peux pas m’empêcher de ressentir ce que je ressens, et pour qui je le ressens: Les femmes.

Il sourit du coin des lèvres, et secoua légèrement la tête.

« Et t’as réalisé ça d’un coup d’un seul? »

Alecia se racla la gorge, impossible de faire marche arrière maintenant. « J’ai rencontré quelqu’un aujourd’hui, une femme, et j’ai ressenti… quelque chose. Je crois qu’elle aussi, je ne sais pas, je ne suis pas sure. On se voit demain autour d’un café.

Wow, demain? Et qu’en est-il de ton je ne suis pas prête?

— T’es vraiment pas juste avec moi, Matt ».

Matt se leva.

« Je sais. Mais devine quoi, je ramasse les morceaux de mon cœur brisé jusqu’à l’autre bout de la pièce là. Donc désolé si je ne me sens pas d’humeur chevaleresque, ou amicale ».

Alecia se leva pour partir. Elle avait atteint la porte quand il la rattrapa et la retint gentiment.

« Attends. Désolé. Vraiment, sincèrement, je suis un vrai connard ce soir. C’est juste…au cas où la banderole n’était pas assez grande: je t’aime, lui déclara-t-il ». Alecia avala sa salive et il ajouta : « Et l’autre soir…Mais ça me passera. Donne-moi juste un peu de temps avant que je puisse redevenir simplement juste ton ami. Tu peux?

— Oh que oui, lui répondit elle avec un secouement de la tête pour appuyer ses dires.

— Ne fais rien de radical pour me repousser en attendant. Ce truc avec les filles…Pense à tes parents, à Dieu, à la vie. Ce n’est pas comme ça qu’ils t’ont élevés et... ». Matt s’interrompit face à l’irritation grandissante dans le regard d’Alecia. « Okay. Je ne dirai plus rien. Promis. »

Il la prit dans ses bras avant de la raccompagner chez ses parents.

***

Il était seize heures dix quand Alecia entra enfin à l’intérieur du Neptune Café sur Greenwood Avenue. Elle secoua brièvement la pluie de son manteau et de son parapluie tout en scrutant déjà l’intérieur du café bondé, avec l’espoir que Spencer ne soit pas déjà partie, ou n’ait pas changé d’avis, tout simplement, quant à leur rencontre ce jour. Elle n’eut pas longtemps à attendre avant d’être fixée, vu que Spencer lui faisait des grands signes, assise à une table au fond de la salle. La photographe n’avait, à l’évidence, pas raté son entrée.

Alecia était incapable d’expliquer ce qui la faisait fondre dans le sourire de Spencer mais c’était le cas. Elle se sentait rougir et ne pouvait s’ôter son propre sourire niais alors qu’elle approchait de la table de Spencer.

« Salut. Bien contente que t’aie pu venir, lui dit Spencer, reposant son Macchiato sur son plateau.

— Moi aussi. Désolé pour le retard. Je n’utilise pas ma voiture souvent donc elle a eu un peu de mal à démarrer. Et franchement, conduire sous une telle pluie. A Seattle. On oublie bien volontiers la pluie quand on part d’ici ». Alecia s’estimait heureuse toutefois d’avoir trouvé à se garer relativement près, ou elle aurait pu être bien plus en retard. Elle retira son manteau et s’assied.

Spencer rendit à Alecia son sourire mais lui demanda : « J’en déduis que t’étais contente de partir d’ici?

Alecia détecta facilement un léger regret dans le ton de Spencer.

— En fait, oui et non. J’adore Seattle. Mes amis, ma famille sont ici, mes racines sont ici. J’aime cet environnement. Culturellement parlant Seattle est très excitante.

— Tu prêches une convaincue, lui dit Spencer avant de rajouter, mais...?

— Mais j’avais besoin de partir, oui. Ma dernière année au lycée à été très chaotique. J’avais besoin de changement. Et Berkeley a toujours été l’université de mes rêves, donc je ne me suis pas faite prier quand j’ai été acceptée. Je pense que tout s’est passé pour le mieux, en fin de compte ». Alecia s’installa plus confortablement sur sa chaise et posa son sac à main au pied de celle-ci. Mais je reviens souvent maintenant. Tu veux quelque chose? » Demanda-t-elle en se levant.

Spencer secoua négativement la tête. Alecia alla au comptoir pour commander un expresso, sous l’œil attentif de Spencer. Elle revint avec son café et un donut.

« Et toi? Tu viens d’où, car cet accent n’est pas d’ici ».

Spencer sourit et acquiesça. Elle n’était toutefois pas née loin, puisque sa famille était originaire de Boise dans l’Idaho. Ils avaient beaucoup voyagé. Elle avait vécu en Australie jusqu’à l’âge de sept ans avant de passer trois ans en Allemagne, puis Seattle jusqu’à ses douze ans, ensuite ce fut deux ans a Djibouti, puis un an au Japon, et enfin retour a Seattle.

« C’est pour ça que je parle un peu bizarrement ». Elles échangèrent un léger rire et Spencer termina : « Mes parents sont de retour pour de bon à Boise. J’ai choisi de rester ici, chez ma cousine, car j’adore l’atmosphère de cette ville.

— Je suis impressionnée, t’as été…de partout.

Non, pas de partout. On n’a jamais été en Amérique du Sud. J’aimerais tant voir les chutes d’Iguaçu, et bon sang, la cordillère de Darwin, je rêve de la traverser. C’est tellement beau... » Spencer parlait avec des étoiles dans les yeux. Alecia avait du mal à regarder autre part d’ailleurs. « J’espère que je pourrai voir tout ça un jour. Je prendrais de ces photos, dis donc. Et mon rêve, bon, ça va te paraître sûrement très nul mais c’est…Rio. Le Corcovado. C’est clair c’est un cliché, touriste à souhait et tout et tout mais je veux vraiment le voir. C’est mystique pour moi. Donc ça, et la cordillère de Darwin c’est vraiment un rêve. Mais y’a tant de choses que je voudrais voir. Trop.

— Hey, t’as encore le temps. Et je ne trouve pas ça cliché du tout. Ça doit être impressionnant de se retrouver face à cette statue. Et c’est tout un symbole. T’as quand même vu bien plus de choses que moi. Je suis allée au Venezuela une fois, à Winnipeg et Toronto mais tu vois, j’ai jamais traversé d’océan. Comment ça se fait que vous ayez tant bougé, d’ailleurs? »

Spencer expliqua que son père était un militaire. Il était pilote, spécialisé dans les missions de sauvetage et de ravitaillement aérien. Elle savait que l’inactivité lui manquait cependant toute la famille voyait bien également qu’il profitait très bien de sa retraite, et surtout le temps qu’il pouvait maintenant passer avec les siens. Ils avaient voyagé avec lui aussi souvent que possible, mais il y avait également eu beaucoup de séparations de longues durée.

« T’as quand même bien voyagé. Je t’envie ça tout de même.

— C’était cool oui. La plupart du temps en tout cas.

— J’aimerais beaucoup visiter l’Europe. L’Angleterre et tout et tout, dit Alecia.

— T’auras ton diplôme au printemps c’est bien ça? » Alecia acquiesça et Spencer continua. « Donc tu n’auras qu’à voyager cet été là. Tu l’auras bien mérité, non?

— Je ne peux pas. J’ai déjà un boulot qui m’attend en fait.

— Oh. Bien. Quel boulot?

— Assistante d’édition dans une maison d’éditions. J’ai fait un stage chez Harper Collins l’été dernier et ça s’est vraiment bien passé.

— C’est ce que tu étudie à Berkeley?

— Je passe ma licence d’anglais oui. Mais ma mineure c’est l’écriture créative. J’aime aussi vraiment l’histoire, que j’avais prise à la base car on étudiait les romans victoriens. J’avais pris ce cours pour avoir une meilleure compréhension de cette époque-ci en Europe, principalement en Angleterre, et du coup cela m’a donné envie d’y aller. Je sais, j’ai tendance à m’éparpiller. J’avais aussi pris une classe de journalisme sur ma première année universitaire car j’adore ça. Mais j’ai dû l’abandonner au bout d’un moment pour me reconcentrer sur mes majeur et mineure.

— Non, c’est cool. Tu t’intéresses à plein de choses. Moi j’avoue que je ne sais pas trop comment ca marche tout ça, les majeures, les mineures.... L’université en gros. Mais je pense que tu devrais continuer d’apprendre tout ce qui t’intéresse.

— J’aime tellement de choses que ça a été dur de me restreindre.

— Dans ce cas continue d’étudier.

— J’ai déjà un boulot qui m’attend.

— Et alors? Lui dit Spencer, sourcil légèrement levés, avant de boire une gorgée de son Macchiatto.

— Et bien…» Alecia ne dit rien d’autre, n’ayant pas d’autre argument, en réalité.

Spencer se mordit légèrement la lèvre inférieure et reposa son café sur le plateau. « Et t’écris sur quoi? Demanda-t-elle.

— J’édite principalement, je fais de la correction. Tu parle bien de mon futur boulot, c’est ça?

— Écriture créative. Tu dois bien écrire des trucs.

— Oh, euh, non. Enfin, j’veux dire, j’écrivais.... Quand j’étais plus jeune.

Tu as choisi ça comme mineure. Tu l’as gardé alors que tu as lâché des cours que tu aimais vraiment, voire même que tu adorais. Donc tu dois vraiment aimer écrire, non?

— Euh..., répondit Alecia en prenant une longue inspiration, oui. Enfin, je n’ai rien écrit depuis un moment, honnêtement, en dehors des cours. Je n’ai rien montré d’autre à mon prof. Je veux dire…je n’allais pas poursuivre dans cette voie donc… Mais quand j’étais plus jeune, oui, je voulais écrire. Plus, je veux dire.

— Pourquoi t’es tu arrêtée? »

Elles échangèrent un intense regard. La réponse était simple, et pourtant si difficile. Pourquoi? Tant de raisons, et aucune vraiment.

« Certains trucs m’ont barré la route ». C’était la réponse la plus facile qu’Alecia pût trouver.

Spencer la fixa intensément puis elle se rassit au fond de sa chaise, en disant simplement : « C’est dommage. J’ai comme le pressentiment que j’aurais aimé ce que tu écris. »

Elles échangèrent un sourire séducteur mais Spencer ne posa pas plus de questions là-dessus. Bien qu’il lui semblait la connaître depuis toujours, elle ne connaissait Alecia que depuis une demi heure, en réalité. Gardons cela pour une autre fois, se dit-elle. Elle avait réellement envie qu’il y ait d’autres rendez-vous avec Alecia, bien que celui là ne faisait que commencer. Alecia réajusta son manteau sur sa chaise pour qu’il ne la mouille plus. Pendant un court moment elles burent leurs boissons entre quelques regards furtif l’une à l’autre.

Spencer se leva et commanda un nouveau Macchiato pour elle ainsi qu’un donut car Alecia avait fini le sien. Alecia la remercia, ses joues teintées de rose, surtout à regarder la taille fine de Spencer, comparé à ses courbes généreuse. À l’évidence, Spencer ne mangeait pas deux donuts en une demi-heure, pensa-t-elle.

Alors qu’elle se rasseyait, Spencer commença à tousser. Une très mauvaise toux, se dit Alecia.

« Braver le mauvais temps n’était peut-être pas une si bonne idée que ça, en fin de compte, lui dit Alecia avec un sourire.

— Ne t’inquiète pas pour ça, lui répondit Spencer avec un geste de la main.

— C’est quand même une mauvaise toux que t’as là.

— Je vais bien. Comment ça s’est passé avec ton ami? ». Spencer changea de sujet.

Alecia se relaxa après s’être tendu une demi-seconde.

« On a eu une loooongue conversation.

— Et?

— Et…c’est un mec, donc faudra sûrement que je lui répète tout ça à nouveau très bientôt ».

Spencer se retint de rire mais le sourire sur les lèvres d’Alecia s’effaça pour laisser place à une expression plus sérieuse sur son visage. « Non, mais plus sérieusement. Je ne suis pas très juste avec lui. Je lui donné de faux espoirs, sans le vouloir. C’est mon meilleur ami et un type super, donc je ne devrais pas me moquer. Je suppose que ça ne doit pas être facile d’aimer quelqu’un qui ne vous aime pas.

— C’est même pire que ça, je te l’dis.

— Oh, parce que ça t’es arrivé peut-être? Lui dit Alecia d’un ton joueur.

— Et pourquoi pas?

L’intensité du regard qui passait entre elles, plus leur échange très joueuse en était presque trop pour Alecia qui dû prendre une inspiration plus soutenue. Elle nota par ailleurs la poitrine de Spencer se soulever alors qu’elle en fit de même.

— Tu es fascinante ». Ces mots sortirent de la bouche d’Alecia sans qu’elle ne puisse les retenir.

Un silence soudain s’abattit sur leur table. Spencer nota les différentes variations de couleurs sur les joues d’Alecia, du rose au rouge vif. L’air choqué sur son visage montrait également qu’elle ne savait pas bien d’où lui étaient venus ces mots. Alecia avala sa salive.

« Je veux dire... Et bien, ouais ». Alecia sourit, se détendant enfin. Sans comprendre pourquoi, elle se sentait à l’aise d’être totalement honnête avec Spencer, comme elle l’avait déjà fait au sujet de Matt. « Et t’es vraiment très belle donc je ne vois pas qui que ce soit te rejeter.

Mon dieu, tu me fais rougir. Et ça, ça n’arrive pas souvent. Mais aimer quelqu’un qui ne vous aime pas en retour, ça j’ai connu. Bon okay, j’avais peut-être sept ou huit ans à l’époque, plaisanta-t-elle alors qu’Alecia rit. Mais quand même. Ça fait mal. Te moque pas, c’est vrai. Oh bon sang j’adore ton rire... ».

Alecia se tut instantanément et son regard se perdit dans celui de Spencer. Alecia en aurait presque eu du mal à respirer. Elle essayait de se souvenir de ce sentiment: cet étrange sentiment d’être entouré de dizaine de personnes bruyantes et de n’en voir et n’entendre qu’une seule; celle qui se tenait devant elle. Non, elle ne l’avait jamais connu auparavant.

Le léger rosé sur les joues de Spencer ne l’empêcha pas d’ajouter : « Quant à la beauté, t’as beaucoup d’avance sur moi. Normal que tu n’aie jamais été rejetée.

— Euh, tu plaisantes, j’espère? demanda Alecia, indiquant précisément ses cuisses. Pour appuyer son argument elle se leva même, pour les montrer plus amplement.

Spencer rit. « S’il te plaît, monte sur la table, je ne vois rien d’ici ».

Alecia rit plus légèrement que Spencer, puis se rassit.

« Non mais sérieusement, j’ai un gros cul, même une culotte de cheval alors que t’es si fine. Y’a pas une once de graisse sur toi. Non pas que je t’ai maté ou autre, bien sûr.... ». Alecia sourit à son mensonge évident.

Spencer la fixa d’un air amusé. « Et bien, moi je l’ai fait, et j’peux te dire que tu as tout ce qu’il faut, ou il faut. Oui c’est vrai je suis fine, et pas aussi grande que toi. C’est pas attirant, j’ai peu de seins. Toi en revanche…»

Alecia n’en crut pas ses yeux de se rendre compte que tout ce dont elle avait envie a ce moment là, c’était d’embrasser Spencer. C’était aussi simple que ça. Rien d’autre ne lui venait à l’esprit. Ses rêveries, et rougissement, furent interrompus quand le bariste fit tomber une tasse de café derrière le comptoir. Elles burent dans le calme pendant quelques instants. Leurs regards continuèrent toutefois leur conversation silencieuse mais intense.

Spencer mis soudainement la main dans son sac à main, mais, sans en retirer quoique ce soit, elle pressa un spray dont l’odeur rempli rapidement les narines d’Alecia. C’était une forte odeur d’orange, pas désagréable du tout, au contraire, mais tout de même. Alecia fronça les sourcils.

« Les fortes odeurs de café me rendent un peu nauséeuse, expliqua Spencer, en avalant sa salive.

Alecia restait perplexe, quasiment certaine d’avoir raté quelque chose là, mais elle n’en dit pas plus. Elle sourit et alla commander un chocolat chaud. Spencer se détendit.

Réchauffée par son chocolat chaud, Alecia quitta son sweat-shirt. Le sourire captivant sur les lèvres de Spencer s’évapora instantanément. Alecia fronça les sourcils jusqu’à ce que Spencer lui prenne délicatement le poignet, juste pour confirmer ce qu’il lui avait semblé. En principe, le premier réflexe d’Alecia quand les gens remarquaient sa cicatrice, était de la couvrir, mais aujourd’hui, elle n’eut même pas le réflexe de retirer sa main.

— Est-ce que ça va? » La tendre attention dans le ton de Spencer dissout les quelques dernières résistance qu’Alecia aurait pu avoir et elle s’exprima librement.

« C’était y’a longtemps... ». Face au léger froncement de sourcils de Spencer, elle ajouta : « Enfin je veux dire ; je vais bien maintenant, donc ça me parait vraiment loin tout ça... ».

Spencer caressa le coté de la main d’Alecia avec son pouce, évitant soigneusement la légère cicatrice sur le poignet d’Alecia. Alecia eut soudainement la tête qui tourne, d’une certaine manière cette caresse lui semblait effacer de sa mémoire les souvenirs de cette cicatrice. Elle avala sa salive quand Spencer retira sa main.

« Comme je te l’ai dis plus tôt, ma terminale fut très chaotique. J’ai fais une erreur. Mais je suis passée outre. C’est la vérité.

— Ravie de l’entendre. Je vais te paraître cliché une fois de plus, mais la vie c’est tellement précieux, dit Spencer, en avalant sa salive alors qu’elles se fixaient intensément une nouvelle fois.

— Oui, je sais. »

La conversation s’orienta vers la photographie, la scène musicale et artistique de Seattle, la vie sur le campus de Berkeley, la famille et les amis. Spencer en appris plus sur les parents d’Alecia et ses meilleurs amis: Henry, qu’Alecia appelait toujours son petit frère, Susan, sa colocataire dans les dortoirs de Berkeley depuis trois ans et Matt, alors qu’Alecia découvrit que Spencer avait une petite sœur, Lily. Elle apprit également que Spencer avait un frère qui était décédé il y a cinq ans, âgé seulement de seize ans, d’une maladie que Spencer n’avait pas précisé. Elles échangèrent sur tout avec facilité, si bien que Spencer était en retard pour l’événement de son amie Kenzi.

Aucune d’entre-elles ne voulaient terminer ce rendez-vous en revanche, aussi, ce fut un soulagement pour toute les deux quand Spencer proposa à Alecia de venir avec elle, à l’inauguration. Alecia envoya un texto à sa mère, ne voulant en aucun cas l’avoir au téléphone. Elle savait très bien que sa mère la ferait se sentir coupable de sauter un autre repas avec eux. Et à ce moment là, rien ni personne n’aurait pu l’empêcher de suivre Spencer.

Il fallut un petit moment à Alecia pour se faire à la personnalité de Kenzi, la meilleure amie de Spencer, ou plutôt à ses peintures. Une fois que Kenzi dévoilait ses pièces colorées, parfois abruptes, Alecia fut capable de mieux les apprécier.

***

« Par là ! ».

La main de Spencer s’était logée au creux du dos d’Alecia alors qu’elle la dirigeait vers un couloir. « Je crois me souvenir que c’est par ici », ajouta-t-elle.

Alecia n’était même plus sure de ce qu’elles cherchaient à la base, tout ce à quoi elle pensait, et sentait, était la main de Spencer, ses doigts lui effleurant légèrement la peau là où son jean taille basse s’arrêtait.

— Là, regarde ! ». Spencer pointa le fond du couloir.

Ah oui c’est vrai, les toilettes, se rappela Alecia, et son envie pressante lui revint fortement en tête, et ailleurs. Elle se retourna pour remercier Spencer et leurs mains s’effleurèrent. Des sourires timides se formèrent sur leurs lèvres. Alecia se retourna et partit en direction des toilettes. Spencer prit une longue inspiration alors qu’elle contemplait maintenant le couloir vide, perdue dans de plaisantes pensées.

« Putain, t’es grave accro, ma loute ! ».

Spencer sursauta car elle n’avait pas remarqué Kenzi, se tenant maintenant juste à coté d’elle. Le sourire de Kenzi s’agrandit et elle se retint de rire. Spencer secoua la tête quand les mots de son amie percutèrent enfin.

« Non, non c’est juste, euh.... C’est juste une amie.

— Et moi j’suis Gerhard Richter et mes peintures se vendent 10,000 euros pièce ».

Spencer roula des yeux. « Je l’aime bien, okay, mais...

— Oh tu la kiffe grave, arrête. T’arrives même pas à regarder ailleurs quand elle est là. Et ce truc entre vous, c’est ouf la façon dont vous vous comprenez. Tu lances un sujet et c’est comme si elle savait exactement de quoi tu parles, et vice versa. Comme un vieux couple ! ».

Spencer poussa l’épaule de Kenzi avec la sienne. Mais Kenzi n’avait pas finie de titiller son amie. « En plus tu t’es maquillée, et c’est pas souvent ça. Ah! J’tai eu! »

Spencer ne put s’empêcher de rire à la brève danse de la victoire que fit son amie.

« L’une d’entre nous se devait de faire bonne impression. Sérieux, j’ai eu peur qu’elle ne se sauve en courant quand tu nous as accueilli », lui dit Spencer, en touchant le Mohawk rouge et bleu de Kenzi.

« Quoi? Elle aime pas mon Mohawk? Dit-elle, faignant une moue boudeuse.

Non. Moi je l’aime pas. Je trouve ça horrible. J’aime trop le noir intense de ta vraie couleur. Mais bon, bref, moi j’ai l’habitude de tes changements incessants de couleur et de coupe mais j’ai eu peur pour elle quand je t’ai vu. Mais ça n’a pas eu l’air de la déranger.

Tu vois, elle, elle est cool ». Kenzi acquiesça à ses propres propos. La jeune femme était quelque chose à voir. Des yeux verts clairs sur d’habituels cheveux noir intense, courts ou longs, selon l’humeur du moment, parfois rasé sur un coté, et quelque mois plus tard l’autre, un piercing circulaire sur la lèvre inférieur, un diamant sur la narine et plusieurs tatouages plutôt discrets sur différents endroits du corps. Elle ne passait pas inaperçue.

Spencer ne put s’empêcher une inspiration plus profonde en regardant vers le fond du couloir, ou Alecia avait disparu quelques instants plus tôt. Kenzi sourit mais resta un tantinet plus sérieuse.

« Je crois que je ne t’ai jamais vu regarder quelqu’un de cette manière, Spence, honnêtement ».

Spencer regarda brièvement le sol et acquiesça de la tête avant de regarder son amie de nouveau.

« Je ne sais pas comment l’expliquer, Kenz. Du moment où je l’ai vue…J’ai ressenti ce truc que je suis carrément incapable d’expliquer ». Spencer haussa les épaules. « Mais je la connais à peine en fait.

— Oh tu parles. Vous avez parlé pendant au moins cinq heures en ville. T’as carrément failli manquer l’inauguration tellement tu t’es mis à la connaître. Vous devez tous savoir l’une de l’autre là.

— Non, pas tout, dit Spencer, le ton amer alors qu’elle regarda le sol.

— Hey, pas de ça, okay? Lui dit Kenzi, avec une gentille touche sur l’épaule.

— Et si elle prend peur? » Avant que Kenzi ne puisse répondre, Spencer haussa les épaules. « Je devrais être habituée pourtant. Elles se sauvent toutes de toute manière... ». Spencer regarda l’autre bout du couloir. En temps normal, elle s’en fichait quelque peu. Mais là, elle était terrifiée à l’idée de dévoiler ses secrets à Alecia et de la perdre. C’était stupide comme pensée, se dit-elle, elles venaient juste de se rencontrer, ne sortaient même pas ensemble encore, et pourtant Spencer avait déjà peur qu’Alecia ne se sauve en courant, loin d’elle et de sa vie compliquée. Elle avait subtilement évité le sujet au café. Cela avait été facile car elles n’avaient pas manqué de sujets de discussions.

Quand Spencer releva les yeux, Kenzi se tenait en face d’elle.

« Tu es la personne la plus remarquable que je connaisse, Spencer. Tu sais que je suis directe et que je ne prends pas des gants pour dire ce que j’ai à dire. Donc tu sais que je le pense. Tu connais mon opinion sur toi, ta personnalité, ton talent et ton cœur. C’est pour ça que je suis si protectrice envers toi et ouais, je suis vache avec tes copines ou ces filles que tu ramènes pour un ou deux rencards parce que…elles sont nulles, la plupart du temps ». Spencer sourit mais resta pensive alors que Kenzi continua : « Elles ne te méritent pas. Aucune d’entre elles. Je crois que personne ne peut t’arriver à la cheville, Spence. Mais celle-là, dit-elle, pointant du doigt le fond du couloir, celle-là je comprends que tu aie ressenti ce truc inexplicable comme tu dis. Celle-là je la sens bien, et ce truc…je le sens entre vous ». Kenzi posa ses mains sur les épaules de Spencer. « Elle se sauvera pas. J’en mets ma main à couper ».

Spencer acquiesça de la tête, au moins pour se rassurer; ce n’est pas comme si elle pouvait y faire grand-chose de toute manière. Ce que lui réservait le futur était un mystère et elle ne pouvait en aucun cas dicter les comportements ou réactions des autres donc, inutile de se morfondre dans ce qui n’était pas encore arrivé.

Kenzi leva un sourcil et un sourire malicieux se forma sur ses lèvres. « De plus, on voit littéralement ses genoux trembler chaque fois que tu lui lances ce monstrueux sourire dont toi seule à le secret ». Spencer rigola légèrement et Kenzi termina : « Donc, tu me le remets en route avant qu’elle revienne, okay? »

Spencer acquiesça de la tête et sourit à sa meilleure amie.

« Merci, Kenz ». Spencer n’avait pas besoin d’en dire plus pour que Kenzi sache ce que ses mots, et sa présence à ses cotés depuis tant d’années, représentaient pour Spencer. Kenzi était réellement la seule personne à qui elle confierait sa vie. Et la seule capable de lui rendre son sourire en toute occasion.

Kenzi lui fit un clin d’œil et s’en alla. La porte du fond s’ouvrit et Alecia réapparut, son portable à la main. Elle le rangea dans son sac à main.

« Désolé. J’avais trois messages de ma mère. J’aurais dû me douter qu’elle me ferait tout un pataquès de les avoir squeezé ce soir. »

Spencer voulait lui demander si tout allait bien, s’il lui fallait rentrer du coup, mais le sourire d’Alecia ainsi que son roulement d’yeux, en expliquant la situation, lui indiquait clairement qu’il n’en était rien. Elles retournèrent dans la salle d’exposition.

***

Il était presque onze heures du soir quand elles quittèrent la galerie. La pluie, qui s’était presque arrêtée en début de soirée, avait maintenant redoublé. Elles coururent en direction du parking quand un coup de tonnerre déchira le ciel et, instinctivement, elles se blottirent dans le recoin d’une entrée de magasin, contre les stores baissés. Le dos de Spencer contre le store, et Alecia tout contre elle. Spencer laissa ses mains glisser le long du front d’Alecia jusqu’à l’arrière de sa tête, enlevant les gouttelettes d’eau au passage.

« J’ai vraiment envie de t’embrasser là tout de suite » murmura Spencer, presque à bout de souffle.

Alecia répondit de la meilleure manière possible en capturant les lèvres de Spencer dans un baiser tant désiré. Son cœur s’accéléra, il résonnait dans ses oreilles tant il battait fort, et une chaleur intense l’envahit. Elle gémit de plaisir quand les doigts de Spencer s’étalèrent dans sa chevelure. Elle agrippa le visage de Spencer elle aussi, la rapprochant d’elle, si cela était possible. Elle se sentait à la limite de l’implosion. Ces sentiments qu’elle ne pensait jamais plus ressentir…Ces sentiments. Comment pouvaient-ils être présents, et si forts? Elles venaient de se rencontrer. Ils avaient mis des mois, des années même, à s’installer entre Laura et elle, mais juste une seconde avait suffit. Une seconde et un regard. Un sourire de Spencer et c’était arrivé. Spencer émit un petit gémissement également quand les mains d’Alecia glissèrent sur ses seins. Spencer l’attira plus près avant que ses mains ne se posent sur la taille d’Alecia, glissant sous sa chemise, un besoin incontrôlable de sentir la douceur de sa peau sous ses mains.

« Oh mon dieu ! », Alecia laissa échapper ses mots en tentant de s’éloigner de quelques centimètres. Il leur fallait ralentir. C’était trop fort. Il fallait ralentir, était la pensée d’Alecia.

« Tu n’as pas idée à quel point j’ai envie de toi... ».

Le ton chaud de Spencer torpilla cette pensée d’Alecia et elle embrassa Spencer de nouveau. Sa cuisse se glissa entre les jambes de Spencer. Spencer haleta. Le désir semblait l’étouffer, elle avait du mal à respirer. Elle se recula alors qu’elle commença à tousser si fort qu’Alecia se demanda si elle n’avait pas attrapé une pneumonie sous ce mauvais temps.

« Okay, peut-être qu’on devrait—

— Ralentir? » termina Alecia.

Spencer acquiesça, essayant de reprendre son souffle mais elle toussa de plus belle, mettant un mouchoir contre sa bouche. Alecia lui caressa le visage quand la toux s’estompât.

« Dieu, c’que t’es belle.

Spencer sourit mais Alecia ne reconnut pas ce sourire.

— T’es sure que ça va? Je te trouve vraiment pâle d’un coup. J’espère vraiment que t’as rien choppé sous cette pluie ».

Le sourire chaud de Spencer revint aussitôt. Elle caressa les joues d’Alecia. « Je vais bien, t’inquiètes, mais je pense qu’il vaudrait mieux que je rentre.

— Oui. Probablement. Bon sang je crois que c’est la première fois que j’ai aussi peu envie de retourner à Berkeley ».

Les deux mains de Spencer se trouvaient dorénavant sur le visage d’Alecia, qu’elle ne cessait de caresser délicatement. Malgré ses dires de devoir rentrer, elle n’arrivait pas à la lâcher.

« Hey, ça pourrait être pire. Je trouve tes horaires carrément rock’n’roll. Ça me botterait bien moi si mon travail était regroupé sur quelques heures le mardi et le jeudi. Le mercredi entre les deux ça doit être chiant par contre, non?

— Non, en fait c’est là que je fais le plus gros de mon boulot. Je passe parfois la journée entière à la bibliothèque ».

Spencer sourit et parla très bas.

« Et après, c’est un week-end de quatre jours, chaque semaine. Ça doit être sympa. Tu rentre tous les week-ends, ou juste de temps en temps, comme…le week-end prochain par exemple? Seras-tu là? » termina-t-elle, sa main glissant dans celle d’Alecia.

Alecia prit une profonde inspiration et serra sa main.

« Dès que mon avion touche terre, jeudi soir.

Le soulagement était évident sur le visage de Spencer.

— Vendredi midi, ça te dis qu’on mange ensemble?

— J’adorerais ça. Le parc?

— C’est un rencard donc, confirma Spencer avec un large sourire.

— Oh oui ! ».

Elles s’embrassèrent un long moment avant de regagner le parking main dans la main jusqu’à la voiture d’Alecia. Spencer était garé quelques mètres plus loin donc elles se séparèrent à cet endroit.



Chapitre Deux



Minuit approchait quand Alecia entra dans la maison de ses parents, Stéphanie et William Moore, à Port Townsend. Voyant la lumière allumée dans la cuisine, elle pensa que sa mère avait une de ses fameuses insomnies et s’était levée pour se faire une tisane. Ou alors le mal de dos de son père s’était réveillé. Avec un simple bonne nuit en tête, elle se dirigea donc vers la cuisine. Elle fut grandement surprise de trouver et sa mère, et son père à l’intérieur. Les traits tendus.

« Maman? Papa? Tout va bien?

— A toi de nous le dire, ma douce.

Malgré la tendresse dans le ton de son père, Alecia fut réellement surprise de sa question.

— Je ne comprends pas.

— Ou étais-tu? Lui demanda sa mère, d’un ton beaucoup plus sec que son mari.

— T’as pas eu mon message?

— Je l’ai eu, effectivement. Depuis quand te dérobes-tu à la dernière minute par texto? Que se passe-t-il, Alecia?

— Rien, j’ai juste... ». Alecia s’interrompit. Elle soupira brièvement avant de les regarder, un air désolé au visage. « Je suis désolée. Je savais que ça ne vous ferais pas plaisir et je n’avais pas le temps de m’attarder, en fait. J’ai envoyé le texto pour que vous ne vous fassiez pas de souci ».

Alecia se dirigea vers le frigo pour en sortir une brique de jus de pomme.

« Tu sais que l’on s’en fait toujours. Tu agis étrangement cette semaine. Et cela fait deux fois que tu nous laisse en plan, ta mère et moi. Pour Matt, je peux le comprendre, mais je l’ai vu aujourd’hui chez son père, il n’avait pas l’air dans son assiette. Et ta mère l’a appelé plus tôt, il lui a assuré que tu n’étais pas avec lui ce soir. Donc où étais-tu? Il a parlé d’une inauguration?

— Oui, papa. J’étais dans une galerie d’art en ville avec des amies. C’était une inauguration de peinture.

Aucun de tes amis ne peint. Quels amis? » demanda sa mère.

Alecia rit brièvement en se servant un verre. « Déjà vu, dit-elle avant de sourire de plus belle et rajouter, vous savez quoi ? Ça ressemble étrangement aux conversations que l’on avait quand je rentrais tard de chez Laura, quand j’avais quinze ans. Sérieusement, vous me faites quoi là ? »

Les traits du visage de sa mère se radoucirent. « Désolée ma chérie, c’est juste que tu passes, en principe, plus de temps avec nous ou Matt le week-end. Tu comprendras que l’on se fasse du souci. Tu peux être tellement secrète parfois. On ne veut rien rater, si ça ne va pas.

— Maman je... » Alecia fit une courte pause avant de changer le sens de sa phrase. « Il faut que tu oublie cela maintenant. C’est derrière nous. C’était il y a quatre ans. J’ai fait une dépression, ça arrive mais je vais bien désormais. Ça fait un moment que je suis super bien même. Je vais vraiment de l’avant ».

Son père croisa ses bras sur sa poitrine mais ses traits s’adoucirent également.

« Donc, tu as rencontré quelqu’un, j’en déduis.

— Oui, papa ». Alecia se sentit rougir.

« Qui est cet artiste? Il peint, tu dis? demanda sa mère.

Le sourire d’Alecia se tendit.

Non, la peintre s’appelle Kenzi. C’est la meilleure amie d’une amie. Son nom est Spencer, maman. Elle est photographe. »

Ses parents restèrent silencieux un moment après avoir échangé un regard embarrassé.

« Es-tu sure, ma chérie ? Tu étais, enfin je veux dire... » Sa mère ne trouva pas les mots qu’elle voulait lui dire.

« Et Matt ? demanda son père. Je croyais que vous étiez ensemble tous les deux?

— Matt est juste un ami, papa. Mon meilleur ami. Mais je ne l’aime pas de cette manière.

— Vous sembliez si proches, sembla se lamenter son père.

— Nous le sommes, papa, en tant qu’amis. Je ne ressens pas ce genre de sentiments pour les hommes, tout simplement. C’est très clair pour moi maintenant ». Alecia expira longuement. Ça y est, elle l’avait dit, et s’en sentait tellement mieux. Il n’y avait plus de doute dans sa tête.

« Mais as-tu seulement essayé?

Maman.... Je ne suis plus une gamine. Laura c’était Laura. Je vous ai laissé penser ce que vous vouliez, expérimentation adolescente, phase, rapprochement entre meilleures copines... Ça n’avait plus d’importance pour moi à cette époque. Je ne rencontrais personne. Et peut-être n’en étais-je même pas sure moi-même. Mais là je le suis. Et je suis vraiment désolée que ce ne soit pas ce que vous vouliez pour moi mais c’est ainsi que je suis faite. Donc s’il vous plaît, ne nous disputons plus là-dessus, je suis qui je suis et je ne peux pas changer cela ».

Un silence pesant s’installa entre eux, brièvement toutefois car sa mère se rapprocha pour lui ôter son manteau.

« Tu es complètement trempée. Tu vas attraper froid. Ça te servira de leçon pour être restée sous la pluie ! ».

Alecia soupira mais sourit quand son père lui fit un clin d’œil.

« Je vais me coucher, maman. Je me réchaufferai en un rien de temps.

— Bonne nuit, ma douce », lui dit son père, un bisou sur le front. Sa mère cherchait on ne savait quoi dans ses placards, leur tournant le dos.

— Bonne nuit, maman.

— Bonne nuit, ma chérie, » lui répondit-elle, sans toutefois se retourner pour la regarder.

Alecia prit une profonde inspiration puis fit un petit geste de la tête à son père. « Bonne nuit, papa ».

Il lui fit un petit signe de la tête avec un sourire encourageant et elle sortit de la pièce. Elle savait qu’il n’y aurait pas de mention de cette conversation, ni de coming-out, d’homosexualité ou autre, pas avec sa mère en tout cas. Tout irait bien entre eux, néanmoins, tant qu’ils n’en parlaient pas. Ce n’est pas que cela réjouissait Alecia, mais cela ne la rendait pas triste non plus. De plus, il ne lui fallut pas longtemps pour que le souvenir de la chaleur du corps de Spencer contre le sien n’accapare de nouveau son esprit. Elle pouvait presque la sentir encore tout contre elle. Elle en trembla légèrement. La sensation des lèvres et la langue de Spencer contre la sienne. Elle n’avait pas besoin que ses cheveux et vêtements ne sèchent pour se réchauffer. Ces sentiments-là pouvaient faire fondre l’Arctique, se dit-elle. Un court séjour à la salle de bain et elle se coucha, s’endormant aussitôt que sa tête toucha l’oreiller.

Malgré un réveil à l’aube, elle ne se sentit pas fatiguée en se levant ce lundi matin pour conduire jusqu’à l’aéroport. Elle avait juste extrêmement hâte d’être jeudi soir pour faire ces kilomètres dans l’autre sens…

***

Pour une fois le soleil brillait sans un nuage au dessus de l’Arboretum du Washington Park. C’était une journée parfaite pour un pique-nique. Mais jusqu’à présent, aucun des deux, soleil ou nourriture, n’avaient eu d’attention de la part de Spencer ou Alecia. Trop occupées à s’embrasser, leurs mains s’attardant sur les visages et les bras. Ils devenaient très dur pour toute les deux de rester assises cote à cote… S’il n’y avait pas eu de gens autour, cela aurait été réglé.

Chaque fois qu’elles se séparaient assez longtemps pour se regarder, elles lisaient la même chose dans le regard de l’autre. En plus du désir évident, il y avait également cette peur intrigante. Peur de la force qui les attiraient l’une à l’autre, si vite, et si entièrement.

« C’est une bonne chose qu’on ait pas de plat chaud », déclara Spencer au bout d’un moment.

Alecia jeta un coup d’œil à leur panier repas.

« Je sais. Je suis désolée. J’ai juste... j’ai pensé à ce moment depuis qu’on s’est quitté lundi soir, avoua Alecia, un teint rosé sur les joues. Cela dit je pensais quand même qu’il y aurait un peu plus de discussions entre nous ».

Spencer rit délicatement. « Hey, t’excuse pas... C’est pas comme ci j’étais un dommage collatéral là ». Levant une main au visage d’Alecia, Spencer lui caressa la joue en murmurant : « Et puis de toute façon, il y aura plein de discussions, il y aura plein de tout ».

Alecia inspiration profondément puis plaisanta, plus pour se détendre qu’autre chose. « Donc ce n’est pas que du désir, hein? Demanda-t-elle.

— Serais-tu là si c’était juste ça?

— Tu connais déjà la réponse ».

Spencer acquiesça. J’arrive toujours pas à croire que tu n’aie eu qu’une seule copine dans ta vie. L’université n’est-elle pas censée être l’endroit rêvé pour de laction? »


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