Excerpt for Mikel by , available in its entirety at Smashwords



Titre original : Marking Mikel

Amber Kell

Copyright © 2015 – Amber Kell

Dernière édition : Janvier 2015

Artiste pour la couverture : Meredith Russell

Traduit de l’anglais par Bénédicte Girault

Relecture et corrections : Clotilde Marzek-Boulée & Yvette Petek



TOUS DROITS RÉSERVÉS.


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Inno aime son compagnon vampire, mais dernièrement, quelque chose dérange Mikel. Un souci qu’il ne partage pas avec Inno. Lorsque sa sœur Claudia l’appelle pour qu’il vienne, il apprend qu’il y avait bien plus derrière son enlèvement qu’il ne l’avait cru. Incapable de supporter la trahison, il s’éloigne, le cœur brisé. Mikel n’arrive pas à comprendre pourquoi Inno ne l’a toujours pas revendiqué. Le loup de son partenaire ne veut-il pas le faire sien ? Ne désirant pas le bouleverser, Mikel ne sait pas comment régler le problème. Des forces extérieures œuvrent afin de les séparer, cependant, le problème reste le même : Inno désire-t-il, oui ou non, marquer Mikel ?

CONTENU



DÉDICACE


CHAPITRE UN

CHAPITRE DUEX

CHAPITRE TROIS

CHAPITRE QUATRE

CHAPITRE CINQ

CHAPITRE SIX

CHAPITRE SEPT

CHAPITRE HUIT

ÉPILOGUE



À PROPOS DE L’AUTEUR


DÉDICACE





À mes fans de la Meute de la Lune. Merci d’être aussi patients.



CHAPITRE UN





Anthony se laissa emporter dans son rêve, dérivant de scène en scène, ses pieds ne touchant jamais le sol. Une rafale de vent le fouetta, amenant avec lui une mauvaise odeur. Anthony eut un haut-le-cœur. C’était quoi ça ? Qu’est-ce qui pouvait créer cette horrible combinaison d’œufs pourris et d’eaux usées, et depuis quand avait-il la capacité de sentir dans ses rêves ? Il espérait que ce nouveau don pouvait être retourné.

— Comprends-tu maintenant ?

Une voix profonde explosa dans l’air, résonnant à travers le corps d’Anthony et menaçant de l’envoyer jusqu’au ciel.

— Comprendre quoi ?

Que pouvait-il bien discerner dans l’air nauséabond ? Le parfum ne sous-entendait aucune sagesse, ne répondait à aucune de ses questions concernant l’identité de son mystérieux visiteur. Cette personne était-elle celle contre laquelle son grand-père, Zeus, l’avait mis en garde ?

Anthony était peut-être puissant parmi les loups et les mutants, mais il n’était rien contre un dieu. Il n’avait pas embrassé sa divinité pour l’instant et, d’après Zeus, il ne pourrait pas le faire avant encore plusieurs années.

— Comme tu as peu de contrôle... Je pourrais t’écraser, telle une mouche posée dans le creux de ma main. Un demi-fae gringalet n’a aucune résistance à l’encontre du pouvoir d’un dieu.

Le ton dédaigneux ne fit pas grand-chose pour apaiser la frayeur d’Anthony. Quiconque l’avait attiré dans ce rêve ne l’appréciait pas beaucoup.

Serrant les poings, Anthony enfonça ses ongles dans ses paumes et laissa échapper de lentes expirations à travers ses lèvres, s’étouffant presque au goût de l’air pollué qui frappa sa langue. Les ennemis pouvaient détecter la peur. Il l’avait appris de son compagnon loup-garou, Silver. La patience lui serait plus utile que l’affrontement. La malveillance de l’autre être planait dans l’air, lourde et de mauvais augure, un nuage sombre plein de haine. Qui que soit la personne qui faisait ceci – contrôler ses rêves – elle voulait l’effrayer et l’intimider.

Un flux ininterrompu de fumée noire formait des cercles sinueux devant lui. Anthony essaya de se concentrer et de rassembler son énergie, cependant, sa magie ne répondit pas. Il scruta les alentours, luttant pour discerner quelque chose à travers le brouillard. S’il s’en sortait indemne, il avait besoin de collecter autant de détails que possible afin d’identifier ce nouvel ennemi. Le froid et l’arrière-plan nauséabond, toutefois, pratiquement vide, révélaient-ils quoi que ce soit sur la véritable nature de l’intrus ? Son adversaire était-il aussi dénué d’âme que son environnement ?

— Ta magie n’a pas sa place ici. C’est mon monde, poursuivit la voix grave, le raillant. Tu es impuissant, élu.

— Élu ?

Il réprima un gloussement hystérique devant la déclaration ridiculement dramatique, même si le mépris contenu dans la voix de l’être invisible, lorsqu’il avait prononcé « élu » avait tiré un signal d’alarme en lui. Quelqu’un connaissait les plans de Zeus pour Anthony, et il n’en était manifestement pas ravi. Malheureusement, identifier son adversaire revenait à résoudre un puzzle d’une boîte détruite dont il manquait la moitié des pièces.

— Sommes-nous parents ? demanda Anthony, espérant se faire une meilleure idée.

Qui était-ce ? Qui le détestait au point de s’infiltrer dans ses rêves ?

— Zeus a mal choisi pour accorder une puissance quasi divine à un sorcier fae. Ce qu’il voit en toi, je ne le comprendrai jamais. Tu n’en es pas digne.

Une animosité presque tangible emplit l’air.

Anthony se détendit légèrement. Ce fanfaron semblait vouloir faire davantage étalage de sa supériorité que de réellement chercher à lui nuire. Très peu d’êtres étaient suffisamment puissants pour envahir le monde des rêves, bien entendu, cela signifiait également que le gars devait probablement être apparenté à son père, et non pas à sa mère. Parfois avoir un lien direct avec Zeus ne s’avérait pas être l’incroyable avantage génétique qu’il aurait dû être.

La fumée tourbillonna dans l’air environnant, jusqu’à former la silhouette d’un homme. Des yeux rouges brillèrent en se posant sur Anthony.

— Cherches-tu à nier notre connexion ? Faire comme si je n’existais pas, ne marchera pas.

Anthony fit attention à ses mots avant de les exprimer.

— Je ne sais pas qui tu es. J’ai des tas de parents que je n’ai jamais rencontrés.

Zeus n’était pas connu pour sa fidélité ni son discernement. Anthony avait sans doute des centaines, voire des milliers de parents inconnus qui vivaient à travers le monde.

Un rire bas et menaçant retentit dans l’air.

— Ne t’inquiète pas, je me charge d’en diminuer le nombre. Tu seras heureux de savoir que je te réserve pour la fin. Je veux que tu anticipes ta mort, cher Anthony. Zeus sait que je suis là et cela le détruira lorsque, finalement, je te tuerai.

Le sentiment de satisfaction qui suintait de la voix de l’étranger indiqua à Anthony l’ampleur de la haine profonde de cet être à l’égard de Zeus.

— Quel est ton nom ? demanda Anthony, espérant identifier son bourreau.

Il ne pouvait pas établir de défense adaptée à moins qu’il ne connaisse son adversaire. Il doutait qu’une meute de loups soit suffisante pour gérer cette menace. Il aurait peut-être besoin de faire appel à des renforts.

— Je suis la mort qui te poursuit, toi et ta descendance non naturelle. Pensais-tu que personne ne se soucierait que Zeus t’aime davantage que ceux qui sont plus méritants ? Il n’a exigé de personne d’autre de fournir un héritier. Mon propre enfant est mort et Zeus n’a rien fait pour aider. Tu as perdu un simple amant et les cieux ont résonné du tonnerre de ton désespoir.

Une vague de colère déferla en Anthony alors qu’une seule phrase tournait dans son cerveau, par-dessus toutes les autres.

— Je suis désolé pour ta perte, mais touche à mon fils, ou à n’importe qui de ma famille et je te détruirai.

La vision d’Anthony concernant sa famille, englobait son fils, son compagnon Alpha et s’étendait à toute la meute de loups-garous perpétuellement en expansion, se sachant prêt à tuer et à mourir pour chacun d’eux.

— Tu ne peux me faire aucun mal, enfant.

Les yeux écarquillés, Anthony vit la fumée se transformer en chair. L’homme qui flottait devant lui ressemblait à son père. Son apparence était suffisamment proche pour lui provoquer des frissons qui remontèrent le long de sa colonne vertébrale.

— Pourquoi ça ?

Son sourire secoua Anthony avec une pointe de frayeur.

— Parce que je suis ta destinée.

Il souleva ses mains. De la pure énergie scintilla du bout de ses doigts quelques secondes avant qu’un éclair de foudre tombe de ses paumes et frappe Anthony de plein fouet.

Hurlant, il se tortilla dans son lit. Ses yeux étaient toujours aveuglés par le flash.

— Chhh… Je te tiens.

La voix familière de Silver apaisa sa terreur, mais n’effaça pas ses souvenirs.

Silver enroula ses grands bras puissants autour d’Anthony, le tenant en sécurité. Le cœur du jeune homme battait la chamade dans sa poitrine, une pulsation inconnue, à l’image de sa peur panique. Il avait déjà été effrayé auparavant, cependant cela n’avait jamais atteint ce niveau d’épouvante.

Seuls la voix apaisante et le contact de son compagnon lui permettaient de rester dans ce monde.

— Il arrive, murmura-t-il, le son presque inaudible de sa voix se fêla, comme si elle appartenait à quelqu’un d’autre.

— Qui arrive ?

Silver déposa un baiser sur son front.

— Chhh… c’était juste un rêve. Tu n’as pas besoin de t’en inquiéter. Personne ne va te faire du mal.

Si seulement c’était vrai.

Anthony se rapprocha davantage, cherchant la chaleur de Silver et inhalant l’odeur familière qui le faisait irrémédiablement penser à la maison. Il appuya sa joue contre le torse dénudé de son compagnon, essayant d’apaiser son sentiment de terreur à travers leur osmose.

— Un des membres de la progéniture de Zeus est après moi. Je ne connais pas son nom, toutefois, je sens que ce n’était pas un rêve habituel.

La vision d’Anthony s’éclaircit et l’intérieur de leur chambre réapparut brusquement. Il inclina la tête à temps pour surprendre l’expression inquiète qui traversa le visage de Silver.

— Qui ? redemanda-t-il.

— Je ne sais pas.

Il lutta pour se souvenir du moindre détail, mais pas une seule fois l’intrus avait mentionné son nom.

— Il pourrait être n’importe qui parmi la centaine de gens qui entourent grand-père.

Silver soupira.

— Je suis en général la dernière personne à dire ça, mais je pense que nous devons appeler Zeus.

Anthony frémit. Il aimait Zeus, or, interagir avec son grand-père n’était jamais aisé. Le dieu attachait des demandes à chaque requête et il ne souhaitait pas lui devoir la moindre faveur.

— Il a menacé Trin.

De toutes les menaces que l’intrus aurait pu émettre, celle-ci était la pire dans l’esprit d’Anthony. Il préfèrerait envoyer Trin vivre avec les Faes plutôt que de laisser ce psychopathe s’approcher de son fils.

Les yeux de Silver se mirent à briller d’une lueur sauvage, son animal intérieur bondissant en avant, cherchant à détruire toute forme de danger. Le loup défendrait leur petit jusqu’à la mort.

— Nous le chasserons et lui ferons comprendre l’erreur qu’il a commise.

La voix de Silver contenait un faible grognement, la bête étant avide de s’en prendre à son ennemi.

— Il est plus fort que moi.

Anthony inclina la tête après sa confession. Il ne s’était jamais beaucoup soucié de ses dons magiques, et ne s’en servait que pour la sécurité de la meute. Désormais, il ne pourrait même pas protéger ceux qu’il aimait, une vérité difficile à accepter.

— Quoi ? Comment est-ce possible ? Je croyais que ta magie ne faisait que se développer ?

Une soudaine inquiétude se fit entendre à travers la voix de Silver et ses magnifiques yeux s’assombrirent.

Anthony soupira.

— C’est vrai, mais pas assez. Pour toi et pour la meute, je suis fort. Toutefois, parmi les dieux et demi-dieux, je suis comme un moucheron qu’ils peuvent écraser entre leurs doigts.

L’homme qui s’était infiltré dans ses rêves s’était assuré qu’Anthony comprenne à quel point il était incompétent.

Silver saisit son menton entre ses doigts.

— Tu n’es pas un moucheron, mon doux compagnon. Tu es mon monde.

La déclaration de Silver ne fit qu’enfoncer le couteau un peu plus profondément dans le cœur d’Anthony.

— Aussi gentille que soit ta déclaration, j’ai encore besoin de découvrir qui est après nous.

— Qui qu’il soit, nous lui ferons face ensemble.

Son grognement, combiné à un timbre de voix plus grave de Silver, donna l’impression que son loup souhaitait à moitié jaillir de son corps pour traquer leur ennemi.

Anthony ravala ses larmes. Il n’avait pas le temps de se complaire dans le doute de soi. Il refusait de laisser quoi que ce soit arriver à son fils. Une nouvelle résolution le remplit, accompagnée d’une forte détermination.

— Je vais appeler Zeus.

— Pas besoin. Je suis ici.

La voix profonde du dieu explosa contre les murs de la chambre tandis que de l’électricité statique emplissait l’air, répandant une odeur d’ozone.

Silver éternua.

— Quelqu’un tue vos enfants.

Anthony ne tenta pas d’atténuer le problème. Son grand-père devait déjà savoir que quelque chose n’allait pas s’il était apparu aussi rapidement, juste à la simple mention de son nom.

— Que sais-tu ?

Le dieu se matérialisa à quelques pas de leur lit. Zeus tira une chaise posée le long du mur et s’installa du côté du lit, là où se trouvait Anthony.

— Je pensais que tu serais en sécurité. J’ai averti ton père à son sujet, et il a indiqué qu’il veillerait sur toi.

— Je doute que Père s’attende à ce que je sois attaqué dans mes rêves.

Anthony déglutit difficilement tandis que sa gorge s’asséchait au souvenir.

— Le gars a dit qu’il tuerait Trin, puis moi. Il n’a pas parlé de papa.

Les rides s’approfondirent sur le visage de Zeus.

— J’ai laissé mon intérêt pour toi devenir trop évident. Certains des autres sont devenus jaloux. Je n’aurais jamais pensé qu’ils s’attaqueraient directement à toi. J’ai cru qu’ils t’en voudraient pendant un certain temps, puis qu’ils reprendraient leurs vies, normalement. Mon avertissement comme quoi ils devaient rester loin de toi aurait dû être suffisant. Quelqu’un cherche à défier ma règle.

— Qui ?

Anthony ne pouvait pas imaginer qui que ce soit d’assez fort pour affronter le roi des dieux, cependant, il n’avait jamais été avide de pouvoir, ni psychotique non plus.

— Je ne sais pas. Je vais le découvrir, mais tu dois prendre une décision.

Anthony se figea sous le regard intense de Zeus.

— Quelle sorte de décision ? Je ne quitterai pas ma famille.

Son estomac se retourna alors qu’il s’inquiétait de ce que son grand-père pourrait dire. Il ne pouvait pas abandonner ses bien-aimés, même pour les garder en sécurité. Pas encore. Plus jamais.

— J’ai toujours indiqué que tu finirais probablement par devoir accepter tes pouvoirs divins. Tu peux, soit choisir d’accepter toute ta puissance maintenant afin de protéger ta famille, soit…

Zeus marqua une pause.

— Ou quoi ? reprit Silver.

— Tu peux te préparer à mourir.

Zeus lança quelque chose à Anthony. Un orbe argenté, de la taille d’une balle de baseball brillait d’une lueur orangée dans sa main.

— Lorsque tu auras décidé ce que tu veux faire, pense à moi et écrase la balle. Elle déclenchera tes dons divins. Je viendrai et t’enseignerai comment contrôler ta magie. Prends ta décision et fais-le vite.

Zeus disparut.

— Merde ! jura Anthony.

Il faillit presque jeter la balle sous la force de sa colère, heureusement, Silver retint son poignet à temps.

— Quel choix !

Anthony ne voulait pas devenir un dieu. Bordel, il parvenait à peine à gérer ses pouvoirs à l’heure actuelle. Déprimé, il se recoucha à côté de son compagnon, et fit rouler la balle entre ses doigts.

— Nous ferons le nécessaire, promit Silver. Je ne laisserai personne faire du mal, à toi ou à notre fils. Nous nous battons depuis trop longtemps, pour laisser un crétin d’aspirant-dieu nous prendre quoi que ce soit.

Anthony soupira. Une soudaine sensation de fatigue le rongea jusqu’à la moelle de ses os.

— Je suis las d’avoir à lutter.

Voilà, il l’avait avoué. La paix et la sérénité seraient des compagnes bienvenues.

Silver caressa son bras.

— Je sais. J’adorerais que tout le monde nous laisse tranquilles.

Anthony hocha la tête.

— Ce serait génial. J’aurais aimé rêver de cela au lieu d’un connard de psychopathe.

— Nous nous en occuperons.

Silver caressa ses cheveux.

Devenir un dieu ou mourir. Franchement, il n’avait que peu de choix.



CHAPITRE DEUX





Inno se mordit la lèvre, redressa sa coiffe de chef, puis toqua à la porte.

— Entrez ! cria Silver.

Il ouvrit la porte, la refermant prudemment derrière lui. Il détestait déranger l’Alpha, toutefois, il avait désespérément besoin d’un conseil. Il leva les yeux vers son responsable, jugeant de la distance avant d’abaisser à nouveau son regard. Peut-être avait-il fait une erreur en venant ici.

— Détends-toi, Inno. Je ne mords qu’Anthony. Il a tendance à devenir irritable si je m’en prends à d’autres hommes unis.

Inno éclata de rire. Il n’avait aucun doute à ce sujet, Anthony pourrait parfaitement prendre soin de l’Alpha, si jamais il franchissait la ligne, ne serait-ce que d’un orteil.

— Désolé, Monsieur. Les Alphas me rendent nerveux.

— Alors, pense à moi comme à un ami à la place, ou à un frère plus vieux.

Un frère aîné qui pourrait lui arracher la gorge et ainsi mettre un terme à une dynamique familiale.

— Merci, Monsieur, répondit Inno.

Silver soupira.

— Prends un siège.

Inno se laissa tomber sur le fauteuil bien rembourré. L’Alpha avait dû choisir ces meubles pour leur confort. Il se blottit contre le cuir épais.

— Je suis désolé de vous interrompre, mais j’ai besoin d’un conseil.

Il l’avait répété encore et encore dans sa tête, finissant par décider que Silver était la meilleure personne à qui s’adresser.

— Est-ce à propos de Mikel ?

Inno hocha la tête.

— Ouais, il ne semble pas heureux et je ne sais pas quoi faire.

— As-tu discuté avec lui ?

Silver glissa les mains sous son menton, accordant à Inno sa pleine attention.

— J’ai essayé, cependant il répond toujours que tout va bien.

— Qu’est-ce que votre lien te dit ?

Inno fronça les sourcils et osa lever les yeux vers Silver.

— Quel lien ?

— N’avez-vous pas terminé votre lien d’accouplement ?

— Non. Je… je ne l’ai pas mordu, avoua Inno, rougissant.

— Pourquoi pas ?

— Je n’ai pas voulu lui faire mal. Et je ne suis pas actif.

Il sortit la seconde partie précipitamment, pas certain de pouvoir prononcer tous les mots.

— C’est probablement la raison pour laquelle tu éprouves ceci venant de ton compagnon. Mikel a besoin que cette connexion soit complète. Parle-lui. Demande-lui s’il désire la terminer. Ton loup n’est-il pas agité ?

Inno soupira.

— Si, cependant mon animal n’est pas si fort que ça. Je peux aisément le distraire, notamment avec des cookies.

— Tu nourris ton loup avec des cookies ? reprit Silver, éclatant de rire.

— Non. Je les prépare. Quand je suis concentré sur une recette, le loup va dormir. Je pense qu’il trouve ça ennuyeux.

Silver contourna son bureau pour tapoter la nuque d’Inno, lui donnant le contact dont il avait besoin.

— Je n’insisterai jamais assez pour dire combien il est important de communiquer avec son compagnon. La plupart des problèmes que j’ai eus avec Anthony venaient du fait que nous ne parlions pas l’un avec l’autre.

— Vraiment ?

Inno ne parvenait pas à imaginer le couple ayant des ennuis. Ils semblaient si solides.

— Crois-moi, Inno. Tous les couples rencontrent des difficultés parfois.

Silver serra son épaule, en signe de réconfort.

— Merci pour le conseil.

Il ne savait pas s’il pourrait le faire, mais il était reconnaissant que l’Alpha prenne le temps de discuter avec lui.

— Tu es toujours le bienvenu, déclara Silver tandis qu’Inno se dirigeait vers la porte.

Il sourit.

— Je garderai cela à l’esprit.

— Bien, la prochaine fois, amène-moi des cookies. Mon loup aime en manger.

Inno hocha la tête.

— Je le ferai.

***

— Merci d’avoir accepté de me rencontrer, déclara formellement Mikel Cruento, se glissant sur la banquette, en face de son responsable.

Alesandro fronça les sourcils, son inquiétude gravée sur ses traits.

— Que se passe-t-il ?

Avant que Mikel puisse répondre, un serveur se précipita pour prendre leur commande. Alesandro provoquait cet effet chez les gens. Il exsudait la puissance par chaque pore de sa peau et le fait que son costume coûte probablement le même prix que le minuscule bistro dans lequel ils se trouvaient, ne faisait que renforcer son aura d’autorité.

— Puis-je servir quelque chose à ces messieurs ? demanda le serveur.

Alesandro prit la carte des boissons.

— Nous prendrons une bouteille de vin de sang. Mikel, as-tu une préférence ?

Il secoua la tête.

— Je m’en moque.

Il n’était pas venu dans ce restaurant pour vampires pour boire de toute façon, surtout, depuis qu’il avait son propre compagnon. Il était venu chercher un peu de compagnie.

— Nous prendrons l’Oregon Végétarien. Cette habitude de manger sainement donne au vin une douce saveur, expliqua Alesandro après un moment passé à survoler le menu.

— Ça me paraît bon, approuva Mikel.

Il aurait accepté n’importe quoi pour faire en sorte que leur serveur s’éloigne.

Mikel posa ses coudes sur la table et plongea les doigts dans ses cheveux, tirant sur les mèches tandis qu’il essayait de rassembler ses pensées.

— Je pense qu’Inno évite le lien final.

Là ! Il avait confessé sa plus grande inquiétude. Maintenant que les mots étaient sortis, ils paraissaient plus gros que jamais, l’écrasant sous leur poids.

Alesandro fronça les sourcils.

— De quoi parles-tu ?

— Nous sommes ensemble depuis deux mois et il ne m’a toujours pas mordu.

Son désespoir s’entendait dans sa voix. Il ne pouvait plus dissimuler les soucis qu’il gardait en lui plus longtemps. Il avait envisagé d’aller voir Silver, cependant Alesandro avait toujours été une oreille attentive et son point d’ancrage pour ses problèmes.

— Pourquoi ne le lui demandes-tu pas ?

— Lui demander quoi ? S’il a changé d’avis sur le fait de m’accepter comme compagnon ? Cela me semble bien trop désespéré et implorant, grogna Mikel. Bordel ! Je suis désespéré. Je ne peux pas le perdre !

Il aurait aussi bien pu se jeter en plein désert, à midi. Peut-être qu’un voyage en Arizona était à l’ordre du jour, s’il ne parvenait pas à décider l’amour de sa vie.

Alesandro éclata de rire.

— Les métamorphes ne changent jamais d’avis. Seule la mort peut séparer un garou de son compagnon.

Mikel grogna.

— C’était ce que je croyais aussi… peut-être est-ce parce que je suis un vampire. Connais-tu d’autres paires loup/vampire ? Inno serait-il mieux avec un partenaire loup ?

L’incertitude le rongeait, comme un chien avec un os bien juteux.

— Je ne connais pas d’autre couple loup/vampire, toutefois, je peux t’assurer qu’Inno t’aime.

Alesandro haussa les épaules.

— Peut-être qu’il n’a pas les mêmes instincts concernant la morsure que quelqu’un né en tant que métamorphe. C’est encore récent pour lui, cette forme alternative.

— C’est un garou normal. Il a juste eu besoin d’un peu d’aide pour booster sa génétique, s’écria Mikel, défendant Inno.

Seul le fait de savoir qu’Alesandro lui botterait le cul, empêcha Mikel d’envoyer son poing dans le visage de son responsable pour avoir insulté son compagnon.

Le serveur apporta leur bouteille de vin de sang et deux verres. Alesandro ne parla pas avant que le serveur disparaisse à nouveau. Mikel apprécia la discrétion. Il ne voulait pas que quiconque soit au courant de ses affaires personnelles. Alesandro prit une gorgée de vin, puis huma l’odeur.

— Ne m’as-tu pas dit qu’Inno ne s’était pas souvent transformé depuis sa capture par les mutants ?

— Ouais. Silver continue à lui demander de participer à une course avec la meute. Je le fais également, mais il se montre intransigeant. Je ne pense pas qu’il apprécie la métamorphose.

Mikel frissonna, tandis qu’il imaginait ses os craquer et se reformer.

— Je dois admettre que je ne l’ai probablement pas encouragé autant que je l’aurais dû. J’aime le garder auprès de moi.

Il pouvait admettre ses tendances obsessionnelles avec Alesandro. Son ami ne le jugerait pas.

Alesandro se gratta le menton tout en réfléchissant aux paroles de Mikel.

— C’est peut-être ce qui le retient. Il sait que tu n’aimes pas qu’il s’éloigne de toi. Inno aime toujours faire plaisir. S’il sent que tu n’apprécies pas sa partie loup, il refusera probablement de se transformer. Et pour ce qui est de te revendiquer, eh bien, il n’a pas l’habitude de suivre les désirs de son animal. Il pourrait n’avoir aucune idée de son besoin de te mordre. Pourquoi ne pas le lui demander ? La communication est importante dans un couple, peu importe la combinaison. Si vous ne discutez pas, vous pourriez en tirer de fausses conclusions.

— Est-ce ta manière de faire avec Calvin ?

Alesandro sourit.

— Oui, mais Calvin est humain. Je peux donc anticiper ses problèmes, relativement aisément. En général, il ne s’inquiète que pour sa sœur, et de savoir si ses travaux de charpentier sont parfaits. Il n’est pas vraiment très difficile à contenter.

L’amour contenu dans la voix du chef des vampires rassura Mikel. Si Alesandro pouvait être heureux dans son union, lui-même pourrait certainement parler avec Inno.

— Je ne veux pas qu’il pense que je ne suis pas heureux.

— Pourquoi pas ? C’est le cas.

Mikel évita le coup d’œil acéré d’Alesandro.

— Il est sensible, grogna-t-il. Il vient tout juste de trouver un peu de confiance dans son travail et auprès de la meute. Il n’a pas besoin que je l’embête avec mes problèmes.

Alesandro agrippa le bras de son ami.

— C’est ce que font tous les compagnons. Si tu ne peux pas partager tes soucis avec ton partenaire, tu as de plus gros problèmes que le fait qu’il te morde ou non. Inno est plus résistant que tu ne lui en accordes le crédit. Fais-lui confiance avec tes inquiétudes. Parle-lui.

Mikel hocha la tête.

— Tu as raison. Merci pour ton conseil. Crois-tu que je devrais discuter avec Silver et Anthony ?

— Je crois que tu devrais parler avec ton compagnon. Si les choses ne sont toujours pas résolues après ça, tourne-toi vers les autres. Peut-être que Silver pourra aider, en tant que médiateur, pour régler vos désaccords.

Mikel fit tourner l’idée dans sa tête.

— Tu as raison. Je vais discuter avec Inno.

— Bien. Je déteste te voir aussi bouleversé. Tu as attendu longtemps pour trouver ton autre moitié. Tu ne devrais pas le perdre à cause de certaines incompréhensions. En parlant de partenaires, je vais quitter la ville avec le mien, pour quelques jours. J’ai promis à Calvin de l’emmener sur la côte. Je venais juste de recevoir un appel avant de te rencontrer, m’informant que Maître Phoenix Moorhaven arrivera en ville demain, juste après mon départ. Je vais avoir besoin que toi et Inno, offriez à Moor et à son compagnon un tour complet des suites de l’hôtel réservé aux vampires.

— Pour quelle raison vient-il ici ? demanda Mikel.

Il se sentit empli de soupçons. Lorsque d’autres responsables venaient chez eux, son système d’alarme personnel se mettait toujours en branle. Moorhaven était un vampire puissant. S’il tentait d’envahir leur territoire, Mikel doutait qu’ils puissent survivre.

— Il dit que son partenaire aime voyager et qu’ils sont à la recherche de destinations de vacances. Donne-lui des brochures, fais-lui faire le tour et réponds à toutes ses questions. S’il semble vouloir fureter, informe-le qu’il devra attendre mon retour. Je n’aime pas ça, mais, en toute honnêteté, je ne peux pas lui refuser l’accès à notre zone, sans une bonne raison. Il possède un territoire énorme au Nord. Je ne peux pas imaginer qu’il veuille du nôtre.

— Je ne l’espère pas.

— Quoi qu’il en soit, concentre-toi sur ton compagnon. Laisse-moi m’inquiéter à propos de Moorhaven. Montre-lui simplement les environs et demande à Inno les charmer. Ton loup est peut-être timide, cependant, c’est un homme doux. Tout se passera bien. Tu dois absolument discuter avec ton homme.

Mikel reposa son verre de vin afin qu’Alesandro ne puisse pas se rendre compte que sa main tremblait. L’idée, même le vague concept, de perdre Inno le terrifiait, jusqu’au plus profond de son être.

— Je lui parlerai.

— Bien.

Ils vidèrent la bouteille pendant qu’ils discutaient de sujets plus légers. Ce ne fut que lorsqu’il fut de retour à la maison que sa nervosité commença à le reprendre. Et si Inno avait changé d’avis ? Une vague de panique le traversa. Son cœur se mit à galoper et pulsa dans sa poitrine comme un étalon sauvage, effrayé par des chiens enragés.

***

Mikel claqua la porte d’entrée derrière lui, puis s’arrêta net dans son élan, à la vue de son compagnon allongé sur le canapé. Vêtu d’un tee-shirt blanc et d’un jean, les pieds nus, Inno était recroquevillé contre le cuir, tandis qu’il était sur le dos, son téléphone portable posé sur son torse. L’expression de son visage provoqua des vrilles d’inquiétude en Mikel.

Soulevant les jambes d’Inno, il se glissa sous elles avant de redresser son amant et de l’installer sur ses genoux. Il fit courir une main caressante sur ses mollets.

— Que s’est-il passé ?

Inno soupira.

— Claudia a appelé. Elle dit qu’elle a besoin de me parler. Je pense que la boulangerie a des problèmes, mais elle a refusé d’en dire davantage au téléphone. Elle veut que je vienne seul.

Aucune chance que cela arrive.

Il n’avait aucune confiance en Claudia, et si on lui en laissait la chance, il adorerait voir jusqu’où il pourrait la balancer.

— Quelles sortes de problèmes ?

Il tenta de garder un ton neutre. Inno connaissait l’opinion de Mikel sur Claudia. Si toute la boulangerie s’effondrait dans un gouffre, avec Claudia à l’intérieur, il ne verserait pas une seule larme. S’il parvenait à entrer en contact avec un sorcier amical, il pourrait même être en mesure d’arranger ça. Il avait initialement pressé Inno de garder une relation avec sa sœur, cependant, après avoir appris à mieux la connaître, il avait réalisé à quel point son conseil avait été peu avisé.

Seule la détresse d’Inno envers sa bonne à rien de sœur affectait Mikel. Les vampires n’étaient pas connus pour leur compassion. Mikel avait peut-être quelques personnes dont il se préoccupait, mais Inno était l’étoile qui guidait sa vie.

Celui-ci plissa les yeux.

— Si c’est d’ordre financier, elle n’a aucune chance. Je ne l’aiderai plus désormais.

Inno serra les dents, sa mâchoire se crispant.

— Elle a perdu le droit à réclamer ce genre d’aide, il y a un kidnapping de ça.

Mikel l’embrassa sur le front.

— Astique tes armes, mon beau. Nous pouvons aller nous assurer qu’elle n’est pas en danger, puis nous repartirons.

Inno était peut-être en colère après sa sœur et prétendre ne pas se soucier d’elle, toutefois cela lui briserait le cœur s’il lui arrivait quoi que ce soit.

— D’accord, acquiesça-t-il, soupirant de nouveau.

Son profond chagrin pulsa dans l’air comme une créature vivante, flottant dans l’espace entre eux.

— J’aimerais que les choses reviennent à ce qu’elles avaient l’habitude d’être. Je n’aurais jamais pu deviner qu’elle se retournerait contre moi.

La douleur contenue dans sa voix poignarda Mikel. Seul son amant au cœur tendre pouvait encore s’inquiéter pour sa sœur, malgré sa trahison. Autre raison pour laquelle Mikel devait veiller sur son compagnon, et s’assurer que personne ne cherchait à profiter de lui.


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