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Le Spleen de Tokyo

By Serge Cassini


Copyright 2015 Serge Cassini

Smashwords Edition


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Table

On dirait du chinois

Filoména

Filmographie

Tanaka

La fin du luxe

Les téléportations de Giorno

L'étoile manquante

Radiocène

Sex Screen Sport

Rituels malades

Petites manières


***

Mots de l'auteur

On dirait du Chinois

Quand je rentre à la maison, je suis tellement fait que je me couche sur mon fils, croyant que c’est mon lit J’y vais de tout mon poids et de toute ma fatigue, les os de mon fils craquent. Il se réveille, je lui dit : c’est un mauvais rêve J’ai envie de lui dire que je suis le docteur Maboul Pour rire La vie est un mauvais rêve, tu dois apprendre à faire des rêves lucides. Tiens, et je pose le petit gâteau d’anniversaire que j’ai acheté à côté de son lit Un ridicule petit gâteau au chocolat. Genre Forêt Noire J’ai rêvé que mon fils entrait dans ma chambre. Il avait un énorme instrument de chirurgie dans la main. Il commençait à palper mon torse. Je me suis réveillé Mon fils n’avait pas bougé, il était dans son salon, au-dessus de son carton de jeu. Attendant que je continue à rêver. Il paraît qu’on peut se réveiller dans d’autres rêves, sans s’en rendre compte. J’écris dans mon carnet : ne pas s’endormir. Je pense à la vie du patient du docteur Maboul La belle vie.


Je regarde ma montre. On dirait qu’il est midi mais il est sept heures.J’ai soif.Est-ce qu’il ya eu untremblement de terre ? Ma jambe me fait mal. Il ne me reste que mes rêves et mes délires. Cette forêt a recouvert mon passé. Je sais que je suis allé dans un club. Il y avait une jolie Japonaise. Mais j’ai aussi fait un rêve. Est-ce qu’on peut rafistoler quelque chose de sa vie, avec un rêve ? Tous les scénarios me passent par la tête. Kidnapping. Fugue. Rave-party foireuse. J’ai même pensé qu’un Canadair m’avait pêché en pleine mer et largué dans cette épaisse forêt. Une mauvaise cuite suivie d’un trou noir. J’écris dans mon esprit tous les romans possibles. J’ai faim. Je vais mourir de faim. Dans le rêve que j’ai fait, je n’étais pas seul. Mon rêve s’estompe déjà mais il y avait une odeur d’encens ou de cigarette. Mon passé s’est retiré et cette forêt a une présence impudique. J’ai léché les feuilles qui se trouvaient autour de moi pour en boire la rosée. Il faut bouger. La douleur à ma jambe est atroce. Un peu plus tôt, les broussailles ont bougées. Un chien en est sorti. Un chien sauvage, tremblant et malingre. Il s’est approché, je lui ai tendu la main. J’étais bien décidé à l’amadouer pour le dévorer. Puis il a disparu. Comme dans un rêve, je me suis demandé comment on tue un chien. J’ai réussi à me relever, ma douleur à la jambe me donnait le vertige. J’ai fait quelques pas. Boire la rosée et penser à sortir de là. J’ai voulu crier mais je n’avais plus de voix. Cela m’a fait frissonné. Le soleil perce difficilement dans cette forêt. La nuit doit être lugubre et froide. Je me suis traîné avec cette idée que la forêt finissait bien quelque part. Je me suis traîné pitoyablement pendant deux heures. Puis je me suis effondré et j’ai dû m’endormir.


Mon fils est comme la page d’un livre que l’on quitte des yeux un instant. En y revenant, elle n’est plus la même, plus jamais. La mère de mon fils est une femme que j’ai déjà rencontrée. Dans les rêves, les questions ont toujours des réponses. J’écris dans mon carnet : ne pas croire au premier amour. Je suis allé dans la chambre de mon fils et j’ai dit : tu dois arrêter de torturer ce patient. Tu dois parler à ton père. On a tapé à la porte. Un homme qui ressemble à mon voisin est entré Nous nous empoignons gentiment. Nous rions et nous nous empoignons sur le lit de mon fils. Mon voisin a mis le pied sur le gâteau. Genre Forêt Noire Nous étions tous gênés. Je voyais ce jour-là dans le regard de la mère de mon fils qu’elle voulait ma mort. Je n’ai rien dit Je n’ai pas dit que j’étais immortel. J’étais serein. Je m’amusais Je suis aux commandes. Cause toujours, ai- je pensé. Cause toujours. Tu es dans mon rêve, madame Maboul.


Au réveil, j’ai vu le court de tennis. Au milieu, le filet affaissé ressemble à des algues. Sans réfléchir, je me suis traîné. C’était un vieux court de tennis. Sa surface avait pris des teintes rouille et une végétation dense avait envahi son centre. J’ai essayé de me rappeler mon rêve. Je voulais comprendre ce qui s’était passé avant mon trou noir. Nous étions trois ou quatre dans le taxi. Nous parlions laborieusement. Nous parlions comme des ivrognes. Le taxi avait une sale odeur de cigarette. J’ai revu aussi cette jolie Japonaise du club. Elle était dans le taxi. Dans mon rêve, j’essayais de lui dire que je voulais lui faire l’amour mais je ne trouvais pas mes mots. J’ai mis ma main sur son épaule, elle s’est retournée et j’ai poussé un cri. Son visage était défiguré, son visage n’était que bouillie de chair et d’os. Et cette matière répugnante s’agitait avec un bruit horrible. J’ai voulu sortir du taxi. Le chauffeur et les autres passagers m’ont regardé comme des parents grondent sans mot leur enfant. J’ai sauté du taxi et j’ai vu la voiture qui continuait avec les silhouettes immobiles à l’intérieur La peur m’a réveillé.


On se réveille dans d’autres rêves Une femme avec une bouche dure et des lèvres violettes Une femme avec une bouche aigre, froide comme un rendez-vous. J’écris dans mon carnet : aller chez cette femme et se réveiller nu dans une baignoire vide. Mon fils et sa mère appartiennent à la même phrase d’un livre : Des insectes n’ayant plus d’estomac continuent à manger. Il n’y a jamais de point mort dans le rêve lucide. Des angles, oui. Je lui ai appris à faire des rêves, à cette femme Comme elle n’est pas bête, elle me dit que dans les rêves lucides elle fait toujours des petits boulots humiliants « Tous ces gens qui ont une double vie sans en avoir aucune. » Je lui explique : faire des rêves lucides c’est comme être RMIste et confectionner dans son garage des livres en vingt exemplaires pour des amis Les personnages dans les rêves lucides ont une liberté étrange qui dépend de moi, me suis-je dit en regardant mon fils dans le salon.


Il paraît qu’un écureuil qui est né dans une cage rêve tout de même qu’il cueille et entrepose les noisettes qu’il n’a jamais vues. Des rires voletaient autour de moi. Dans le club. Dans mon esprit. Je ne sais pas quelles noisettes j’entrepose dans mes rêves, mais je sens comme un danger à vouloir savoir ce qui s’est passé. Ne peut- on pas vivre en aillant oublié une cuite entre amis ? Je vais sortir de cette forêt et je vais embrasser la première personne que je vais rencontrer. Mais avant, il faut que je dorme.


L’important avec le rêve lucide, quand on est perdu, c’est de ne pas trop penser aux conséquences. Mon fils, dans le salon, a le visage parsemé de points d’ombre. Ce ne sont pas vraiment des grains de beauté. Puisque les points bougent. Il y a donc, dans les rêves lucides, une source de lumière et du feuillage qui s’agite. On découvre tous les jours de nouveaux insectes. J’écris dans mon carnet : solitude du pionnier. Lorsqu’on est dans un pays étranger, on se met à parler tout seul. Dans le rêve lucide, c’est le contraire. S’amuser à provoquer ses facultés d’adaptation dans les rêves lucides. À rebours des assassins d’Alamut Dans mon rêve lucide, je suis né pendant un tremblement de terre. J’ai voyagé dans le monde : Iran, Japon, Californie. Pour retrouver, ne serait-ce qu’un instant, ce doux craquement de la terre Je cherchais les catastrophes. D’abord naturelles, par principe. Je cherchais les ondes de Love. En tout cas, mon premier tremblement de terre avait une odeur de menthe.


J’ai ouvert les yeux. Il faisait déjà nuit. J’entendais les bruits de la forêt. Mais la forêt était devenue une ombre Le court de tennis sous les rayons de la lune était bleuté. J’ai entendu des bruits de pas sur les branches mortes. Je me suis retourné et j’ai dit : « Là, s’il vous plaît, j’ai la jambe cassé. » On ne me répondait pas. On approchait. D’autres personnes sortaient de la forêt. J’entendais d’autres pas sur les branches mortes. Un homme dont je ne distinguais pas le visage s’avançait. J’ai dit : « J’ai faim. S’il vous plaît. » L’homme ne répondait pas. J’ai commencé à avoir peur. J’ai essayé de me traîner au centre du court de tennis. Des gens entouraient le court de tennis. Je distinguais des silhouettes d’enfants et de femmes. Immobiles. Je ne pouvais articuler un seul mot. J’ai essayé : « Vous voulez faire un match ? Ça fait longtemps que je n’ai pas joué. » J’entendais les frémissements de la forêt. Je voyais tous ces gens immobiles et silencieux autour du court et j’étais mort de peur. Je me suis dit : « Ils ne peuvent pas s’avancer sur le court, je suis en sécurité. » Je tremblais. Ils allaient sauter sur moi,et je ne pouvais pas distinguer les bouches qui allaient me dévorer. J’ai fermé les yeux.


Peut-être n’y a-t-il pas tant de raisons que ça de se retrouver dans ce rêve Dans ma situation, est-ce que ne s’attacher à rien a encore un sens ? On confond souvent le flou Cette liberté de l’enfance lorsqu’on court dans une forêt Même si c’est la peur qui nous poursuit. Hier, mon voisin était devant la maison Il portait des bas en filet de pêche et un petit manteau en peau de bête. Il avait un petit gâteau au chocolat dans les mains. On dit dans le quartier que mon voisin passe son temps à étudier la vie des chats écrasés Il a confectionné un petit livre dans son garage. En vingt exemplaires. Sur les pages de droite du livre, il y a des photos de chats écrasés Sur les pages de gauche, les biographies de ces chats Ces points d’ombre sur le visage de mon fils dans le salon, n’est-ce pas la marque d’une frondaison entre le rêve et la réalité ? Les papillons vivent le temps de prendre une décision. Ils ont leur propre rêve lucide C’est surtout l’imposteur que je poursuis. Celui qui se fait passer pour moi. J’attends le bon moment pour le démasquer. Je laisse faire.


Il est midi. J’ai encore rêvé. Ma montre marque sept heures mais il doit être midi. Le soleil perce difficilement dans cette forêt. Même en rêve, je cherche mes mots. La faim et la douleur pour seules compagnes. J’ai dû consommer une substance illicite dans ce club. C’est peut-être cette substance qui m’a rendu partiellement amnésique. Le soleil perce la forêt et fait un rond de lumière de taille d’une balle de tennis. Il paraît que les satellites espions peuvent voir une balle de tennis posée sur la table de votre cuisine. Je vois soudain dans ma tête une image satellite, je zoome, je me rapproche de la surface de la Terre, une tache noire, je zoome sur la forêt et c’est un rectangle gris et plus loin encore je vois un corps au centre du court de tennis. Immobile. J’ai les yeux grands ouverts. Je fais signe vers le ciel. Quelqu’un de la NSA ou un internaute préviendra ma famille : tout va bien. Ce sera la plus belle cuite de ma vie. Je ris et je tends mon majeur vers le ciel.


Les femmes dans les rêves lucides sont moins belles que dans les revues. Elles sont moins cochonnes Elles sont sur le tarmac Elles manifestent En silence Si vous les aborder, l’une d’entre elle dit : « Pourquoi monsieur Hire est imbattable au bowling ? » Vous pensez à votre fils. « Parce qu’il en avait marre de toujours devoir prendre sa revanche. » Le jour où un astronaute rêve qu’il vole dans l’espace, il est temps pour lui de prendre sa retraite. Dans les rêves lucides, on comprend une chose : il est toujours plus beau de cacher sa tristesse Mais on ne comprend que ça. La mère de mon fils dans le salon, devant la télévision qu’elle a louée. Le fond doit être sain peu importe la tricherie Mon fils, j’aimerais l’aider. J’ai acheté un nouveau gâteau. Genre Forêt Noire Maintenant il y a deux gâteaux à côté de son lit. Un nouveau et un tout écrasé J’ai dit à mon fils il n’y a pas de cycle des morts et des renaissances, pas de Nirvana, sois une personne ordinaire sans rien à accomplir. C’est l’heure de sortir le chien Même dans les rêves lucides.


Ça arrive ces choses. Plus qu’on ne le pense. Ça arrive Comme une comptine. D’on ne sait où J’ai regardé par la fenêtre du salon et j’ai vue l’autre docteur Maboul perché dans un arbre. On a tapé à la porte. Mon voisin entre et me montre un objet. Un étui pénien. Je lui dis : c’est finalement l’antithèse de l’exhibitionnisme classique. Nous dansons Tout a une odeur religieuse dans les rêves lucides. « Nous sommes tous des jeunes filles à stimuler », dit mon voisin. Tout participe de la même haine de l’illusion. Mon fils, dans le salon, penché sur son carton de jeu. Un sentiment parmi d’autres. Combien de livres qui n’existent pas ai- je lu dans mes rêves lucides ? « Si tu continues à vivre c’est que rien n’est anodin. » Tu vis comme quelqu’un qui est flou sur une photo d’enfance parce qu’il croit qu’il a bougé. Cette liberté de l’enfance lorsqu’on court dans une forêt même si c’est la peur qui nous poursuit.


Quelle heure est-il ? Il faut, avant de m’endormir encore, que je me rappelle dans les moindres détails ce que j’ai fait avant de sombrer. Avant les longues jambes de la jolie Japonaise. Avant les rires autour de moi. Il faut, pour comprendre, que je me traîne là-bas, dans les souvenirs du club. Avant de sombrer, je les vois, les corps. Un rêve ? Comme une balle dans la tête. Et je vois une pancarte, on dirait du chinois :


命は両親から頂いた大切なもの もう一度静かに両親や兄弟子供 の事を考えてみましょう 一人で悩まず相談して下さい.

Filoména

I Dialogue

I felt the only way to stay alive was to stay in the room.


Il me demande : combien d’ennemis faut-il pour faire une âme ?


Est-ce que Filoména est un nom de fleur ? L’eau monte. Reste ce que le monde a de plus désert en nous.


Solanum. Quand bien même on apprendrait de sa bouche ou de la mienne qu’il y a eu viol et mutilation et cannibalisme et amour.


Sa mère n’a pas baissé les yeux lorsque je suis allé la voir.


Il y a autant de façon d’aimer que de fleurs.


Je sais ce que c’est que d’être foudroyé. J’ai été foudroyé par le retour de cette fille qui me ressemble de plus en plus.


Sa grosse tête luisait comme une grosse pierre à côté de la télé.


Les gens sont dans le jardin. Autour de Filoména. Ils ont un étrange culte autour de Filoména. Un culte de mépris et de silence.


Ne plus être concerné par le monde c’est se perdre de vue. Mais perdre de vue le monde ?


Pourquoi suis-je incapable de penser que Filoména a vécu une seule seconde de bonheur au cours de ces neuf ans et deux mois ?


Je suis assise à une grande table très lourde, seule, j’ai neuf ans. Mon père est parti avec une danseuse brésilienne. Ma mère nage dans la piscine. Ma sœur s’est encore enfuie.


Filoména est née pendant le Carnaval de Dolceaqua.


Mon père est parti avec une danseuse brésilienne lorsque j’avais neuf ans. Mais il m’a laissé sa chambre qu’il avait achetée en travaillant comme un forçat.


Perdre neuf ans et deux mois de ma vie n’est rien pour moi. C’est comme un mauvais rêve. Mais alors dans ce mauvais rêve que faire des souffrances de ma fille ?


Je ne rêve jamais aux fleurs. Je photographie les fleurs parce je ne veux pas de fleurs animées. Je ne veux pas de brise sur les fleurs.


Je me prends à douter de l’expéditeur de cette carte postale de Lençóis. Il n’y a rien d’écrit sur la carte postale. Pourquoi ma fille m’aurait envoyé une carte postale de Lençóis sans écrire un mot ? Est-ce qu’il y a une boîte aux lettres à Lençóis ?


Un jour viendra où tout le monde parlera le langage des fleurs. Est-ce que ce sera un jour de guerre ?


Dans la chambre plusieurs concepts se brisent. La porte de la chambre n’était pas fermée. Je ne lui ai pas dit que la porte de la chambre n’était pas fermée. L’intrigue : Une fleur coupée continue-t-elle à savoir vivre ?


Les vêtements des garçons sont confortables. On portait les mêmes vêtements. Il me coupait les cheveux. Sa mère devait lui couper les siens. Un jour, c’était trois ans après le jour du sang sur mes cuisses, il m’a donné des vêtements de filles. Des sous-vêtements. C’était son premier cadeau. J’étais contente.


Pour les gens, le silence de Filoména est étrange. Ils pensent que son silence est un mensonge. Pourquoi le malheur nous paraît si brillant ? Parce qu’il est la vérité. Et l’on sait que l’on ment en le vivant. Les gens ne veulent pas admettre le degré d’irréalité que Filoména leur présente.


Aujourd’hui je suis avec les fleurs. Avant c’était l’œil sur la télé. Pendant qu’il me battait je regardais les dessins animés à la télé par-dessus son épaule. Il y avait des livres sur les fleurs dans sa bibliothèque. Et je pleurais parfois. Silence, c’est la règle. Dans les dessins animés les personnages se relèvent toujours.


Le 28 janvier 2000 à Montréal, le premier accord sur les produits agricoles génétiquement modifiés est signé. Les exportateurs sont tenus d’indiquer sur leurs produits la mention : Susceptible de contenir des organismes vivants modifiés. Je crois que nous sommes les fantômes de ce qui lui est arrivé.


Pour nettoyer ses lunettes il les léchait. Parfois il avait l’air d’un chat jouant avec une ombre. Electrifié par son jeu. Electrifié par mes seins qu’il n’osait regarder. Un jour on a tapé à la porte. Doucement. Je n’ai pas osé répondre. Il faut apprendre à écouter les fleurs sans les écouter. C’est son conseil à lui.


Monet était à Dolceacqua lors du séisme de 1887. Le ponte vecchio qu’il peignait a été détruit. On l’a reconstruit mais on ne peut pas dire que c’est le même que celui qui est sur le tableau de Monet. Celui du tableau est plus proche de l’original, plus vrai. Le pont que l’on empreinte aujourd’hui, comparé à celui du tableau, a quelque chose de monstrueux.


On n’a pas parlé souvent de moi à la télé. J’ai pensé pendant neuf ans et deux mois que c’était un mauvais rêve. Les filles sont jolies à la télé. J’utilisais le poing électrique pendant les pubs. J’utilisais le poing électrique sur mon bras et sur ma cuisse. Les pubs ne m’intéressaient pas. Les dessins animés c’était toujours bien. Ne pas oublier d’enregistrer les courses de chevaux. Ne pas oublier, c’est la règle. Je connais la date et l’heure, à chaque minute, et cela ne sert à rien.


Pendant neuf ans et deux mois je n’ai pas connu son nom. Maintenant il a un visage (les journaux), une voix (le procès), une odeur (ma haine), et un nom, un seul : Celui qui n’a jamais enlevé ma fille et qui ne me l’a jamais rendue. Tuer, mourir ne serait rien. Vivre comme si l’on devait se résoudre à oublier ce que d’autres ont vécu.


Pendant neuf ans et deux mois j’ai regardé la télé. Je connais tout le monde à la télé. Je n’ai plus besoin de regarder la télé. Je regarde les fleurs. Je les prends en photo. Est-ce que les fleurs sont sucrées ? Quand on me souriait à la télé, je n’osais pas sourire de peur qu’il ne me frappe, j’avais envie de sourire aux gens à la télé, je pensais que les gens à la télé allaient se fâcher si je ne leur souriais pas. Et je n’osais pas. Je rêvais que je tombais. Je me sentais sale et je tombais. J’essayais de sortir d’une baignoire mais des coups me faisaient retomber. Dans le rêve une télé était allumée. Les gens à la télé souriaient mais je pensais que les gens à la télé allaient se fâcher si je leur souriais. Il me disait que j’étais mignonne et sucrée.


À première vue, ces neuf ans et deux mois, s’ouvre et se ferme comme une porte de train fantôme. L’enfant à la bouche attachée entre. La jeune femme atrophiée en sort. Chambre de la mutation. Au sortir de la chambre, elle est encore un peu cette enfant de neuf ans qui rentrait de l’école et elle est déjà quelque chose qui dépasse le frêle présent de l’humanité. Un regard fantôme tombé sur des fleurs.


De plus en plus j’avais des seins. Comme les filles à la télé. La porte n’était pas fermée. Il ne pouvait pas empêcher mes seins de grossir. Le poing électrique qu’il utilise est de marque Titan. Made in China. Les gens de la télé me parlaient aussi. Il se lavait les mains avant de me frapper. J’ai compté. Il m’a frappé sept cent fois en neuf ans et deux mois. La porte n’était pas fermée. Les gens à la télé me disaient que je devais manger plus pour mon âge. Quel âge ?


Elle s’en sortira, après. Les gens le lui disent. Neuf ans et deux mois, ce n’est rien. On soupçonne que la pulpe de la chambre est aussi le fruit de l’adaptabilité. Elle s’est habituée à ce monde. Ensauvagée. Elle aura pu ne jamais en sortir. Et puis elle s’habituera bien à ce monde-là. Les gens le lui disent. Le cœur bétonné comme une fleur.


Dans les fleurs le temps du monde fini qui commence finit. Il me disait aussi que l’ego est moite. Je ne comprenais rien à ce qu’il disait. Je n’avais que neuf ans pendant neuf ans et deux mois. Il disait que j’étais devant lui comme devant la loi.


L’histoire de ma fille est sans légende. Je ne peux pas appliquer, comme au cinéma, un visage hystérique sur cette histoire. Ce que je vois à travers l’histoire de ma fille c’est une illusion brisée, celle du sentimentalisme de la violence. Je suis tenté de dire que ce qui me choque à travers l’histoire de ma fille c’est ma propre indifférence à notre mort.


Il ne me laissait jamais seule, même lorsqu’il n’était pas là. Et puis il avait sa grosse tête qui sentait l’alcool. Il me disait qu’il me retrouverait de toute façon et qu’il tuerait mon chien. Les chiens sentent le danger. Mais ils ne peuvent pas savoir pourquoi on les tue.


Quel objet regrette-t-elle d’avoir laissé dans la chambre ? En fouillant la chambre, j’ai eu l’impression de fouiller ma fille.En fouillant la chambre,je ne fouillais pas le cœur de cet homme au gros visage glabre et aux grosses lunettes. Si une caméra avait filmé l’intérieur de la chambre pendant neuf ans et deux mois, qu’est-ce que nous aurions appris ? Rien, si ce n’est que l’on est capable de partager la violence dans la douleur. Mais rien. En fouillant la chambre j’ai eu l’impression de fouiller un blasphème. Une caméra sans effet, sans montage, sans musique, voilà mon esprit. Cela ressemble à peu près à la chambre dans laquelle nous vivons maintenant. En fouillant la chambre, j’ai fouillé une routine humaine autre.


Hier un voisin a chuchoté parmi les fleurs. Est-ce que je sais que la porte de la chambre était toujours ouverte ? Quelle chambre ? Si la porte de la chambre était ouverte ça ne changeait rien. Ouverte ou fermée, ça ne change rien.


Dans l’album photo, entre le 13 novembre 1990 et le 28 janvier 2000, il n’y a que des pages noires. Il ne manque aucune photo. Simplement nous n’avons pas les organes pour les distinguer. Tous les matins, j’ai défait le lit de ma fille et le soir je l’ai refait, pendant neuf ans et deux mois, j’ai passé en revue toutes les hypothèses mais la vérité m’a échappé. La maison de l’Horreur, titraient les journaux. À partir du 28 janvier 2000, dans l’album photo, il y a encore des pages noires. Après, il y a des photos de fleurs.


Il y avait une très grande distance entre ce que je voyais à la télé et la réalité dans la chambre. Il y avait une très grande distance entre tout et la réalité dans la chambre. J’avais une sœur jumelle dans le monde et qui jouait avec son chien. Un jour, il a fait la tête. La distance entre tout et la réalité de la chambre a diminué Je me rapprochais de ma sœur jumelle. Il m’a dit qu’il avait peur des femmes. Il frappait sa mère mais il avait peur des femmes. Un jour, je suis devenue un peu plus femme. J’avais déjà des seins, dont j’étais fière. Ils sont aussi beaux que ceux des filles à la télé. Mais ce jour-là c’était le début de la fin pour lui. Depuis ce jour-là il a compris qu’il ne pourrait pas me garder éternellement comme une fleur éternelle dans sa chambre. Il se désintéressait de moi. Il restait longtemps à regarder le sang sur mes cuisses.


Elle ne voulait plus diverger. C’est pour cela que Filoména s’est exilée dans cette chambre, non, dans ses fleurs. Elle aurait pu aussi décidé de vivre dans une piscine vide comme moi. Le fait divergent. Pourquoi suis-je obligé de justifier ma vie ? Pourquoi suis-je obligé de l’écouter comme si elle dictait mes dernières volontés ?

II Le Club

She’s often armed with a team fiag and goes with her parents to watch games.


On a assassiné la femme de ménage du Club. Ça pleure. La police est venue. La nouvelle femme de ménage est la sœur jumelle d’une fille du Club. On a assassiné la femme de ménage du Club. Il y a sa photo dans le journal posé à côté du bassin qui s’allume pour le spectacle. Tout le monde se méfie de la nouvelle femme de ménage. La nouvelle femme de ménage ressemble trop à la fille du Club qui a disparu. La police est venue. La serveuse a son tee-shirt aux gros yeux de chat shooté. Les gros yeux de chat shooté sont au niveau des gros seins de la serveuse. Elle s’occupe des enquêteurs pendant le spectacle, elle se penche, avance ses gros yeux de chat shooté.


Le patron du Club dit : le présent est un péché d’éternité. Le patron du Club tripote son chapelet. Le patron du Club tripote son chapelet et vous raconte l’histoire de son enlèvement. Il a neuf ans et il est dans une grande piscine vide. Le ciel est haut, plus haut que d’habitude. Il est au fond de la piscine qui lui paraît grande pour son âge. Le béton mouillé sent le chien mouillé. Il a des images de terrorisme dans la tête. Il entend des rires chez les voisins, du fond de la piscine vide


Jalno a rendez-vous avec le premier ministre dans le cimetière des anciens combattants. Le cimetière des anciens combattants a été épargné par le grand tremblement de terre. Le Club a été épargné par le grand tremblement de terre. Jalno a rendez-vous dans le cimetière des anciens combattants avec le premier ministre.


Après le grand tremblement de terre, le Club n’est plus le même. Des pauvres sont entrés. Les pauvres font la moue et ont apporté leur crasse. La serveuse ne veut pas s’occuper d’eux. Les pauvres ont des crânes oblongs. Ils sont entrés comme une pluie dans un mauvais rêve. Les filles du Club que l’on sort du bassin regardent du coin de l’œil. C’est un mauvais rêve. Le Club n’est plus le même. Un enfant est entré. Il a de la crasse d’usine sous le nez. Il approche son visage du bassin. La serveuse lui rappelle que c’est interdit. L’enfant ne semble pas comprendre. Les pauvres ne portent pas de badge. Il ne suffit pas d’être idiot. Il ne suffit pas d’être riche. Il ne suffit pas d’être en vie. L’enfant approche son visage du bassin. Il a de la crasse d’usine et de la morve sous le nez. Son visage se dilate sur la paroi du bassin comme une méduse. Ses yeux se dilatent comme une méduse. Son visage remplit toute la paroi de verre du bassin. C’est un mauvais rêve.


On plonge la fille ligotée dans le bassin. Un jour viendra où le Club s’effondrera et on plonge cette fille pour personne. Le Club s’effondre sans bouger. Le Club est animal. Les lumières s’agitent pendant le grand tremblement de terre. Les lumières du Club s’agitent comme des reflets dans l’eau. Du coin de l’œil, la fille s’affole. Ça agite ses petits pieds contre la paroi de verre. Les petits pieds s’agitent contre la paroi de verre dans la pénombre de guerre du grand tremblement de terre.


Le patron du Club dit aux enquêteurs : un pauvre pourrait très bien avoir l’idée de mettre du poison dans le bassin. C’est la femme de ménage qui a été assassinée, dit un des enquêteurs. Le patron du Club tripote son chapelet. Un des enquêteurs pense : les filles que l’on sort du bassin. Les filles ne semblent pas seulement inanimées. Elles sont inanimées comme si elles ne pouvaient plus savoir que vous allez mourir. Le patron du Club : c’est à la fois vrai et faux. Un des enquêteurs : qu’est-ce qui est à la fois vrai et faux ? Le patron du Club : tout ça. Cette histoire de femme de ménage.


Le grand tremblement de terre a excisée la ville. Le Club miraculé. Au milieu des décombres. Le Club miraculé est toujours là, mais n’est plus le même. La même serveuse, les mêmes lumières à travers le bassin, les mêmes banquettes en skaï, les mêmes filles ligotées, là-haut, dans les câbles électriques du plafond, avant le spectacle. Tout est à la même place mais le Club n’est plus le même. Miraculé comme un amour. Le grand tremblement de terre a fait un bruit de fleur. Les mêmes odeurs de papillons brûlés avant le spectacle, les mêmes filles qui remontent, inanimées, dans le ciel des câbles électriques, le même clapotement de mauvais rêve lorsque le Club est dans le soir. Au fond, tout est à la même place mais le Club ne vit plus dans le même temps. Les mêmes décombres dans les mêmes yeux. Le Club n’est plus le même mais toujours muet comme un amour.


Je vous surveille depuis longtemps. Vous ne portez pas de badge. Je sais que vous ne dormez pas, je me suis renseigné. Je sais que Jalno vous a donné des informations aussi. Comme les oiseaux sont faits pour voler, certains sont faits pour vous surveiller. Je sais que la peur dilate votre visage. Là-bas, au Club. Je sais qu’avant le grand tremblement de terre vous traîniez votre regard sur les corps maigres des femmes riches. Des femmes riches venaient au Club. Elles portaient de grands sacs qui oscillaient à cause de leurs hauts-talons. Je sais que vous convoitiez leur maigreur. Je sais que vous complotiez dans votre convoitise. Et je sais que vous avez sauvé la vie de quelqu’un.


Le patron du Club dit à la serveuse : vous ne valez pas mieux que votre vie.


Je sais qu’avant le grand tremblement de terre vous vouliez devenir le musicien du Club. La moue des femmes riches qui écoutaient votre musique. Le Club n’a pas besoin de musique. La musique est inutile dans le Club. Il y a bien une musique au Club mais elle reste inutile. La musique c’est pour les filles ligotées au plafond. C’est une berceuse pour les pauvres. C’est un vêtement d’empereur pour les filles. Je me suis renseigné, je sais que vous complotiez votre musique. Vous nous faites bien rire avec votre musique. On ne fait pas de musique avec des décombres. Vous êtes moins utile que votre musique.


Le premier ministre dit à Jalno : Le grand trem- blement de terre a induit une récession, une forte poussée inflationniste et la chute des marchés financiers, mais rien de cela n’est encore survenu. La flexibilisation des politiques de change aide à maîtriser les tensions inflationnistes alors que les soldes externes ne sont pas globalement menacés. Si l’inflation à la consommation a connu une hausse modérée, la hausse des prix à la production a été plus sensible, amenuisant les marges du secteur productif.


Si l’ancienne femme ménage et la nouvelle femme de ménage se ressemblent c’est qu’elles ont la même mère. Un des enquêteurs interroge la mère des femmes de ménage. Qu’est-ce qu’interroger une mère ? Elle parle. Mais elle ne raconte rien. Elle parle de ce qu’il sait déjà. L’enquêteur colore les paroles de la mère d’un souvenir effroyable. La mère a eu une enfance malheureuse. La mère a eu une enfance heureuse, etc. La mère dit : mais le secret que vous voulez m’extorquer, je ne le connais pas plus que vous.


L’enquêteur fait appelle au patron du Club. Le patron du Club peut hypnotiser avec son chapelet. La mère des femmes de ménage regarde le chapelet osciller. Elle dit : j’ai l’air de faire le ménage toute la journée. Dans le cerveau qui fond, des neurones continuaient à bourgeonner. On ne peut pas dormir. J’ai une enfance malheureuse. J’ai une enfance heureuse. Etc. Je suis sortie du Club, dans la nuit vers les quais. Je ne suis pas autorisée à aller jusqu’aux quais. Près des grands paquebots immobiles. C’est le regard. Une mère ne regarde pas comme ça. Mes mains tombent en cendres noires dans la nuit de ce regard. Je leur ai dit : je ne vous aime pas. Mais je vous ai aimés à ma façon.


Monstrueux enfant mâle, né dans un certain village de la forêt d’Ardenne, assez près de Kniebes, de la poitrine duquel pendait jusqu’à ses genoux le corps d’un autre enfant avec tous ses membres, n’ayant que la tête enfermée dans le corps de celui qui le portait. Les filles du Club ne sont ni vraiment belles ni vraiment endormies ni vraiment monstrueuses.


Le visage impavide du Club. Le visage impavide des clients. Le visage impavide du patron, de la serveuse aux yeux de chat. Le visage impavide de Filoména dans le bassin. Lueurs de télévision sur le visage impavide du Club. Le Club est cette lueur sur la tête de Mickey de Filoména. Filoména porte un masque de Mickey dans l’impavidité des visages du Club. Méduse, Mickey. Non, c’est un mauvais rêve. On ne vend pas de masque de Mickey au Club. Et Filoména est belle. Simplement son visage est boursouflé par l’oubli, dans le bassin. Le Club est un musée de l’être humain, depuis le début. Je sais que ce visage boursouflé vous rappelle votre mère. Votre mère vous dit que les personnes qui vous font peur il faut les imaginer nues sur le chiotte ou avec une tête de Mickey. Mickey est franc-maçon. Le visage de Filoména est prêt à éclaté contre les quatre parois de verre du bassin.


Filoména lit un livre à Dolceacqua. Non, Filoména lit un livre au Club. L’auteur du livre a un nom qui sonne actrice porno. Ce n’est pas Leslie Kaplan. Filoména est plongée dans son livre. Elle ne regarde pas les clients. Elle ne regarde personne dans le Club. Ce serait le moment idéal pour la sacrifier. Le patron, la serveuse, les clients, l’enfant pauvre et les filles humides d’oubli, tous, les enquêteurs, les femmes de ménages, vous, tous en cercle autour de Filoména qui lit son livre dont l’auteur a un nom qui sonne actrice porno. Lueurs de télévision fluorescente du bassin vide de fille et des verres restés sur les tables. Filoména remue les lèvres en lisant, ce qui lui donne un air stupide de nonne ou d’actrice porno récitant son texte. Ce serait le moment idéal pour la sacrifier comme dans les contes. Le Club est le contraire d’un conte. Dans un rite d’intronisation au Rwanda où le roi et sa mère paraissent attachés l’un à l’autre comme deux condamnés à mort, l’officiant prononce les paroles suivantes : je t’impose la blessure de la framée, du glaive, du vireton, du fusil, de la matraque, de la serpe. Si quelque homme, si quelque femme a péri de la blessure d’une flèche, d’une lance, de la framée, du glaive, du vireton, du fusil, de la matraque, de la serpe, je mets ces coups sur toi. Est-ce que Leslie Kaplan est déjà venue au Club ? Il faut regarder dans les registres. Est-ce que Filoména remuera ses lèvres muettes parmi les blessures du sacrifice ? Il faut regarder dans les registres. Une des filles du Club, Uschi Digart, veut écrire un livre.


On vous réveille, il n’y a pas de Club. Vous êtes au Club. Dehors ça hurle. On fait trembler votre crâne, votre ville, comme toute chose. Tout tremble comme si tout était indifférence à notre mort. On fait trembler le Club. Vous êtes au Club. Ça hurle dans votre crâne, le Club est une roulotte vers un mauvais rêve. Vous êtes né pour cette indifférence. Et vous êtes en trop pour cette indifférence.


Est-ce que Filoména téléguide de son amour la haine de Jalno ?


Filoména est dans le bassin du Club. Elle ferme les yeux. Elle est spectre comme est la nudité. Aveugle vers le plein dont elle aurait dû être la reine. La bave sur son menton dessine des figures d’ange tronqué. Au fond ça n’est pas plus émouvant qu’une illumination. Et à chaque fois que Filoména ferme les yeux, c’est la peur des vies que l’on perd.


Filoména est dans le bassin du Club. Elle a le visage enfoncé dans l’aporie de son asphyxie. La nuit est loin d’être noire. Que fait-elle dans le bassin du Club à cette heure ? Dans la nuit loin d’être noire, elle ne serait non plus être Filoména exactement. Il y a cette angoisse parfois comme une illumination. Comme si Filoména vous scrutait. Le Club est une prière pour qu’une folie entre Filoména et le monde viennent la libérer de ce sentiment d’inadéquation.


Comme si tout votre être vous scrutait.Tout le monde au Club a oublié Filoména. Un matin, le patron du Club vous demande d’aller nettoyer le bassin. Depuis combien de temps ne l’a-t-on pas nettoyé ? Personne ne sait ce qu’est devenue Filoména. On espère la voir revenir ? Et on l’oublie ?


Cela se passe il y a vingt ans. Le patron du Club a coutume de choisir les filles en désignant au hasard une jolie fille dans les rues du quartier. Tout le monde est indigné mais trouve en même temps cela plus naturel que de se marier entre cousins comme cela se fait dans les autres pays. Le patron du Club désigne Filoména. Elle hésite. On ne se refuse pas au Club. Quelques jours plus tard Filoména disparaît. Pourquoi le patron vous a-t-il demandé de nettoyer le bassin ? Vous n’êtes qu’un imposteur. Un pauvre. N’est-ce pas un honneur que de nettoyer le bassin, aussi sale soit-il ? Est-ce que les autres ne prendraient pas cet ordre pour un sombre privilège ? La serveuse dit : Filoména, c’est le patron qui l’a prise de force et l’a jetée dans le bassin.


Je sais que vous êtes venu au Club pour abandonner Filoména. Cette femme qui est venue au Club une dernière fois c’est Filoména. Celle que vous abandonnez. Il n’y a rien de plus banal que de se donner la mort. Drôle d’idée que vous avez eu, dernière des pudeurs, que de venir ainsi au Club. On ne revient pas du Club. L’indifférence est parfois plus douce que l’amour. Lorsqu’elle était enfant, Filoména croyait devenir folle car sa mère faisait semblant de ne pas l’entendre. Air étonné de mauvaise actrice de mauvais rêve. Pour ne pas le savoir, elle jette un amour difforme sur son frère Jalno. L’adieu au Club devait être doux.


Au Club suinte la bonté. Le Club est plus noir que la nuit. Le centre de la terre n’a pas cette odeur aussi. La fille descend de son plafond. Privé d’eau et de nourriture, s’enfonçant dans le bassin fluorescent comme dans une boue, c’est la résignation qui gagne sur les larmes. On pleure la vie que l’on rêve, au fond de la douleur, contre la paroi toujours fraîche du bassin.


Les premières écritures des hommes étaient aussi des griffures de désarroi sur des parois sinistres. D’autres sont venus. On a déchiffré les écritures des parois au bout des doigts puis on les a complétées de souvenirs inconnus. Sur les parois de verre du bassin, dans les griffures d’une langue, est écrit : si tes nuits m’étaient pardonnées.


Est-ce que Filoména entend votre musique ? Elle entend peut-être la vraie, la belle musique de l’humiliation. C’est un rituel au Club. Amener les douleurs à la musique sans nom. Le Club n’a pas besoin de musique. Personne ne croit vraiment à l’âme ou à la musique. Dans son bassin, Filoména fouille la bonté comme un porc. Il faut un exil aussi dur que ce don. Il faut un exil aussi trouble que ce sacrifice anodin. Car ce qu’espèrent les silhouettes qui se donnent la mort, les autres l’ont déjà préparé au Club.


La première fille du Club n’était pas jolie. Le Club était déjà dans une légende. Le dégoût présida à sa légende. La première fille du Club s’est mariée avec un homme qui a un frère jumeau. Il n’y a rien de plus banal. Des portes claquent. On pense à un vaudeville porno. Ennui. Méduse. On cherche encore un lien entre cette laideur et le Club. On pense que la laideur est une image de l’éternité. Votre présence au Club vous donne-t-il le droit de méjuger de la vie ? Un désir lourd et maladroit et violent flotte dans le Club. Un désir préhistorique.


Le patron du Club dit : c’est tuer moins que de laisser mourir une vierge. Mais aussi, en amenant Filoména au Club, vous ne pouviez plus croire en aucune bonté. Je me suis renseigné. Je sais que vous vous rappeliez avoir été ivre de dédain devant elle. Vous lui avez dit qu’il fallait rompre au Club. Je sais que vous rêviez d’un étonnement désespéré.


Filoména, c’est cette fille, ce spectre que tout le monde connaît au Club. C’est l’une des favorites. Il est dit qu’on la voit encore de nos jours, muette et pâle, frôlant les parois fraîches du bassin. On vit avec elle depuis longtemps. On ne fait plus attention à elle. On l’oublie moins que l’on vit. On ne sait pas d’où elle est.


Cela se passe il y a vingt ans. Le patron du Club règne sur le quartier. Il a le premier ministre dans sa poche. Il ponctionne cruellement les habitants en échange d’une sécurité précaire. On le redoute et il a le pouvoir de librement disposer des filles du quartier. Quand bon lui semble, il apparaît au coin d’une rue. Il tient une fiasque de liquide fluorescent à la main. Sur son épaule un oiseau noir vous dévisage. Il regarde une fille et cela suffit. Aucune n’ose désobéir. On ne désobéit pas à un ordre qui n’existe pas. La fille disparaît. La famille ne porte pas plainte. Plusieurs mois passent. La fille revient dans le quartier avec sur le visage les traits de quelqu’un qui vient de faire un mauvais rêve. On ne pose pas de question, puisqu’on est une réponse délirante au monde.


Un jour alors qu’elle va laver le linge du Club,Filoména voit un grand oiseau noir qui la dévisage. À l’époque Filoména n’est encore qu’une femme de ménage. Elle connaît la tradition. Toutes les femmes de ménage du Club connaissent la tradition. Filoména connaît ces contes où les filles reviennent après plusieurs mois comme d’un mauvais rêve. Ces contes d’exil. Filoména hésite, déjà résignée. Indifférente. Du linge tombe, elle le ramasse. Le patron du Club n’est plus là. C’est un mauvais rêve, pense-t-elle. Les jours suivant son ventre lui fait mal de ne pouvoir raconter son histoire. Sa volonté de raconter se confond avec son désir. Filoména est très fatiguée par son travail et par cette histoire. Le spectacle est fini, elle finit par s’endormir sur son balai. Elle rêve et parle dans son rêve. Le lendemain tout le monde dans le Club est au courant de sa rencontre avec le patron. Rien ne s’est passé ? C’est donc la fin d’une tyrannie. Les filles et les femmes de ménage poussent des cris de joie. On ne revient pas du Club. On se goinfre de liberté. On veille tard en embrassant l’ivresse des autres. Le lendemain ce sont les vieilles femmes de ménage qui entendent les premières le bruit des pas. Le patron est sorti de son bureau comme un ours. Il dévale lourdement les escaliers du Club. Certains croient à un nouveau tremblement de terre. On attend piteusement la catastrophe. On attend piteusement un silence.


Je sais que cette indifférence c’est comme s’éloigner. Filoména, vous la rencontrez à nouveau au Club alors que vous devez l’abandonner. Vous mettez votre haleine avinée contre son oreille, vous la faîtes rire et elle paraît pitoyable. Elle parle d’un mauvais rêve dans lequel vous lui faites l’amour. Filoména noie sa tristesse dans les attentions des gens du Club qu’elle ne peut obtenir qu’en racontant des mauvais rêves. Elle dit : j’ai rêvé que j’étais prise par un homme aux multiples visages, flous, universels. Et la somme des visages qui flottaient dans le visage de cet homme était un peu comme le tien. J’ai rêvé que je faisais l’amour en face de moi. Je sais que vous traînez alors vos illusions inachevées jusqu’au râle lugubre de son corps. De ne pouvoir saisir, elle avait inventé une réalité. Je sais que le lendemain vous lui donnez à lire ce que vous écrivez. Elle dit : j’ai rêvé que je faisais l’amour mais que tes yeux, les yeux du visage qui te ressemblait, tournaient, tournaient comme les mécanismes du bandit manchot du Club. Ne pas pardonner. Je sais que vous ne direz jamais rien à propos du soulagement que vous percevez en elle lorsque vous lui avouez vouloir, à nouveau, la quitter au Club.


Lorsqu’il est trop tard Filoména vous parle de son frère, Jalno. Vous connaissez ce nom. Tout le monde connaît ce nom. C’est l’ennemi du Club. Et c’est le frère de Filoména. Elle vous raconte : un matin que j’étais seule chez moi, le téléphone sonne. Des gendarmes demandent à ce qu’on vienne chercher Jalno de toute urgence. Il s’est encore échappé. Il est entré par effraction dans un zoo et il est nu dans la cage aux ours. Je retrouve mon frère assis entre deux gendarmes, à la buvette du zoo encore fermé. Les gendarmes sont fatigués. Jalno est pieds nus, entouré d’une serviette rouge sang. Les gendarmes le connaissent. Ils en sourient. On a beau l’enfermer, il trouve toujours le moyen de se faire la malle. Le Club, ce sont tous les vœux réalisés ensemble, et à la lettre. Il ne peut exister qu’un Jalno. Le Club n’a pas encore la technologie pour faire des doubles ambigus. Il n’y a qu’un Jalno est c’est l’ennemi du Club. L’histoire de Filoména est un tissu de mauvais rêve. Il faudra vivre comme Filoména a disparu.


Filoména, je l’imagine. Elle rêve qu’elle se coupe les mains comme des branches mortes. Des mains qui ne servent plus qu’à pleurer et qui sont prisonnières des câbles. Sans aucun contact elle pleure une morsure. Ses lèvres comme des mains immondes de muet devant son visage. Pour peu que le temps lui en laisse la raison, elle verra ce qu’est l’amour qui l’a condamnée. Elle ne peut en concevoir d’autre que celui des bêtes et des cantiques torturés. Elle suffoque de nudité dans son plafond de câbles et de cantiques. Son hésitation d’autrefois fut de réfuter toute amitié et de devenir sans drame, Filoména.


La première fille du Club est tellement laide que le patron l’appelle la Horla. Il n’ose pas la regarder pendant qu’il lui explique le déroulement du spectacle qu’il est en train de mettre en place. La fille proteste. Elle ne comprend pas qu’on lui demande de se mettre nue, même s’il n’y a que le patron dans le Club, qu’elle doive se faire ligotée, se faire hisser dans les câbles électriques du plafond au dessus d’un bassin, et puis qu’elle doive attendre longtemps, longtemps pour on ne sait quoi. Viendra le jour, précise le patron, où on te descendra dans le bassin. Ce sera comme une troisième naissance. Il faudra bien être calme. C’est un spectacle qui fonctionne très bien en imagination ou sur le papier mais on ne sait jamais ce que nous réserve cet amour difforme qu’est le hasard. La Horla au plafond lance : pourquoi parlez-vous de troisième naissance ? Est-ce que je ne suis pas née une fois et une seule ? Ton intelligence est l’égale de ta laideur, ma fille, dit le patron en tripotant son chapelet. Avec son chapelet, le patron hypnotise la Horla qui dit : le Club est inachevé, crevé. Ouvert à tous les vents. Un homme se tient au milieu, les lèvres sales ou tatouées. Il fera apparaître la vraie nature du Club, qui est suicidaire. Le bassin est rempli de grains de lumières et d’amants d’ombre. La Horla et son apocalypse. Le patron se dépêche de la faire descendre dans le bassin.


Filoména est étudiante en architecture, depuis toujours. Elle rêve devant sa dernière maquette en carton. Une maquette du Club au 1/13ième. Elle plonge son regard dans la maquette en carton du Club et elle voit un jeune homme qui a pénétré dans le Club. Ce n’est pas sa maison. Il est rentré par effraction, comme dans un musée monstrueux. Filoména voit clairement dans la maquette qu’il est à l’étage du Club et qu’il rentre dans la chambre d’une petite fille. Une chambre particulièrement éclairée et figée dans les rayons du soleil qui y pénètrent. Le soleil, pour la maquette, est la lumière du Club au 1/13ième. Le jeune homme a un livre à la main. Il ne sait plus comment se débarrasser de ce livre maléfique où est écrit le nom de la petite fille, depuis toujours. Il n’est pas triste pour cela. Son cœur et la chambre vacillent, il n’a pas pleuré depuis longtemps. Il faudrait pleurer maintenant. Mais au lieu de ça, baigné de soleil, il ressent dans son ventre une excitation inextinguible, sans objet, aussi brutale que les rayons qui inondent la chambre. Désir préhistorique. Il voit brièvement dans son esprit des filles maléfiques danser au bord d’une piscine, sous-vêtements et rires mouillés comme des décalcomanies. Le jeune homme vacille, son ventre brûle. Il ouvre un tiroir de la commode. On n’aurait jamais cru ça de lui. Il referme le tiroir, il n’a pas encore remis son pantalon. Filoména voit qu’il pleure debout.


Dans un conte populaire du Club, un enfant grimpe au sommet d’un orme et, sans avoir eu le temps de dire ouf, se jette dans le vide. Sa mère récupère son corps et le coupe soigneusement en deux. Elle cloue une des moitiés sanguinolentes sur la porte de leur maisonnée. Ainsi, pense-t-elle, je pourrai vivre tranquillement avec mon mari, les démons ne me harcèleront plus. Mais si vous êtes agressé sur un boulevard et que vous êtes mort alors il n’y a pas de Club ?


Le tremblement de terre de 1887 à Dolceacqua, non, le grand tremblement de terre qui a touché le Club. Le Club est comme une grande villa inachevée où rôdent des animaux. Les blessés sont animaux. On dit que le patron fait le gigolo avec les femmes des blessés ou qu’il demande aux femmes des blessés d’être dans le spectacle en contrepartie d’une réduction des frais médicaux. La serveuse devient infirmière, la femme de ménage devient infirmière, Filoména devient infirmière. Le patron met une perruque et devient infirmière. Pour les soins qui ne correspondent pas aux conséquences directes du grand tremblement de terre, les blessés sont laissés dans un coin du Club : qui souffre d’un cancer de la verge, qui gémit d’un cancer de l’anus.


Je sais que vous ne terminez pas vos études. Vous avez la moitié d’un diplôme en décoration d’intérieur. Vous partez à Dolceacqua. Vous êtes professeur de français, puis vous apprenez, en autodidacte, le web design Vous vous lassez de tout. Vous vous retrouvez à laver les voitures à l’aéroport de Dolceacqua. On vous explique que l’on n’a pas à avoir honte, compte tenu de la conjoncture du marché de l’emploi, de recruter des diplômés ou des demi-diplômés. Vous vous retrouvez avec des surdiplômés à laver des voitures de location à l’aéroport de Dolceacqua. Vous vous mariez vite, comme en vous jouant. Vous vivez de petits boulots, professeur de français, web designer, jardinier dans un quartier riche de Dolceacqua. Vous flottez tel un ludion, insatisfait et irresponsable. Vous prenez tous les jours votre ration de bouillie culturelle qui ne sert à rien. Quand vous riez on dirait une grimace. Vous faites preuve d’un cynisme utilitariste. Vous n’admirez rien en particulier. Ce sera toujours la même chose, n’importe où, pensez-vous. Si les autres réussissent c’est qu’ils ont de la chance. Vous êtes fade et votre voix est fade. Vous ne valez pas plus que la valeur d’un demi-fantôme de petite fille. Vos amours sont une série d’échecs. Certaines personnes vous font des compliments mais vous croyez que c’est toujours une façon détournée de vous faire des reproches. Vous aimeriez disparaître. Vous sentez la cigarette et la pizza. Vous êtes toujours en mouvement.


Vous vous sentez comme le fantôme de votre fatigue. Vous ne fumez pas et buvez modérément. Vous n’êtes pas particulièrement à plaindre financièrement mais vous vous sentez plus sale qu’un prolétaire, certains soirs. Lorsque votre pied touche le sol c’est pour toucher le fond. Vous imaginez, comme tout le monde, de temps en temps, que vous vous jetez sous un train. Une fille que vous avez croisée un jour s’est jetée sous un train. Vous avez oublié cette fille. Tout vous fait l’effet d’un mauvais film. Vous ne lisez pas. Vous gagnez un peu d’argent, suffisamment pour avoir honte, suffisamment pour ne pas oser parler d’esclavage. Quand le ton monte, vous dites à votre femme : De toute façon, tu as raison. Je suis un bon à rien. Comme tout le monde, de temps en temps, vous vous masturbez devant un écran. Ainsi vous avez l’impression de mener une double vie. Vous êtes subversif et triste dans la masturbation. Votre femme lit beaucoup mais paraît profondément insatisfaite. Vous aimeriez être la victime émissaire à la mode mais rien ne change. Vous ne savez plus dormir.


Une mère qui se tue est belle comme la drogue, dit le patron du Club. Il y a toujours un livre que l’on n’a pas lu sur la table de chevet d’une mère. Je ne dis pas qu’elle aimait ce livre. Il faut s’empresser de connaître ce qu’il faut connaître pour mourir idiot. Il y a toujours un disque que l’on n’aime plus sur la table de chevet d’une mère. Je ne dis pas qu’il faut renifler ce disque. Doit- on déranger la table de chevet ? Si j’écoute ce disque j’ai l’impression qu’il va me cracher dans la bouche. Ce disque et ce livre sont des instruments chirurgicaux. Ce disque et ce livre sont des appareils complexes qui vous maintiennent en vie. Votre mort est belle comme la drogue. Je ne dis pas qu’il faut lire ce livre comme on se plante un instrument chirurgical dans la bouche. Ma mère, dit encore le patron, avant de se tuer, ressemblait à un oiseau. Elle avait été remodelée en petite fille sidéenne ailée. Ce disque n’allait pas sur cette table de chevet. Ce disque je le ferai écouter à celui qui ne veut pas tuer.


Le patron dit : le chloroforme laisse un goût de décalcomanie dans la bouche. Le ciel est plus haut que d’habitude. On se réveille au fond du monde et le ciel est plus haut. Les Japonais utilisent le cerveau droit pour lire. Les ombres descendent dans la piscine. On m’a endormi avec du chloroforme et la piscine est vide. On se réveille et la piscine est vide. Un jour viendra où on se suicidera dans la joie. Pour moi c’est la première fois, se réveiller attaché au fond d’une piscine vide. Une piscine comme toutes les autres. Les petits timbres turquoise que l’on voit de l’avion. Vous êtes tranquille dans votre avion, vous virez pour votre direction, vous regardez par le hublot. Petits timbres turquoise des piscines dans les villas. À cette hauteur c’est comme si jamais personne ne se baigne. Le baigneur est plus mince qu’une goutte à cette hauteur. Parmi tous ces timbres turquoises que vous voyez de votre hublot, il y en a un très blanc. À cette hauteur une piscine remplie d’ombres apparaît blanche. Dans ce timbre blanc je suis attaché.


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