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POLITIQUE MACRO (N) ÉCONOMIQUE

politiquement incorrect

Jean Bayard

Copyright © Jean Bayard

Publié sur Smashwords

ISBN 978-1370115280

SOMMAIRE

PRÉAMBULE

A - L'activité nationale de production

1 - Une loi macroéconomique pour piloter la croissance

2 - Croissance et inflation

3 - Le budget de l'Etat, ses investissements et le déficit public au sens de Maastricht

4 - La mondialisation des échanges

5 - La compétitivité, mère de tous les sacrifices de ceux qui travaillent pour que les riches s'enrichissent toujours plus

6 - La jungle des affaires et le capitalisme : creuset des inégalités

B - La monnaie

1 - L'affaire des "subprimes" ou la plus grande escroquerie bancaire de tous les temps

2 - La monnaie et la création monétaire

3 - L'épargne

4 - L'organisation du système bancaire

5 - Les banques centrales

6 - La théorie monétariste de l'inflation

7 - Réforme du système bancaire et monétaire

8 - L'Union européenne et l'euro

9 - La dette

C - Politique macro(n)économique

1 – Politique et démocratie

2 – Nos dirigeants et les sociétés secrètes

3 – Le capitalisme menace le monde d'esclavage économique

4 – La monnaie par la dette, complète la menace de l'esclavage économique

5 – Opportunité exceptionnelle pour changer l'ordre monétaire établi

POSTAMBULE

BIBLIOGRAPHIE

MENTIONS LÉGALES

PRÉAMBULE

Tous les augures nous l'annoncent : Le modèle issu du passé n'est plus du tout adapté à un monde en pleine mutation. On ne cesse de nous dire qu'il faut changer de logiciel, mais on ne nous dit pas vraiment lequel choisir si tant est qu'il en existe un ou plusieurs.

Dans les pays occidentaux, le chômage est devenu un véritable fléau. Il alimente la misère et la pauvreté dans des conditions qui rappellent celles du dix-neuvième siècle avec une différence essentielle, c'est que le progrès jette une lumière vive sur la disparité des uns et des autres et éclaire crûment l'écart phénoménal entre les riches qui sont de plus en plus riches et les classes moyennes et les pauvres qui s'appauvrissent de plus en plus.

On ne peut pas ouvrir un journal d'information sans entendre parler de la montée des risques "populistes", mais néanmoins d'origine démocratique. Le Brexit en Angleterre, la victoire de Donald Trump aux USA, le rejet par référendum en Italie de la politique de Mateo Renzi. Le populisme ne menace plus ceux qui détiennent le pouvoir et - bien sûr - qui ne veulent pas le lâcher. Ils sont au premier chef responsables de la situation actuelle - puisque ce sont eux qui l'ont créée - et de la défiance des peuples à leur endroit.

Nos dirigeants, qui ne dirigent rien du tout, mise à part leur carrière, ont abandonné depuis longtemps le pays à la loi des marchés. Le mercantilisme est partout à l'honneur et la devise des marchands est de faire du "fric" à tout prix avec tous les dégâts de plus en plus visibles qui en résultent.

Dans les sociétés primitives, la tribu sous la conduite de son chef organisait le travail de chacun dans l'intérêt commun.

L'introduction de la monnaie dans la vie économique nous a fait perdre de vue cette notion élémentaire de la vie en société.

La monnaie fait le bonheur des uns et le malheur des autres, car la répartition des revenus obéit à la loi du plus fort dans la jungle des affaires.

Il est du devoir de nos gouvernants d'organiser la vie en société, d'abord pour que chacun ait un travail, puis pour assurer le bien-être de tous. Le drame est précisément l'absence de leaders qui feraient passer l'intérêt du peuple avant le leur et avant les combines scandaleuses dictées par leur cupidité à toucher les pots-de-vin distribués au plus haut niveau par les lobbies richissimes.

Comme Il n'y a pas de bon remède sans un bon diagnostic, nous allons nous attacher à examiner les principaux facteurs qui bloquent la machine économique avant de proposer des solutions.

Les facteurs de blocage nous semblent être les suivants :

1 - la mondialisation - que l'on nous a vendue prétendument heureuse - est la première source de chômage, parce que les producteurs et les intermédiaires navigant d’un pays à l’autre y trouvent là les moyens humains de production à faible coût et à profit maximum,

2 - la mécanisation, la robotisation et aujourd'hui la montée en puissance de l'intelligence artificielle représentent la seconde source de chômage,

3 - l'incapacité de nos gouvernants à organiser l'activité de production et la répartition des revenus pour le bien commun,

4 - la crise financière de 2007/2008 qui a ébranlé l'ensemble du secteur bancaire et par voie de conséquence le financement de l'économie (activités publiques et privées),

5 - enfin les dogmes monétaires et économiques d'un autre âge ancrés dans les esprits qui empêchent de nous adapter à l'évolution rapide des événements.

Sous le titre "L'ambivalence des transitions" le 30 décembre 2016, François Leclerc pose de bonnes questions :

Quels sont les mécanismes producteurs des inégalités, comment en stopper la progression, puis les réduire, quand la baisse des recettes publiques et du rôle de l’État restent au centre des politiques ? Quels leviers pourraient permettre de corriger cette mauvaise allocation de la distribution de la richesse ?

Sans prétention aucune, l'auteur de cet ouvrage pense connaître quelques réponses à apporter.

Mais avant tout :

Il est vital que la démocratie puisse s'exercer librement dans notre pays. Il est tout aussi vital que nos dirigeants reprennent le pouvoir qu'ils ont cédé contre l'avis du peuple en signant le traité de Maastricht. Il est vital enfin que l'on reprenne à la BCE le pouvoir monétaire et à la Commission bruxelloise le pouvoir de diriger librement notre pays. Nos dirigeants n'ont de comptes à rendre qu'au peuple français, certainement pas à la BCE, encore moins à Bruxelles.

Nous proposons une réforme du système monétaire basé sur la séparation des activités de dépôt et des activités d'affaires et spéculatives des banques. Cette réforme s'inspire de l'initiative suisse appelée "Monnaie pleine".

Par ailleurs, nous exposons une loi macroéconomique qui commande l'allure de marche de toute activité nationale, donc la croissance.

Elle démontre avec précision que la sphère de l'activité de production connaît l'expansion ou la récession selon qu'elle est alimentée plus ou moins en monnaie, car dans la dynamique économique l'épargne joue le rôle du frein et le crédit celui de l'accélérateur. La précision dépend de la mesure de ces deux facteurs et ils sont mesurables.

Dans tous les cas, le gouvernement peut et doit reprendre le contrôle de la Banque de France.

Dans le titre de l'ouvrage, la lettre (n) a été glissée entre macro et économique afin d'attirer l'attention de notre Président sur les nombreuses solutions alternatives dont il pourrait disposer :

- s'il avait la volonté de lutter contre l'influence grandissante du capitalisme qui nous prive des moyens nécessaires au redressement de l'économie de notre pays,

- s'il cherchait à améliorer le pouvoir d'achat des masses laborieuses (relance par la demande),

- s'il voulait bien faire l'honneur d'examiner attentivement les solutions proposées ici-même en vue de réduire le chômage et la pauvreté qui s'étendent inexorablement.

S'il est vrai que les passages techniques peuvent rendre difficile la lecture de l'ouvrage, c'est nous semble-t-il le seul moyen d'ébranler le SYSTEME qui tient surtout par le verbe.

Il n'est de fatalité que de phénomènes naturels, pas d'événements qui sont le fruit de l'organisation humaine.

A - L'ACTIVITE NATIONALE OU ÉCONOMIQUE DE PRODUCTION

Il nous semble utile de commencer par l'activité nationale de production puisque c'est elle qui est au cœur des intérêts de chacun des 3 acteurs (ou agents économiques) que sont l'entreprise - l'Etat y compris -, les ménages et l'étranger. Nous traitons ici l'Etat comme une entreprise puisqu'il emploie des salariés et vend des services, même si c'est à un prix imposé.

L'activité économique est la mise en œuvre de ce qui constitue ses deux ressources fondamentales : hommes et matières (au sens large du terme), dans le but essentiel de satisfaire les besoins de toute population. Elle a pour moteur les deux fonctions naturelles de l'homme qui occupent tout l'univers économique:

- la fonction de production,

- la fonction de consommation.

La production est l'expression économique de la mise en œuvre de ces deux ressources, tandis que la consommation est l'expression économique de la satisfaction des besoins de toute population. Et, elle a pour carburant (si l'on peut dire) la monnaie, car depuis l'abandon du troc la monnaie est devenue la courroie de transmission des échanges sans lesquels il n'y a, à proprement parler, ni production ni consommation. C'est la troisième ressource, et on verra qu'elle imprime à l'univers économique son mouvement.

L'objet même de l'activité économique est l'utilisation rationnelle de ces trois éléments fondamentaux : hommes, matières, monnaie.

Le degré d'élaboration des connaissances et de la formation humaines ainsi que celui du développement des techniques de transformation des matières à mettre en œuvre, nous donnent la mesure de la satisfaction possible des besoins. Aussi, en nous basant sur l'essor actuel des connaissances humaines et sur la maîtrise des techniques de production, il n'existe en théorie aucune autre limite à la satisfaction des besoins des populations (et a fortiori de celles des pays dits riches et développés dans lesquels elles s'exercent), que celle que constitue l'épuisement de ces ressources.

Enfin, la quantité de monnaie nécessaire aux échanges doit en permettre l'accomplissement. Il s'agit là d'une ressource inépuisable, principalement abstraite, que les seules restrictions auxquelles elle se trouve soumise à l'heure actuelle sont celles qui lui sont arbitrairement fixées par les autorités monétaires.

Que les ressources en hommes et en matières soient insuffisantes ou abondantes, l'émission monétaire doit être mesurée afin que tous les échanges que ces ressources supposent soient réalisés.

Ainsi, une économie en bonne santé est l'économie d'un pays qui sait gérer la pénurie de ses ressources.

Le sens véritable de la science économique se situe donc dans la perspective du bien-être de tous les individus. Nul ne doit rester sur le bord de la route puisqu'il fait partie intégrante de la société. Ce n'est pas seulement un devoir de solidarité, c'est aussi un devoir d'intérêt général. On a besoin de toutes les énergies humaines, non seulement pour combler les besoins de tous, mais aussi pour accéder au progrès des connaissances et assurer la pérennité de l'humanité.

Voici pour la théorie.

En pratique, les événements et la conjoncture en décident autrement : la croissance tant souhaitée car elle est nécessaire - sans aucun doute, en partie - à la résorption du chômage n'apparaît pas en claquant des doigts. On va voir pourtant que si elle ne se décrète pas elle peut s'organiser.

1 - Une loi macroéconomique pour piloter la croissance

Il est difficile d'admettre que l'activité économique d'un pays puisse s’autoréguler par la seule influence des marchés sans lien direct avec la monnaie comme le suggère la théorie de l'équilibre général de Léon Walras (1834-1910) prenant la suite de la loi des débouchés de JB Say (1767-1832).

Ce dogme est néfaste pour l’économie comme n’a pas manqué de le souligner Alain Grandjean dans un article intitulé « En finir avec la loi de Say », publié sur son blog le 8 mars 2017.

Si cette théorie était validée dans les faits, il y a longtemps que l'on ne s'en remettrait pas à l'incantation pour faire de la croissance et organiser ainsi la baisse du chômage. Car, et c'est bien dommage, nos dirigeants sont impuissants devant ce que l'on nomme en désespoir de cause la conjoncture.

Les économistes commencent toutefois à admettre le principe du ralentissement de l'économie dû à l'épargne, mais ils en sont aux premiers balbutiements, car ils ont beaucoup de mal à se défaire d'une autre théorie, celle de l'égalité de l'épargne et de l'investissement.

Cette théorie que l'on doit à Keynes (1883-1946) s'appuie sur les équations comptables suivantes :

C + I = X

C + S = Y

X = Y

d'où :

I = S

Sachant d'une part que X représente le produit national, Y le revenu national et C la consommation, et convenant d'autre part que le produit national et le revenu national sont identiques, il s'ensuit que l'investissement I est égal à l'épargne S ("saving").

Cette expression mathématique est à la fois trop simple et insuffisante pour en déduire que l’épargne finance l’investissement, car d’abord elle mêle deux grandeurs de nature différente : l’épargne (grandeur monétaire) et l’investissement (grandeur économique) et elle fait l'impasse sur le crédit (autre grandeur monétaire) qui finance indéniablement une large part de l’investissement.

Il faut ajouter qu'à l'époque de Keynes on ne connaissait pas encore l'essor de la monnaie scripturale par simple écriture comptable.

On en était encore à l'étalon-or - c'est-à-dire à l'époque où l'émission de monnaie avait pour contrepartie une garantie d'échange en or - qui a vécu des fortunes diverses jusqu'en 1944, signature des accords de Bretton Woods.

Wikipedia nous dit à propos de ces accords signés en 1944 :

Les deux protagonistes principaux de cette conférence ont été John Maynard Keynes, qui dirigeait la délégation britannique, et Harry Dexter White, assistant au secrétaire au Trésor des États-Unis, qui avaient tous deux préparé un plan d'ensemble.

Par ailleurs, ainsi que nous pourrons le vérifier plus loin dans la partie réservée à la monnaie (B3), l’épargne bancaire est une épargne morte, car elle ne quitte pas la banque contrairement à des convictions solidement ancrées dans les esprits. Elle ne peut donc pas servir à quelque investissement que ce soit.

Pourtant en vertu de cette égalité, admise aux quatre coins du monde, on favorise l’épargne que l’on suppose être employée à l’investissement comme dans une sorte de cercle vertueux à l’abri de l’inflation monétaire. C’est pourquoi elle est encouragée.

Fruit des travaux de recherche de l’auteur de l'ouvrage, il existe une loi macroéconomique qui commande l'allure de marche de toute activité nationale, donc la croissance.

Elle démontre que la sphère de l'activité de production connaît l'expansion ou la récession selon qu'elle est alimentée plus ou moins en monnaie. L’activité nationale fonctionne à peu près comme le moteur d'un engin mécanique. Elle tourne plus ou moins vite selon qu'elle est alimentée plus ou moins en carburant, c'est-à-dire en monnaie.

Il ne semble pas inutile de rappeler que le PIB - mesure de la richesse nationale et de la croissance quand elle s’accroit - est la somme des échanges pratiqués entre eux par les agents économiques : les entreprises (l’Etat y compris), les ménages et l’étranger. En voici l'égalité :

PIB = Consommation (C) + Investissement ( I ) + Exportation (Ex) – Importation (Im)

ou PIB = C + I + Ex – Im

Le PIB est aussi le Revenu National (RN) par égalité, ce que les spécialistes paraissent oublier et c'est pourtant là un point capital. L’un comme l’autre se trouvent réduits par une balance commerciale déficitaire et accru si elle est bénéficiaire.

Nous y reviendrons longuement au chapitre de la mondialisation, tellement le déséquilibre des échanges extérieurs a de graves conséquences en matière économique et financière.

L'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) procède - pour une période donnée - d'abord à la mesure du PIB en monnaie courante, puis en monnaie constante afin de déterminer les volumes. La différence entre les deux représente l'inflation ou érosion monétaire, c'est pourquoi la croissance du PIB est déterminée (hors inflation) en volume. Il convient de noter que l’Insee nous communique régulièrement l’indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH) qui ne concerne - comme il le précise - que la consommation, donc pas le PIB.

L'activité économique a une double face, celle de la production et celle des revenus. L'une ne va pas sans l'autre : la production est vendue et a pour contrepartie les revenus c'est-à-dire la rémunération des salariés et celle des entreprises. On peut en déduire facilement que ce sont les revenus qui font la production, sachant qu'il faut "vendre" les produits de consommation et d’investissement ainsi que les produits à exporter pour faire des affaires. D'où la dynamique du pouvoir d'achat dans un système à trois vitesses : la consommation, l'investissement et les échanges extérieurs.

Nombreux sont les économistes qui pensent que le PIB doit augmenter si l'on veut résorber le chômage, c'est la raison pour laquelle on attache tant de prix à la croissance, sous-entendu du PIB.

Mais alors, comment expliquer le passage d'un PIB à l'autre, c’est-à-dire d'une période n à n1 ? Il ne devrait y avoir aucun mystère puisque il s’agit de calcul mathématique.

Partons de l'expression suivante (en monnaie courante) :

PIB = C + I + Ex – Im = RN

Généralement chaque mois, les salariés perçoivent leur salaire, et chaque mois suivant ils épargnent, ils empruntent et ils consomment. Les mouvements bancaires, à cet égard, témoignent de ce rythme perpétuel de l'économie : les comptes bancaires des ménages sont régulièrement approvisionnés en fin de mois, et tout aussi régulièrement "vidés" ou économisés tout au long du mois suivant, alors que simultanément les comptes des entreprises enregistrent les opérations inverses.

Toute la vie économique s'est donc organisée autour d'échéances mensuelles. On peut en conclure que l'activité nationale tout entière bat au rythme des échanges pratiqués, dans les deux sens, entre les entreprises et les ménages, et que leur rotation obéit à une révolution d'ordre monétaire dont la durée du cycle est voisine d'un mois dans les pays où les salariés reçoivent leur paie chaque mois. S'ils les percevaient chaque semaine, le cycle serait hebdomadaire.

Pour démarrer l'activité de production, ou ce qui revient au même pour la développer, les entreprises doivent faire l'avance des fonds nécessaires qui vont servir à payer les différentes rémunérations qui reviennent aux ménages pour avoir exercé leur fonction de production (en produits de consommation, dans la construction de logements et dans l'outil de fabrication). Il faut bien alimenter la pompe, c'est l'objet de l'ensemble des fonds de roulement et de ceux destinés à l'investissement de production.

Le processus ne peut donc être ni enclenché, ni développé, sans faire appel à la création monétaire, puisque les circuits ne peuvent pas fonctionner sans être alimentés en monnaie et qu'actuellement il n'existe pas de monnaie hors la création bancaire.

Il en serait tout autrement si l'épargne seule suffisait à alimenter les circuits dès le départ, ce qui est impossible puisque l'épargne découle de l'activité nationale.

Se pose alors une question fondamentale sur le fonctionnement de l'activité économique : lorsque les ménages reçoivent de l'activité de production, au terme de chaque période, une quantité donnée de monnaie (leur revenu), comment peuvent-ils remettre au cours de chaque période suivante, une quantité de monnaie réduite (puisque diminuée de l'épargne) dans le processus de production, sans entraîner le ralentissement de celui-ci ?

La réponse à cette question entrouvre la voie de la connaissance et de la maîtrise des phénomènes économiques.

Rappelons d'abord que les ménages et les entreprises empruntent au cours de la période considérée, les premiers pour se loger, s'équiper (mobiliers, installations, matériels divers, automobiles, etc.), les seconds pour investir (biens, équipements et matériels de production, etc.). Dans le même temps, ils doivent rembourser les emprunts antérieurs.

Si nous partons d'une période n où nous avons : PIB = C + I + Ex – Im = RN, en supposant que les échanges extérieurs sont à l'équilibre (EX – IM = 0) :

Les revenus RN de la période n vont être remis dans les circuits de la production augmentés des crédits ( K ) obtenus tant par les ménages que par les entreprises (l'Etat y compris), sous déduction de leur épargne (S) - comprenant l'épargne forcée, c'est-à-dire les remboursement d'emprunts antérieurs - ce qui donnera :

PIBn1 = PIB + Kn1 – Sn1

= Cn1 + In1 + Exn1 – Imn1 = RNn1

Dans ces conditions, si :

Kn1 > Sn1 nous aurons PIBn1 > PIB

ce qui donnera la progression du PIB en monnaie courante.

et inversement, si :

Kn1 < Sn1 nous aurons PIBn1 < PIB

ce qui donnera la régression du PIB en monnaie courante.

Pour des échanges extérieurs équilibrés, les ménages et les entreprises - l'Etat y compris - devront donc recourir à de nouveaux emprunts pour absorber les remboursements d'emprunts antérieurs et l'épargne - l'inflation des prix à la production éliminée - pour dégager de la croissance.

Ces données issues de l'observation se trouvent confirmées par Paul Grignon, canadien, dans son excellent documentaire sur l'argent-dette (2006).

Le principe même de la monnaie-dette, c'est que s'il n'y a plus de dettes alors il n'y a plus de monnaie, et toute l'économie marchande s'arrête. C'est déjà une situation ubuesque.

La conjoncture n’est rien d’autre qu’une économie libérale livrée à l’influence désordonnée, parce que non régulée, des facteurs endogènes opposés que sont l’épargne et le crédit. L'épargne dans le rôle du frein et le crédit dans celui de l'accélérateur. Etant précisé de plus, qu’une balance extérieure déficitaire amplifie l’effet de frein, tandis qu’au contraire si elle est bénéficiaire elle amplifie l’effet d’accélérateur.

Cet aspect macroéconomique et les effets de frein de l'épargne échappent totalement aux théories actuelles.

Actuellement, en France comme ailleurs certainement, l'endettement public répond sans le savoir à cette exigence d'équilibre de l'activité nationale de production. Nous y reviendrons au chapitre A3 dans sa partie relative à l’investissement public.

Les entreprises n'empruntent que si les affaires marchent. Les ménages s'endettent à la condition que les banques leur prêtent, ce qui devient un obstacle en cas de perte globale de pouvoir d'achat et en période de stagnation ou de récession ; c'est alors qu'on ne prête plus qu'aux riches.

Les banquiers ne veulent pas prendre le risque de défaut de leurs créances sur la clientèle. Il en serait tout autrement si ce risque était couvert par une assurance (voir B4 notre proposition).

Il apparaît ainsi que la croissance dépend en premier lieu de l'abondance monétaire au sein de la sphère réelle, et ensuite de la maîtrise de ses effets sur les prix, donc sur les revenus.

Le système actuel nous mène lentement mais sûrement à notre perte, avec une accélération due à la crise, car il repose pour fonctionner sur une progression constante du recours au crédit, d'abord pour neutraliser les effets négatifs de l'épargne bancaire, épargne morte, ensuite pour rembourser les emprunts antérieurs sans oublier les intérêts de la dette (nourriture du capital).

Ainsi, nous acheminons-nous progressivement vers une économie comparable à celle du Japon d'aujourd'hui anémiée depuis deux décennies malgré sa puissance industrielle.

Rappelons que le Japon a l'un des taux d'épargne parmi les plus forts au monde et ses tentatives de redressement de ses exportations, insuffisantes, se heurtent à une conjoncture mondiale déprimée.

Quant aux USA, ils souffrent de deux maux convergents :

- une balance extérieure en déficit chronique depuis 1980, facteur de ralentissement de l’activité de production,

- un fort ralentissement du recours au crédit (consommation, investissement, logement, etc.) depuis la crise des subprimes de 2007.

En Europe, outre les restrictions monétaires exigées, la BCE et l’Union Européenne imposent à nos gouvernants une politique de compétitivité qui ruine nos masses laborieuses par la perte de pouvoir d’achat (baisse des salaires, chômage) qu’elle engendre. C’est le prix qu’a dû payer l’Allemagne pour améliorer sa rentabilité et ses ventes à l’exportation : sa Parité de Pouvoir d’Achat (PPA), meilleure que celle de la France en 2001 (+2%) lui est devenue inférieure (-3,4%) en 2015 (cf. Statistiques OCDE). La croissance de l'Allemagne de ces dernières années est essentiellement due à ses exportations rendues compétitives grâce à des baisses de salaire.

Tous les pays se lancent à l'assaut de parts de marché à l'exportation, favorisés qu'ils sont par le libre-échange aidés en cela par les gouvernants. Mais cette bataille sur les marchés étrangers nous épuise en ce sens qu'elle se livre aussi sur notre territoire. Dans le milieu concurrentiel que nous vivons, la recherche de toujours plus de rendement se fait au détriment de notre population active : chômage et perte de pouvoir d'achat.

Entretenir cette guerre commerciale, c'est entretenir l'illusion d'une victoire définitive impossible. C'est le propre de toutes les guerres et des revanches qu’elles engendrent.

L'objectif devrait être d'équilibrer les échanges commerciaux et de rechercher par des accords commerciaux l'essor de la consommation - premier pilier du PIB - en neutralisant les effets négatifs de l'épargne qui tendent au mieux à la stagnation, au pire à la récession.

On ne peut pas piloter l'économie sans opérer la régulation monétaire de la sphère réelle, ce qui implique une mesure fiable de la masse monétaire - qui n'existe pas - et la maîtrise de l’épargne bancaire.



Observation n° 1

Ainsi, la croissance dépend de la place aléatoire qu’occupent le crédit (+) et l’épargne (-) dans le processus de production dans la sphère réelle. Soumise aux aléas de la conjoncture, elle dépend donc de la régulation monétaire que seul l'Etat est en mesure d'opérer. C'est lui qui doit s'endetter, si besoin est, afin que la dynamique de l'activité nationale de production (croissance) s'inscrive en hausse. Le retour de la croissance est le premier facteur du reflux du chômage.

Pour répondre à cet impératif de régulation monétaire, l'Etat doit reprendre son autorité sur la Banque de France, ce qui implique une révision des traités de l'Union européenne.

La souveraineté d'un pays ne peut pas se partager sur ce point capital.



2 - Croissance et inflation

Ce chapitre s'attache à démontrer que la croissance de l'activité de production peut se mesurer et que s'il en est ainsi il est possible de la diriger.

La croissance est la différence de volume d'activité existant entre deux périodes consécutives. Elle peut être positive ou négative. La période peut être le mois, le trimestre, le semestre ou l'année. L'activité est représentée par un nombre déterminé de diverses quantités, chacune d'elles à un prix pratiqué pendant la période. D'une période à l'autre, le nombre des diverses quantités et des quantités elles-mêmes varient comme il en est des prix. Pour définir le volume d'activité ou la croissance, des deux variables: quantités et prix, il convient de neutraliser la variable prix, ce qui revient donc à comparer des quantités à des prix constants. Cette définition n'intègre pas les échanges extérieurs pour l'instant.

La croissance est donc la différence existant entre la somme d'une série de quantités recensées au cours d'une période et la somme d'une autre série de quantités recensées au cours de la période précédente, les quantités de l'une et l'autre période étant calculées à des prix communs ou constants.

Si l'on écrit : Σ Q1p1 comme étant l'activité d'une première période, Σ Q2p2 comme étant l'activité de la période suivante, et Σ Q2p1, comme étant l'activité de la seconde période aux prix de la première, la différence de volume ou croissance sera obtenue par l'expression mathématique :

Σ Q2p1 – Σ Q1p1

dans laquelle les prix étant constants servent à la mesure des volumes.

Si l'on intègre à présent les échanges extérieurs, il convient de déduire du prix de chacune des quantités recensées la part correspondant au prix (ou prix moyen) du produit importé qui y est incorporée. Si l'on donne le symbole QPi à cette part, la croissance sera obtenue par l'expression suivante :

Σ (Q2p1 – Q2pi1) – Σ (Q1p1 – Q1pi1)

Si l'on donne maintenant M1 comme étant le produit, exprimé en unités monétaires, de l'activité de la première période soit :

Σ (Q1p1 – Q1pi1) = M1

M2 comme étant le produit de l'activité de la deuxième période, soit :

Σ (Q2p2 – Q2pi2) = M2

et M'2 celui de la seconde période aux prix de la première, soit :

Σ (Q2p1 – Q2pi1) = M'2

on peut écrire que la croissance C est égale à :

C = M'2 – M1

et que son taux est égal à :

M'2 – M1

-------------- x 100

M1

De même, on peut écrire que l'inflation I est égale à :

I = M2 – M'2

et que son taux est égal à :

M2 – M'2

------------- x 100

M'2



Les instituts statistiques ne pratiquent pas autrement quand ils mesurent les taux de croissance et d'inflation de toute économie nationale.

Le produit M1 de l'activité de la première période correspond à la quantité nette de monnaie qui a servi aux échanges de cette période. De même, le produit M2 de l'activité de la deuxième période correspond à la quantité nette de monnaie utilisée aux échanges de cette seconde période, alors que le produit M'2 correspond à la quantité nette de monnaie "déflatée" utilisée aux échanges de la deuxième période.

La différence de monnaie, soit M2 – M1, qui permet de passer d'une période à l'autre, contient donc la croissance et l'inflation. Trois situations économiques caractéristiques en découlent:

- le cas général M2 > M'2 > M1, traduisant une économie dans laquelle il y a croissance et inflation,

- le cas inverse où M2 < M'2 < M1, traduisant une économie dans laquelle il y a récession et déflation, comme les faits observés l'ont jusqu'à présent démontré.

- et le cas théorique où M'2 > M1 > M2, qui traduit une économie dans laquelle il y a croissance et déflation.

A l'heure actuelle, la pression du libre-échange sur les prix est telle qu'elle peut fournir la démonstration en grandeur nature de ce dernier cas théorique. L’exemple du Japon est en effet remarquable à cet égard, puisque ce pays connaît alternativement depuis une vingtaine d’années l’une et l’autre de ces 3 situations. Le troisième cas présente une situation extrême pleine de dangers car elle ne peut être obtenue qu'au prix de tensions très fortes entre les agents économiques dans le partage du revenu national.

Quoi qu'il en soit, la croissance correspond en définitive globalement à une variation monétaire corrigée de l'inflation, ce qui prouve bien que la masse monétaire ne circule pas dans la sphère réelle comme on pourrait le croire. La croissance est positive si la quantité nette de monnaie "déflatée" injectée dans la sphère réelle est plus grande au cours d'une période que pendant la précédente, et elle est négative dans le cas contraire.

Les conclusions que l'on vient de tirer corroborent celles qui découlent de la loi macroéconomique exposée au chapitre immédiatement au-dessus. Ainsi donc, l'activité de production d'un pays se finance comme n'importe quelle activité d'entreprise.

3 - Le budget de l'Etat, ses investissements et le déficit public au sens de Maastricht

Les gouvernements successifs ont toujours essayé de résorber le chômage en créant des postes de fonctionnaires, soit au service de l'Etat, soit au service des collectivités locales. Avec un succès tout relatif, il faut bien en convenir. Les limites auxquelles ils se sont tous heurtés sont celles du financement quand il dépasse les limites de taxation supportable par les contribuables. En supposant que l'endettement n'ait plus de limite, on pourrait en conclure que le chômage devrait être résorbé.

Ce n'est pas aussi simple que cela.

La gouvernance ou gestion de l'économie nationale devrait commencer par une tenue ordonnée des comptes de la nation, ce qui n'est pas le cas dans de nombreux secteurs et notamment sociaux.

Prenons à titre d'exemple les comptes de la sécurité sociale et ceux des retraites. Ce n'est un secret pour personne.

Le gouvernement socialiste a inventé en 1999 la couverture maladie universelle (CMU) devenue depuis le 1er janvier 2016 la protection universelle maladie (PUMA) ; c’est plus joli. Que le gouvernement décide d'instituer une mesure sociale généreuse, c'est son droit. Mais que les dépenses correspondantes soient noyées au sein des comptes de la Sécurité Sociale est un amalgame coupable, car il ne veut pas que l'on connaisse le coût de sa décision politique. On ne cesse de chercher à combler le trou de la Sécu qui évidemment prend des proportions hallucinantes puisque l’on manque de cotisations pour y faire face.

Dans la même veine, les gouvernements ont choisi de verser des retraites à des personnes étrangères ou naturalisées qui n'ont jamais cotisé. Les Caisses de retraites sont vidées, l'âge de la retraite doit être repoussé si l'on veut sauver un régime que les gouvernements successifs ont dénaturé par la pratique de l'amalgame.

En cherchant bien, la liste de ce genre de pratique de l'amalgame doit être longue.

Nos gouvernants sont tous les mêmes, ils cherchent à dissimuler leurs manigances. On serait bien étonnés de la charge effective si, par exemple, un compte spécial CMU/PUMA était tenu.

Passons maintenant au budget.

On lui donnera deux définitions distinctes mais voisines :

- la première celle de budget informel, telle celle que nous donnons à notre budget familial qu'il soit tenu ou non sous forme de comptes (nos dépenses sont très rapidement contraintes si elles dépassent outre mesure nos revenus), telle celle aussi celle d’une part du budget de l’Etat (production marchande par exemple).

Si vous arpentez les tableaux de chiffres publiés par les organismes officiels vous ne trouverez jamais les mêmes chiffres, d'où les batailles à ce propos.

- la seconde celle de budget formel, telle celle qui a cours dans les entreprises dont on suit scrupuleusement la réalisation (contrôle budgétaire), telle aussi celle de l'Etat soumis au vote du Parlement, à la condition qu’il soit complet ce dont il est permis de douter.

Savez-vous que l'Etat tient toujours ses comptes comme ceux d'un épicier en recettes et dépenses ? De tout temps l’Etat a utilisé sans vergogne les disponibilités de tous les services et institutions publics déposées en compte au Trésor à la Banque de France, y compris donc notamment les cotisations des fonctionnaires à la retraite. Ce qui se trouvera confirmé au chapitre B9 « La dette ». Chacun sait que les compagnies d’assurance placent sur les marchés financiers les cotisations de leurs adhérents afin d’obtenir les meilleures conditions de remboursement lorsqu’elles auront à faire face à leurs obligations. L’Etat, lui, prive ses adhérents de cet avantage puisqu’il pompe ces liquidités.

Le budget de l'Etat (formel) est établi par le gouvernement et soumis au vote des parlementaires dans le Projet de Loi de Finances (PLF) pour l'année suivante. Les recettes et les dépenses des collectivités locales ne figurent pas dans ce budget, sauf une prise en charge - qui ne peut être que partielle - sous le nom de « transferts aux collectivités locales » (voir plus bas le petit tableau des dépenses nettes pour l’exercice 2017), ce qui est en contravention avec les textes des traités de l’UE (JO de l’UE C326/279 du 26/12/2012).

Car, voici ce que dit l’article 126 au protocole 12 sur la procédure concernant les déficits excessifs :

... on entend par public : ce qui est relatif au gouvernement général, c’est-à-dire les administrations centrales, les autorités régionales ou locales et les fonds de sécurité sociale, à l’exclusion des opérations commerciales, ...

Cette définition concerne tout autant la dette publique dont la limite est fixée à 60% du PIB.

Ce budget est établi conformément au fameux critère de Maastricht limitant le déficit budgétaire à 3% du PIB. Il est en fait très simple comme le montre le tableau suivant :

Au bas du tableau ci-dessus nous avons repris l’investissement de l’Etat afin de le comparer au déficit auquel il est incorporé comme il est dit plus bas.

Voici le détail des dépenses nettes pour l'exercice 2017 (en mds€) :

Il faut savoir que la ligne « dépenses des ministères » comprend bien les dépenses d’investissements (cf. vie-publique.fr), mais elles ne sont pas connues en tant que telles à l’examen du PLF. Etant donnée la place que tient l’investissement - y compris public - dans l’activité de production nationale, il est tout de même surprenant qu’il n’en soit fait mention nulle part dans le budget de l’Etat.

Et puis, pourquoi traiter sur un même plan financier des dépenses courantes et des dépenses de patrimoine (donc à long terme) que l’on veut faire supporter par l’impôt immédiatement ? C’est une irrégularité lourde de conséquences sur le plan macroéconomique.

C’est que là aussi Maastricht en a décidé autrement, avec cependant une réserve totalement ignorée que l’on a pu se procurer à l’adresse : www.ecu-activities.be, signée Alain Morisset le 29/03/1994, extraite de « La procédure concernant les déficits excessifs » :

... Sont explicitement mentionnés dans l'article 104 C (3) : l'excès du déficit public sur les dépenses publiques d'investissement (cette formulation se réfère à la "règle d'or des finances publiques" selon laquelle un déficit budgétaire est acceptable pour autant qu'il ne soit pas supérieur au montant des investissements public ....

Nous y reviendrons au chapitre B9 « La dette ».

On voit que le solde général négatif (dernière ligne du tableau) ne remplit pas la limite fixée par le critère de Maastricht. Dans l'esprit du public, les déficits de l'Etat ne sont que le résultat comptable de la gabegie des gouvernements successifs, ce qui n’est ni totalement faux, ni totalement juste.

Bien qu'encadrés par les normes européennes, ces chiffres officiels sont-ils fiables ? Rien n’est moins sûr.

On sait comment le gouvernement réussit à se défausser de certaines dépenses auprès des collectivités locales, notamment le RSA qui ne cesse de croître et embellir. Les prélèvements sur recettes versés à ces collectivités (transferts aux collectivités locales) sont notoirement insuffisants ce qui a pour effet d'augmenter la pression fiscale sur les propriétaires et habitants par les taxes foncières et d'habitation, ou à défaut recourir à l'emprunt.

Le RSA tire à la hausse les dépenses des départements 11,3 mds€ en 2015 en hausse de 6% par rapport à 2014 (Source : le Figaro du 28 janvier 2017).

L'objectif du gouvernement est évidemment de rester dans les clous de Maastricht en se défaussant sur les collectivités locales, ce qui n’est pourtant pas autorisé par le traité de l’UE, comme on vient de le voir.

A l'aide des tableaux économiques d'ensemble (TEE) publiés chaque année par l'Insee, nous allons voir dans quelle mesure l’investissement public entre dans les dépenses des ministères et qu’elle est sa part dans l’endettement public.

Notre étude porte sur les 20 années (1996-2015).

L’endettement de la France au sens de Maastricht est passé de 683,6 mds€ à fin 1995 à 2.097,4 à fin 2015, ce qui nous donne une augmentation de la dette publique de 1.413,8 mds€ sur 20 ans.

L’investissement ou Formation Brute de Capital Fixe (FBCF) des administrations publiques (Etat et collectivités - S13 du TEE), cumulé sur la même période atteint la somme de 1.382,8 mds€.

Notre étude montre bien qu'en 20 ans, les investissements (Formation brute de capital fixe) de l'Etat et des collectivités ont été financés par la dette publique. Que l’on cherche à financer l’investissement par l’impôt nous semble être une faute macroéconomique de grande ampleur.

En revanche, nous pouvons dire que l’investissement public entre bien dans les dépenses des ministères, mais pas intégralement car comme par hasard les dépenses des ministères ne comprennent pas les dépenses des collectivités. Rien n’est fait pour éclaircir les questions que l’on peut se poser à ce sujet. Mais notre conclusion à ce stade de l’étude est que :

La dette sert à financer sur 20 ans un déficit qui correspond presque entièrement à l'investissement public (97,8%), le solde correspondant aux dépenses courantes de l’Etat.

Un chapitre complet (B9) est réservé à la dette publique.

Revenons maintenant au budget de l'Etat.

En résumé, il s’agit d’un budget de trésorerie, mêlant dans les recettes, celles qui concernent les taxes et impôts, les revenus de ses participations dans les entreprises publiques, les cessions de biens et les emprunts, et dans les dépenses celles qui concernent les dépenses de fonctionnement, les aides diverses et variées, les investissements, les intérêts des emprunts et les emprunts eux-mêmes.

Ce qui a comme première et absurde conséquence d'obliger l'Etat à emprunter pour accroître son patrimoine et à le revendre pour rembourser ! Sans parler des intérêts qu'il doit mettre à la charge de la population active en Europe pour que ses comptes soient équilibrés, puisque le traité de Maastricht en a décidé ainsi ! La deuxième conséquence tout aussi absurde qu'implacable est la cavalerie - ou roulement, terme plus lénifiant - des emprunts d'Etats, quand l'impôt n'arrive plus à couvrir les dépenses, ce qui est devenu usage courant dans notre pays.

Sans faire appel aux "investisseurs", terme qui comprend surtout les spéculateurs afin d'entretenir la confusion, car le plus important est de rester dans la logique de marché.

Les besoins financiers de l'Etat d'un pays devraient être divisés grosso modo en 3 groupes :

1 - les dépenses publiques de fonctionnement,

Dans une économie digne de ce nom, le budget de fonctionnement (amortissements incorporés) devrait être équilibré. Inutile d'ajouter qu'au milieu de ce désordre organisé ou si l'on préfère de l'ordre abandonné, rien n'est fait (ou si peu) pour lutter contre la dégradation de l'environnement qui menace la planète entière.

2 - les dépenses d'investissement,

3 - les besoins monétaires de la régulation économique nationale, comme il a été dit au chapitre A1.

Les premiers devraient être couverts par les impôts et taxes ; quant aux deux autres, ils devraient être couverts par de la monnaie dite permanente, c'est-à-dire par de la monnaie émise par la Banque de France et mise à la disposition du gouvernement sans intérêt ni échéance de remboursement sur décision du Parlement.

Ainsi, la création de monnaie permanente à destination exclusive de l'Etat, rendue possible en Europe par la dénonciation ou renégociation des accords de Maastricht, mettrait fin à l'intervention des marchés financiers et des agences de notation sur une dette souveraine qui ne courait plus aucun risque de défaut de paiement. Et pour cause, il n'y aurait plus de dette souveraine sur les marchés ! Et, cerise sur le gâteau une économie d’environ 43 milliards d’euros d’intérêts annuels.

Ainsi, la Banque centrale fournirait exclusivement les besoins de l'Etat tandis que les banques privées fourniraient exclusivement ceux des agents non bancaires, y compris donc ceux des sociétés financières et de crédit dans des conditions spécifiques (voir notre proposition de réforme du système monétaire au chapitre B7).

En conséquence, les agences de notation borneraient leurs notations aux entreprises privées et semi-publiques, ce qui n'aurait jamais dû être autrement.

La mise en vigueur de la monnaie permanente qui chasse la monnaie d'endettement (excès de crédits sur l'épargne) est bien l'alpha d'une remise en ordre financière publique pour le bien général.



Observation n° 2

Tout le monde s'accorde à dire que l'investissement est un facteur de relance de l'économie (croissance du PIB), et par conséquent un moyen de lutte contre le chômage.

Malheureusement celui de l’Etat est absorbé dans ses dépenses courantes - sans en être isolé - et apparaît alors en déficit public. Il représente pourtant une variable d’ajustement essentielle à la bonne marche de l’activité nationale.

Il serait bon de réviser de fond en comble la politique nationale de l'investissement public et de son financement afin de relancer la machine économique chaque fois qu'elle ralentit.

C'est le rôle de l'Etat et pour cela il doit reprendre absolument le contrôle de la Banque de France (deuxième impératif).



4 - La mondialisation des échanges

La mondialisation - que l'on nous a vendue prétendument heureuse - est la première source de chômage, parce que nos producteurs ont délocalisé à l'étranger ou bien vers l’Europe de l'Est pour bénéficier d'une main d'œuvre à bon marché. Ses promoteurs nous annonçaient le plein emploi et un avenir tout rose. Mais, comme chacun sait, les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent. Et puis, malheureusement pour nous cette mondialisation a été une monumentale imposture.

Il y a bien eu au début quelques réticences de la part du public devant la pénétration des produits chinois, arguant du fait que la concurrence aurait pour effet de niveler nos salaires vers le bas, que nos usines seraient délocalisées et nos producteurs menacés de disparition. Ces arguments ont été balayés d'un revers de main prétendant que les consommateurs s'y retrouveraient en achetant des produits meilleur marché, mais oubliant de nous dire l'essentiel des effets collatéraux : le chômage et la misère active.

On trouve dans la presse bien-pensante - évidemment - le dernier argument aussi massue que bidon, c'est que la mondialisation a sorti de la pauvreté 1 milliard de personnes. Comment peut-on sortir pareille ânerie et selon quelles statistiques fiables. Il est certain que des dizaines de milliers de chinois qui cultivaient leurs terres dans leur province éloignée ont été attirés (pour leur malheur) par la ville et son miroir aux alouettes. C'est ainsi certainement qu'ils sont entrés dans les statistiques.

Avant l'introduction de l'euro, dont l'Angleterre (pas folle la guêpe) n'a pas voulu, les pays pouvaient résister à la concurrence en pesant sur le cours de leur devise et éventuellement par l'instauration de droits ou barrières douanières spécifiques (p.ex. normalisation des produits, quotas).

Avec l'euro, la boîte à outils est vide ! La difficulté s'est accentuée à l'intérieur de la zone avec l'introduction de partenaires économiques "en voie de développement", la concurrence devenant intenable entre les 28 pays ayant des niveaux de salaires extravagants. Dans l'UE, le coût horaire de la main-d'œuvre varie de 4 euros à... 41 euros (cf. latribune.fr - 04/2016).

Les pays développés doivent donc combattre sur tous les fronts, intérieurs et extérieurs. Au Bangladesh dans l'industrie textile le salaire des ouvriers frôle le 30 euros par mois (cf. 20minutes.fr du 13 mai 2013).

Bruxelles que rien n'arrête pour consolider sa puissance n'a pas hésité à faire entrer dans le cercle n'importe quel Etat européen, y compris les plus pauvres. Et les candidats ne résistent pas à la manne de fric versée au titre de la préadhésion aux futurs adhérents et plus il y a de pays, plus les ressources financières de la Commission s'accroissent et plus le nombre de fonctionnaires augmente. C'est l'histoire répétée de la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf. Jusqu'à son éclatement !

La preuve de ce que nous venons d'avancer se trouve dans l'information scandaleuse que nous apprend France24.com le 27 juillet 2016. On en reste confondus.

Le vice-président allemand a appelé à « geler d’urgence » les milliards d’euros versés par l’UE à la Turquie au titre de « l’instrument d’aide à la préadhésion », censé soutenir le « renforcement des droits de l’Homme et des libertés fondamentales ».

C’est un montant qui fait grincer les dents à la suite des 9 000 arrestations et gardes à vue liées au coup d’État manqué en Turquie. Pour soutenir, notamment, « le renforcement des institutions et l’État de droit, les droits de l’Homme, y compris les libertés fondamentales », l’Union européenne (UE) a versé 4,8 milliards d’euros à Ankara depuis 2007 au titre de « l’instrument d’aide de préadhésion », un véhicule financier destiné à accompagner les pays candidats à une adhésion à l’UE.

Des milliards d’euros versés par Bruxelles dont le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung a fait état, vendredi 21 juillet. La Commission européenne, contactée par France 24, a confirmé ce montant qui se double, en outre, d’une provision de 4,45 milliards d’euros supplémentaires à verser d’ici 2020 dans le cadre du même programme.

Et la Commission a fait de la libre-concurrence sont crédo et entend la faire respecter par tous les moyens dont elle dispose (et elle n'en manque pas), étant rappelé qu'elle obéit à l'Allemagne d'Angela Merkel, puisque celle-ci décide souverainement de l’orientation de la politique générale de l’Union au mieux de ses intérêts, naturellement.

Alors comment résister à la concurrence puisque l'on ne veut pas remettre en question les traités de Maastricht/Lisbonne ? Devons-nous suivre le modèle allemand que l'on n'en finit pas de nous citer en exemple ? Eh bien, parlons-en du modèle allemand !

Comment l'Allemagne peut-elle réussir à exporter ses produits qui ont une réputation mondiale de qualité, l'exportation étant son atout majeur. Voici comment, de notre point de vue :

- sa politique de flexibilité du travail et de la réduction des salaires de ses citoyens,

- ses relations anciennes avec l'Europe de l'Est, son voisinage et les facilités de langue, lui permettent d'employer de la main d'œuvre à très bas prix dans de nombreux secteurs d'activité.

Ce qui constitue une concurrence déloyale envers les pays développés de la zone euro. On reproche déjà aux Allemands de dégager des excédents commerciaux sur le dos de leurs partenaires.

Dans les médias officiels, vous n'entendrez jamais parler des aspects négatifs de cette politique et ils sont nombreux :

- les statistiques du chômage sont faussées, car elles ne prennent pas en compte le travail à temps partiel : 15 millions de travailleurs allemands soit 38,3% du marché (cf. La Tribune du 24/06/2016),

- la perte de pouvoir d'achat de la population ; nous avons vu au chapitre A1 le prix qu’a dû payer l’Allemagne pour améliorer sa rentabilité et ses ventes à l’exportation : sa Parité de Pouvoir d’Achat (PPA), meilleure que celle de la France en 2001 (+2%) lui est devenue inférieure (-3,4%) en 2015 (cf. Statistiques OCDE).

Une information de dernière minute donnée par François Leclerc sur le blog de Paul Jorion le 20/03/2017, ainsi rédigée :

Bien que ne représentant pas la gauche du SPD, comme Oskar Lafontaine en son temps, Martin Schulz entend revenir sur les réformes Hartz du marché du travail de Gerhard Schroeder, l’Allemagne étant confrontée à un important phénomène de « travailleurs pauvres » grâce auquel elle peut afficher un bas taux de chômage.

Si l'on voulait suivre l'exemple allemand, il faudrait réduire nos salaires, ce qui est pratiquement impossible dans notre pays où les syndicats sont toujours prêts à mobiliser dans la rue. Mais, en supposant que cela soit réalisable on ferait le jeu du libre-échangisme qui se nourrit de cette concurrence sauvage : les Français réussiraient à baisser le prix des salaires pour diminuer le prix des produits exportés entraînant à leur suite les Allemands dans le cercle vicieux du jeu "à qui perd gagne".

Il serait temps de cesser de jouer aux c...

Personne n'envisage un instant que l'on puisse réguler le commerce extérieur au niveau de la planète.

Avec la mondialisation des échanges, on a développé une nouvelle forme d’esclavage économique des masses laborieuses au plus grand profit des puissants de ce monde. A l’insu de tous, ce qui n’est pas une mince performance !

En matière d'échanges internationaux, il existe une règle fondamentale que les initiés ne peuvent pas ignorer, mais dont ils ne veulent pas tirer les conséquences.

Quand il y a un exportateur dans un pays, il y a un importateur dans un autre pays, et comme la valeur de l'échange est la même pour les deux parties, on peut avancer qu'à l'échelle de la planète, les exportations sont égales par définition aux importations, ce qui veut dire en clair que l’exportation des uns ne peut pas se réaliser sans l’importation des autres.

Ainsi donc, la croissance dont bénéficient certains pays du fait d’excédents commerciaux a pour contrepartie des pertes de croissance résultant des déficits commerciaux des autres pays, ce qui signifie que la croissance des uns se fait, toutes proportions gardées, au détriment de celle des autres.

Il faut ajouter de plus - on l'a vu au chapitre A1 "Une loi macroéconomique pour piloter la croissance" - que 2 ou 3 points de PIB, dus à la balance commerciale, peuvent plomber en cas de déficit ou stimuler en cas d'excédent la croissance dont les effets sont d'autant plus sensibles qu'ils interviennent en période de croissance proche de zéro. Nous y sommes.

La balance de la France est en faible déficit (1,5%) en 2015, mais pas celle de l'Allemagne qui bat record sur record depuis 2002 pour atteindre un solde bénéficiaire de près de 8% de son PIB pour la même année 2015. Ce qui a fait l'objet de nombreuses critiques en Europe, sans suite évidemment.

Alors, il est vain de croire que tout le monde peut exporter sans limite, ce qui n’empêche pas les gouvernements de tous les pays d’encourager leurs entreprises à exporter. Et celles-ci de se précipiter à l’assaut de parts de marché à l’étranger, non sans succès il faut bien le dire mais au seul avantage des multinationales. Il y a bien eu au début quelques velléités pour aider les PME à exporter, mais bien vite abandonnées car vaines.

"Tous ces accords de libre-échange ne profitent qu'aux multinationales. J'ai vu à l'œuvre l'Alena, l'accord nord-américain dont George Bush père disait lui-même qu'il était un laboratoire du libre-échange. Cet accord a littéralement détruit l'agriculture mexicaine, en mettant par exemple en concurrence le maïs traditionnel mexicain avec le maïs OGM subventionné des États-Unis." Source : Marie-Monique Robin, journaliste - humanite.fr - 16 juillet 2014

De la règle exposée ci-dessus, découle une autre égalité, c'est que :

A la somme des balances bénéficiaires d'un ensemble de pays correspond par symétrie la somme des balances déficitaires de l'ensemble des autres pays.

Chacun de ces derniers s'efforce naturellement de réduire l'endettement généré par le déséquilibre de ses échanges extérieurs afin d'éviter une dépendance trop grande envers l'extérieur par le crédit. La Grèce, pour ne citer qu'elle, subit les effets dramatiques de cette règle. Depuis le début du siècle, elle a notamment importé d'Allemagne, de France et des Etats-Unis, des armements - parfaitement inutiles, si l'on prend en considération l'Union Européenne faite pour la protéger - pour des dizaines de milliards d'euros, pots-de-vin à la clé. En contrepartie, elle s'est endettée auprès des banques françaises et allemandes, ce qui par le jeu des compensations (Target 2) a fait grimper sa dette souveraine dont elle doit maintenant s'acquitter sous le prétexte qu'elle a dépassé les critères de Maastricht !


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