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CODE BANGKOK

daniel d'hose

Distribué par Smashwords

© daniel d’hose, 2017.

Chapitre 1

Hôtel Méridien — Bangkok

Jintana éprouva la même sensation qu’il y a deux ans, quand son mari la quitta. Un sentiment de vide, de se sentir inutile… Thaïlandaise, la belle quarantaine, elle officiait comme femme de chambre à l’hôtel Méridien Bangkok, un quatre étoiles fréquenté surtout par les hommes d’affaires et les touristes de passage dans la capitale.


Le long de Surawong Road, une artère bruyante et étouffante de Bangkok, les marchands ambulants proposaient des plats simples et légers. Jintana utilisait cette cuisine à ciel ouvert où elle pouvait manger à toute heure du jour et de la nuit. Elle appréciait ce quartier où elle déambulait depuis des années. Elle aimait ses ruelles étroites et grouillantes de monde, ses vendeurs surchargés d’objets de toutes sortes qui faisaient de ce secteur un des plus envoûtants de la mégalopole thaïlandaise.


La matinée déjà bien avancée, elle se fraya rapidement un passage entre les échoppes et les clients frénétiques avec facilité. Elle adressa un petit signe de la main aux cuisiniers de la rue qu’elle connaissait depuis très longtemps, ils étaient toujours là, à la même place, sur un coin, sous un pont aérien ou le long des trottoirs. Quelques tabourets de plastique jaunis, une table pliante installée de préférence à l’abri du soleil, c’était leur restaurant. Sur des braseros ou réchauds à gaz, du poulet à la sauce piquante, des nouilles de riz sautées, des sucreries attiraient les passants sans interruption.

Sans attendre, Jintana s’empara de beignets et de quelques fruits frais découpés qu’elle avala en chemin parmi la foule dense en perpétuel mouvement.


L’humidité oppressante et l’odeur de cuisine se mêlaient à l’air pollué de la capitale ce qui ne semblait pas déranger la population locale. Seuls, quelques touristes en short, sandales et chaussettes blanches, cherchaient un endroit à l’abri du soleil. Aujourd’hui, il faisait chaud, très chaud, une chaleur suintante renforcée par une moiteur lourde en ce début du mois de mai. Jintana ne craignait pas ce climat, elle était née ici, dans ce quartier.


Sans la moindre trace de sueur, elle s’enfonça dans le flot humain qui s’écoulait dans des rues de plus en plus épaisses. Elle évita de traverser Surawong Road, car la vague incessante de voitures et de motos dans les deux sens était un véritable appel au suicide. Elle préféra emprunter une des nombreuses passerelles de fer surplombant la chaussée et se retrouva de l’autre côté en quelques secondes.


Une centaine de mètres plus loin, elle s’écarta du trottoir pour se diriger vers un petit temple discret planté entre deux immeubles modernes. Elle s’arrêta quelques instants face à un bouddha souriant en plâtre doré, et joignit les deux mains en signe de respect et d’humilité.

Parfois, lorsqu’il lui restait de la nourriture, elle faisait une offrande devant la petite statue. Quand elle avait de la chance, ses offrandes allaient aux bonzes qui traînaient pieds nus dans leur toge orange le long des trottoirs en mendiant leur pitance. Ces jours-là, elle savait que sa journée serait agréable et que la réussite serait de son côté. Aujourd’hui, les quelques fruits iraient au Bouddha immobile. Encore un signe inquiétant, pensa-t-elle.


Le Méridien, cela fait plusieurs années qu’elle y changeait les draps, les serviettes de toilette et remettait de l’ordre dans les chambres. Ce n’était pas le métier rêvé, mais elle le faisait de manière appliquée et sérieuse, cela lui permettait de vivre passablement, de nourrir son fils et de l’éduquer correctement.

Deux ans après avoir été abandonnée, elle n’avait pas encore retrouvé son prince charmant, de toute façon elle ne le désirait pas réellement.

Parfois, elle se souvenait de ce jour où son homme lui dit sans le moindre remords et sans un regard pour l’enfant :

— Jintana, j’en ai assez de toi, avant d’ajouter froidement, je te quitte.

Tout simplement, comme on jette du lest, un fardeau trop lourd à porter. Il avait découché une fois de plus, mais celle-là fut la dernière.


Jintana faisait plus jeune que son âge, avec de beaux cheveux longs et noirs, une peau mate et de superbes yeux verts, ce qui était rare chez les femmes asiatiques. Elle n’avait aucune difficulté à séduire un homme si l’envie lui en prenait, mais la seule chose importante était le bonheur de Boonmi, son fils.


Elle estimait avoir beaucoup de chance, car elle habitait à quelques minutes de l’hôtel. Son amie Kalong, femme de chambre dans un palace du centre-ville près du Grand Palais, souffrait plus de deux heures dans les bus rouges non climatisés de la ville.


La tour du Méridien était en vue. Un bloc de béton et de verre sans âme s’élevant sur plus de vingt étages. Jintana franchit sans y prêter attention les rues de Patpong, un quartier chaud de Bangkok. À cette heure matinale, déjà quelques jolies filles court-vêtues roucoulaient auprès des vacanciers curieux et des touristes déambulant lentement entre les bars et les clubs de strip-tease à la recherche de plaisirs sexuels.


Quelques instants plus tard, elle contourna l’immeuble, ouvrit la porte de service, présenta son badge au vigile et emprunta l’ascenseur jusqu’à l’étage réservé au personnel. Un autre garde assis près de l’entrée lui présenta un répertoire qu’elle signa en face de son nom. Elle s’engagea alors dans une pièce remplie d’armoires métalliques grises, hautes et étroites, en souriant au passage au personnel. Sans attendre, elle endossa sa blouse blanche sous un uniforme gris clair et se présenta devant une grosse femme plus âgée. Assise devant une petite table de bois à peine plus grande que le gros classeur, la matrone au visage bouffi et luisant lui lança sans lever les yeux :

— Jintana, aujourd’hui vous vous occuperez des étages trois et quatre, en lui remettant un carton portant son nom.

— Bien Madame.

Rapidement, elle se faufila entre les autres femmes de service et se dirigea sans un mot, vers l’ascenseur plein à craquer.


Le troisième étage comportait vingt chambres de type « standard » et « premium ». Le tapis de sol rouge à motifs floraux noirs et dorés amortit ses pas rapides. Elle ouvrit un placard discret enchâssé dans le mur et s’empara de brosse, seau, aspirateur…

Elle avait l’habitude de commencer par l’aile nord, celle des chambres « premium ». À cette heure, elles étaient habituellement vides.


Jintana frappa à la porte 302.

— Service d’étage, annonça-t-elle.

Sans attendre une improbable réponse, elle tourna la clef passe-partout dans la serrure et se retrouva dans le vestibule de la chambre. Une épaisse moquette de couleur brune recouvrait le sol. Plus loin trônait un lit king size faisant face à un meuble moderne sur lequel était posée une télévision à grand écran plat. Elle tira les tentures occultant la grande baie vitrée avec vue dans la rue qui battait son plein. À vrai dire, Surawong Road était constamment encombrée, quel que soit le moment de la journée. À toute heure, un agent de la circulation protégé de la pollution par un masque jaune agitait les bras de haut en bas comme un sémaphore.

Jintana savait que quelques minutes suffiraient. Le client était très consciencieux et propre, le rangement et la mise en état seraient rapides.


Quand elle pénétra dans la chambre suivante, aussitôt elle fit la moue qui se transforma en un froncement du front. La chambre était dans un état indescriptible.

— Quel bazar ! pensa-t-elle.

Un vrai cauchemar. Une chaise renversée, des vêtements un peu partout, une bouteille de champagne vide, des verres cassés. Le petit salon faisant face à la fenêtre était dans un état épouvantable. Que s’était-il passé ?

Elle faillit tomber en se prenant les pieds dans les draps jetés à même le sol, la porte de la salle de bain entrouverte, laissait, elle aussi, présumer un désordre inouï. Jintana poussa la porte, mais se figea instantanément à la vue d’un corps inanimé allongé sur le côté, les genoux à demi fléchis.


Elle ne voyait pas son visage tourné vers le sol, mais c’était bien le corps à demi nu d’une jeune femme gisant sur le marbre. Soudainement, un cri strident sortit de sa gorge à la vue d’un filet de sang s’échappant de la bouche de la fille.

Chapitre 2

Deux semaines plus tôt

Il appelait ça l’attitude américaine. Les mains croisées derrière la tête, les pieds posés sur le rebord intérieur de l’appui de fenêtre et confortablement installé dans son fauteuil de bureau, qu’il pivotait de gauche à droite à intervalle régulier, Michel aimait regarder les jardins qui entouraient le bâtiment.

Il faisait beau et la nature avait repris ses droits après un hiver froid et gris agrémenté de neige régulière et abondante, à oublier au plus vite.


Il était plutôt taiseux et ne parlait pas pour ne rien dire comme certains de ses collègues aimaient à le faire, ce qui lui apportait parfois désagréments et tracas. Depuis dix ans qu’il travaillait dans cette société, il ne l’avait jamais regretté. C’est lui, qui à cette époque, envisagea de créer un groupe d’experts en informatique et de développer des applications financières sur mesure aux besoins des clients de la compagnie.


Aujourd’hui, il dirigeait une équipe de six ingénieurs que les plus grandes entreprises s’arrachaient à prix d’or, ceux-ci parcouraient le monde pour y installer leurs logiciels et s’occupaient également de la formation des informaticiens locaux.


Le grand bureau toujours en ébullition ne manquait pas d’humour, malgré le travail complexe, chacun animait le groupe à sa façon. Face à l’entrée, il y avait Barbara, secrétaire administrative et parfois victime de ces six joyeux lurons incorrigibles. Seule femme, elle était malicieuse et avait de la répartie.


Brusquement, le téléphone s’emballa, ce qui fît sursauter Michel toujours dans ses réflexions profondes.

— C’est pour toi, annonça la jolie brune à l’autre bout du bureau.

Michel s’empara de l’appareil si rapidement qu’il faillit renverser son traditionnel café du matin.

— Salut Georges, comment vas-tu ?

Pendant de longues minutes, il écouta attentivement et acquiesça régulièrement en ponctuant sa conversation de quelques oui et de super, jusqu’à ce qu’il raccroche en concluant : merci et à bientôt.

— Voilà une bonne nouvelle, fit-il en se retournant vers un grand jeune homme brun.

Il leva le pouce vers le haut en signe de satisfaction.

François lui répondit par un grand sourire, il comprit immédiatement.

— Génial, je suis vraiment content. C’était notre client de Bangkok ?

— Oui, enfin non, c’était Georges notre représentant en Thaïlande, il vient de me confirmer que le contrat a été signé avec la Siam Continental et qu’ils sont impatients de nous rencontrer. Tu as juste le temps de préparer tes valises.


— Barbara, pourrais-tu t’occuper des billets d’avion et de l’hôtel, s’il te plaît ?

— Pas de problème, je fais le nécessaire comme d’habitude. Il y en a qui ont de la chance, répliqua-t-elle en souriant gentiment à François.

Barbara n’avait aucun problème à gérer son petit groupe. Un caractère fort, mais très agréable apportait la touche de féminité nécessaire à la troupe.


C’était sa première mission à l’étranger, il l’attendait depuis plusieurs semaines. Il était arrivé dans ce bureau il y a à peine quatre mois et déjà il allait montrer ce qu’il savait faire.


François Laporte n’était pas encore totalement intégré à l’équipe, dès le premier jour, il fit preuve d’une certaine insolence ce qui irrita la plupart de ses collègues. Néanmoins, au fil des semaines, il apparut plus attachant et ce qui semblait être de la condescendance se transforma en une courtoisie agréable et sympathique aux yeux de tous. Une chose est certaine, il était talentueux. D’ailleurs, il ne lui fallut que quelques mois pour engloutir une multitude de documents plus compliqués les uns que les autres.


Aujourd’hui, il exultait, dans quelques jours, il serait en Thaïlande, lui qui n’avait jamais été plus loin que l’Angleterre. Le côté exotique et aventurier du voyage ne l’intéressait guère, il voulait avant tout être le meilleur et mener à bien cette première mission importante. Il passa la journée à préparer sa tâche, réunissant une quantité de documents et de notes techniques. Lorsque Barbara s’approcha de lui, il sursauta, toujours focalisé sur son travail.

— Tes billets seront imprimés demain et ton hôtel est réservé. Tu pars après-demain.

— Merci Barbara.


François n’était pas particulièrement destiné au monde informatique, il avait fait, comme le désirait son père, des études de droit à la Nottingham Law School une des plus grandes universités du Royaume-Uni. Il parlait parfaitement anglais depuis sa plus tendre enfance grâce à sa mère Ellen Baker qui avait épousé Appolinaire Laporte rencontré lors d’un de ses voyages d’affaires à Paris. Aujourd’hui, elle ne travaillait plus, son mari, notaire et bourgeois fortuné, pensait qu’il était bien que sa femme s’occupât uniquement des enfants et de la maison. François avait une sœur, Béatrice.


Son père aurait voulu qu’il prenne la relève, comme lui-même l’avait fait un demi-siècle plus tôt. Malheureusement, tout ne s’était pas passé comme l’espérait Appolinaire, prénom qu’il détestait au point qu’il avait fait graver sur sa plaque notariale « Maître Julien Laporte — Notaire », son deuxième prénom.


C’est vers l’âge de dix-neuf ans que François fut envoyé en Angleterre à Nottingham pour y poursuivre des études de droit international. La première année fut difficile, mais progressivement, il s’habitua aux coutumes anglaises si différentes des siennes. Tout allait pour le mieux, une vie rythmée par ses études et quelques sorties entre étudiants, lorsqu’au cours de la troisième année, il fit la connaissance de Laura. Française comme lui, elle était barmaid dans un pub du centre de la ville.


Certains après-midi lorsque le cours ne le passionnait pas, il aimait se promener dans les petites rues de la cité et profiter des jours ensoleillés. Ce jour-là, il faisait un temps pourri et c’est à demi trempé qu’il se précipita dans un des nombreux pubs de la ville, le « Harcourt Pub ».

— Welcome home, lui lança une fille blonde portant un plateau rempli de pintes de bière.

— Merci, répondit François occupé à s’essuyer et passablement énervé.

— Oh, I’m sorry, thank you, rectifia-t-il en souriant à la jeune serveuse.


La barmaid se tenait face à lui de l’autre côté du bar. François ne pouvait la quitter du regard, son sourire taquin illuminait son visage et lui donnait un air juvénile et coquin. Ses cheveux étaient remontés et attachés négligemment par un ruban. Ses grands yeux bleus plongeaient maintenant dans les siens, ce qui lui procura un plaisir intense, mais il détourna la tête vers la fenêtre, certainement par pudeur ou timidité.

— Vous êtes français, dit-elle doucement, moi aussi, je suis du Nord, de Lille. Mais ça fait huit ans que je vis ici, à Nottingham, et vous ?


Complètement désarçonné par cette question inattendue, il bredouilla simplement.

— Oui, je suis français également.

— Super, lâcha-t-elle, consciente de l’effet qu’elle produisait sur le jeune homme. Je vous sers quoi ?

— Une Guinness, s’il vous plaît. 
François reprit ses esprits et ajouta :

— Je suis en Angleterre depuis presque trois ans, je suis étudiant en droit à la Law School. J’aime cette ville, c’est sympa et on y fait de sympathiques rencontres. Il sourit à l’idée de ce qu’il venait de dire.

Ses joues pourpres trahissaient une émotion qui n’échappa pas à la jeune fille. Elle n’eut pas le temps de répondre, déjà les Guinness et Lager coulaient généreusement des pompes à bière en métal doré briquées comme des bibelots de grande valeur, mais lui ne voyait que les mains fines de la serveuse, dont les ongles étaient soigneusement manucurés.

De plus en plus de clients se pressaient maintenant dans le petit établissement, il était un peu plus de dix-sept heures, l’heure à laquelle les habitués venaient directement au pub après le travail.


François ne se faisait plus aucune illusion, la jeune femme blonde allait de table en table accueillant les clients. Il espérait croiser son regard, mais la foule de plus en plus dense l’empêchait de voir sa silhouette parfaite. Il décida de quitter l’endroit cherchant désespérément son ange, quand soudain, dans un brouhaha de bruit et de rires, elle jeta ses grands yeux bleus dans les siens et se hissant sur la pointe des pieds lui lança :

— À bientôt !

Un énorme sourire se dessina sur le visage du jeune homme, il ouvrit la porte et lâcha un soupir de plaisir lorsqu’il mit le pied sur le trottoir.


La fin de la journée ne fut plus qu’ivresse et ravissement, il entra dans le nirvana et parcourut à pied la distance, non négligeable, qui séparait son petit appartement du centre-ville, malgré la pluie qui tombait à nouveau. Il ne pensait qu’à elle, c’est avec beaucoup de chance qu’il évita une voiture roulant à vive allure. Il approchait de son immeuble lorsque les gouttes cessèrent de tomber. Il était trempé, mais leva les yeux vers les nuages toujours menaçants et remercia le ciel. Sans eux, il n’aurait jamais rencontré sa belle barmaid.


Il était encore sous l’effet d’une émotion puissante d’émerveillement lorsqu’il introduisit la clef dans la serrure de son logement. C’était un petit séjour avec une fenêtre sur rue et une chambre à peine plus grande que son lit. Un trompe-l’œil sur le mur principal créait une illusion d’espace par un jeu de lumières et de perspectives. À côté du canapé, une radio et beaucoup de livres trouvaient leur place sur des étagères en bois dont la solidité était mise à rude épreuve. C’était au deuxième étage, sans ascenseur. Un peu d’exercice ne pouvait que lui faire du bien.


Il se jeta sur le lit les bras écartés, le regard fixé sur le petit lustre, il ne pouvait enlever l’image de cette belle inconnue. Soudain, il réalisa qu’il ne connaissait même pas son nom, et si demain elle n’était plus là, il remuerait ciel et terre, il irait chercher Robin des Bois pour retrouver son ange blond, n’était-il pas de Nottingham celui-là ? Cette dernière pensée le fit sourire, il s’endormit quelques minutes plus tard dans un état de béatitude parfaite.

Laura Fournier

Lorsque François quitta le pub, les beaux yeux bleus de Laura se voilèrent ce qui eut pour effet de les rendre plus gris. Elle se disait qu’elle ne verrait probablement plus son bel inconnu. C’est un sentiment que jamais elle n’avait éprouvé, maintenant elle se sentait seule comme si un être cher avait disparu, qu’elle avait perdu à tout jamais. Pourquoi cet homme serait-il attiré par une petite serveuse. Un étudiant en droit, certainement un futur avocat ne s’afficherait jamais avec une barmaid de pub anglais.


Laura termina son service dans la tristesse, elle prit le bus 58 jusque Ebers Road et marcha encore quelques minutes jusqu’à un bâtiment de cinq étages en briques rouges, son amie Megan serait déjà là, elle lui raconterait.


La famille Fournier s’était établie à Nottingham huit ans plus tôt. Laura avait seize ans lorsque ses parents lui annoncèrent ce départ inattendu. Pas facile pour elle, quitter ses amies, son école, ses repères, elle en voulut très longtemps à son père, car c’est lui qui avait décidé de s’en aller. Il avait accepté un poste dans la filiale anglaise d’une société du Nord située près de Valenciennes.

Tout bascula un an plus tard lorsque son père perdit la vie dans un accident de la route. Elle n’eut pas le temps de lui dire qu’elle l’aimait, qu’elle se plaisait maintenant en Angleterre, même si c’était un mensonge.


La vie de Laura changea du tout au tout, après la disparition de son père. Fini l’époque où elle vivait dans l’indifférence et une certaine solitude depuis le départ de Lille. Elle dut subvenir aux besoins de sa mère et aux siens. Tout d’abord, il avait fallu changer d’appartement, le précédent était trop grand, mais surtout trop cher. Elles en avaient vu des dizaines avant de conclure un bail avec un homme pas très clair sur lequel elles ne pouvaient certainement pas compter. Sa mère, inconsolable, ne parlait que quelques mots d’anglais, ne sortait jamais et attendait sinistrement le retour de sa fille. Elle mourut quatre ans plus tard à l’âge de quarante-sept ans.


Laura se retrouva seule, elle avait vingt ans. Heureusement, elle travaillait, elle était serveuse dans un pub, c’était suffisant pour nouer les deux bouts. C’est également à cette époque qu’elle rencontra Megan, qui devint sa meilleure amie, sa confidente.


À peine la porte entrouverte, la voix douce de Megan se fit entendre :

— Salut Laura, comment vas-tu ? J’ai préparé quelques pâtes, tu n’as plus qu’à prendre place.

Mais à la vue affligée de son amie, elle reprit :

— Ho ! C’est quoi cette petite mine ? C’est quoi le problème ?

— Ce n’est rien, je n’ai pas envie d’en parler.

— Comme tu voudras, viens manger, ça te changera les idées.

Laura n’échangea que des banalités, elle qui d’habitude adorait plaisanter. Elle embrassa Megan, alla se coucher et se mit à pleurer, malgré elle.


Ce fut un matin pas comme les autres pour François. Il se réveilla sans l’aide de son réveil, la pluie avait cessé et les quelques timides rayons du soleil qui filtraient au travers des rideaux le rendaient étrangement heureux.
Ses pensées étaient maintenant entièrement occupées par sa belle. Dans quelques heures, il retournerait au « Harcourt Pub », il s’était dit qu’il l’inviterait à dîner.


Il observait le radio-réveil qui indiquait déjà huit heures trente en avalant son petit-déjeuner qui se résumait à quelques céréales et du lait. Rapidement, en un clin d’œil, il jeta son pyjama short et s’engouffra sous la douche. Il fit couler un filet d’eau tempérée, attendit quelques secondes, régla le robinet pour accentuer la chaleur du liquide sur ses épaules et ferma les yeux en pensant à cette jeune fille blonde. François s’empara de l’éponge et y déposa une noisette de gel douche parfumée à la noix de coco avant de se frotter le visage, le torse et le reste du corps. Il se rinça avec une eau fraîche qui eut pour effet de le sortir de son état d’ivresse amoureuse.


Il choisit avec beaucoup d’attention une chemise bleu ciel et un pantalon gris foncé. François était resté assez classique dans ses choix vestimentaires, certainement, dus à une éducation aristocratique, par contre il aimait les filles plutôt sophistiquées, mais sans excès. L’était-elle ? Peu importe.


L’université de Nottingham se situait dans le centre de la ville. Il y avait un arrêt de tram sur la Goldsmith Street que François utilisait fréquemment, mais aujourd’hui, il décida de prendre le bus 35 de la ligne orange qui le déposa non loin du cimetière principal de la cité. Quand le temps le permettait, il aimait marcher le long de ses murs. À certains endroits, la muraille faisait place à une grille laissant apparaître la grande étendue verte plantée de stèles de pierre gravées. Certaines dalles avaient quitté l’alignement de la rangée et des croix de pierre penchaient dangereusement, l’ordre général du cimetière semblait avoir été bousculé par des revenants qui devaient hanter les allées sombres des nuits froides de Nottingham. Cette pensée le fit sourire au moment où il s’engagea dans Talbot Street, il prit à gauche et déboucha directement dans Goldsmith Street. Finalement, il s’engagea entre les deux grands bâtiments à l’entrée du campus pour atteindre le bloc B.


Le cours se passa bien, quand François quitta l’amphithéâtre, il regarda sa montre. Il termina vers le milieu de l’après-midi et comme le temps était doux et clément, il décida de flâner quelques heures avant de rejoindre le « Harcourt Pub ».


Dès qu’il entra dans le bar, il remarqua vite que quelque chose n’allait pas dans son regard. Hier, ses yeux pétillaient, un petit sourire aux lèvres, elle semblait heureuse de l’avoir rencontré. Il s’approcha du comptoir sans un mot, la regarda longtemps, avant de lui dire :

— Bonjour, tu n’as pas l’air en pleine forme.

— Non.

— J’étais venu t’inviter à dîner ce soir.

— Je ne crois pas que ce soit raisonnable, répondit-elle.

François désemparé ne put répondre, c’est la dernière chose à laquelle il s’attendait. La pensée de ne plus la voir lui semblait impossible, n’était-elle pas libre, avait-elle un petit ami ? Hagard, il baissa la tête et quitta l’établissement sans un mot. Il marcha lentement pendant quelques minutes, quand subitement une petite voix se fit entendre.

— Attends. Attends… Ce soir vingt heures.


Il se retourna rapidement sans y croire, il devina une tête blonde penchée avec un sourire triste. Elle disparut instantanément comme aspirée par la porte. Les yeux de François se ravivèrent quelques instants avant de reprendre leur état mélancolique, il marcha encore de longues minutes le long de Talbot Road avant de s’engager dans Burton Street où il prit le bus pour rejoindre son petit appartement à quelques kilomètres de là.


Il n’était pas rassuré, qu’allait-elle lui annoncer ?


Le jeune homme avait beau regarder sa montre, les aiguilles semblaient figées sur le cadran de sa Cartier, un cadeau de son père pour son entrée à l’université. Il n’avait pas encore quitté son logement du centre de la ville. Un deux-pièces que sa mère et lui finirent par trouver après des jours de recherches infructueuses.


François se doucha rapidement et enfila une chemise blanche sur un pantalon noir. Il se rasa et tenta de gommer son air triste, il était dix-huit heures et pas question d’être en retard.


Il marcha lentement vers l’arrêt du bus, les idées les plus saugrenues se bousculaient dans sa tête. Il avait peuvesr le 12 juinr, peur que Laura ne le rejette.


Le « Harcourt Pub » était en vue et son cœur battait de plus en plus vite, il prit une bouffée d’air avant de pousser la porte et se dirigea aussitôt vers le bar où Laura, visiblement nerveuse, débitait une pinte de bière. Les yeux de la jeune fille se levèrent machinalement vers lui avant de revenir fixer la chope à demi remplie. François fonça dans le fond de l’établissement et s’assit à une table près d’une fenêtre ornée de vitraux de couleurs jaunâtres. Il regarda Laura et attendit encore quelques minutes avant que la jeune fille ne s’avançât vers lui, elle semblait triste, mais finalement esquissa un léger sourire.

— Je termine dans dix minutes, je te sers quelque chose ?

— Non, je vais t’attendre dehors, mais dépêche-toi s’il te plaît, que se passe-t-il ?

— Je t’expliquerai plus tard.

Le jeune homme quitta le pub sans un regard.


Il sursauta quand on lui tapa sur l’épaule, il se retourna et regarda Laura dans les yeux. L’instant suivant, il enlaça la jeune fille et l’embrassa sur les lèvres. Elle lui rendit son baiser tendrement. Il la prit dans ses bras et ils restèrent enlacés de longues minutes. C’est François qui, le premier, brisa le silence.

— Qu’est-ce qui se passe Laura, pourquoi es-tu aussi triste ?

— Je ne suis pas triste, je suis amoureuse. Et toi ? Depuis la première minute.

Elle sourit.

— Tu aimes la cuisine asiatique ? demanda François en déposant un léger baiser sur le front de la jeune fille.

— Oui, ce soir, j’aime toutes les cuisines.

Ils s’embrassèrent encore un long moment avant de prendre la direction d’un petit restaurant chinois à quelques minutes de là.


Quelques tables réparties çà et là, une décoration intérieure raffinée s’inspirant des vieilles traditions orientales, Laura et François étaient aux anges, ils se tenaient la main. La jeune femme avait retrouvé le sourire qui avait séduit François lors de leur première rencontre, elle était belle, il plongea ses yeux dans les siens et lui dit :

— C’est incroyable, je t’aime depuis notre première rencontre.

— Moi aussi, je t’aime, mais…

— Mais quoi, dit-il en lui serrant la main.

— Si j’étais triste et distante, c’est que je croyais que tu ne voudrais pas de moi, je ne suis qu’une serveuse de pub. Toi, ta famille, on n’est pas de la même classe sociale.

— Qu’est-ce que tu racontes, on n’est plus à cette époque révolue des mariages arrangés ou des rencontres obligées. De toute façon, je suis le seul à décider de mon avenir.

— Oui et puis cela ne fait que quelques heures que nous nous sommes embrassés. Ils sourirent et s’embrassèrent à nouveau du bout des lèvres.


Lorsque François ouvrit les yeux, la lumière pâle du petit matin perçait à travers les rideaux de la chambre. Laura était endormie nue à ses côtés, on ne distinguait pas son visage couvert par ses cheveux blonds. Son dos retint son regard, il posa un léger baiser dans le creux de ses reins avant de le caresser en mouvements lents et circulaires. La jeune femme ne broncha pas, quand soudainement, elle se retourna, se jeta sur lui et l’embrassa follement. Elle se redressa enfin, elle était assise sur lui et ses doigts glissaient doucement sur son torse. François prit ses seins dans la paume de ses mains et les caressa, ils roulèrent ensemble sur le lit et firent l’amour une nouvelle fois.

Un week-end à Paris

Au moment de quitter leur appartement, Laura jeta un dernier coup d’œil derrière elle, ce qui n’échappa pas à François. Il savait qu’elle n’avait aucune envie de partir à Paris et surtout de rencontrer ses parents. À plusieurs reprises, elle avait entrepris de l’en dissuader, sans succès.

Il était important pour lui que Laura rencontre sa famille, surtout son père. Il voulait qu’ils rencontrent son ange, celle qui allait partager le reste de sa vie, celle avec qui il aurait un enfant, celle qui serait toujours là pour lui. François semblait rassuré, il connaissait le caractère de son paternel, mais comptait sur le support de sa mère et surtout sur le charme de Laura.


Le chauffeur du taxi enfourna les bagages pendant qu’ils prenaient place à l’arrière. Le couple ne s’adressa pas la parole. Un peu moins d’une heure plus tard, la voiture s’engagea dans Goods Way avant de tourner à gauche dans Pancras Road et s’immobilisa idéalement en face de l’entrée de la gare St-Pancras International. Dès l’entrée, François s’empara rapidement d’un trolley et y posa lourdement les deux valises.

Laura suivait le jeune homme des yeux, à quelques mètres derrière lui. Il semblait connaître parfaitement les lieux. Plusieurs trains Eurostar attendaient patiemment l’arrivée des voyageurs, ils accédèrent rapidement à la plate-forme numéro deux.


Laura, toujours muette, contempla la voûte métallique de la gare lui donnant cet aspect à la fois grandiose et impersonnel, les spots bleus renforçaient la sensation de froideur de l’endroit. Le jeune contrôleur posté à l’entrée du train examina les billets, il portait un costume aux couleurs de la compagnie, bleu dont le col était brodé de jaune. Lorsque Laura posa le pied sur la haute marche du wagon, le jeune homme lui sourit et lui présenta la main pour l’aider, elle lui rendit son sourire avant de se refermer à nouveau.


Elle portait un tailleur pantalon noir sur un chemisier blanc plutôt strict, ses cheveux blonds étaient tirés en arrière en un chignon imprécis, manifestement Laura n’avait pas pris beaucoup de plaisir à se préparer pour ce séjour parisien. Malgré tout, son charme naturel l’emportait toujours, elle était ravissante en toute circonstance.


Les bagages étaient casés à l’avant de la voiture, François était déjà assis lorsqu’elle prit place en face de lui.

— Tu boudes encore, demanda-t-il gentiment.

— Non, je médite. Je pense à ce que tes parents penseront de moi, la petite serveuse de pub anglais qui a mis le grappin sur leur bourgeois de fils.

— Arrête de t’inquiéter, dit-il en lui prenant le menton, avant de lui poser un doux baiser sur les lèvres.

L’effet fut immédiat, elle vint s’asseoir à côté de lui et posa la tête sur son épaule en fermant les yeux.

— Mademoiselle Fournier, fit-il gaiement, ce soir, nous logeons à l’hôtel Scribe, un hôtel de classe, ensuite nous irons dîner près de l’opéra en amoureux. Demain, grasse matinée suivie d’un petit-déjeuner au lit, visite de Paris avec votre guide préféré et en soirée, nous rencontrons ma sœur. Le jour suivant, nous allons chez mes parents. Qu’est-ce que vous dites de cela ?

— Espérons que cela se passe bien, répondit-elle sans lever la tête.


Laura somnola et finit par s’endormir, toujours appuyée sur l’épaule de François qui fixait le paysage défilant à une vitesse incroyable.

Elle ouvrit à nouveau les yeux lorsque la voix monocorde annonça l’arrivée du train en Gare du Nord à Paris. François s’empara des deux valises, il tendit l’une d’elles à Laura et ils se dirigèrent lentement vers le hall principal de la gare. Plusieurs taxis attendaient les nombreux clients devant l’entrée du bâtiment, vingt minutes plus tard la voiture les déposa en face de l’hôtel Scribe d’où un porteur surgit d’on ne sait où pour prendre possession des bagages.


Il était plus de dix-neuf heures quand le couple s’affala sur le lit. Après quelques minutes, Laura s’engouffra dans la salle de bains et se prépara pour le dîner. Contrairement à sa tenue noire, elle choisit une jolie robe rose à manches longues qui moulait ses hanches et laissait voir ses jolies jambes. Elle détacha son austère chignon et laissa ses cheveux tomber sur ses épaules. Laura se maquilla légèrement, car elle n’appréciait pas l’exagération. Avant de quitter la pièce, elle se regarda dans le miroir et ajusta légèrement ses cheveux. Elle se sentait jolie, mais sans plus.


François sommeillait doucement, il ouvrit un œil quand elle apparut dans l’embrasure de la porte.

— Comme tu es belle, mon ange, murmura-t-il en s’emparant de la main de Laura.

Il attira la jeune femme sur le lit et l’embrassa passionnément. Elle l’entoura de ses bras fragiles et n’émit aucune réticence, avant de lui chuchoter dans l’oreille :

— Allons dîner en amoureux, Monsieur Laporte.


Chez les Laporte, tout était quadrillé, il n’y avait pas de place pour le gris, c’était tout blanc ou c’était tout noir, c’était bien ou c’était mal. Du moins dans la tête de Monsieur Appolinaire Laporte, sa femme Ellen s’était adaptée à ce mode de vie militaire et ordonnée.

Elle avait rencontré Appolinaire lors d’un voyage d’affaires à Paris, à cette époque, elle travaillait pour un bureau d’investissements britannique qui cherchait des immeubles de prestige sur Paris. C’est lors de la signature d’un contrat de vente qu’elle était tombée amoureuse du notaire Laporte. C’est elle qui l’incita à prendre son deuxième prénom Julien, car elle trouvait Appolinaire un peu mythologique. Il avait ri, car à cette époque, il riait encore.


Maintenant, il avait énormément changé, autrefois, aimable et attentionné envers les autres, il était devenu aigre et désagréable, c’était sans doute pour cette raison que François choisit d’étudier en Grande-Bretagne. Seule sa femme, avec qui il était moins pénible pouvait encore endurer son mauvais caractère. Était-ce par amour ? Elle-même en doutait. L’avait-elle réellement aimé ?


Une chose certaine, elle adorait ses deux enfants, Béatrice l’aînée et son fils François. Béatrice, la première, quitta la maison pour un petit deux-pièces dans le 15e arrondissement pas loin de la porte de Versailles. Elle prétexta la proximité de l’hôpital Saint-Joseph où elle effectuait un stage de fin d’études de six mois. Cela faisait quatre ans qu’elle avait quitté la maison.


Elle voyait ses parents, surtout sa mère, épisodiquement. Elle évitait de se rendre chez eux et rencontrait sa maman dans un salon de thé non loin de la rue Vaugirard. De là, elles partaient faire du lèche-vitrine tout l’après-midi. Elles évitaient les sujets délicats et se contentaient de commenter les dernières tendances du moment. Béatrice savait sa mère triste et désabusée, leurs escapades lui apportaient une éclaircie dans le ciel sombre de sa vie. Dans ces moments, sa mère ne regardait pas à la dépense. C’est vrai que le couple Laporte n’avait aucun problème financier, mais Ellen aurait tout donné pour retrouver le Julien des premiers jours, amoureux, amusant, aimant la vie.


Les relations entre Béatrice et François étaient normales, chacun de son côté côtoyait ses amis, sans plus. Ce n’est qu’après le départ de François pour Nottingham qu’ils remarquèrent un manque de présence à l’autre.

Lorsque François quitta Paris pour ses études en Angleterre, sa mère eut beaucoup de chagrin. Son père, lui, était fier de son fils et enchanté qu’il puisse plus tard reprendre son notariat prospère et florissant. Demain, François serait de retour et Appolinaire décida qu’il aurait une conversation sérieuse avec son fils à propos de son avenir et de celui de son étude.


La soirée au restaurant se passa agréablement. Bien sûr, Laura essaya à nouveau de convaincre François de ne pas l’accompagner chez ses parents.

— Tu leur diras que je suis malade, suggéra-t-elle.

— Je t’en prie Laura, ne fais pas la gamine. Je te répète que tout se passera bien. S’il te plaît, ne gâche pas cette soirée avec tes gamineries.

— D’accord. J’ai une faim de loup. Ravioles et poêlée de homard suivies d’un filet de sole meunière. Voilà qui me mettra de meilleure humeur.

— Je suis content de te voir sourire, que penses-tu d’accompagner cela avec un Coteaux-du-Languedoc blanc.

Laura qui n’y connaissait rien en vin rit de bon cœur. La suite se déroula très bien et malgré une addition assez douloureuse, ils passèrent une merveilleuse soirée. Ils rentrèrent assez tard à l’hôtel, demain, ils iraient rendre visite à Béatrice et le lendemain visiter les parents de François.


Béatrice était belle, un visage fin et des yeux verts. Elle ressemblait beaucoup à sa mère, distinguée et intelligente. Depuis son aménagement près de la porte de Versailles, elle avait rencontré Denis avec qui elle se sentait bien. Elle n’était pas sûre de l’aimer, ce ne fut pas le coup de foudre, mais cela existait-il vraiment, se demandait-elle parfois ? Denis, comme elle, était stagiaire à l’hôpital Saint-Joseph. Elle le trouvait gentil, avenant et pourquoi ne pas passer un moment ensemble, on verra bien, confia-t-elle à sa mère. Après le stage, Béatrice fut engagée à l’hôpital tandis que Denis préféra travailler dans un laboratoire pharmaceutique à l’extérieur de Paris.


Lorsqu’elle ouvrit la porte et vit François, elle ne put s’empêcher de sauter au cou de son frère.

— Comme je suis contente de te revoir, lança-t-elle joyeusement. Et voilà Laura, j’étais impatiente de vous rencontrer, soyez la bienvenue.

Laura, étonnée de cet accueil, embrassa Béatrice sur la joue.

— Entrez, je vous présente Denis mon ami.

Le jeune homme tendit la main timidement en souriant. Il apparaissait plus jeune que Béatrice, un visage doux et une silhouette élégante.

— Je vous ai préparé une sole meunière, dit Béatrice fièrement.

Laura regarda François et ils rirent de bon cœur. Après une brève explication, tous les quatre partagèrent cette anecdote, ce qui mit tout le monde à l’aise. Denis, moins timide qu’il paraissait, amusa tout le monde avec des blagues d’étudiants et des anecdotes divertissantes.


Laura était ravie. Peut-être s’était-elle trompée sur la famille de François, en tout cas Béatrice était charmante et agréable avec elle.

— Tu as déjà vu les parents, demanda subitement Béatrice.

— Non, nous y allons demain matin et ensuite nous rentrons à Nottingham. Comment vont-ils ?

— Je vois maman régulièrement, mais il y a longtemps que je n’ai plus vu père. Il n’a pas changé, il paraît qu’il est encore plus insupportable qu’avant. Il s’inquiète pour l’étude, il attend que tu termines tes études au plus vite pour reprendre l’affaire.

— Je crains que cela ne soit pas aussi facile, répondit François, mais j’en saurai plus demain. Ne gâchons pas cette soirée.

Cette conversation attrista Laura qui cacha difficilement sa déception.


Sur le chemin du retour, François d’habitude sûr de lui masquait difficilement son inquiétude. Laura déposa sa main sur la sienne qu’elle serra tendrement.


La nuit fut douce et agréable, Laura s’endormit dans les bras de François sans penser au lendemain. Ils dormaient encore lorsqu’une voix féminine annonça :

— Service d’étage, petit-déjeuner.

François enfila rapidement un pantalon et ouvrit la porte avec un grand sourire, Laura eut juste le temps de remonter les draps sur son corps dénudé. Une jeune dame rousse poussa le chariot jusqu’à la petite table et déposa les plateaux face au lit. Elle leur souhaita une bonne journée en se tournant vers Laura qui lui sourit, ses joues roses la rendaient encore plus belle, ce qui n’échappa pas à François.


Il était à peu près onze heures lorsque François poussa l’imposant portail en fer forgé. Ils s’engagèrent sur le chemin menant à la bâtisse. Le tout était parfaitement entretenu.


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