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Cœur brisé !



Hervé Mukulu

Cœur brisé !















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S’il est passé sans laisser trace, ce que ce n’était pas l’Amour. Et d’ailleurs, s’il est passé, ce que ce n’était pas Un. Le vrai Amour, quelque que soit le temps qui passe, reste permanant dans le cerveau et on y pense à chaque seconde que les yeux vous le rappelle à travers un regard...



















Avant-propos

Le scénario que je vous rapporte se passe dans un collège. Une école qui se situe dans une petite ville de la République Démocratique du Congo, dans la province du Nord-Kivu, la ville de Butembo.

En fait, les histoires d’Amour sont rares dans ce collège. Etaient, jadis, rares, me dois-je de préciser. A l’époque où se déroule cette histoire, cette école est à quatre-vingt-dix-neuf pourcent masculin. C’est une école des garçons pour ainsi dire. Quoique pas du tout fermée à la gente féminine, les parent eux-mêmes hésitaient d’y inscrire leurs filles du moment que cette école est réputée d’une formation de fer. Une réputation qu’elle ne vole pas. Ses meilleurs élèves atteignent les meilleurs scores de la République. C’est rarement que l’on peut compter un échec aux épreuves nationales.

Aujourd’hui, avec la parité qui donne les ailes aux femmes leur permettant de repousser toutes les frontières, il y a plein des jupes. Des jupettes puisqu’elles sont de plus en plus courtes. Dans les temps anciens, lors que nos parents y étudiaient, c’était le collège Pie X. Aujourd’hui, il nage entre Collège Kambali et Institut Kambali.

Ce n’est pas que le nom change puis qu’il y a plein des beautés, ce n’est qu’un vent de fierté nationale.







Chapitre I : La nouvelle.



Le collège Kambali vue du stade. La longueur inférieure.

A l’entrée de la concession du collège une pancarte célèbre le jubilé. Le bâtiment principal forme est un rectangle. La longueur inférieure et les deux largeurs du bâtiment sont constituées des salles de classes. L’entrée exclusive des élèves se trouve au milieu de la longueur inférieure. La longueur supérieure est le bâtiment administratif avec deux grandes salles aux deux extrêmes. Une conçue et aménagée pour le théâtre; l’autre salle pouvant accueillir tout autre activité mais prêtée à une institution supérieure de la place.

Dans ce bâtiment administratif se trouve une bibliothèque. Importante car dans la région aucune autre école secondaire ne peut se prévaloir d’avoir une si grande ; même si la plupart d’ouvrages sont vieux, l’école n’ayant pas des moyens de se procurer des neufs. Sauf les quelques élèves qui en perdent un et qui doivent le remplacer par un neuf à la fin du cursus avant de retirer leurs titres scolaires. Il y a aussi une grande salle reversée au personnel enseignant où chaque enseignant a une table, une chaise et un tiroir comme bureau.

Le couloir principal du bâtiment administratif joint l’entrée exclusive du personnel et des visiteurs, interdite aux élèves, à l’intérieur du collège qui est un vaste jardin. Dans ce couloir sont placardés les tableaux des certains anciens préfets de ce collège parmi les plus anciens dont le tout premier préfet noir, le Père Jérôme Masumbuko, ainsi que celui du Patron de cette école, le bienheureux Pie X. Il se peut qu’on ne pense plus à le sanctifier.

La préfecture est la première porte à droite quand on entre par la porte du personnel. Un vaste bureau avec la simplicité mobilière d’un administratif. Au fond, au mur, se trouvent les portraits des tous ceux qui ont été locataires de ce bureau. Une table bureau assez vaste pour accueillir la paperasse d’un préfet des études s’impose au milieu. Pas d’ordinateur. A deux mètres, dans le même bureau se trouve un salon avec des vieux Louis XIV où le préfet reçoit aisément ses visiteurs.

En face de la préfecture se trouve le secrétariat. On y attend la belle musique de la machine dactylo. Le vieux dactylographe y joue avec aisance. On dirait un Lokwa Kanza interprétant ‘I belive in you’. En effet, il n’est pas trop vieux mais à force de trop boire, il a assez vieilli.

A cette époque, le collège a acheté un ordinateur. On a voulu initié le vieux mais c’était peine perdue. Il parait que certains logiciels du cerveau ne se mettent pas à jours après une trentaine d’années de monotonie et d’expertise. C’est ainsi qu’on a engagé une jeune secrétaire. Ah, oui, la deuxième femme que j’ai vue travaillé dans cette école durant mes sept ans. Sept. Même les plus douées refassent au moins une classe. Je me demande d’ailleurs si elle n’est pas venue une année après nous. Tous les enseignants étaient des messieurs. La première dame à avoir enseigné dans cette école est arrivée quand nous étions en quatrième. Elle ne s’est pas adaptée. Pour la première fois j’ai vu des élèves refuser de se lever quand la professeure entre en classe ou passer une leçon de plus quarante minutes sans interagir avec l’enseignante pour des raisons bégnines dont je ne m’en souviens même pas. Des fautes graves qui peuvent valoir une exclusion définive à n’importe quel élève. Plusieurs fois le directeur de discipline est intervenu ne sachant pas au final qui punir car ne comprenant pas le problème. Même si les élèves étaient tous punissables.

J’oubliais de préciser que quand on refait une année l’étape la plus importante est quand on se décide de ne plus en refaire une autre. Si l’on veut ne pas être déconsidéré, me disait un grand frère. Dans le bâtiment administratif, il se trouve aussi le bureau du Directeur des études ou le proviseur, c’est lui qui se charge de la qualité des cours dispensés ; le bureau du directeur de discipline avec ses trois surveillants ; le bureau du directeur des finances, le type que tout le monde déteste à l’approche des examens, le chasseur des insolvables ; un laboratoire informatique et un chimique, nouveau pour le premier, très vieux et unisité pour le second. Sans oublier des latrines du personnel, mieux entretenues que celles des élèves, naturellement.







Une petite vue de l’intérieur en entretien.



L’intérieur du collège est occupé par un jardin, une pelouse bien entretenue souvent par des élèves punis. Oui, les corvées manuelles prennent une heure matinale de cours pour les retardataires qui seront remplacés, l’heure suivante, par les bavards, ceux qui se donnent le luxe de prononcer un mot en langue maternelle,... Le jardin est traversé par un couloir d’escalier qui uni l’entrée des élèves à celle du bâtiment administratif. Le jardin est fait de la pelouse, des fleurs et des quelques arbres fruitiers auxquels aucun élève ne peut toucher à moins qu’il ne veille se faire renvoyer. La pelouse s’arrête devant les couloirs des salles de classes.

Quand on se tient devant l’entrée du bâtiment administratif, à l’intérieur du collège, les salles qui se trouvent sur la main droite sont celles qui vont de première à troisième, et de l’autre côté, celles de quatrième à sixième. Les élèves prennent la même position à l’adresse matinale du préfet et du salut au drapeau national accompagné de l’hymne national qui se tient deux fois la semaine, le lundi et le jeudi.



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La rosée matinale perle encore sur les fleurs du jardin de la cour intérieure. Sur la longue allée joignant les deux entrées du collège et scindant ainsi la concession en deux parties, Willy, le consul de la Rhétorique, descend les escaliers revenant du bâtiment administratif. Pantalon en tissue de couleur bleu, un T-shirt jubilaire en plus des souliers en cuir bien tenus, il descend fièrement l’allée en répondant par ‘Bonjour’ et ‘Salut’ aux salutations des cadets qu’il croise et qui s’inclinent pour le saluer. Un nœud lui tient le cou. Le respect des ainées est une tradition respectée du collège. Les ainés de terminal sont presque vénérés par les cadets. Car c’est comme magique de se trouver à leur niveau un jour.

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L’ambiance matinale dans la Rhétorique.



Au fronton de la salle qui se trouve au coin de l’aille droit du côté de l’entrée des élèves, il est écrit en grand caractère : « LA RHETORIQUE ». Dans cette hémicycle, certains rhéteurs sont occupés à traduire des textes latins, d’autres ne s’empêchent toutefois pas de converser à tue-tête. Une boite à craie dans une main, le registre dans l’autre, Willy entre dans la salle de classe. Puisque tous les regards se tournent vers lui, il se met un peu en valeur. Il avance jusqu’à la table de l’enseignant, y dépose la boite et le registre puis regarde son auditoire. 

« Alors?, interpelle un camarade impatient. »

On dirait que tout le monde est impatient d’écouter ce qu’il va dire.

- Arrête de te faire prier comme une gonzesse, man ; se plaint un autre élève.

-L’empêchement de notre cher éminent professeur s’annonce d’autant plus que je ne trouve aucun signe de sa présence dans la salle des éminences grises, annonce Willy. »

Des bourdonnements des gens libérés d’une certaine peur d’interrogation se font entendre dans la salle.

Des bourdonnements des gens libérés d’une certaine peur d’interrogation se font entendre dans la salle.



« -S’il vous plait. Je ne suis pas encore à la fin de ma prose, ajoute Willy pour réclamer l’attention et le silence. Il est juste et vrai que chacun a le droit de disposer de ce temps à sa guise dans le strict respect de la constitution de la Rhétorique, poursuit-il avant d’être interrompu par Sek Sikuli qui s’indigne :

-Encore la merde de procès. Ça m’agace de plus en plus moi.

-S’il vous plait, Sek, j’ai encore le monopole du verbe conjugué, le remet-il ainsi à sa place.

- Huuuuuuuummmmmm, réagit Sek.

-Sek !, s’écrit Willy.

-Quoi ? C’ pas un verbe conjugué ça !, se justifie-t-il.

-Ceux qui jacassent et grondent ont leur place dans les Virunga, pas dans ce ciel littéraire.

Sek est définitivement cloué dans sa cage, hué par ses camarades. Une fois le calme rétablie, Willy continue.

-Je voudrais que nous achevions d’avec le procès Nancy. Ainsi une attention particulière des éminents membres du conseil sénatorial formant le jury est requise. Excellence, monsieur le Président de la cour, vous avez la parole. »

Serge, du fond de la salle, lance un « Merci » avant de marcher jusqu’à l’estrade. Willy lui laisse l’espace. Serge se tient en lieu et place où se mettent les enseignants. Il prend une posture d’autorité, une pile d’ouvrages posée devant lui. Juste pour impressionner en magistrat. Le seul document utile est un bouquet de vingt pages qu’il a ouvert devant lui. C’est la constitution de la Rhétorique. En effet, la Rhétorique est la sixième année ou la dernière année de la section littéraire, option « Latin-philo ». Se disant ainés et adultes, ils ne doivent pas être soumis au même règlement que les cadets. Ainsi, ils ont obtenus, du directeur des études et du directeur de discipline, la permission de rédiger leur propre règlement d’ordre qu’ils nomment « La Constitution de la Rhétorique », validée par les autorités précitées avant son application. Il s’agit d’une vingtaine d’articles à ne pas enfreindre suivis de leurs sanctions tout comme le règlement d’ordre intérieur de l’école dit « R.O.I ». La grande différence est, qu’en adultes ou presque, chacun doit avoir le droit de se défendre avant d’être condamné. Ainsi des procès sont organisés après cours ou pendant quelques heures libres. L’accusé a le droit de se choisir un avocat. Le chef de classe, appelé « consul » dans cet auditoire, est toujours le plaignant principal. Un genre de procureur ou le ministère public quand il s’agit du procès. Il est assisté d’un sénat, qui joue le rôle du conseil des magistrats et qui donne le verdict. Tout le monde peut porter plainte contre un camarade. En fait, ils sont en « Latin-philo » et tout ce qu’ils apprennent n’est que le droit, à la romaine et la gestion de la cité.

« Saluto !, adresse Serge à l’auditoire qui lui répond ‘Saluto’ en chœur.

-A la levée de la dernière séance, nous venions d’entamer l’étape cruciale au cours de laquelle, après audition des avocats, le plaignant et l’accusé devront prononcer eux-mêmes leurs péroraisons, introduit-il la séance. Monsieur Narcejac, en votre qualité de plaignant, pour ne pas trop dissiper le temps extrêmement restreint dont nous disposons, faites-nous le privilège de pouvoir vous écouter. Vous avez la parole.

Narcejac se lève, monte à l’estrade, prend la position de l’orateur, la constitution dans la main droite et prose :

-Honorables Sénateurs, votre personnalité d’hommes de grande probité m’est ancrée en mémoire en tel enseigne que je ne puis oser, sous aucun prétexte, porter une fausse plainte sous vos barbes. Encore moins, je ne puis souffrir en aucune manière que la loi sacrée de la Rhétorique soit foulée aux pieds. Ce qui serait une couardise sans borne. Nancy s’étant octroyé le triste-privilège d’une immoralité vestimentaire pendant la séance supplémentaire de biologie où elle s’était présentée à moitié nue, les seins à l’air en plus d’une jupe qui ne couvre même pas le quart de ses cuisses, elle est coupable d’une infraction grave d’impudicité et passible d’une sanction exemplaire. Car, non seulement elle le fait sciemment, mais aussi et surtout c’est une récidiviste à vous faire chier dans les frocs… »

Ceux qui sont à l’estrade courent à leurs places.



Cette prose à la Cicéron est interrompu par l’entrée brusque de l’enseignant qui cri comme d’habitude aux jours fatidiques:

-Un quart de feuille, un quart de feuille !

Ceux qui sont à l’estrade courent à leurs places. Sous les indignations, chacun prépare rapidement son quart de feuille en complétant la date car les noms sont écrits d’avance vue le peu de temps que l’enseignant a souvent accordé à l’interrogation.

- A la lumière de ‘De amicitia de Ciceron’, donnez, en titre exemplatif deux à trois avantages et désavantages de l’amitié en illustrant par certains passages de l’ouvrage. Cinq minutes. Le compte à rebours a commencé, l’exercice est ainsi libellé et chronométré par l’enseignant.

Les élèves sont courbés sur les papiers pour répondre le plus rapidement que possible. Sek remarque une jeune fille restée plantée à la porte depuis l’arrivée de l’enseignant. Elle venait avec lui, il semble. L’enseignant l’interpelle :

- Sek, c’pas elle ton interro.

Sek remarque une jeune fille restée plantée à la porte depuis l’arrivée de l’enseignant.



C’est alors que les autres la remarquent et lancent des cris d’admirations. Ce qui les distrait un peu. Ils sont émerveillés par la beauté qui se trouve juste là plantée devant leur porte.

- C’est ainsi que Troie, malgré sa supériorité technique et numérique, perdu la guerre en faisant entrer stupidement un Cheval bourré d’ennemis dans ses enceintes. Mes papiers, je ramasse dans dix, neuf, huit, sept, six, cinq, ……une seconde, annonce le prof comme la fin de l’interrogation. Un compte à rebours accompagné par des cris de réclamations des élèves qui n’ont pas encore fini.

L’enseignant passe devant les premiers bancs en ramassant les papiers. Car ceux de derrière doivent passer les leurs devant pour que le prof les ramasse une fois pour toutes au premier rang.

A la dernière rangée, il y a un papier qui traine, celui de Sek. Alors que le prof compile les feuilles pour les ranger dans son sac en vue d’une correction vespérale, Sek, sachant qu’il est en tort, avance, hésitant, à l’estrade jusqu’auprès de l’enseignant.

Il avance tout seul, indécis, pour remettre son papier au prof.

« -Toujours le même malheureux. Bon, aujourd’hui, je vais prendre ton papier. Néanmoins, tu travailles pour la moitié, et à une condition : ‘Tu traduis, sans faute, le dernier paragraphe vu hier’ ». 

En fait, le prof n’accepte jamais les papiers arrivés en retard. C’est un zéro comme côte et une feuille de moins à corriger. Il donne ce défi à Sek car il sait qu’il ne peut jamais le relèver. C’est pourquoi toute la salle acclame pour se moquer de Sek.





En rentrant à sa place Kem lui glisse malicieusement un papier à l’insu des regards.



Tout le monde sait qu’il n’arrivera pas à traduire. En rentrant à sa place Kem lui glisse malicieusement un papier à l’insu des regards. Tout le monde étant occupé à rire. Une fois assuré, Sek se précipite à sa place et met le papier dans le livre à la page indiquée. Il met le livre bien à l’air et s’empresse de traduire en feignant parfois une hésitation alors qu’il lit in texto la traduction sur le papier :

-Toutefois, il y a…aussi en amitié…des limites, et presque des bornes …à instaurer pour l'affection. Sur cette question,…. je vois se présenter trois thèses…différentes, dont aucune …ne me satisfait : ‘pour….l'une, nous devons ressentir à l'égard d'un ami le même sentiment….que pour…nous-mêmes ;…pour l'autre, notre bonté…envers nos amis doit répondre …à leur bonté envers nous selon une….stricte et symétrique ….réciprocité ; pour …la troisième, le cas que chacun …fait de… soi dicte le cas que ses amis …doivent faire de lui’.





Il met le livre bien à l’air et s’empresse de traduire en feignant parfois une hésitation alors qu’il lit in texto la traduction sur le papier…



Toute la salle est étonnée, ébahie. Personne n’a vu le papier et comme Sek se met prêt de la porte de sortie, personne ne sait qu’il lisait sur un papier, à part la dame qui se tient comme une belle sculpture à la porte.

-Pour une fois, c’est bien fait. Je me dois de te féliciter. Néanmoins, on se poserait la question à propos de ce que peut bien-être la source de cette subite émulation, surtout pas la nouvelle, j’espère, amuse le prof ému par cette soudaine performance qui déclenche les applaudissements des camarades.

-Je me demandais plutôt, pourquoi ne lui ferions-nous pas l’honneur de la laisser se présenter à nous, réagit Sek.

-Nous sommes à Rome. Elle est comme inexistante, interpose Willy, le consul conservateur.

-Sauf quand il s’agit de monter de procès contre le genre, là t’es très fort, se moque Sek de Willy.

-Ne me cherche pas noise, fiston. Je n’ai écrit aucune motion contre ta copine. Même si elle préférait crever que de sortir avec toi, révèle Willy à propos de sa relation avec Nancy qui est sous le joug d’un procès.

-C’est qu’elle t’a dit, la garce ? Je vois combien elle est folle de moi, réagit Sek hors de lui.

-Tu me fais pitié, se plaint Willy face à ce narcissisme démesuré.

-Assez, vos stupidités ! Honneur à la nouvelle, ordonne le Prof.



-C’est qu’elle t’a dit, la garce ? Je vois combien elle est folle de moi, réagit Sek hors de lui.



L’enseignant lui indique par la main qu’elle doit monter à l’estrade. Elle traverse l’allée de la salle sous les regards dévorant de cette horde des jeunes hommes en rut. On dirait qu’elle a appris à marcher avec grâce dans une série hindoue et bouger ses haches à la brésilienne si ce n’est plutôt le Mutwashi à la Mamou nationale. Elle se tient angéliquement à l’estrade et s’adresse à la salle :

-Bonjour ! Moi c’est Mongala Senge Valentine. Val, tout court.

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Elle traverse l’allée de la salle sous les regards dévorant de cette horde des jeunes hommes en rut.

Au sortir de cette voix mélodieuse, les garçons sifflent en chœur de bonheur. En effet, dans cette école les femmes sont rares vue le niveau de la formation. Elle est plus ouverte aux hommes qu’aux femmes. Pour cette rhétorique avec une quarantaine d’élèves il n’y a que trois filles.

Valentine quoiqu’un peu désorientée, ne perd pas sa charmante et séduisante voix.

-Je viens de la ville-province de Kinshasa. Je ne sais que vous raconter sur moi….surtout que ma biographie n’a rien d’intéressant ni de spécial….. du moins….Je suis là suite à la mutation de ma mère qui travaille dans un organisme de l’ONU. Comme je ne vis qu’avec elle, mon père étant à l’étranger, et ma famille la plus proche à Lu’shi, elle a préféré m’embarquer avec elle que de me laisser seule à Kinshasa où, bien sûr, je rentrerai pour passer les épreuves d’examen d’Etat. C’est tout. Merci.

-Mademoiselle SENGE, permettez une petite question de curiosité. Qu’est-ce qui a motivé votre choix pour le porter sur notre ‘alma mater’, le collège Kambali ?, est la question de Willy teintée de fierté si pas d’orgueil.

-Désolé. Ce choix s’est fait sans moi. Comment pourrai-je choisir une école sur une terre inconnue? Il parait que votre école a des bonnes références pour que le ministère de l’éduc l’ait proposé à ma mère.

-Bah ! Fille à maman, s’amuse Sek.

En une fraction de seconde son allégresse tourne au vinaigre dès qu’il découvre que la fente de sa jupe est un peu très longue.



Narcejac, comme tous les autres jeunes , profitent de ce moment pour la dévorer de regard tel qu’on dévore un gâteau de mariage même si on sait qu’on y aura pas accès. En une fraction de seconde son allégresse tourne au vinaigre dès qu’il découvre que la fente de sa jupe est un peu très longue. C’est comme s’il venait de voir l’horreur de sa vie.

C’est comme s’il venait de voir l’horreur de sa vie.



-Il a été dit à ma mère que la loyauté et la cordialité sont des vertus essentielles dans cette jeune ville et surtout que les collégiens sont ouverts, ce qui me faciliterait l’adaptation.

-Ouvert, là tu ne te trompes pas. Mes bras et ma braguette sont tous ouverts pour toi, ma belle, dit encore Sek pour amuser la galerie.

Les camarades rient pour accompagner la facétie de Sek qui n’est pas du gout de l’enseignant. Il foudroie la salle d’un regard et tout le monde se tait. Willy s’empresse de de recadrer le tire.

-Veillez pardonner ce disjoncté, ma demoiselle. Nous n’aurons pas à te tenir debout pour longtemps car tu es déjà notre. Daigne recevoir ce présent en signe de notre accueil et nos vœux les meilleurs d’excellente adaptation au rythme de la ‘via sacra’ car si le collège a son rayonnement aujourd’hui plus flamboyant qu’hier et surement moins que demain, cela est dû à sa tradition de performance. Chacun doit y apporter sa part. ‘Ibi Laboremus’. Billy dit ces mots en s’avança jusqu’à l’estrade pour lui tendre la fleur synthétique qu’il vient d’ôter de la poche de sa veste. Et qu’elle accepte.

-Il faut citer ses sources. Honnêteté scientifique exige, exige Sek.

-A l’intention de ceux qui ignorent tout comme toi, bien sûr ; est la réplique sarcastique qui fait siffler la salle.

-Ce bout d’homme, je finirai par l’écraser dans la pomme de ma main, murmure Sek irrité.

Willy indique une place à la fille. Au fond de la salle. Elle commence à s’y diriger après avoir dit un ‘merci’. Ex abrupto, le Prof l’arrête :

-Arrête-toi, Senge. Veux-tu bien remonter à l’estrade ?

-Je vous présente mes excuses, monsieur l’enseignant, se confond en excuse le consul.

-Non, ça n’a rien à voir avec toi, dit le Prof avec un ton qui trahit une sorte d’énervement même si Willy ne rate pas d’être hué. La jeune dame rentre à l’estrade calmement.

L’enseignant balaie l’auditoire d’un regard rouge de colère  en faisant les cents pas à l’estrade.

-Je ne conviens pas avec vous sur le choix de la place réservée à la nouvelle. Je passe au choix personnel si personne de ces deux rangées, les trois premières places ne cède volontairement, annonce-t-il.

Un ange passe.

- Personne ?, s’enquiert-il. Il descend majestueusement l’allée principale.

-Excusez-moi, monsieur, ne pouvez-vous pas me laisser occuper la place qui m’est indiquée?, réagit la jeune dame voyant que la tension monte.

-Patience, Senge. Je trouverai un jeune poulain qui cèdera volontiers. Certes, ta beauté ne leur est pas passé inaperçue, apaise l’enseignant.

Nombreux parmi ces jeunes hommes laisseraient volontiers leurs places à la nouvelle. Mais il semble que cela devient un défi. Et celui qui cède devient un pauvre lâche.

Ceux qui sont concernés, les rangs indexés, plongent leurs regards dans les livres. Les autres, non concernés, regardent, impatients de voir qui sera la victime. Le prof va jusqu’au fond de la salle puis retourne silencieusement, et s’arrête net au niveau de la deuxième rangée. Il se penche vers un jeune homme :

-Jeune homme, veux-tu, galamment, faire le charme de cette jeune fleur en cédant volontairement ta place ?

-Je suis désolé, monsieur. Ce ne sont pas les fleurs que je suis venu chercher ici, répond le jeune homme.

Toute la salle arrête de respirer. Souffle coupé par la stupéfaction puis que non seulement personne n’a jamais osé répondre ainsi à un professeur encore moins à celui de Latin ; mais aussi qu’une réaction pareille n’aurait jamais été imaginée sortir de la bouche de Cejac ; et surtout, c’est à quoi est due une telle incongruité, une animosité pareille est, du reste, un mystère. Personne ne comprend qu’il peut se mettre ainsi en danger de mort. En terminal. Car une réaction pareille ne peut couter qu’un renvoi définitif de l’école, intelligent ou pas, enfant chéri des enseignants ou pas.

-Cejac, t’as perdu la tête ou quoi ?, réagit Kem, le proche de Cejac. Professeur ; si vous pouvez recevoir mes excuses à sa place. Ceci ne peut venir de lui, vous le connaissez si bien. Il doit avoir mal à la tête. Il se peut qu’il perde parfois la raison. On l’amène voir un psy. Ca peut-être la folie par surmenage. Il bosse trop dur vous savez. S’il vous plait ne soyez pas dur avec un malade, Professeur, justifie Kem au bout de la peur.

-Tu la fermes. Je ne suis pas fou, gronde Cejac.

-Un fou à ses débuts n’est jamais conscient de sa folie, ajoute Kem qui sue à grosse goute à la place de son ami alors que les autres rient sous cape. Contre toute attente le prof réagit avec tempérance :

-Gentleman, ne donne pas à Senge une image négative de notre collège. Surtout pas toi.

-Ne perdez pas votre temps, professeur, récidive le jeune homme. Les camarades deviennent tous muets. Un silence d’étonnement pèse sur la salle. Narcejac sent les regards pesant sur lui. Il se retourne et s’écrit :

-Quoi ? Je ne puis céder. Cette place avait été choisie en connaissance de cause.

-Justement ! C’est en tenant compte de tous les facteurs possibles que je fais ce choix précieux. Tu sais, c’est une nouvelle, il lui faut une place stratégique pouvant inconditionnellement attirer l’attention de l’enseignant sur elle pour qu’elle ne se sente isolée, surprend encore le prof par son calme.

-Ma désolation. En passant, je ne la trouve pas si sombre que ça pour ne pas être vue!, interjette cyniquement Cejac.

-Mon ami, juste le minimum de sagesse pratique, appelle Kem.

-Je suis flatté que tu ais retenu quelque chose de mes cours vespérales de philo, répond Cejac. Vu que la situation s’empire, Senge s’invite encore dans la discussion :

-Monsieur, s’il vous plait, laissez-moi occuper ma place.

-Shut ! Le patient mange le fruit mur, tu sais, lui répond le prof. Il se peut qu’il se force de maintenir l’atmosphère le plus vivable que possible malgré l’irritation qui se lit dans sa voix.

-Sans oublier qu’à force de trop patienter il pourra consommer un pourri. Elle veut bien occuper sa place, laissez-la libre. Veillez recevoir mes excuses de ne point pouvoir vous satisfaire. Je sais, c’est navrant mais c’est ça, est la réaction de Cejac qui joue le rôle de la goutte d’eau de trop. Cette fois le prof a un visage décomposé. Toute la salle a peur. Mais Sek ne s’empêche de blaguer :

-Satisfaire ? Ça sonne gay. Mais ça, c’est du jamais vu. On se croirait dans un film des jeunes délinquant de Brooklyn. 

Les camarades ne savent plus s’il faut rire de la blague de Sek ou entendre l’éruption volcanique de Nyiragongo qui s’annonce sur le cratère du visage du Prof. Yeux tout rouges et visage ridé par les nerfs en surtensions.

-Elle veut bien occuper sa place. Laissez-la se mettre à l’aise, monsieur ; rajoute Cejac.

-Narcejac, mon frère, veux-tu enfin obtempérer ?, demande Kem à bout de souffle. 

-Négatif !, est la réponse sans appel.

-Waooh, c’est mortel, s’exclame Sek au fond de la salle, le seul qui semble trouver du plaisir dans cette fournaise.

-Jeune homme, veux-tu, galamment, faire le charme de cette jeune fleur en cédant volontairement ta place ?



Le prof est profondément touché dans son amour-propre. Personne n’a jamais osé lui manquer autant de respect. Encore moins l’élève chouchou des enseignants, doué dans toutes les matières. Et naturellement courtois, bien sûr. Il n’arrive pas lui-même à comprendre cet élan subit de misogynie. Il regarde le plafond tentant de retrouver sa maitrise. Il remonte à l’estrade. Un silence pèse sur la salle. Narcejac a les yeux plongés dans son livre sans pour autant lire car il sent le poids des regards qui sont braqués sur lui. Excédé, il relève les yeux, il trouve que tout le monde le regarde. Après hésitation, il emballe ses effets et va se mettre au fond de la salle. Du regard, le Prof indique à la jeune fille d’aller occuper la place de Narcejac. Elle va s’y mettre, hésitante.