Excerpt for Alors, Toujours Pas Mariée ? by , available in its entirety at Smashwords

Ce qu’elles en disent :


« Un livre de qualité, qui explique beaucoup de choses sur la condition des femmes avec humour et dérision !  »

-- Anne Carrière (Editions Anne Carrière)


« L'auteur nous entraîne aux quatre coins du globe pour des tranches de vie sur lesquelles méditer avec humour. Quand on referme le livre, on se sent mieux. Ne pas hésiter à mettre ce livre sur toutes les tables de nuit, même celles des hommes :)  »

-- Camille M., Amazon


« Je l'ai lu d'une traite, j'ai adoré. Ce livre aborde le thème du célibat de manière drôle et sincère. Les célibataires se reconnaitront dans sa quête du grand amour. J'espère qu'il y aura une suite :-). »

Bel Hadji, Amazon


« Un livre touchant, vrai, authentique et sincère!

Merci Zidy, tu ne renonces pas à trouver ton Amour, et ce malgré le temps qui passe et le poids de la société. Aucunement blasée, chaque histoire, chaque rencontre à sa chance, juste que tu cherches LA personne qui fera vibrer ta vie... j'aime la fraicheur et l'espoir , les tranches de vie et ta vision de la société, qui s'égrènent au fil des pages... il me manque la suite.. J'ai hâte de savoir, envie de t'accompagner.....un bien joli moment de lecture. »

-- Sofi, Amazon


« J'ai adoré!! Seul regret : trop court (malgré ses 300 pages) ;) Bon nombre de célibataires se reconnaitront, compatiront et souriront comme je l'ai fait, à l'évocation de ces tranches de vies! Le style provoque un embarquement immédiat, léger dans sa forme, profond dans sa réflexion. Accessible également aux non-célibataires, ne les privons pas de ce petit moment de bonheur!  »

-- Anne N., Amazon


« Un bon moment de lecture, léger, drôle, cocasse avec des touches plus profondes et tellement vrai qui renvoie au poids de la société. Au delà de cette tranche de vie, un style fluide et agréable.  »

-- Oneday, Amazon


Alors, Toujours Pas Mariée ?



Zidy Tendaze


* * * *

Distribué par Smashwords

Copyrighted by Zidy Tendaze, 2017

Tous droits réservés.

* * * *


Licence:

Ce livre est destiné à votre usage personnel. Vous n’avez pas l’autorisation de donner ou revendre ce livre digital. Si vous souhaitez partager ce livre avec d’autres personnes, merci d’acheter un exemplaire supplémentaire pour chaque destinataire. Si vous lisez ce livre alors que vous ne l’avez pas acheté, ou s’il n'a pas été acheté pour votre usage personnel, rendez-vous chez votre distributeur préféré pour acheter votre propre exemplaire. Nous vous remercions de respecter la propriété intellectuelle et le travail de cet auteur.


1ère édition : juillet 2017

ISBN : 979-10-92669-09-1


Couverture : Rocío Martin Osuna

(certains éléments graphiques sont de Kjpargeter - Freepik.com et Vexels.com)


Ce livre est également disponible en version brochée.

Tables des Matières


Alors, toujours pas mariée ?...

Max

Michel, Yvan, Jean-Louis et Eric

Monsieur L. et Michaël P.

Badre

Mister Marty

Max

Yui

Ken

Jean

Didier et Fabien

Anthony

Max

Oncle Sam

Jay

Paulette

Millau

Jean-Paul

Charles

Mais qui sont donc ces célibataires ?

Etienne et Bertrand

Donatien, Romain et Martin

Pierre

Cupidon

Bruno

Amélie

Léonie

Sigmund

Max

Hugues

Roméo

Petitpoisson, Gentilhomme et Marco

Coralie

Nadine

Sean

Notes

Remerciements



« Bienheureux les fêlés,

car ils laissent passer la lumière. »


Alors, toujours pas mariée ?...



Je me suis fiancée un 17 avril.

Trois semaines plus tard je rompais mes fiançailles.


Mes proches s’inquiétaient. Je m’inquiétai aussi. Mais à ma grande surprise, je me suis sentie revivre. Je n’avais que 24 ans et je me sentais rajeunir !


Je n’ai jamais regretté cette décision.


En revanche, ce que je ne savais pas c’est que j’endossai un nouveau costume : celui de la célibataire…


« Alors, toujours pas mariée ? » Mille fois on m’a posé cette question.


Les oncles et tantes, cousins cousines, les amis, les collègues, même les commerçants :


- Vous hésitez ma p’tite dame ? Vous voulez demander son avis à votre mari ?

- Non, non je me demande juste si j’ai vraiment besoin de cette poêle supersonique. Mon mari est toujours d’accord avec moi.

- Ah oui ? Ah haaa, et quelle est votre botte secrète ma p’tite dame ?

- Très simple : je n’ai pas de mari !

- Comment ? Une femme charmante comme vous ? … Toujours pas mariée ?


Longtemps j’ai cherché la réponse idéale qui résumerait en quelques mots ce pourquoi, la phrase percutante mais pas déstabilisante, pétillante mais pas superficielle. Les dix mots qui dégoupilleraient la perplexité.


Finalement il faut les 60.498 mots de ce livre.


Il ne s’agit pas d’un essai philosophique sur le sujet du célibat, il s’agit de la vie réelle, ma vie. Il ne s’agit pas d’un journal à la Bridget Jones, il s’agit d’une mosaïque de tranches de vie et de situations. Des moments cocasses ou émouvants, des relations amoureuses et amicales, des réflexions intimes, la famille, le travail. L’amour, la vie, les vaches.


C’est aussi un miroir tendu devant le visage de la société et ses mille questions… « Alors, toujours pas mariée ? ».


Je m’appelle Zidy, j’ai 38 ans, je suis célibataire.


Max



J’avais donc croisé cet homme dans le couloir sans charme de la banque qui nous employait tous deux. Je le croisais pourtant tous les jours. Il travaillait dans le même service que moi, remplissait la même mission. Il était arrivé deux mois auparavant. Il m’avait paru arrogant, belle gueule consciente de son charme. Grand, très grand. Beau, très beau. Mais le sachant.

Ce jour-là, je le vis autrement. Je ne sais pas pourquoi. Nous nous sommes croisés, regardés, retournés. Il était le même, pourtant, et moi je portais mes lunettes épaisses de myope, privée de mes lentilles de contact à cause d’une inflammation temporaire de la cornée. Je me sentais donc moche, je m’étais recroquevillée dans ma coquille en attendant la guérison. De plus, j’étais fiancée depuis une semaine. Mais non, il y eut rencontre. Il y eut gel du temps pendant quelques secondes, Hollywood, ralenti, jogging gracieux le long de la plage, Panavision, Ultrabright, chabadabada. Tous les signes extérieurs du cliché. Mais tout le feu intérieur.

Cet homme s’appelait Max.

C’était le début d’un long chemin.


Max. Vibrations, explosions, tornade, sueur, initiation, fusion, exploration, fil du rasoir, dépendance, séparations, déchirure, manque, dépression.


Je lui ai proposé un cinéma. C’était le Grand Bleu. Le lendemain il m’a proposé la Tour Eiffel. Je suis passée le prendre. Il m’a reçue en peignoir. Peignoir ouvert, cheveux mouillés, peau satinée.

Plongée. Apnée. Le Grand Bleu.


La vie avec Max n’avait pas de limites. Pas d’horaires. Liberté, plaisir, découverte.

L’amour avec Max faisait trembler les murs. Il m’a initiée, révélée, transformée. Les moments dans les bras de Max sont gravés à jamais dans ma mémoire.

C’était l’année du Dragon, mon signe, mon année.


Une nuit, Max me dit :

- J’ai réfléchi à nous deux, tu n’es pas la femme de ma vie.

Je restai pétrifiée. Qu’est-ce qui lui prend ?

Sa mère lui avait posé la question. Elle lui avait conseillé de ne pas me faire perdre mon temps.

Il m’avait donc asséné son constat. Par honnêteté.

Mais nous ne pouvions nous séparer.

Alors il a pris de la distance, vivait comme si notre lien n’existait plus. Il devint goujat, secret, désagréable. Je ne connaissais pas encore cette tactique d’homme : se rendre odieux pour qu’elle parte, pour ne pas avoir à initier la rupture. Il disait même que s’il s’écoutait, il se marierait avec moi, mais qu’il voulait être libre. Je ne comprenais rien, je ne savais pas.


La vie quotidienne avec Max était devenue insupportable. Il me maltraitait avec l’incohérence entre son discours et son comportement. Perdue, je décidai de me raccrocher au tangible : les actes, les faits. Les faits étaient que ce n’était plus agréable. C’était devenu douloureux.

Je quittai Max.


Et j’entrai en manque. Seule chez moi, je m’enroulais à même la moquette rugueuse dans la position du fœtus, et je tremblais. Je restais assise sur mes genoux des heures, à pleurer et gémir. La douleur était sourde, permanente. Elle tendait mes nerfs à les faire craquer. Je me vidais de mes larmes et de ma vie.


J’ai eu besoin de lui faire mal, d’évacuer sur lui une partie du mal qui m’anéantissait. J’ai eu envie de bomber sa voiture de collection à la peinture. Je n’ai pas eu le courage. J’ai eu envie de retourner son appartement sens dessus dessous, et de laisser son téléphone en communication avec l’étranger toute la journée. Je comptais sur la gardienne de l’immeuble, qui me connaissait bien, pour m’ouvrir la porte. Je n’ai pas trouvé la gardienne. Il s’en est fallu de peu. J‘ai appelé son répondeur et laissé défiler toute la bande.


Puis, je me rendis à la soirée organisée par ses colocataires, telle le papillon irrémédiablement attiré par la lumière qui peut le tuer.

Dans la cuisine de l’immense appartement bourgeois, nous nous sommes trouvés seuls, face à face. Sans un mot, nous avons compris. Nous étions dans le même état. Cette nuit-là, nous avons reformé l’entité qui nous dépassait, nous sommes retournés l’un à l’autre, comme les deux faces d’une même pièce.


L’euphorie a duré ce que dure l’euphorie. Le quotidien, les remises en question, reprirent le dessus. Max voulait se sentir libre. Notre deuxième liaison était secrète. Je m’en satisfaisais, car le goût du fruit défendu attisait à grand souffle la passion physique qui nous unissait.


Puis Max commença à fréquenter une autre femme. Logique, puisque nous n’étions plus un couple. Dépendante, je l’acceptais.


Il devint moins disponible. Je ne savais jamais quand nous nous verrions. Il appelait au dernier moment, juste avant de se rendre chez moi. J’attendais que le téléphone sonne, je dînais le plus tard possible, au cas où. Je l’imaginais avec cette fille. Elle ne devait pas être importante, puisqu’il venait toujours à moi. Et en sa présence, la nuit devenait magique : dîner surprise de caviar et Sauternes, théâtre improvisé, les draps enroulés autour de nous comme des toges romaines, casse-croûte à trois heures du matin, amour explosif partout et jusqu’à l’épuisement. La lumière du jour se levait alors sur un champ de bataille, un désordre tectonique que je rangeais le soir suivant avec lenteur et réticence, revivant chaque instant, m’endormant dans les draps froissés et imprégnés que je ne changeais pas. Et j’attendais le prochain appel.

Je m’enfonçais lentement. Je piétinais mes valeurs, mon ego, mes besoins. Je me méprisais pour cela. Mais la puissance de la chair vainquait, envers et contre tout, envers et contre moi.


Un an de ce régime, et j’étais à bout de forces. Mon mental ne suivait plus, l’effondrement planait.

Je quittai à nouveau Max.

Définitivement.

Du moins le croyais-je.


Michel, Yvan, Jean-Louis et Eric



J’ai plusieurs fois eu le plaisir et l’honneur d’être demandée en mariage. (Et une fois en fiançailles, ne l’oublions pas).

Cela dit, la dernière demande date de 1994. Depuis, rien. J’ai dû dépasser la date de péremption.


Michel était ingénieur au siège parisien du groupe pétrolier où je faisais mon stage de diplôme, à Stavanger, en Norvège. Il avait 29 ans, j’en avais 21. Il était venu en mission deux fois au cours des trois mois qu’a duré mon stage. Nous ne pouvions que nous rencontrer : j’étais la seule jeune femme française dans ce monde d’hommes, et mon bureau était de fait la salle de transit du personnel offshore, qui partait deux semaines en mer sur une plate-forme ou une barge pétrolière, et revenait trois semaines à terre. En attendant l’hélicoptère, ils passaient quelques instants dans mon bureau. Les plus jeunes m’appelaient de leur plate-forme pour m’inviter à aller danser en ville le soir de leur retour. J’aimais bien ces virées, flanquée de trois ou quatre colosses tatoués au cœur d’or. Ils me protégeaient des vikings trop entreprenants, et m’offraient les boissons.


Depuis le début de mon stage, je cherchais à convaincre mes supérieurs hiérarchiques de m’envoyer en mer. Le sujet de mon stage était l’étude de la protection des pipelines pétroliers sous-marins, et une mission partait enterrer un de ces pipelines, qui reliait deux plates-formes. C’était mon argument principal. Ce qui gênait la Direction, c’est que la plupart des hommes sur cette barge n’avait pas vu de femme depuis des mois. Et la plupart étaient recrutés à la mission, sans papiers d’identité exigés. Je jurai d’être sage et prudente.


Un matin, mon responsable me dit de rentrer en vitesse chez moi faire mon sac : j’avais obtenu l’autorisation de passer une semaine sur la barge. Je me souviens encore du nom de ce monstre sur mer : DLB1601. J’ai aperçu la DLB1601 quelques années plus tard dans le port de Hambourg, pour maintenance. C’était aussi incongru qu’un animal sauvage chez un vétérinaire de quartier.


Mais la barge était partie du port de Stavanger dans la nuit. Je devais prendre un petit bateau à moteur pour la rattraper.

Après deux heures de yoyo sur la mer agitée, nous accostâmes l’immense bâtiment flottant de cent mètres de long, dominé par le quartier-vie de sept étages et la grue pouvant treuiller 2500 tonnes. Notre bateau faisait l’effet d’une souris près d’un éléphant dansant sur les vagues énormes. Le seul moyen de monter à bord était d’être treuillé. Le conducteur du bateau échangea quelques mots avec la barge, me demanda si j’avais peur, et dit dans le talkie-walkie : « C’est bon, la fille dit qu’elle n’a pas peur ». La grue me présenta une sorte de panier de basket renversé, le filet vers le haut. J’obéis aux ordres et jetai mon sac à l’intérieur du panier, puis m’accrochai au rets du filet telle une araignée sur sa toile. Et je fus treuillée sur la barge, au-dessus des vagues immenses à vingt mètres sous mes pieds. Une grande partie du personnel à bord, entièrement masculin, donc, avait pris une pause pour assister à l’événement. Question discrétion, c’était raté… J’avais l’impression de jouer un remake de « Marilyn chez les G.I.».


Une fois l’effet surprise retombé, aucun incident. S’il y eût perturbation, ce fût positivement : les gars se lavaient, se rasaient, parlaient correctement en ma présence, et aucun film porno ne fut visionné pendant ma présence à bord, parait-il. Le superintendant n’en revenait pas. Il faut dire que je me tenais à carreaux. Je ne voyais même pas Michel, qui était également à bord. J’ai commis une seule erreur : un soir je me suis trompée d’étage en sortant de l’ascenseur, et je me suis trouvée dans le couloir des douches. Les hommes étaient aussi stupéfaits de me voir là que moi de réaliser où j’avais mis les pieds... Heureusement, ils portaient tous une serviette autour des reins. Coup de chance.


De retour en France, je suis partie trois semaines en Irlande avec Michel.

Malheureusement, mes sentiments n’ont pas survécu à l’épreuve de la normalité. Je le voyais pour la première fois dans un contexte classique. Je me suis rendue compte que ça ne collait pas.

Lui voulait se marier. J’ai décliné, et nous avons donc rompu.


* * * *


Yvan, lui, travaillait à Stavanger. Il était mon jumeau astral : même date de naissance, à douze ans près. Nous étions tous deux Dragon ascendant Coq, et Poisson ascendant Vierge. Nous pensions les mêmes choses en même temps, avions les mêmes goûts, les mêmes idées. C’était presque effrayant. Lorsque je fus rentrée en France il m’écrivait des lettres ardentes. Il sauta même dans un avion pour venir me rendre visite, et me demander en mariage. Mais je n’étais pas amoureuse d’Yvan.


* * * *


Jean-Louis m’a présenté à son frère et sa belle-sœur une semaine après le début de notre relation. Ils se comportaient avec moi comme si j’étais déjà sa femme. Les gestes de Jean-Louis envers moi étaient possessifs, et cela me déplaisait. C’était déplacé autant que prématuré. Il ne me connaissait pas, et il nous voyait déjà ensemble jusqu’à la fin de nos jours. A mon sens, ses sentiments ne reposaient sur rien de tangible : il était amoureux de l’image qu’il se faisait de moi, et fantasmait sur le grand amour. J’ai compris alors la peur viscérale que ressentent de nombreux hommes vis à vis d’une femme trop rapide. J’ai rompu.


Eric m’a dit qu’il envisageait du très très long terme avec moi, le premier jour de notre relation. Ce n’était pas réciproque, et cela a créé le même malaise qu’avec Jean-Louis. C’était à mes yeux une question d’honnêteté que de rompre.


Je ne regrette aucun de ces non. Je ne cherche pas le statut social, ou l’identité, que fournit le mariage. Je ne pourrais jamais me contraindre à une relation conjugale d’intérêt. Je connais une jeune femme qui, à l’orée de la trentaine, n’a pu supporter l’image donnée par une certaine société aux femmes célibataires : elle était terrifiée par le spectre de la vieille fille. Elle avait deux prétendants depuis quelques années. Elle décida d’en choisir un, selon des critères rationnels et matériels, et se maria avec lui. Au cours de la journée de célébration du mariage, nous ne vîmes aucun geste tendre, aucune complicité. Elle refusa même le baiser conjugal après l’échange des consentements. Ils ne partirent en voyage de noces qu’un an plus tard, lorsque leurs calendriers professionnels respectifs le leur permirent, et parce que ça se fait. Dès la première année, cette jeune femme s’est transformée dramatiquement : de gaie, jolie et entreprenante, elle est devenue terne et formelle. Elle a coupé sa chevelure luxuriante pour adopter la coiffure courte sans âge des épouses de bonne famille. Elle a cessé de se maquiller. Sa peau commence à se craqueler comme un vieux parchemin. Ses vêtements gais ont été remplacés par des couleurs passe muraille et des coupes incertaines. Elle était casée, elle n’avait plus besoin de s’entretenir. Elle était « Madame », et se conformait au style qu’elle y attribuait. Elle a eu un petit garçon. Elle est maintenant une Mère, en plus d’être une Epouse. Elle a renoncé à elle-même en tant que femme, mais elle est dans la norme. Elle a un statut respecté.


Je ne pourrai jamais me bousiller ainsi, dans cette forme de prostitution politiquement correcte.


C’est peut-être une tarte à la crème, mais je préfère être seule que mal accompagnée.


Monsieur L. et Michaël P.



M. L. est Directeur de la branche Banque Privée de la banque d’affaires pour laquelle je travaille depuis un an et demi. Ses équipes sont en contact avec les grandes fortunes de France et d’ailleurs. Certains clients sont célèbres, tous ont un patrimoine conséquent. Les opérations réalisées pour ces clients sont complexes et donc intéressantes. J’aimerais être responsable de clientèle dans cette branche. M. L. a des postes vacants, et mon manager actuel est d’accord pour me faire évoluer au sein de la banque.


J’ai donc rendez-vous avec M. L., que j’ai vu deux semaines auparavant présenter son activité et son équipe. Il avait précisé qu’à ses yeux, les femmes de sa branche faisaient un bon travail, mais qu’elles étaient des « potentiels de maternité ». Je m’attends donc à un a priori plutôt négatif à mon égard...


- Bonjour Mademoiselle, asseyez-vous. Avant de commencer cet entretien, j’aimerais vous poser une question importante : êtes-vous mariée ?

Je ne suis même pas encore assise, ça commence bien.

- Non.

- Bien.

Nous allons pouvoir entrer dans le vif du sujet.

- Etes-vous fiancée ?

Je le regarde droit dans les yeux.

- Non.

- Bien.

Pouvons-nous commencer cet entretien ?

- Et… voyez-vous quelqu’un régulièrement ? Je veux dire, avez-vous un petit ami sérieux ?

Et pendant qu’on y est, dois-je vous parler de ma méthode de contraception ? Et vous, Monsieur L., quelle est la fréquence de vos rapports sexuels avec votre femme ? Ou bien, dîtes-moi tout, puisqu’on est dans l’intime, vous arrive t’il d’avoir des fantasmes homosexuels ?


Je prends une grande respiration. Il m’énerve, mais il n’y a pas mort d’homme. Du calme.

Que faire ? Je comprends les préoccupations d’un employeur eu égard à la gestion de ses ressources humaines, et à la difficulté qu’ajoutent les congés maternité. Donc je veux bien répondre succinctement. OK. C’est de bonne guerre. Mais je suis convaincue que ces difficultés sont gérables, et qu’on peut aussi faire confiance à la plupart des femmes pour collaborer en toute intelligence avec leur employeur, et surtout, ne tournons pas autour du pot : Monsieur L. va trop loin. La vie privée est, comme son nom l’indique, privée.


Je suis certainement une forte tête, pardonnez-moi mon Dieu(e), mais je ne peux pas me résoudre à accepter cette intrusion. Je ne peux pas !

Tant pis, je le lui dis :

- Monsieur, je vous ai entendu récemment qualifier les femmes de potentiels de maternité. Etant donné mon âge, je devine une certaine appréhension de votre part. Je comprends, même si je n’adhère pas, que vous me demandiez si je suis mariée. Si tel était le cas, je serais d’un grand danger question maternité. Je vous ai répondu non. Mais cela ne vous suffit pas : en effet, je pourrais être fiancée, et donc me marier, et donc tomber enceinte. Vous me demandez donc si je suis fiancée. Nous entrons là dans le domaine du privé, mais j’ai choisi de vous répondre. Non, je ne suis pas fiancée. Cela dit, je l’étais il y a deux mois, donc ces questions ne veulent rien dire. Cela ne vous suffit toujours pas : je pourrais être dans une relation sérieuse, et donc me fiancer, et donc me marier, et donc tomber enceinte. Que voulez-vous que je vous dise ?

- Mais vous savez, l’année dernière j’ai eu treize congés de maternité dans ma division. Vous comprendrez que j’essaie de me prémunir !

Oui, je compatis, mais il y a des limites mon coco…


Il n’a pas l’air de comprendre. Il faut juste que quelqu’un lui explique. Voilà c’est ça : personne ne lui a expliqué clairement. Si toutes les femmes agressées lors de leurs entretiens de recrutement réagissaient, cela ferait sans aucun doute évoluer la situation. Je vais lui expliquer. Ce sera ma bonne action pour changer le monde. Tant pis si je me grille, je serai la kamikaze de la cause féminine.

- Je pense surtout que cela ne vous regarde pas, et que quelque soit ma situation maritale, la réponse ne vous satisferait pas. Donc oui, je peux un jour être enceinte. Sans même passer par la case mariage, d’ailleurs, ni même relation sérieuse. C’est la vie. C’est comme ça que l’humanité se reproduit et perdure. Vous-même, vous n’êtes pas né d’une table, que je sache ? Une femme vous a porté dans son corps, et heureusement qu’elle était là, car vous n’existeriez pas. Oui, les congés de maternité créent des ruptures de charge. Mais je suis persuadée qu’avec un peu d’anticipation et de coopération, ils peuvent s’insérer sans trop de heurts dans la vie et le développement d’une organisation.

- Mais ne le prenez pas comme ça ! J’ai une foule de candidats, vous savez. Et d’ailleurs j’ai demandé au cabinet de recrutement qui travaille pour moi de ne pas m’envoyer de femmes.

- Savez-vous que cette discrimination est illégale ?

Je n’aurai jamais ce job, je le sens… Tant pis, je ne me sens pas de travailler avec cet intégriste.

- Pas du tout. Ce n’est pas illégal.

- Renseignez-vous, ça l’est. Ecoutez, je crois que nous avons tous les deux des idées fermes sur le sujet, et que nous ne nous convaincrons pas l’un l’autre. Si votre appréhension est telle, il vaut mieux que nous ne travaillions pas ensemble.


Monsieur L. a le titre de Directeur. Il n’a pas l’habitude qu’on lui parle comme ça. C’est le choc.


- Monsieur L., je vous remercie de m’avoir accordé cet entretien. Je suis désolée que cela ne puisse pas aboutir.


Quelques semaines plus tard, je suis promue responsable de clientèle entreprises, ce qui me donne le privilège d’être conviée aux cocktails de la Banque. Monsieur L. y est également toujours présent. A ma grande surprise, à chacune de ces occasions, il viendra s’entretenir avec moi, avec force sourires et exclamations : « Mademoiselle Tendaze ! Bonsoir ! Quel plaisir de vous voir ici ! Comment allez-vous ? »


C’est une bonne leçon que j’ai retenue et qui me servira souvent dans le monde professionnel : reste ferme face à un caractériel entouré de bénis oui-oui, il te respectera ! Addendum : il faut aussi lui apporter du business, ça aide…


Et si je cherchais à l’extérieur de la Banque ?


* * * *


- Mademoiselle, vous avez les qualifications nécessaires pour ce poste, et je compte vous inclure dans la short-list envoyée au client.


J’ai 25 ans, et ce chasseur de têtes doit en avoir 27 ou 28. Je me demande s’il a jamais travaillé en entreprise. Il est froid et distant. Est-ce sa nature ou sa technique d’entretien ?


- J’ai cependant une dernière question à vous poser.

Bientôt la fin, bientôt la fin !

- Comptez-vous avoir un enfant dans les deux ans à venir ?

- ?

- C’est important.

- Je n’en sais rien… Au jour d’aujourd’hui, non, ce n’est pas prévu. Mais ça peut changer, vous comprenez, on ne sait jamais ce que la vie nous réserve !

Ha ha ha !, pensai-je dans ma tête. Silence glacial. Bon, détendons l’atmosphère.

- … et un accident est si vite arrivé !

Silence figé. Note mentale à moi-même : ne pas utiliser l’humour avec ce jeune homme par la suite, quoiqu’il advienne.

- Mademoiselle, si vous êtes retenue pour ce poste, vous devrez vous engager à ne pas avoir d’enfant pendant deux ans.

- Mais… Ce n’est pas réaliste !

- Ecoutez, c’est le client qui le demande. La responsable de l’équipe que vous rejoindriez demande à toutes ses collaboratrices de s’engager.

C’est une femme qui demande ça ?

- C’est une femme qui demande ça ?

- Oui, la responsable de l’équipe est une femme.

- Je ne peux pas m’engager sur un tel sujet.

Regard stupéfait du chasseur.

- Mais, c’est un poste extrêmement intéressant, dans une banque renommée !

Oui, peut-être. Cela ne suffit pas. Il est déjà difficilement admissible de devoir répondre à des questions sur son statut marital et ses projets d’ordre conjugal, alors un engagement de ce type, il ne faut pas exagérer !


Cette femme est un robot, je ne vois que ça. Cela laisse présager un style de management vraiment humain et épanouissant… Je crois que vais jouer mon joker, sur ce coup-là.

- Bien. Je n’ai aucune envie de travailler pour quelqu’un qui envisage les choses sous cet angle, encore moins si c’est une femme. Nous allons arrêter là cet entretien. Je ne suis plus candidate.


On est en pleine science fiction ! Combien de postes intéressants devrais-je encore sacrifier? On pourrait croire que ce soit le fait d’avoir des enfants qui soit un handicap. Mais non : je pourrais en avoir, donc c’est pareil !… Résultat, je subis les inconvénients professionnels d’être mère de famille, sans même bénéficier de ses plaisirs ! Incroyable mais vrai.


Badre



Le téléphone sonne, il est 23h30. Qui peut bien appeler à cette heure ?

- Bonjour, c’est Badre, je te dérange ?

Badre est mon futur boss, je commence demain à travailler dans cette société d’informatique. Je pense « ben oui tu me déranges, tu as vu l’heure ? ». Mais c’est mon futur boss.

- Non, pas vraiment.

- Bien, je voulais prendre de tes nouvelles, tu es prête pour demain ?

- Oui.

- Je suis ravi que tu aies décidé de nous rejoindre. Alors à demain !

- OK, à demain !


Badre est le Dieu de cette entreprise. Il a participé au développement du logiciel phare, et signé la plupart des clients actuels. Badre est un séducteur. Il séduit ses collaborateurs, les prospects, les clients, les partenaires. Il s’entoure de femmes, et la plupart sont passées par son lit.


Je réalise rapidement que je suis la nouvelle cible de Badre.

Ça commence par les clins d’œil, et les réflexions ambigües. Rien que de très banal dans notre culture latine.

Viennent ensuite les invitations à dîner, tout d’abord éparses, puis à tout bout de champ. Cela devient lourd et déplacé.

Cela s’amplifie avec les blagues salaces et les commentaires explicites sur ma tenue du jour et mon anatomie. La frontière est franchie.

Puis ça se poursuit par les attouchements : la main, le bras, mes épaules, mes hanches.

Le regard pénétrant. Les frôlements permanents. Il est partout, il m’observe, me traque, ne rate aucune occasion. Tous les propos qu’il m’adresse, sans exception, sont chargés, lourds, indécents.

Je crains sa présence, j’essaie de l’éviter. Je ne veux pas faire un esclandre. Mais mon silence ne fait qu’encourager ce salaud. J’ai l’impression d’être enfermée dans un aquarium qui se remplit lentement d’eau, sans que je puisse m’en échapper.


* * * *


- Allô Zidy ?

Badre. Encore lui. Il me poursuit jusque chez moi, quand j’aimerais me reposer, et l’oublier.

- J’ai un service à te demander.

- Tu as vu l’heure ?

- Oui, désolé, mais je ne passe pas au bureau demain. Ecoute, je vais chez un prospect en région après-demain, et mon train part très tôt. Pourrais-tu m’héberger demain soir, ce serait plus pratique pour moi ?

Ben voyons.


* * * *


Alain, directeur commercial de son état, a proposé de me déposer chez moi après la soirée annuelle de la société. Il est bien imbibé, la soirée a été arrosée.

- Je peux entrer boire un café ?

- Non.

- Allez… Juste un ! Ça me dessoulera pour rentrer chez moi !

- En parlant de chez toi, ta femme t’attend…

Alain se renfrogne. Les hommes mariés de son espèce n’apprécient guère qu’on leur rappelle qu’ils sont mariés.

- Elle doit dormir, à l’heure qu’il est. Je peux rentrer à l’heure que je veux.

- Tant mieux pour toi. Moi je vais me coucher, salut.

Alain attrape mon bras et tente de m’embrasser. Je dois le repousser violemment.

- Tu n’es vraiment pas facile, hein ?, dit-il en reposant ses mains sur le volant.

- Si tu parles de coucher avec n’importe qui, en particulier des hommes mariés, non, je ne suis pas facile.

- Bon, j’ai perdu.

- Perdu quoi ?

Alain me regarde d’un air goguenard.

- Le pari.

- Quel pari ?

- On a fait un pari, avec Badre et Thierry. Dès que tu es arrivée dans la boîte, on s’est dit que le premier qui réussira à te sauter a gagné. Le principe est simple : tous les coups sont permis. Je sais que Badre a pas mal pris d’avance ! Mais il a un avantage : c’est ton boss.


* * * *


Badre me fixe depuis le début de la réunion. Je lui lance des regards sévères mais rien n’y fait.

- Tu sais pourquoi j’aime les femmes noires ?

- Non. Mais je sens que je vais bientôt le savoir, même si ça ne m’intéresse pas…

- C’est parce qu’elles ont de grandes bouches.

Pauvre mec.

- Et on peut imaginer ce qu’elles font avec.

Je regarde autour de la table : les autres ont-ils entendu ? Ai-je rêvé ?

Badre se penche vers moi, approche encore son visage du mien :

- D’ailleurs, je me demande comment tu tailles les pipes.

Le silence se fait dans la salle. Personne ne réagit. Badre est le boss, le dieu. On ne froisse pas Badre.

A la sortie de la réunion, un collègue me propose : « Si tu veux, je lui casse la gueule. »

Non, laisse tomber. Il n’en vaut pas la peine, et surtout cela te retomberait dessus.


Il est exquis de se faire courtiser, parfois flatteur de se faire draguer. Se faire harceler est une humiliation.

Le matin, j’ai mal au ventre en allant travailler. Je ne sais plus comment agir. Je pense que je ne mérite pas cette torture quotidienne, qui altère ma santé, mon sommeil, mon humeur, et que je devrais démissionner avec fracas. La minute d’après, je pense qu’il n’y a pas de raison que j’abandonne un travail qui me plaît à cause d’un malotru imbécile. Si nous étions dans la sphère personnelle, je saurais exactement comment lui rabattre son caquet. Mais c’est mon supérieur hiérarchique, et la star de la société. Et qui sait si une bonne claque du droit ne me serait pas reprochée par la loi ?


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