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Embrasser Syn


Copyright © Juin 2014, A. E. Via


Couverture par Jay Aheer de Simply Defined Art


Traduit de l’anglais par Bénédicte Girault


Relectures et corrections : Clotilde Marzek-Boulée, Yvette Petek,



Tous droits réservés

Reproduction interdite/do not copy

« Le Code de la propriété intellectuelle et artistique n’autorisant, aux termes des alinéas 2 et 3 de l’article L.122-5, d’une part, que les “copies ou reproductions sont strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective” et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration, “toute représentation ou reproduction intégrale, ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite” (alinéa 1er de l’article L. 122-4). “Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivant du Code pénal.”



© 2017 Men over the Rainbow pour la présente édition française

Version papier : ISBN : 979-10-96349-19-7

Version numérique : ISBN : 979-10-96349-20-3

RECONNAISSANCE DES MARQUES





L’auteur reconnaît le statut de marques déposées et les propriétaires des marques mentionnées dans cette œuvre de fiction.

Air Jordan : Nike, Inc.

Amazon.com : Amazon.com, Inc.

BMW : BMW of North America, LLC.

Bud Light : Anheuser-Busch

Captain America : Paramount Pictures, Marvel Entertainment, Marvel

Studios

Chef Boyardee : ConAgra Foods, Inc.

Chevrolet : General Motors

Coke : THE COCA-COLA COMPANY

Colt Firearms : Colt's Manufacturing Company LLC

Colt Silicone Slick : California Exotic Novelties, LLC

Corona : Crown Imports LLC

Desert Eagle : Magnum Research, Inc.

Die Hard : Twentieth Century Fox Film Corporation, Gordon

Company, Silver Pictures

Diet Coke : THE COCA-COLA COMPANY

Dirty Harry : Warner Bros.

Don Julio Tequila : Diageo Americas

Ducati Diavel : Ducati Motor Holding S.p.A

F-350 : Ford Motor Company

Facebook : Facebook

Fortune 500 : Tine, Inc.

G.I. Jane : Buena Vista Pictures

Glock : GLOCK, Inc.

Harley Davidson : H-D

He-Man : Filmation Associates, Mattel

IHOP : HOP IP, LLC

Irish Spring : Colgate-Palmolive Company

Kevlar : E. I. du Pont de Nemours and Company

Kia Sportage : Hyundai Motor America

Mack Truck : Mack Trucks

Maglite : Mag Instrument, Inc.

Maker's Mark : Maker’s Mark Distillery, Inc.

Marlboro : PHILIP MORRIS USA INC.

MARTA : MARTA

Members Only : MEMBERS ONLY JACKETS

Mercedes-Benz : Mercedes-Benz USA, LLC

Mickey Mouse : Walt Disney Productions

Parcheesi : Parker Brothers Games, LTD.

Polo : Ralph Lauren Coproration

Pontiac GTO : General Motors

Red Roof Inn : Red Roof Inn Franchising, LLC.

Rosetta Stone : Rosetta Stone Ltd.

Roto Rooter : Roto-Rooter Group, Inc.

Shout : S.C. JOHNSON & SON, INC.

Sig Sauer : Sig Sauer, Inc.

Smith & Wesson : Smith & Wesson

Spam : Hormel Foods, LLC

Suburban : General Motors

Tic Tacs : Ferrero

Timberland : Timberland LLC

Town Car : Ford Motor Company

Toyota : Toyota Motor Sales, U.S.A., Inc.

Valkyrie : American Honda Motor Co., Inc

Village People : Can't Stop Productions, Inc.

YMCA : YMCA of the USA





TABLE DES MATIÈRES





RECONNAISSANCE DES MARQUES

TABLE DES MATIÈRES

REMERCIEMENTS

Les apparences sont parfois trompeuses

Dupez-moi une fois, honte à vous

Mon nom est Syn

Danger, inconnu

Les fantômes du mariage passé

J’ai déjà tout gâché

Qui se ressemble, s’assemble

R.E.S.P.E.C.T.

Il n’y a pas que le travail dans la vie

Et où étiez-vous à l’heure de…

Il manque quelque chose

Voyez ? Je vous ai dit que cette salope est folle !

Ça ne rigole plus

De bon à sexy, puis à mauvais, jusqu’à complètement dans la merde

Donc, j’ai été berné

Tête-à-tête

À entêté, entêté et demi

Toujours en chasse

Connard est dans le dictionnaire, juste à côté de va te faire foutre

Véritables confessions

Il était grand temps

Bon sang, je crois qu’il aime ça

Se faire rapidement des amis

Fais ton boulot et je ferai le mien

Vomissement verbal

Conflit entre l’ami et l’amant

Un petit ami, un millier d’émotions

C’est tellement réel

Alerte maximum

C’est l’heure de payer

Ma vengeance sera terrible

Oserais-je dire que c’est de l’amour ?

Je n’ai pas dit ça… Oh, putain si, tu l’as dit !

L’amour ne m’a jamais fait autant de bien

Jamais connu d’amour comme ça auparavant

L’amour est contagieux

Pas comme ça

S’il te plaît, dis-moi que tout est terminé

Embrasser Syn

Cuisinez pour nous, les filles

Oh, non… pas encore !

À PROPOS DE L’AUTEUR

ÉGALEMENT PAR A.E. VIA


REMERCIEMENTS



J’aimerais adresser un merci très spécial à mes bêtas pour tous leurs merveilleux commentaires et conseils. Aux Sœurs LaSalle (Stephanie, Cheryl et Iza) de Man2Mantastic pour leurs paroles d’encouragement et de félicitations.

Vous, mesdames, vous êtes géniales !

Une gratitude particulièrement chaleureuse à River Mitchel pour me laisser lui arracher le cerveau en deux et à Kristen Karwan pour les discussions tardives afin de savoir où emmener Syn et Furi et, bien entendu, à leurs illustrations superbes qu’elle a faites pour la promotion.

Merci beaucoup, mes belles.

Un autre merci très spécial à toi, Tina Adamski pour être une éditrice aussi efficace et phénoménale. Et avant tout, merci pour ton extrême patience avec moi et pour avoir accepté de travailler avec une deadline aussi courte. C’est mon quatrième livre publié, cependant c’est la première fois qu’une correctrice s’est souciée, non seulement de faire briller mon travail, mais m’a également enseigné comment devenir un meilleur auteur. Merci, ma poupée. Je suis impatiente de travailler de nouveau avec toi !

J’apprécie vraiment tous ceux qui m’ont soutenue, afin de proposer l’histoire de Syn et Furi à tous les lecteurs de MM.

Avec tout mon amour,

Adrienne

Note du traducteur : A.E. Via est une spécialiste du jeu de mots. Dans ce roman, “Syn”, le surnom du personnage principal, fait référence au péché, dans le sens religieux du terme. Le titre original se traduit donc littéralement par “Accepter ses péchés”. Toutefois, les jeux de mots ne pouvant que rarement être transposés d’une langue à l’autre, il nous est apparu nécessaire de modifier légèrement le titre du roman, afin de passer ce que l’on appelle couramment “la barrière de la langue”.

Les apparences sont parfois trompeuses



— Très bien, Syn, ne me fais pas perdre mon putain de temps. Voyons voir ce que tu as.

Syn se retourna et regarda celui qu’il espérait être son futur lieutenant. La voix bourrue de God pouvait réellement intimider une personne. Ajoutez à cela la taille et les tatouages du gars, et il paralyserait n’importe qui… mais Syn n’était pas comme la plupart des hommes.

Il avait posé sa candidature pour un transfert immédiat de son commissariat de Philadelphie quand il avait entendu dire qu’une place était disponible dans l’équipe la plus célèbre de l’Est des États-Unis. Un groupe d’intervention qui était dirigé par le lieutenant Cashel Godfrey – connu sous le surnom de God – et le lieutenant Leonidis Day, un salopard vif d’esprit, sarcastique et râleur qui n’avait pas peur de vous briser en deux s’il vous avait dans le nez. Le duo dynamique avait été promu au rang de lieutenant il y a quelques années, après avoir été des détectives pendant seulement cinq ans. Être promus aussi rapidement était sans précédent – avant qu’ils soient recrutés par le maire d’Atlanta pour diriger leur propre brigade spéciale afin de mettre à mal certains des fils de pute les plus durs de ce côté du Mississippi. Les nouvelles règles de God et Day étaient les mêmes qu’auparavant… il n’y en avait aucune.

Le lieutenant Day se trouvait d’un côté de la porte verrouillée, une grimace sarcastique ornant déjà son visage, ses deux 9 mm chromés pointés vers le porche branlant. God se trouvait du côté opposé, son large dos appuyé contre le mur en brique rouge de la maison, ses Desert Eagle jumeaux armés et prêts à tirer. Syn jeta un dernier coup d’œil derrière lui et vit le détective Ronowski à ses six heures, son fusil chargé. Syn lui adressa un petit hochement de tête. Tout semblait bien parti.

Il se redressa de toute sa hauteur, cambra le dos, passa son poids sur sa jambe arrière, leva sa botte droite en un mouvement fluide et fracassa le fin panneau de bois entourant la poignée de porte.

— Police d’Atlanta ! Police d’Atlanta ! hurla-t-il, avançant rapidement à l’intérieur de la petite maison, les prunelles fixées droit devant lui, mais conscient des mouvements à la périphérie de ses yeux.

God et Day étaient à l’intérieur maintenant et Syn les vit balancer les tables et les chaises qui se trouvaient sur leur passage, se traçant un chemin vers le couloir le plus proche qui donnait sur ce qui semblait être quelques chambres et à une petite salle de bain. Syn cria une série de “clair” pour le salon et la cuisine, Ronowski commença rapidement à fouiller les coussins du canapé, tâtonner sous les tables, puis tapoter sur les murs, à la recherche de bruits sourds. Les trafiquants de drogue étaient connus pour planquer la marchandise, l’argent et les armes derrière des parois amovibles.

— Police d’Atlanta ! Faites-moi voir vos mains, maintenant ! ordonna Day, dont la voix flotta tout autour de Syn tandis qu’il revenait vers l’avant de la maison.

Il aperçut Day conduisant un homme vers l’extérieur, qui paraissait avoir le début de la trentaine. Il ne portait pas de tee-shirt et ses cheveux étaient plaqués sur un côté de sa tête, comme s’il avait été surpris en plein sommeil. Ses mains étaient menottées derrière son dos avec un collier de serrage en plastique. Day le poussa vers le canapé miteux et God le regarda, le défiant d’essayer de se lever.

— Je suppose que vous n’allez pas me lire mes droits, putains de flics répugnants. J’ai entendu dire que tu posais des questions sur moi, dans le coin, God… Et d’autres conneries aussi.

— Peut-être que je devrais arranger ça afin que tu n’entendes plus rien d’autre, grogna God.

Syn vit son supérieur sortir son couteau cranté de trente centimètres du fourreau dissimulé sous son bras gauche. Il retourna magistralement la lame au-dessus de sa main une fois – le genre de mouvement que vous voyiez dans les films de Jet Li – utilisant l’autre pour saisir douloureusement le haut de l’oreille du suspect.

Celui-ci s’immobilisa et devint très calme alors que le bout de la lame glissait légèrement sur le côté de son visage et s’arrêtait sur son lobe.

— Calme-toi, putain, God ! siffla l’individu.

— Que pourrais-tu avoir entendu d’autre, Goose ? demanda God d’une voix grave.

— Rien, mec ! Rien, je te le jure !

Syn vit que God le regardait droit dans les yeux et il s’assura que son masque dénué de toute expression était bien en place. Il avait lu tout le dossier de cette ordure de dealer, couvrant les deux dernières années. Leur suspect, Greg “Goose” Jenkins avait pris la suite du commerce illégal de son oncle lorsque Day et God l’avaient arrêté et fait condamner à vingt ans de réclusion. Les gars de leur équipe avaient effectué suffisamment de surveillance concernant Goose pour décider d’opérer une fouille légale, obtenant la solide conviction qu’ils trouveraient de la drogue, du cash ou des armes dans la baraque.

God éloigna son couteau, Goose cracha sur le sol et fixa chacun d’entre eux avec un regard haineux.

— Où est le mandat, God ? Ton gars est déjà derrière, à fracasser ma putain de maison. Laisse-moi voir ton foutu ordre de perquisition.

Syn garda les yeux rivés sur le suspect, mais les commentaires du gars lui hérissaient les poils. Ne devraient-ils pas appeler des renforts maintenant ? Que faisaient donc Ronowski et Day à l’arrière ?

Syn faisait partie de l’équipe à titre d’essai. Il avait besoin de prouver qu’il pouvait suivre des ordres, anticiper le besoin d’agir et travailler efficacement en tant que membre du groupe, devant également démontrer qu’il était impitoyable et dangereux… comme tous les autres. Il avait entendu des histoires comme quoi ces gars étaient des durs à cuire. Syn l’était aussi. Il voulait grimper les échelons, donc appartenir à la force d’intervention de God et Day était un moyen sûr de se faire un nom, de sortir de l’ombre de son père et de gérer sa propre carrière.

God attrapa une des chaises de la salle à manger, la retourna et se mit à califourchon. Il fixa Syn, les prunelles vertes le transperçant, toutefois, il n’osa pas détourner les yeux. God était aussi intuitif que possible. Il savait que Syn pensait que quelque chose clochait dans cette descente.

— J’ai entendu dire que tu étais un flic véreux, cracha Goose en direction de God.

— Tu n’entends que des conneries ! répondit Syn avant que God puisse le faire.

Celui-ci le dévisagea brièvement.

— Où est ton putain de mandat, God ? Je n’ai entendu aucun de vous, fils de pute, toquer avant de fracasser ma porte et de vous inviter chez moi.

— Tu n’invites pas le vent, intervint Day avec un sourire mauvais, revenant de l’arrière avec Ronowski sur les talons. Il ne fait que souffler.

— Va te faire foutre ! rétorqua Goose.

Ils déposèrent un coffre-fort de taille moyenne sur la table à manger branlante et Ronowski tira rapidement un petit dispositif d’une de ses poches. Il l’attacha à l’avant du coffre, juste à côté du verrou. Posant son oreille contre le panneau, il écouta attentivement tandis qu’il faisait tourner le cadran.

— Je le savais ! Foutus flics de merde ! hurla l’homme en colère, bondissant sur ses pieds.

God bougea si vite que Syn n’eut aucune chance de réagir. Ses larges mains saisirent le suspect à la gorge et le soulevèrent de plusieurs centimètres en l’air, avant de le relâcher brutalement sur le sol impitoyable.

— Aïe ! gloussa Day.

Merde ! La tête de Syn lui tournait. Quelque chose clochait. God n’avait pas de mandat, il n’avait pas lu les doits du suspect, et personne n’appelait de renforts. Oh, bordel… c’est pas possible !

— Tout va bien là-bas, détective Sydney ?

Syn cligna des yeux et réalisa que des rigoles de sueur coulaient sur son visage et que son arme de service était toujours sortie. Tous les autres avaient rangé les leurs dans leurs étuis. Syn espérait qu’il n’était pas témoin de ce qu’il redoutait.

— Jackpot ! annonça Ronowski.

Syn se retourna et vit le flic au visage lisse sortir des liasses de billets enroulés. Il ne savait pas au juste combien, mais il devait au moins y avoir entre dix et vingt mille dollars, puisque chaque rouleau contenait des billets de cent dollars. Ronowski se tourna et adressa un clin d’œil à God. Syn plissa les yeux. S’il vous plaît, que quelqu’un sorte un sac pour recueillir les preuves. S’il vous plaît… Les brillantes prunelles bleues de Ronowski se tournèrent vers Day et, avec horreur, il vit l’homme sur lequel il avait entendu de si merveilleuses histoires, tendre la main vers le coffre pour en sortir plusieurs rouleaux de cash, et les glisser dans la doublure de sa veste… God et Ronowski le suivant de près.

— C’est jour de paie pour ta première sortie. On dirait que tu as de la chance, Sydney.

L’expression de God contenait un avertissement quand Syn refusa d’empocher le moindre billet.

Dupez-moi une fois, honte à vous



Le trajet de retour vers le commissariat, dans une voiture banalisée fut bizarre et silencieux. God conduisait comme s’il avait tous les chiens de l’enfer à ses trousses, pendant que tous les autres se tenaient aux poignées des portières. Il semblait que l’homme prenait un malin plaisir à briser chacune des règles du Code de la route en vigueur.

Syn était ébranlé. Il imaginait que s’il était dans un dessin animé, il y aurait de la fumée qui sortirait de ses oreilles et ses yeux jailliraient de leurs orbites. Comment diable était-ce possible que God et Day soient des flics pourris ? Toute leur équipe l’était-elle également, ou juste ces trois-là ? Il pensait montrer à ses supérieurs son efficacité et sa bravoure lors d’un raid, mais tout ça, ce n’était que des conneries ! Ils n’avaient même pas arrêté Goose. Ils lui avaient volé son putain d’argent et lui avaient dit de foutre le camp de la ville ou bien ils reviendraient.

C’était quoi ce bordel ?

Ronowski ressemblait au gendre idéal, avec ses cheveux blonds de travers, son visage lisse et ses yeux plus bleus que le ciel du Wyoming. Cependant, après que God ait lancé son avertissement à Goose, Ronowski avait rapidement coupé les menottes en plastique des mains du suspect et assommé le gars d’un puissant crochet du droit. Il avait nonchalamment enjambé le corps inerte de Goose, puis s’était dirigé vers la porte avec son fusil posé sur l’épaule.



Ils venaient juste d’entrer dans le commissariat quand le capitaine Myers leur beugla de sa porte de venir dans son bureau. Syn laissa échapper un soupir frustré et sentit que God laissait tomber une lourde main sur son épaule, avant de remonter sa poigne sur sa nuque.

Syn se tortilla pour se libérer de son emprise.

— Vire tes sales pattes de moi, Godfrey !

— Oh, oh… On dirait que quelqu’un a besoin d’un peu plus de fibres dans son régime, lâcha Day, passant devant eux.

— Ramenez vos fesses ici ! Maintenant ! fit le capitaine en revenant, hurlant à travers l’espace ouvert.

Syn et God étaient verrouillés dans un duel de regards échauffés.

— Tu crois que j’ai peur de toi, God ?

— Tu devrais, fut sa simple réponse.

Le cure-dents fit le tour de la bouche de God pendant qu’il parlait, comme s’il n’avait pas le moindre souci au monde.

Syn plissa les yeux, laissant aller sa fureur.

— Ouais, j’ai entendu dire que tu étais un putain de psychopathe et j’étais impatient de travailler avec toi. Mais maintenant ? Tu peux toujours aller te faire voir !

— Tu veux dire travailler pour moi… pas avec moi. Je suis ton lieutenant, détective Sydney.

— Tu ne mérites pas ce titre et tu ne l’entendras pas sortant de ma bouche. Je ne travaillerai jamais pour ou avec toi. Tu t’es dévoilé devant le putain de mauvais flic !

Syn fit un pas en avant et, bien qu’il mesure un mètre quatre-vingt-huit, il devait encore lever les yeux vers God.

— Je ne serai pas ta chienne. Tu ne peux pas jouer les gros bras et croire que tu vas m’effrayer.

— En es-tu sûr ?

— Putain, ouais, j’en suis certain !

Syn lança un regard mauvais à l’expression suffisante de God et il sentit une veine de son cou saillir. Il était dans une colère noire. Il avait quitté sa maison et sa famille qu’il avait laissées à Philly, afin de venir ici et travailler pour des corrompus ? Syn recula de quelques pas et inclina la tête en direction du capitaine qui attendait toujours.

— Allons discuter un peu, tu veux ?

Syn traversa le poste de police, la tête haute, et plusieurs paires d’yeux épièrent ses mouvements. Il n’entendit pas les autres policiers le suivre, cependant, il savait qu’ils étaient derrière. Aussi corpulents qu’ils soient, ils avaient le même pied léger que lui. Syn frôla le capitaine en entrant et ils remplirent tous bientôt le bureau de belle taille. Il remarqua que Ronowski ne les avait pas rejoints. Lâche !

Syn retira sa veste en cuir élimée et la posa sur une des chaises. Son tee-shirt était humide de transpiration sous son gilet en Kevlar et il avait l’impression que ses armes pesaient une tonne… ou peut-être que c’était sa conscience. Il alla droit vers la fenêtre et observa le ciel grisonnant au-dessus du parking pratiquement vide. Il tourna résolument le dos aux autres officiers, incapable de les regarder dans les yeux.

Le capitaine sifflait un vieil air du far-west annonçant une confrontation et referma la porte. Il s’assit sur le bord de son bureau avant de parler.

— C’est plutôt tendu ici, les gars. Je suppose que votre journée ne s’est pas déroulée comme prévu, détective Sydney ? Je n’ai pas besoin de demander comment s’est passée la descente, vu que Goose n’est pas en détention. Vous auriez dû attendre jusqu’à ce que vous soyez certain qu’il était dans la maison. Mes hommes auraient dû le savoir.

Il regarda God et Day avec impatience.

Syn serra les mâchoires. Il avait le sentiment d’être une bombe sur le point d’exploser. Il savait que cela pouvait provoquer la fin de sa carrière. Voulait-il vraiment être celui qui balançait God et Day ? Et s’il ne pouvait pas le prouver et que tout lui revenait en pleine face ? Il serait grillé. Plus aucune force de police ne voudrait de lui. God et Day étaient des héros aux yeux de tellement de flics… en particulier, depuis qu’ils étaient out et fiers de l’être. Cela donnait à tant d’officiers gays l’espoir que, bien que leur profession soit dominée par des machos, des mâles alpha, ils pouvaient également être bien accueillis. Et aussi parce que God et Day étaient des alphas et qu’ils avaient été acceptés d’après leurs capacités, sans tenir compte de leur sexualité. Désormais, Syn savait qu’ils n’étaient rien d’autre que de simples vermines.

— Nous pensions qu’il était là, Cap, mais ce n’était pas lui, juste un junkie, indiqua Day, parlant le premier.

Putain de menteur ! Goose était bel et bien là !

— Notre petit bleu a défoncé la porte avant même que nous lui donnions le feu vert. Nous pensons qu’il ne conviendra pas à notre équipe, Cap. Il est trop tête brûlée.

Oh, merde ! C’était impossible qu’ils rejettent la faute sur lui. Syn grogna et fit plusieurs pas déterminés vers Day avant que God apparaisse, bloquant son passage.

— Tu devrais réfléchir très prudemment à ce que tu vas faire. En particulier, si cela implique de le toucher.

La voix de God s’abaissa, prenant une tonalité effrayante.

— Va te faire foutre ! gronda aussitôt Syn.

— Whoa ! Que tout le monde se calme. Détective Sydney, nous vous avons donné une chance, pour une période de stage et si Day déclare que vous ne faites pas l’affaire, alors je suis désolé, fiston. Je suis certain que vous pourrez récupérer votre boulot à Philly. J’ai parlé à votre capitaine là-bas, il m’a assuré que vous étiez un sacré bon détective, et qu’il détestait l’idée de vous perdre. Eh bien, apparemment, ce ne sera pas le cas.

Syn fixait toujours God, tout en écoutant les paroles du vieil homme.

— Je connaissais votre père, détective Sydney. Il était un homme très bien et un capitaine encore meilleur. J’ai servi sous ses ordres pendant huit ans et j’ai beaucoup appris.

Myers tapota son dos.

— Vous avez encore quelques leçons à apprendre, fiston. Vous pourrez toujours présenter une nouvelle demande.

C’était donc ça. Syn ne pensait pas tout connaître d’un travail de police, mais il savait qu’il était l’homme parfait pour ce boulot. Des policiers venant de partout disaient à quel point son père et son grand-père étaient géniaux. Syn voulait gagner sa propre gloire. Il était sur le point de faire un pas dans cette direction, parce qu’il allait faire ce qui était juste, même si cela lui coûtait tout ce qu’il avait.

— J’étais l’homme parfait pour ce job, capitaine Myers, mais je refuse de travailler pour ces deux voleurs.

God entra rapidement dans l’espace personnel de Syn, posant pratiquement son nez sur son front. Il grogna “la ferme !” cependant Syn refusa de bouger. Il continua de parler, refusant de se laisser intimider.

— L’assaut s’est déroulé parfaitement selon leur plan. Vous devriez peut-être vérifier les comptes bancaires de certains de vos détectives, capitaine. Il semblerait qu’ils ne soient pas satisfaits de leur paie et qu'ils ont recours au vol de dealers.

— Fais-tu référence à toi, Sydney ? souffla God.

Syn vit rouge. Sa main bougea rapidement, trop vite pour que God l’arrête alors qu’il empoignait le revers de la veste de son supérieur. Syn n’avait pas prévu que la colère de God augmenterait aussi subitement qu’elle le fit. Une énorme main se verrouilla autour de sa gorge, l’autre main massive agrippant son gilet pare-balles. God le propulsa en arrière, jusqu’à ce que Syn heurte le mur.

— Calme-toi, Sydney ! rugit God.

Syn tenta sans succès de reprendre son souffle.

— God ! Reculez ! Maintenant !

Syn pouvait entendre le capitaine hurler, mais sa tête pulsait suite à l’impact avec le mur. Il savait qu’il ne lui restait que quelques secondes avant qu’il s’évanouisse. Il leva complètement son bras droit qu’il fit claquer sur l’avant-bras de God, délogeant la poigne punitive. Syn reprit rapidement une bouffée d’air, s’arcbouta et envoya son poing droit dans les côtes de God. Il vit arriver celui de son adversaire et dut utiliser ses deux bras pour le bloquer. Merde ! God était énorme et foutrement fort. Celui-ci saisit les deux épaules de Syn et, peu importe combien il se tortillait, il ne parvenait pas à se libérer. Il cessa d’essayer de retirer les doigts de God et, au lieu de cela, il l’empoigna par les épaules, lança sa tête en arrière et projeta son front sur le nez de God, lui faisant enfin lâcher sa prise. God vacilla en arrière et, bien que Syn soit étourdi, il avança, déterminé à garder la main haute. En une fraction de seconde, il remarqua que ses jambes étaient balayées sous lui. Day s’était avancé comme une panthère, se lançant en tournoyant contre ses jambes, l’envoyant durement contre le sol, le dos le premier.

Bordel, ce salaud est rapide ! Syn ne laissa pas la douleur qui irradiait de son dos le bloquer. Il donna un puissant coup de reins et se remit sur ses pieds, puis se prépara à les attaquer tous les deux. Comment ? Il n’en avait aucune idée, mais il était foutrement certain qu’il allait faire de son mieux.

— Assez ! déclara Day, même pas essoufflé.

Syn vit God appuyé contre le bureau du capitaine, bougeant son nez d’avant en arrière, afin de vérifier s’il était cassé. Syn n’osa pas baisser sa garde.

— Je déciderai quand ça suffira et je ne vais pas m’arrêter avant d’aller devant les Affaires Internes pour mettre toute votre putain d’équipe en cause et réclamer à une enquête. Ce ne sera pas assez tant qu’ils ne sonderont pas le fond de votre cul avec des microscopes afin de retrouver des traces d’argent sale, haleta Syn, lâchant ses mots entre deux souffles.

— Un microscope… ce n’est pas ce que je préfère avoir dans mon cul, détective Sydney… n’en as-tu pas entendu parler ? rétorqua Day.

Syn ne put retenir sa réaction étonnée, la remarque crade de Day l’ayant pris par surprise.

— Sale fils de pute !

Il avança de nouveau vers Day, ses bonnes résolutions disparues depuis longtemps.

Le capitaine Myers se glissa entre eux et posa une main sur la poitrine de Syn.

— En fait, j’estime que c’est largement suffisant. Détective Sydney, à moins que vous ne vouliez attendre en cellule de détention, jusqu’à ce que vous soyez calmé, je vous suggère de vous contenir. Vous êtes tous des professionnels hautement entraînés et vous agissez comme de foutus animaux.

Le torse de Syn se gonflait et se dégonflait sous l’effet de l’adrénaline. Il venait juste d’attaquer God et Day. Putain, qu’est-ce que je fous ?

Le capitaine Myers se tourna et pointa un long doigt vers Day.

— Day, si vous vous référez encore une fois à ce que vous désirez avoir dans votre cul, près de moi, je ferai en sorte que votre cul insolent se retrouve à porter l’uniforme des flics qui régulent la circulation aux abords des écoles.

Syn vit Day réfuter d’un geste arrogant la déclaration du capitaine et avancer vers God, jetant un coup d’œil à son nez.

— Est-il cassé ? demanda-t-il.

God secoua la tête pour indiquer que non, fusillant toujours Syn du regard.

Day adressa un sourire à Syn avec ce qui ressemblait énormément à de la fierté. Il claqua des mains une fois et lança un cri joyeux en l’air avant de parler.

— Bon sang, cet homme sait se battre. Je n’avais jamais vu qui que ce soit réussir à ne pas reculer devant toi, God. Je l’aime déjà. Je dirais que nous devrions en faire le troisième en commande de notre équipe. Je t’avais dit qu’il rendrait coup pour coup. Mec, quand j’ai raison, j’ai raison. Parfois, je m’étonne moi-même, tellement je suis bon pour juger les gens !

Il exécuta ensuite une drôle de petite danse de la joie.

— Ouais, je suis doué pour cerner les gens aussi, raison pour laquelle je n’aime personne, rétorqua sèchement God.

— Putain, de quoi parlez-vous ? Je ne vais pas rester pour travailler avec vous, espèces de connards !

Syn dévisageait Day comme s’il était fou et se tourna vers le capitaine.

— Capitaine Myers, je tiens à déposer immédiatement une plainte officielle à l’encontre du détective Ronowski et des lieutenants Godfrey et Day. J’ai personnellement été témoin du fait que ces hommes ont procédé à une perquisition et une saisie, assailli un homme en faisant preuve d’une force excessive et qu’ils ont volé des preuves.

Syn pointa un regard enflammé en direction de God.

— Putain, je veux que cet enfoiré complètement dingue soit arrêté pour conduite dangereuse et pour avoir brûlé six feux rouges alors que nous revenions au commissariat.

Il resta perplexe lorsque les trois hommes se mirent à éclater de rire. Il ne comprenait vraiment pas ce qu’il y avait de drôle. Ou… peut-être que le capitaine était également un ripoux et qu’ils s’esclaffaient de la fin de la carrière de Syn en tant que détective ? Merde !

Le capitaine leva les mains en l’air, en signe d’apaisement.

— Très bien, vous avez marqué un point, détective. Vous êtes clean. Prenez un siège et nous allons discuter de tout ceci, de manière rationnelle.

— Avec tout le respect qui vous est dû, allez vous faire foutre, Monsieur ! cracha Syn.

Un frisson glacé coula le long du dos de Syn au coup d’œil rageur dont le capitaine le gratifia avant que l’homme majestueux parle entre ses dents serrées.

— Je comprends que vous soyez bouleversé, détective Sydney, cependant, à moins que vous ne vouliez savoir à quoi ressemble une bonne raclée d’autrefois, vous feriez mieux d’effacer cet air moralisateur de votre visage, de baisser d’un ton et de vous rappeler que vous parlez à un officier supérieur. Un supérieur qui vous ordonne une dernière fois de poser votre cul sur cette chaise et de lui montrer un peu de putain de respect, ou, non seulement je prendrai votre badge, mais en plus, je ramènerai votre cul devant la Commission Disciplinaire plus vite que vous ne pourrez demander “pourquoi”.

Syn passa une main fatiguée sur sa barbe de trois jours et se laissa tomber sur une des quatre chaises inconfortables du bureau du capitaine, essayant de ne pas grimacer à la douleur émanant du bas de son dos. Day et God l’imitèrent lentement.

Le capitaine se réinstalla derrière son bureau et appuya sur un bouton su téléphone.

— Envoyez le détective Sealing.

— Oui, Monsieur, répondit une voix de femme.

Syn se tenait toujours en état d’alerte, s’assurant de surveiller God et Day du coin de l’œil. Il entendit la porte s’ouvrir et reconnut immédiatement le suspect de la maison qu’ils venaient juste d’assaillir, sauf que l’homme portait un badge et un étui avec une arme à la ceinture. Il arborait une marque sur la mâchoire – provenant manifestement du coup de poing de Ronowski. En parlant du bâtard, Ronowski entra juste derrière lui.

Le capitaine laissa les deux hommes refermer la porte avant de reprendre la parole.

— Détective Sydney, voici le détective Sealing. Vous le reconnaissez peut-être comme Goose. C’est l’officier chargé de l’entraînement au sein de l’équipe de God et Day. C’est un champion de boxe, médaillé d’or, et un expert en arts martiaux, donc il sait comment prendre un coup de poing. Ce que vous venez de faire était un test, afin de juger de votre force, votre courage et plus que toute autre chose, de votre moralité. Tout ce qui est nécessaire pour faire partie d’une force d’intervention. D’après ce que j’ai vu ici, vous avez réussi votre examen haut la main. Je ne pense pas que Day puisse être plus heureux, puisqu’il vous a spécifiquement choisi parmi trois cents autres candidats.

Syn se tourna et vit que Day lui lançait un clin d’œil, l’obligeant à rouler des yeux.

— Je ne vous ai pas choisi parce que vous venez d’une longue lignée de flics. Je l’ai fait parce que vous êtes sérieux. Votre dossier et lettres de recommandations parlent pour vous. Je viens juste de constater qu’en plus de ça, vous avez des couilles en acier trempé également.

Syn cligna des yeux, tentant de contrôler les battements rapides de son cœur. Il n’avait pas encore bien enregistré que sa carrière n’était peut-être pas terminée.

— Alors, toute cette mascarade n’était qu’un faux ? Le dossier et tout le reste ?

Day hocha la tête, le confirmant.

— Fils de pute ! chuchota Syn. Ça fait beaucoup pour tester la loyauté de quelqu’un envers son job, vous ne pensez pas ?

— Non, répondit le détective Sealing. Tu vas être amené à côtoyer des millions de dollars, Sydney, soit plus d’argent que tu n’en verras jamais. Nous avons jeté un coup d’œil à tes finances. Nous devions nous assurer que tu ne pourrais pas être persuadé d’en garder un peu et qui pouvait mieux te convaincre que tes propres supérieurs ? Une nouvelle recrue pourrait hésiter à voler des preuves si un autre officier le tentait, cependant, si tes propres lieutenants en sont, alors les bleus pourraient se sentir libres d’accepter. Crois-moi, détective Sydney, tout le monde n’a pas passé haut la main ma simulation. Non seulement, tu as refusé l’argent, mais tu as refusé d’endosser le rôle dont ils t’avaient gratifié, tu as physiquement attaqué tes supérieurs et tu voulais les dénoncer auprès des Affaires Internes. Je pense que c’est relativement sûr de dire que nous avons fait le bon choix.

J’ai fait le bon choix, déclara Day avec suffisance.

— Peu importe, grommela God, tenant toujours son nez endolori.

— Merde ! Vous êtes sérieux ? Il t’a frappé, God ? demanda Ronowski en souriant.

— Ferme ta gueule, Ro ! jura God. Eh bien, nous n’allons pas organiser une putain de fête et baiser ton cul toute la nuit pour avoir fait ce qu’il fallait. Veux-tu du poste, oui ou non ?

Il fixa Syn du regard qui se tourna vers Day, God et Ronowski avant de leur adresser un grand sourire moqueur.

— Cela dépend… être gay est-il une obligation également ?

— Non, mais être un crétin l’est… et tu en as à revendre. Alors, qu’est-ce que ce sera, tête de nœud ?

Day se détendit rapidement.

Syn se leva et tendit la main à God qui saisit sa paume d’une poigne très ferme et le bleu augmenta la pression afin de correspondre à la sienne, tout en fixant directement ces yeux verts menaçants. Il baissa son regard vers le nez de son supérieur.

— Tu devrais peut-être aller consulter, cela saigne méchamment.

Syn le poussa doucement tandis que God laissait brusquement retomber sa main, tournant son regard meurtrier vers Day qui riait à ses dépens. Syn fixa chaque homme dans le blanc des yeux avant de remettre son manteau et de se diriger vers la porte du bureau qu’il ouvrit en grand.

— J’accepte, dit-il avec confiance, avant de la refermer derrière lui.

Mon nom est Syn



Syn traversa tout le parking et monta dans son véhicule avant de faire une pause pour prendre quelques inspirations profondes. Il avait complètement perdu la boule là-bas, ayant même balancé un “allez vous faire foutre” à son capitaine. À quoi diable pensais-je ?

— Un test… Un putain de test ! cria-t-il à personne en particulier.

Il démarra son pick-up Chevrolet, sortant rapidement du parking. Il avait besoin d’évacuer un peu la pression. Il était toujours crispé et son corps lui faisait mal partout.

Syn se gara sur le trottoir, devant le pub, qui se dressait de l’autre côté de la rue où se trouvait son appartement. Il avait vu différents types y venir et en sortir durant les derniers jours et il pensait que ce serait un bon endroit pour se payer un petit remontant. Cela faisait assez longtemps.

Il vérifia son téléphone portable afin de s’assurer qu’il était réglé sur vibration. En tant que membre d’une équipe d’intervention, il devait être disponible et joignable vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept. Il glissa son portefeuille et son badge dans sa poche arrière, puis glissa son arme dans le creux de ses reins. Il attrapa sa vieille veste en cuir sur la banquette arrière et sortit. Après avoir observé le parking une dernière fois, il se dirigea vers le petit pub. Un rapide coup d’œil aux alentours lui indiqua que les clients avaient l’air amicaux, du moins suffisamment, et que la porte arrière n’était pas bloquée… C’était un endroit où il pourrait traîner pendant quelque temps.

Le long comptoir en bois contenait seulement une demi-douzaine de clients, la plupart des autres étant installés dans de petits box, alignés le long du mur, et d’autres se tenaient près des tables entourant une minuscule piste de danse. La musique jouée était du rock classique – Dieu, merci !

Syn prit un siège à l’extrémité du bar, la place lui permettant d’observer toute la salle. Une habitude de flic. Il étudia la multitude de bouteilles d’alcool alignées sur le mur lumineux installé derrière le bar et essaya de se choisir un poison pour la nuit.

— Que puis-je vous servir, Sport ?

Le jeune barman lança une serviette devant lui et cala ses deux mains sur le bois poli. La tête de Syn se tourna vers la voix masculine et il plongea dans des yeux aussi noirs que les siens. Le gars paraissait être en fin de vingtaine/début de la trentaine, peut-être. Il portait un tee-shirt noir moulant avec le logo du bar dessus et un jean qui tombait bas sur ses hanches étroites, à peine retenu par une ceinture cloutée noire. Une chaîne en argent pendait en travers de son bassin et disparaissait dans sa poche arrière.

Syn ne répondit pas pendant quelques secondes et remarqua que les sourcils foncés du gars se relevèrent, d’un air interrogateur. Le barman passa ses doigts dans ses longs cheveux bruns, coinçant une mèche derrière une oreille qui contenait deux anneaux en argent et un clou. Ce fut à cet instant que Syn remarqua les tatouages le long des deux bras musclés et les motifs finement ouvragés qui sortaient du col de son tee-shirt pour s’enrouler autour de son cou. Était-ce la queue d’un dragon ou celle d’un serpent ? Il ne pouvait pas le déterminer avec certitude.

— Voulez-vous quelques minutes supplémentaires ou désirez-vous voir un menu ?

Syn sortit de sa rêverie et se racla la gorge avant de parler.

— Euh… Donnez-moi une Bud Light pour commencer.

— Compris. Désirez-vous un menu ?

— Non, merci.

Syn observa l’homme marcher vers l’autre bout du bar afin d’aller chercher sa bière. Il te rappelle simplement quelqu’un. Rien de grave. Relax !

Il tenta de ne pas fixer le barman. Tous ces foutus tatouages… la manière dont son cul tendait son jean… la façon dont ses cheveux se balançaient en même temps que ses mouvements. Ils avaient l’air épais et doux, raides sur le dessus, les longues mèches formant des vagues en dessous de ses épaules. Il était svelte, mais pas maigre ; musclé sans l’être outrageusement.

Syn se retourna et scruta la piste de danse. Il y avait deux femmes – manifestement ivres – se trémoussant de manière séductrice l’une avec l’autre, offrant un véritable spectacle. Aerosmith jaillissait des haut-parleurs, une chanson à propos de faire l’amour dans un ascenseur. Hmm… il y en a un dans mon immeuble. Il était plus de vingt-deux heures désormais, l’heure pour les gens d’envisager si oui ou non ils allaient rentrer chez eux seuls ou accompagnés… Syn espérait la dernière option. “J’aime tout ça, jusqu’à ce que je m’écrase sur le sol”.

— Et voilà, Chef.

Tattoo posa sa bière devant lui.

Quel est son problème avec les putains de surnoms ?

— Je m’appelle Syn, grommela-t-il, avant de prendre une grande gorgée de sa bière.

— C’est vrai ?

Syn vit que Tattoo lui adressait un sourire sexy et un regard qui disait “j’aime ça” avant de s’éloigner pour s’occuper d’un couple assis à quelques pas de là.



Syn… Voilà qui paraît obscène.

Furi essaya de se concentrer sur les clients qui venaient juste de s’installer, cependant, il aurait aimé s’attarder et en apprendre davantage sur l’homme intense qui se tenait au bout du bar. Il était certain que le gars était hétéro, toutefois, il lançait des regards intéressés dans sa direction. Il tenta de ne pas en tirer trop de conclusions hâtives. Les gens le dévisageaient tout le temps. Les jeunes s’extasiaient sur ses tatouages, les femmes voulaient jouer avec ses cheveux et les hommes désiraient son cul ferme… les gays, du moins et quelques-uns qui ne l’étaient pas. Il ne parvenait pas à déterminer ce que Syn était. Furi aimerait bien découvrir ce qu’un sourire ferait à ses traits, entourés par tout ce délicieux chaume noir. Manifestement, il n’appréciait pas les surnoms, mais Furi voulait voir s’il pouvait réussir à énerver Monsieur Bien Trop Sexy.

— Hey, Furious, c’est l’heure pour toi de partir, non ?

Furi ignora son oncle et termina de préparer une Margarita pour la femme et un rhum-coca pour son partenaire.

— Et voilà ! Dois-je vous apporter le menu ?

Lorsqu’ils refusèrent, Furi retourna vérifier comment allait son client préféré.

— Vous en voulez un autre, mon pote ? demanda-t-il avec un sourire narquois.

— Je m’appelle Syn.

La profonde voix veloutée traversa le ventre de Furi pour atterrir droit dans son aine. Toute sa personne hurlait “je suis un mâle”. Ses larges épaules et sa poitrine ferme étaient visibles à travers son fin tee-shirt gris. Cependant, il ne parvenait pas à les voir correctement de sa place derrière le bar, et il était certain que ses cuisses étaient musclées et assez puissantes pour servir de casse-noix. Syn passa une main dans ses cheveux noirs mi-longs, les relevant avant de retomber et de partir dans toutes les directions. Ce geste permit à Furi de remarquer qu’il y avait un serpent à l’aspect dangereux, d’au moins quinze centimètres, tatoué sur l’avant-bras de Syn. Hmm… parfait ajustement. Il est certainement venimeux. Un prédateur qui pouvait attaquer et tuer lorsque vous vous y attendiez le moins. Furi se pencha un peu plus près, sans oser trop l’envahir non plus.

— Ouais, vous m’avez déjà dit votre nom, mais j’ai demandé si vous vouliez un autre verre ?

Furi passa à son tour une main dans ses cheveux et regarda Syn suivre le mouvement de ses yeux sexys et noirs.

— Non. Ça va. Merci.

— Pas de problème.

Furi lui lança un clin d’œil et claqua des dents.

— Eh bien, je m’en vais.

Il entendit Syn grogner en guise d’au revoir tandis qu’il se retournait pour attraper sa veste en cuir cachée sous le comptoir. Ensuite, il récupéra ses pourboires dans le pot posé près de la caisse et murmura quelques mots à Candy, la barman qui ferait la fermeture. Il l’embrassa sur la mâchoire, s’attardant juste un peu, faisant tout un spectacle uniquement destiné à Syn.

— Au revoir, Furi.

Elle se tortilla et couina joyeusement au contact de sa mâchoire non rasée contre sa peau lisse.

Enfilant sa veste, tournant le dos à Syn, il s’assura de balayer ses longues mèches afin qu’elles retombent sur le cuir noir. Il aurait pu jurer pouvoir sentir ces yeux, couleur charbon noir, le traquer à travers le bar, cependant, il refusa de se retourner pour vérifier.

Au revoir, Syn.

Cet homme à l’extrémité du bar était exactement le genre de gars qui vous attirait dans son lit le soir, vous baisait à vous faire perdre la tête, avant de vous virer comme un malpropre le matin suivant, parce qu’à la lumière du jour, il n’était pas gay. Furi connaissait trop bien ce genre de types. Tandis qu’il marchait sur le trottoir, jusqu’à l’arrêt de bus, son sang se glaça aux souvenirs horribles de l’année dernière alors qu’il allumait une Marlboro et attendait le bus suivant. Il n’avait pas besoin de déterrer de vieilles histoires hideuses pour se remettre l’esprit d’aplomb… il avait une scène à tourner, tôt dans la matinée.

Danger, inconnu


Syn régla la note pour sa bière et quitta le pub. D’une certaine manière, faire l’amour dans un ascenseur ne le tentait plus désormais. S’il devait être honnête, les femmes en général le faisaient rarement. Il avait toujours eu le sentiment qu’elles étaient plus une distraction qu’autre chose et il avait très peu de temps pour ça, préférant se concentrer sur sa carrière. Syn scruta la rue à droite et à gauche, sur le point de traverser pour rejoindre son immeuble, lorsqu’une silhouette familière attira son œil, juste à un demi-bloc de là.

Furious. C’est ainsi que l’homme dans le pub l’a appelé. Nom intéressant.

Syn fit un détour et s’engagea dans cette direction. Son corps ignorait totalement ce que son cerveau hurlait. Il lui ressemble, tout simplement… ce n’est pas lui. Syn avançait lentement, Furious n’irait nulle part, puisque, apparemment, il attendait le bus. Il vit un nuage de fumée émerger de ses lèvres pleines et roses. C’était une sale habitude, mais étrangement, Furious faisait en sorte que cela paraisse sexy. Syn n’était plus qu’à quelques pas lorsqu’il remarqua que Furious avait des écouteurs dans ses oreilles, les mains plongées dans les poches de sa veste, la tête baissée et que tous ses cheveux tombaient devant son beau visage.

Magnifique visage. Syn le vit éloigner la cigarette de ses lèvres.

— Oooh… Danger, inconnu !

Syn jeta un bref coup d’œil derrière lui, mais personne ne se trouvait là.

— Je parlais de vous. Vous allez juste rester là et me dévisager, mec ?

Furious releva la tête et se tourna lentement, épinglant Syn d’un regard échauffé.

— Je m’appelle…

— Ouais. Je connais votre nom, vous me l’avez déjà donné, le coupa Furious. Votre eau de Cologne vous trahira chaque fois.

Syn s’approcha un peu plus.

— Sent-elle si mauvais que ça ?

— Nan. En fait, elle sent vraiment bon, dit-il, exhalant sa fumée.

Sans en avoir l’intention, Syn laissa un petit sourire se faufiler sur ses lèvres. Maintenant qu’il avait approché Furi, il ne savait pas du tout ce qu’il devait dire ou faire. Il n’avait aucune idée de la raison pour laquelle il s’était aventuré auprès de cet homme… ou de n’importe lequel, d’ailleurs. Les yeux de Furious étaient aussi sombres que la nuit, ses cils noirs et longs frottaient ses joues lorsqu’il baissait les paupières. Syn le contemplait de tout son saoul pendant que Furious l’observait avec curiosité.

— J’aime tes tatouages, lâcha brusquement Syn, grinçant des dents lorsque sa déclaration sortit un peu plus fort qu’il ne l’avait prévu. Les étoiles sont plutôt cool.

Furious prit une profonde bouffée de sa cigarette, recracha la fumée par le nez et, d’une pichenette, lança son mégot dans la rue. Il se leva du dossier du banc, se dressant de toute sa hauteur, peut-être un mètre quatre-vingt-cinq.

— Tu sais ce que les gens pensent d’une personne quand elle a des étoiles tatouées, non ?

Furious maintenait un contact visuel.

— J’ai compris certaines choses. Je ne suis pas du genre à croire tout ce que j’entends cependant.

— Vraiment ?

Syn fronça les sourcils, ne voyant pas où Furious voulait en venir avec ça… bordel, ni même où lui, allait avec ce sujet.

— Tu attends le bus ?

— Tu as tout pigé, petit génie. Comment as-tu pu deviner ?

— Tu es vraiment un gros malin, toi… et je m’appelle Syn. Je pensais que je pourrais te tenir compagnie pendant que tu attendais… ou même t’offrir de te ramener.

Le visage de Syn était crispé tandis qu’il parlait. Pourquoi diable tout le monde doit-il être si foutrement sarcastique tout le temps ?

— Oh, vraiment ?

Furious rangea ses écouteurs dans sa veste et passa une main dans ses cheveux.

— Pourquoi offrirais-tu de me ramener ?

— Pourquoi pas ? Tu en as manifestement besoin. J’essaie juste de me montrer amical.

Syn s’approcha davantage et il entendit le léger hoquet de Furious.

— C’est bon, mec. Voilà mon bus.

Syn se retourna quand il entendit le moteur diesel d’un bus MARTA s’arrêter au stop.

— Je peux te déposer, ce n’est pas un problème.

Syn haussa les épaules comme si cela importait peu. Alors que c’était tout l’inverse.

Bordel, pourquoi est-ce que j’insiste autant ?

— C’est bon. D’ailleurs, je ne monte jamais avec des étrangers.

Les freins du bus étaient bruyants lorsqu’il stoppa devant l’arrêt et les portes automatiques s’ouvrirent.

— Dis-le ! cracha soudain Syn.

Furious se tourna pour le dévisager depuis les marches du bus.

— Dire quoi ?

— Mon nom, bon sang !

— Pourquoi ? murmura pratiquement Furious.

— Parce que je veux l’entendre sortir de ta bouche.

La voix de Syn était devenue rauque. Il était honnête. Il désirait vraiment l’entendre. Maintenant… plus tard… dix octaves plus haut, ricochant sur les murs de sa chambre. Putain !

— Non, rétorqua Furious avant de se retourner et de monter dans le bus.

Pour une raison inconnue, Syn observa son nouvel ami énigmatique payer son billet et s’installer au fond du bus. Furious ne regarda jamais dans sa direction, mais Syn continuait d’espérer alors même que le chauffeur engageait le large véhicule dans le trafic.



Furi marcha sur un demi-bloc, atteignant son petit appartement d’Emory Point. Il vivait là depuis neuf mois, après s’être enfui afin d’échapper à un mari abusif. Il avait changé de nom de famille et s’était rendu aussi loin que le lui avaient permis les sept cents dollars qu’il avait réussi à mettre de côté en secret. Sa propriétaire était une vieille dame, avec sept enfants devenus adultes et environ quinze petits-enfants qui lui rendaient souvent visite, ce qui était extrêmement bénéfique pour lui. Il avait accès aux autres parties communes de la maison, mais s’y aventurait rarement.

Il alluma la petite lampe de l’entrée et retira ses vêtements à mesure qu’il avançait vers la salle de bain. Il faisait la même chose chaque soir, lorsqu’il revenait du bar. Il devait se débarrasser de l’odeur aussi rapidement que possible. Sentir les ailes de poulet grillées et la vodka n’était pas du tout sexy pour lui. Furi vérifia à moitié ses messages, avant d’entrer dans la petite pièce qui contenait la douche la plus minuscule qu’il ait jamais vue, tournant les robinets afin de faire couler l’eau jusqu’à ce qu’elle soit chaude. Il la laissa gicler quelques minutes avant même qu’elle commence à se réchauffer.

Il avait reçu un nouveau message de Greg – l’agent publicitaire du studio. Foutrement génial ! Furi ouvrit l’e-mail et ne lut que quelques mots avant de commencer à lever les yeux au ciel, ennuyé.


Furi, j’ai discuté avec Mack concernant la proposition que je t’ai faite la semaine dernière et nous sommes prêts à t’offrir mille dollars. Qu’en dis-tu ? ET vingt-cinq cents par téléchargement ! N’est-ce pas génial, mon beau ? C’est une offre que tu ne peux pas refuser. Tu as des fans qui adorent ton cul sexy. Tu ne veux pas perdre ton public, n’est-ce pas ? Ils ont besoin de te voir plus souvent. Donne-moi ta réponse dès que possible et nous annulerons ta séance photo de demain pour commencer une nouvelle scène à la place. Nous te laisserons même choisir ta partenaire. Mmm… Sasha Pain ne serait-elle pas délicieuse ? Oh, et PS, il y a cinq cents dollars d’avance si tu dis oui tout de suite !!! G.


Furi relut l’e-mail et sentit son estomac faire de drôles de gargouillis quand il songea à accepter l’offre de Mack. Il courait déjà le risque d’être retrouvé par son ex en effectuant des séances de masturbation en solo sur le site pornographique à la petite semaine de Mack.

Lorsque celui-ci était entré dans le bar de son oncle, presque six mois auparavant, il avait parlé pratiquement toute la moitié de la nuit, déclarant combien Furi était sexy et comment il pouvait faire de lui une star de cinéma. Furi avait rapidement décidé que cela valait le coup de jeter un coup d’œil et s’était rendu au studio de Mack. Il avait été terrassé lorsqu’il avait réalisé que c’était une entreprise de porno et, pire encore, il avait eu l’impression de passer pour un idiot de ne pas avoir pensé à demander quel genre de films Mack produisait.

Chaque fois que Furi avait tenté de tirer sa révérence avec grâce, Mack lui offrait plus d’argent. Bien qu’il doive se cacher de Patrick, il avait désespérément besoin d’argent. Son oncle avait voulu qu’il déguerpisse de son canapé après seulement quelques mois.

Il y avait juste un putain de gros problème avec le site porno de Mack : c’était un site exclusivement réservé aux hétéros et Furi était tellement gay qu’il ne saurait pas comment faire jouir une femme, même si quelqu’un lui faisait un dessin.

Donc, après avoir pratiquement poursuivi Furi jusque dans le parking, Mack avait réussi à le convaincre d’effectuer une masturbation en solo pour cinq cents dollars. Furi avait espéré qu’il ne réaliserait qu’une seule session et que cela lui permettrait de quitter le canapé de son oncle. Cet argent lui suffirait pour louer une petite chambre et, bien entendu, un film était devenu deux, puis trois… et cela n’en finissait plus. Furi avait désormais plus d’une vingtaine de masturbations à son actif, et désormais, Mack tentait agressivement de le convaincre d’en faire plus. Il avait refusé une fellation pendant le film. Bordel, il doutait même de pouvoir rester dur – il avait même rejeté l’idée une masturbation mutuelle et il était foutrement certain d’être incapable d’aller jusqu’à une pénétration. Maintenant, voilà qu’il lui offrait mille dollars, plus vingt-cinq cents par téléchargement… Merde ! Cela se vendrait probablement très bien, mais la pensée d’être retrouvé par Patrick ou par son psychopathe de frère le rendait physiquement malade. Il calma son cœur battant, tentant de se convaincre que c’était tout simplement impossible que ces deux connards paient un abonnement pour un site hétéro, puisque son mari et son frère étaient gays.

Furi referma l’e-mail sans répondre et se glissa sous le jet d’eau délicieusement chaud. Il laissa échapper un petit soupir, souhaitant pouvoir bénéficier d’une meilleure pression. Les petits filets d’eau qui sortaient de la douche âgée d’une trentaine d’années étaient à peine assez forts pour rincer l’après-shampoing de ses cheveux. Il secoua la tête, conscient de toutes les petites choses qu’il avait prises pour garanties quand il était marié et vivait dans un confortable appartement à Charlotte. Lorsque Patrick et son frère étaient loin de chez eux pour régler des affaires, il était heureux, c’était lorsque son mari revenait à la maison que cela tournait au désastre.

La chair de poule jaillit sur le corps tendu de Furi. Non pas parce que l’eau refroidissait déjà, mais une fois encore, des souvenirs envahissaient sa tête… peu importe ce qu’il faisait, il ne pouvait pas les arrêter.

Les fantômes du mariage passé



Il y a un an.


Chéri, je suis à la maison. Es-tu là ?

J’arrive ! cria Furi du second étage.

Il referma rapidement le dépliant pour l’école technique qu’il lisait et dissimula les autres documents, avant de descendre l’escalier métallique en colimaçon.

Furi trouva Patrick dans la cuisine, retirant sa cravate. Bon sang, cet homme savait comment porter un costume ! Celui que Patrick avait était noir, d’un grand créateur, et possédait de fins liserés lavande qu’il accentuait parfaitement avec une cravate légèrement pourpre. Furi se verrait, sans aucun doute possible, confier la responsabilité de dépose le costume avec lequel son mari avait voyagé, chez le teinturier avant d’avoir à le ranger dans son placard. Il ne savait pas comment il était devenu l’assistant personnel de son mari, mais c’était ainsi et, afin d’éviter tout argument, Furi ne refusait jamais les requêtes de Patrick.

Est-ce le genre de bienvenue que tu offres à ton mari lorsqu’il revient à la maison après une semaine passée au loin ?

Patrick posa sa bouteille d’eau sur le comptoir de marbre brun et fixa Furi avec expectative.

Tu vas juste rester là, à me dévisager depuis l’autre côté de la pièce ?

Les yeux de Patrick pouvaient vous épingler sur place d’un seul regard sévère. Furi avait trouvé cela extrêmement sexy au début, toutefois, cette époque était révolue, le regard étant devenu plus féroce qu’attirant. Les cheveux de Patrick étaient d’un noir de jais, gominés et tirés en arrière, lui rappelant Andy Garcia, sans cette ennuyeuse implantation de cheveux en “V”.

Comment était ton vol ? demanda-t-il, s’approchant des bras musclés de Patrick.

Long. Rien de spécial ici ?

En fait, si.

Qu’est-ce que c’est ?

Avant que Furi puisse révéler à Patrick ce qui était nouveau, il ramassa le dossier d’inscription à l’école de mécanique et fronçait les sourcils tandis qu’il lisait rapidement le contenu.

C’est quoi ce bordel, Furious ?

J’étais sur le point de…

N’est-ce pas ce cher fainéant ?

Putain, génial ! Le jeune frère de Patrick et associé en affaires, Brenden, déboula au coin du couloir, refermant la boucle de sa ceinture. Furi ne l’avait pas entendu dans les toilettes lorsqu’il était descendu. Si cela avait été le cas, il serait peut-être resté à l’étage.

Je ne suis pas un paresseux. As-tu vu le jardin ?

Crétin ! Non seulement, Furi avait complètement retourné le massif, mais il avait tondu l’herbe et avait planté les fleurs d’automne, sans oublier de mentionner les trois heures qu’il avait passées dans le magasin de réparation automobile. Patrick ne saurait jamais rien de cette dernière partie cependant. Furi adorait jardiner… c’était reposant. Il avait commencé à s’en occuper afin de sortir de la maison lorsque Patrick était là, et c’était rapidement devenu un passe-temps agréable. Il adorait tout ce qu’il pouvait faire en extérieur, toutefois, sa passion restait la mécanique automobile. Il n’y avait pas un seul véhicule avec des roues et un moteur qu’il ne pouvait pas réparer.

Chéri, je t’ai posé une question.

Le regard dur de Patrick le fixait, bien que sa voix soit froide et calme. Furi craignait ce ton plus que ses cris.

Il se détourna de son ennuyeux beau-frère et fit face à son mari, remarquant immédiatement que Patrick n’appréciait pas ce qu’il avait lu dans la documentation.

Je t’ai indiqué avant que tu partes la semaine dernière que je voulais terminer mon diplôme en mécanique automobile. C’est toujours mon rêve de posséder mon propre atelier.

Furi baissa la voix et tenta de discuter uniquement avec son mari, puisque son bâtard de beau-frère continuait de se moquer de lui.

Tu sais que j’ai promis à mon père de le faire… de posséder mon propre garage un jour. Tout comme lui.

Patrick lança le dépliant sur la table comme si c’était de la merde.

Et comment vas-tu payer ce genre d’études, hein ? Ces écoles coûtent une fortune.

Furi passa une main nerveuse sur le tatouage de la Harley de son père de son avant-bras et se racla la gorge.

J’espérais que tu me prêterais l’argent et que, une fois que je commencerais à travailler, je te rembourserais… chaque dollar, ajouta-t-il pour faire bonne mesure.

Personne ne savait, en particulier son mari, que son père l’avait nommé bénéficiaire d’une assurance-vie, après lui avoir dit de “vivre son rêve”. Furi avait quatre-vingt mille dollars soigneusement cachés sur un compte au nom de son meilleur ami. Cependant, après avoir effectué un million de calculs différents, l’argent n’était pas suffisant pour ses études et son capital de départ afin d’ouvrir un magasin.

Ouais, ben aucune chance que ça arrive, flemmard ! ricana Brenden.

Ferme ta gueule et occupe-toi de tes affaires, Bren !

Avant que Furi puisse chercher à se protéger, Brenden avait ses mains autour de sa gorge et le poussait jusqu’à ce que son dos soit brutalement claqué contre la porte en acier du réfrigérateur.


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