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Gueule en terre

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Copyright S A I D 2017




v. 17.1



Gueule en terre



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L’interphone de mon kot faisait un bruit atroce. Un bruit de cor de chasse imité par un mauvais synthétiseur. Au milieu d’une nuit froide de septembre, il m’avait fait sursauter sans me réveiller. Cela faisait plusieurs nuits que je ne dormais plus.

Qui pouvait venir à cette heure ?

Était-ce une blague ?

Une erreur ?

Me cherchait-on, moi ?

Se pouvait-il qu’ils soient venus jusqu’ici ?

Un frisson parcourut mon dos fatigué. « Non, pas eux » suppliai-je intérieurement.

On sonna une deuxième fois. Je ne bougeai pas d’un pouce. « Peut-être » me dit une voix, « peut-être que si je vais ouvrir, ils partiront ». Car cela ne pouvait être qu’eux, je le savais, je le sentais.

Je me mis debout, habillai mon corps maigre en vitesse dans l’étroit appartement, descendis le hall au mauvais parquet, bancal, usé. La porte d’entrée grinça.

C’était eux, bien sûr. Ils étaient venus à trois, en pleine nuit. Une longue visière assombrissait leur visage. Juste au dessus, quelques étoiles dorées ou argentées scintillaient sous l’éclairage public. Le tablier de l’un d’eux et la toge des deux autres empestaient. On pouvait probablement repérer l’odeur d’alcool, d’humidité, de boue, de suc gastrique à cinquante mètres. La voix brisée, déchirée de mon parrain s’éleva.

– Il faut qu’on parle, bleu.

Je commençai à trembler. Ils me savaient épuisé. Ils me savaient faibles. À trois contre un, ils faisaient valoir leur force.

– On ne t’a pas vu hier, fit remarquer le togé. Ni avant-hier.

– Je sais... murmurai-je. C’est parce que... parce que... j’arrête, voilà.

Je l’avais dit. C’était sorti. J’arrêtais. J’arrêtais ces conneries.

– Il ne faut pas dire ça, bleu.

L’autre togé m’avait mis la main sur l’épaule.

– Tu as tenu dix jours. Tu as fait le plus dur, tu sais. On a déjà vécu plein de choses tous ensemble.

Les larmes commençaient à monter. Pour ne pas pleurer, je devais me taire. Au moindre mot, j’allais exploser.

– Tu sais bien que parfois, on exagère un peu. Mais c’est un jeu, hein bleu, c’est un jeu.

Un jeu humiliant, dégradant, abrutissant. Un jeu qui en dix jours m’avait fait boire, vomir, crier, pleurer, pisser dans mon froc plus que dans tout le reste de ma vie. Un jeu qui m’avait fait perdre une partie de mes cheveux. Je pouvais sentir l’air frais, là, sur le pas de la porte, rafraîchir inégalement mon crâne le long des sillons négligés de la tondeuse, passée à travers tout sans le moindre souci esthétique. Moi qui avais pris tant de temps à l’adolescence de me forger, entre autres à travers les apparences, m’étais fait briser.

– On dit des choses, et tu sais bien qu’on ne les pense pas vraiment. Mais toutes ces épreuves, on les traverse ensemble, et ça nous rend plus fort. C’est comme ça qu’on devient solidaire, qu’on devient une famille.

Certes la dureté des épreuves nous forgeaient, nous soudaient. Entre bleus, nous apprenions non seulement à nous connaitre, mais à nous entraider.

Après dix jours d’épreuve, j’en avais presque oublié mes motivations initiales. J’avais grandi sans avoir beaucoup d’amis, j’étais plutôt le genre de personne qu’on met de côté, celui dont le cœur battait quand on annonçait devoir former deux équipes de foot par choix successifs, par peur d’être le dernier. J’avais été celui qui reste trop de fois.

Après la rhéto, j’avais déménagé dans une ville inconnue, sans y connaître qui que ce soit. Je pouvais recommencer, je pouvais devenir quelqu’un d’autre. Et ces gens-là étaient apparus. Ils s’étaient proposé de nous faire découvrir la ville, de nous faire connaître de notre promotion et des autres. Nous pouvions nous intégrer, devenir des amis, des frères, une famille. Alors je m’étais mis à en rêver. J’avais rêvé d’entrer au bar en criant : « Salut la régionale ! » et qu’en retour, trente voix lancent : « Salut, le néo ! ». Je rêvais de rire chaudement avec eux, de partager soirées et matins, de me faire aider dans les coups durs, de récupérer des notes et des tuyaux...

Oui, j’avais voulu être là. Et maintenant, j’abandonnais.

– Tu as pensé aux cours ? aux tuyaux ? Si tu ne vas pas jusqu’au baptême, personne ne t’aidera. Tu finiras en galère avec tous les fossiles.

– Et parmi les néos, tout le monde te détestera.

– Comment ça ?

Ils t’aimaient bien les futurs néos. Ils te connaissaient, après plus d’une semaine. Alors pourquoi te détesteraient-ils ?

– Tu sais comment ça se passe à chaque abandon, non ? demanda un togé.

Mon parrain continua :

– On te le dit parce qu’on t’aime bien, bleu. Mais quand quelqu’un arrête, les autres se font défoncer. C’est bien pire. Tout est pire. Alors dans les deux prochains jours, ils vont venir te harceler, te supplier de revenir. Et si tu ne reviens pas, ils te haïront, encore pire qu’un fossile.

– On te le dit pour que là, tu puisses encore prendre la décision avec un minimum de dignité. Que tu te comportes comme un homme. On sait que t’as le courage de revenir, Nathan.

Attaché à l’idée d’une grande famille, je ne pouvais imaginer que mes frères et sœurs en viennent à me détester. J’allais finir seul, encore plus seul qu’avant. D’isolé, de transparent, j’allais devenir vu, épié, montré du doigt.

Il fallait que je continue. Pour moi, et pour eux tous.

– On sait que t’as le courage de revenir, répéta-t-on.

Je hochai la tête.

– Je... Je vais le faire. Je reviens.

– Bravo, bleu, dit mon parrain en me prenant dans ses bras. Bravo, bonne décision.

Bruit d’une bière qu’on décapsule. Dans la nuit, une bouteille se matérialisa dans ma main. L’un des togés hurla :

– À fond ! À fond bleu !

Sans réfléchir, je portai la bouteille à mes lèvres et laissai l’entièreté se déverser jusque dans mon estomac.

– Allez ! insista mon parrain avec une soudaine brutalité. Afonne-moi cette bière !

Il cria si fort que mon oreille droite se mit à siffler.

J’avais fini. De la mousse m’avait coulé par les coins de la bouche pour dégouliner sur mon t-shirt. Un togé attrapa la bouteille et la jeta au loin. L’écho du verre qui se brise nous parvint tandis qu’une main m’avait saisi par le cou.

– Baisse-toi ! Allez.

Il me faisait mal, et j’étais en short mais qu’importe, je devais obéir. Les joues encore sillonnées de larmes, je me baissai sur les pavés froids et durs.

– Tu veux être des nôtres ?

– Oui.

– Tu la veux, ta penne ?

– Oui.

– Tu veux qu’on te baptise, oui ou merde ?

– Oui !

– Plus fort, bleu ! plus fort !

– OUI !

J’avais choisi. J’avais choisi d’en arriver là. Ils nous l’avaient toujours dit : chacun est libre d’arrêter la bleusaille quand il le veut. Car nous n’étions pas comme les autres universités, non. Nous étions différents. Nous restions humains, nous étions tolérés par les autorités académiques, nous ne serions jamais nus et nous ne parlerions jamais de sexe. Nous n’étions même pas obligés de boire.

– Gueule en terre !

Genoux au sol, toujours, je me penchai en avant jusqu’à ce que mon front touche les pavés. J’étendis les bras vers le ciel, dans mon dos. En deux secondes, la douleur devint insupportable.

Je sentis un pied se poser sur mon crâne. Je gémis.

– Demain, à la cité à huit heures pile, bleu, compris ?

– Oui !

– J’ai pas entendu !

– OUI !

La pression se relâcha. Ils me dirent qu’il valait mieux que je sois présent demain, pour le bien de tous. Je hochai la tête. Je n’arrivais plus à les regarder dans les yeux.

Quand ils s’en allèrent, je restai là, prostré pour encore quelques secondes, tremblant sur le sol, humilié. Une ou deux fenêtres s’étaient illuminées dans la rue, mais les silhouettes anonymes avaient vite disparu, habituées au vacarme estudiantin. Personne ne se souciait de moi, étalé sur le sol, frigorifié dans mon short-tshirt à la fin du mois de septembre. C’était normal. Cela faisait partie du folklore. Ah ! le folklore !

Quelques minutes plus tard, je me réchauffai sous la douche. Des larmes vinrent tandis que je me massais les épaules et le cou. J’étais redevenu un bleu. Avais-je seulement cessé de l’être ?



Huit heures. Je m’attendais à ce qu’on me déteste, mais on m’accueillit avec soulagement.

– Heureusement que t’es revenu, Nathan, m’avait dit Clothilde. C’était horrible.

On me remit une pancarte de carton autour du cou, et me confia une nouvelle caisse de marchandises. Car c’était là ma tâche principale. Il fallait que je vende bics, briquets, paquets de cartes, bonbons, ... à tout le monde, et pour un maximum de revenus. Régulièrement alcoolisé, je lançai mon commerce les idées pas toujours claires. Est-ce que les gens m’achetaient du matériel par pitié ? Se rendaient-ils compte de ce qu’ils entretenaient ? Dans la rue, je voyais leur regard désapprobateur, et celui presque fasciné des ados, à peine plus jeunes que moi, qui rêvaient d’être à ma place. J’étais devenu le mec cool que j’avais toujours voulu être, sauf que je ne m’en souciai plus le moins du monde. Je devais juste VENDRE.

Et jour après jour, sous les « Soixante-cinq euros ? Tu te fous de ma gueule, bleu ? », les « Nonante euros, putain, t’es vraiment qu’une merde » de chaque ramassage, les bières qu’on me donnait, celles qu’on me versait sur la tête, celles qu’on me jetait au visage, celles que je devais recracher dans la bouche d’un autre ou avaler de celle d’une autre, les blackouts, les nuits blanches... Sous le poids des jours qui défilaient, je pétais les plombs.

Privé de sommeil, je devenais un véritable zombie. Un parfait petit robot obéissant aux règles absurdes de la communauté que j’alimentais, sans encore en faire partie. Je devenais prêt à tout faire, à tout accepter, à tout avaler. Ma dignité avait disparu quelque part, enlevée avec mes cheveux ou vomie avec mes tripes.

La promotion connut plusieurs abandons. Nous passâmes des heures gueule en terre, tous ensemble, pour nous punir en leur nom. Un mouton était malade, tout le troupeau devait en pâtir. Tous à genoux au milieu d’une flaque de boue, le visage presque plongé dedans, aspergés de poussière, nous hurlions des chansons paillardes à nous arracher les cordes vocales. Je les avais tant répétées qu’elles étaient devenues une litanie sinistre dont l’effet comique avait fini par disparaître.

Je rentrai chaque soir un peu moins moi-même, un peu plus conforme. Mais n’était-ce pas ce que je voulais, au fond ? J’enlevais le tablier censé me protéger et prenais une douche, de plus en plus courte au fur et à mesure que je m’habituais à mon odeur répugnante. Je devenais le déchet qu’on voulait que je sois, mais il fallait que je tienne. Que je sois solidaire du groupe qui, plus tard, allait m’aimer, me respecter, m’aider. Je le voulais.

Un jour fut pire que les autres. Dans les sandwichs du midi, on avait mélangé toutes sortes de préparations, ce qui était habituel – mon estomac s’était fait à l’idée de sentir dans la même bouchée du poulet curry et du thon cocktail – mais nous savions que les Poils et les Plumes avaient craché dans plusieurs d’entre eux. Tous jetés par terre, nous devions les manger sans les mains, comme des chiens.

Que s’était-il donc passé pour qu’on nous traite ainsi ? Je finis par le découvrir : Clothilde avait décidé d’arrêter, le seizième jour.

Une Plume vint me trouver après le repas. Après plusieurs « à fond », Plume Louise m’expliqua qu’ils savaient qu’elle et moi étions proches. Il fallait que j’aille lui parler, pour la convaincre de rester. Sinon, ça allait très mal se passer pour nous tous. En plus, j’étais déjà passé par là, moi, et j’étais revenu. Je ne savais pas trop quoi dire. Plume Louise, vingt-deux ans, n’était pas très belle à regarder quand on était sobre. Mais par la force des choses, j’étais plutôt ivre.

– Puis, tu sais, avait-elle dit, il y a encore des choses qui vous attendent.

Elle s’était rapprochée de moi, les seins bien en avant derrière son tablier entrouvert, les chaînes de sa penne pendant sur son décolleté.

Je sentis sa main sur la mienne. Elle me guida sur sa hanche.

– Je pourrais faire en sorte que ça se passe bien pour toi.

Je n’osai pas répondre. Mes joues étaient devenues rouges, et ce n’était pas la faute de l’alcool. Il nous restait encore des heures entières à chanter, à boire, à vomir... après quoi j’irais convaincre Clothilde, pour le bien de tous.



Quelques jours après ma baisse de régime, c’est moi qui me retrouvais à deux heures du matin, derrière une porte, à attendre qu’on vienne m’ouvrir. Il fallut du temps à Clothilde pour apparaître. Je n’entrevoyais qu’une partie de son visage, dans la semi obscurité, mais je compris – et je savais – qu’elle avait pleuré.

– Je n’en reviens pas qu’ils t’envoient, toi.

Elle renifla avant d’ajouter :

– C’est vraiment pas la peine d’essayer.

– Tu te rends compte que tu t’apprêtes à arrêter alors qu’on est presque au bout ?

– Je ne m’apprête à rien du tout, Nathan. J’ai arrêté, ça y est.

– Tu sais ce qui va se passer pour nous, si tu ne reviens pas ?

Elle soupira.

– Si on va jusqu’au bout, Clo, on sera libre de devenir qui on veut, d’aller aux fêtes qu’on veut...

– Mais on a perdu la liberté de dire « non ».

Elle posa le front contre la porte qu’elle maintenait entrouverte.

– Tu deviens comme eux. C’est ce que tu voulais, non ?

Comment pouvais-je ne pas comprendre alors que j’étais moi-même passé par là à peine quelques jours plus tôt ? Que m’était-il arrivé ? Une voix en moi me répondit. J’étais devenu fort, voilà tout.

– Bonne nuit, Nathan.

Clothilde fit un pas en arrière pour fermer. Dans son bref mouvement de recul, un reflet lumineux passa sur son visage.

– Attends ! Qu’est-ce que t’as, là ?

– Rien du tout, laisse-moi.

J’attrapai son visage du bout des doigts.

– Merde, Clo...

Le blanc de son œil gauche était constellé de taches rouges sang. J’étais persuadé qu’on l’avait frappée.

– Qui t’a fait ça ?

– Ils m’ont tous fait ça. J’ai tellement vomi à la dernière guindaille que des vaisseaux ont éclaté. Ça devrait se disperser.

Je restai muet.

– Arrête-toi, Nathan.

Elle claqua la porte.



Les derniers jours furent les pires de tous. Un immense défilé fut organisé en ville, parade gigantesque d’étudiants fatigués et sales, réduits à néant, forcés de boire et d’avaler des aliments avariés, et même un liquide épais, blanc, gluant que j’espérais artificiel. L’amour pour mes frères m’aveuglait, je ne voyais que l’objectif, et pas ce cirque immense.

La nuit précédant le baptême, notre pubis fut tondu lors d’une soirée. Retour au corps d’enfants, prêts à renaître.

Le jour tant attendu finit par arriver, au bout de trois semaines qui avaient semblé une éternité. Trois semaines de transformation kafkaïenne, forcé d’aller en cours de huit heures à seize heures, cours durant lesquels je n’étais parvenu à penser qu’à la soirée qui suivrait. Je pouvais à présent hurler les chants paillards sans réfléchir, comme un fou qui marmonne les mêmes mots encore et encore.

La nuit venait de tomber. Nous avions pris le bus jusqu’à l’abattoir, privatisé pour l’occasion.

On ne nous avait rien dit, officiellement, mais des rumeurs avaient circulé. Presque toutes les promesses de début de bleusaille avaient fini par être transgressées... Les autres le seraient forcément aujourd’hui. Parce qu’aujourd’hui, personne n’oserait arrêter, pas si prêt du but. J’en étais sûr : garçons et filles, nous serions nus ; nous prendrions un bain de sang. On m’avait raconté qu’en faculté vétérinaire, on enfermait les bleus dans une carcasse de vache qu’on faisait ensuite vêler. Et si la renaissance allait jusqu’à revivre notre puberté, les activités sexuelles auraient lieu. Je savais aussi que dans d’autres universités, certaines années, des baptêmes avaient mal tourné. Des comas éthyliques dont certains n’étaient pas sortis, des bleus asphyxiés après avoir été entassés dans le coffre d’une voiture. Mais jamais chez nous, d’après ce qu’on nous disait.



Je me réveillai le lendemain matin, éjecté du sommeil par ma propre quinte de toux. Le lit était couvert de sang. Je tremblais. Je tentai de me relever, et vomis sur le matelas. Ma tête me faisait terriblement mal.

Mon tablier gisait sur le sol, bruni, gondolé par le sang coagulé. Je grelotais. Fouillant ma mémoire à la recherche de souvenirs, je finis par attraper quelques scènes au fond de mon esprit. Il y avait eu la sortie dans la boue. Les bains successifs de sang et de tripes. Les corps nus, le froid. Le baptême. Nu, imberbe, couvert de sang, puant les restes de viandes les abats, j’étais bel et bien né à nouveau. Il ne restait plus qu’à faire dépuceler ma penne, dans quelques semaines, pour faire définitivement partie du groupe. Mais après ce que je venais de vivre, l’idée que mon parrain et d’autres vomissent ou pissent au fond de la casquette avant que je ne doive me la mettre sur la tête ne m’effrayait plus du tout. J’étais invincible.



En une année, j’appris à faire semblant de ne pas voir que les autres aussi étaient heureux. Semblant de voir qu’eux arrivaient à s’amuser sans boire, qu’eux faisaient des rencontres en fonction de leurs affinités réelles, en dehors des cercles. Qu’eux aussi s’organisaient pour se donner des notes de cours. Internet et l’ouverture pouvaient-ils vaincre notre enfermement ? Non, non, sans doute pas.

Une nouvelle session de baptêmes allait commencer. Nous étions au premier jour. Je regardai cette bande de jeunes, un peu apeurés. J’eus un pincement au cœur en les voyant. Ils me ressemblaient tellement, dans cette avant-vie qui me semblait si loin. Ils ne savaient pas encore à quel point ils allaient souffrir. À quel point leurs choix seraient des non-choix. À quel point on les descendrait plus bas que terre pour ensuite les endoctriner, puis les élever vers la suprématie de notre grande famille. Mais telles étaient les règles du jeu.

Je déglutis.

Bleu, je m’étais juré de ne pas torturer les autres à ce point, quand viendrait mon tour.

Mon tour était venu.

Sans état d’âme, je hurlai :

– Gueule en terre, les bleus !

Effrayés, ils m’obéirent avec maladresse. D’un coup de pied contre le sol, je les arrosai de poussière.

Au loin, je vis passer Clothilde, la fossile. Je ne daignai pas lui adresser un regard.

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Couverture : d’après une photo libre de doigts de: d’après une photo libre de doigts de Dylan Colette.


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