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L’Histoire de Tol



Par Jack Rowan



Traduit de l’anglais par Danny Tyran


Novembre 2017

Droits d’auteur

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Tous droits réservés pour le livre ISBN 978-2-924400-25-8 à Danny Tyran, première édition en octobre 2017.

All rights reserved, Danny Tyran, first edition published at Smashwords in October 2017. No part of this book may be reproduced in any form, by any means, without the prior written consent of the author.

Table des matières

Partie 1

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre3

Chapitre 4

Chapitre 5

Partie 2

Chapitre 6

Chapitre 7

Chapitre 8

Chapitre 9

Partie 3

Chapitre 10

Chapitre 11

Chapitre 12

Chapitre 13

Partie 4

Chapitre 14

Chapitre 15

Chapitre 16

Chapitre 17

Chapitre 18

Chapitre 19

Chapitre 20

Chapitre 21

Chapitre 22

Chapitre 23

Chapitre 24

Partie 5

Chapitre 25

Chapitre 26

Chapitre 27

Chapitre 28

Chapitre 29

Chapitre 30

Chapitre 31

Chapitre 32

Chapitre 33

Chapitre 34

Chapitre 35

Chapitre 36

Chapitre 37

Chapitre 38

Chapitre 39

Chapitre 40

Chapitre 41

Chapitre 42

Chapitre 43

Chapitre 44

Chapitre 45

Chapitre 46

Chapitre 47

Chapitre 48

Chapitre 49

Chapitre 50

Partie 6

Chapitre 51

Chapitre 52

Chapitre 53

Chapitre 54

Chapitre 55

Chapitre 56

Chapitre 57

Chapitre 58

Chapitre 59

Partie 7

Chapitre 60

Chapitre 61

Chapitre 62

Chapitre 63

Chapitre 64

Chapitre 65

Chapitre 66

Chapitre 67

Chapitre 68

Chapitre 69

Chapitre 70

Chapitre 71

Chapitre 72

Partie 8

Chapitre 73

Chapitre 74

Chapitre 75

Chapitre 76

Chapitre 77

Chapitre 78

Chapitre 79

Chapitre 80

Chapitre 81

Chapitre 82

Chapitre 83

Partie 9

Chapitre 84

Chapitre 85

Chapitre 86

Chapitre 87

Chapitre 88

Chapitre 89

Chapitre 90

Chapitre 91

Chapitre 92

Postface


Partie 1. Désirs choquants

Chapitre 1

Cette nuit-là, j’ai encore fait ce rêve. Toujours le même.

Je vois le visage de mon ami. Je suis près de lui et je le regarde dans les yeux. Je pourrais compter chacun de ses cils. Il hurle. Il pousse aussi fort qu’il le peut un hurlement de douleur et de peur panique. Et je m'aperçois que je suis en train de sourire. Je souris largement, voracement, alors qu’il crie à s'époumoner encore et encore chaque fois que je recommence jusqu’à ce que, même quand je m'arrête, le visage de mon ami Duncan, mon meilleur ami -- diable, mon seul ami ! -- reste tordu de terreur et de haine. Envers moi. À cause de ce que je lui fais. Et je souris toujours, emporté par l’afflux d’excitation sexuelle et de sentiment de pouvoir. Je concrétise enfin ce que j’ai voulu faire depuis des années : je fais souffrir quelqu’un, je le tiens à ma merci et je suis impitoyable. Je me nourris de sa douleur.

Le rêve se poursuit, longtemps, jusqu’à ce que je m’éveille soudainement. Comme toujours, je suis encore souriant, bandé et dégoulinant de sperme et, comme d'habitude, je suis presque nauséeux à force de lubricité, de honte et d’une terrible tristesse.

À cause de ça, les choses n’ont plus jamais été les mêmes. Mes années d’adolescence se sont arrêtées, parce qu’après, il n’y a plus eu de Duncan. Il ne m’a plus jamais parlé.

L’atmosphère pesante d’humidité était étouffante, mais je me suis masturbé, comme je le faisais parfois après le rêve, dans une sorte de dégoût. L’acte ne m’apportait aucune joie et presque aucun plaisir. J’ai titubé hors du lit, ma grosse queue encore un peu dure battant sur mes cuisses, et je suis allé me chercher une bouteille d’eau dans le frigo. J’ai ouvert les portes du balcon. Même là, l'air nocturne était lourd et fétide. En bas, une auto de police s’éloignait lentement. Même quand les rues sont vides, la cité tentaculaire n’est jamais tout à fait silencieuse, de nuit comme de jour, il y a le profond et vaste murmure de Londres, inaperçu, mais incessant. Et le ciel de plomb réfléchissait les lumières orange des lampadaires comme une lueur putride.

Je me tenais debout, tout nu sur le balcon. J'ai pris une gorgée à ma bouteille en espérant un souffle d’air frais, mais il était toujours aussi stagnant. J’ai versé le reste de l’eau sur ma tête et le liquide glacé m’a saisi alors qu’il éclaboussait mes cheveux, les plaquant contre mon crâne, dégouttant le long de mon cou, dans mon dos et sur ma poitrine.

Mon esprit était à plat, vide. Le rêve était un fait. Le passé avait bien existé et il s’était produit comme ça. C’était il y a bien longtemps.

Je suis retourné à la cuisine et me suis assis à la table, les mains sur la figure. Aux yeux de la plupart des gens, j’avais tout ce qu’on pouvait désirer. Vingt-trois ans. Brillant, aux dires de tout le monde. Un assez gros héritage m’avait permis de déposer une imposante somme à la banque et d’acquérir cet appartement près de Swiss Cottage. J’étais en santé, de belle apparence avec une tête couverte de boucles noires rebelles. J’étais mince et solidement bâti ; je pouvais m'offrir de longues séances en salle de gym. J’avais aussi une bonne auto et pas mal tout ce que je voulais.

Et j’avais réussi à éviter l’alcool et la cocaïne, même si j’avais un poste ambitieux à hautes responsabilités, la sorte de travail où vous devez bouger vite ; une vie de casse-gueule et de carnivores. J’étais un gagnant. J’étais un méchant bâtard. Les gens avaient peur de moi, comme toujours. Je ne les laissais jamais m’approcher.

Et maintenant, j’étais assis tout seul à quatre heures du matin, la cuisine éclairée par la lueur orange de Londres, regardant dans le vide, incapable de réfléchir.

Je l'ignorais, mais j’arrivais au bout de cette route, et vite. Je me tenais de plus en plus dangereusement près du précipice, mais je ne savais même pas qu’il était là.

J’ai soupiré et je suis retourné me jeter dans mon lit aux draps emmêlés où je suis resté étendu dans l’air moite et étouffant. J’ai finalement sombré dans un semblant de sommeil.

Après avoir remué plusieurs heures dans la chaleur, même la sonnerie de mon réveil était la bienvenue. Je l’ai arrêtée et j’ai déboulé dans la douche avec soulagement. Je ne pouvais faire face à la course matinale. Puis je me suis rappelé que cet après-midi il y aurait une réception pour la nouvelle fusion et je me suis habillé soigneusement. La presse serait là, ainsi que des compétiteurs et d’importants clients. Je me suis préparé un petit-déjeuner léger et un café, et je suis parti au boulot.

Le trafic ne faisait rien pour améliorer mon humeur massacrante. MC Systemics. J’ai glissé ma BMW dans mon espace de parking. Le M était pour Maxim Chernik, bien sûr, le fondateur et PDG. Après deux ans à travailler là, je ne savais toujours pas quoi penser de Maxim. Il était un acquis, insaisissable. Sans lui, MC n’existerait tout simplement pas. Il était encore son propre conseiller technique et génie de l’organisation. Nous tous, mes collègues et moi, en 1994, étions des réfugiés de Tatcherland, vicieux, compétitifs et frénétiques, travaillant inlassablement à toute heure, conspirateurs et prêts à toutes les traîtrises. Maxim ignorait tout ça. Il n’utilisait aucune des conneries habituelles de gestion. Il avait juste raison, chaque fois. Il donnait l'impression de ne presque rien faire, mais après chaque crise, une fois la poussière retombée, les corps comptés et enlevés, il y avait Maxim, avec les réponses. Il me terrifiait. De toute l’humanité, il était l’unique personne que j’admirais vraiment.

Le C était pour Colin Gibbons, l’autre fondateur, plus vieux que Maxim. Dieu seul savait ce qu’il faisait. Si je vénérais Maxim, je méprisais Colin. Pendant un certain temps, j’ai même consacré mes énergies à le détruire. Mais, ensuite, je me suis dit que ça ne servait à rien.

Mon bureau : Tolgrund Burnley, Directeur, Développement. Tolgrund : un cadeau de mon grand-père allemand. Appelez-moi Tol, comme tout le monde. Et un tel poste, à mon âge, ce n’était pas mal du tout. Maxim était venu me chercher et, comme je l’ai dit, il avait toujours raison, parce qu’après toutes les bagarres et les dommages collatéraux, j’étais vraiment doué pour ce boulot. J’ai allumé mon ordinateur et me suis connecté, puis j’ai appelé ma secrétaire.

− Bon, qu’est-ce qu’on a sur la liste ?

Pas de papotage. Pas de salutations. Droit au but. Elle avait horreur de ça, bien entendu. Brenda n’aimait pas ça, mais je m’en foutais. Comme Caligula : « Laissez-les me détester, tant qu’ils me craignent ».

− Une dernière chose avant la réception. Maxim veut vous parler. À propos de Purple. Il a besoin d’un compte rendu détaillé, pour la presse. Et au sujet de Brandon…

Brandon était le client. Il serait là. Purple était la nouvelle base de données et comme Maxim le savait parfaitement, c’était le bazar. Nous nous étions efforcés de régler ça depuis des semaines. C’était la faute de Brandon, pas la mienne, mais le client a toujours raison, bien entendu. J’ai obtenu les plus récents comptes rendus des développeurs et de l’équipe des testeurs. Je leur avais mené la vie dure du premier au dernier. Mais vous ne vous en sortez pas si facilement, pas avec Maxim. Je me suis ressaisi et me suis dirigé vers l’ascenseur.

Je ne le savais pas encore, mais le précipice était droit devant, à quelques secondes dans le futur. Et cet ascenseur me menait à ma perte.


Chapitre 2

Je suis gay. Je l’ai toujours su, mais je ne l’ai dit à personne. À l’occasion, j’allais dans les bars, je choisissais quelqu’un et le ramenais à la maison pour baiser. Cela ne représentait pas grand-chose pour moi ; je ne souhaitais pas m’engager dans une relation. Et ces rencontres ne me satisfaisaient pas vraiment, pour une raison importante : elles n’étaient pas ce dont j’avais réellement besoin.

Douleur.

C’était ce qu'il me fallait : la souffrance des autres. Je voulais leurs cris, leur terreur, leur abjecte soumission et leur vile humiliation. Je voulais leur haine, leur dégoût pendant que je les écrasais sous mes pieds et qu’ils hurlaient.

J'avais besoin de ce que j’avais obtenu de Duncan.

C’est pourquoi le fait d’être gay ne m’a jamais vraiment troublé. D’aussi loin que je pouvais me souvenir, mon attirance pour d’autres hommes a toujours été éclipsée par le désir irrésistible de jouir de leur souffrance. J’avais été un sadique absolu depuis l’âge de six ans ; du moins depuis que ma mère, horrifiée, m’avait découvert en train de pincer un garçon plus petit et de rire de ses hurlements.

J’ai réalisé dès cet instant que je ne pouvais pas laisser s’échapper cette bête hors de sa cage à nouveau, pas si je ne voulais pas que quelque chose d’intolérable m’arrive. Je l’ai gardée prisonnière avec assez de succès, jusqu’à récemment.

Duncan était un ami. Je ne savais pas ce qui l’avait attiré vers moi ou à moi ; nous étions si différents. Il était la personne la plus douce et gentille que je connaissais, mais en dépit de ça, je l’aimais et l’admirais. Il pouvait faire des choses que je ne suis jamais arrivé à apprendre, il discutait aisément avec les gens, passant du temps à ne rien faire de plus qu’à s'amuser. Avoir du plaisir était quelque chose que je ne réussissais pas bien, sauf avec lui. Depuis nos sept ans, nous avons été inséparables, et alors que nous vieillissions, j'en suis devenu amoureux.

Il m’aimait aussi, d'une manière que je ne comprenais pas. Et graduellement, nous avons commencé à faire des choses ensemble, des choses sexuelles. Nous avons exploré nos corps et appris à trouver du plaisir l'un avec l'autre. Pour lui, un jeune adolescent gay était ce qu'il y avait de plus naturel au monde. Pour moi, chaque pas était une bataille, chaque réciprocité était vécue comme une défaite, un viol.

Et la bête a commencé à tourner en rond dans sa cage. J’avais soif, pas juste des prochaines étapes sexuelles, l’une après l’autre, mais de quelque chose de plus. J’avais hâte d’avoir Duncan sous mon contrôle, pour lui faire des choses. Au début, je ne savais pas exactement quoi, mais les mois passant, j’ai trouvé des réponses. Et son image a commencé à hanter mes fantasmes ; il y était attaché, hurlant.

Nous avions quinze ans lorsque ça s’est produit. Nous étions au loin, dans les champs derrière nos demeures, vagabondant, quand nous sommes arrivés à une vieille grange. C’était l’endroit idéal pour continuer nos explorations sexuelles. Et c’est là que j’ai fait mes suggestions.

C’était excitant. J’ai vu ses yeux briller à cette idée.

− Pourquoi ne me laisserais-tu pas t’attacher ?

− Ouf ! Et ensuite ?

− Bien, tu sais. Je te ferais des choses.

Il savait. Du moins, il croyait savoir. Il a trouvé l’endroit idéal : un vieux bout de clôture et des bobines de cordes. Et c’était son idée de se déshabiller d’abord. Mes mains tremblaient quand je l'ai attaché, les bras au-dessus de sa tête et les jambes écartées.

Et alors, la bête a rugi et s’est échappée en brisant ses barreaux.

Il était étendu, avec sa bite d’ado de quinze ans bien dure. Et il me regardait en léchant ses lèvres. Il s’attendait à devoir me sucer ; c’était notre principal intérêt du moment, bien que je ne le lui avais jamais fait. Mais ce n’était pas l’image qui inondait mon esprit. Je me suis jeté sur lui comme un tigre.

Je me suis penché au-dessus de lui, agrippant ses couilles dans ma main. Je lui ai fait un sourire, ce sourire-là. Et j’ai serré, aussi fort que j’ai pu.

Son hurlement et le sentiment de trahison dans ses yeux, c’est ce qui attisait mon plaisir. J'ai recommencé, encore et encore, le regardant droit dans les yeux pour savoir l’effet que ça lui faisait. Mon corps entier était inondé de désir sexuel. C’était l’apogée de ce que j’avais imaginé pendant des années, et je me suis rué sur lui sans aucun remords. J’ai continué longtemps. Il a crié mon nom, supplié et tenté de me convaincre d’arrêter. Alors, j’ai pris un bout de corde et je l’ai fouetté de haut en bas, le couvrant entièrement de zébrures. Puis je suis retourné à ses couilles, les serrant et les tirant. J’ai continué jusqu’à ce que j’éjacule dans mon pantalon et que je tombe sur lui en gémissant.

Enfin, alors que je me remettais de mon orgasme, j’ai réalisé la terrible chose que j’avais faite. Je l’ai détaché. Il pleurait et il a jeté ses vêtements sur ses épaules et il a filé à travers champs.

Et ça a été la fin de ma dernière amitié.

Il n’y avait pas d’excuse pour ce qui était arrivé. Il n’en a jamais parlé à personne, mais il n’y avait rien que j’aurais pu faire pour arranger les choses. Les transactions ordinaires de l’enfance ne m’avaient pas préparé à trouver les moyens de réparer un tort aussi affreux. Je me suis isolé de tout le monde, j’ai repoussé la bête au fond de sa cage et j’ai décidé de ne plus jamais la laisser sortir.

Et je ne l’ai plus fait, sauf une fois à l’université. J’avais dix-huit ans.

J’avais visité un bar gay, quelque chose que je n’avais jamais fait avant, et cela me stressait. J’étais un jeune homme séduisant ; ils se sentaient attirés, et je ne savais pas quoi en faire. J’ai fui. Et dans une rue calme à proximité, un autre étudiant m’a approché.

Je l’ai tabassé, savourant chaque instant, et me disant qu’il le méritait. Et j’ai encore joui dans mon pantalon.

Après ça, j’ai réalisé que si je continuais comme ça, je serais fichu ; je finirais par être moi-même battu ou je serais emprisonné. Cette voie n’avait pas de futur. Si je ne pouvais pas garder la bête derrière les barreaux, je devrais trouver un autre moyen pour lui procurer ce qu’elle demandait. J’étais un programmeur brillant, même si je méprisais les nerds et les idéalistes au milieu desquels je travaillais. J’ai quitté l’université et j’ai rejoint une importante compagnie informatique, et j’y ai trouvé ce que je cherchais. J’ai été promu à maintes reprises. J’étais un homme d’affaires féroce et impitoyable, et la destruction et l’humiliation de mes ennemis étaient en elles-mêmes mon paiement.

À un moment donné, on devait réduire les effectifs d’une unité. Je me suis porté volontaire pour licencier les employés superflus. Assis derrière mon bureau, ma bite aussi dure qu’une barre d’acier, j’ai détruit leur vie l’une après l’autre. Et je n’ai ni été tabassé ni mis en prison ; à la place, on m’a promu à nouveau.

− Tu es un connard, a déclaré Maxim quand il m’a embauché peu après. Peut-être que c’est tout ce que tu es, et dans ce cas, tu n’auras pas beaucoup d’avenir, ici ou ailleurs. Mais ça vaut la peine de t’essayer.

Il l’a fait. J’étais bien d’autres choses que juste un connard, mais même les connards peuvent être utiles, comme Maxim le savait très bien.

J’étais fait pour cette vie. Et il y avait longtemps que j’avais eu honte de moi-même, comme pour Duncan.

Il ne restait que le rêve.


Chapitre 3

Je suis arrivé à l’étage où se trouvait le bureau de Maxim, celui de Colin et de quelques autres. La climatisation était en panne, les fenêtres étaient ouvertes et l’air humide entrait à flots. Ma chemise collait à mon dos.

J’ai marché dans le corridor vers ma destruction.

Le bureau de Maxim est immense, avec son espace de travail dans le coin le plus éloigné. Il y avait une longue table de conférence, où Maxim et Colin étaient assis quand je suis entré. Au mur est accrochée une toile étrange et troublante, ronde, en bleu et blanc.

Alors, je l’ai vu. C’était l’exact moment où j’ai mis un pied dans le précipice.

Il avait l’air d’un gamin, tapant sur le clavier d’ordinateur de Maxim, mais quand je suis entré, il s’est levé et j’ai constaté qu’il devait avoir environ seize ans. Il était mince, avec des cheveux aussi noirs que le charbon et un visage de la plus paisible et exquise beauté. L’impression qu’il produisait en était une de retenue, de netteté et de précision.

La bête a surgi, elle s’est jetée d'un bond dans les barreaux et s'est libérée. J’avais presque oublié son existence, mais elle m’a sauté à la gorge en un instant. J’étais saisi, ébranlé par l’impact.

− Tol ! Entre. Je te présente mon frère, Aron. Aron, voici Tol Burnley.

− Comment allez-vous ? a demandé le gamin formellement.

J’ai réussi à répondre.

− Aron est ici pour assister à la réception. Il s’intéresse aux ordinateurs, a dit Maxim.

− Votre frère ? Il semble très jeune, ai-je bafouillé.

Je savais que Maxim avait vingt-huit ans.

− Demi-frère en réalité. Il a seize ans. Sa mère était la deuxième épouse de mon père. Mais nos trois parents sont morts, alors je veille sur lui maintenant. D’accord, Tol. Où en est le projet Purple ?

Nous nous sommes assis. C’était une rencontre très désagréable. Je n’avais que de mauvaises nouvelles et mon esprit se tournait vers Aron tout le temps. De mon siège, je pouvais le voir taper et la bête ne m’a pas donné un moment de répit. Pire, parfois Aron me regardait.

Nous avons passé la situation en revue, ce que nous pouvions dire, ce que nous pouvions et ne pouvions pas promettre. Comme toujours, Maxim était direct, perspicace et bien informé. Il savait tout du projet, de A à Z. Il était au fait de la conception, des horaires, des résultats des tests ; diable, il connaissait même le code. Le gâchis n’était pas ma faute, il en était conscient, mais il n’allait pas me laisser m’en tirer si facilement.

− Eh bien, je ne peux pas dire que je suis satisfait, a-t-il finalement déclaré.

C’était le plus mauvais que j’ai entendu de la bouche de Maxim. J’étais dévasté et j’ai grimacé.

− Mais je crois que nous avons un plan pour le moment. Alors, laissons les choses comme ça, a-t-il ajouté.

J’ai jeté un coup d’œil à Aron, et j’ai constaté que Colin n’avait pas seulement remarqué ma déconfiture, mais en avait compris la raison. Son sourire était intéressé sans être hostile, et je me suis mis à lui en vouloir intensément.

− Tu seras présent cet après-midi ? a demandé Maxim.

− Bien entendu, ai-je répondu.

− Aron sera là également, n’est-ce pas, mon gars ? a questionné Colin.

« Au diable cet homme », ai-je pensé.

− Bien sûr. Je tiens à savoir ce que Maxim fait de ses journées.

− Réunions, réunions et réunions, a dit Maxim en riant. À plus tard, Tol.

− Au revoir, Monsieur Burnley, a dit Aron, à ma surprise.

− Au revoir, Aron.

Et tout ce que je suis arrivé à penser pendant que je descendais en ascenseur, c’était : « Aron Chernik, je veux t’entendre hurler »…

Le reste de l’avant-midi et un sandwich rapide mangé à mon bureau ont passé dans un état d’hébétude. J’ai réalisé que tout ce que j’avais construit était en danger maintenant, que si je laissais sortir la bête, tout ça serait saboté. Le frère du patron ! Ça ne pouvait pas être pire. Mais je sentais le contrôle sur ma vie m'échapper. Des éclats commençaient à s'en détacher. Je glissais vers le fond du ravin.

Enfin, c'était l'heure de la réception. La salle de réunion principale était pleine à craquer. Verres de vin, clients jasant, employés et leurs conjoints, la presse. Maxim m'a fait signe d’approcher.

− Tol, je dois aller sur la plateforme pour mon discours. Colin est occupé. Peux-tu veiller sur Aron ?

Le garçon me souriait. J’ai avalé difficilement et j’ai accepté.

− Êtes-vous vraiment responsable de tous les nouveaux programmes ? a-t-il demandé alors que Maxim s’éloignait.

− Ouais, c’est ça.

J’ai esquissé un sourire. Je me suis dit que je devais essayer de lui parler. Mais je n’étais pas habitué au bavardage ni aux ados et ma bite m’envoyait des messages. Et la climatisation ne fonctionnait toujours pas. La pièce s’était transformée en bain turc. C'était l'enfer.

− Oui. Si n’importe quoi va de travers, c’est ma faute. C’est ici que ça se passe, comme on dit, ai-je continué.

Maxim était sur la plateforme et faisait son allocution. Aron écoutait attentivement. Nous nous sommes retrouvés lentement tassés dans un coin et à la fin, nous nous trouvions dans une petite alcôve près d’une fenêtre. J’ai essayé de l’ouvrir, mais elle était bloquée.

− C’est quoi MC Datagrid ? a-t-il demandé.

− C’est le titre réel de ce dont nous parlions ce matin. Purple est juste un nom de code.

− Oh, c’est ce dont Maxim vous parlait.

− Me parlait ?

J’ai ri, mais il avait raison.

− Ah oui, « je ne peux pas dire que je suis satisfait ». C’est pas bon du tout. C’est mieux que « je suis très déçu », mais pas beaucoup, a-t-il dit.

J’ai ri très fort.

− Tu connais vraiment bien Maxim.

− C’est mon frère, a-t-il dit, plutôt raisonnablement.

J’étais fasciné par sa façon de bouger, ses gestes brefs, rapides et précis. Il me faisait penser à un chat.

− Tu es un gamin assez brillant.

− Oui, je suppose.

Et alors, sans prendre de pause, il a ajouté :

− Colin dit que vous êtes gay.

Seigneur, quel vieil imbécile ! Comment diable pouvait-il savoir ça ? Mais ça ne servait à rien de le nier.

− Je le suis.

− Moi aussi.

Pendant un moment, j’étais sidéré par la pure inévitabilité de ce qui était en train de se passer. Ses yeux étaient bruns, immenses, amusés. Je devais dire quelque chose.

− Ne t’en fais pas, des tas de gens le sont.

− Je vous aime bien. Vous êtes gentil.

C’était quelque chose que personne ne m’avait dit avant. Seigneur, mon gars, si seulement tu savais. La vérité était qu’il ne s’était probablement jamais tenu à côté de quelqu’un de moins gentil que moi. On n’en fait pas de plus méchants que moi.

− Pourquoi ne se verrait-on pas de temps en temps ? Je n’ai jamais eu de sexe avec personne et je pense que c’est bien le temps de commencer, a-t-il continué.

Il a souri et j’ai cru que j’allais perdre connaissance.

− Seigneur, mon gars ! Tu vas pas mal vite en affaires ! On ne s’est rencontré que ce matin, ai-je bafouillé.

− Si nous ne nous en parlons pas, nous ne nous reverrons sans doute jamais.

− Regarde, Aron. Pour l’amour du ciel ! Si Maxim… C’est mon patron !

− Oh, ne t’en fais pas pour ça. Tu ne comprends pas ma famille. Maxim a toujours su à mon sujet. Il sera ravi que ce soit toi, plutôt qu’un punk à l’école. Il t’admire.

Je restais là à le regarder fixement. Jésus ! Si seulement je pouvais garder la bête derrière ses barreaux, ce serait réglé. Le frère de Maxim. Et moi. Je tiendrais tout le monde par les couilles.

− Donne-moi ton email ? a-t-il dit.

Je le lui ai indiqué, mon adresse personnelle. J’ai cru voir une lueur légèrement cynique dans ses yeux. J’ai noté qu'il ne fallait pas le sous-estimer. À approcher avec grands soins.

− Je vais t’envoyer un message. Il y a des choses qu’il faut que tu saches à mon sujet.

− D’accord.

Il me faisait de l’œil.

− Je suis tout à toi si tu veux de moi. Mignon garçon de seize ans encore vierge. C’est une bonne offre.

J’en suis resté bouche bée. Ça l’a fait pouffer de rire. Et il est allé voir son frère.


Chapitre 4

Son style d’email était comme lui : précis, net et direct.

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Cher Tol,

Ce que je t’ai dit aujourd’hui était sincère. Je suis tout à toi si tu veux de moi. Il te suffit de répondre « oui » et de fixer la date.

Voici quelques informations à mon sujet. J’ai seize ans. J’aurai dix-sept ans le quatre février. Les ordinateurs sont mon principal intérêt (et les hommes et le sexe, bien sûr). J’ai mon propre PC. Je vis avec Maxim et Anya, qui est notre femme de ménage. J’ai douze certificats d’éducation générale et je n’ai obtenu que des A en mathématiques, physique et économie. Notre père étant originaire de Slovénie, nous parlons surtout slovène à la maison, alors j’aurai un A en langue étrangère également, ainsi qu’en anglais et en français, que nous maîtrisons tous.

À propos, j’ai discuté avec Maxim à notre sujet. Il trouve que c’est cool.

Je t’en dirai davantage plus tard. J’ai des choses importantes à te révéler, mais je veux savoir ce que tu penses de ce que j’ai écrit d’abord.

Aron

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Eh bien ! C’était déjà pas mal. Je suis allé me préparer à dîner. L'email était arrivé le même soir. Je ne suis pas superstitieux ; du moins, c’est ce que je crois, mais le fait que son anniversaire tombe le même jour que le mien me semblait presque effrayant. Douze certificats et cinq A ! Comme je l’avais deviné, ce jeune était brillant.

Je n’étais pas certain d’aimer qu’il en ait parlé à son frère. Mais, bon, c’était maintenant chose faite et Maxim aurait dû le savoir un jour ou l’autre.

Je suis allé sur le balcon, transportant un verre avec un doigt de whisky. L’impitoyable température ne s’était pas arrêtée, et comme toute la ville en dessous, je mourrais d’envie d’avoir de la pluie. L'odeur plate et métallique de Londres semblait distiller l'air vicié.

Je me suis assis à mon ordinateur. J’ai réfléchi, tapé et corrigé longtemps.

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Cher Aron,

Tu m’étonnes beaucoup. Personne ne m’a jamais fait une offre si inattendue, surtout pas un jeune de seize ans ! Les ados, de nos jours…

Comment pourrais-je dire « non » ? Tu es sans aucun doute la personne la plus magnifique et la plus passionnante que j’ai rencontrée depuis longtemps. Je vais donc t'indiquer le jour et l’heure, et tu décides si tu veux vraiment faire ça. Si tu préfères laisser tomber, je ne te jugerai pas mal pour autant. Alors, voici : restaurant Bei-Fang Peking, rue Manbury, mardi prochain à sept heures trente. Tenue décontractée.

Une chose ou deux à mon sujet : J’ai vingt-trois ans. J’ai quitté l’université sans diplôme pour m’engager dans l’industrie. Je suis programmeur. Vraiment. Même si je n’écris pas tellement de code ces temps-ci. Mais je suis très bon là-dedans. Je vis dans un appartement au cinquième étage. Je n’ai jamais eu de petit ami à proprement parler. Et en ce moment, je ne fais pas grand-chose à part travailler et aller à la gym.

Alors, maintenant, tu as ton rendez-vous. Tu fais mieux de sauter sur l’occasion tout de suite. As-tu fait tes devoirs ?

J’attends avec impatience de connaître les « choses importantes » que tu as mentionnées…

Tol

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J’ai signé et à la minute où l’email est parti, la bête m’est tombée dessus. Elle était vorace. Les images tourbillonnaient dans ma tête : Aron menotté, Aron ligoté, hurlant, son visage tordu de douleur, des fouets, des pinces, des trucs piquants, des fers à marquer, des couteaux. Elle m’a ravagé, tant elle était exigeante et contrôlante. Je me suis écroulé sur le lit et masturbé comme un fou, criant alors que j’éjaculais.

Je me suis alors mis en boule et j’ai pleuré, comme je ne l’avais plus fait depuis huit ans.

Le lendemain, la température était toujours aussi horrible et j’avais eu une nuit désespérée et affreuse. Je me sentais anéanti. J’ai eu envie d’appeler et de me déclarer malade, mais j’ai imaginé ce que Maxim penserait et je me suis traîné au boulot.

− Je prie pour que la foutue climatisation fonctionne, disais-je à Brenda quand Maxim est arrivé à mon bureau.

− Il y a des hommes qui travaillent dessus en ce moment. Avec un peu de chance, ça devrait redémarrer avant le déjeuner. Brenda, voudrais-tu surveiller la porte quelques minutes ? Et pas d’appels. J'ai besoin de parler à cet homme.

Je relâché ma cravate et je me suis écrasé dans mon fauteuil. J’étais à peine surpris qu’il connaisse le nom de ma secrétaire. Je ne me souciais pas de ces choses-là.

− Aron m’a montré tes messages.

− Maxim…

Il était tourné face à la fenêtre.

− Silence. Regarde, Tol, rien de tout ça n’est nouveau pour moi. Il a seize ans. Il doit commencer quelque part. Mais il y a une chose ou deux que je dois te dire. Il te le dira ce soir, je crois, mais je voulais être le premier à t'en parler, avant que les choses n’aillent plus loin.

Il s’est tourné pour me faire face.

− Aron est un soumis et un masochiste, Tol. Et toi, je pense, tu es son exact opposé.

− Maxim !

− Je le sais, parce que je le suis aussi. Colin l’est également et nous t’avons tous deux repéré. Ça ne me dérange pas. C’est en partie pourquoi je t’ai offert ton boulot, parce que je comprends ça. Et je te respecte. Je ne suis pas tout à fait sûr de t’aimer, car tu caches ton jeu, n’est-ce pas, Tol ? Tu es la personne la plus secrète que je connaisse et ça m’inquiète. La nature d’Aron, sa jeunesse, son inexpérience en font quelqu’un de particulièrement vulnérable, surtout pour des gens comme nous. D’un autre côté, tu pourrais bien être exactement ce dont il a besoin. Et pour cette raison, le mieux que je peux faire est de laisser ceci se produire. De toute manière, il est déjà assez vieux pour faire pas mal tout ce qu’il aime, à moins que je considère ça comme un problème crucial ou une question de majorité, ce qui serait une autre erreur.

− Maxim, si tu penses que je…

− Écoute, Tol. Aron est mon frère, et mon père me l’a confié sur son lit de mort. Aron, pour moi, est sacré. Je suppose que tu t’es informé sur l’histoire de la Slovénie.

Il avait raison ; étant donné qu’il était mon patron, bien sûr, je l’avais fait. Ce n’était pas une lecture agréable.

− Mon arrière-grand-père a fait écorcher vif trois hommes parce qu’ils avaient craché sur son coche. Ils ont mis deux jours à mourir. Tu dois savoir qu’il n’y a absolument rien que je ne serais prêt à faire, rien que je ne risquerais pour protéger Aron. Si tu te comportes correctement envers lui, tu auras un ami inestimable. Tu ne serais guère humain si tu n’y avais pas pensé. Mais si tu lui causes du tort de quelque manière que ce soit, je te détruirai entièrement.

Il avait dit ça de son ton de voix calme et normal, j’étais choqué. Je me suis levé.

− Maxim, pour l’amour de Dieu…

− Ne parle pas, Tol. Je m’inquiète à ton sujet. Ton style au travail est brutal et vicieux, et ça me fait me demander si tu as assimilé ta nature correctement. Tu es un connard, Tol, je te l’ai déjà dit. D’accord, ce sont tes affaires. Mais si tu agis en connard avec Aron, tu es mort.

Il a marché jusqu’à la porte et je l’ai suivi en bégayant quelque chose. Il a levé sa main.

− Ceci dit, j’ai aimé le ton de ton email. Tu t'es montré gentil et tu lui as donné le choix. Pour ce que ça vaut, tu as ma bénédiction. Fais du bon boulot.

Il m’a tapé amicalement l'épaule, puis il est sorti.

Je me suis effondré dans mon fauteuil, sonné. J’ai passé l’avant-midi dans une sorte de brouillard. Au déjeuner, la climatisation ne fonctionnait toujours pas et j’ai décidé de partir. J’ai dit à Brenda que je ne me sentais pas bien et je suis rentré chez moi.

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Cher Tol,

Merci pour le rendez-vous. Je serai là, ne crains rien.

Maxim croit que je dois te préciser ceci, mais je ne suis pas sûr de la manière de l’exprimer. C’est à propos de ce que je veux faire pour la baise et le reste. Peut-on être embarrassé par un email ? Parce que je le suis en ce moment. C'est que, lorsque je pense à des choses sexuelles, ça se passe toujours de la même façon. Je me vois ligoté ou on est en train de m’attacher. Et parfois, l’homme me fait souffrir. C’est douloureux, mais j’aime ça. J’ai essayé une fois. J’ai mis une pince couverte de tissu sur mon mamelon. J’avais mal, mais c’était excitant ! Peux-tu comprendre ça ? Suis-je trop bizare ?

Ne te sens pas obligé de faire ces choses. Mais je crois que tu dois savoir.

J’ai hâte de te revoir. Et J’AI FAIT mes devoirs.

Aron

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Je l’ai lu à plusieurs reprises, et l’injustice de tout ça me donnait envie de pleurer. Si les choses étaient juste un peu différentes, ça pourrait être si merveilleux ! Mais dans la situation actuelle, je me sentais en train de marcher de plus en plus près du bord d’une terrible catastrophe. La bête avait lu le message avec moi et je l’entendais grogner et conspirer.

Mais il n’y avait rien que je pouvais changer. J’étais déjà allé trop loin. J’ai tiré vers moi mon clavier.

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Cher Aron,

J’étais vraiment ravi de recevoir ton email. Et non, je ne te trouve pas bizarre. Parce que maintenant, c’est mon tour de te faire des révélations. Je suis ton contraire ; quand j'imagine des choses sexuelles, c’est l’autre personne qui est attachée et c’est moi qui lui fais mal. Alors, tu vois, nous pourrions nous débrouiller très bien ensemble. Et j’espère que tu ne t’inquièteras pas. On pourrait avoir besoin de temps pour faire en sorte que ça marche et peut-être que nous ferons des erreurs au début. Mais ce sera amusant et tu ne dois pas être effrayé. Je ne ferai rien que tu ne voudrais pas.

Je vais m’arrêter maintenant, parce que la température est si affreuse que je n’arrive pas à penser clairement. Mais j’ai hâte de te voir.

Et, en passant, on n’écrit pas « embarrassé » comme ça. Ni « bizare ». Regarde ces mots dans le dictionnaire. Si tu ne sais pas les épeler correctement d’ici mardi, je de donnerai la fessée. Fort !

Baisers.

Tol

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Seulement quelques minutes plus tard, j’ai reçu ceci :

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Tol,

Ton email pour Aron est arrivé. Merci. C’était exactement ce qui était nécessaire et tu l’as rendu extrêmement heureux. Et essaie d’avoir l’air au moins UN PEU surpris s’il ne peut pas épeler ces mots comme il faut !

Maxim

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Je suis allé me coucher un peu plus détendu et espérant contre toute espérance que tout irait bien.


Chapitre 5

Le lendemain était un samedi. Habituellement, j’allais travailler, mais la température était toujours insupportable, alors j’ai décidé de prendre congé. Je me suis forcé à aller au centre sportif. Je suis rentré fatigué à la maison, mais dans un meilleur état d’esprit. Les images scabreuses d’Aron avaient cessé, pour le moment du moins, de me harceler.

Dans l’après-midi, un soleil jaunâtre a percé les nuages, ce qui n'a fait que rendre l’air encore plus insupportable. Il me prenait à la gorge. Je n’ai pas été surpris quand un avertissement de smog a été diffusé. Dimanche était même pire. Je suis resté à mon appartement avec les fenêtres fermées et les ventilateurs rugissant. Mon moral et mon énergie étaient à zéro.

Lundi, au moins, la climatisation fonctionnait et j’ai été capable de faire un peu de boulot, rejetant le lendemain au fond de mon esprit. Dans l’après-midi, je suis allé voir Maxim.

− Je crois que je vais m’absenter demain.

− Sûr, Tol. Nerveux ?

− Maxim, je meurs de trouille. C’est l’honnête vérité. Comme un adolescent à son premier rancard.

Et ça, au moins, était vrai.

− Ne t’en fais pas. Il ne se sent pas mieux.

Il a ri.

− D’accord, fous le camp. Tu n’es d’aucune utilité ici, ça, c’est clair.

J’ai suivi son conseil. Je suis resté assis à la maison à m’inquiéter, regardant les émissions de télé, me demandant quoi diable j’étais censé faire, mais incapable d’y penser clairement.

Cette nuit-là, il y a eu un léger mouvement d’air frais. Et avec lui, la bête s’est aussi agitée. J’ai prié. Ça n’a servi à rien ; les images d’Aron sont revenues. Je me suis masturbé, essayant de les retenir, mais même ça n’a pas fonctionné longtemps.

J’ai été réveillé pendant la nuit par un puissant et tumultueux coup de tonnerre. L’orage semblait résonner dans un sens et dans l’autre partout sous les nuages, comme dans une salle monumentale. Puis le ciel nous est tombé sur la tête. La pluie s’est abattue sur la ville, l’a écrasée et noyée. Je me suis tenu tout nu sur le balcon, m’en délectant. Et tout autour, mes voisins ont fait la même chose, se réjouissant et poussant des cris de joie.

Puis je suis rentré, j’ai ouvert une bière et je me suis étendu. Soudain, rien ne me semblait impossible. Alors ? Ce soir, je donnerais la fessée à un magnifique jeune homme, avec son consentement et ses encouragements, et il pousserait des cris perçants et j’adorerais ça. Et il aimerait ça aussi. Et tout, absolument tout serait parfait. Mes doutes et mes angoisses des derniers jours me semblaient absurdes. La bête et moi ne formions qu’un et nous en étions ravis.

J’ai dormi quelques heures de plus, d’un sommeil bienheureux et paisible dans le nouvel air frais. Et je me suis réveillé extraordinairement ragaillardi. Alors je suis sorti acheter des choses dont je pourrais avoir besoin.

Une matinée passée à rôder dans les boutiques érotiques n’a rien fait pour calmer mes esprits. Je me sentais puissant, accepté et libre. J’ai nettoyé l’appartement méticuleusement. Au milieu de l’après-midi, la pluie s’est arrêtée, laissant la ville détrempée et le ciel clair. J’ai pris une douche, choisissant mes vêtements avec soin, me peignant pour me donner un look sauvage et je me suis mis en route.

J’ai garé l’auto et j’ai attendu à l’extérieur du restaurant, craignant un peu que Maxim le reconduise. Mais il est arrivé à pied.

Pendant un moment, nous sommes restés à nous regarder. Il portait un jeans noir serré, des baskets et un haut dans des motifs multicolores complexes, qui provenait, j’ai réalisé, de sa terre natale. Il était resplendissant.

− Alors, ai-je dit. Tu es là.

− Est-ce que tu doutais de moi, de ce que je t'ai écrit ?

− C’est dur d'y croire. Tu es tellement superbe…

Il a ri.

− Bien, tu feras l’affaire, toi aussi. Allez, viens. Nourris-moi.

J’ai commandé pour lui. Et nous avons réussi à passer au travers du canard laqué et de quelques autres plats. Il mangeait rapidement et proprement, mais aucun de nous n’avait vraiment faim. Nous avons surtout parlé de son école et de ses amis, puis d’ordinateurs, du sien et de ses logiciels. J’ai découvert qu’il était à la fois bien informé et astucieux. Il écrivait déjà ses programmes. Et il construisait ses propres équipements informatiques. Il avait même conçu sa carte-mère et l’avait fait fabriquer. J’étais impressionné ; il n’était pas qu’un utilisateur de souris.

J’ai réglé l’addition.

− Es-tu toujours prêt pour ça ? ai-je demandé en esquissant un petit sourire.

− Oui. Vraiment.

− Te souviens-tu de tes mots ?

− Pas certain. Nous allons voir.

Il a souri.

− Viens, alors, jeune Slovène.

Je lui ai tendu la main et il l’a prise. Sur le chemin du retour, nous n’avons rien dit. Notre nervosité était palpable.

− Embrasse-moi, a-t-il dit sitôt entré à mon appartement.

Sa bouche goûtait les litchis et le thé vert. Ses lèvres et sa langue étaient délicates et précises. J’étais enchanté. Il y avait très longtemps.

J’ai murmuré.

− Si tu veux que je stoppe, dis : « Stop stop stop ». Comme ça, trois fois. Et j’arrêterai. Compris ?

Il a fait « oui » de la tête en souriant. Et à ce moment-là, je croyais vraiment que je le ferais. Je me tenais au bord du précipice et je ne le savais pas.

Mais nous ne pouvions plus supporter l’attente, ni l’un ni l’autre. Je pouvais voir qu’il était bandé dans son pantalon. J’ai pris la place que j’avais préparée, dans une chaise droite.

− Donc, mon gars. Peux-tu épeler les mots que je t’ai indiqués ?

La petite scène avait commencé.

− Je ne sais pas. Vérifie-le.

− Alors, épelle-moi « bizarre ».

− B, I, Z, A, R, E.

− Es-tu certain ?

Il aurait encore pu reculer, mais il a continué.

− Eh bien, tu t’es trompé. Je t’ai donné un juste avertissement. Tu aurais pu l’apprendre, mais tu ne l’as pas fait. Maintenant, je crois que tu dois être puni. Qu'en penses-tu ?

− Je dois être puni.

− À mon avis, tu dois recevoir la fessée, tout nu, sur mes genoux. Es-tu d’accord ?

− Oui.

− Alors, dis-le. Demande-moi ta punition.

− S’il vous plaît, punissez-moi sur vos genoux. T…tout nu.

Il a avalé nerveusement. Je pouvais voir qu’il était désespérément excité. Je l’ai poussé à aller plus loin.

− Agenouille-toi et supplie-moi pour que je te punisse.

Il s’est agenouillé en chancelant.

− Je vous en prie, punissez-moi. Donnez-moi la fessée, nu sur vos genoux. Je l’ai méritée.

− Très bien. Retire tes vêtements. Et plie-les soigneusement ici.

Il a obéi. Le pliage a pris un peu de temps. Je l’ai regardé émerger : sa poitrine vierge, élancée, mais bien musclée, ses bras sveltes, son ventre plat, ses longues jambes de coureur. Et finalement, après une délicieuse hésitation, sa queue, déjà dure, presque verticale, de magnifiques proportions, circoncise.

− Approche.

Il a obéi. Je lui ai souri, mais il n’a pas réagi. Le moment était trop intense et il y était tout entier immergé. J’ai touché ses mamelons et il a respiré bruyamment. Mais je devais m’en tenir à notre entente. Il y avait quelque chose toutefois. J’ai fouillé dans le sac que j’avais placé à proximité et j’ai pris les menottes.

− Sais-tu ce que c’est ? Ils sont pour tes poignets. On ne veut pas que tu te débattes, n’est-ce pas ?

Ses yeux ont semblé se brouiller.

− Non.

− Dois-je te les mettre, alors ?

− Oui, s’il vous plaît. Mettez-les-moi.

Je l’ai fait se retourner et il a tendu les bras derrière lui. Puis j'ai attaché ses mains dans son dos. C’était un moment incroyablement intense.

− Maintenant, étends-toi à plat ventre sur mes cuisses.

Il l’a fait, et son merveilleux postérieur était sous mes yeux, blanc au-dessus de ses jambes bronzées. Je l’ai caressé doucement, des épaules aux genoux. Il a grogné.

− Maintenant, je vais te donner la fessée.

J’ai commencé légèrement et lentement, alternant sur chaque fesse, mais je me suis vite mis à bander. Il gémissait sans arrêt, se tordant et grimaçant. Et je continuais de le frapper. La bête s’était réveillée, pas séparément de moi, mais comme une partie de moi. Je me sentais cruel, puissant et impitoyable. Je le faisais souffrir et je voulais le faire souffrir davantage. Je voulais ses cris. Je voulais sa douleur. Je n’y résistais plus, je participais, me nourrissant et me délectant de ce que je faisais. J'ai réalisé que je souriais.

Ses mouvements étaient de plus en plus frénétiques, il était en train de se masturber sur mes jambes et il a éjaculé partout sur moi, criant de plaisir. J’ai continué de le frapper de plus en plus fort. Alors il s’est raidi et il l’a dit.

− Tol, Tol… Stop stop stop !

Et c’est à cet instant précis que je suis tombé dans le précipice. À ce moment précis, alors que pour lui c’était devenu intolérable, c’était devenu pour moi inarrêtable.

Alors, j’ai continué.

Il répétait en criant sa phrase de détresse. Mais j’avais dépassé le moment où je pouvais l’entendre. Je frappais aussi fort que je le pouvais maintenant et il hurlait sans arrêt, ses mains se tordant dans les menottes, ses jambes battant frénétiquement l’air. En le tenant fermement d’une seule main, j’ai tendu l’autre pour attraper ma ceinture.

Utilisant toute ma force, j’ai continué de le fouetter et de le fouetter encore. D’affreuses marques sont apparues pendant que je frappais jusqu’à ses cuisses et ses flancs. Je pouvais entendre ses pleurs, mais j’exultais. C’était ce qui me manquait ! C’était moi ! C’était ce pour quoi j’étais fait !

Ça devait faire dix minutes qu’il m’avait demandé d’arrêter quand j’ai joui avec un soupir, alors que je lui donnais un dernier coup. Et à ce moment, consterné, je me suis arrêté.

Je l’ai aidé à se lever. Il s’est tourné pour me faire face, les yeux remplis de larmes.

− Toi, foutu bâtard ! Je t’ai demandé d’arrêter ! Tu avais dit que tu le ferais, mais tu as continué ! Toi… espèce de sale con ! Enlève-moi ces damnés machins !

Je l’ai fait se retourner et les lui ai ôtés.

− Aron, je suis désolé. Honnêtement, je n’en avais pas l’intention… Je… Je me suis laissé emporter ! Tu étais si merveilleux, je n’ai pas pu…

− Ferme-là ! Ferme-la. Tu es juste un sale connard, tu sais ça ? Battre un gamin menotté. C'est si… fichtrement… brave !

− Je t’assure, je ne voulais pas…

Il remettait ses vêtements, avec des gestes précis et très rapides. Aron pouvait se mouvoir bien plus vite que n’importe qui que je connaissais.

− Ma première fois, et tu l’as gâchée. Va te faire foutre, Tol Burnley, le merdeux !

− Écoute, Aron. Attends un peu. Donne-moi une chance...

Il était à la porte.

− Je t’ai donné une chance. Je t’ai donné une sacrée grosse chance. Nous aurions pu avoir quelque chose de bien. J’aurais pu prendre tout ce que tu m’aurais fait, le moment venu. J’aurais pu t’offrir une belle vie ; mais toi, pauvre type, tu n’as pas pu résister, n’est-ce pas ? Je ne raconterai pas ça à Maxim, parce que je ne veux pas qu’il sache quel idiot j’ai été de te faire confiance. Considère-toi comme chanceux ; si je le lui disais, il te tuerait. Mais, en ce qui me concerne, tu peux te faire foutre et crever !

Il est sorti en claquant la porte.

Partie 2. Profonds engagements

Chapitre 6

Je savais que j’aurais dû me sentir coupable et honteux, mais en vérité, je ne ressentais rien de semblable. Je planais et j’exultais. J’avais finalement fait ce dont je rêvais depuis des années. J’avais poussé quelqu’un au-delà de ce qu’il pouvait endurer ; je l’avais plongé dans le tourment, et mon âme festoyait. Le fait que c’était un adolescent, un magnifique ado, que c’était sa première fois, qu’il était le frère de mon patron ne rendait tout ça que plus exquis. Pas une once de regret n’assombrissait mon excitation, pas la moindre compassion pour ce gamin que j’avais trompé, trahi et agressé. Soudainement, lui et le reste de l’espèce humaine n'avaient plus aucune importance.

Un grand whisky. Et quoi d'autre ? Brahms, oui, le Concerto pour piano numéro un. J’ai ouvert les portes et suis sorti sur le balcon. La ville connaissait sa première soirée fraîche depuis une semaine et les gens circulaient joyeusement en bas. Soudain, la vie était passée de pas grand-chose à l'allégresse. Je me réjouissais de ma libération, de ma cruauté et de mon impitoyabilité.

J’étais tombé dans un précipice et maintenant j'avais l'impression de planer.

Les accords larges de Brahms explosaient derrière de moi, et j’ai commencé à me demander ce que je devais faire ensuite. J’étais dans une situation périlleuse. Si Maxim découvrait tout, s’il tombait sur la vérité ou si Aron la lui racontait, c’était clair que ma vie serait en réel danger. Mais même ça m’excitait, plutôt que de me troubler, surtout que je voulais plus d’Aron ; il était si magnifique, si coopératif, si délicieusement indigné et en colère ensuite. Je devais essayer de faire quelque chose tout de suite pour réparer la brèche.

J’étais très cynique alors que j’allumais l’ordinateur et préparais un email.

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Mon cher Aron,

Je ne peux pas dire à quel point je regrette et je te demande pardon pour ce soir.

Je ne sais pas ce qui s’est passé, excepté que je me suis laissé emporter. J’admets que c’était la première fois que je vivais quelque chose comme ce que nous avons fait ensemble, et je n’étais pas préparé à ce que j’ai éprouvé. Tout ce qui est arrivé était si torride et tu as été tellement brave, t’agenouillant là et m’offrant tes bras pour les menottes, puis supportant cette fessée. Ce que j’ai ressenti m’a renversé. Je n’aurais pas dû laisser les choses se produire de cette façon ; après tout, je suis plus vieux que toi et j’aurais dû être préparé. Je t’ai déçu et j’en suis plus désolé que je ne saurais l’exprimer.

Je ne t’enverrai plus d’emails. Si ton cœur te pousse à me répondre, je me sentirai plus heureux que je le mérite.

Avec beaucoup de regrets,

Tol

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J’en étais assez satisfait. Presque une conclusion faisant penser à la saga de la bague de Jane Austen dans le dernier paragraphe, me disais-je. Je l’ai envoyé.

L’autre moitié de l’équation était Maxim. Je devais lui parler demain, me suis-je dit. Je me suis mis au lit immensément satisfait des événements de la journée.

− Alors, qu’est-ce qui s’est passé ? a demandé Maxim, quand je suis allé le voir. C’est clair que quelque chose est allé de travers. Aron est devenu très silencieux et je n’aime pas ça.

Il avait son petit sourire habituel, mais je n’étais pas dupe. J’étais en réel danger. Un simple mensonge ne ferait pas l’affaire.

− Je ne veux pas tous les détails. Vous deux avez le droit à votre intimité. Mais en termes généraux ? a-t-il insisté.

− Oh, Seigneur ! Je pense qu’il a eu les yeux plus grands que le ventre ; voilà en gros la situation. Et je… je n’ai pas été à son écoute, à celle de ses réactions. Il a fini par en avoir bien plus qu’il aurait dû. Peut-être beaucoup plus.

J’ai passé ma main dans mes cheveux.

− Maxim, je suis un débutant, tu le sais. Le fait est que c’était ma responsabilité et j’ai commis une erreur. J’ai tout foutu en l’air. Je n’ai pas arrêté d’y penser. J'ignore ce qui est allé de travers, je te le jure, mais les choses ont très mal tourné.

− Est-ce que c’était seulement une fessée ?

− Oui.

J’ai jeté un coup d’œil d’ensemble sur lui. Pour une raison inconnue, il m’a semblé en colère, plus qu’en colère, assoiffé de vengeance. J’avais loupé quelque chose.

− Ah, mais nous nous pétons tous la gueule à un moment ou à un autre. C’est inévitable. Rappelle-toi seulement la règle d’or : moins, c’est mieux que plus. Fais toujours en sorte qu’ils en veuillent plus, plutôt que le contraire, a-t-il dit en souriant. De cette façon, ils reviennent à tous les coups. Bon, alors que vas-tu faire maintenant ?

Je lui ai envoyé un email pour lui demander pardon. Mais j’ai laissé la balle dans son camp, Maxim. C’est à lui de décider. S’il ne veut pas me revoir, c’est sa prérogative.

− Oui. C’était judicieux et aussi juste. Je n’interviendrai pas, Tol ; ça doit venir de lui. Tu comprends ?

− Absolument.

− D’accord, alors au travail. Désolé, mais l’affaire Purple ne s’envolera pas.

Et c’était réglé. « Tout va bien. Pour l’instant, tout va bien », ai-je pensé. J’exultais en secret. Même Maxim ! Et maintenant, si Aron pouvait me répondre…

Il ne l’a pas fait. Ni mercredi ni jeudi. La température s’était alourdie de nouveau et Londres était revenu à l’enfer brumeux de la précédente semaine. Alors, j'ai commencé à m’inquiéter. S’il me répondait enfin…

Et tard vendredi, ça y était. Il devait avoir travaillé dessus toute la soirée. J’ai retiré ma chemise détrempée et j’ai lu.

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Tol,

Je ne savais pas quoi faire après mardi. J’avais dit que je n’en parlerais pas à Maxim et je ne l’ai pas fait, même si je suis sûr qu’il suspecte que quelque chose a été de travers.

Je pense que je comprends et je peux croire ce que tu as dit à propos de se laisser emporter, parce que c’était vraiment excitant. Au début, les sensations que tu m’as données étaient merveilleuses. C’était ce dont j’avais toujours rêvé et j’étais si heureux. C’est ce qui a tout rendu si terrible à la fin. Après avoir joui, je ne voulais qu'un peu de tranquilité, un câlin et peut-être d’autres trucs. Mais au lieu de ça, tu as juste continué à me frapper. Ça m’a vraiment fait très très mal. Et ça a tout gâché.

Le problème est que je ne peux plus endurer ça. J’aimerais penser que tu ne te laisseras pas emporter à nouveau, mais est-ce que je peux te faire confiance ? Je ne sais pas.

Si tu veux, tu peux m'écrire, mais alors sois patient, car je ne te répondrai pas immédiatement.

Aron

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J’étais choqué. Je me sentais vraiment désolé pour lui. Et impressionné par lui. Il y avait un esprit très adulte au travail ici, car il avait été tout droit au cœur des choses. Parce que la vérité était qu’il ne pouvait pas me faire confiance ; je n’étais pas quelqu’un de fiable.

Cette émotion s’est éteinte. Mon cou était sur le billot maintenant. Ma survie était en jeu. J’ai commencé à écrire une réponse.

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Cher Aron,

Merci pour ta généreuse lettre.

Je peux trop bien comprendre, malheureusement, ton inquiétude à l’idée de me faire encore confiance. Tout ce que je peux dire est que j’y étais préparé. Ça t’a coûté très cher, mais j’ai acquis de l’expérience.

Je ne suggère pas que nous nous revoyions tout de suite. Nous devons tous deux réfléchir, moi plus que quiconque. Et si nous nous rencontrons de nouveau, nous devrons y aller très lentement, très doucement, jusqu’à ce que tu te sentes capable de me faire plus confiance. Alors, peut-être que nous pourrons enfin reprendre où nous avions commencé et retirer quelque chose de bien de cette terrible expérience.

De toute façon, c’est tout ce que j’ai à offrir pour le moment. Je vais attendre de tes nouvelles.

Et merci encore de m’avoir écrit. C’était vraiment très apprécié.

Tol


Et après mûre réflexion, j’ai osé ajouter :

P.S. Peut-être que tu devrais regarder comment écrire « tranquilité ».

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Je l’ai envoyé. J’étais toujours inquiet, mais je pensais que c’était gagnant. Et un nouveau plan désespéré s’est formé dans mon esprit.


Chapitre 7

Ce que je comptais obtenir de lui, c’était de le tourner sens dessus dessous, de sorte qu’il accepte tout, absolument tout de moi. Je n'avais rien à faire d’un égal. Son indépendance et sa résistance étaient une menace. Je le voulais abject et servile. Il devait comprendre qu'il n'avait aucun droit de s'opposer à ma volonté et se faire à cette idée. Alors il n’y aurait plus de danger qu’il aille voir Maxim. Et je pourrais avoir mon plaisir quand j’en aurais besoin.

Comment y arriver ? Il me fallait plus de temps avec lui, seuls tous les deux, afin de pouvoir le briser complètement, le remodeler. Peut-être que si je suggérais, disons, une semaine loin d'ici, rien que lui et moi ? Pour construire graduellement sa confiance, pas à pas ? Il pourrait accepter ça. Quand nous serions à l'écart ensemble, les dés en seraient jetés. Il serait à moi.

Que j’aie même pu envisager de réaliser un tel projet, en rétrospection, montre que j’avais déjà atteint le fond. Tous mes scrupules s'évanouissaient. Maintenant, j’étais en train de perdre mon intelligence, mon bon sens.

J’ai soigné ce plan tout le week-end. Il y avait un cottage que je louais quelques fois, dûment isolé ; il ferait l’affaire. Mais il me fallait d'abord une réponse de lui qui me donnerait peut-être un angle d'approche.

Quand elle est arrivée dimanche soir, elle surpassait toutes mes attentes. Assis dans le courant d’air de mon ventilateur, je l’ai lue.

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Cher Tol,

Le fait est que je ne veux pas te laisser tomber. Je peux tout aussi bien l’avouer, je garde encore l'espoir de pouvoir faire quelque chose avec toi.

J’aime ce que tu as dit à propos de commencer très lentement. Ça m’aidera. Mais je dois dire dès le départ que je n'accepterai plus que tu ne t’arrêtes pas encore une fois. Tu dois comprendre que je ne le peux tout simplement pas. Et je devrai en finir avec toi si ça se reproduit.

Je ne sais pas ce que tu penseras de cette suggestion. Peut-être que nous pourrions partir ensemble pour quelques jours, peut-être une semaine, et y travailler correctement et lentement. Si nous avons assez de temps, nous n’aurons pas besoin de nous presser.

Qu'en dis-tu ? Si tu acceptes, nous pourrons en parler à Maxim.

Les bleus sur mes fesses et mes jambes sont vraiment étonnants. Ce qui est bizarre, c’est qu’en un sens, j’en suis pas mal fier.

Aron


P.S. Merci pour le tuyau concernant « tranquillité ». Je déteste vraiment quand j’écris quelque chose de travers. J’aime que les choses soient correctes. Mais je crois que nous allons laisser tomber l’épellation pour l’instant : mauvaises associations.

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Il y avait toujours une petite partie de moi qui voulait pleurer en lisant ça, à cause de son courage et de sa force. Le reste de moi se sentait comme un chat quand un oisillon vient à portée de ses griffes.

J’ai appelé les propriétaires du cottage et je l’ai réservé pour cette semaine et la suivante.

Je n’ai pas répondu ce jour-là. Le lendemain, lundi, j’ai croisé Maxim dans le parking, alors que nous toussions en marchant et transpirant dans le smog.

− Comment ça va, Tol ?

− Mieux. Nous nous parlons au moins. Mon Dieu, il est vraiment intelligent, Maxim. Je n’avais pas réalisé à quel point il agit en adulte. Il m’a suggéré une idée intéressante, mais je dois d’abord y penser.

− Ça m’a l’air bien. J’ai eu un mauvais moment mercredi. Mais comme je le disais, tout le monde commet des erreurs et tu sembles faire de ton mieux pour arranger les choses. Ça fait partie du processus d’apprentissage, je suppose.

− C’est juste que j’aurais préféré que ce ne soit pas avec lui que j’ai merdé, c’est tout.

Maxim m’a tapé l’épaule et nous nous sommes séparés.


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