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DU DOIGT POINTÉ
À LA MAIN TENDUE

BRICE KAMGANG







DU DOIGT POINTÉ
À LA MAIN TENDUE

LA METHODE ODRI


#BETHEINSPIRATION













Living Books Publishing
Makepe, rue des avocats



Copyright © 2017 by Brice Kamgang. Cover design by Kiosk.

Tous droits réservés. Toute forme de reproduction intégrale ou partielle est strictement interdite. La MÉTHODE ODRI et le concept BE THE INSPIRATION sont des propriétés exclusives de l’auteur. Pour toute autorisation, bien vouloir contacter l’auteur à travers son site web www.bricekamgang.com

ISBN : 978-1-9735-0805-2 Ebook


Publié par :





Living Books Publishing
Makepe, rue des avocats. BP : 8758 Douala, Cameroun
Tél : +237 242 989 499 | Whatsapp : +237 696 555 260
info@livingbooks.ltd | www.livingbooks.ltd

Imprimé à Douala par Living Press.

Lors de mon dernier séjour au Cameroun, mon pays natal, j’ai eu la chance de rencontrer Brice et de passer du temps avec lui. Il travaille avec sérieux dans ce projet que nous partageons tous "Be The Inspiration".

Ce livre sera bénéfique pour tous ceux qui comprendront que la méthode ODRI est possible dans un contexte où tout semble impossible. Il suffit de réaliser la capacité que la jeunesse a et de se prendre en main, c’est ça la vision pour une nouvelle Afrique émergente. J’ai eu beaucoup de plaisir à le parcourir, je vous souhaite aussi une agréable lecture.

OLIVIER CHEUWA
Artiste, Producteur et Philanthrope
Directeur Artistique et Programmation du
Lausanne Afro Fusions Festival – www.lausaff.org

Je dédie ce livre à mes parents



REMERCIEMENTS

— Je tiens à remercier mon épouse qui est pour moi un véritable pilier et soutien inconditionnel.

— Le Dr Joseph Moumi De Bakonji pour son approche scientifique et académique,

— Maman Joelle Titti qui a joué un rôle capital dans le cadre de l’édition de ce livre,

— Dr Nicole Fouda pour les précieux contacts offerts.

— Olivier Cheuwa, Boris Yebga, William Njamen et Dr Landry Badjeck pour leur disponibilité et conseils.

— Emmanuel Mougoue, Norbert Tienctcheu, Luc Perry Wandji, les coaches Armel Ndounkeu et Popo Leboy pour leur coaching et motivation.

— Les Entrepreneurs Africains, sources d’inspiration avec qui j’ai collaborés :

  • Au Cameroun : Vidal Kenmoe, Elong William, Dolly Sorel Nwafo dit Lydol, Eric Nzhié,

  • Au Ghana : Faisal Abdul-Wahab,

  • En Côte d’Ivoire : Stephanie Gnango

  • Au Nigéria : Oladeji Kehinde, Halimatu Sadia Sanusi

  • Au Sénégal : Oumar Basse

— Fany Ange Matchoum, Mémé Pidjou Christian, Françoise Attisi, Arlais Ntchana, Denis Fogaing, Alain Deko, et tous les membre du Langa Toastmaster.

SOMMAIRE







PRÉFACE

Le syndrome OVFC (On Va Faire Comment ?) apparait depuis une décennie comme un véritable fléau qui est entrain de dévaster progressivement, et systématiquement les esprits et les espoirs des jeunes au Cameroun et dans toute l’Afrique. Et comme tout fléau dévastateur, le Syndrome OVFC avait atteint, au cours de ces dernières années son point culminant. Il y avait donc urgence à trouver des remèdes. Des remèdes pouvant agir tant sur le plan préventif que sur le plan curatif. Il m’apparait tout à fait prémonitoire que ce soit un jeune auteur, Brice KAMGANG, qui ait pris le taureau par les cornes, en proposant une solution préventive et curative : « La Méthode ODRI ».

En publiant cet essai laborieux, Brice KAMGANG a l’ambition d’apporter sa noble contribution à l’éradication de ce fléau dévastateur. Pour ce bien faire, il a emprunté à la méthode empirique. En effet, le chef d’œuvre présente de façon exhaustive les mécanismes, les manifestations et les nombreuses ramifications du fléau, tel que l’intrépide chercheur a observé sur le terrain. En effet, l’ouvrage révèle que Brice KAMGANG a consacré une partie précieuse de son temps à observer, à scruter et à analyser pendant plusieurs années, les comportements et les attitudes des jeunes face aux profondes mutations qui ont bouleversé les structures économiques, financières et sociales du Continent au cours des deux dernières décennies.

A l’issue de cette phase d’observation, notre laborieux chercheur s’est consacré à l’analyse des données recueillies. L’ouvrage révèle à quel point il a cerné ce fléau, en interprétant les multiples facettes dudit fléau. Démarche qui lui a permis de comprendre les méandres, les multiples facettes, ainsi que les causes du syndrome « On Va Faire Comment ? ».

Le lecteur comprend, par la profondeur des thèses et la fluidité du texte, avec quel engagement et avec quel amour le chercheur iconoclaste s’est engagé à apporter à cette jeunesse en détresse, une solution viable. Une solution qui puisse lui permettre, à moyen terme, de passer du syndrome ‘On Va Faire Comment ?’ à la posture constructive ‘Comment s’en sortir ? Mode d’emploi’. Une solution qui va faire, je l’espère, la joie et le bonheur de millions de jeunes camerounais et africains qui recherchent désespérément cette voie de sortie, à l’heure ou l’Afrique est appelée à se présenter au Rendez-vous du « Donner et du Recevoir » du 21ème siècle. Il était temps, car cette calamité avait commencé à susciter de réelles inquiétudes. A tel point que le Président Barck Obama avait lui aussi prit l’heureuse initiative d’inviter ces jeunes leaders africains à un autre rendez-vous : l’African Youth Leadership, une autre façon de contrer qualitativement le syndrome OVFC.

A cet effet, l’ouvrage du jeune auteur avant-gardiste propose à cette jeunesse, une stratégie d’éradication scindée en trois grandes parties.

Dans la première partie, l’ambitieux auteur nous fait l’économie de ses recherches sur le syndrome OVFC. Cette partie regorge d’informations, de récits et des faits relatifs au syndrome. Il est très instructif de constater que l’auteur a personnellement mené des enquêtes auprès des jeunes de son propre environnement pour comprendre les mobiles et les facteurs d’un « laisser-aller » et d’un défaitisme ambiant.

La Deuxième partie de l’ouvrage nous présente la solution que l’auteur visionnaire a savamment élaborée : La Méthode ODRI. Il se propose d’aider les jeunes, et les moins jeunes d’ailleurs, à se prendre en charge personnellement, en l’absence d’un Coach ou d’un Mentor. Elle propose une méthode scrupuleusement bien élaborée en quatre phases : Phase 1 : L’Observation. Phase 2 : La Découverte. Phase 3 : La Réalisation et Phase 4 : L’Inspiration. Be The Inspiration est d’ailleurs le slogan de l’action engagée depuis quelques années par Brice pour faire passer la Méthode ODRI auprès des jeunes qui sollicitent ses compétences.

La phase dite d’Observation permet à tout jeune de prendre du recul : Le temps de bien s’observer à la manière de Socrate, avec son le fameux « connais-toi toi-même ». En plus d’observer son environnement immédiat, l’auteur veut amener les jeunes lecteurs à repérer ce qu’il y a de positif et de constructif dans leur environnement.

À la phase de la Découverte, l’auteur emmène les jeunes à découvrir leur mission dans la vie. Car toute personne devient utile et opérante lorsqu’elle découvre sa vraie mission sur terre.

La phase de la Réalisation quant à elle invite tout un chacun à s’armer pour mieux réaliser ses veux et ses désirs, en s’appuyant sur une méthode qu’il résume par le triptyque : Pourquoi, Comment et Quand :

  • Le Pourquoi interpelle la jeunesse sur ses motivations profondes, pourquoi voulons nous réussir ?

  • Le Comment amène à la stratégie et au plan à mettre en œuvre pour réaliser ses objectifs.

  • Le Quand invoque les délais, le timing qu’on se donne pour la réalisation de ses objectifs.

Enfin la phase de l’Inspiration. L’auteur interpelle les jeunes et tous les lecteurs sur le devoir d’inspiration. Be The Inspiration est finalement le slogan-fétiche de l’auteur, mais en même temps une organisation, source d’inspiration qu’il met à dessein à la disposition des jeunes, de tous ses lecteurs et de tous ceux qui en ont besoin.

Pédagogue averti, Brice K a voulu emporter l’adhésion et la conviction des jeunes à qui il consacre cet ouvrage, en réservant une ultime partie de son livre à la présentation de quelques cas de réussites soigneusement choisis dans la population des jeunes réalisateurs. Car il sait qu’en matière de réussite, il vaut mieux toujours prêcher par l’exemple.

Dans cette dernière partie, le jeune auteur fait une fois de plus, preuve d’originalité et surtout d’efficacité. En présentant des exemples et des cas de réussites observés dans la population concernée. Méthodique jusqu’au bout, il a bien compris que la présence ces quelques réussites, certes rares, aurait pour effet de créer chez ces jeunes un puissant levier d’auto persuasion. L’auteur réaliste a bien compris qu’au-delà de la richesse de la Méthode ODRI, ces jeunes auraient besoin de Modèles. Des modèles de réussites dont ils peuvent s’inspirer, soit pour modeler leurs propres concepts de réussite, soit des modèles qui leur permettront de capter des énergies susceptibles de renforcer leurs attitudes positives sur leurs chemins de réalisation.

Je me fais le plaisir de voir déjà, dans l’environnement de cette jeunesse africaine, de nombreuses initiatives et bonnes volontés qui réagiront positivement, en s’appuyant et en s’inspirant sur ces exemples.

Je souhaite vivement que cette jeunesse africaine interpellée par ce travail titanique, puisse puiser abondamment dans cette source abondante qu’est la Méthode ODRI. Et de faire preuve de responsabilité et de maitrise de soi, en mettant immédiatement en pratique le contenu de la Méthode. Je suis convaincu qu’en le faisant, elle mettra rapidement en mal les manifestations et les avancées du fléau OVFC, et réussira plus souvent tout ce qu’elle entreprendra. Afin de présenter les mains tendues, pleines de promesses et de solution, au rendez-vous du « donner et du recevoir ».

Dr Joseph Moumi De Bakondji Consultant, Formateur, Conférencier. Auteur du livre
bestseller "Comment Réussir Tout Ce Que Vous Entreprenez"

INTRODUCTION



Depuis quelques années, on observe une montée de l’afro-optimisme. Les organisations internationales s’accordent à dire que l’Afrique est désormais le terrain de tous les enjeux futurs. L’Afrique est plus que jamais devenue le centre de tous les intérêts. Il y a une forte résurgence d’attention sur le contient. Les perspectives méritent une attention singulière. En ce qui concerne la démographie, en 2017, les jeunes de moins de 25 ans représentent 60% de la population africaine.1 Selon le nouveau rapport du département des affaires économiques et sociales de l’Organisation de Nations Unies, la population africaine devrait atteindre les 2,528 milliards d’habitants en 2050, soit 26% de la population mondiale. Les jeunes de moins de 25 ans constitueront alors la moitié de la population du continent soit environs 1,264 milliards. La tranche de jeunes de moins de 18 ans sera supérieure à 1 milliard soit 40% des enfants du globe terrestre.

D’un point de vue économique, la masse de la population constitue un marché certain et devra contribuer à accroitre le nombre d’investisseurs sur le continent. Les résultats d’un sondage mené par Havas Paris ont révélé que 100% des personnes interrogées étaient optimistes quant à l’avenir économique de l’Afrique. Cependant à l’heure de tous les enjeux, nous observons hélas une jeunesse en majorité défaitiste, démotivée avec un fort penchant au négativisme. Elle regarde l’avenir avec tristesse parce que son destin lui paraît sombre.

Pendant que les uns pensent que tout se jouera en Afrique, les autres, ceux qui sont censés être les principaux acteurs de ce jeu, manifestent très peu d’enthousiasme à ce propos. Prenant l’exemple du Cameroun, nous essayerons dans le cadre de cet ouvrage de traiter le syndrome « ON VA FAIRE COMMENT » si cher à la plupart des camerounais et qui revêt une appellation spécifique dans d’autres pays du Continent. Nous vous présenterons la méthode ODRI qui est un outil d’aide à la transformation des mentalités et l’accroissement de la productivité, tant sur le plan personnel que collectif.

PREMIERE PARTIE
LE DOIGT POINTÉ

A longueur de journée, nous multiplions des gestes pour exprimer un sentiment ou pour accompagner nos mots. Chacun des gestes que nous faisons au quotidien est plein de signification. C’est l’expression de notre état psychologique voire psychique. C’est ainsi qu’on aura par exemple :

  • Le regroupement de tous les doigts de la main en République Démocratique du Congo voudrait exprimer une petite quantité de choses.

  • Le mouvement de l’index qui se replie sur lui-même pour inviter la personne à qui on s’adresse à s’approcher.

  • L’index et le majeur en forme de « V » pour signifier la Victoire.

  • Le croisement de l’annulaire et l’Index pour signifier bonne chance.

  • Le pousse et l’index joints et les autres doigts levés pour dire d’accord.

A la lumière des mouvements que peuvent faire nos doigts, nous mettrons en évidence les différentes interprétations qui peuvent être faites du seul doigt pointé.

En effet, selon la direction dans laquelle est pointé le doigt, on aura différentes significations à savoir :

  • Le doigt pointé vers soi en signe de victimisation

  • Le doigt subtilement pointé vers l’autre en signe d’accusation

  • Le doigt agressivement pointé vers l’autre en signe d’envie et de jalousie

Dans cette partie, nous montrerons en quoi ces différentes directions sont la manifestation du « SYNDROME ON VA FAIRE COMMENT ». Et nous identifierons les causes afin de les traiter dans la deuxième partie du livre.



CHAPITRE 1
LE SYNDROME "ON VA FAIRE COMMENT ?" (OVFC)

« Fiston, c’est le pays on va faire comment ? »



Selon le recensement de la population réalisé en 2010, le Cameroun, Afrique en miniature, est caractérisé par son extrême jeunesse de sa population. Les personnes ayant moins de 15 ans représentent 43,6% de la population totale. Tandis que les personnes de moins de 25 ans représentent 64,2%. Ces chiffres sont sans doute aujourd’hui plus importants eu égard à l’évolution démographique. Le résultat de la quatrième enquête camerounaise auprès des ménages (ECAM4) présenté par l’Institut National de la Statistique montre que le taux moyen annuel d’accroissement démographique se situe à 2,6%. La jeunesse représente une véritable force pour ce pays, un potentiel indéniable reconnu par le Président de la République, son Excellence Paul Biya dans son discours à jeunesse le 10 février 2017. Je cite : « Je vous ai invité également à mettre en valeur votre génie, votre inventivité et votre courage, pour assurer votre avenir ». Ces mots du Président de la République témoignent de ce que nous avons un grand potentiel dont une meilleure utilisation nous permettrait d’assurer notre propre avenir.

Par ailleurs, un rapport de l’institut d’étude de marché et d’opinion Ipsos Africap, sur les comportements et les habitudes des jeunes africains, rappelle que l’Afrique a la plus forte concentration de jeunes de la planète terre toute entière et que 220 millions de personnes ont entre 15 et 24 ans. D’ici à 2035, c’est-à-dire dans 18 ans, ce nombre passera à 350 millions pour les mêmes tranches d’âge. Cette jeunesse se définit comme travailleuse, ambitieuse et débrouillarde, selon les qualificatifs qu’elle se donne. Face au népotisme, aux passe-droits et à l’ampleur du chômage, elle entreprend, innove et crée. C’est donc selon ce rapport, une jeunesse sûre d’elle, qui rêve grand et croit en elle.

Cette reconnaissance aussi bien à l’échelle étatique qu’à une macro-échelle continentale, atteste qu’il existe quelque chose de substantiellement significatif au sein de la jeunesse africaine, un potentiel qui pourrait non seulement lui être bénéfique, mais aussi à l’ensemble de l’humanité.

Toutefois, selon le constat général, la grande majorité de jeunes, au Cameroun notamment, semble ne pas rentrer dans cette catégorie de personnes qui ont encore un rêve et une vision pour leur vie. Très peu de jeunes croient en eux, innovent, créent et inventent comme semble le révéler le rapport de l’Ipsos. Ils sombrent plutôt dans la démotivation généralisée, le découragement et le défaitisme.

Le rapport de l’ONG Transparency International, du 25 janvier 2017, fait état de ce que l’indice de perception de la corruption en 2016 classait le Cameroun au 145e rang sur 176 pays, mettant en exergue un recul à la 15e place contrairement à celui de 2015. Les hauts cadres de l’administration sont accusés de gabegie et de népotisme par les populations. La jeunesse n’a plus de repères, elle passe désormais la majeure partie de son temps à jouer aux jeux de hasard, sombre dans la débauche et la consommation d’alcool, avec un taux de chômage de 15,5% pour la tranche allant de 15 à 34 ans. Interrogeons-nous comme Jean Samuel Noutchogouin, riche homme d’affaires camerounais dans son livre « A la mesure de mes pas », pour lever un pan de voile sur le constat quotidien que nous faisons : « Je m’interroge souvent face à la société qui semble aller à la dérive. Est-ce que nous nous posons les bonnes questions sur cet état des choses ? Avons-nous raté une marche ? »2

A cette question à plusieurs volets, un camerounais répondrait : « ON VA FAIRE COMMENT ? »

Cette expression est l’une des plus populaires au Cameroun. Parmi les jeunes scolarisés ou universitaires, dans les organisations, les institutions étatiques ou privées, dans la rue, bref, partout. Tel un refrain, ‘On Va Faire Comment ?’ est répété presque dans tous les coins du pays.

Lors d’un récent séminaire, j’ai eu l’occasion de m’entretenir avec des étudiants sur les questions relatives à l’évolution du monde, à l’évolution de notre pays, aux perspectives de bien-être et à leurs futurs métiers. Force a été de constater que de manière générale, le choix de la profession future reposait malheureusement sur deux critères : les opportunités qu’offraient le marché de l’emploi et la présence d’un parent haut placé dans un secteur particulier (présage du népotisme futur). Etonnant ! Car aussi loin que remontent mes souvenirs, quand j’étais étudiant, mes camarades et moi tenions les mêmes propos et nos choix de carrières n’étaient non seulement régis par nos préférences, mais aussi influencés par les mêmes facteurs. Décidément, hier comme aujourd’hui, on a tendance à s’orienter vers ce qui est disponible et plus facile d’accès.

Quand vous posez aux jeunes la question : Pourquoi ne pas choisir un métier qu’on aime ? Les réponses laconiques suivantes vous reviennent souvent : « J’ai le choix ? » « C’est le pays ! » « On va faire comment ? ». Pour illustrer mes propos, je vous propose les deux courtes histoires suivantes :

  1. Ma mésaventure dans un taxi

Un jour, j’allais en taxi de Mobil Bonakwamouang à Akwa (quartier commercial à Douala) pour Bonanjo (quartier administratif), une distance inférieure à 7km. J’ai donc hélé un taxi :

— Bonanjo !

— Oui, entrez ! dit le chauffeur. Après quelques minutes :

— Chauffeur, il me semble vous avoir dit que j’allais à Bonanjo !

— Oui, pourquoi ?

— Parce qu’à mon avis vous êtes en train de faire trop de détours pour aller à Bonanjo. Si vous m’aviez prévenu de ce long itinéraire, je serais entré dans le véhicule en connaissance de cause ou j’aurais pris un autre taxi ! Au moment même où je lui fis cette remarque, il freina brusquement en appuyant fortement sur le klaxon, et invita un autre client à entrer dans le véhicule et s’asseoir à côté de moi, sur le siège-passager avant. Etonné, non pas parce qu’il transportait une personne en plus – c’est ce que nous vivons au quotidien en Afrique et on appelle ça le ‘bâchage’, mais plutôt de ce qu’il ne m’avait même pas demandé mon avis avant d’inviter la personne à venir me surcharger à l’avant du véhicule, je lui dis :

— Monsieur soyez un peu avenant ! Demandez-moi au moins mon avis avant de ‘bâcher’ ! Il me répondit en riant :

— Mon frère, tu es nouveau au Cameroun ?

— Non. Le chauffeur et les passagers répliquèrent en chœur :

— Mon frère ! Ne nous perd pas le temps, c’est le pays, on va faire comment ? 

  1. Le code, une pratique qui prévaut dans nos hôpitaux publics

Dans le dictionnaire Larousse, le code est un ensemble de

règles qui font loi en matière sociale. C’est aussi un système conventionnel, rigoureusement structuré de symboles et de règles combinatoires. Il peut encore se définir comme étant un ensemble de comportements pratiques ou conventions en société, formalisés ou non (code vestimentaire), un document (livre), une règle algorithmique ou le résultat de l’application de cette règle à une information.

Seulement, quand on est camerounais, selon le milieu ou le contexte dans lequel on se trouve ou encore selon le sens de la causerie, le code a une toute autre définition. Surtout en milieux hospitalier. Tout usager ayant fait un tour dans une institution hospitalière publique au Cameroun sait de quel code il est question. Je l’ai appris à mes dépends, le jour où ma grand-mère, victime d’un accident vasculaire cérébral (AVC), a été transportée de toute urgence à l’hôpital. Comme j’étais le plus disponible à cette période, c’est à moi que fut dévolu le rôle de garde malade. Je fis alors la triste expérience du fameux ‘code’ qui consiste à faire payer une certaine somme d’argent avant toute prise en charge ou prise en soins.

Certains hôpitaux brillent par une incompétence criarde du personnel infirmier, doublé d’un manque de compassion qui se traduit par la négligence des malades, sans compter leur excellence dans le racket de ces derniers. Le corps médical a si bien ficelé tout ce système par le code. N’allez surtout pas croire que cet argent est reversé dans les caisses de l’hôpital. Oh, que non !

J’ai été fort surpris par l’ampleur de cette pratique. Certes j’en avais déjà entendu parler, mais je n’avais jamais été victime. Lorsque mes tantes m’ont retrouvées à l’hôpital, je leur en ai parlé. Elles se sont juste contentées de sourire, sans être étonnées ou indignées et ont rétorqué en chœur : « Fiston, c’est le pays on va faire comment ? » 

Lorsque les personnes avec qui nous discutons terminent leur propos par : « on va faire comment ? », il ne s’agit pas d’une simple interrogation, ni d’une expression usuelle, il s’agit plutôt d’une expression de résignation venant de personnes sans espoir, totalement dépassées par la situation. Mais au-delà des mots, de la résignation affichée, nous devons aussi percevoir l’interrogation de personnes à la recherche d’une réponse, d’un guide qui leur montrera la direction, qui leur proposera une alternative. Ces personnes sont réellement en quête de réponse. Ce phénomène, que j’appelle Syndrome OVFC, n’a peut-être pas encore fait l’objet d’étude clinique, mais cela ne saurait tarder compte tenu de son ampleur, il suscitera bientôt l’intérêt des psychologues. Selon mon constat, ce syndrome se manifeste principalement par trois symptômes majeurs qui feront l’objet de ma présentation dans les prochains chapitres. A savoir : la victimisation, l’accusation et l’envie.



CHAPITRE 2
LE DOIGT VICTIMAIRE

« Veux-tu guérir ? Le malade lui répondit : Seigneur, je n’ai personne pour me jeter dans la piscine quand l’eau est agitée, et, pendant que j’y vais, un autre descend avant moi » – Jean 5:6-8



Lorsqu’un évènement douloureux nous arrive, nous avons le choix entre le comprendre et relever le défi qui lui est associé ou alors le subir et nous plaindre à tous de ce dont nous avons été victime. Très souvent, c’est cette seconde attitude que nous adoptons, criant à l’injustice manifeste. En revanche, lorsque des choses agréables nous arrivent, les plus orgueilleux d’entre nous considèrent qu’elles sont amplement méritées et que ce n’est pas le fruit hasard ni celui d’une quelconque assistance extérieure. A l’opposé, les personnes relativement humbles et pieuses, diront que c’est ‘par la grâce de Dieu’.

Quoi qu’il en soit, les personnes qui se considèrent comme des victimes sont nombreuses. Elles ont pour la grande majorité tendance à s’apitoyer sur leur sort pour peu qu’elles soient face à un obstacle fut-il des plus insignifiants, elles procèdent à un déni de responsabilité, un refus de faire face à ce qui leur arrive, s’avouent tout de suite vaincues et sombrent dans le négativisme total. Elles ont une forte propension à se pointer du doigt pour attirer l’attention sur elles, estimant qu’elles sont les personnes les plus mal traitées de la terre.

Dans son livre Choose Your Attitude, Change Your Life, Deborah Smith Pegues met en évidence une scène biblique du chapitre de Jean, au chapitre 5 versets 6 et 7 : « Jésus, l’ayant vu couché et sachant qu’il était malade depuis longtemps lui dit : Veux-tu guérir ? Le malade lui répondit : Seigneur, je n’ai personne pour me jeter dans la piscine quand l’eau est agitée, et, pendant que j’y vais, un autre descend avant moi ». Cette scène est des plus parlantes, considérez bien qu’il s’agit de quelqu’un qui souffre et qui reconnait la personne en face de lui et l’appelle Seigneur ! Mais plutôt que de répondre un OUI vibrant, spontané et tonitruant, il ramène plutôt le Seigneur à sa condition de misérable victime qui ne reçoit l’aide de personne, il semble s’y complaire d’ailleurs et l’auteure se demande s’il ne serait pas là en train de prendre plaisir en tant qu’invité d’honneur à sa fête d’auto apitoiement ?3

Le sentiment d’être victime d’une injustice dans une situation ou une autre nous a souvent habité. Chez certains cela peut durer le temps d’une remise en cause profonde de soi, ou d’une action corrective et susciter en eux le besoin de changer les choses. Mais par contre, chez la plupart des gens, l’auto victimisation est un style de vie, une échappatoire, un moyen de justifier leurs nombreux manquements.

Pointer le doigt sur soi et se morfondre n’ont jamais changé la situation par laquelle l’on passe. Au contraire cela accroit la peine et la souffrance, car plus on se plaint, plus on ressent la gravité de ce que l’on subit. Se plaindre accroit l’attention sur le mal, le rend encore plus concret et grand, et nous fait voir nos limites face à ‘un si grand mal’, par conséquent nous ne faisons plus rien d’autre que nous plaindre d’en être victime. Nous l’avons pourtant bien cherché puisque Jésus Christ a dit au chapitre 7 de l’évangile de Matthieu : « cherchez et vous trouverez ». Cela signifie qu’en réalité ce qui nous arrive c’est ce qu’on a cherché de façon inconsciente ou non, nous l’avons quand même cherché, cela a été l’objet de notre attention et s’est manifesté. Et donc, plus on s’en plaint, plus on y accorde de l’attention, plus cela perdure dans nos vies.

Autant que l’alcool, les plaintes ont un impact négatif sur notre santé. En effet, selon les études de l’Université de Stanford, une demie heure par jour de plainte affecte négativement notre cerveau ; que ce soit la personne qui émet ces plaintes ou la personne qui les écoute.4 L’impact serait le même selon les études de cette université. L’attitude plaintive est véritablement un danger pour l’homme, se plaindre amène le corps à secréter l’hormone de stress appelé Cortisol dont la présence dans le sang augmente la glycémie et concourt à inhiber certaines réponses du système immunitaire. Tout le cortisol supplémentaire libéré par des plaintes fréquentes altère notre système immunitaire et nous rend plus susceptible d’avoir un taux de cholestérol élevé, le diabète, les maladies cardiaques et l'obésité. Cela rend le cerveau plus vulnérable aux accidents vasculaires cérébraux.

De plus, on se plaint parfois chez la mauvaise personne, juste pour jouer la victime. A cet effet, des recherches ont montré que 95% de consommateurs d’un produit non satisfaisant ne vont pas se plaindre chez le fabriquant mais plutôt chez huit à seize autres clients potentiels ou simplement chez des personnes avec qui ils interagissent.

Si l’on est véritablement victime d’une quelconque action néfaste, se plaindre n’arrange pas les choses c’est la raison pour laquelle Maya Angelou a déclaré : « Quand on se plaint, on annonce aux intimidateurs qu’une victime se trouve à proximité ». En effet, se plaindre d’être victime ne va concourir qu’à annoncer aux ‘bourreaux’ que vous êtes tout près et qu’ils peuvent en finir avec vous ou alors satisfaire leur orgueil et ils se réjouiront de leur réussite.

En se plaignant sans cesse on perpétue ce que l’on ne veut pas. Imaginez-vous qu’une personne mouillée par quelques gouttes de pluie s’en plaigne mais continue d’avancer sans se couvrir, ou s’abriter, bizarre n’est-ce pas ? Telle est donc l’attitude de la personne plaintive, elle ne change rien à la situation, elle contribue plutôt à la faire perdurer.

Pire encore, certaines gens pensent qu’en se plaignant à l’extérieur la solution viendra. Ces personnes exposent leur tristesse, manifestent leur désolation, suscitent la pitié auprès des autres. En fait, au Cameroun j’ai observé un phénomène qui n’est peut-être pas l’apanage du camerounais, mais je préfère parler de mon vécu et de ce que je vois au quotidien, les gens partagent des images tantôt choquantes, tantôt dégradantes de notre pays ou de notre continent sur les réseaux sociaux, parlant par exemple d’inondations, de manque de route, d’absence d’infrastructures, de l’existence du népotisme pour ne citer que cela. Je tiens à préciser qu’il s’agit de faits indéniables et mon intention n’est pas de dédouaner les gouvernants qui n’ont pas toujours joué leur rôle de facilitateurs si bien qu’ils ont contribué de façon volontaire ou non au pourrissement de la situation. Néanmoins, lorsque j’ai l’opportunité au cours d’un échange avec les jeunes de ma génération, je leur raconte toujours l’anecdote de ce père ivre et irresponsable, de cette maman insouciante et des enfants qui subissent au quotidien les conséquences désastreuses de l’irresponsabilité parentale. Ces enfants ont le choix entre deux options :

1. Faire comme ceux décrits plus haut, en brandissant chez les voisins et dans le quartier, des images de leur papa ivre dans la rigole, et de leur cuisine salle, aux marmites vides, en appelant les voisins à l’aide comme s’ils étaient en mesure de ramener leurs parents à la raison ou de s’occuper de leur maison.

2. Décider de prendre leur destin en main et mettre leurs parents face à leur responsabilité, en posant des actes forts à la maison, en prenant des initiatives qui auront un impact positif sur le comportement de leurs parents et ceci sans intervention extérieure.

Cette fausse croyance selon laquelle l’autre viendra m’aider à faire avancer les choses chez moi est un véritable handicap au développement des mentalités. Une fois de plus, sans légiférer ni même tolérer les manquements graves de nos gouvernants, je me refuse à les exhiber à la face du monde. Et c’est à juste titre que le célèbre rappeur Sénégalais Akon, qui a entrepris depuis 2014 un vaste projet d’électrification principale des zones rurales africaines, a déclaré lors du dernier Youth Africa Summit à Kigali, que l’Afrique doit montrer une autre image au monde. Quand ça va mal des photos sont publiées, et quand des choses positives sont faites, c’est le silence radio ! Si vous avez un parent irresponsable et ivrogne, allez-vous le filmer dans ses balbutiements, nu dans une rigole et publier la nouvelle dans tout le quartier ? Non !

CHAPITRE 3
LE DOIGT ACCUSATEUR

« Non c’est à cause du chien qui a aboyé dehors. Car s’il n’avait pas aboyé, l’enfant n’aurait pas sursauté et laissé tomber le verre ».



Un jour un homme but son verre de jus le matin et après l’avoir bu, il le déposa sur la table basse du salon. Son fils réveillé, se dirigea vers la table et essayant de prendre le verre, le fit tomber et il se brisa, sans doute à cause de l’aboiement du chien dehors. C’était en présence du père qui n’avait pas encore quitté la pièce. S’en suivit alors un dialogue riche en accusation :

— Pourquoi l'as-tu cassé ? demanda le père au fils.

— Parce qu'il était sur la table basse.

— Pourquoi as-tu posé mon verre de jus sur la table basse plutôt que sur la table à manger ? demanda le père à son épouse.

— Parce que tu étais installé sur le canapé. Ce à quoi il répliqua avec force : 

— C’est à cause de toi que ceci est arrivé, si tu n'avais pas posé le verre là-bas, l’enfant ne l’aurait pas cassé !

— Non ! C’est à cause du chien qui a aboyé dehors. S’il n’avait pas aboyé, l’enfant n’aurait pas sursauté et laissé tomber le verre.

Qui était finalement responsable de cet incident ? Etait-ce l’époux qui avait bu dans le verre ? Ou la mère qui avait d'abord posé le verre ? Ou alors le chien qui avait aboyé ? Ou plutôt l’enfant qui n’avait été accusé ni par le père, ni par la mère ?

Cette histoire reflète ce qui se produit au quotidien chez beaucoup d’entre nous. L’accusation de l’autre, c’est toujours la faute de l’autre. « C’est à cause de l’autre que je n’y suis pas parvenu », entend-on régulièrement dire ça et là.

Mais il convient de préciser que ceci n’est pas le propre du camerounais ou de l’africain, car la Bible dans le chapitre de Genèse au chapitre 3 du verset 11 à 12 nous relate bien l’histoire de la chute de l’humanité suite à la consommation du fruit défendu et de l’incapacité d’Adam d’assumer son choix d’avoir accepté de manger ce que lui proposait Eve alors qu’il aurait bien pu dire non. Ayant désobéi à son créateur, Adam n’a pas pu assumer son choix, il s’est contenté de dire que la femme que Dieu lui avait donnée (sans même l’appeler par son nom) était en effet responsable de cette désobéissance. La femme quant à elle accusa le serpent de lui avoir fait la proposition.

Si donc cette propension à ne pas assumer ses choix est aussi vieille que le monde, cela signifie qu’il y a matière à s’y attarder un tant soit peu.

Très peu de personnes assument les conséquences de leurs actes, la majorité estime que c’est toujours le fait de quelqu’un d’autre, la faute d’autrui. C’est l’autre qu’il faut blâmer, certaines personnes pensent que si aujourd’hui elles vivent une vie de médiocrité c’est à cause de leurs parents qui ne leurs ont pas donné la bonne éducation, payé les bonnes études, ou encore à cause de l’Etat qui ne prend pas suffisamment soin de sa population en n’offrant pas assez d’opportunités, ou même des cercles ésotériques qui font des propositions indécentes aux jeunes et bloquent leur avancement. A ce propos, j’ai écouté un matin une émission radio, où la fille d’un fiscaliste camerounais déclarait en direct, en réponse au journaliste qui lui demandait si elle n’avait pas rencontré des difficultés dans son parcours, je paraphrase : « Oui il y a aussi les sectes qui m’ont fait des propositions indécentes que j’ai refusées ». Et lorsqu’un jeune écoute ce type d’assertion, il se dit : si la fille d’un ‘grand’ en est victime, à plus forte raison moi, le fils d’un parfait inconnu. Et ceci le maintien dans une état d’inertie où son seul mouvement consiste à pointer le doigt vers les autres en les accusant d’être la source de ses malheurs.

Un jour j’ai assisté à une scène des plus édifiantes. Un chauffeur de moto taxi (communément appelé ‘benskineur’ au Cameroun) vociférait sur son client qui, comme lui se retrouvait au sol suite à un accident. J’écoutais le ‘benskineur’ hurler en ces termes : « C’est à cause de toi ! C’est à cause de toi ! Tu vois alors ce que tu as fait ? C’est à cause de toi ! ». Je me suis approché et j’ai tendu la main premièrement au monsieur sur qui il hurlait et qui m’avait l’air plus touché que lui. Je ne me trompais pas, le monsieur avait visiblement une fracture au niveau du tibia tandis que le benskineur n’avait apparemment rien de grave à première vue. D’autres personnes arrivèrent sur les lieux et un gentil homme mit sa voiture à disposition pour le transport vers un hôpital. Le ‘benskineur’ avait jugé inutile de se rendre à l’hôpital, ‘moi ça va’ disait-il.

Nous lui avons donc demandé pourquoi est-ce qu’il criait autant sur le pauvre monsieur. Il répondit : « C’est à cause de lui qu’on est tombé, je voulais passer rapidement comme le feu était rouge et lui il m’a dit non que j’attende. J’ai accéléré et il a bougé derrière et on est tombé ». Nous sommes en présence d’un monsieur qui viole un feu rouge et qui estime que si un accident est survenu c’est à cause de la personne qui avait eu le bon sens de lui demander de s’arrêter au feu rouge conformément aux prescriptions du code de la route. Ah, l’accusation de l’autre !

CHAPITRE 4
LE DOIGT ENVIEUX

« L’habitude de compter les bénédictions des autres plutôt que les nôtre »



Quand jalousie et rancœur se conjuguent au même temps, l’envie est tout de suite au rendez-vous.


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