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Excerpt for Noel by , available in its entirety at Smashwords

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Titre original : Needing Noel

Amber Kell

Copyright © 2015 – Amber Kell

Smashwords edition

Dernière édition : Janvier 2015

Artiste pour la couverture : Meredith Russell

Traduit de l’anglais par Bénédicte Girault

Relecture et corrections : Clotilde Marzek-Boulée & Yvette Petek




TOUS DROITS RÉSERVÉS.


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Noel, Tome 14





Noel Thistleborn croyait sa vie terminée lorsqu’il a perdu son compagnon et sa fille. Ne possédant plus qu’un cœur brisé, il accepte un poste en tant qu’assistant du Roi afin de donner un nouveau sens à sa vie. Lorsque Kylen insiste pour que Noel se rende au bal donné en l’honneur des métamorphes-dragons, il n’a aucune idée que sa vie est sur le point de changer. Harmut est fatigué de voir son meilleur ami avec ses deux compagnons. Il n’est pas aussi gourmand et se contenterait d’un seul partenaire. En fait, sa plus grande inquiétude est d’avoir à gérer une double union avec des Faes. Lorsqu’ils se rencontrent, Noel n’accueille pas vraiment le dragon, les bras ouverts. Toujours traumatisé par sa perte, il hésite à se sortir de son chagrin. Cependant, Hart fait sa conquête et ils acceptent de dîner ensemble. Un vieil ennemi réapparaît et Noel aura besoin de la force de son compagnon dragon pour l’aider à le vaincre.







Meute de la Lune





Anthony, Tome 1

Ben, Tome 2

Calvin, Tome 3

Dare, Tome 4

Elliot, Tome 5

Farro, Tome 6

Gabe, Tome 7

Henry, Tome 8

Inno, Tome 9

Jager, Tome 10

Kylen, Tome 11

Leif, Tome 12

Mikel, Tome 13

Noel, Tome 14



CONTENU



DÉDICACE


CHAPITRE UN

CHAPITRE DUEX

CHAPITRE TROIS

CHAPITRE QUATRE

CHAPITRE CINQ

CHAPITRE SIX

CHAPITRE SEPT

CHAPITRE HUIT

CHAPITRE NEUF

ÉPILOGUE



À PROPOS DE L’AUTEUR



DÉDICACE





À mes fans de la Meute de la Lune. Merci d’être aussi patients.

CHAPITRE UN





— Que vas-tu porter pour le bal ?

Waylen Sorn s’appuya contre le buffet, ignorant les tentatives de Noel Thistleborn pour installer correctement la table.

Noel rajusta un coin de la nappe, déterminé à redresser ce pli entêté. Il ne se tourna pas pour faire face à son ami lorsqu’il répondit. Il y avait trop de paroles qu’il ne voulait pas prononcer, et Waylen le connaissait suffisamment bien pour savoir quand il dissimulait quelque chose.

— Tu pourrais m’aider au lieu de te mettre en travers de mon chemin.

Way ricana.

— Je suis garde, pas organisateur de fêtes. Je ne ferais que tout fiche en l’air. D’ailleurs, tu détestes quand quelqu’un chamboule tous tes plans.

Noel aurait aimé pouvoir le contredire, mais son ami marquait un point. Des bacchanales étaient plus civilisées que les parties privées de Way et il avait garanti que le bal organisé afin que les dragons puissent rencontrer d’éventuels compagnons serait parfait. Une fois que le Roi Kylen avait promis d’aider les métamorphes-dragons à trouver leurs moitiés, il avait mis sa réputation en jeu. Après les problèmes lors du bal du couronnement, Kylen s’était engagé auprès des dragons pour instaurer leur propre fête distincte en vue d’accouplements. Un misérable spectacle se retournerait gravement contre le Roi. Noel devait veiller à ce que rien ne tourne mal. Il prenait son rôle en tant que secrétaire du Roi très au sérieux. Il travaillait dur pour gagner la confiance du monarque et il ne laisserait jamais tomber Kylen.

Way se racla la gorge.

— Ne crois pas que le fait de m’ignorer me fera partir. Je suis plus têtu que toi. Donc, que vas-tu porter ?

— N’as-tu pas des tours de garde à effectuer pour l’instant ?

Noel se tourna pour faire face à son ami. L’offensive pouvait durer longtemps, Way n’abandonnait pas aussi aisément.

Celui-ci secoua la tête.

— Bien essayé, mais il me reste encore une heure avant le début de mon service. Tu ne te débarrasseras pas de moi aussi facilement. Que vas-tu porter ? Ce n’est pas une question compliquée.

— Pourquoi ? Pour que nos tenues soient assorties ?

Noel haussa un sourcil.

— Je. N’irai. Pas.

Il énonça chaque mot d’un ton sec et précis afin qu’il n’y ait aucun doute possible. Pour une fois, il ne laisserait personne le faire changer d’avis. Il n’avait pas besoin d’un compagnon. Il en avait déjà enterré un, en perdre un second serait au-dessus de ses forces. Ses plans prévoyaient une bouteille de vin et un coin reclus. S’il se cachait assez bien, le Roi ne saurait jamais qu’il ne s’était pas présenté.

— Tu dois y aller.

Way s’avança de manière à bloquer Noel, l’empêchant d’ajuster l’argenterie déjà parfaitement positionnée, glissant son corps entre la table et la porte.

— Ton second compagnon pourrait être présent. Ne veux-tu pas le découvrir ? Je donnerais n’importe quoi pour localiser au moins un des miens.

La voix emplie d’espoir de Way ramena des souvenirs doux-amers chez Noel.

Autrefois, il avait été optimiste, pressé de trouver ses partenaires de vie. Les yeux de Noel se remplirent de larmes à l’idée de cette innocence perdue, mais il refusa de les laisser couler. Il avait suffisamment pleuré pour plus de soixante vies.

— C’est juste que je ne pourrais pas revivre tout ça, Way. C’est impossible.

La douleur qu’il avait endurée au décès de Paryis avait failli le tuer. Cela l’aurait détruit si Way ne l’avait pas trouvé avant qu’il saigne à mort.

Malgré la robustesse des Faes, s’ouvrir les veines avait presque marché. Il aurait pu mourir si Way ne l’avait pas repéré à temps et utilisé ses quelques capacités de guérison pour refermer les plaies de Noel. Certains jours, il en voulait encore à son ami pour ça. Il avait réellement voulu rejoindre Paryis et leur fille Sansha dans l’au-delà. Quelle raison lui restait-il de vivre ?

— Merde ! Je suis un bâtard insensible.

Way enroula ses bras autour de Noel et le serra fort.

— Désolé. Je ne voulais pas ramener de mauvais souvenirs.

Pour une fois, Noel laissa son ami l’apaiser. Rien ne pourrait combler le vide dans son cœur, même un second compagnon n’atténuerait pas la douleur. Rien ne le pourrait. Certains chagrins ne disparaissaient pas avec le temps ou la distance. Ils s’infectaient et grandissaient comme une plaie ouverte à travers son âme.

Noel se libéra de Way, puis retourna aux serviettes. Il y avait un million de détails à vérifier avant la fête et il ne pouvait pas se permettre la moindre erreur. Le Roi Kylen ne lui avait toujours pas pardonné de lui avoir déclaré qu’il pouvait remplacer son partenaire loup-garou, Farro, par une paire de Faes. Cela avait été une déclaration stupide et qu’il regrettait, mais il ne pouvait plus revenir en arrière. Des paroles blessantes ne pouvaient pas être remises en bouteille comme un génie, une fois exprimées.

— Je n’irai pas à la fête, répéta Noel tout en comptant le nombre exact de nappes nécessaires pour le buffet.

Chercher un second compagnon ne l’intéressait pas le moins du monde. Peut-être que s’il le serinait assez souvent, il en viendrait à le croire également. Noel tira brutalement sur la nappe.

— Comment ne pourrais-tu pas y aller ? Au moins, cela te soulagerait de coucher avec quelqu’un. Tu n’as pas à viser un lien d’accouplement. Du sexe brûlant avec un magnifique dragon pourrait être bon également. J’ai entendu dire que les métamorphes font d’excellents amants.

Noel rougit. Il fit un geste de la main en direction Way, afin de le chasser, espérant que son ami comprendrait l’allusion.

— Je suis très bien comme ça. Vas-y et profite de la fête. Je serai trop occupé à en surveiller le bon déroulement, de toute façon.

Noel ferma les yeux et lutta pour retrouver son calme. Avoir des relations avec un dragon ne lui paraissait pas juste du tout. C’était le contact d’un autre homme qui lui manquait. Se donner à quelqu’un qui n’était pas son compagnon ressemblerait trop à une trahison envers son amant décédé. Noel attrapa une autre nappe et concentra son énergie sur les plis du tissu au lieu de Way.

— Je suis désolé, Noel, mais tu devras te présenter au bal d’accouplement. J’ai donné ma parole aux dragons que toute personne non unie s’y présenterait, déclara le Roi Kylen.

Noel tourna sur lui-même. Il n’avait pas remarqué l’entrée de Kylen durant sa conversation avec Way. Le Roi l’épingla de son regard puissant. Même si Noel était ami avec lui depuis de nombreuses années, il pouvait toujours obtenir de lui qu’il avoue tous ses secrets d’un simple coup d’œil acéré. Il se rapprocha légèrement de Way, comme si un petit pas pouvait le cacher du regard désapprobateur du Roi.

Bon sang !

Il révisa ses plans pour la soirée. Les dragons constituaient de puissants alliés et le Roi avait besoin de tout le soutien qu’il pouvait réunir, surtout depuis qu’il avait recruté une grande quantité de dragons comme membres de sa nouvelle équipe de sécurité.

Les Faes de Lumière et d’Ombre avaient du mal à s’entendre et à créer une harmonie parfaite depuis la prise de pouvoir du Roi Kylen. De trop nombreuses années d’animosité empêchaient les deux factions de faire en sorte que la réunion des deux royaumes se déroule en douceur. Kylen avait besoin des dragons, d’autant que ceux-ci voulaient aussi faire connaissance avec des Faes.

Noel serra la nappe, la réduisant en une sorte de nœud plein de plis.

— Je… je ne veux pas d’un compagnon.

Kylen plissa les yeux.

— Qu’as-tu contre les partenaires ?

— J’ai perdu le mien il y a de nombreuses années. Il est mort avec notre fille.

— Tu n’en as jamais rien dit.

L’expression peinée de Kylen obligea Noel à s’expliquer.

— Parce que, lorsque j’ai quitté le royaume des Faes de Lumière pour venir ici, j’ai essayé de tout laisser derrière moi.

Parler de sa perte la rendait plus réelle, d’une certaine façon. Même discuter de leur mort, bien des années après, déclenchait encore de minuscules flèches d’agonie dans le cœur de Noel.

Kylen l’examina avec des yeux tristes.

— Quand j’ai quitté Farro, cela m’a déchiré en deux, pourtant je savais qu’il était sain et sauf à la maison. Je ne peux pas imaginer ce que tu as dû endurer après la mort de ta famille. Cependant, j’ai promis aux dragons que chaque Fae non uni serait présent. Je me fiche de savoir combien de temps tu resteras, mais tu dois te montrer, ne serait-ce que le temps de boire un verre avant de partir.

Noel frotta sa peau, juste au-dessus de son cœur.

— Je ne pense pas pouvoir survivre à ce genre de perte à nouveau, avoua-t-il d’une voix étouffée.

Way enroula un bras en signe de sympathie autour de lui. Bien qu’il ait repoussé son ami plus tôt, Noel se laissa aller dans son étreinte. Il n’y avait que quelques personnes qu’il considérait comme assez proches de lui pour leur montrer sa vulnérabilité.

Le Roi Kylen soupira.

— As-tu envisagé que, si tu n’avais pas un autre compagnon, tu n’aurais pas pu survivre à la mort du premier ?

Noel frissonna aux paroles de Kylen. Pourquoi cette idée ne l’avait-elle même pas effleuré ? Il s’était toujours trop concentré sur le partenaire qu’il avait perdu au lieu de celui qu’il pourrait rencontrer un jour.

— Je viendrai. Je ne peux rien promettre de plus cependant.

— Très bien.

Kylen serra l’épaule de Noel, avant de sortir de la pièce. Le Roi avait un emploi du temps très rempli pour le reste de la journée. Noel aurait dû s’en souvenir, il s’en était chargé. Une larme glissa le long de sa joue. Il l’essuya avec la nappe qu’il comprimait toujours dans sa main, puis la plia avant de la mettre dans sa poche.

— Nous t’aiderons à surmonter tout ceci et à te glisser entre les bras d’un métamorphe-dragon sexy.

Son ami l’étreignit une dernière fois, puis le relâcha.

— Merci, Way. Cela ira.

Il se rendrait à cette soirée, après tout, ce n’était qu’une seule nuit, puis il irait lécher ses blessures en solitaire.

— Je te retrouve là-bas plus tard. Envoie-moi chercher si tu veux des conseils quant à ta tenue.

Way éclata de rire en se dirigeant vers l’entrée.

Refermant brutalement la porte à ses souvenirs, les remettant dans la boîte qui leur était destinée, Noel recommença à compter l’argenterie. Il aurait pu laisser le travail à l’un des nombreux serviteurs du palais, mais aujourd’hui, il avait besoin d’effectuer une tâche abrutissante afin de calmer ses nerfs. Peut-être que ce tout se passerait pas trop mal. Il n’était certainement pas aussi voyant que son ami Fae. Les dragons pourraient ne pas remarquer sa présence.

Il l’espérait plus que tout.



CHAPITRE DEUX





Hartmut lissa le tissu tendu sur sa large poitrine.

— J’aurais dû mettre la chemise rouge, murmura-t-il.

Il tourna son corps sur la gauche, puis la droite, et il ne put s’empêcher de froncer les sourcils à son choix de couleur. La chemise bleue contenait des liserés dorés, mais manquait de panache par rapport à l’étoffe rouge qu’il avait repérée en premier dans le magasin du tailleur. Il ne portait pas souvent de tissu, puisque, comme tous les dragons, il pouvait transformer ses écailles en vêtements de cuir, cependant la possibilité de rencontrer son compagnon l’avait conduit à piquer une crise en matière de garde-robe. Le Roi avait offert les services de son couturier à tous les dragons qui désiraient un nouveau costume. Hart jeta un regard critique à son reflet, convaincu d’avoir fait le mauvais choix.

Rhaegar parla, de l’endroit où il était appuyé contre le mur.

— Tu as l’air très bien. Si tu songes même, ne serait-ce qu’une minute, à changer encore de tenue, je te traîne hors d’ici sans me soucier que tu sois nu ou non.

— Ce qui risquera certainement d’attirer l’attention d’un compagnon potentiel.

Leif, un corbeau-garou et l’un des partenaires de Rhaegar sourit dans sa direction. Son regard amusé croisa celui d’Hart dans le miroir.

Il ricana et un petit nuage de fumée jaillit de ses narines. Il appréciait le corbeau impertinent. Le bel homme possédait un bon sens de l’humour et avait réussi à convaincre son compagnon à la tête dure de lui permettre d’amener son chat pour qu’il vive avec eux dans les grottes.

Voir le Chef des dragons se faire mener par le bout du nez par la petite boule de poils avait amusé Hart à plus d’une reprise ces dernières semaines.

— Je veux avoir l’air bien. Et si je trouvais mon compagnon ce soir ?

L’espoir brûlait dans sa poitrine, une émotion inconfortable qu’il ne parvenait pas à bannir. Il se sentait parfaitement à l’aise tout seul, jusqu’à ce que son meilleur ami, Rhaegar trouve ses compagnons. Après avoir secrètement soupiré après son ami pendant des années, il avait été surpris de constater à quel point il s’était rapidement adapté à la pensée de son Chef avec ses partenaires.

Blake, un loup-garou, et autre compagnon de Rhaegar, interrompit la conversation.

— Peut-être que tu en trouveras plus d’un ? Les Faes n’en ont-ils pas toujours deux ?

— Et qu’en est-il du Roi ? Il n’a que Farro.

Hart ne comprendrait jamais pourquoi Kylen n’avait qu’un seul amant. Blake haussa les épaules.

— Peut-être existe-t-il différentes règles pour les Rois. Je n’ai jamais entendu parler d’un responsable ayant deux partenaires. Pourquoi ne lui poserais-tu pas la question ce soir ?

— Ouais, c’est ce que je ferai.

Il laissa le sarcasme rouler sur sa langue. Il n’y avait pas moyen qu’il puisse demander quoi que ce soit au Roi Kylen. Celui-ci paraissait peut-être être facilement abordable, mais Hart pouvait discerner la puissance qui pulsait dans l’air autour de lui. Rhaegar était la seule personne dont il était proche et qui détenait un tant soit peu de pouvoir. Il tira sur ses poignets avant d’ignorer son ami qui leva les yeux au ciel.

— Eh bien, si tu as fini de te pomponner, nous pouvons y aller.

Rhaegar tendit les mains à ses compagnons, et entrelaça leurs doigts, puis le trio quitta sa grotte.

Une pointe d’envie traversa Hart. Il désirait connaître ce même lien avec une autre âme, mais il doutait être en mesure de gérer plus d’un compagnon. Rhaegar y parvenait, seulement parce qu’il laissait le petit corbeau jouer les médiateurs. Pour un énorme dragon très puissant, Rhaegar était fermement enroulé autour des pattes et des serres de ses compagnons.

Hart jeta un dernier coup d’œil au reflet de sa chemise bleue et poussa un autre soupir au souvenir de la rouge avant de se dépêcher de rattraper le trio. S’il ne les suivait pas, Rhaegar serait fidèle à sa parole, et l’emmènerait de force à la fête, habillé ou non. Le château se trouvait à une courte distance de marche des grottes, et encore plus d’un coup d’aile, mais Hart ne voulait pas se rendre à la soirée, vêtu de son habituel pantalon de cuir, qu’il portait après s’être transformé. Il avait passé bien trop de temps à se préparer pour tout gâcher par une métamorphose.

Son pas ralentit sensiblement quand ils atteignirent les portes du château. Il ne pouvait pas déterminer les raisons de sa réticence, cependant, plus il s’approchait, plus son animal s’agitait et son estomac se retournait, jusqu’à ce qu’il pense qu’il allait hurler. Et s’il trouvait son compagnon ? Tout changerait.

— Allez, viens, Hart. Ne reste pas figé, indiqua Leif.

— Je croyais que tu voulais trouver ton partenaire, grogna Rhaegar, impatient, comme d’habitude avec quiconque n’était pas ses amants.

— En effet. Mais… et s’il n’est pas là ?

Et si Hart se rendait à la fête et qu’il ne trouvait personne ? Ce serait pire qu’un rejet.

Blake l’attrapa par le bras et le poussa devant lui.

— Alors, tu iras faire un saut à la Meute de la Lune et nous te trouverons un loup-garou sexy.

Hart éclata de rire et lui adressa une grimace moqueuse.

— Cela me conviendrait tout à fait d’avoir un loup.

Leif l’éloigna sèchement de Blake.

— Trouve le tien !

Hart appréciait vraiment les partenaires de Rhaegar.

Le château brillait sous les centaines de lumières que les Faes avaient allumées afin d’accueillir les invités. Son regard passait rapidement de droite à gauche, essayant de ne pas manquer un seul des hommes et femmes magnifiques qui traversaient le couloir. S’il clignait des yeux, il pourrait rater son compagnon. Le problème avec les Faes ? Ils étaient tous superbes. Comment quelqu’un pouvait-il choisir une de ces beautés dans toute cette foule ? Ils étaient pratiquement l’incarnation même de la perfection.

— Vraiment dommage qu’il n’y ait pas le moindre corbeau. Un collègue volant aurait été une bonne solution, indiqua Leif, scannant la foule.

Hart était prêt à accepter un compagnon volant, bien que, d’une certaine manière, il savait qu’un de ces Faes était destiné à être sien. Bon sang, il ne voulait vraiment pas d’un ménage à plusieurs ! Voir quelqu’un d’autre toucher son partenaire le détruirait. Il se connaissait assez bien pour savoir qu’il serait incapable de partager.

— Pourquoi êtes-vous là, tous les trois, de toute façon ?

Cela venait juste de le frapper que ses amis n’avaient pas besoin de se présenter à cet évènement. Ils n’étaient absolument pas à la recherche d’un quatrième. Leif éventrerait tout candidat de ses serres.

— Leif a indiqué que nous devions être présents en guise de soutien moral et Blake a insisté, prétextant qu’il voulait danser.

Rhaegar fusilla ses compagnons du regard, qui répondirent à ses grommèlements par de larges sourires.

— Je ne savais pas que tu dansais.

Rhaegar serait-il assez flexible pour être capable de se dandiner ? Le puissant métamorphe-dragon ne possédait pas la délicate pureté de ses compagnons. Hart devrait y accorder une attention toute particulière. Il pourrait obtenir de quoi plaisanter pour les années à venir.

— Pas moi.

Rhaegar n’expliqua pas sa déclaration.

Hart entra dans la salle de bal et faillit tomber, manquant de peu de passer par-dessus Blake qui marchait droit devant lui.

Rhaegar grogna.

— Fais attention !

Il éloigna Blake du chemin d’Hart, le gardant sous son bras, de manière protectrice.

— Désolé, Blake.

Hart offrit un sourire plein d’excuses à son ami. Le Chef des dragons avait tendance à s’inquiéter de manière pathologique vis-à-vis de ses partenaires. Comme ils étaient plutôt du genre durs à cuire, chacun à leur façon, il pensait que Rhaegar en faisait un peu trop, cependant, peut-être qu’il changerait d’avis une fois qu’il aurait trouvé son propre compagnon.

— Excusez-moi, fit une douce voix venant de derrière eux.

Hart se retourna pour se retrouver face à un petit Fae qui tenait un plateau chargé de nourriture. Il fit un pas de côté tandis que le bel homme passait devant lui.

— Désolé.

Une odeur délicieuse suivait le Fae. Hart inhala de nouveau. Le parfum d’une terre riche et de fleurs remplit ses narines.

Mien ! Son dragon intérieur grogna un avertissement aux autres au cas où ils envisageraient même de toucher à leur Fae.

— Les plats sentent délicieusement bon, n’est-ce pas ?

Les yeux de Blake s’illuminèrent tandis qu’il fixait la longue ligne de tables composant le buffet.

— En effet, je vous retrouve plus tard.

La nourriture ne sentait pas à moitié aussi bon que l’homme qui la portait. Hart suivit le petit Fae. Eh bien, peut-être que pour un Fae, il n’était pas si minuscule que ça, mais comparé à un métamorphe-dragon, il lui atteignait à peine l’épaule. Il était prêt à parier que le beau serveur aurait l’air bien englouti dans ses bras ou sous lui tandis qu’il le prendrait dans la pile d’oreillers qui lui servait de lit.

Il observa l’homme à la senteur délicieuse réorganiser la table pendant quelques minutes avant d’oser s’approcher.

— Bonsoir, à nouveau.

Le Fae leva rapidement les yeux et le regarda à travers ses cils avant de revenir à ce qu’il faisait.

— Bonsoir. Allez-y, n’hésitez pas à vous servir. Il y a plein de nourriture. Le bal commencera dans quelques minutes.

Le Fae tenta de s’éloigner. Hart se mit en travers de son chemin.

— Ce ne sont pas les plats qui m’intéressent. Quel est ton nom, mon beau ?

Un éclair de peur traversa le visage du Fae. Il fit un pas en arrière.

— Je suis Noel.

— Bonsoir, Noel. Je suis Hartmut, mes amis m’appellent Hart. Puis-je t’aider à faire quoi que ce soit ?

— Non.

Noel secoua la tête.

— Tout va bien. Si vous voulez m’excuser…

Hart se mit de côté. Il ne désirait pas intimider le bel homme. Si ses instincts avaient raison, le timide serveur était son compagnon. Il avait largement le temps d’essayer de séduire le Fae délicat pour qu’il vienne à son côté.

Dès que Noel disparut de sa vue, Hart se mit à la recherche de Rhaegar. Le Chef des dragons avait passé plus de temps dans le château des Faes que lui-même.

— Sais-tu quelque chose à propos d’un Fae nommé Noel ?

— L’assistant du Roi ? demanda Rhaegar.

— Je ne crois pas. Il portait des plats. L’assistant du Roi ne s’abaisserait certainement pas à effectuer ce genre de travail. Je pense qu’il fait partie de l’équipe de cuisine ou quelque chose comme ça. Je crois qu’il pourrait être mon compagnon.

Rhaegar plissa les yeux en direction de Hart, comme s’il cherchait la vérité au fond de son âme.

— Alors, je ne sais pas. Le seul Noel que je connaisse c’est le bras droit du Roi. Pourquoi n’irais-tu pas directement poser la question à Kylen ? Il devrait connaître le nom des gens qui vivent sur son territoire.

— Peut-être.

Son dragon préférait faire sa propre enquête. Aller trouver le Roi et obtenir toutes les réponses à ses questions lui gâcherait le plaisir de la chasse. Interroger un ami ne comptait pas, cependant déposer une requête formelle auprès du Roi reviendrait à tricher.

Hart étudia la pièce, mais personne d’autre n’attira l’attention de sa bête intérieure. Son dragon insistait : Noel serait le seul et l’unique qu’ils devaient prendre en chasse. S’appuyant contre le mur, Hart attendit pour voir si le magnifique Fae allait revenir. Si le Destin avait fait d’eux des partenaires, il ramènerait Noel dans son orbite à nouveau.

Cinq minutes s’écoulèrent, puis dix… Il avait presque envie d’interroger le personnel quand il repéra enfin Noel qui se tenait au milieu de la pièce, donnant des ordres aux serviteurs. Ses manières de faire indiquaient qu’il en avait l’habitude. Bon sang, Hart ne souhaitait pas être aussi proche de la royauté. Peut-être s’agissait-il d’un autre Noel ?

Il prit une profonde inspiration. Son sexe durcit et son cœur adopta un rythme rapide qu’il ne pouvait pas apaiser. Il avança vers Noel et se tint derrière lui, attendant d’être remarqué.

Sentant sa présence, le Fae se tourna sur lui-même.

— Reculez, dragon !

— Pourquoi ? Tu pourrais être mon compagnon.

Sa bête intérieure grogna à la pointe de doute contenue dans sa voix, bien qu’ils ne puissent pas en être certains, ni l’un, ni l’autre.

— Comment les dragons peuvent-ils le déterminer ? demanda le Fae.

Il gardait une distance respectueuse entre eux.

Hart s’approcha suffisamment pour bloquer Noel contre la table.

— Pour le savoir avec certitude, les dragons ont des relations sexuelles.

Il glissa son nez contre son cou, savourant son odeur. Il laissa échapper un souffle chaud sur la chair exposée.

Noel soupira, un lent son de satisfaction. Le sexe d’Hart se redressa au bruit. Incapable et ne désirant pas résister à la tentation, il lécha le point de pulsion sur la gorge de Noel, puis la mordilla légèrement. Une explosion de saveurs inonda sa langue. Plus ! Il avait besoin de plus, de dévorer, de goûter, de prendre et de marquer l’homme qui se tenait devant lui, pour le faire sien.

Mien ! grogna à nouveau son animal intérieur.

— Oh, par tous les Dieux !

Noel se racla la gorge et posa les mains sur la poitrine d’Hart.

Il fallut un moment à celui-ci pour réaliser que le Fae tentait de le repousser. Il recula d’un pas.

— Quel est le problème ?

— Je ne veux pas d’un compagnon.

Une brusque douleur traversa Hart jusqu’à ce qu’il ne puisse plus respirer. Il n’avait pas pensé qu’il trouverait enfin son autre moitié, pour se faire aussitôt rejeter. La bête en lui grogna pour montrer son mécontentement. Il recula à nouveau, prêt à s’éloigner.

Noel suivit le mouvement, frottant sa main sur son torse comme s’il pouvait sentir son chagrin.

— Ne le prenez pas mal. Je suis certain que vous êtes un bon dragon, cependant j’ai déjà perdu un partenaire. Je ne crois pas pouvoir survivre si un autre venait à mourir.

— Les dragons ne sont pas faciles à tuer.

Hart fronça les sourcils à l’insulte implicite faite à ceux de son espèce.

— Devez-vous avoir deux compagnons ?

Noel s’éloigna d’Hart et tira sur sa chemise, puis nettoya une poussière imaginaire, accordant au geste bien plus d’attention que nécessaire.

— Pas toujours. Nous ne sommes pas comme les Faes. Certains d’entre nous n’ont qu’un seul partenaire.

Hart prit la main de Noel et l’attira sur le côté, loin de la foule.

— Donc je pourrais être le seul ? Votre unique moyen de trouver un compagnon ?

L’expression consternée de Noel déclencha tout un flot d’émotions chez Hart.

— Oui.

Il relâcha la main du Fae.

— Je ne veux pas te mettre la pression, mais j’apprécierais que tu me laisses une chance. Viens dîner avec moi et nous en discuterons. Il pourrait également s’avérer que nous ne soyons pas compatibles, après tout.

Il n’y croyait pas une seule seconde.

— Je… je ne sais pas.

L’air brisé que Noel arbora donna presque envie à Hart de partir.

— S’il te plaît…

Hart était peut-être connu pour sa fierté, mais il se mettrait à genoux au beau milieu de cette fête s’il parvenait à convaincre Noel de lui accorder au moins un rendez-vous.

Noel lui lança un regard de côté, puis se détourna, ses yeux se posant partout sauf sur Hart qui glissa une main sur sa joue afin de lui relever la tête, jusqu’à ce que leurs prunelles se croisent.

— S’il te plaît…

Une seconde plus tard, Noel acquiesça.

— D’accord. Je vous préparerai à dîner et nous pourrons parler.

— Vraiment ?

Il ne pensait pas que le Fae aurait cédé aussi vite.

— Oui.

La réponse pas franchement enthousiaste atténua quelque peu la détermination du dragon.

— Je ne forcerai personne à être mon compagnon.

Sa bête le griffa de l’intérieur et grogna de protestation, mais Hart ne pouvait pas obliger Noel à vouloir de lui. Cela le tuerait de le pousser dans une relation pour laquelle il n’était peut-être pas prêt, ou qu’il ne serait jamais capable d’accepter.

Noel se lécha les lèvres avant de parler à nouveau, d’un geste distrait.

— Non. Je souhaiterais vraiment apprendre à vous connaître. C’est juste que je ne m’attendais pas à rencontrer mon autre compagnon et je… j’adore cuisiner. Je vous invite à dîner demain si vous voulez.

Bon sang, il est adorable !

Hart ne pensait pas que son partenaire Fae pouvait être plus mignon, toutefois sa nervosité et le bégaiement firent ronronner son dragon.

— J’aimerais beaucoup. Je crains d’être davantage un mangeur qu’un Chef.

Ses capacités à cuisiner étaient très limitées, au mieux. Il s’était spécialisé dans la chair rôtie par ses propres flammes.

Le sourire hésitant de Noel lui réchauffa le cœur.

— Très bien, alors. Je vous retrouverai devant le château demain soir pour dix-neuf heures. Mon appartement est relativement difficile à trouver et je ne veux pas que vous vous perdiez.

Maintenant qu’il avait senti Noel, le Fae ne pouvait plus se cacher de Hart, où qu’il se trouve. Les dragons possédaient la capacité de traquer n’importe qui une fois qu’ils avaient leur parfum en mémoire. Il garda ce fait pour lui-même. Son expression n’encourageait pas Hart à partager l’information concernant son pouvoir d’agir comme un véritable stalker.

— À demain donc. Je suis impatient d’en savoir un peu plus sur toi.

Si cela ne devait pas aller plus loin, au moins il profiterait d’un bon repas en compagnie d’un magnifique Fae. Si Noel décidait de le rejeter, Hart pouvait au moins engranger un bon souvenir de lui.

Il lui souhaita une bonne nuit. Ses émotions faisaient rage en lui à l’idée de leur séparation, mais s’il restait plus longtemps, il ne serait plus du tout capable de lui faire ses adieux. Pourtant, il souhaitait ardemment que Noel veuille réellement d’un compagnon au lieu de simplement chercher à lui faire plaisir. Hart, le cœur lourd, se dirigea vers le jardin. Le réconfort de sa grotte l’apaiserait. Les pierres précieuses et l’or ne laissaient jamais tomber un dragon. Serait-il un jour capable de se lier avec son âme sœur, ou Noel laisserait-il son expérience passée l’empêcher de s’engager ?

— Hart !

La voix de Rhaegar le poursuivit à travers le couloir, mais il ne se retourna pas. Il ne possédait pas l’énergie nécessaire pour se retrouver face à ses amis ou aux compagnons heureux de Rhaegar. Comment le destin pouvait-il donner deux partenaires à un dragon et un seul à un autre, qui ne voulait pas vraiment de lui ? Il ne pouvait pas en vouloir à Rhaegar. L’envie était une vilaine émotion qu’il tenta de garder pour lui-même.

Il agita la main pour les saluer, par-dessus son épaule, mais continua son chemin. Rhaegar le chercherait plus tard pour discuter seul à seul. Jusque-là, il ne supporterait pas le fait de tout mettre à plat pour l’instant.

— J’aurais dû porter la chemise rouge.

Il ne prit pas la peine de se déshabiller avant de sauter en l’air, déchirant sa tenue tandis qu’il se transformait. Il ne voulait plus jamais mettre ces vêtements. Trouver son compagnon aurait dû être un évènement heureux, pas un qui le remplissait d’anxiété et de tristesse. Peut-être devrait-il tout bonnement envoyer ses salutations à Noel et rester au loin. De toute façon, le Fae ne voulait pas sincèrement de lui. Hart était seul depuis des siècles. Pourquoi cela devrait-il changer ?

Un cri lui échappa tandis qu’il s’envolait. Il se blottirait contre sa montagne d’or et trouverait du réconfort auprès de son trésor. Peut-être que demain, il pourrait affronter la journée sans ressentir le goût amer du chagrin et des regrets.



CHAPITRE TROIS





Noel observa Hart qui s’éloignait. Son cœur se serra, une sensation qu’il avait espéré ne plus jamais éprouver. Il ne voulait pas blesser les sentiments du dragon. L’homme imposant avait montré une étrange vulnérabilité dans son expression quand il avait évoqué la possibilité qu’ils soient des compagnons, comme s’il offrait à Noel un cadeau sans prix et s’attendait à ce qu’il lui soit retourné avec le papier déchiré et les rubans arrachés.

Quelle personne ne désirait pas un compagnon choisi par le destin ? Noel pouvait encore se souvenir de la pétillante, étourdissante excitation qu’il avait ressentie à rencontrer Paryis pour la première fois. Il avait refusé ce qui aurait dû être la joie de toute une vie à Hart et l’avait gâchée.

Il se passa une main sur le ventre qui menaçait de renvoyer le peu de nourriture qu’il avait réussi à avaler un peu plus tôt. Mal à l’aise et anxieux, il ne savait pas combien de temps il resta debout là, avant que Kylen interrompe son dialogue intérieur.

— Tout va bien, Noel ?

Kylen s’approcha de lui, ses yeux le scrutant. Que voyait le Roi quand il plongeait dans ses prunelles ? Parfois, Noel se demandait si Kylen ne détenait pas plus de pouvoirs qu’il voulait bien le faire croire à tout le monde.


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