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LES TROMPERIES DU CŒUR





Par





Aisling Mancy









Tous droits réservés

© 2016 Aisling Mancy

Titre Original : Sleight of Heart

Artiste pour la couverture : Louis C. Harris

Traduction : Bénédicte Girault

Relectures et corrections : Yvette Petek



Tous droits réservés


« Le Code de la propriété intellectuelle et artistique n’autorisant, aux termes des alinéas 2 et 3 de l’article L. 122-5, d’une part, que les « copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective » et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration « toute représentation ou reproduction intégrale, ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droits ou ayants cause, est illicite » (alinéa 1er de l’article L. 122-4). « Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du Code pénal ».

ISBN numérique : 979-10-96349-37-1

ISBN papier : 979-10-96349-38-8

Dépôt légal : Décembre 2017


TABLE DES MATIERES


TABLE DES MATIERES

PRÉAMBULE DE L’AUTEUR

CHAPITRE UN

CHAPITRE DEUX

CHAPITRE TROIS

CHAPITRE QUATRE

CHAPITRE CINQ

CHAPITRE SIX

CHAPITRE SEPT

CHAPITRE HUIT

CHAPITRE NEUF

CHAPITRE DIX

CHAPITRE ONZE

CHAPITRE DOUZE

CHAPITRE TREIZE

CHAPITRE QUATORZE

CHAPITRE QUINZE

CHAPITRE SEIZE

CHAPITRE DIX-SEPT

CHAPITRE DIX-HUIT

CHAPITRE DIX-NEUF

CHAPITRE VINGT

CHAPITRE VINGT-ET-UN

CHAPITRE VINGT-DEUX

CHAPITRE VINGT-TROIS

CHAPITRE VINGT-QUATRE

CHAPITRE VINGT-CINQ

ÉPILOGUE

À PROPOS DE L’AUTEUR














Pour Mel

REMERCIEMENTS





Merci à Louis, à Louis et à tous les membres merveilleux de CoodDudes Publishing qui ont rendu la publication de ce livre possible.

Merci à mes fantastiques éditeurs, relecteurs et bêtas pour vos avis précieux et pour ne pas vous retenir.

Merci à Mel pour ton inestimable soutien constant.

Par-dessus tout, merci à toi, Kimi pour croire en mes livres.

PRÉAMBULE DE L’AUTEUR



Le terme “gitan” est un terme d’argot évoqué en Grande-Bretagne dans les années 1620, l’étymologie du sobriquet trouve racine dans le mot anglicisé “d’Égyptien”. Ce mot décrit également un groupe plus large de personnes que celui de “Romani” et il est important de faire la distinction entre les “Roms” et les gens “Rroma”.

J’ai nommé un des protagonistes “Pesha”, la forme Rroma du prénom russe “Pasha”. Il signifie “peu” ou “tout petit”. Le mot “pesha” en hébreu veut dire “péché, transgression” ou “rébellion”.

C’est un roman de fantasy. Bien que beaucoup de coutumes et de croyances Romani se reflètent dans cette histoire, un gitan préfère garder sa vie privée et ce livre n’est pas destiné à être une complète représentation de ce monde, mais une romance. La plus flagrante erreur est que Pesha est un prince Romani, alors que ceux-ci n’ont pas la moindre forme de monarchie, sauf un groupe en Écosse qui, en fait, a des rois et des reines. Le dialecte (la langue romani » utilisée dans cette histoire est celle des Koale du Pays de Galles et a été translittérée vers les sons les plus proches dans la langue anglaise. La chanson « Pala Tute » est très populaire chez les Romani. Une de ses nombreuses versions peut être trouvée sur :

http://www.youtube.com/watch?v=Zpzz9-qW1q0

Je ne prétends pas avoir une connaissance approfondie du Romani et les éventuelles erreurs dans la terminologie ou la représentation culturelle contenues dans les présentes sont les miennes.

Le dernier verset de l’hymne national rom est :

Aven mansa sar e lumnyatse Roma,

Kai phutaile e Romane dromensa,

Ake vriama usti Rom akana,

Amen Khudasa misto kai kerasa.

A, Romale,

A, Chiavale.

Il se traduit comme suit :

Maintenant, venez, tous les Roms du monde,

Les routes pour les Romanis se sont ouvertes,

Le temps est venu de se relever,

Nous nous lèverons comme un seul.

Oh, Romani,

Oh, les jeunes Roms.















La moralité de la magie ne peut être mesurée

Car il n’y a rien pour l’évaluer.



CHAPITRE UN





Lord Taliesin Solitaire marchait le long du front de mer, profitant de l’odeur familière de la mer d’Irlande. C’était une soirée de décembre, exceptionnellement chaude, depuis plus de dix ans, pour le Pays de Galles et il espérait éviter encore une autre nuit d’interminable solitude en marchant sur la promenade, de bout en bout. Des souvenirs de son bien-aimé – et également détesté – Christophe le faisaient encore souffrir et, après deux cents ans, il savait qu’ils allaient le hanter pour le reste de son existence contre nature. Il avait appris à les supporter sans se plaindre.

En règle générale, il s’enveloppait de son long manteau de laine avec une grande capuche, peu importe le climat, afin de dissimuler son apparence et de protéger ses yeux lavande sensibles. Ce soir, il le portait sur le bras et ne donnait pas deux ffyrlingau de ce que les gens penseraient de son allure. Par les boules de Llewellyn, on était en 2016 et l’albinisme n’était pas un fléau ! Enfin, il se souciait de son aspect jusqu’à un certain point, supposa-t-il, sa vanité pas tout à fait effritée depuis ces dernières années. Il avait attaché ses cheveux blancs qui touchaient presque le sol en une longue tresse, dans un effort pour minimiser l’attention et il était reconnaissant que son apparence aristocratique compense sa peau nacrée si distinctive. Sa beauté saisissante était un cadeau de sa magnifique mère catalane. Son père gallois, bien que de haut rang, lui avait, bien entendu, simplement légué ses grands yeux bleus.

Bien que l’acceptation des humains des êtres surnaturels lui ait facilité la vie, à bien des égards, l’ère de l’informatique du XXème siècle l’avait rendue plus difficile. Les lois régissant les vampires étaient restrictives et, en dehors de sa fille et de quelques serviteurs de confiance, il se sentait seul et si possible, son vampirisme jetait un voile encore plus morbide sur son existence que son albinisme. Bien que transformé jeune et figé à l’âge de trente-six ans, ses deux siècles en tant que mort-vivant avaient volé sa verve. Il se demandait souvent si la vie éternelle valait une telle solitude.

Il continua sa lente promenade le long de la mer et examina les possibilités de divertissements pour cette belle soirée. Il y avait le vieux jongleur français avec ses textes burlesques, fabliaux, chansons de geste et exposés. Plus facétieux encore, le jeune trouvère avec ses poèmes lyriques en langue d’oc. Le jeune effronté contrariait le vieux jongleur en se positionnant juste assez près pour lui voler des clients et, par conséquent, les pourboires du vieil homme. Un combat était à craindre d’ici la toute fin de soirée, s’assurant ainsi d’être la distraction la plus satisfaisante du front de mer. Taliesin sourit intérieurement tandis qu’il contemplait les deux hommes qui se battaient délibérément, dans le but d’extorquer plus de billets aux passants sans méfiance. Malgré tout, le bohémien, diseur de bonne aventure qui se tenait près de la tour de l’horloge le fascinait davantage.

S’étant suffisamment amusé avec le jongleur et le trouvère, il serpenta en direction de la tour de l’horloge. Il fut surpris de sentir les pulsations de son cœur s’accélérer à l’idée de revoir le gitan. Avançant en traînant les pieds, déconcerté, il déambula sur le trottoir.

Il observa le jeune gitan exercer son talent auprès d’un jeune couple, taquinant la paume de la main de la jeune femme d’un léger contact du bout de ses doigts. Dieux, c’était vraiment un magnifique jeune homme. Des boucles noires, un visage exotique encore angélique et… oh, ces yeux noisette dorés… Eh bien, tout chez lui attirait Taliesin. Néanmoins, il savait qu’il valait mieux ne pas s’approcher de lui.

Le gitan était un expert avec son tour de passe-passe avec les mains, et à chaque rire de la belle dame, son prétendant glissait une livre au bohémien. Quand il étala un jeu de tarot, l’homme lui indiqua de s’éloigner tandis que la belle dame suppliait pour un tirage. Hélas, son compagnon l’emporta et l’éloigna en la tirant par la main.

Deux individus arrivèrent et Taliesin devina qu’ils étaient du genre à se laisser berner par une douce persuasion. Le bohémien habile feignit de faire une lecture approfondie avant de dire quelque chose qui les fit rougir de plaisir. Il fut récompensé d’un billet de dix livres avant que ses clients repartent.

Vint ensuite un couple corpulent de personnes âgées. D’après l’accent de l’homme, Taliesin supposa qu’il était italien. Le bohémien parut se méfier de l’homme d’abord, puis remporta sa décision d’une boutade pleine d’esprit.

— Venez, venez ! Regardez votre belle dame ! La chance vous a déjà souri, monsieur !

Il reçut un autre billet de cinq avant qu’ils s’en aillent.

Taliesin continua d’observer le jeune homme tandis qu’il réunissait ses cartes de tarot, tirait sa chaise et s’asseyait patiemment, les mains croisées sur la table. Ce fut alors qu’il remarqua deux choses, presque simultanément : sous les boucles noires brillait un bandeau doré incrusté de joyaux et ses pieds étaient nus. Comment pouvait-il remarquer ces deux choses en même temps, étant donné qu’elles étaient aux extrémités opposées du corps du jeune homme ? Cela le rendit perplexe. Il secoua un peu la tête comme pour apaiser le dilemme de ses pensées.

Au risque d’exposer ses yeux sensibles à la lumière intolérable, Taliesin concentra sa vision vampirique sur le bandeau. Le jeune homme le cachait magistralement sous ses boucles souples. Ses yeux se tournèrent vers les pieds nus et il plissa de nouveau les yeux pour rendre sa vue plus perçante. La plante de ses pieds étonnamment petits était non seulement dépourvue des callosités auxquelles on pouvait s’attendre, mais elle était propre. Le jeune homme aux bras croisés jouait avec un anneau en or à son pouce. Comme pour ses pieds, ses mains étaient excessivement petites, mais avaient des doigts anormalement épais. Des doigts puissants, pensa-t-il. Il les imagina caressant son corps, puis il se réprimanda vertement pour son imagination débordante. Dieux, était-il possible qu’il soit aussi énamouré du gitan pour trouver que ses mains et ses pieds étaient séduisants ?

***

Pesha Sinclair prétendit ne pas remarquer le grand homme pâle qui le scrutait. Tous les gadjos fixaient les bohémiens. Il en avait l’habitude, mais celui-ci le rendait nerveux. Non pas parce qu’il était sinistre, mais parce qu’il ne l’était pas. Il l’avait déjà vu sur la promenade auparavant, toujours recouvert des pieds à la tête dans son grand manteau. Il était souvent en compagnie d’une jeune et jolie femme que Pesha présumait être sa femme. Il enviait l’égard avec lequel le bel homme la traitait, montrant toujours son amour en l’embrassant doucement sur le front ou sur la main, la protégeant des regards malintentionnés et des avances non désirées. Elle riait souvent lorsqu’ils marchaient le long du front de mer, bras dessus bras dessous, sachant qu’elle était en sécurité et chérie. Comme il l’enviait et souhaitait trouver quelqu’un pour l’aimer aussi tendrement. Pas n’importe qui. L’homme pâle qui se tenait devant lui.

L’homme et sa femme s’étaient présentés à sa table une fois. La dame avait été satisfaite de sa lecture de la main et le bel homme l’avait payé vingt livres. C’était alors qu’il avait remarqué les étonnants yeux lavande. Jamais il n’avait croisé d’aussi beaux yeux et il en rêvait tous les soirs depuis. Tellement souvent même, qu’il en était venu à considérer le bel homme comme son chevalier blanc secret. Pour l’instant, il contemplait les cheveux blancs, la longue tresse, dajo, il n’avait jamais vu de cheveux aussi brillants ni aussi longs. L’image ne servait qu’à embellir ses rêves déjà érotiques concernant le gadjo. Oserait-il risquer un coup d’œil ? Pourquoi pas ? Cet inconnu ne connaissait pas ses désirs secrets. Affichant sur son visage un air de défi typique, il releva les yeux. Sans le long manteau à capuche pour le dissimuler, Pesha le vit dans son entier pour la première fois. Grand, musclé, certainement né de haut rang, et encore plus beau qu’il ne l’avait imaginé. Lorsque leurs regards se croisèrent, Pesha sentit son expression se transformer pour une autre qui indiquait clairement son désir. Il se détourna avant que son rougissement se mette à briller et qu’il devienne écarlate sous la lumière dorée de la tour de l’horloge.

***

Il fallut à Taliesin chaque once de la force surnaturelle qu’il possédait pour rester immobile comme une statue. Était-ce du désir qu’il avait discerné dans ses yeux ? Sûrement pas. Pourtant, la chaleur de son rougissement qui planait dans l’air lui disait toute autre chose. Le déferlement de sang et l’odeur de girofle combinée à de la cannelle provenant de la peau du jeune homme ravissaient ses sens, lui faisant ressentir des désirs contradictoires. Il ne pouvait empêcher son aine de grossir, lui promettant une soirée d’agonie tandis que ses crocs menaçaient de percer ses gencives. Dieux, je dois partir d’ici. Il te suffit de faire demi-tour et de t’éloigner, se dit-il.

Le son d’un aboiement colérique le tira brusquement de sa rêverie.

— Foutu sale gitan puant ! Ce n’est pas ce que ça dit dans ma main !

Le client désagréable gifla le côté de la tête du bohémien avant de s’éloigner.

— Ah, sale gadjo ! cria le jeune homme.

Taliesin se retrouva immédiatement devant l’individu vindicatif, le dominant d’un grognement et d’un regard glacial. Il le fit revenir vers la table qu’il pointa du doigt.

— Hey, je ne voulais rien dire de spécial par là. Je ne savais pas qu’il avait un gardien.

Il laissa tomber un billet sur la table et essaya de contourner Taliesin. Celui-ci le saisit par le bras et indiqua de nouveau la table.

— Ça ne vaut pas un sou de plus que ce que j’ai donné ! protesta le type.

Taliesin le gifla légèrement sur le côté de la tête, prenant soin de ne pas utiliser sa force surnaturelle ou bien il risquait de le tuer.

— Par les boules de Fergus ! cria le personnage déplaisant, tout en fouillant dans sa poche pour jeter un billet de cinq.

Taliesin le relâcha et le client s’enfuit en direction de la promenade.

— M… Merci, balbutia le gitan.

Taliesin hocha la tête et retourna à son poste d’observation, à distance.

***

Étrange et merveilleux gadjo, pensa Pesha avant de décider qu’il était tard et qu’il s’était fait assez d’argent pour tenir à distance le grand Roi Vaida Sinclair pour un autre jour. Il aurait maudit son père s’il n’avait pas eu peur de devenir plus impur ou malheureux qu’il ne l’était déjà. Bien que prêt à revenir à la compania pour faire face à son père, il redoutait l’idée d’être à portée de main de Merripen. Avec un soupir exaspéré, il tira ses chaussures de son sac à dos et les enfila. Bien qu’il sache qu’il ne devrait pas se promener pieds nus, les gadje payaient plus s’ils pensaient que vous étiez pauvre. Il ramassa ses cartes, les rangea dans son sac, puis plia sa table et sa chaise avant de les attacher avec une corde en nylon rouge vif.

***

Taliesin regarda le petit gitan remballer ses biens, profitant de la vision des mouvements gracieux du jeune homme charmant. Il laissa son imagination caresser l’objet de son intérêt et se demanda ce qu’il ressentirait à le tenir dans ses bras. Une vague de tristesse submergea son cœur à la pensée de ne plus pouvoir admirer et protéger le gitan pour ce soir. Comme si cela avait été décrété par le Destin, il réalisa soudain que ce temps passé auprès du jeune bohémien avait peut-être un but caché. Dieux, Solitaire, dois-tu t’infliger cela à toi-même ? Tu ne peux pas t’impliquer avec qui que ce soit, se réprimanda-t-il pour la millième fois.

***

Pesha pensa qu’il devrait remercier le gadjo sexy à nouveau, mais n’en eut pas le courage. Il avait à peine pu se souvenir de son anglais, il y avait quelques minutes. Il pourrait lui rendre une sorte de service. Peut-être héler un taxi afin qu’il n’ait pas à rentrer chez lui à pied. Ava, ça, c’est une bonne idée ! Il ne voulait pas que son gentilhomme reste seul sur la promenade au cas où l’imbécile de gadjo reviendrait avec des amis. Il osa jeter un coup d’œil à son beau sauveur pour se retrouver noyé dans les profondeurs de ses yeux lavande encore une fois. Diri dacha, il allait défaillir s’il ne faisait pas quelque chose plutôt que de rester là. Sans y réfléchir à deux fois, il courut vers son bel aristocrate et saisit le manteau sur son bras.

— Venez ! dit-il en faisant signe à son noble seigneur de le suivre.

***

Taliesin n’arrivait pas à croire ce qui se passait. Surpris par la soudaine décision d’agir du bohémien, il l’avait laissé voler le manteau qu’il portait sur son bras. S’il avait utilisé sa vitesse surnaturelle, il aurait pu le rattraper en une fraction de seconde, mais il n’osa pas le faire au milieu des passants humains. Il serait damné encore plus qu’il ne l’était déjà s’il se mettait à chasser le petit gitan sur la promenade. Maudissant le Morrigan, il jura intérieurement tandis qu’il se lançait à la poursuite du jeune homme. À vingt mètres du bout de la promenade, le gitan revint vers lui en courant.

— Venez ! Venez !

Le bohémien l’appelait tout en lui faisant signe de se dépêcher. Taliesin passa devant des parties communes et s’arrêta brusquement en le voyant. Il se tenait là, tenant la portière d’un taxi ouverte d’une main, tout en serrant le manteau de l’autre. Taliesin se balança sur la pointe de ses pieds. Lui demandait-il de partir ? Il n’avait pas besoin d’un moyen de locomotion. Là encore, le bohémien n’en savait rien. Peut-être pensait-il lui faire une faveur. Taliesin ne voulait pas le laisser seul sur la promenade au cas où le client agressif reviendrait. Le bohémien, lui, devait prendre le taxi.

— Allons, allons, insista le gitan.

Taliesin s’avança, récupéra son manteau des mains du jeune homme, et ce faisant, réalisa à quel point il était petit par rapport à son mètre quatre-vingt-dix. Il l’était davantage qu’il ne l’avait pensé initialement, plus qu’un homme de taille normale en tout cas, et de loin. Le vampire lui fit signe de prendre le taxi.

— Na, na, na, répondit le bohémien en secouant la tête et agitant rapidement ses mains, ses longues boucles noires rebondissant sur ses épaules bien dessinées. Pour vous, rajkano, pour vous.

N’ayant absolument aucune idée de ce qu’il fallait faire, Taliesin se glissa sur la banquette arrière du taxi. Dès qu’il referma la portière, il vit de près les yeux noisette doré du gitan se relever pour la première fois. Ils contenaient une lueur de désir qui réchauffa son cœur et il se demanda, un instant alarmé, si ses propres yeux ne trahissaient pas ses émotions à l’égard du tzigane.

Quand le jeune homme posa sa main sur la vitre, inexplicablement, il ne put retenir son envie de répondre. Il appliqua sa paume, du côté opposé à la sienne et la vitre s’échauffa entre eux, semblant refléter leur désir mutuel. Il resta figé ainsi pendant un court instant, fasciné par les beaux yeux noisette dorés. Le gitan inclina la tête, si légèrement, comme pour poser une question muette. Semblant comprendre le besoin sans fard de Taliesin, il lui adressa un sourire entendu, puis articula quelque chose d’inintelligible et fit un pas en arrière, loin du véhicule.

Le chauffeur de taxi sortit Taliesin de sa transe avec un petit rire.

— Très bien, rajkano, où voulez-vous aller ?

Comme Taliesin retournait son attention vers le vieux chauffeur de taxi russe, il y eut un petit coup sec sur la vitre. Surpris, il regarda à travers et vit que le jeune homme avait de nouveau posé sa main sur celle-ci. Son cœur fit un bond et s’il n’avait pas été assis, il se serait peut-être évanoui. Encore une fois, il ne put s’empêcher de répondre à son geste. Il recouvrit la main du bohémien pressée sur la vitre, et ne trouva nulle moquerie, mais un bonheur absolu dans ses brillants yeux dorés. Puis le gitan lui adressa un au revoir d’un geste de la main et repartit en courant.

Le cœur de Taliesin flottait comme s’il était piégé dans une cage et ses émotions menacèrent d’envahir ses sens. Au début, il se délecta de la pensée que le bohémien pourrait, peut-être, être intéressé par lui. Puis ses espoirs furent réduits à néant, comme aplatis par une enclume. Tu es un vampire, Solitaire, et pour ce que tu en sais, les actions du gitan étaient seulement celles d’un Romani bien élevé.

Le chauffeur russe l’observait dans son rétroviseur.

— Vous savez ce que rajkano signifie pour un gitan ?

Taliesin secoua la tête.

— Il vous a appelé beau, magnifique. Je pense qu’il vous aime bien. Je n’affectionne pas la plupart des Romani. Mais lui, si. Il me donne de bonnes courses et il est gentil. Il a l’air petit, mais c’est un adulte, vous savez ? Alors, où voulez-vous aller, bel homme ?

Ses espoirs étant quelque peu raffermis, Taliesin lui remit sa carte.

— Oh, Lord Solitaire, je ne voulais pas vous manquer de respect, dit rapidement le Russe.

Taliesin lui fit signe de laisser tomber.

— Le château sur la falaise ? C’est là où je dois aller ?

Il hocha la tête.

— Vous ne parlez pas beaucoup.

Taliesin sourit et secoua la tête. J’aimerais pouvoir, pensa-t-il avec ironie.

CHAPITRE DEUX





Pesha courait à travers les bois, ses pieds survolant limon et ronces, sa table et sa chaise attachées dans son dos, son sac pendant sur une épaule. Son cœur tambourinait toujours après sa rencontre avec son magnifique gadjo et il avait l’impression de pouvoir voler. Son chevalier blanc l’aimait bien, il en était certain. Il devait parler à Daj de l’homme étrangement beau dont il avait si souvent rêvé. Elle était la seule qui le comprenait et il avait besoin de ses conseils.

Il entra dans la compania, avec l’intention de se diriger directement vers le verdo de Daj, lorsqu’il se retrouva face à Merripen.

— Tu es en retard, Pesha. J’espère que tu as gagné beaucoup d’argent, ou bien étais-tu trop occupé à sucer les bites des gadje, she’chorne ?

Pesha détestait quand Merripen le traitait de pédé.

— Va-t’en, Merry, je ne suis pas ta chienne.

Pesha se mit hors de portée de son frère et le contourna pour se diriger droit vers le verdo de Daj. S’il vous plaît, laissez-moi l’atteindre avant que Merry m’attrape, pria-t-il. Alors qu’il arrivait sur la première marche menant à sa porte, Merry empoigna l’arrière de sa chemise. S’il le devait, il le laisserait l’avoir. Il n’allait pas lui permettre de lui faire à nouveau mal. Tandis qu’il luttait contre sa poigne, Daj ouvrit la porte.

— Merripen ! cracha-t-elle avec un grognement sourd et menaçant.

Zhukli ! jura-t-il.

Pour avoir été traitée de chienne, elle se lança dans une diatribe tout en libérant Pesha de la poigne de Merripen et pointa un doigt fragile dans sa direction.

— Plus de mal à Pesha ! Daj sait ! Daj sait ! cria-t-elle, poussant le jeune homme à l’intérieur.

Chovexani ! jura-t-il encore une fois.

Elle n’avait aucun scrupule à être traitée de sorcière. Elle en était une.

Ava, Merripen, grogna-t-elle.

Il recula et cracha dans la poussière.

— Je dirai à père que tu m’as maudit !

Ava, dis à Vaida ! Dis à Vaida !

Elle n’était pas le moins du monde intimidée par ce bougre de prince.

Pesha recula. De tous ses frères, Merripen était le pire. Il ne montrait aucune loyauté envers la compania, aucun respect vis-à-vis de ses compatriotes Romani, et n’avait aucun égard pour la puissance des mots. Des paroles haineuses étaient vomies par sa bouche et c’était étonnant qu’il ne se soit pas maudit comme impur et malchanceux de manière permanente.

Daj le chassa avec un grondement.

— Va-t’en ! Va-t’en !

Pesha s’assit dans la chaise à bascule de Daj et lui parla de sa soirée. Il pensa d’abord cacher son obsession pour le gadjo, puis songea que c’était inutile. Il savait que c’était impossible de lui dissimuler quoi que ce soit. S’il ne trouvait pas cela absurde, il dirait qu’elle pouvait lire dans son esprit.

— Il est bon mulo, lui assura-t-elle, attisant le feu dans son vieux poêle en fer.

Comment son chevalier pourrait-il être une bonne personne morte ?

Mulo ?

Ava. Grand cœur.

Il se demanda si la vieille femme était saine d’esprit. Mettant de côté ses craintes, il laissa finalement échapper :

— Daj, je rêve de lui.

Elle sourit largement.

— Bon rêve, constata-t-elle.

Ava, trop beau pour être un présage.

Il rougit.

Elle se mit à rire doucement et passa une main ridée sur ses boucles noires de jais.

Misto. Bien.

— Tu ne penses pas que je suis condamnable pour mes… idées à son sujet ?

Na, na, na. Bon mulo. Misto pour Pesha.

— Il a une femme.

— Il a fille avec yeux verts.

Pesha repensa aux yeux brillants de la femme et son cœur se serra. Si son chevalier blanc avait une fille, alors il n’était certainement pas intéressé par les hommes.

Ava, yeux verts.

Ses épaules s’affaissèrent sous le poids de sa déception.

— Aile ?

Il fronça les sourcils.

— Des ailes ?

— Fille moitié biti-foki.

Pesha écarquilla les yeux.

Tacho.

Elle lui assura que c’était vrai.

Na, na, na.

Il refusait de croire que la fille de son chevalier blanc était à moitié fey. Daj se contenta de sourire doucement.

— Comment en sais-tu autant sur lui ? insista Pesha.

Elle continua de sourire.

— Pesha dort dans Daj verdo.

Il soupira. S’il voulait échapper à la brutalité de Merripen, il allait encore devoir passer la nuit ici.

Elle glissa une main sur ses mèches noires et fit un geste vers la moitié arrière de son verdo.

Baxtvalo, Pesha, murmura-t-elle en embrassant sa joue.

Comment la vieille femme pouvait-elle le considérer comme une bénédiction ? Il ne parvenait pas à comprendre. Il était maudit, car il était gay. C’était un péché.

— Laisse-moi préparer ton feu, offrit-il en guise de paiement pour sa protection à l’égard de Merry.

Elle sourit largement. La vieille sorcière sage avait toujours apprécié sa magie du feu.

Kushko sunos, Daj, fais de beaux rêves.

Il s’occuperait de ses feux ce soir, celui, perpétuel qu’elle maintenait à l’extérieur de son verdo et celui de son poêle en fer pour la garder au chaud. Après tout, il y avait suffisamment matière à réflexion après la soirée passée avec son beau chevalier.

***

Taliesin se dirigea vers sa chambre. Il restait encore une heure avant l’aube, mais il ressentait son attraction. Cela ne le dérangerait pas d’aller au lit de bonne heure ce soir. Charmé par le beau gitan, les attentions du jeune homme n’avaient servi qu’à lui rappeler sa solitude. Plus vite, il rejoindrait sa mort temporaire, plus vite il cesserait de se souvenir de son existence retirée. Par les Dieux, son sexe était dur comme du roc. Il était tenté de le libérer tandis qu’il descendait la colonnade menant à sa chambre.

— Père ?

Il se retourna au son de la voix de Feather, éloignant nonchalamment la main de son corps.

— Bonne nuit ? demanda-t-elle ?

J’ai revu le gitan.

Il appréciait le fait que sa fille puisse entendre ses pensées sans qu’il ait à les projeter.

Elle sourit et s’approcha de lui.

— Vous l’aimez bien.

C’était une constatation, pas une question.

Il hocha à moitié la tête en guise d’acquiescement, essayant de dissimuler son embarras.

Un petit rire lyrique lui échappa, comme le son de petites cloches résonnant dans l’air.

— Vous l’aimez vraiment ?

Il hocha lentement la tête.

Je le crains.

Elle sourit et l’étreignit.

— C’est bon pour vous, Père. Bon pour vous.

Taliesin se laissa tomber sur le lit, ayant semé ses vêtements sur le sol, dans son sillage. Il commença à lentement caresser son sexe avec le beau gitan à l’esprit, puis des souvenirs de Christophe l’assaillirent et son intérêt corporel s’évanouit. S’il n’était pas l’homme qu’il était, il aurait pleuré avant de s’endormir.

CHAPITRE TROIS





Une semaine plus tard…

Taliesin regardait la jeune femme tandis qu’elle laissait la robe de satin glisser de ses épaules. Le corps souple et androgyne de la jeune fille était à son goût. Bien qu’il désire des hommes, ils lui faisaient courir le risque d’intrications émotionnelles. Son esprit dériva vers la pensée du magnifique jeune homme qui lui avait occasionné ce même péril la semaine dernière. Le gitan avait semé une impression indélébile et il souhaitait le revoir, un sentiment qu’il n’avait pas ressenti depuis plus de deux cents ans. De peur de perdre sa résolution, il s’était interdit toute visite de la promenade pendant une semaine. Sa retenue ne servait qu’à exalter ses rêves éveillés concernant le bohémien.

Il s’adossa au fauteuil bien rembourré et délia sa robe de chambre en soie. La jeune femme tomba langoureusement à genoux devant lui et écartant les cuisses du vampire, elle prit avec ferveur son sexe quiescent et lourdement veiné dans sa bouche. Bien qu’elle applique ses compétences avec excellence, il n’était pas intéressé. Il voulait simplement aller de l’avant et surtout, se nourrir.

Comme il méprisait Christophe, tout en déplorant sa perte. Bon sang, les souvenirs de son amour, de ses yeux rieurs et de son beau corps sous lui… chaque réminiscence le hantait. Deux cents ans de solitude gaspillés. Il avait besoin de poursuivre sa vie. Ou de survivre à son absence, selon le cas.

Il baissa les yeux vers la jeune femme et imagina Christophe. Son corps commença à réagir. Les lèvres de son amant, sa bouche chaude et humide, son corps sensuel et accueillant. Une des mains de la femme disparut pour caresser son entrejambe, et l’odeur de sa stimulation combinée à celle de son sang l’excita davantage. Lorsque l’image mentale se substitua à celle du gitan, ses bourses se resserrèrent, se préparant, menaçant d’exploser, toutefois il ne souhaitait pas que cela se termine de cette manière.

Il éloigna la jeune femme de son membre désormais tendu, la guida vers le lit et la jeta sur le ventre dans sa hâte, à peine capable de contrôler sa faim. Il grimpa sur la couche derrière elle et souleva ses hanches avec des mains qui laisseraient des ecchymoses. Il la pénétra d’un seul coup de reins brusque, puis la prit profondément. Il savait qu’il était large et était généralement conscient de sa taille, mais pas ce soir. Les cris bruyants et les murmures de plaisir de la jeune femme lui indiquèrent qu’elle appréciait son sexe et une maîtresse vocale le rendait toujours fou de désir. Ah, le gitan crierait-il pour moi ? La simple réflexion l’enflamma et il se vit lui plaire sans fin, sa semence cherchant à se libérer.

La jeune femme gémit bruyamment et il sentit que son orgasme était proche. Son pouls lourd battait rapidement dans ses veines et son sang surchargé d’endorphines l’appelait. Il bougea plus rapidement, plus durement, la chair claquant contre la chair. Il s’était affamé pour aussi longtemps qu’il l’avait osé, détestant devoir se nourrir de cette manière. Quand elle se tortilla, hurlant son plaisir, son désir et sa faim prirent le dessus. Il plongea ses crocs dans son cou souple, son liquide cramoisi le remplissant, semblant voyager directement jusqu’à son sexe. Il jouit dans un frisson, la remplissant tandis qu’il aspirait son sang, dans un échange de fluides. Des images du beau gitant sous lui accompagnèrent ses derniers coups et soulagèrent sa mélancolie tandis que la jeune femme devenait molle entre ses mains, repue et hypnotisée.

Lorsqu’il puisa son content, il lécha les deux petites ponctions jusqu’à ce qu’elles soient scellées et à peine perceptibles. Il l’étendit doucement et tira les couvertures sur elle. Le froid de l’hiver s’était enfin installé et la soirée devenait particulièrement brumeuse et humide. Il posa ses doigts sur son cou, le pouls lent qu’il sentit le rassura, lui indiquant qu’elle irait bien. Elle dormirait un court instant, avant que Feather la voie et la raccompagne en toute sécurité, avec juste quelques bons souvenirs de la soirée.

Il prit rapidement une douche et s’habilla. Enveloppant son chaud manteau de laine autour de lui, il prit soin de veiller à ce que ses cheveux, si longs qu’ils tombaient sur le sol, restent dissimulés dans son col, invisibles pour les autres. Il tira sa capuche vers l’avant, dissimula le bas de son visage, l’ombre apaisant ses yeux sensibles.

Taliesin glissa hors de la chambre de son château tandis que Feather entrait. Malgré sa condition, sa fille avait hérité de ses cheveux noirs et de sa peau bronzée, ses yeux verts translucides lui venant de sa mère. Quand Feather était née, deux cent vingt ans plus tôt, Taliesin n’aurait pas pu être un père plus heureux. Il avait rencontré sa mère tout à fait par accident, alors qu’il cherchait à cueillir des herbes et des champignons au bord d’une rivière, un soir d’été. Alors qu’il tentait d’arracher une petite bande de consoude du sol, celle-ci avait résisté, provoquant une grande entaille sur sa paume. Il l’avait brusquement lâchée pour se retrouver à fixer une fey qui ne mesurait pas plus de quinze centimètres de haut. Il s’était rapidement excusé auprès d’elle, pour rencontrer une diatribe de proportion épique.

— Eh, belle dame, je vous assure que je n’avais aucunement l’intention de vous nuire. Je vous en supplie, pardonnez-moi.

À son grand étonnement, elle avait rapidement pris taille humaine, même si elle mesurait une tête de moins de que lui, tentant de lui faire baisser les yeux. Puis, à sa plus grande stupéfaction, elle avait brutalement demandé :

— Qu’est-ce qui ne va pas avec vous, monsieur ? Pourquoi êtes-vous sans couleur ? Êtes-vous maudit ?

Bien que régulièrement gêné par sa condition, il n’avait pu s’empêcher de glousser et de répondre.

— Pas plus que vous, belle dame.

— Prenez garde, monsieur. J’ai des couleurs !

Elle avait piqué sa poitrine d’un petit doigt pointu.

— Vous parlez vrai, ma dame, et le vert est une belle teinte sur votre peau.

— Oseriez-vous insulter une dame de la cour des Seelies ? avait-elle demandé avec indignation.

— Jamais je ne prétendrais faire une telle chose. Lord Taliesin Solitaire à votre service, ma dame. Auriez-vous l’obligeance de me confier votre nom ?

Avec une légère courbette, elle répondit :

— Lady Clover Iceglimmer de la Cour Seelie, Mon Seigneur.

Ils devinrent de grands amis et finalement des amants. Elle ne critiquait jamais sa préférence pour les hommes et lui avait autorisé des badinages, lui faisant seulement part de sa peine d’un seul mot. Elle cherchait seulement à lui plaire. C’était aisé de l’affectionner et, à l’âge tendre de quinze ans, il l’aimait de tout son cœur. Hélas, il était interdit aux feys de s’associer avec toute personne n’appartenant pas à leur monde, encore moins avec un sorcier humain tel que lui. La cour des Seelies avait tué Clover immédiatement après la naissance de Feather, puis avait maudit Taliesin en le rendant muet. À seize ans, il s’était retrouvé seul pour élever Feather avec un gouffre à la place du cœur et pas de voix pour lui parler de son amour. Grâce aux Dieux, il avait déniché un sort qui permettait à Feather d’entendre ses pensées.

Il regrettait la vie qu’elle avait avec lui et pensait qu’elle devrait travailler, sortir avec des gens, se marier et avoir des enfants, mais elle avait fermement refusé.

— Qui épouserais-je, Père ? Aucun fey ne voudrait de moi, pas plus qu’un sorcier et je ne sortirais certainement pas avec un humain ordinaire.

Il la poussa à utiliser son diplôme en archéologie, afin de voyager à travers le monde. Il avait même offert d’effectuer des dons à diverses excavations en son nom.

— Qui diable accepterait une femme à moitié fey, d’un mètre quatre-vingt-cinq, sur un lieu de fouilles ? Je risquerais d’effrayer les autochtones qui s’enfuiraient. J’aurais également besoin d’abandonner mes ailes. Chose que je refuse de faire. D’ailleurs, je suis heureuse ici, avec vous, insista-t-elle.

Feather posa une main douce sur son bras pour le retenir.

— Le gitan ? Je pense qu’il a des ennuis.

Le pouls de Taliesin s’accéléra et son visage s’assombrit avec inquiétude. Je vais le surveiller, mon amour, lui assura-t-il, embrassant son front avant de s’éloigner.

***

Le manteau de Taliesin bruissait autour de lui tandis qu’il quittait la chaleur de sa chambre pour se retrouver face à la froide nuit hivernale, afin de se diriger vers la tour de l’horloge. Son corps était chaud avec le sang de la jeune femme, lui rappelant ce que c’était que d’être humain. Son élixir chargé de désir lui permettrait de tenir une semaine minimum. Bien que les lois concernant les êtres surnaturels lui dispensaient le droit de rester dans son château avec sa fille et lui garantissaient un minimum de libertés, elles ne l’autorisaient pas à se nourrir sur des humains. Il ne pouvait tout bonnement pas digérer tout le temps du sang en bouteille et, sans l’aide de Feather, il serait certainement incarcéré maintenant, si ce n’était pas abattu, purement et simplement.

Il avait envisagé de mettre fin à son existence solitaire après avoir perdu Christophe, cependant, sa nature de prédateur et ses sens surdéveloppés ne le lui auraient pas permis. Au début, il y avait eu quelques amis et un ou deux amants occasionnels. Tous avaient disparu une fois qu’ils avaient appris ce qu’il était, l’abandonnant à une vie d’ermite. Il avait pleuré en silence, ne montrant jamais ses émotions et avait affronté seul les nuits mornes. La compagnie de Feather constituait sa seule consolation.

Bien que des sentiments confus et une certaine inquiétude pour le jeune tzigane rongent ses nerfs, Taliesin se réjouissait à la perspective de le revoir, l’anticipation emplissant ses veines. Ce que son bohémien faisait encore dehors à cette heure, il ne parvenait pas à le comprendre. Là encore, le front de mer était connu pour rester relativement bondé assez tard le samedi soir. Si quelqu’un harcelait son beau gitan, il n’était pas certain de pouvoir retenir son sang froid. Son gitan. Le pronom possessif le frappa de plein fouet. Sodomite de mort-vivant, à quoi penses-tu, Solitaire ?

Il tourna au coin des communs donnant sur la rive, repéra la table du jeune homme, la chaise renversée et les cartes de tarot dispersées aux quatre vents, mais aucun signe de lui ni de son sac à dos. Il se dirigea vers la chaise et la redressa, fouillant le bord de l’eau de sa vue acérée. Il était introuvable. Alors que Taliesin collectait les cartes de tarot, son ouïe perçante détecta le son d’une bagarre et un gémissement « na, na, na… » Il plissa les yeux vers la source du bruit : des arbres bruissaient dans les parties communes, des brindilles se brisaient, des battements de cœur frénétiques, une accélération du sang dans des veines, l’odeur de la peur. Le léger parfum de clou de girofle et de cannelle lui indiqua qu’il s’agissait bien de son beau tzigane. Utilisant ses pouvoirs de vampire, il se protégea de la vue du public et s’envola.

Planant au-dessus de la clairière, la senteur de la peur l’assaillit. Quatre gitans entouraient quelqu’un agenouillé sur le sol. Aussi furtivement que possible, il atterrit à la limite des arbres et vit son diseur de bonne aventure. Par les dieux, son corps souple ne représente qu’une fraction de la taille de celle de ses agresseurs.


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