Excerpt for Le Sophiste de Platon - Édition Bilingue Inter-Paragraphe Français / Grec Ancien by , available in its entirety at Smashwords







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Le Sophiste de Platon

Édition bilingue inter-paragraphe

français / grec ancien







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Smashwords Edition







216.α

{ΘΕΟ.} Κατὰ τὴν χθὲς µολογίαν, Σώκρατες, ἥκοµεν αὐτοί τε κοσµίως

Ainsi que nous en sommes convenus hier, Socrate, nous arrivons ponctuellement, Théétète et moi


καὶ τόνδε τινὰ ξένον ἄγοµεν,

et voici un étranger que nous amenons avec nous


τὸ µὲν γένος ἐξ Ἐλέας,

Natif d’Élée,


ἑταῖρον δὲ τῶν µφὶ Παρµενίδην καὶ Ζήνωνα [ἑταίρων],

il est de l’école de Parménide et de Zénon


µάλα δὲ ἄνδρα φιλόσοφον.

c’est un philosophe.


{ΣΩ.} Ἆρ΄ οὖν, Θεόδωρε, οὐ ξένον ἀλλά τινα θεὸν ἄγων κατὰ τὸν µήρου λόγον λέληθας ; ὅς φησιν

Eh que sais-tu, cher Théodore, si, au lieu d'un étranger, ce n'est pas un dieu que tu nous amènes, suivant ce que dit Homère


ἄλλους 216.β τε θεοὺς τοῖς ἀνθρώποις ὁπόσοι µετέχουσιν αἰδοῦς δικαίας, καὶ δὴ καὶ τὸν ξένιον οὐχ ἥκιστα θεὸν συνοπαδὸν γιγνόµενον ὕβρεις τε καὶ εὐνοµίας τῶν ἀνθρώπων καθορᾶν .

que les dieux, et surtout celui qui protège les étrangers, se sont faits maintes fois les compagnons des mortels justes et vertueux, pour venir observer les iniquités et la bonne conduite des hommes


τάχ΄ οὖν ἂν καὶ σοί τις οὗτος τῶν κρειττόνων συνέποιτο ,

Ainsi, il se pourrait bien que tu eusses en ce moment pour compagnon quelqu'un de ces êtres supérieurs,


φαύλους µᾶς ὄντας ἐν τοῖς λόγοις ἐποψόµενός τε καὶ ἐλέγξωνo , θεὸς ὤν τις ἐλεγκτικός.

qui serait venu examiner par lui-même et réfuter nos misérables raisonnements, une sorte de dieu de la réfutation.


{ΘΕΟ.} Οὐχ οὗτος τρόπος, Σώκρατες, τοῦ ξένου,

Non, Socrate, ce n’est pas là le caractère de cet étranger


ἀλλὰ µετριώτερος τῶν περὶ τὰς ἔριδας ἐσπουδακότων.

il est plus indulgent que les disputeurs de profession.


καί µοι δοκεῖ θεὸς µὲν ἁνὴρ οὐδαµῶς εἶναι, θεῖος µήν·

Quant à moi, si je ne vois pas un dieu en lui, du moins je le tiens pour divin


πάντας 216.ξ γὰρ ἐγὼ τοὺς φιλοσόφους τοιούτους προσαγορεύω.

je tiens pour tel tout philosophe.


{ΣΩ.} Καὶ καλῶς γε, φίλε.

Et tu as raison, mon ami.


τοῦτο µέντοι κινδυνεύει τὸ γένος οὐ πολύ τι ῥᾷον ς ἔπος εἰπεῖν εἶναι διακρίνειν τὸ τοῦ θεοῦ·

Je crains seulement que cette race d’hommes ne soit guère plus facile à reconnaître que là race même des dieux.


πάνυ γὰρ ἇνδρες οὗτοι παντοῖοι φανταζόµενοι διὰ τὴν τῶν ἄλλων ἄγνοιαν "<ἐπιστρωφῶσι πόληας>," οἱ µ πλαστῶς ἀλλ΄ ὄντως φιλόσοφοι, καθορῶντες ὑψόθεν τὸν τῶν κάτω βίον,

Ces personnages (je ne parle pas des faux philosophes, mais des vrais) voyagent de ville en ville, en laissant tomber d’en haut leurs regards sur la vie qu’on mène en ces régions inférieures, et ignorance les fait paraître sous des aspects très divers.


καὶ τοῖς µὲν δοκοῦσιν εἶναι τοῦ µηδενὸς [τίµιοι], τοῖς δ΄ ἄξιοι τοῦ παντός·

Les uns ne font d’eux aucun cas, les autres en font un cas infini.


καὶ τοτὲ µὲν πολιτικοὶ 216.δ φαντάζονται, τοτὲ δὲ σοφισταί

Ils semblent à ceux-ci des politiques, à ceux-là des sophistes.


τοτὲ δ΄ ἔστιν οἷς δόξαν παράσχοιντ΄ ἂν ς παντάπασιν ἔχοντες µανικῶς. Enfin il y a des gens qui les prennent tout simplement pour des fous achevés.


τοῦ µέντοι ξένου µῖν ἡδέως ἂν πυνθανοίµην, εἰ φίλον αὐτῷ, τί ταῦθ΄ 217.α οἱ περὶ τὸν ἐκεῖ τόπον ἡγοῦντο καὶ ὠνόµαζον.

Sur quoi, je demanderais volontiers à notre étranger, avec son agrément, comment on considère et comment on nomme tout cela dans son pays.


{ΘΕΟ.} Τὰ ποῖα δή;

De quoi veux-tu parler ?


{ΣΩ.} Σοφιστήν, πολιτικόν, φιλόσοφον.

Du sophiste, du politique et du philosophe.


{ΘΕΟ.} Τί δὲ µάλιστα καὶ τὸ ποῖόν τι περὶ αὐτῶν διαπορηθεὶς ἐρέσθαι διενοήθης;

Mais qu’y a-t-il là qui t’embarrasse et qui te suggère cette question ?


{ΣΩ.} Τόδε· πότερον ἓν πάντα ταῦτα ἐνόµιζον δύο, καθάπερ τὰ ὀνόµατα τρία, τρία καὶ τὰ γένη διαιρούµενοι καθ΄ ἓν ὄνοµα [γένος] ἑκάστῳ προσῆπτον;

Le voici : je voudrais savoir si, chez notre hôte, tous ces noms représentent un seul objet ou deux, ou bien encore, puisqu’il y a trois noms, si, distinguant de même trois classes d’individus, on attache à chaque nom séparément une idée particulière.


{ΘΕΟ.} Ἀλλ΄ οὐδείς, ς ἐγᾦµαι, φθόνος αὐτῷ διελθεῖν αὐτά·

Il ne peut avoir aucune raison, ce me semble, de nous refuser cet éclaircissement.


πῶς, ξένε, λέγωµεν;

N’est-il pas vrai, étranger ?


217.β {ΞΕ.} Οὕτως, Θεόδωρε. φθόνος µὲν γὰρ οὐδεὶς οὐδὲ χαλεπὸν εἰπεῖν ὅτι γε τρί΄ ἡγοῦντο·

Non, Théodore, je n’en ai aucune, et il n’est pas difficile de répondre que ce sont chez nous trois classes distinctes


καθ΄ ἕκαστον µὴν διορί-σασθαι σαφῶς τί ποτ΄ ἔστιν, οὐ σµικρὸν οὐδὲ ῥᾴδιον ἔργον.

mais de déterminer nettement ce qu’est chacune de ces classes, c’est une besogne qui n’est pas si petite ni si aisée.


{ΘΕΟ.} Καὶ µὲν δὴ κατὰ τύχην γε, Σώκρατες, λόγων ἐπελάβου παραπλησίων ὧν καὶ πρὶν µᾶς δεῦρ΄ ἐλθεῖν διερωτῶντες αὐτὸν ἐτυγχάνοµεν,

C’est un heureux hasard, Socrate, qui t’a fait tomber à peu près sur les mêmes questions que nous lui avions adressées avant de nous rendre ici


δὲ ταὐτὰ ἅπερ πρὸς σὲ νῦν καὶ τότε ἐσκήπτετο πρὸς µᾶς·

et il nous avait déjà fait la même réponse


ἐπεὶ διακηκοέναι γέ φησιν ἱκανῶς καὶ οὐκ µνηµονεῖν.217.ξ

Il avoue qu’il a souvent entendu établir cette distinction, et qu’il ne l’a pas oubliée.


{ΣΩ.} Μὴ τοίνυν, ξένε, µῶν τήν γε πρώτην αἰτησάντων χάριν ἀπαρνηθεὶς γένῃ, τοσόνδε δ΄ µῖν φράζε.

En ce cas, étranger, pour le premier service que nous te demandons, nous ne saurions éprouver de ta part un refus.


πότερον εἴωθας ἥδιον αὐτὸς ἐπὶ σαυτοῦ µακρῷ λόγῳ διεξιέναι λέγων τοῦτο ἂν ἐνδείξασθαί τῳ βουληθῇς,

Seulement, dis-nous d’abord si tu as coutume de présenter et de développer toi-même tes arguments


δι΄ ἐρωτήσεων,

ou bien si tu préfères la méthode des interrogations


οἷόν ποτε καὶ Παρµενίδῃ χρωµένῳ καὶ διεξιόντι λόγους παγκάλους παρεγενόµην ἐγὼ νέος ὤν, ἐκείνου µάλα δὴ τότε ὄντος πρεσβύτου;

méthode dont j’ai vu Parménide tirer les plus beaux discours du monde, à une époque où j’étais bien jeune encore, et lui très avancé en âge.


217.δ {ΞΕ.} Τῷ µέν, Σώκρατες, ἀλύπως τε καὶ εὐηνίως προσ-διαλεγοµένῳ ῥᾷον οὕτω, τὸ πρὸς ἄλλον·

Celle-ci est plus commode, Socrate, avec un interlocuteur facile et de bonne composition


εἰ δὲ µ, τὸ καθ΄ αὑτόν.

autrement il vaut mieux parler seul.


{ΣΩ.} Ἔξεστι τοίνυν τῶν παρόντων ὃν ἂν βουληθῇς ἐκ-λέξασθαι,

Eh bien ! tu n’as qu’a choisir celui de nous qu’il te plaira


πάντες γὰρ ὑπακούσονταί σοι πρᾴως·

tu peux compter sur notre docilité à tous


συµβούλῳ µὴν µοὶ χρώµενος τῶν νέων τινὰ αἱρήσῃ, Θεαίτητον τόνδε, καὶ τῶν ἄλλων εἴ τίς σοι κατὰ νοῦν.

mais, si tu veux t’en rapporter à moi, tu choisiras quelqu’un des moins âgés, ce jeune Théétète, par exemple, ou tout autre à ton gré.


{ΞΕ.} Σώκρατες, αἰδώς τίς µ΄ ἔχει τὸ νῦν πρῶτον συγ-γενόµενον µῖν µ κατὰ σµικρὸν ἔπος πρὸς ἔπος ποιεῖσθαι 217.ε τὴν συνουσίαν, ἀλλ΄ ἐκτείναντα ἀποµηκύνειν λόγον συχνὸν κατ΄ µαυτόν, εἴτε καὶ πρὸς ἕτερον, οἷον ἐπίδειξιν ποιού- µενον·

Je t’avoue, Socrate, que j’ai quelque honte, pour la première fois que je me trouve en cette compagnie, de voir qu’au lieu d’un entretien, où un mot amène l’autre, il faut que j’entre dans une discussion longue et serrée, et que je la soutienne, soit seul, soit avec un autre, comme si je faisais une démonstration publique


τῷ γὰρ ὄντι τὸ νῦν ῥηθὲν οὐχ ὅσον ὧδε ἐρωτηθὲν ἐλπίσειεν ἂν αὐτὸ εἶναί τις,

car, dans le fait, la question n’est pas si facile qu’on pourrait le croire au premier abord


ἀλλὰ τυγχάνει λόγου παµµήκους ὄν.

elle exige, au contraire, un long développement.


τὸ δὲ αὖ σοὶ µ χαρίζεσθαι καὶ τοῖσδε, ἄλλως τε καὶ σοῦ λέξαντος ς εἶπες, ἄξενόν τι καταφαίνεταί µοι καὶ 218.α ἄγριον.

D’un autre coté, refuser de te complaire, ainsi qu’à tes, amis, surtout après ce que tu mas dit, il me semble que ce serait en user mal avec des hôtes et d’une façon peu civile


ἐπεὶ Θεαίτητόν γε τὸν προσδιαλεγόµενον εἶναι δέχοµαι παντάπασιν ἐξ ὧν αὐτός τε πρότερον διείλεγµαι καὶ σὺ τὰ νῦν µοι διακελεύῃ.

d’autant plus que j’accepte avec grand plaisir Théétète pour interlocuteur, d’après l’entretien que j’ai eu tout à l’heure avec lui, et sur l’invitation que tu me fais maintenant.


{ΘΕΑΙ.} ∆ρᾶ τοίνυν, ξένε, οὕτω καὶ καθάπερ εἶπε Σωκράτης πᾶσιν κεχαρισµένος ἔσῃ. Mais, étranger, es-tu bien sûr que de cette manière tu rendes service à toute la compagnie, comme disait Socrate ?


{ΞΕ.} Κινδυνεύει πρὸς µὲν ταῦτα οὐδὲν ἔτι λεκτέον εἶναι, Θεαίτητε·

Il paraît, Théétète, qu’il n’y a plus rien à dire là-dessus


πρὸς δὲ σὲ ἤδη τὸ µετὰ τοῦτο, ς ἔοικε, γίγνοιτο ἂν λόγος. c’est à toi que je dois m’adresser


ἂν δ΄ ἄρα τι τῷ µήκει πονῶν ἄχθῃ, µ µ αἰτιᾶσθαι τούτων, ἀλλὰ τούσδε τοὺς σοὺς ἑταίρους. 218.β

et si à la longue tu te fatigues, ce n’est pas à moi, mais à tes amis qu’il faudra t’en prendre.


{ΘΕΑΙ.} Ἀλλ΄ οἶµαι µὲν δὴ νῦν οὕτως οὐκ ἀπερεῖν·

J’espère bien ne pas perdre courage


ἂν δ΄ ἄρα τι τοιοῦτον γίγνηται, καὶ τόνδε παραληψόµεθα Σωκράτη, τὸν Σωκράτους µὲν µώνυµον, µὸν δὲ ἡλικιώτην καὶ συγ-γυµναστήν,

mais s’il en arrivait autrement, nous prendrions pour me soutenir le Socrate que voici, qui a de commun avec Socrate le nom qu’il porte, et avec moi d’être de mon âge et mon compagnon de gymnastique.


συνδιαπονεῖν µετ΄ µοῦ τὰ πολλὰ οὐκ ἄηθες.

il est accoutumé à partager presque toutes mes fatigues.


{ΞΕ.} Εὖ λέγεις, καὶ ταῦτα µὲν ἰδίᾳ βουλεύσῃ προϊόντος τοῦ λόγου·

Fort bien ; c’est à quoi tu aviseras à part toi dans la suite de l’entretien


κοινῇ δὲ µετ΄ µοῦ σοι συσκεπτέον ἀρχοµένῳ πρῶτον, ς µοὶ φαίνεται, νῦν ἀπὸ τοῦ σοφιστοῦ, ζητοῦντι 218.ξ καὶ µφανίζοντι λόγῳ τί ποτ΄ ἔστι.

mais, à nous deux, il faut, je crois, que nous commencions par le sophiste, que nous cherchions avant tout et que nous tâchions d’expliquer ce que c’est


νῦν γὰρ δὴ σύ τε κἀγὼ τούτου πέρι τοὔνοµα µόνον ἔχοµεν κοινῇ, τὸ δὲ ἔργον ἐφ΄ καλοῦµεν ἑκάτερος τάχ΄ ἂν ἰδίᾳ παρ΄ µῖν αὐτοῖς ἔχοιµεν·

car jusqu’ici nous ne sommes d’accord que sur le nom, et peut-être chacun de nous se fait-il de la chose une idée différente.


δεῖ δὲ ἀεὶ παντὸς πέρι τὸ πρᾶγµα αὐτὸ µᾶλλον διὰ λόγων τοὔνοµα µόνον συνωµολογῆσθαι χωρὶς λόγου.

Or, il vaut toujours mieux être d’accord sur la chose, en la définissant, que sur le nom qu’on n’a pas défini.


τὸ δὲ φῦλον νῦν ἐπινοοῦµεν ζητεῖν οὐ πάντων ῥᾷστον συλλαβεῖν τί ποτ΄ ἔστιν, σοφιστής·

Mais ce n’est pas l’affaire la plus aisée, que de déterminer, comme nous entreprenons de le faire, ce que c’est que cette espèce d’hommes qu’on appelle le sophiste.


ὅσα δ΄ αὖ τῶν µεγάλων δεῖ δια-πονεῖσθαι καλῶς, περὶ τῶν τοιούτων

Dans toutes les grandes entreprises de ce genre qu’on veut mener à fin,


δέδοκται πᾶσιν καὶ πάλαι 218.δ τὸ πρότερον ἐν σµικροῖς καὶ ῥᾴοσιν αὐτὰ δεῖν µελετᾶν, πρὶν ἐν αὐτοῖς τοῖς µεγίστοις. je vois que de tous temps tout le monde a été d’avis de s’essayer d’abord sur des objets plus petits avant d’en venir aux plus grands.


νῦν οὖν, Θεαίτητε, ἔγωγε καὶ νῷν οὕτω συµβουλεύω, χαλεπὸν καὶ δυσθήρευτον ἡγησαµένοις εἶναι τὸ τοῦ σοφιστοῦ γένος πρότερον ἐν ἄλλῳ ῥᾴονι τὴν µέθοδον αὐτοῦ προµελετᾶν, εἰ µ σύ ποθεν εὐπετεστέραν ἔχεις εἰπεῖν ἄλλην ὁδόν.

Si donc, Théétète, la définition du sophiste nous paraît à tous deux épineuse et difficile à trouver, je suis d’avis que nous préludions à cette recherche par quelque autre plus facile, à moins que tu n’aies à proposer un chemin plus commode.


{ΘΕΑΙ.} Ἀλλ΄ οὐκ ἔχω.

Je n’en vois pas.


{ΞΕ.} Βούλει δῆτα περί τινος τῶν φαύλων µετιόντες πειραθῶµεν παράδειγµα αὐτὸ θέσθαι τοῦ µείζονος; En ce cas, veux-tu que nous mettions en avant quelque question peu relevée qui nous serve de modèle pour l’autre?


218.ε {ΘΕΑΙ.} Ναί. Volontiers.


{ΞΕ.} Τί δῆτα προταξαίµεθ΄ ἂν εὔγνωστον µὲν καὶ σµι-κρόν, λόγον δὲ µηδενὸς ἐλάττονα ἔχον τῶν µειζόνων;

Eh bien ! que prendrons-nous qui soit de peu d’importance et facile à connaître, et qui pourtant n’ait pas moins besoin d’explication que des choses plus considérables ?


οἷον ἀσπαλιευτής·

Le pécheur à l’hameçon, par exemple


ἆρ΄ οὐ πᾶσί τε γνώριµον καὶ σπουδῆς οὐ πάνυ τι πολλῆς τινος ἐπάξιον;

chacun sait ce que c’est; il n’y a pas là de quoi se creuser la tête.


{ΘΕΑΙ.} Οὕτως. 219.α

Non, assurément


{ΞΕ.} Μέθοδον µὴν αὐτὸν ἐλπίζω καὶ λόγον οὐκ ἀνεπιτή-δειον µῖν ἔχειν πρὸς βουλόµεθα.

J’espère cependant que cet exemple nous mettra sur la voie d’une méthode convenable à notre dessein.


{ΘΕΑΙ.} Καλῶς ἂν ἔχοι.

Ce serait le mieux du monde.


{ΞΕ.} Φέρε δή, τῇδε ἀρχώµεθα αὐτοῦ. καί µοι λέγε·

Voyons donc, et commençons par ceci.


πότερον ς τεχνίτην αὐτὸν τινα ἄτεχνον, ἄλλην δὲ δύναµιν ἔχοντα θήσοµεν;

Dis-moi si nous devons considérer ce pêcheur, comme un artiste ou comme un homme étranger à toute espèce d’art, mais possédant quelque autre puissance.


{ΘΕΑΙ.} ῞Ηκιστά γε ἄτεχνον.

On ne peut pas dire que ce soit un homme étranger à toute espèce d'art.


{ΞΕ.} Ἀλλὰ µὴν τῶν γε τεχνῶν πασῶν σχεδὸν εἴδη δύο.

Mais on peut, ce semble, partager tous les arts en deux espèces.


{ΘΕΑΙ.} Πῶς;

Comment cela ?


{ΞΕ.} Γεωργία µὲν καὶ ὅση περὶ τὸ θνητὸν πᾶν σῶµα θεραπεία,

L’agriculture et tous les travaux appliqués à des corps qui vivent et qui meurent


τό τε αὖ περὶ τὸ σύνθετον καὶ πλαστόν, δὴ 219.β σκεῦος ὠνοµάκαµεν,

ensuite ceux qui composent et façonnent tout ce qu’on appelle ustensiles


τε µιµητική,

enfin les arts d’imitation


σύµπαντα ταῦτα δικαιότατ΄ ἂν ἑὶ προσαγορεύοιτ΄ ἂν ὀνόµατι.

ce sont là toutes choses que l’on peut avec grande raison désigner par un seul et même nom.


{ΘΕΑΙ.} Πῶς καὶ τίνι;

Comment et quel est ce nom ?


{ΞΕ.} Πᾶν ὅπερ ἂν µ πρότερόν τις ὂν ὕστερον εἰς οὐσίαν ἄγῃ, τὸν µὲν ἄγοντα ποιεῖν, τὸ δὲ ἀγόµενον ποιεῖσθαί πού φαµεν.

Toutes les fois que quelqu’un fait venir à l’être ce qui auparavant n’était pas, nous appelons cela faire, pour ce qui fait venir à l’être, être fait, pour ce qui y vient.


{ΘΕΑΙ.} Ὀρθῶς.

Fort bien.


{ΞΕ.} Τὰ δέ γε νυνδὴ <> διήλθοµεν ἅπαντα εἶχεν εἰς τοῦτο τὴν αὑτῶν δύναµιν.

Et c’est en cela même que consiste le pouvoir des arts que nous venons d’énumérer.


{ΘΕΑΙ.} Εἶχε γὰρ οὖν.

Il est vrai.


{ΞΕ.} Ποιητικὴν τοίνυν αὐτὰ συγκεφαλαιωσάµενοι προσ-είπωµεν. 219.ξ On pourrait donc les comprendre tous sous le nom de l’art de faire.


{ΘΕΑΙ.} Ἔστω. Soit.


{ΞΕ.} Τὸ δὴ µαθηµατικὸν αὖ µετὰ τοῦτο εἶδος ὅλον καὶ τὸ τῆς γνωρίσεως τό τε χρηµατιστικὸν καὶ ἀγωνιστικὸν καὶ θηρευτικόν,

D’un autre côté, l’art d’enseigner, celui d’apprendre, l’art du gain, du combat, de la chasse,


ἐπειδὴ δηµιουργεῖ µὲν οὐδὲν τούτων, τὰ δὲ ὄντα καὶ γεγονότα τὰ µὲν χειροῦται λόγοις καὶ πράξεσι, τὰ δὲ τοῖς χειρουµένοις οὐκ ἐπιτρέπει,

ne façonnant et ne fabriquant rien, mais se rapportant aux choses déjà existantes et toutes faites, qu’ils nous procurent par des raisonnements et des actions ou qu’ils défendent contre ceux qui voudraient nous les prendre,


µάλιστ΄ ἄν που διὰ ταῦτα συν-άπαντα τὰ µέρη τέχνη τις κτητικὴ λεχθεῖσα ἂν διαπρέψειεν.

il semble qu’on peut les comprendre tous ensemble sous le titre de l’art d’acquérir.


{ΘΕΑΙ.} Ναί· πρέποι γὰρ ἄν.

219.δ Oui, cela me paraît juste.


{ΞΕ.} Κτητικῆς δὴ καὶ ποιητικῆς συµπασῶν οὐσῶν τῶν τεχνῶν ἐν ποτέρᾳ τὴν ἀσπαλιευτικήν, Θεαίτητε, τιθῶµεν;

Tout art étant donc destiné ou à faire ou à acquérir, de quel côté plaçons-nous la pèche à la ligne ?


{ΘΕΑΙ.} Ἐν κτητικῇ που δῆλον.

Dans l’art d’acquérir, cela est évident.


{ΞΕ.} Κτητικῆς δὲ ἆρ΄ οὐ δύο εἴδη;

Mais n’y a-t-il pas deux espèces d’acquisition


τὸ µὲν ἑκόντων πρὸς ἑκόντας µεταβλητικὸν ὂν διά τε δωρεῶν καὶ µισθώσεων καὶ ἀγοράσεων,

l’une par consentement mutuel, comme les dons, les marchés, les salaires


τὸ δὲ λοιπόν, κατ΄ ἔργα κατὰ λόγους χειρούµενον σύµπαν, χειρωτικὸν ἂν εἴη;

l’autre par force, soit au moyen des paroles, soit au moyen des actions, et qu’on pourrait appeler l’acquisition violente ?


{ΘΕΑΙ.} Φαίνεται γοῦν ἐκ τῶν εἰρηµένων.

Je le crois, d’après ce que nous avons dit tout à l’heure.


{ΞΕ.} Τί δέ; τὴν χειρωτικὴν ἆρ΄ οὐ διχῇ τµητέον;

Maintenant l’acquisition violente ne se divise-t-elle pas en deux ?


{ΘΕΑΙ.} Πῇ; 219.ε

Comment ?


{ΞΕ.} Τὸ µὲν ἀναφανδὸν ὅλον ἀγωνιστικὸν θέντας,

En distinguant l’acquisition violente à force ouverte, par le combat,


τὸ δὲ κρυφαῖον αὐτῆς πᾶν θηρευτικόν.

et l’acquisition violente par ruse, c’est-à-dire la chasse.


{ΘΕΑΙ.} Ναί.

Soit.

{ΞΕ.} Τὴν δέ γε µὴν θηρευτικὴν ἄλογον τὸ µ οὐ τέµνειν διχῇ.

Mais cette dernière on aurait tort de ne pas la diviser en deux espèces.


{ΘΕΑΙ.} Λέγε ὅπῃ. Lesquelles ?


{ΞΕ.} Τὸ µὲν ἀψύχου γένους διελοµένους,

L’une s’attachant à des objets sans vie


τὸ δ΄ µψύχου l’autre à des êtres animés.


{ΘΕΑΙ.} Τί µήν; εἴπερ ἔστον γε µφω.220.α

Et pourquoi non ? L’une et l’autre sont réelles.

{ΞΕ.} Πῶς δὲ οὐκ ἔστον;

Assurément.


καὶ δεῖ γε µᾶς τὸ µὲν τῶν ἀψύχων,

Quant à la chasse aux objets inanimés,


ἀνώνυµον ὂν πλὴν κατ΄ ἔνια τῆς κολυµ-βητικῆς ἄττα µέρη καὶ τοιαῦτ΄ ἄλλα βραχέα, χαίρειν ἐᾶσαι,

il faut la laisser de coté, comme n’ayant pas de nom particulier, à l’exception de quelques parties de l’art des plongeurs et autres bagatelles semblables


τὸ δέ, τῶν µψύχων ζῳων οὖσαν θήραν, προσειπεῖν ζῳοθηρικήν.

mais la chasse aux êtres animés, nous rappellerons chasse aux animaux.


{ΘΕΑΙ.} Ἔστω. Bien.


{ΞΕ.} Ζῳοθηρικῆς δὲ ἆρ΄ οὐ διπλοῦν εἶδος ἂν λέγοιτο ἐν δίκῃ,

Et ne peut-on partager encore en deux espèces la chasse aux animaux ?


τὸ µὲν πεζοῦ γένους, πολλοῖς εἴδεσι καὶ ὀνόµασι διῃρηµένον, πεζοθηρικόν,

l’une pour les animaux marcheurs, qui se diviserait à son tour en un grand nombre d’espèces, avec des noms divers, ou la chasse sur terre


τὸ δ΄ ἕτερον νευστικοῦ ζῳου πᾶν ἐνυγροθηρικόν;

l’autre, pour les animaux nageurs, ou la chasse dans l’élément fluide.


{ΘΕΑΙ.} Πάνυ γε. Soit 220.β


{ΞΕ.} Νευστικοῦ µὴν τὸ µὲν πτηνὸν φῦλον ὁρῶµεν, τὸ δὲ ἔνυδρον;

Et dans le genre nageur, nous distinguons l’espèce volatile de l’espèce aquatique ?


{ΘΕΑΙ.} Πῶς δ΄ οὔ; Sans contredit.


{ΞΕ.} Καὶ τοῦ πτηνοῦ µὴν γένους πᾶσα µῖν θήρα λέγεταί πού τις ὀρνιθευτική.

Et nous appelons toute chasse aux volatiles, chasse aux oiseaux ?


{ΘΕΑΙ.} Λέγεται γὰρ οὖν.Oui.

{ΞΕ.} Τοῦ δὲ ἐνύδρου σχεδὸν τὸ σύνολον ἁλιευτική.

Et pèche, en général, la chasse aux animaux aquatiques ?


{ΘΕΑΙ.} Ναί. Oui.


{ΞΕ.} Τί δέ; ταύτην αὖ τὴν θήραν ἆρ΄ οὐκ ἂν κατὰ µέγιστα µέρη δύο διέλοιµεν;

Celle-ci n’offre-t-elle pas, à son tour, deux espèces distinctes ?


{ΘΕΑΙ.} Κατὰ ποῖα; Lesquelles ?


{ΞΕ.} Καθ΄ τὸ µὲν ἕρκεσιν αὐτόθεν ποιεῖται τὴν θήραν, τὸ δὲ πληγῇ.

Celle où l’on se sert seulement de rets pour prendre sa proie, et celle où on la blesse.


{ΘΕΑΙ.} Πῶς λέγεις, καὶ πῇ διαιρούµενος ἑκάτερον; 220.ξ

Voyons, comment établis-tu cette distinction ?


{ΞΕ.} Τὸ µέν, ὅτι πᾶν ὅσον ἂν ἕνεκα κωλύσεως εἴργῃ τι περιέχον, ἕρκος εἰκὸς ὀνοµάζειν.

Tout ce qui embrasse et enveloppe une chose pour la retenir, rentre naturellement dans la dénomination de rets.


{ΘΕΑΙ.} Πάνυ µὲν οὖν. C’est juste.


{ΞΕ.} Κύρτους δὴ καὶ δίκτυα καὶ βρόχους καὶ πόρκους καὶ τὰ τοιαῦτα µῶν ἄλλο τι πλὴν ἕρκη χρὴ προσαγορεύειν;

Or les nasses, les filets, les lacs, les paniers, peut-on les appeler autrement que des rets ?


{ΘΕΑΙ.} Οὐδέν. Non, sans doute.


{ΞΕ.} Τοῦτο µὲν ἄρα ἑρκοθηρικὸν τῆς ἄγρας τὸ µέρος φήσοµεν τι τοιοῦτον.

Nous appellerons donc cette partie de la chasse la pèche avec des rets ?


{ΘΕΑΙ.} Ναί. Fort bien.

{ΞΕ.} Τὸ δὲ ἀγκίστροις καὶ τριόδουσι πληγῇ γιγνόµενον 220.δ ἕτερον µὲν ἐκείνου, πληκτικὴν δέ τινα θήραν µᾶς προσ-ειπεῖν ἑνὶ λόγῳ νῦν χρεών·

Et l’autre espèce, celle où l’on se sert d’hameçons et de harpons, ne ferons-nous pas bien de l’appeler, par exemple, la pêche avec du fer


τί τις ἄν, Θεαίτητε, εἴποι κάλλιον; ou bien as-tu quelque autre nom plus élégant à lui donner. Théétète ?


{ΘΕΑΙ.} µελῶµεν τοῦ ὀνόµατος·

Ne nous inquiétons pas du nom


ἀρκεῖ γὰρ καὶ τοῦτο. celui-ci suffit


{ΞΕ.} Τῆς τοίνυν πληκτικῆς τὸ µὲν νυκτερινὸν οἶµαι πρὸς πυρὸς φῶς γιγνόµενον ὑπ΄ αὐτῶν τῶν περὶ τὴν θήραν πυρευτικὴν ῥηθῆναι συµβέβηκεν.

Maintenant la pèche, avec du fer, la nuit et à la lueur des flambeaux, s’appelle, je crois» chez les gens du métier, pèche à la lumière.


{ΘΕΑΙ.} Πάνυ γε. Justement.


{ΞΕ.} Τὸ δέ γε µεθηµερινόν, ς ἐχόντων ἐν ἄκροις ἄγ-κιστρα καὶ τῶν τριοδόντων, πᾶν ἀγκιστρευτικόν. 220.ε

Et celle du jour, pour laquelle ils s’arment de crocs attachés au bout d’un bâton, et de harpons, est appelée en général la pèche avec des crocs.


{ΘΕΑΙ.} Λέγεται γὰρ οὖν.En effet.


{ΞΕ.} Τοῦ τοίνυν ἀγκιστρευτικοῦ τῆς πληκτικῆς τὸ µὲν ἄνωθεν εἰς τὸ κάτω γιγνόµενον διὰ τὸ τοῖς τριόδουσιν οὕτω µάλιστα χρῆσθαι τριοδοντία τις οἶµαι κέκληται.

Mais, dans ce genre de pêche avec du fer, qui se fait avec des crocs, lorsqu’on blesse sa proie de haut en bas, on appelle cela pèche au harpon, parce que c’est ainsi qu’on se sert des harpons.


{ΘΕΑΙ.} Φασὶ γοῦν τινές.

l est vrai ; cela se dit ainsi.


{ΞΕ.} Τὸ δέ γε λοιπόν ἐστιν ἓν ἔτι µόνον ς εἰπεῖν εἶδος.

L’autre procédé fait une espèce à part.


{ΘΕΑΙ.} Τὸ ποῖον; Lequel ?


{ΞΕ.} Τὸ τῆς ἐναντίας ταύτῃ πληγῆς, ἀγκίστρῳ τε γιγνόενον καὶ τῶν ἰχθύων οὐχ τις ἂν τύχῃ τοῦ σώµατος, ὥσπερ 221.α τοῖς τριόδουσιν,

Lorsque, pour blesser le poisson, on s’y prend d’une manière tout opposée, à l’aide de l’hameçon, pour l’atteindre non plus comme avec le harpon en un endroit quelconque du corps,


ἀλλὰ περὶ τὴν κεφαλὴν καὶ τὸ στόµα τοῦ θηρευθέντοςἑκάστοτε,

mais seulement par la tête et par le gosier,


καὶ κάτωθεν εἰς τοὐναντίον ἄνω ῥάβδοις καὶ καλάµοις ἀνασπώµενον·

et qu’on le tire au bout d’une baguette ou d’un roseau, au rebours de l’autre façon, et de bas en haut


οὗ τί φήσοµεν, Θεαίτητε, δεῖν τοὔνοµα λέγεσθαι;

eh bien ! Théétète, comment disons-nous que cela s’appelle ?


{ΘΕΑΙ.} ∆οκῶ µέν, ὅπερ ἄρτι προυθέµεθα δεῖν ἐξευρεῖν, τοῦτ΄ αὐτὸ νῦν ἀποτετελέσθαι.

Il me semble que nous voilà maintenant arrivés à ce que nous cherchions.


{ΞΕ.} Νῦν ἄρα τῆς ἀσπαλιευτικῆς πέρι σύ τε κἀγὼ 221.β συνωµολογήκαµεν οὐ µόνον τοὔνοµα,

Maintenant donc nous ne nous accordons plus seulement sur le nom de la pêche à l’hameçon


ἀλλὰ καὶ τὸν λόγον περὶ αὐτὸ τοὖργον εἰλήφαµεν ἱκανῶς.

nous avons suffisamment expliqué et défini la chose.


συµπάσης γὰρ τέχνης τὸ µὲν µισυ µέρος κτητικὸν ἦν,

En divisant en deux parties l’art en général, nous y avons trouvé l’art d’acquérir


κτητικοῦ δὲ χειρωτικόν,

dans l’art d’acquérir, l’art d’acquérir par violence


χειρωτικοῦ δὲ θηρευτικόν,

dans l’art d’acquérir par violence, la chasse

τοῦ δὲ θηρευτικοῦ ζῳοθηρικόν,

dans la chasse, la chasse aux animaux


ζῳοθηρικοῦ δὲ ἐνυγροθηρικόν,

dans la chasse aux animaux, la chasse dans le fluide


ἐνυγροθηρικοῦ δὲ τὸ κάτωθεν τµµα ὅλον ἁλιευτικόν

dans cette dernière espèce de chasse, nous avons pris la division inférieure, qui est la pêche


ἁλιευτικῆς δὲ πληκτικόν,

dans la pêche, la pêche avec du fer


πληκ-τικῆς δὲ ἀγκιστρευτικόν·

dans la pêche avecdu fer, la pêche avec des crocs


τούτου δὲ τὸ περὶ τὴν κάτωθεν 221.ξ ἄνω πληγὴν ἀνασπωµένην,

enfin l’espèce de la pêche avec des crocs, qui consiste à blesser le poisson en le tirant de bas en haut


ἀπ΄ αὐτῆς τῆς πράξεως ἀφο- µοιωθὲν τοὔνοµα,

empruntant son nom à ces circonstances mêmes


νῦν ἀσπαλιευτικὴ ζητηθεῖσα ἐπίκλην γέγονεν.

s’est appelée la pêche à l’hameçon.


{ΘΕΑΙ.} Παντάπασι µὲν οὖν τοῦτό γε ἱκανῶς δεδήλωται.

Voilà, certes, qui est suffisamment bien établi.


{ΞΕ.} Φέρε δή, κατὰ τοῦτο τὸ παράδειγµα καὶ τὸν σοφιστὴν ἐπιχειρῶµεν εὑρεῖν ὅτι ποτ΄ ἔστιν.

Eh bien! essaierons-nous de trouver, d’après ce modèle, ce que c’est que le sophiste ?


{ΘΕΑΙ.} Κοµιδῇ µὲν οὖν. Certainement.

{ΞΕ.} Καὶ µὴν ἐκεῖνό γ΄ ἦν τὸ ζήτηµα πρῶτον, πότερον ἰδιώτην τινα τέχνην ἔχοντα θετέον εἶναι τὸν ἀσπαλιευτήν.

Notre première question au sujet du pêcheur à l’hameçon, n’a-t-elle pas été si nous devions le considérer comme un ignorant, ou bien comme un homme qui possède un art ?


{ΘΕΑΙ.} Ναί. 221.δ Oui.


{ΞΕ.} Καὶ νῦν δὴ τοῦτον ἰδιώτην θήσοµεν, Θεαίτητε, παντάπασιν ς ἀληθῶς σοφιστήν;

Et maintenant, Théétète, devons-nous considérer le sophiste comme un ignorant, ou bien, au contraire, comme un sophiste véritable


{ΘΕΑΙ.} Οὐδαµῶς ἰδιώτην· Un ignorant! non certes.


µανθάνω γὰρ λέγεις, ς παντὸς δεῖ τοιοῦτος εἶναι τό γε ὄνοµα τοῦτο ἔχων.

Je comprends ce que tu veux dire : celui qui porte le nom de sophiste doit l’être en effet.


{ΞΕ.} Ἀλλά τινα τέχνην αὐτὸν µῖν ἔχοντα, ς ἔοικε, θετέον.

Ainsi nous reconnaissons qu’il doit nécessairement posséder un certain art ?


{ΘΕΑΙ.} Τίνα ποτ΄ οὖν δὴ ταύτην;

Mais lequel ?


{ΞΕ.} Ἆρ΄ πρὸς θεῶν ἠγνοήκαµεν τἀνδρὸς τὸν ἄνδρα ὄντα συγγενῆ;

Par les dieux ! ne nous sommes-nous donc pas aperçu que notre homme est de la famille de l’autre ?


{ΘΕΑΙ.} Τίνα τοῦ;

De quel homme parles- tu, et de quel autre ?


{ΞΕ.} Τὸν ἀσπαλιευτὴν τοῦ σοφιστοῦ.

Du sophiste et du pêcheur à l’hameçon.


{ΘΕΑΙ.} Πῇ; Comment cela ?


{ΞΕ.} Θηρευτά τινε καταφαίνεσθον µφω µοι. 221.ε

Tous deux m’ont l’air d’être des chasseurs.


{ΘΕΑΙ.} Τίνος θήρας ἅτερος;

Quelle est la chasse de notre homme?


τὸν µὲν γὰρ ἕτερον εἴποµεν.

Car pour l’autre, nous l’avons dit.

{ΞΕ.} ∆ίχα που νυνδὴ διείλοµεν τὴν ἄγραν πᾶσαν

Nous avons, n’est-ce pas, divisé la chasse en deux espèces


νευστι-κοῦ µέρους, τὸ δὲ πεζοῦ τέµνοντες.

la chasse aux animaux nageurs et la chasse aux animaux marcheurs ?


{ΘΕΑΙ.} Ναί. Oui.


{ΞΕ.} Καὶ τὸ µὲν διήλθοµεν, ὅσον περὶ τὰ νευστικὰ τῶν ἐνύδρων·

Dans la chasse aux animaux nageurs, nous avons parcouru les divisions de la partie qui se rapporte aux animaux aquatiques.


τὸ δὲ πεζὸν εἰάσαµεν ἄσχιστον, εἰπόντες ὅτι πολυειδὲς εἴη. 222.α

Mais nous avons laissée indivise la chasse aux animaux marcheurs, tout en observant qu’elle renferme beaucoup d’espèces.


{ΘΕΑΙ.} Πάνυ γε. Il est vrai.


{ΞΕ.} Μέχρι µὲν τοίνυν ἐνταῦθα σοφιστὴς καὶ [] ἀσπαλιευτὴς µα ἀπὸ τῆς κτητικῆς τέχνης πορεύεσθον.

Jusque là, à partir de l’art d’acquérir, le sophiste et le pêcheur à la ligne sont allés de compagnie ?


{ΘΕΑΙ.} Ἐοίκατον γοῦν. Il semble.


{ΞΕ.} Ἐκτρέπεσθον δέ γε ἀπὸ τῆς ζῳοθηρικῆς,

Mais ils se séparent à la chasse aux animaux


µὲν ἐπὶ θάλαττάν που καὶ ποταµοὺς καὶ λίµνας, τὰ ἐν τούτοις ζῷα θηρευσόµενος.

l’un prend le chemin de la mer, des rivières et des lacs pour y chasser les animaux qu’ils contiennent.


{ΘΕΑΙ.} Τί µήν;

Oui.


{ΞΕ.} δέ γε ἐπὶ [τὴν] γῆν καὶ ποταµοὺς ἑτέρους αὖ τινας, πλούτου καὶ νεότητος οἷον λειµῶνας ἀφθόνους, τἀν τούτοις θρέµµατα χειρωσόµενος. 222.β

L’autre se tourne vers la terre, vers d’autres fleuves tout différents, et, pour ainsi dire, vers les champs féconds de la richesse et de la jeunesse, pour s’emparer de ce qu’ils nourrissent.


{ΘΕΑΙ.} Πῶς λέγεις; Que veux-tu dire ?


{ΞΕ.} Τῆς πεζῆς θήρας γίγνεσθον δύο µεγίστω τινὲ µέρει.

La chasse sur terre offre deux grandes espèces distinctes.


{ΘΕΑΙ.} Ποῖον ἑκάτερον; Lesquelles ?


{ΞΕ.} Τὸ µὲν τῶν µέρων, τὸ δὲ τῶν ἀγρίων.

La chasse des animaux apprivoisés, et la chasse aux bêtes sauvages.


{ΘΕΑΙ.} Εἶτ΄ ἔστι τις θήρα τῶν µέρων;

Est-ce qu’il y a une chasse aux animaux apprivoisés ?


{ΞΕ.} Εἴπερ γέ ἐστιν ἄνθρωπος µερον ζῷον.

Oui, si l’homme est un animal cette espèce


θὲς δὲ ὅπῃ χαίρεις,

mais choisis l’hypothèse que tu voudras


εἴτε µηδὲν τιθεὶς µερον

ou qu’il n’y a point absolument d’animaux apprivoisés


εἴτε ἄλλο µὲν µερόν τι, τὸν δὲ ἄνθρωπον ἄγριον

ou qu’il y en a, mais que l’homme est de l’espèce sauvage


εἴτε µερον µὲν λέγεις αὖ τὸν ἄνθρωπον, ἀνθρώπων δὲ µηδεµίαν ἡγῇ θήραν·

ou bien encore en le prenant pour un animal apprivoisé, qu’il n’y a point de chasse aux hommes


τούτων ὁπότερ΄ ἂν ἡγῇ φίλον εἰρῆσθαί σοι, τοῦτο µῖν διόρισον. 222.ξ

Explique-toi sur celle de ces idées que tu préférée adopter.


{ΘΕΑΙ.} Ἀλλ΄ µᾶς τε µερον, ξένε, ἡγοῦµαι ζῷον, θήραν τε ἀνθρώπων εἶναι λέγω.

Non, étranger, j’avoue et que nous sommes des animaux, apprivoisés et qu’il y a une chasse aux hommes.


{ΞΕ.} ∆ιττὴν τοίνυν καὶ τὴν µεροθηρικὴν εἴπωµεν.

Reconnaissons donc aussi deux espèces de chasse aux animaux apprivoisés.


{ΘΕΑΙ.} Κατὰ τί λέγοντες; Comment ?


{ΞΕ.} Τὴν µὲν λῃστικὴν καὶ ἀνδραποδιστικὴν καὶ τυραν- νικὴν καὶ σύµπασαν τὴν πολεµικήν,

De la piraterie, de la capture des esclaves, de la tyrannie, et de tous les arts de la guerre,


ἓν πάντα, βίαιον θήραν, ὁρισάµενοι.

formons un tout que nous appellerons la chasse violente.


{ΘΕΑΙ.} Καλῶς. Bien.


{ΞΕ.} Τὴν δέ γε δικανικὴν καὶ δηµηγορικὴν καὶ προσ-οµιλητικήν,

De la chasse dans les tribunaux, dans les assemblées populaires et dans les conversations,


ἓν αὖ τὸ σύνολον, πιθανουργικήν τινα µίαν 222.δ τέχνην προσειπόντες.

nous ferons un autre tout, qui sera l’art de la chasse par la persuasion.


{ΘΕΑΙ.} Ὀρθῶς.

Très bien.


{ΞΕ.} Τῆς δὴ πιθανουργικῆς διττὰ λέγωµεν γένη.

Mais la chasse par la persuasion se divise aussi en deux genres.


{ΘΕΑΙ.} Ποῖα;

Lesquels ?


{ΞΕ.} Τὸ µὲν ἕτερον ἰδίᾳ, τὸ δὲ δηµοσίᾳ γιγνόµενον.

La chasse publique et la chasse privée.


{ΘΕΑΙ.} Γίγνεσθον γὰρ οὖν εἶδος ἑκάτερον.


{ΞΕ.} Οὐκοῦν αὖ τῆς ἰδιοθηρευτικῆς τὸ µὲν µισθαρνητικόν ἐστιν, τὸ δὲ δωροφορικόν;

La chasse privée comprend deux espèces; l’une où l’on poursuit un salaire, l’autre où l’on fait des dons.


{ΘΕΑΙ.} Οὐ µανθάνω.

Je ne comprends pas.


{ΞΕ.} Τῇ τῶν ἐρώντων θήρᾳ τὸν νοῦν, ς ἔοικας, οὔπω προσέσχες.

Il paraît que tu n’as jamais fait attention à la chasse des amants.


{ΘΕΑΙ.} Τοῦ πέρι; 222.ε

Comment ?


{ΞΕ.} Ὅτι τοῖς θηρευθεῖσι δῶρα προσεπιδιδόασιν.

C’est qu’ils font des cadeaux à ceux qui sont l’objet de leur chasse.


{ΘΕΑΙ.} Ἀληθέστατα λέγεις.

Tu as raison.


{ΞΕ.} Τοῦτο µὲν τοίνυν ἐρωτικῆς τέχνης ἔστω εἶδος.

Cette espèce de la chasse privée sera donc celle de l’amour ?


{ΘΕΑΙ.} Πάνυ γε.

Oui.


{ΞΕ.} Τοῦ δέ γε µισθαρνητικοῦ

Quant à la chasse où l’on cherche un salaire


τὸ µὲν προσοµιλοῦν διὰ χάριτος καὶ παντάπασι δι΄ ἡδονῆς τὸ δέλεαρ πεποιηµένον

il y en a une espèce où le chasseur se concilie les gens par des caresses, emploie le plaisir pour amorce


καὶ τὸν µισθὸν πραττόµενον τροφὴν ἑαυτῷ µόνον κολακικήν,

sans demander d’autre salaire que sa propre nourriture


ς 223.α ἐγᾦµαι, πάντες φαῖµεν ἂν <> ἡδυντικήν τινα τέχνην εἶναι.

c’est la flatterie, que nousnous accorderons tous, je crois, à appeler un art de procurer du plaisir.


{ΘΕΑΙ.} Πῶς γὰρ οὔ;

À la bonne heure.


{ΞΕ.} Τὸ δὲ ἐπαγγελλόµενον µὲν

Mais cette autre espèce de chasse


ς ἀρετῆς ἕνεκα τὰς µιλίας ποιούµενον, µισθὸν δὲ νόµισµα πραττόµενον,

qui prétend ne chercher la conversation des gens que pour leur enseigner la vertu, et qui veut son salaire en argent comptant


ἆρα οὐ τοῦτο τὸ γένος ἑτέρῳ προσειπεῖν ἄξιον ὀνόµατι;

n’est-ce pas bien la peine de la distinguer par un autre nom ?


{ΘΕΑΙ.} Πῶς γὰρ οὔ;

Oui, certes.


{ΞΕ.} Τίνι δὴ τούτῳ;

Et lequel ?


πειρῶ λέγειν.

Tâche de me le dire.


{ΘΕΑΙ.} ∆ῆλον δή·

C’est clair.


τὸν γὰρ σοφιστήν µοι δοκοῦµεν ἀνηυρηκέναι.

Voilà le sophiste trouvé, à ce qu’il paraît.

τοῦτ΄ οὖν ἔγωγε εἰπὼν τὸ προσῆκον ὄνﵴ ἂν ἡγοῦµαι καλεῖν αὐτόν.

Quant à moi du moins, en le nommant ici, je crois rencontrer le mot propre.223.β


{ΞΕ.} Κατὰ δὴ τὸν νῦν, Θεαίτητε, λόγον, ς ἔοικεν,

Ainsi, Théétète, il résulte de tout ce que nous venons de dire, que par la sophistique il faut entendre


τέχνης οἰκειωτικῆς,

l’art de s’approprier,


<χειρωτικῆς>,[κτητικῆς,]

d’acquérir avec violence


θηρευτικῆς, ζῳοθηρίας, [πεζοθηρίας,]

à la chasse aux animaux marcheurs


χερσαίας, [µεροθηρικῆς,]

terrestres et apprivoisés


ἀνθρω-ποθηρίας,

à la chasse de l’espèce humaine


<πιθανοθηρίας>, ἰδιοθηρίας,

chasse privée


ισθαρνικῆς,]

qui poursuit un salaire


νοµισµατοπωλικῆς,

un salaire payable en argent comptant


δοξοπαιδευτικῆς . νέων πλουσίων καὶ ἐνδόξων γιγνοµένη θήρα προσρητέον

et qui prend par l’appât trompeur de la science, des jeunes gens riches et de distinction


ς νῦν λόγος µῖν συµβαίνει, σοφιστική.


{ΘΕΑΙ.} Παντάπασι µὲν οὖν. 223.ξ

C’est tout-à-fait cela.


{ΞΕ.} Ἔτι δὲ καὶ τῇδε ἴδωµεν·

Considérons encore la chose d’un autre coté


οὐ γάρ τι φαύλης µέτοχόν ἐστι τέχνης τὸ νῦν ζητούµενον,

car l’art qu’exerce le personnage dont nous nous occupons n’est pas un art de peu de conséquence


ἀλλ΄ εὖ µάλα ποικίλης.

mais divers et compliqué.


καὶ γὰρ οὖν ἐν τοῖς πρόσθεν εἰρηµένοις φάντασµα παρέχεται

En effet, après toutes les formes que nous venons de voir paraître, le voilà qui en prend une


µ τοῦτο νῦν αὐτὸ µεῖς φαµεν ἀλλ΄ ἕτερον εἶναί τι γένος.

toute différente et relative à un tout autre genre que celui où nous venons de le ranger.


{ΘΕΑΙ.} Πῇ δή;

Comment cela ?


{ΞΕ.} Τὸ τῆς κτητικῆς τέχνης διπλοῦν ἦν εἶδός που,

Nous avons dit que l’art d’acquérir comprend deux espèces


τὸ µὲν θηρευτικὸν µέρος ἔχον,

l’acquisition par la chasse


τὸ δὲ ἀλλακτικόν.

et l’acquisition par consentement mutuel.


{ΘΕΑΙ.} ῏Ην γὰρ οὖν.

Oui.


{ΞΕ.} Τῆς τοίνυν ἀλλακτικῆς δύο εἴδη λέγωµεν

Distinguons maintenant deux espèces d’acquisitions par consentement


τὸ µὲν δωρητικόν, τὸ δὲ ἕτερον ἀγοραστικόν;

l’acquisition par donation, et l’acquisition par achat et commerce.


{ΘΕΑΙ.} Εἰρήσθω.

D’accord.


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