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Excerpt for INTRIGUE A WASHINGTON by , available in its entirety at Smashwords



Chapitre 1

Le jour se levait doucement. L’heure à mon réveil radio affichait tout juste 5h45 et il ne me restait que peu de temps pour profiter de la douceur de la nuit. Je m’attardais encore un peu, puis finalement, je repoussais ma couette et me décidais à me lever. Il était à peine 6 heures du matin et une étape importante de ma vie allait commencer.

Après une bonne douche, je coiffais mes cheveux blonds courts et ajustais un maquillage léger afin de faire ressortir mes yeux bleu clair. Je terminais de me préparer et enfilais un tailleur bleu marine par-dessus un chemisier blanc uni. Je prenais rarement un petit déjeuner, mais m’accordais quand même le temps de savourer ma tasse de café, tout en contemplant la ville s’éveiller, par la baie vitrée de mon salon depuis le cinquième étage de l’immeuble où se situait mon nouvel appartement.

La semaine passée avait été éprouvante. Quitter la ville de Boston au Massachusetts, où je vivais depuis mes dernières années d’étudiante et l’appartement que je partageais avec mon fiancé Andrew, pour venir m’installer à Alexandria dans une banlieue au sud-ouest de Washington située juste en dessous d’Arlington. Les cartons, le déménagement, installer les meubles, déballer mes affaires m’avaient occupé toute la semaine. J’avais passé plusieurs jours à contacter les agences immobilières locales à la recherche d’un appartement confortable mais pas luxueux. Mes revenus actuels ne me permettaient pas encore de m’offrir l’appartement auquel j’aspirais. De plus, les loyers à Washington étaient horriblement chers.

Je n’avais que peu d’argent de côté, car mon salaire d’Avocat, quoique confortable, m’avait surtout servi depuis ces cinq dernières années, à rembourser les prêts bancaires que j’avais obtenus pour financer mes études de droit. Après de multiples recherches, j’avais finalement opté pour la proche banlieue et arrêté mon choix sur la ville d’Alexandria, l’un des quartiers résidentiels de Washington. Il ne me faudrait que trente minutes le matin pour me rendre par la route aux bureaux du FBI, Federal Bureau of Investigations, situés en plein centre de Washington.

Mon nouveau domicile se situait dans une résidence en plein cœur du quartier de Falls Church, non loin du centre commercial. La rue était calme et bordée d’arbres, agrémentée d’espaces verts qu’entouraient les maisons individuelles. La façade de l’immeuble était blanche et de construction assez récente. Chaque appartement était doté de grandes baies vitrées s’ouvrant sur un balcon. Devant l’entrée principale s’étalaient une pelouse et quelques parterres de fleurs, qui rendaient l’accès plutôt accueillant. Le hall était spacieux, clair et agrémenté de boiseries, avec au sol un carrelage d’imitation marbre. De grands massifs de plantes d’ornement complétaient l’ensemble. Les pièces avaient été fraîchement repeintes de blanc et l’entrée donnait sur un couloir menant aux chambres. L’entrée s’ouvrait sur le séjour, avec à sa droite une cuisine ouverte donnant sur le salon. Une baie vitrée ouvrant sur un balcon occupait les deux pans de mur du séjour.

Je m’étais décidée pour un quatre pièces, cela me changerait de celui que j’occupais avec Andrew à Boston, puisqu’il ne comportait qu’un salon et une chambre. La chambre principale était lumineuse et j’avais pensé y installer mon bureau pour y travailler le soir. Après plusieurs hésitations, je l’avais finalement placé dans le séjour près de la baie vitrée. Une salle de bains communiquait avec la chambre. Le carrelage mural était dans les tons bleu-vert. La baignoire et les éléments étaient assortis, mais de couleur plus foncée. La seconde chambre était également équipée d’une petite salle de munie d’une douche. Quant à la troisième pièce, je pensais la réserver à Andrew pour y installer son bureau et sa bibliothèque. J’avais commencé par installer les meubles que j’avais emmenés, ceux d’Andrew viendraient compléter l’aménagement dès qu’il me rejoindrait. Mis çà et là de grandes plantes vertes et disposé dans le séjour des coussins sur le canapé de couleur écru pour ajouter une note de confort. Mes meubles de style anglais aux reflets acajou ressortaient admirablement.

A présent, je m’apprêtais à passer ma première journée en tant qu’Agent Spécialisé au Federal Bureau of Investigations (FBI) à Washington et plus précisément au Département « Investigations Criminelles ».

Après mes études de droit et une fois mon diplôme d’Avocate obtenu à l’Université de Princeton au New Jersey, j’avais exercé durant six ans dans un grand Cabinet d’Avocats réputé à Boston chez « JEFFERSON & ASSOCIES », spécialisé en droit judiciaire. Comme bon nombre d’étudiants, j’avais été séduite par leur notoriété lors de leur présentation dans notre Université, et des possibilités d’évolution et de carrière au sein de leur groupe. A ma grande joie, j’avais été recrutée tout comme cinq autres étudiants de ma promotion dans l’une des firmes les plus réputées.

Mon fiancé Andrew Berkeley était médecin généraliste à l’Hôpital de Boston. Nous nous étions rencontrés lors d’une soirée chez des amis communs. Grand, les cheveux bruns, ses grands yeux verts m’avaient immédiatement séduite. Il était intelligent et distingué, deux qualités essentielles que j’aime chez un homme. Nous emménageâmes ensemble moins de deux mois après notre rencontre dans son appartement.

Il m’avait assez influencé dans mon choix d’aller dans une autre direction : le FBI. Je souhaitais désormais travailler différemment. Plaider des dossiers dans lesquels nos investigations étaient limitées ne m’amusait plus. Je voulais désormais me consacrer à une démarche plus en amont dans les enquêtes. J’étais également très attirée par le côté « profiler » du Département et notamment par l’aspect psychologique de l’approche. Mais pour l’heure, avant de pouvoir accéder à cette spécialisation, il me faudrait tout apprendre du fonctionnement du FBI et acquérir les compétences et connaissances nécessaires pour nos enquêtes.

Après avoir rencontré le Directeur du Département « Investigations Criminelles » du FBI, Warren Hawthorne qui était également un ami d’Andrew et dû répondre à des dizaines de questions, j’avais accepté leur proposition de les rejoindre. Nous devrions Andrew et moi nous accommoder de cette séparation en attendant que l’Hôpital Universitaire Georges Washington qu’il avait contacté puisse lui offrir un poste d’interne.





Chapitre 2

Je fermais la porte de mon appartement, pris l’ascenseur et descendis jusqu’au parking de mon immeuble. Je m’installais au volant de ma voiture de location puis quittais Alexandria pour prendre la direction du centre de Washington. La veille au soir, j’avais soigneusement étudié le parcours que je devais emprunter afin de ne pas me perdre et ne pas arriver en retard pour mon premier jour. Le ciel était dégagé et la journée s’annonçait douce.

J’empruntais l’autoroute menant à l’aéroport Ronald Reagan puis atteignais Arlington puis enfin l’Avenue de l’Indépendance à Washington. La circulation était fluide à cette heure encore matinale et j’arrivais sans encombre aux bureaux du FBI situés sur Pennsylvania Avenue. A quelques mètres de là se dressait la Maison-Blanche dont j’aperçus le dôme de loin. De l’extérieur, l’immeuble ressemblait un peu à un blocus. En béton beige de cinq étages, il occupait l’angle de Pennsylvania Avenue et de la Neuvième Rue. C’était ma première visite dans ces bureaux, car j’avais rencontré Warren Hawthorne lors de ma procédure d’embauche dans un restaurant à Boston.

L’entrée du Federal Bureau d’Investigations était gardée par deux agents revêtus de la tenue réglementaire : rangers, treillis noirs, chemise blanche, blouson et casquette au sigle du bureau. Les cheveux coupés très courts leur donnaient un air de Gis, mais ce sont leurs mitraillettes qu’ils tenaient à la main qui m’impressionna le plus. Je leur tendis mes papiers d’identité ainsi que la lettre que m’avait fait parvenir la Direction des Ressources Humaines du FBI attestant de ma prise de fonctions ce lundi.

J’empruntais la descente menant au parking et me garais au premier sous-sol juste à l’emplacement réservé aux « visiteurs » comme me l’avait indiqué l’un des agents. Après un dernier coup d’œil dans le rétroviseur pour ajuster une mèche de mes cheveux, je pris mon porte- documents et quittais ma voiture. Depuis le sous-sol, je pris l’ascenseur et gagnais le hall d’entrée pour me présenter à l’accueil.

Après une vérification de mon passeport et des formalités d’usage, de la fouille en règle de mon porte-documents, on me fît passer sous le portique laser et je reçus mon badge provisoire au nom du Federal Bureau d’Investigations (FBI) sur lequel figurait ma photo et mon nom. Le hall d’accueil était sobre et élégant.

Des fauteuils en cuir permettaient aux visiteurs de patienter confortablement. La décoration intérieure s’arrêtait aux insignes et emblèmes du Bureau et à quelques plantes vertes qui rendaient l’endroit moins glacial qu’il n’y paraissait. Une carte des Etats-Unis taillée dans la pierre représentant les cinquante Etats occupait toute la façade intérieure d’un des murs. Au beau milieu du hall se dressait le drapeau américain entouré d’un cordon de sécurité de couleur rouge. Des agents entraient et sortaient. Ils étaient facilement reconnaissables grâce à leur badge accroché sur leurs vêtements.

Après quelques minutes d’attente au comptoir de l’accueil, une secrétaire vint me chercher et m’emmena à l’étage où étaient regroupés les bureaux de notre département. Nous prîmes l’ascenseur et atteignîmes le huitième étage du bâtiment. Nous traversions différentes portes de sécurité devant lesquelles nous devions insérer dans chaque boitier électronique nos badges munis de puces qui permettaient de nous identifier. Je croisais au passage mes futurs collègues et certains hommes se retournèrent sur notre passage. Le sol était recouvert d’une moquette bleu foncé. Les murs gris clair alternaient avec des panneaux muraux gris foncé. Partout le nom du FBI était affiché.

Mon bureau m’apparut agréable et confortable. Les murs étaient revêtus d’une peinture de couleur beige et le sol recouvert d’une moquette gris foncé. Dos à la fenêtre dominait un bureau de couleur chêne foncé verni. Une table ronde et deux sièges en cuir complétaient le mobilier. Les étagères murales étaient vides. Elles me permettraient d’y ranger mes livres et dans le caisson à roulettes mes dossiers à venir. De la fenêtre qui dévorait la moitié du pan de mur jusqu’à mi-sol, je pouvais contempler la ville. La circulation dans les rues avoisinantes était dense.

Debout au beau milieu de la pièce, je n’entendis pas arriver mon nouveau Manager et Directeur du Département « Investigations Criminelles » du Federal Bureau of Investigations : Warren Hawthorne.



-- Bonjour Célia. Je vois que vous êtes matinale !

-- Bonjour Warren, lui répondis-je tout en me retournant pour lui serrer la main. Je ne voulais surtout pas être en retard pour mon premier jour !

En effet, il n’était pas encore huit heures. Il se tenait debout contre l’encadrement de la porte. La cinquantaine à peine, de taille moyenne (un peu moins grand qu’Andrew), les tempes légèrement grisonnantes, son costume de couleur gris foncé lui donnait une allure élégante. Ses yeux verts m’observaient :

-- Bien, commençons par un café ! Vous l’aimez noir n’est-ce pas ?

-- Oui, merci, répondis-je.

Je déposais mon sac et mon porte-documents sur le bureau et suivis Warren Hawthorne pour ma première visite guidée. Il me fît faire le tour de l’étage. Les bureaux paysagers étaient organisés sous forme de petits satellites et séparés par des cloisons vitrées. Ils regroupaient les collaborateurs travaillant sur les enquêtes. Warren Hawthorne me présenta à une partie de ses équipes. D’autres bureaux étaient réservés aux managers et aux chefs d’équipe. Des téléviseurs encastrés dans les murs diffusaient les informations nationale et régionale. On se serait cru dans une salle de presse d’une chaîne de télévision.

Il était à la tête d’une cinquantaine de collaborateurs, enquêteurs, agents, mais également d’une équipe d’une trentaine de personnes composées de chercheurs et de laborantins, soit une bonne centaine de personnes, à laquelle il fallait également rajouter le personnel administratif et les secrétaires. Tout le monde s’affairait, les secrétaires tapaient sur leur traitement de textes assises derrière leur ordinateur. C’était une véritable fourmilière ! Des agents étaient en conversation leur téléphone portable relié à une oreillette. Chacun s’échangeait des messages et discutait très certainement des affaires en cours. C’était exaltant ! J’étais totalement impressionnée et je m’efforçais de ne pas le montrer. Nous nous dirigions vers le fond du couloir, à l’opposé de l’endroit où se trouvait mon bureau. Warren Hawthorne ouvrit la double porte recouverte de cuir. C’était la salle de réunion principale de notre étage. Les murs en boiserie étaient décorés des insignes du bureau, une quinzaine de personnes de notre staff étaient là, et ma première séance de travail allait pouvoir débuter.

-- Bien, pour commencer nous allons faire les présentations annonça Warren Hawthorne. Tout d’abord, je vous présente Célia Wilson, qui a notre plus grande joie, a acceptée de nous rejoindre afin d’apporter ses connaissances notamment en matière judiciaire au sein de notre Département.

Je saluais mes nouveaux collègues et pris place au côté de Warren Hawthorne sur le fauteuil qu’il me désigna situé à sa droite. Autour de la table ovale en merisier nous attendaient du café et des beignets. Je fis ainsi la connaissance de John Steward ancien policier à New York où il avait fait une grande partie de sa carrière, qui m’adressa tout juste un regard. Son costume n’était pas d’une première jeunesse. Un peu bedonnant son visage était marqué par les années.

Puis vint le tour de Rudy Summer, agent depuis quatre ans au FBI, il avait un visage un peu juvénile et son sourire fut chaleureux. De Mike Ford rattaché à la recherche et reconnaissable à sa blouse blanche ainsi que de ses deux assistantes qui arboraient la même tenue : Virginia Parkson et Emma Stern, toutes deux diplômées en « Biologie Cellulaire » pour Virginia et en « Matières et Fibres » pour Emma. Des cinq agents Alan Parker, Willy Murray, Bill Stevens, Brandon Thomas, Samuel Jones et enfin d’Hillary Preston la secrétaire de Warren Hawthorne. C’était une jeune femme d’une trentaine d’années brune qui m’adressa un grand sourire tout en me tendant une tasse de café. Ses yeux me laissèrent penser qu’elle était ravie qu’il y ait une femme de plus dans ce service, car d’après ce que j’avais vu lors de mon arrivée, nous étions entourées en grande majorité par des hommes.

-- Nous avons été informés tôt ce matin, commença Warren Hawthorne tout en rajustant ses lunettes de lecture et en consultant ses notes, d’un meurtre dans le quartier chinois. Un restaurateur a été retrouvé assassiné. Son corps porte de multiples coups de couteau et la mort est dûe à une hémorragie.

-- A mon avis, il a dû se vider de son sang en moins de temps qu’il ne le faut pour le dire, rétorqua John Steward tout en se servant d’un beignet.

-- Il y a de fortes chances lui répondit Warren.

-- Et en quoi sommes-nous concernés ? lui demanda Bill Stevens en faisant tourner sa tasse de café entre ses deux mains.

-- C’est à moi d’en décider ! lui répliqua Warren Hawthorne tout en se levant pour se resservir un café. Ce meurtre est dans notre juridiction et qui plus est ce n’est pas le dernier en date dans ce secteur. Voilà pour ceux d’entre nous qui se posent ou se poseraient la question ! rajouta-t-il en reposant le thermos sur le plateau.



Le ton avait été net et sans appel. Warren Hawthorne nous tendit à chacun un dossier contenant les premières photos réalisées sur le lieu même de l’agression mortelle ainsi que les rapports préliminaires réalisés sur place sur lesquels les trente minutes suivantes furent consacrées. L’autopsie serait effectuée dans la matinée.

-- Célia, vous appellerez Sam Jordan qui est Médecin légiste à la morgue et avec lequel nous travaillons depuis plusieurs années, et irez assister à l’autopsie. Voyez avec Hillary qui vous donnera l’adresse, ce sera votre première n’est-ce pas ? dit Warren. Mais il faut un commencement et le corps est en bon état.

-- Très bien Warren, je m’y rends d’ici une heure.

-- Parfait. Ensuite, vous irez avec John Steward dans le restaurant de Chinatown où nous avons retrouvé la victime. Imprégniez-vous des lieux et rendez-moi vos impressions à froid. Notre prochaine réunion est programmée cet après-midi à 15 heures.

Chapitre 3

L’ordre du jour avait été bref. Je rangeais mes notes dans mon agenda et quittais la salle de réunion. Les discussions allaient bon train et Hillary Preston m’accompagna jusqu’à mon bureau pour compléter plusieurs formalités dues à mon embauche. J’avais déjà rempli en grande partie mon dossier, mais il me restait encore quelques documents à fournir.

-- Warren m’a beaucoup parlé de vous et il était impatient que vous nous rejoigniez, me dit Hillary.

Nous nous installâmes autour de la table ronde dans mon bureau et j’attrapais mon porte-document.

-- Il me tardait aussi. Les réunions sont-elles toujours si « froides » ? lui demandai-je.

-- Non, rassurez-vous. Mais en ce moment, Stevens cherche un peu Warren ! Il a les dents longues et il aurait voulu être le bras droit de Warren ! Comme il a refusé, il paraît qu’il veut être muté à San Francisco, ce qui fait que le climat est un peu tendu entre eux deux. En tous les cas, je suis ravie que vous soyez parmi nous, même si je ne suis pas agent, c’est agréable d’avoir une femme de plus avec nous.

-- Merci, c’est très gentil à vous Hillary, et je vous solliciterais très souvent, car je débarque complètement !

-- Je suis là aussi pour vous aider tout comme Warren.

Une heure plus tard elle me donna les coordonnées de la morgue où je devais assister à ma première autopsie que j’appréhendais quelque peu. Je récupérais ma voiture au parking et suivis les instructions ainsi que le plan de route que m’avait communiqué Hillary. Elle m’avait également fourni un classeur complet sur les pratiques et la méthodologie de travail au sein du Federal Bureau of Investigations. Tous les formulaires à utiliser, les notes internes, les procédures à suivre y étaient consignés, sans oublier un plan de ville détaillé qui me serait très utile. Je ne connaissais que très peu Washington et il me fallait tout apprendre de la ville, de son mode de vie et de ses pratiques.

Le bâtiment abritant la morgue était un peu austère. A quelques mètres de là se trouvait l’Hôpital Universitaire de Washington. En briques rouges, il semblait daté de quelques dizaines d’années. Il était relativement vaste et comptait six étages. De la rue une large allée goudronnée menait à l’entrée principale où se trouvaient plusieurs voitures garées sur le terre-plein juste devant l’entrée du bâtiment. L’allée se prolongeait sur la gauche qui devait donner sur un accès pour le déchargement des corps. Je laissais ma voiture au parking « visiteurs » et m’efforçais de pénétrer dans le hall d’un pas assuré.

L’endroit était glacial ! L’hôtesse d’accueil prit mon nom et relue à deux reprises mon badge du FBI avant de contacter par téléphone le médecin légiste : Sam Jordan. Il avait été nommé depuis trois ans pour l’Etat de Washington et avait exercé un an auparavant dans le Vermont où il avait également été médecin généraliste, d’après les renseignements que m’avait fournis Hillary Preston. Après quelques vérifications qui me parurent durer une éternité, l’hôtesse me remis un laisser-passer pour accéder à l’étage que je devrais accrocher au col de ma veste. L’accès aux étages était aussi sécurisé qu’au FBI et je glissais mon laisser passer dans le boîtier électronique situé à cet effet dans l’ascenseur.

Le bureau du médecin légiste se trouvait au troisième étage. En sortant de l’ascenseur, je croisais plusieurs personnes vêtues de blouse blanche. Le couloir était carrelé d’un blanc immaculé. Le deuxième bureau sur la gauche était celui que je cherchais. La porte était ouverte, mais je frappais néanmoins. Une voix me répondit d’entrer. Ce que je fis :

-- Sam Jordan ? Bonjour dis-je, je suis Célia Wilson du Département « Investigations Criminelles » du FBI.

C’était un homme assez grand, les cheveux châtain clair et de grands yeux noisette. Il avait un visage avenant, les traits bien dessinés et ne devait pas être beaucoup plus âgé que moi.

-- Oui, Bonjour Célia. En effet, Warren Hawthorne m’a prévenu de votre arrivée, dit-il tout en se levant pour me saluer. D’ailleurs, je vous attendais pour commencer l’autopsie. Je crois que c’est votre première expérience, n’est-ce pas ?

-- C’est exact, répondis-je, et je l’appréhende un peu.

-- Ne soyez pas effrayée, dit-il, tout en réajustant sa blouse de chirurgien. C’est vrai que c’est impressionnant. Mais je préfère votre honnêteté à tous ces flics qui se croient blindés et qui déambulent dans ma morgue l’air de rien ! Mais avant toute chose, il faut vous équiper !

Ce faisant, nous sortîmes de son bureau et il m’emmena dans une petite pièce située à côté des salles d’autopsie au premier étage afin que je puisse me changer. L’endroit servait à la fois de vestiaire et permettait aussi de se doucher.

Je dus revêtir par-dessus ma jupe et mon chemiser une blouse de protection verte dont les poignets se terminaient par des élastiques, et en guise de fermeture des agrafes. Je pris soin d’enlever au préalable ma veste que j’accrochais dans le vestiaire et j’y déposais également mon sac. Je couvris mes chaussures de petits chaussons en plastique dont le haut se terminait avec un petit élastique. Je mis mon masque chirurgical, des lunettes de protection et enfin une paire de gants en latex que j’enfilais avec un peu de difficulté.

-- Quel attirail, soupirai-je, tout en rejoignant le médecin légiste dans le couloir.

-- Eh oui ! Mais il est important de bien se protéger. N’oubliez pas que ces gens sont morts et que les microbes sont des organismes vivants, me répondit-il gentiment.

Je ressemblais presque à un chirurgien d’hôpital et l’espace d’un instant, je pensais à Andrew mon fiancé resté dans le Massachusetts. Nous entrâmes dans la salle appelée « le frigo », endroit où sont entreposés les morts avant et après une autopsie. Il ouvrit la porte en inox du frigo, plusieurs corps étaient répartis sur des étagères. Il s’empara d’un chariot qu’il glissa sous la civière située sur la deuxième étagère. Sous le drap reposait notre victime du restaurant.

Sam Jordan poussa le chariot aidé par l’un de ses assistants jusque dans la première salle d’autopsie. Je l’aidais tant bien que mal à faire glisser le corps sur la table en inox. J’aperçu au passage l’étiquette portant le nom de notre victime fixée au gros orteil du pied gauche et un léger frisson me parcourut la colonne vertébrale. De plus, il faisait froid dans la pièce, ce qui ne me surprit pas. En effet, je n’imaginais pas vraiment un médecin légiste procéder à une autopsie dans une salle surchauffée.

La salle d’autopsie était assez grande. Deux tables en inox étaient reliées à un évier raccordé sur la gauche du mur qui se prolongeait avec des paillasses recouvertes de carrelage blanc, et servaient de table de travail pour y déposer les prélèvements effectués. Des bocaux vides et des flacons contenant des solutions chimiques étaient alignés et soigneusement rangés. Sur la partie centrale de la paillasse étaient disposées des planches plastifiées de travail. Des moules d’os, de mains et même un crâne en plâtre trônaient sur des étagères. Un chariot disposé près de chaque table regroupait le matériel chirurgical nécessaire pour les autopsies dont les instruments étaient dissimulés sous un linge stérile. A l’opposé des tables se dressaient des placards aux portes vitrées dans lesquels était stocké le reste du matériel utilisé.



Il me remit une liasse de formulaire à compléter :

-- Tenez, vous pourrez suivre l’intégralité de la procédure et compléter tous les points liés aux prélèvements que nous allons faire. Et si vous ne vous sentez pas bien durant l’autopsie, dites-le moi me dit Sam Jordan. Je sais combien ce n’est pas facile la première fois, d’autant plus qu’un corps n’est pas inodore, bien au contraire. C’est pour nous de précieux indices, mais ces odeurs nauséabondes sont très souvent extrêmement difficiles à supporter, même pour un habitué comme moi, poursuivit-il.

-- Oui, merci Monsieur Jordan, je vous préviendrai avant de m’effondrer !

-- Célia, appelez-moi « Sam ».

-- Très bien, lui répondis-je.

-- Parfait et de mon côté, je vous appellerai « Célia » si vous êtes d’accord.

-- Cela me convient tout à fait lui répondis-je.

J’espérais néanmoins ne pas m’écrouler dans l’immédiat et être la risée de tous. Car même si Warren Hawthorne ne m’en tiendrait pas rigueur, c’est exactement le genre de situation que vous traînez avec vous durant de longues années.

Je serrais les dents tandis qu’il ôtait le drap qui recouvrait la victime. C’était un homme d’une trentaine d’années de taille moyenne (pour un asiatique) brun et mince. Il était revêtu d’un tee-shirt bleu marine maculé de sang et lacéré de coups de couteau et d’une paire de jeans. Ses pieds ne revêtaient pas de chaussettes ni de chaussures. Je l’aidais à lui retirer ses vêtements tout en l’observant de ses gestes précis et lui laissais le soin de lui ôter son caleçon. La vue de corps nu me fit l’effet de voyeurisme. L’épiderme était blanc en contraste total avec un corps vivant. Pendant de longues minutes, il retourna les vêtements les observant méticuleusement à la recherche de fibres et détritus.

La première étape de l’autopsie consista par le nettoyage du corps au jet d’eau. Les muscles étaient tendus dus à la raideur cadavérique. En effet, au fur et à mesure que les heures passent, le corps subit différents changements, mais à ce stade, soit plus de dix heures après la mort, le corps était moins raide donc un peu plus facile à manier.

Il commença par l’examen externe et dicta son rapport à un micro suspendu juste au-dessus de la table d’examen. Il énuméra les différentes régions où nous pouvions observer les coups portés. Il dénombra quatre coups de couteau à l’abdomen, un au ventre, deux aux visages et un au niveau du cou.

-- Vous voyez Célia, l’hémorragie a été importante au niveau du cou, à l’angle de la jugulaire interne, juste au niveau de la carotide qui a été pratiquement sectionnée, dit-il tout en levant les yeux vers moi et en désignant de la pointe de son scalpel la base du cou, et je pense que la mort est survenue dans les minutes qui ont suivi. Nous pouvons également voir continua-t-il quelques hématomes, il en a deux sur le visage, à la pommette droite et regardez, un au niveau du foie, ce qui nous laisse à penser que la victime a certainement tenté de se protéger.

Assise sur mon tabouret d’observation, je me replongeais dans la lecture de la liasse et continuais de suivre la procédure réglementaire :

« Phase 1 : Signes de la mort : refroidissement, rigidité, lividité, tâche verte abdominale (dont intensité et positions …)

Phase 2 : Caractéristiques tégumentaires : tatouages, cicatrices …

Examiner la face postérieure du cadavre … le cuir chevelu … »

-- Warren m’a dit que votre fiancé est médecin ? me demanda-t-il tout en s’affairant.

-- Oui, en effet, il est interne à l’Hôpital de Boston et nous attendons sa mutation à l’Hôpital Universitaire de Washington pour la prochaine rentrée, lui répondis-je.

-- Très bien, je suis ravi de vous avoir dans nos équipes, et si en plus vous avez des connaissances médicales, nous allons bien mieux avancer dans nos procédures !

Après avoir retourné le corps sur le ventre pour inspecter la face dorsale, il le replaça à nouveau sur le dos, recueilli les fibres et les débris à l’aide de petites pinces. Puis, il les glissa dans de petits tubes semblables à des éprouvettes qu’il étiqueta et plaça dans deux kits différents pour les analyses à venir. L’un serait destiné au laboratoire de la morgue, et le deuxième irait directement au laboratoire du FBI pour les contre-expertises. Il retourna encore une fois le corps de notre victime sur son côté gauche, et effectua d’autres prélèvements dans le dos muni d’une loupe et de ses pinces. Nous ne découvrîmes pas de blessures antérieures ou de cicatrices récentes. J’écoutais chaque mot et observais chacun de ses gestes.

-- Bien, nous allons maintenant procéder à l’examen interne, m’annonça Sam Jordan en me regardant.

-- D’accord, je suis prête.

Le plus difficile m’attendait. Après avoir enfilé une nouvelle paire de gants, il se munit d’un scalpel et effectua une incision appelée « incision en Y ». Réalisée d’une omoplate à l’autre en descendant jusqu’au nombril qu’il contourna pour terminer au niveau du bas-ventre. Le sang s’échappa et il me fallut tout mon courage pour tenir debout sans vaciller.

Une forte odeur de mélange que je ne pouvais identifier empli la pièce. Celle-ci me monta directement jusqu’aux sinus et en dépit de mon masque de chirurgie, les larmes me montèrent aux yeux. A l’aide de forceps, il dégagea l’abdomen, scia les côtes avec une scie chirurgicale et retira la cage thoracique. Puis, il rinça la table en inox avec le jet d’eau pour évacuer le sang répandu tout autour du corps. Je continuais de suivre la procédure contenue dans mes feuillets :

« 1. Analyses toxicologiques : prélèvements des échantillons de sang, sang cardiaque, poumon, cheveux, humeur vitrée, liquide gastrique et urines, du muscle, des tissus et organes ».

-- Le foie est en bon état, annonça-t-il après quoi, il le pesa.

Je l’observais du coin de l’œil. La vue de ce foie qui présentait un hématome violacé me retourna le cœur. Il sectionna les artères du cœur, le retira et le pesa, tout comme il avait pesé le foie.

-- …. Cœur en bon état, 320 grammes, il continuait de dicter, qui ne présente pas de signes d’anomalies à première vue.

-- Eh bien, vous avez l’air de tenir le coup ? dit-il sans même

lever la tête.

-- Je crois que oui, mais je n’en mène pas large ! m’empressai- je de rajouter.

Je me replongeais dans ma lecture :

« 1.1 : Prélèvements du sang : 20 ml dans un tube sec … Viscères : 5 gr environ (soit un fragment d’organe de 3 cm de côté) … Cheveux et poils (section d’une mèche de l’épaisseur d’un crayon à la racine dont la position sera indiquée par une étiquette, dans un tube sec … »

« 2. : Analyses anatomo-pathologiques : fragments des différents organes : poumon, cœur, foie, rein et encéphale …fixés à l’aide d’une solution diluée à 10% de formaldéhyde et conservés à température ambiante … »

-- Cela ira mieux au fur et à mesure que vous assisterez à d’autres autopsies. Il faut vous blinder Célia, et ne laissez pas vos émotions prendre le dessus. Mais vous vous en sortez très bien pour l’instant à ce que je vois !

Pour l’instant, oui en effet, je tenais le coup, mais le plus dur finalement restait à venir. Il chaussa ses lunettes de protection puis s’empara d’une petite scie électrique, la brancha et m’expliqua qu’il allait ouvrir le crâne. Si après cela, je ne m’effondrais pas, c’est que j’avais de la chance ! pensai-je. Le bruit de la scie fut presque insupportable, la peau du visage s’effondra d’un seul coup vers le bas comme un masque en plastique. La lame sur les os me fit tressaillir puis il retira la calotte et sortit le cerveau qu’il tint dans ses deux mains. Après l’avoir pesé, il l’observa sous toutes ses coutures puis le plaça dans un sachet contenant du formol.

Il avait fini de dicter son rapport et de recueillir les fibres et échantillons pour les analyses à venir. De mon côté, j’avais terminé de compléter les différents formulaires et avais pris de nombreuses notes. Je n’avais pas l’habitude d’écrire avec des gants et le stylo glissait régulièrement entre mes doigts gantés. Il jeta un coup d’œil à la pendule murale, l’autopsie avait duré plus de deux heures.

Nous quittâmes la salle d’autopsie pour nous changer ayant au préalable jeté dans la poubelle réservée aux déchets nos masques, protèges chaussures, sur blouses ainsi que nos gants en latex. Je jetais également mes lunettes de protection.

Après m’être soigneusement lavée les mains qui était recouverte d’une fine pellicule de talc dû aux gants en latex et revêtu ma veste, je rejoignis le médecin légiste dans son bureau et pris place sur l’un des fauteuils face à lui. Il me tendit un gobelet contenant du café :

-- Sucre ?

-- Oui, merci lui répondis-je.

-- Eh bien, Célia, je peux vous assurer que vous avez parfaitement réussi votre examen de passage et que vous êtes une des rares à ne pas être tombée dans les vapes au bout de cinq minutes ! D’ailleurs, si ma mémoire ne me trompe pas, je crois bien que Warren était parti en courant avant même que je n’incise le crâne !

-- Vous m’en voyez ravie lui répondis-je, mais j’ai bien failli moi aussi, partir en courant !

-- Mon labo vous contactera dès que nous aurons les résultats des analyses m’indiqua Sam Jordon. Je vous laisse retourner à votre bureau et si vous avez des questions, n’hésitez pas à m’appeler.

-- Très bien, lui répondis-je et merci, votre aide m’est très précieuse.

Je quittais au combien ravie la morgue. Sur le chemin du retour, j’avais la gorge nouée. Je revoyais le corps sans vie, sur la table d’autopsie, ouvert et le sang se répandant sur la table en inox. Je savais qu’après une autopsie les organes étaient replacés. Le corps était ensuite soigneusement recousu et l’on s’efforçait de dissimuler au mieux, à l’aide des cheveux, la terrible entaille laissée sur le crâne par la scie, car celle-ci était réalisée d’une oreille à l’autre. A cela, il fallait aussi tout le talent du personnel des pompes funèbres pour donner au visage du mort un aspect moins sombre par un minutieux maquillage. Il faudrait aussi que j’appelle Andrew ce soir, je voulais en savoir plus sur les solutions formolées et autres, notamment leurs composants, utilisés pour préserver les organes.

Mon téléphone cellulaire posé sur le « main libre » accroché au tableau de bord de ma voiture clignotait, on avait cherché à me joindre, mais je n’avais pas de message. Je rentrais aux bureaux du FBI et laissais ma voiture au parking « visiteurs », car je n’avais pas encore de place attitrée.



Chapitre 4



Il était tout à fait l’heure de déjeuner, mais en ce qui me concerne cette idée me révulsait au vu de la matinée que je venais de passer à la morgue. Warren Hawthorne m’attendait dans son bureau situé juste à côté du mien, et insista pour que nous nous rendions à la « cuisine » pour y déjeuner. Celle-ci était située au rez-de-chaussée de l’immeuble à l’opposé de l’entrée. J’eus juste le temps de déposer mon sac dans mon bureau. Warren Hawthorne enfila sa veste pendant que l’ascenseur nous emmenait au rez-de-chaussée. Nous entrâmes dans la « cuisine », l’endroit était spacieux et fonctionnel.

Une véritable cuisine (d’où son nom) était aménagée avec plusieurs micro-ondes, plaque de cuisson, étagères regorgeant de bocaux contenant des biscuits. Un comptoir séparait la cuisine du reste de la pièce. De longues tables de bois étaient disposées afin de permettre une certaine convivialité. Deux canapés de cuir de style « Chesterfield » meublaient les angles. De petits box aménagés complétaient le tout. Deux autres comptoirs proposaient des plats qui étaient cuisinés sur place. Tandis que Warren Hawthorne se servit d’un plat chaud qu’il déposa sur son plateau, de mon côté, je pris quelques fruits et une bouteille d’eau. J’avais toujours l’estomac serré et n’avais guère envie de déjeuner.

-- C’est tout ce que vous prenez ? me dit-il d’un air étonné en regardant le contenu de mon plateau.

-- Oui, en général je déjeune rarement. Dans mon ancien cabinet, j’avais l’habitude de prendre un sandwich si nécessaire tout en restant à mon bureau.

Nous nous installâmes en plein centre de la salle regroupant habituellement les collaborateurs de notre département.

-- Il va falloir prendre des forces Célia, dit Warren tout en découpant son entrecôte. Je sais bien qu’après une matinée à la morgue ce n’est pas l’idéal, mais ne vous laissez pas mourir de faim pour autant ! rajouta-t-il.

-- Je dinerais mieux ce soir, l’assurai-je.

-- Sam Jordan m’a appelé et je crois que vous êtes la seule à avoir affronté courageusement cette première autopsie !

-- C’est vrai, mais je dois avouer que c’est pour l’instant l’épreuve la plus difficile qu’il m’ait été donné de vivre, lui répondis-je.

-- Je ne peux pas vous dire que vous vous y ferez, mais cela ira mieux au fur et à mesure que vous assisterez à d’autres. John Steward vous emmènera cet après-midi sur les lieux du crime. Il vous remettra d’autres rapports d’autopsies et de dossiers que nous avons concernant une série d’agressions mortelles similaires qui ont eu lieu l’an dernier dans le même quartier de Washington. A ce jour, l’enquête n’est pas bouclée et nous ne pouvons pas exclure qu’il y ait un lien quelconque avec le cas de ce matin.

Warren Hawthorne avait bon appétit et il avala son déjeuner rapidement. Quant à moi, ce n’était même pas la peine d’y penser ! Mon maigre déjeuner était largement suffisant. La cafétéria était assez bruyante et les conversations allaient bon train. Après un rapide café, j’abandonnais Warren et remontais à mon étage où je retrouvais John Steward posté dans le couloir en grande discussion avec Hillary Preston. Nous nous rendîmes dans le quartier chinois à quelques rues de nos bureaux. Après avoir remonté Pennsylvania Avenue, John Steward s’engagea dans New York Avenue, pour enfin arriver dans Chinatown. Deux policiers à moto nous ouvraient la route, car il n’était pas facile de se frayer un chemin parmi le flot de voitures à cette heure de la journée. Au niveau de la Vème Avenue se trouvait le restaurant où avait été assassinée notre victime. Un ruban jaune portant la mention « POLICE CRIMINELLE » en interdisait l’entrée. Nos parkas noires au nom du FBI inscrit dans le dos, nous franchîmes le barrage et un policier en faction nous indiqua le chemin pour contourner l’entrée principale et entrer par l’arrière du restaurant là où se trouvait le reste des enquêteurs.

L’effervescence agitait tout ce monde, des journalistes étaient tant bien que mal retenus par des agents de police, leurs cameras sur l’épaule prêt à filmer et leurs micros branchés, toujours à la recherche de sensationnel, d’informations pour leurs journaux télévisés de la journée et du soir.

Les enquêteurs avaient consacré les premières heures de la matinée à recueillir les indices et passé le restaurant au peigne fin sans oublier la cuisine et la cave. Ils avaient relevé les empreintes, recueillis des fibres et photographiés les lieux sous tous les angles avant l’arrivée des curieux. Les différents prélèvements avaient été effectués et mis sous scellés pour leur transport, ils seraient adressés au laboratoire chargé d’analyser ces échantillons et en simultané à celui du FBI.

Nous entrâmes par la porte arrière du restaurant et traversâmes la salle, là où se trouvaient les tables accueillant habituellement les consommateurs. Nous nous arrêtâmes au niveau du bar, c’est derrière celui-ci que le corps avait été retrouvé. L’empreinte du corps avait été tracée à la craie blanche au beau milieu d’une énorme flaque de sang. Quelques bouteilles d’alcool étaient cassées sur le sol et nous prîmes garde aux bouts de verre jonchés un peu partout.

A priori, il ne devait pas y avoir eu de lutte. Les tables n’avaient pas été renversées, mais l’enquête ne faisait que commencer. Les agents et policiers entraient, sortaient, piétinaient l’endroit tout en discutant, contournaient le bar, ressortaient pour revenir ensuite. Une odeur âcre et étouffante nous obligea à respirer lentement. Nous observâmes longuement les lieux sans échanger vraiment de mots. Quelques instants plus tard, nous ressortîmes et regagnèrent la voiture de John Steward.

Il avait le visage en sueur et s’essuya du revers de sa manche de chemise, car il avait ôté sa parka et l’avait déposé dans sa voiture sur la banquette arrière. Je pris place côté chauffeur, John s’étant bien gardé de m’ouvrir la portière. L’intérieur de sa voiture était à l’image de son propriétaire, il n’en prenait véritablement pas grand soin.

-- Qu’en pensez-vous Célia ? me demanda John tout en mettant le contact de sa voiture.

-- Difficile à dire pour l’instant, peu d’indices. Avons-nous retrouvé des échantillons quelconques qui pourraient nous orienter sur le tueur ?

-- Les échantillons sont multiples, poussière, débris. Ils ont été envoyés au labo et il nous reste plus qu’à attendre leurs rapports, me répondit John.

-- Avons-nous pu interroger les voisins ? Ont-ils entendus des bruits ou autre chose ? demandai-je

-- C’est en cours. Plusieurs équipes de policiers interrogent l’entourage proche du restaurant et nous n’avons pas encore reçu les témoignages, s’il y en a !

Nous retournâmes aux bureaux du FBI. J’aurais aimé avoir quelques détails, quelque chose qui puisse orienter ma direction. Mais pour l’instant, il n’en était rien, aucun indice, rien ! En regagnant mon bureau, je m’arrêtais près d’Hillary Preston la secrétaire de Warren Hawthorne qui me tendit plusieurs messages.

-- Il y a une surprise pour vous Célia qui vous attend dans votre bureau, me dit-elle avec un grand sourire.

En effet, une très belle gerbe de fleurs avait été déposée sur mon bureau. Je défis la carte, mais avais déjà en tête une idée de leur provenance ….. « En espérant que je te manque pas trop….. Je serais là ce week-end. Je t’embrasse, Andrew ».

Hillary entra avec à la main un vase remplit d’eau :

-- Tenez, me dit-elle, elles sont magnifiques, ce serait dommage de les laisser mourir de soif !

-- Oui, merci Hillary, elles sont d’Andrew lui répondis-je tout en ôtant le papier transparent qui les entourait. Quand ont-elles été livrées ?

-- Il y a une heure environ.

Je mis les fleurs dans le vase et le déposais sur ma table basse. Je compulsais les messages que m’avait remis Hillary Preston. Un journaliste avait cherché à me joindre (déjà, pensai-je), et j’avais deux messages d’Andrew et de Warren Hawthorne. Je me rendis aussitôt dans son bureau. J’appellerai Andrew dès que possible.

-- Ah ! Célia, je vous attendais. Tenez, asseyez-vous, dit-il tout en me désignant l’un des deux fauteuils club. Alors quand est-il de votre visite dans le restaurant, enchaîna-t-il tout en s’adossant au dossier de son fauteuil en cuir.

-- Pas grand-chose pour l’instant. Les policiers interrogent les voisins. On ne peut pas dire qu’il y ait eu vraiment lutte. Tout paraissait en ordre.

Les deux bras croisés sur ses accoudoirs, il se redressa sur son fauteuil. La lumière extérieure filtrait par la baie vitrée de son bureau et il faisait presque chaud.

-- Bien, en attendant voici un dossier que nous avons commencé l’an dernier. Nous avons plusieurs meurtres dans le quartier chinois et à ce jour le ou les tueurs n’ont pas été identifiés. Qui sait, peut-être y-a-t-il un lien avec le meurtre de notre restaurateur ? On ne sait jamais, il ne faut négliger aucune piste.

-- Merci Warren, je vais l’étudier.

-- Célia, j’allais oublier, dites à Andrew de ne pas s’inquiéter, nous veillons sur vous !

-- Je n’y manquerais pas.

-- Le bouquet que vous avez reçu est magnifique !

-- Oui, lui répondis-je d’un large sourire.

De retour à mon bureau, je me connectais à mon ordinateur portable, entrais mes mots de passe pour accéder à ma messagerie et au réseau du bureau. Les messages s’amoncelaient dans ma boite e-mails. J’ouvris le dossier des meurtres de l’an dernier. Après une heure de lecture, le temps d’éplucher les rapports de police et d’analyses de fibres, les comptes rendus d’autopsies et ceux du laboratoire, on ne pouvait pas dire qu’il y avait des liens ou qu’il n’y en avait pas entre ces précédents crimes et celui que nous avions sur les bras aujourd’hui. Pas d’indices particuliers, pas de réelles raisons de commettre ces meurtres qui avaient été commis à l’arme blanche. Les coups de couteau portés sur les victimes ne portaient pas réellement de similitude. Etaient-ils le fait d’un seul ou de plusieurs meurtriers ou de tueurs différents pour chaque victime ? A l’heure actuelle, Dieu seul le savait !

Mon bip posé sur mon bureau vibra, j’appuyais sur la touche « rappel », c’était Warren Hawthorne qui me demandait de le rejoindre pour notre deuxième réunion de la journée. Il était déjà plus de quinze heures. Nous nous retrouvâmes donc toute l’équipe de ce matin autour de la table ovale dans la salle de réunion.

-- Le rapport préliminaire d’autopsie, commença Warren Hawthorne, nous indique et comme nous le savions déjà que la victime est décédée par hémorragie, celle-ci des suites des coups de couteaux reçus. Par contre, nous notons et ceci est important insista Warren en me regardant, que les traces laissées par l’arme blanche n’ont pas été portées au hasard, et nous permette de croire que le tueur a pris un plaisir certain à poignarder consciencieusement sa victime. Les coups sont nets et prolongés dans le geste, c’est certainement l’œuvre d’un sadique ! Célia, je crois que vous avez pu lire le dossier des meurtres de l’an dernier que je vous ai remis, est-ce que les rapports font état de cette précision ?

-- Oui, en effet, lui répondis-je. Sur les trois meurtres commis, deux en effet stipulent des coups de couteaux précis, peut être un rituel.

-- Creusez dans ce sens, me répondit Warren Hawthorne. Autre chose ?

-- On se revoit demain à seize heures rajouta-t-il pour clore la réunion.

Les discussions continuèrent encore durant une bonne demi-heure, chacun essayant de donner son sentiment sur l’affaire en cours. Enfin, tout le monde se leva et John Steward me suivit dans mon bureau tout en réajustant sa chemise qui sortait de son pantalon. Nous prîmes place autour de la table basse disposée à droite en entrant.

-- Montrez-moi le dossier de l’an dernier me dit-il. Il y a peut-être quelque chose qui nous a échappé ?

Nous relûmes ensemble le contenu par très volumineux de l’enquête. Rien d’autre ne nous apparut plus évident, ces meurtres restaient une énigme, enfin pour l’instant !

En fin de journée, je regagnais mon appartement, le ciel était clair et dégagé. La circulation n’était pas très dense à cette heure de la journée, et j’en profitais pour écouter les informations du soir à la radio. Des enfants jouaient au ballon dans la rue en attendant l’heure du dîner. Je récupérais mon courrier dans ma boite aux lettres et pris l’ascenseur jusqu’à mon étage.

J’allais directement à ma chambre et déposais mes affaires sur mon lit. Après m’être douchée, j’enfilais un jeans et un tee-shirt puis m’installais à mon bureau et branchais mon ordinateur portable. J’avais laissé plusieurs messages à Andrew pour le remercier des fleurs qu’il m’avait fait livrer. Je me connectais sur Internet à la recherche d’informations médicales en matière de blessures infligées par armes blanches.

La faim m’arracha à mes recherches et je me préparais un dîner léger à base de crudités, car avec les émotions de ce matin à la morgue l’appétit était resté en suspens. Je me posais des dizaines de questions sur notre dossier en cours et ma nouvelle vie, Andrew me manquait et je savais que les mois à venir seraient difficiles à vivre. Je terminais la soirée en buvant une tasse de thé noir tout en contemplant les lumières de la ville scintillée, ainsi que les phares des voitures dans la rue, depuis la baie vitrée de mon salon. Fatiguée, je gagnais enfin mon lit pour une nuit bien méritée.



Chapitre 5

La pluie était fine mais glaciale, elle me cingla le visage en regagnant ma voiture que j’avais garé la veille dans la rue devant mon immeuble, car mon badge magnétique commandant l’ouverture de la porte métallique du garage avait refusé de fonctionner. Il faudrait que je pense à le faire vérifier auprès de la gardienne de l’immeuble. Les bureaux du FBN me parurent plus familiers et je me sentais plus à l’aise que la veille. J’aurais aimé qu’Andrew me téléphone, car je n’avais pas réussi à le joindre hier soir, mais il devait être de garde à l’hôpital et avait certainement dû travailler tard dans la nuit et j’étais tombée à chaque fois sur sa messagerie. Tant pis, mais j’espérais quand même pouvoir lui parler avant le week-end.

J’avais emmené avec moi quelques ouvrages que j’aimais à consulter régulièrement, en droit judiciaire et médecine générale, mes indispensables, et je les rangeais sur une étagère de mon bureau, le reste de ferait au fur et à mesure. Plusieurs fax avaient été déposés sur mon bureau dont deux rédigés par les policiers chargés d’interroger le voisinage, ils n’avaient rien remarqué, ni rien entendu.

-- Génial, pensai-je.

Je décidais de rappeler le médecin légiste, Sam Jordan à la morgue pour savoir s’il avait d’autres précisions à nous apporter.

-- Effectivement, Célia, d’ailleurs j’allais vous appeler. Je suis persuadé que le tueur a utilisé un couteau avec une lame particulièrement effilée, facile à tenir dans une main et ayant un bon point d’impact. Je pense qu’il a frappé sa victime avec une certaine force, les blessures sont peu profondes mais elles sont nettes, comme s’il opérait un rituel. Il ne frappe pas n’importe comment, ni dans tous les sens. Il respecte un geste précis et agit sûrement en suivant une logique dans ses coups.

-- Aviez-vous autopsié les victimes qui ont été assassinées l’an dernier dans le quartier chinois ? lui demandai-je.

-- Oui, je m’en souviens, Célia. Trois ou quatre asiatiques assassinés également par arme blanche. Par contre, si ma mémoire ne me trompe pas, je ne me souviens pas d’avoir remarqué une réelle similitude dans ces cas. Avez-vous lu les rapports ?

-- Oui, je les ai lus, Warren Hawthorne me les a remis hier. Deux des trois cas pourraient avoir une ressemblance. Est-ce que je peux venir vous voir avec les rapports d’autopsies, nous pourrions peut-être les comparer avec celui de notre inconnu ?

-- Parfait, je vous attends Célia. Au fait, nous n’avons toujours pas d’identité pour notre victime.

-- Non pas encore, lui répondis-je.

J’enfilais mon imper par-dessus mon tailleur gris clair et informais Hillary Preston que je me rendais à la morgue pour consulter avec Sam Jordan le dossier de l’an dernier. J’emmenais également mon bip pour que l’on puisse me joindre, d’ailleurs je m’en séparais rarement. La pluie avait cessé, mais il ne faisait pas très chaud. J’entrais dans la morgue et récupérais au passage à l’accueil mon laisser-passer et me rendis directement au bureau du médecin légiste. Installés dans son bureau autour de la table basse, nous passâmes un certain temps à relire le dossier. En effet, deux des victimes précédentes présentaient les mêmes blessures, même finesse des traces laissées par la lame, même profondeur et longueur dans les coups portés.

-- Je crois que nous devrions avoir affaire au même tueur à moins qu’ils ne soient allés à la même école de la violence, me lança Sam Jordan.

-- Je le crois aussi, ça coïncide lui répondis-je.

-- Si vous parvenez à identifier ce tueur là, vous aurez des chances d’avoir des réponses pour ces deux autres victimes.

-- Je suis assez d’accord avec vous. Quand aurons-nous les résultats du labo ?

-- Pas avant demain malheureusement ! L’examen des fibres est long et il faut identifier les composants et les soumettre à la base de données de notre ordinateur, de plus il faut analyse chimiquement tous les échantillons de fibres et de poussière. Pour ce qui est des prélèvements organiques, les premières analyses ne montrent rien de spécial, pas de drogue ou d’inhalation de produit chimique. Célia, si je peux vous donner un conseil. N’hésitez pas à aller au laboratoire d’analyses, que ce soit celui de la morgue ou du FBI puisque les analyses sont effectuées de manière identique, pas pour cette fois, mais pour les prochaines. Vous glanerez toujours plus d’informations que les rapports ne disent pas et vous pouvez venir me voir quand vous voulez. Vous savez, poursuivit-il, les médecins légistes sont totalement impliqués dans les enquêtes criminelles.

-- Oui, merci beaucoup pour vos conseils et votre aide.



Chapitre 6

Je quittais le médecin légiste pour rentrer au FBI et me rendis au quatrième étage où se trouvait notre laboratoire que je n’avais pas encore visité. Il occupait l’intégralité de l’étage, différentes pièces étaient consacrées aux examens en fonction de la spécificité des analyses effectuées. D’après les notes que j’avais lues dans mon « manuel d’accueil », quelque six cent mille analyses étaient réalisées chaque année. D’ailleurs, un second laboratoire était en cours de construction en Virginie, au centre de formation du FBI à Quantico. Je remontais le couloir et trouvais la porte mentionnant la section « Matières & Fibres ».

Depuis le couloir et derrière la baie vitrée, j’apercevais les laborantins revêtus de leur blouse blanche, un masque chirurgical sur le visage et les mains protégées par des gants en latex. Le premier sas d’entrée me permis de m’équiper, et de revêtir une blouse d’examens ainsi que des gants, avant de pénétrer directement dans le labo.

-- Bonjour dis-je en entrant dans la première pièce sur ma droite. Je suis Célia Wilson et je travaille sur le dossier du mort retrouvé à Chinatown, celui pour lequel nous vous avons transmis les échantillons.

-- Bonjour, je suis Pat, me répondit une jeune femme brune qui devait avoir 30 ou 35 ans, tous en me tendant sa main. Je travaille avec Emma Stern et je suis en train d’effectuer les différentes analyses des fibres que m’a fait parvenir Sam Jordan. Venez avec moi, me dit-elle.

Je la suivis et nous nous installâmes devant sa paillasse sur laquelle étaient entreposées une multitude d’éprouvettes contenant des fibres de toutes sortes. De minuscules morceaux d’étoffe, de cheveux et d’autres choses que je n’identifiais pas à l’œil nu. Sur l’étagère, des fioles contenant des solutions chimiques de différentes couleurs étaient soigneusement alignées. Son bureau croulait sous une masse importante de documents et d’ouvrages médicaux et scientifiques.

-- Nous avons recueilli des fibres de tissus, mais il est normal d’en trouver en bonne quantité dans un restaurant, ainsi que des cheveux, de la sciure et d’autres poussières. Par contre, nous avons également un échantillon de gomme noire et je pense que celui-ci peut provenir d’une semelle de chaussures. Nous sommes actuellement en train d’effectuer l’analyse et les comparaisons avec des petites boules de gomme similaire mentionnées dans le dossier des meurtres de l’an dernier.

-- Peut-être enfin une piste lui répondis-je.

-- Certainement, mais plus difficile sera de remonter à la source et d’identifier celui qui a commis ces crimes, si toutefois vous avez affaire au même homme.

-- Vous avez raison, en effet, toute l’enquête reste à faire.

Ces quelques maigres mais encourageantes informations sous le bras, je remontais à mon étage et me rendis dans le bureau de Warren Hawthorne. Il était installé à la table de travail placée à la gauche de son bureau. Il releva la tête et se massa légèrement la nuque, puis ôta ses lunettes de lecture qu’il posa devant lui.

-- C’est un très bon début Célia, continuez. Je crois que John a également récolté quelques informations intéressantes. Tenez-moi au courant.

Depuis mon téléphone cellulaire, je composais le numéro de John Steward et lui fit part de mes dernières informations. Quelques instants plus tard, nous étions installés dans mon bureau devant une tasse de café que nous avait apporté Hillary Preston. L’enquête de voisinage, comme nous le savions, n’avait rien donné. Personne n’avait rien vu, ni même entendu quoi que ce soit.

-- Avons-nous réussi à identifier le corps retrouvé ? demandai-je.

-- Oui, il s’agit de Minh Nguyen Finh âgé de 30 ans, installé à Chinatown depuis cinq ans environ et célibataire. Sa famille est apparemment sans histoire. C’est son cousin qui a retrouvé le corps et qui a alerté la police.

-- Que faisait-il avant de s’installer à Washington ? lui demandai-je

-- On y travaille Célia. Les policiers ont entré son nom dans leur base de données. S’il a déjà été arrêté dans le passé dans quelque ville que ce soit, nous le saurons très vite.

-- Et dans le cas contraire ?

-- Dans le cas contraire, il faudra continuer de chercher, quitte à tout reprendre à zéro. Sans oublier les dossiers de l’an dernier.

Les deux autres meurtres qui nous intéressaient avaient certainement une connexion commune. Se connaissaient-ils ? Où avaient-ils vécu avant de s’installer à Washington ? Appartenaient-ils à un réseau commun de prostitution ou de drogue ? C’est dans ces deux directions que nous allions commencer nos investigations. Mon ordinateur portable était allumé et je me connectais sur la base de données de notre réseau, puis entrais les noms des victimes.

Les dossiers n’étaient pas clos. Nulle part, il n’était fait mention d’une appartenance à un quelconque réseau de drogue. Je demandais à Hillary Preston, la secrétaire de Warren Hawthorne, de me donner les coordonnées du bureau du FBI à Mexico. En dépit du décalage horaire, on me passa rapidement le directeur local en charge du secteur. Il était encore raisonnable de le joindre à cette heure de la journée.

-- Bonjour Vince, je suis Célia Wilson du bureau de Washington. J’aurais besoin d’informations concernant deux personnes décédées par arme blanche l’an dernier ici dans le quartier de Chinatown. Je vous communique les noms ?

-- Oui bonjour, me répondis-t-il, ce n’est pas si souvent que j’ai des confrères de Washington. Votre nom de me dit rien !

-- C’est normal, je viens de d’intégrer le bureau et je collabore dans l’équipe de Warren Hawthorne.

-- Ah parfait, me répondit-il. Donnez-moi les noms, je vais voir ce que je peux faire.

-- « Bruce Laong » et « Micham Hue ».

-- Je n’ai rien …. Attendez voir, si ! Pour les noms de famille, je suis d’accord, par contre pour les prénoms, dans mes dossiers se sont leurs deuxièmes prénoms et non le premier !

-- Intéressant et qu’avez-vous d’autres ?

-- Ils ont été tous deux arrêtés à plusieurs reprises par la police de

Mexico pour trafic de drogue. C’était des petits dealers comme il y en a tant ici et ailleurs !

-- Et rien d’autre ?

-- Non, il n’y a pas eu de condamnations, ils sont simplement fichés. A mon avis, c’était des revendeurs pas bien inoffensifs.

-- Très bien, vous pouvez me transférer les dossiers ? lui demandai-je. Je vous envoie mon adresse mail.

-- Oui, bien sûr je vous les envoie de suite.

-- Parfait, merci beaucoup Vince, et nous vous tiendrons au courant de la suite. Nous avons eu un meurtre tôt ce matin d’un nommé Mingh Nguyen Finh, il était restaurateur et pour l’instant nous n’avons aucun indice …


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