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Montée -Leçon 1 Les Débuts

par Marcel Gervais, archevêque émérite du diocèse d'Ottawa, Canada

Nihil obstat: Michael T. Ryan, B.A., M. A., Ph.D.

Imprimatur: + John M. Sherlock, évêque de London

London 31 Mars, 1980

Le contenu de ce livre a été publié la première fois en 1977 dans le cadre de la série Journey par les Programmes d'études de la foi catholique et est maintenant réédité en Smashwords par les Publications d'Emmaüs, Ottawa, ON, Canada sur Smashwords

Couverture: "Dieu bénit le septième jour...." Gn. 2,3

© Programmes d'études de la foi catholique, une division du Centre international d'éducation religieuse 1977. Reproduction dans tout ou partie est interdite.


Contenu

1 La Grande Harmonie

2 La Rupture de l'Harmonie

3 L'Écroulement de la Création

4 Les Mises au Point Voulues

5 La Division des Nations et sa Signification

Corrigé des exercices pratiques

Test

Corrigé du test

Recommandations pour la réunion de groupe

A propos de l'auteur

Introduction aux leçons 1 à 6

Le Pentateuque

Le Pentateuque (d'un mot grec qui veut dire "cinq rouleaux ou livres" comprend les cinq premiers livres de la Bible. Ces cinq livres sont aussi appelés la Tora ou la Loi. Ensemble, ils forment la première partie de la bible hébraïque qui est divisée en trois parties: la Loi (le Pentateuque), les Prophètes (livres historiques et littérature prophétique) et les Écrits (les Psaumes et la littérature sapientielle).

Bien que la tradition ait considéré Moïse comme l'auteur du Pentateuque et que Moïse soit le personnage central de l'Exode, du Lévitique, des Nombres et du Deutéronome, aucun de ces livres ne le revendique comme leur auteur.

L'antiquité avait une notion très large du terme auteur. Par exemple, les Psaumes sont attribués à David quand bien même le Livre des Psaumes lui-même désigne d'autres auteurs pour certains psaumes (voir les titres des Ps 44,80). Parallèlement, les Livres sapientiaux sont généralement attribués à Salomon, même si des passages de ces livres ont en fait été écrits par d'autres auteurs (voir Pr 30,1). Il est compréhensible que la tradition ait associé le nom de Moïse au Pentateuque. En effet, la vie de Moïse, depuis sa naissance jusqu'à sa mort, constitue le cadre historique des livres de l'Exode, du Lévitique, des Nombres et du Deutéronome. L'essentiel de ces quatre livres est centré sur l'Exode, l'Alliance et la Loi. Du point de vue historique, Moïse a pris part à ces événements comme médiateur, et tous les développements ultérieurs de la liturgie (par ex. .La Pâque et le renouvellement de l'Alliance) et de la Loi découlent de ce que Moïse a dit et fait. Aussi, tandis que ces livres contiennent des lois et des prescriptions qui ont pu être écrites des siècles après Moïse, elles ne l'auraient pas été sans lui.

Le Livre de la Genèse, parce qu'il est une préparation aux quatre autres livres, y est toujours associée et est considéré comme faisant partie de la Loi (Tora).

L'habitude de désigner les cinq premiers livres de la Bible comme les Livres ou la Loi de Moïse est donc à la fois compréhensible et légitime. Lc 24,27 et 44, par exemple, reflète cette habitude.

Introduction aux leçons 1 et 2

Les sources du Livre de la Genèse

Le Livre de la Genèse a-t-il été écrit d'un seul trait par le même auteur? Au bout de presque 200 ans de travail acharné, les biblistes reconnus ont mis au point une théorie qui est maintenant généralement acceptée par ceux qui étudient la Bible, qu'ils soient catholiques, protestants ou juifs. Cette théorie date le Livre de la Genèse tel que nous l'avons maintenant entre 550 et 450 av. J.C. et avance que la Genèse est en fait la compilation de trois œuvres antérieures. Ces trois principales sources de la Genèse rapportaient chacune certains événements concernant les débuts du monde et d'Israël; un éditeur postérieur, avec l'aide de l'Esprit-Saint, les a réunies pour en faire le récit continu que nous appelons maintenant le Livre de la Genèse.

Cependant, d'après la langue et le contenu, les biblistes ont distingué trois traditions (sources) principales dans la Genèse: la source la plus ancienne est appelée "yahviste", parce qu'elle désigne généralement Dieu par le nom de YHWH (SEIGNEUR). A cause de sa langue et de sa théologie, on pense que l'écrivain yahviste a écrit vers 950 av. J.C.; comme il rapporte des traditions centrées sur Juda, il a probablement vécu dans le sud de la Terre promise. Cette source présente des matériaux allant de la création à la mort de Jacob en Égypte et constitue la toile de fond de tout le Livre de la Genèse. Lorsqu'ils parlent de la tradition yahviste, les biblistes emploient "J". La lettre "J" est employée à la place de la lettre "Y" parce que la théorie a d'abord été énoncée par des écrivains allemands, pour lesquels la consonne J transcrit la consonne correspondante en hébreu, que le français rend par un Y.

Une deuxième source est appelée "élohiste" (abrégée en E). Elle est ainsi nommée parce qu'elle appelle souvent Dieu "Élohim". Située dans le nord et remontant au 9e ou au 8e siècle avant Jésus Christ, cette source présente des matériaux à partir d'Abraham. Elle semble avoir été rattachée assez tôt la tradition Jahviste.

La troisième grande source est appelée la tradition "sacerdotale" (P). Ainsi nommée parce qu'elle met l'accent sur beaucoup de détails présentant de l'intérêt dans les milieux sacerdotaux (P, de prêtre): le rôle des médiateurs, rituels, dates, calendriers, etc. Peut-être l'œuvre d'un groupe d'auteurs, la tradition sacerdotale est habituellement datée de la période de l'Exil ou peu après (vers 550 av. J.C.).

Ces trois sources contiennent des matériaux qui leur ont été transmis sous forme orale et écrite. Les dates ci-dessus indiquent quand les traditions telles que nous les avons maintenant ont été finalement mises par écrit. Entre 550 et 450 av. J.C., un éditeur définitif les a rassemblées et en a fait le Livre de la Genèse tel que nous l'avons.

Exercice pratique

1 Associez les trois sources suivantes du Livre de la Genèse à la caractéristique dont elles tirent leur nom et à leur date approximative.

Caractéristique et date Sources

_____a Dieu souvent appelé Élohim J. Yahviste

_____ b Dieu généralement appelé YHWH (Seigneur) E. Élohiste

_____c Rituel, médiateurs, calendriers P. Sacerdotale

_____ d 550 av. J.C.

_____ e 950 av. J.C.

_____ f 900 à 800 av. J.C.

_Vérifier toutes les réponses des exercices pratiques avec les "Corrigés" à la fin de chaque leçon.

Première Leçon

Les Débuts

Psaume 8

Hymne louant Dieu pour les splendeurs de la création, surtout ses merveilleux rapports avec l'homme. Le psalmiste, en regardant les étoiles, sent son insignifiance, mais se rappelle la place spéciale de l'homme dans l'univers (v.4). L'homme est spécial parce que Dieu prend soin de lui, parce qu'il est en rapport avec Dieu. "L'homme est le seigneur de la terre". Si cela s'applique à toute la race humaine, cela s'applique des plus parfaitement au Christ, le fils de Dieu, le fils de l'homme.

Objectif de la Leçon : Brosser un tableau de l'harmonie et du manque d'harmonie qui existent dans les rapports entre Dieu, l'humanité et le reste de la création, tels que nous les présentent les auteurs sacrés (Gn 1-11).

Cette leçon considère les onze premiers chapitres du Livre de la Genèse, que nous diviserons en cinq parties comme suit:

La Grande Harmonie (Gn 1,1 - 2,25)

La Rupture de l'Harmonie (Gn 3,1 - 6,4)

L'Écroulement de la Création (Gn 6,5 - 8,19)

Les Mises au Point Voulues (Gn 9,1-27)

La Division des Nations et sa Signification (Gn 10,1 - 11,9)

Ces onze chapitres ensemble forment une unité soigneusement conçue pour communiquer certaines vérités. Il est important de ne pas perdre de vue cette unité interne. Par exemple, il serait faux de fonder notre notion du péché ("le péché originel") uniquement sur quelques versets du chapitre 3, alors que l'auteur développe la notion de péché au cours de onze chapitres.

1 La Grande Harmonie

Objectif Décrire l'harmonie qui existe dans les rapports entre Dieu, l'humanité et le reste de la création, telle que nous la présentent les auteurs sacrés (sacerdotal et yahviste) (Gn 1,1.2,25).

Les deux premiers chapitres de la Genèse expriment un idéal; ils décrivent une grande harmonie entre Dieu, l'homme et le reste de la création. Les auteurs sont convaincus que la réalité qu'ils connaissent - désaccord, désordre, péché et manque de fidélité - NE PEUT correspondre à la façon dont Dieu voulait que les choses soient dès le début. Leur foi dans la bonté et la fidélité de Dieu les mène à conclure que Dieu a dû - au début - établir une harmonie.

Leur expérience de la vie mettait les auteurs sacrés en contact non seulement avec ce qui était mal dans la création, mais aussi avec ce qui était bien. Il y a encore de l'ORDRE dans la création, malgré le péché. Il y a encore beaucoup de gens qui s'efforcent de faire la volonté de Dieu. Il est évident qu'il y a encore quelque chose de bon dans l'homme; le péché n'a pas effacé chez lui le sens du bien. Il est également évident que la terre est encore bonne. Il est vrai qu'il faut lutter pour faire produire la terre, mais elle produit. Quand l'homme suit la loi de Dieu, la terre produit des fruits en abondance.

Ainsi, en dépit du désordre du monde, l'auteur inspiré - avec les yeux de la foi et soutenu par l'évidence concrète - est capable de voir la bonté de Dieu, de l'homme et de la terre.

Ces chapitres pourraient s'appeler une prophétie du passé. Un prophète est quelqu'un qui voit et proclame les choses telles qu'elles sont, telles que Dieu lui-même les voit. Écrivant à un moment donné de l'histoire, l'auteur sacré fait un retour en arrière sur le début de la création et voit à la fois ce que cela a dû être et ce que cela devrait être maintenant. Il fonde son jugement sur ce qu'il connaît de Dieu.

Un dernier mot d'introduction. Les onze premiers chapitres de la Genèse racontent des événements allant de la création jusque vers 1850 av. J.C. Ils constituent donc une réflexion sur des milliers et des milliers d'années de la vie des humains. Il devrait être clair, toutefois, qu'il ne s'agit pas d'une histoire détaillée. Bien que l'auteur inspiré se soit servi de sources anciennes sur des peuples anciens - la meilleure information disponible - il ne prétend pas donner un récit de l'histoire de l'humanité. Son objectif primordial était plus théologique qu'historique. Ainsi de nombreux détails historiques (par ex. où Caïn a-t-il pris sa femme) n'ont pas suscité l'attention de l'auteur; ils ne devraient pas non plus nous préoccuper.

Hymne à la Création

Objectif 1.1 Établir un lien entre les questions de l'époque de l'auteur sacerdotal (Exil, vers 550 av. J.C.) et son récit de la création (Gn 1,1 - 2,4).

On s'accorde généralement pour dire que les onze premiers chapitres de la Genèse sont une compilation à partir de deux sources ou traditions antérieures (voir ci-dessus "Les Sources de la Genèse"). Ces deux sources sont appelées écrivain "yahviste" (J) et "sacerdotal" (P). Cette partie (Gn 1,1 - 2,4) est habituellement attribuée à la tradition (source) sacerdotale. Elle a été écrite définitivement sous sa forme actuelle entre 550 et 459 av. J.C., mais elle est fondée sur de très anciens matériaux (dont personne ne sait exactement à quand ils remontent). En lisant ce chapitre, cependant, il est important de se rappeler que la version définitive est enrichie non seulement de la foi dans l'Exode et l'Alliance, mais aussi de la révélation reçue par les prophètes (Isaïe, Ézéchiel) et de la purification d'Israël pendant l'exil. C'est au cours de l'exil que le peuple est arrivé à une croyance claire et inébranlable dans le monothéisme: il n'y a qu'un Dieu, les autres dieux ne sont rien. C'est alors qu'Israël a médité sur l'importance et la joie de la Loi. C'est alors que les pratiques extérieures — et spécialement l'observance du sabbat — ont commencé à prendre de l'importance.

Écrivant dans la perspective de l'exil, l'auteur sacerdotal répond à beaucoup de problèmes pastoraux du jour. Le peuple a été vaincu par les Babyloniens et il passe par une crise de foi en la puissance de Dieu. Désespérant presque de l'avenir, il avait perdu le sens de la dignité et se sentait très insignifiant et inutile. Voyant que les païens prospéraient alors qu'ils adoraient le soleil, la lune et les étoiles, le peuple était tenté de faire la même chose; il faillit abandonner sa foi dans le Seigneur. Aussi l'auteur souligne-t-il la grandeur de Dieu et la dignité de l'homme.

Le genre littéraire que nous avons en On 1,1 - 2,4 est une déclaration de forme

contemplative et théologique sur le Créateur et sur la création par un écrivain d'une grande foi. Ce passage est un poème à caractère d'hymne qui a huit strophes, une qui sert d'introduction, plus une strophe pour chacun des sept jours. (Voir l'illustration "La forme de Genèse 1,1 - 2,4".) En lisant ce passage, nous nous rendons compte que nous avons affaire à un très beau récit littéraire, fruit de l'inspiration, qui conduit plus à l'émerveillement qu'à des explications.

Lecture: Genèse 1,1 - 2,4

Note: En lisant à haute voix, vous serez plus à même de remarquer l'évolution d'une strophe à l'autre.

Commentaires généraux

La première chose à remarquer à propos de ce passage est peut-être qu'il est bâti en fonction des sept jours de la semaine. Le dynamisme de tout le poème aboutit au "Repos" de Dieu. "Il se reposa, le septième jour, de toute l'œuvre de création qu'il avait faite" (2,3). Dans l'esprit de l'écrivain sacré, l'homme sage selon Dieu travaille pendant six jours et se repose le septième. Dans l'imagerie poétique, Dieu est donc décrit comme le plus sage des ouvriers qui travaille six jours et ensuite se repose. Il est clair que ce passage ne veut pas être un récit scientifique de la création du monde.

Le repos de Dieu, le septième jour, a une implication pastorale. Il célébrait la libération d'Israël de l'esclavage et la participation au loisir du Seigneur. Un Israélite dirait: "le septième jour est le jour de notre libération de l'esclavage" (voir Dt 5,12.15); le jour où nous sommes amenés à affirmer notre dignité en prenant part au 'repos' de Dieu" (voir Ex 20,8-11). L'homme montre sa grandeur par le travail, en conquérant la terre. C'est vrai. Mais la dignité ultime de la personne humaine est la célébration du loisir consacré, avec son Créateur. (C'est un point assez important pour ceux qui sont esclaves du travail ou du désir de produire et qui n'aiment peut-être plus le calme et l'émerveillement.) C'est pourquoi notre écrivain met la création sur le modèle de la vie que Dieu a donnée à son peuple - six jours de travail qui se terminent par un jour de repos.

L'ordre est le second élément capital de ce chapitre. La création est vue comme le passage du désordre à l'ordre, du chaos à l'harmonie. L'auteur a soigneusement bâti le poème pour montrer cela. Dieu crée d'abord la lumière pour pouvoir travailler, ensuite il construit la "maison" de la création pendant les trois premiers jours et il y ajoute "l'ameublement" pendant les trois derniers jours (voir le dessin). Les cinq premiers jours de la création préparent le cadre pour que ce soit une maison qui convienne à l'humanité, maîtresse de la création.

Commentaires détaillés

"Dieu dit...et il en fut ainsi." A la différence des dieux des païens, le Dieu d'Israël crée sans lutte mythologique. Il le fait par un simple commandement. Cette facilité avec laquelle il fait toutes choses est un signe de la grande puissance de Dieu.

"il y eut un soir et il y eut un matin." Les Hébreux mesuraient les jours du soir au lendemain soir, coutume que nous retrouvons dans notre usage de célébrer les premières Vêpres des solennités (la veille au soir) et la messe du dimanche le samedi soir.

"Dieu fit les deux grands luminaires." Le soleil et la lune ne sont pas nommés comme tels; ils sont appelés "le grand luminaire" et "le petit luminaire". L'auteur se préoccupe du fait que le peuple pourrait céder à la tentation d'adorer ces corps célestes; en effet, leurs noms étaient déjà dans le langage courant comme noms de dieux. L'auteur inspiré rabaisse donc délibérément le soleil et la lune en les traitant très prosaïquement, bien différemment de ses voisins païens. Il sépare "la lumière" du soleil et de la lune (voir 1,3 et 1,16) pour montrer que Dieu seul doit être remercié pour le don de la lumière (et non pas le soleil ou la lune). L'écrivain présente aussi le soleil et la lune (appelés "luminaires") comme les simples serviteurs de l'homme, comme des calendriers et des pendules plutôt que comme des maîtres de l'homme.

"Faisons l'homme à notre image." L'auteur sacré parle ici de toute l'humanité comme étant à l'image de Dieu; il établit clairement l'égalité de l'homme et de la femme, opinion révolutionnaire à l'époque. Le mot hébreu pour image est "selem", qui indique un objet "plastique" à trois dimensions, un double, comme une statue ou une idole. Ce qui est important, ce n'est pas tant CE QU'EST l'image, mais plutôt POURQUOI l'humanité est créée à l'image de Dieu.

La proposition "qu'ils dominent" donne un indice. Comme un vice-roi qui représente son roi dans un pays étranger, ou comme une statue (ou un timbre) qui rappelle son monarque A la nation, la fonction de l'homme dans l'univers est celle d'un intendant (d'un régisseur); il règne à la place et au nom de Dieu. L'auteur poursuit un autre but: puisqu'elle est à l'image de Dieu, l'humanité - à la différence des autres animaux - peut avoir avec Dieu des rapports personnels.

"L'image" se rapporte à l'être humain vivant tout entier et non pas seulement à une partie de celui-ci. Aussi l'idée que le fait d'être à l'image de Dieu pour l'homme se rapporte à son intelligence et à sa volonté, sans être fausse, est trompeuse car elle tend à diminuer la raison d'être d'une image: représenter Dieu et avoir des rapports avec Dieu.

Pour prévenir toute erreur d'interprétation et toute conception crue du mot image - que l'homme ressemble à Dieu ou que Dieu ait un corps physique - l'auteur inspiré adoucit l'expression de deux façons. Il ajoute "selon notre ressemblance" et il commence par "faisons." Le mot ressemblance (demut) est plus subtil que `selem et veut dire apparence ou similarité. Il indique la ressemblance sans souligner la similarité 'plastique' ou tangible. "Faisons" peut être un pluriel de majesté ou, ce qui est plus probable, il exprime une sorte de délibération entre Dieu et la cour céleste (les anges). Une telle délibération met en garde contre une ressemblance trop directe entre Dieu et l'homme.

"Soyez féconds et multipliez-vous." La sexualité est conçue comme une bénédiction de Dieu: le but en est clair, c'est la fécondité. La fécondité - souvent dégradée par les voisins païens d'Israël - est élevée au rang de participation à la bénédiction de Dieu et est vue comme une réponse à son désir de voir l'humanité se multiplier. Il n'y a pas le moindre doute dans l'esprit de l'auteur sémitique: les enfants sont une bénédiction. L'humanité est bonne, les enfants par conséquent sont un vrai don du Seigneur.

La nourriture. Dans le concept d'harmonie, qui est celui de l'auteur, aucun être vivant _c'est-à-dire l'homme ou les animaux - ne devrait avoir à détruire la vie pour se nourrir. On ne devrait pas tuer du tout. Dans la science de l'époque, la végétation était considérée comme faisant partie de 'la terre' sans avoir de vie indépendante. Ainsi, aux w. 29-30, les êtres vivants reçoivent chacun leur propre nourriture. L'homme doit manger des fruits et des légumes; les animaux, de l'herbe et des feuilles. Pour l'auteur, l'homme comme les animaux devraient (idéalement) être des végétariens (mais voir Gn 9,3, où, devant le spectacle de l'harmonie perdue, Dieu permet à l'homme de manger de la viande).

"Et Dieu vit que cela était bon." Cette phrase revient six fois, la dernière en insistant encore plus, "très bon" (1,31). En employant cette phrase, l'auteur souligne l'acceptation totale de toute la création par Dieu. "Très bon" ale sens de "parfait", "exactement ce que je voulais", et cela se rapporte surtout à l'harmonie, à l'ordre, au but de grand dessein qui se retrouve dans toute la création. Alors que cette affirmation du bon s'applique d'abord à la création telle que Dieu la voulait dès le début, elle continue à s'appliquer aujourd'hui dans la mesure où l'harmonie et l'ordre sont présents dans l'univers et entre les hommes. Dieu voit et affirme tout le "bon" qui existe. Le fait même que la création continue d'exister montre l'amour que Dieu lui porte. (Voir Sagesse 11,24-26.)

Le repos du sabbat. Il convient de noter que Dieu "conclut" son ouvrage le septième jour; la conclusion du travail est le repos. La formule qui termine les autres jours ("il y eut un soir, il y eut un matin") manque le septième jour. Le repos de Dieu n'a pas de fin. En bénissant le sabbat et en faisant un jour saint, Dieu montre que ce repos sans fin n'est pas pour lui seul. Il est aussi pour l'homme qui à la fois participe à et se prépare au repos sans fin de Dieu par l'observance hebdomadaire du sabbat. ("C'est donc qu'un repos, celui du septième jour, est réservé au peuple de Dieu. Car celui qui est entré dans son repos lui aussi se repose de ses œuvres, comme Dieu des siennes. Efforçons-nous donc d'entrer dans ce repos" He 4,9-11.)

Exercice pratique

2 Certains thèmes de Gn 1 sont une réponse aux problèmes pastoraux de l'époque de l'Exil. Associez les "problèmes de l'époque" aux "thèmes du récit de la création" correspondants. (Notez que certains "problèmes de l'époque" peuvent se rapporter à plus d'un thème.)

Thèmes du récit de la création Problèmes de l'époque (v. 550 av. J.C.)

------a. -"Dieu dit...et il en fut ..........................i La victoire des Babyloniens ainsi" entraîne une crise de la foi en la puissance de Dieu.

____b. "Dieu fit les deux grands_luminaires" ii Perte du sens de leur dignité pendant l'Exil.

____c...."Faisons l'homme à notre image "

____d. "Qu'ils dominent"................._iii....Tentation d'adorer le soleil et la lune comme les païens prospères.

____e.."Dieu bénit le septième jour"... iv Observance du sabbat.

____f. "Dieu vit que cela était bon"

La conception du monde, courante dans le Proche-Orient antique, était fondée sur la croyance: l'univers (le ciel et la terre) était entouré d'eau. Le firmament était comme un énorme bol renversé qui empêchait les eaux de tomber sur la terre. Ce firmament avait des vannes que Dieu pouvait ouvrir pour permettre aux eaux de descendre sous forme de pluie. Le soleil, la lune et les étoiles se déplaçaient au sein du firmament.

La terre reposait sur des piliers qui étaient comme des stabilisateurs dans les eaux au-dessous de la terre. Les sources et les lacs permettaient aux eaux souterraines de venir à la surface.

Cette conception nous semble très simpliste, mais elle était satisfaisante une époque qui ne connaissait ni le téléscope ni les autres instruments de précision. Elle contribuait à un grand sens d'émerveillement devant Dieu qui contrôlait les eaux chaotiques et préservait l'ordre de l'univers. L'histoire du Déluge présente Dieu permettant à cet univers ordonné de "s'écrouler": les eaux d'en haut se déversent sur la terre.

La Création

(second récit)

Objectif 1.2 Établir un lien entre l'époque de l'auteur yahviste (David et Salomon v. 950 av. J.O.) et son récit de la création (Gn 2,5-25).

Objectif 1.3 Faire la distinction entre le premier et le second récit de la création, d'après le style et le vocabulaire.

Lecture: Genèse 2,5-25

Note: Essayer de distinguer en quoi ce texte diffère du chapitre 1 par le style et le vocabulaire. Noter spécialement la façon dont Dieu est présenté.

L'auteur

Ce passage appartient à. l'œuvre de l'auteur yahviste (voir commentaire sur "Les sources de la Genèse"). Puisque celle-ci fournit la toile de fond au Livre de la Genèse, il serait peut-être bon de faire quelques remarques préliminaires sur la tradition ou source yahviste.

On s'accorde généralement pour dire que le yahviste a achevé son œuvre vers l'époque de David ou de Salomon (950 av. J.C.?). C'est un homme d'une grande foi. Il avait une foi et un amour profonds pour le Dieu de l'Exode et de l'Alliance, le Dieu tendre qui se préoccupe de l'homme: Dieu a sauvé son peuple d'Égypte et l'a conduit sur une bonne terre; Il lui adonné des lois qui sont bonnes. Le yahviste était convaincu que, si ces lois avaient été observées, elles auraient contribué à établir un royaume où règnent le bien et la paix. L'auteur sait, cependant, par expérience que, malgré la bonté et la puissance de Dieu, ses lois sont souvent violées. Toutefois, à la différence des rois puissants qui recherchent la vengeance et luttent toujours pour maintenir leur suprématie, le SEIGNEUR ne tue pas ses ennemis quand ils s'opposent à. lui et refusent de faire sa volonté. La miséricorde de Dieu est un bien plus grand mystère que sa justice. Le Dieu tout-puissant ne tue pas ses ennemis!

Le yahviste se heurte à plusieurs questions. Dieu est bon, les intérêts de l'homme lui tiennent a cœur et il a donné a son peuple des lois très humaines, pourquoi lui désobéit-on? Qu'est-ce qui est à l' origine de la désobéissance de l'homme?

L'écrivain yahviste a un style très simple, mais pittoresque et imagé. Bien qu'il communique des vérités très profondes, celles-ci ne sont pas des principes théologiques abstraits; elles sont plutôt présentées au niveau de l'émotion. S'il est lu correctement, le yahviste provoque une réponse émotive. Il veut que nous soyons honnêtes avec nos propres sentiments et attitudes vis-à-vis de Dieu. Pour que nous puissions nous identifier émotionnellement avec ce qu'il écrit, le yahviste ne se perd jamais en explications, il laisse certaines choses vagues, certaines questions non résolues. Son sujet n'est pas quelque chose qui est arrivé seulement une fois. Il traite plutôt d'expériences humaines universelles.

Une dernière remarque générale sur l'auteur yahviste. Celui-ci utilise un langage très humain pour décrire Dieu. Il dépeint un Dieu qui travaille comme un potier, faisant l'homme à partir de l'argile, se penchant sur lui; un Dieu que la solitude de l'homme préoccupe; un Dieu qui se promène dans le jardin; un Dieu qui 'descend' pour inspecter la tour de Babel (Ch 11). Cette façon très humaine de parler de Dieu ne devrait pas nous choquer ou nous contrarier. L'auteur inspiré essaie de rendre Dieu humainement compréhensible. Par sa description de Dieu, si vivante si humaine, il crée un sens de proximité, d'intimité.

Lecture: Genèse 2,5-25 à nouveau

Commentaire général

Le passage se déroule selon un modèle typique à l'époque de l'auteur. On remarquera que les vv. 5-7 décrivent un désert dans lequel Dieu fait couler l'eau. L'homme est tiré de ce désert et placé dans le Jardin. L'homme reçoit un commandement (v. 17). Dans le chapitre suivant, l'homme désobéit à ce commandement et la punition suit. C'est un exemple typique de la foi du peuple; la pensée du yahviste reflète bien la pensée de son temps.

- Le Seigneur a fait sortir Israël du désert

- Il l'a conduit sur une bonne terre

- Il lui a donné la Loi

- Israël a désobéi

- Il en subit les conséquences.

Quoiqu'il avait été puni pour ses péchés, le peuple au temps du yahviste, vivait dans la prospérité sous le règne de David et de Salomon, La miséricorde de Dieu dépasse de beaucoup sa justice.

Commentaires détaillés

"En Éden, à l'orient" (2,8). Endroit mystérieux qu'il nous est impossible de situer. L'image donnée est celle d'une oasis très soignée dans le désert, d'un jardin cultivé préparé par Dieu.

L'eau. Pour les habitants du désert, abondance d'eau veut dire abondance de vie. La description détaillée des cours d'eau, de l'or, des pierres précieuses et autres souligne la magnificence du Jardin et la générosité de Dieu.

Les deux arbres. L'arbre de la vie symbolise que l'immortalité n'est pas innée chez l'homme, car elle est à sa portée dans la mesure où il peut manger de l'arbre de la vie.

L'arbre de la connaissance du bien et du mal. En nommant les deux extrêmes de tout - le bien, le mal; la nuit, le jour; l'est, l'ouest; le lever, le coucher du soleil - l'auteur sémite inclut tout ce qui est compris au milieu: de telles expressions veulent exprimer le TOUT. La "connaissance du bien et du mal" est TOUTE connaissance, ce qui comprend la connaissance suprahumaine qui est au-delà de ce qui est dû à l'homme en tant que créature. Le commandement du y. 16 doit être envisagé par rapport au v. 9 qui décrit l'abondance des arbres "séduisants à voir et bons à manger"; parmi tous ceux-ci, il n'y en a qu'un qui soit exclu. Le commandement ne constitue donc pas une menace sévère, mais un avertissement aimable qui reste toutefois sans explication. L'homme obéit, non pas parce qu'il comprend le commandement, mais parce qu'il a confiance dans le législateur; l'obéissance exige la confiance. Il a tout de même de bonnes raisons d'avoir confiance; il est entouré d'une preuve intarissable de l'amour infini de Dieu.

Ce commandement resté inexpliqué veut susciter une réponse émotionnelle chez le lecteur. Pourquoi au milieu d'une générosité aussi flagrante pour l'homme, Dieu déclare-t- il - sans raison apparente - qu'un seul arbre est interdit à l'homme? Se plaçant à un point de vue psychologique, l'auteur inspiré n'essaie pas d'expliquer l'action de Dieu. Il permet au lecteur de ressentir ce qu'il veut. Quelle impression cela vous fait-il?

"Il n'est pas bon que l'homme soit seul" (vv. 18-24). Le commandement inexpliqué de Dieu est immédiatement suivi par une magnifique expression de l'intérêt et de l'amour que Dieu porte à l'homme. Ce passage (vv. 18-24) se déroule progressivement jusqu'à la création de la femme et à l'institution du mariage. Il est délibérément construit pour faire naître le suspense et souligner la création de la femme.

Le passage commence par la recherche d'un compagnon qui convienne à l'homme. Cette introduction montre très clairement que la femme n'est pas inférieure à l'homme. A la différence des animaux - dont aucun ne s'est avéré un compagnon qui convienne à l'homme - la femme ne reçoit pas son nom de l'homme (donner un nom veut dire dominer). Quand il la contemple, l'homme crie sa joie.

Le sommeil que connaît Adam n'est pas le sommeil dû à l'anesthésie, mais le sommeil du mystère. Quand Dieu fait quelque chose qui est très profond ou mystérieux, l'homme ne peut pas regarder; Dieu agit dans le mystère tandis que l'homme dort paisiblement (voir, par exemple, Gn 15,12; 28,16).

La côte est un mot d'ordre général, et il est préférable de ne pas se concentrer sur la simple anatomie. L'important est que Dieu prend une PARTIE de l'homme qu'il modèle pour en faire la femme. Il est clair que la femme n'est donc pas seulement de la même nature que l'homme, mais qu'elle lui est complémentaire.

Comme le père de la mariée, ou le vieil ami du marié, Dieu conduit la femme vers l'homme. L'homme la salue d'une exclamation joyeuse, le premier chant d'amour de la Bible. Il reconnaît que la femme, à la différence des animaux, est son égale puisqu'elle est comme lui.

Le verset 24 conclut le petit récit en méditant sur l'attrait naturel de l'homme pour la femme, attrait si puissant qu'ils sont même capables de quitter la sécurité de leurs familles par amour l'un pour l'autre. Cet attrait est quelque chose dont on ne fait pas seulement l'expérience au paradis, mais dans l'existence humaine quotidienne. Du fait que, comme les versets antérieurs le faisaient remarquer, l'homme est incomplet sans la femme, cet attrait est tout à fait compréhensible. Qu' "ils deviennent une seule chair" (référence à l'enfant qui couronne l'union d'amour) est un autre des nombreux dons de Dieu.

Nus sans avoir honte. L'homme et la femme peuvent se voir tels que Dieu les a faits, avec toutes leurs limites de créatures. Ils sont tout à fait satisfaits de ce qu'ils voient. Le fait d'être à l'aise dans leur nudité et leur sexualité est une expression de leur approbation de la création. Comme Dieu, ils peuvent juger que ce que Dieu a fait est "très bon" (On 1,31). Par cette expression, l'auteur sacré souligne aussi un idéal d'acceptation mutuelle entre l'homme et la femme, acceptation fondée sur un sens intérieur de la dignité.

_

Ces expériences historiques du peuple de Dieu se reflètent dans la façon dont le yahviste parle de la création et de la chute. Associez les "expériences du peuple" aux "passages du récit yahviste" correspondants. (Note: certaines des "expériences du peuple" peuvent se rapporter à plus d'un "passage".)

Passages du récit yahviste Expériences du peuple

____ a. "Et Yahvé Dieu fit à l'homme ce commandement...,de l'arbre de la connaissance du bien et du mal tu ne mangeras pas." _i Au début, ils vivaient dans le désert.

____b. "Il n'y avait encore aucun arbuste des champs sur la terre...car Yahvé Dieu n'avait pas fait pleuvoir." ii Ils avaient reçu la Loi de Dieu.

____c. "Yahvé Dieu prit l'homme et l'établit dans le jardin." iii Ils avaient désobéi à la Loi.

____d. "Yahvé Dieu fit pousser du sol toute espèce d'arbres."

____e En Gn 3,6, la femme et son mari mangent de l'arbre défendu.

____f."Un fleuve sortait d'Éden pour arroser le jardin." ..iv Le Seigneur les avait fait sortir du désert et conduits dans une bonne terre.

v Ils virent la générosité de Dieu dans l'abondance et la fertilité de la terre qu'il leur donna.

4 Indiquer si les descriptions suivantes présentent le style de l'auteur sacerdotal (P) ou yahviste (J).

___ a. Souci du repos du septième jour.

___ b. Souci d'une réponse émotionnelle.

___ c. Souci de décrire Dieu dans des termes humains.

___ d Souci d'ordre.

5._Indiquer si les citations suivantes sont d'abord des exemples de:

_____A.. le souci du repos du septième jour

_____B. le souci d'ordre

_____C. le souci de décrire Dieu dans des termes humains

_____D. le souci d'une réponse émotionnelle

_____ a. "II y eut un soir et il y eut un matin: premier jour."

_____b. "Dieu modela l'homme avec la glaise du sol."

_____ c. "Il insuffla dans ses narines une haleine de vie."

_____ d. "Dieu conclut au septième jour l'ouvrage qu'il avait fait."

_____ e. "Or tous deux étaient nus...et ils n'avaient pas honte."

_____ f. "Dieu planta un jardin en Éden...et il y mit l'homme."

_____ g. "Dieu bénit le septième jour et le sanctifia."

_____ h. "Il n'est pas bon que l'homme soit seul. Il faut que je lui fasse une aide."

Conclusion sur la "Grand Harmonie" (Gn 1,1 - 2,25)

Dans ces deux premiers chapitres de la Genèse, les auteurs sacrés méditent sur l'évidence fulgurante de la bonté de Dieu qui apparaît dans l'ordre de la création et dans son plan d'amour. Depuis le début, Dieu a voulu que règne une grande harmonie entre lui et sa créature favorite, l'homme. Cette harmonie doit s'étendre aux rapports entre les hommes — le commandement de dominer (Gn 1,28) ne s'applique pas aux autres représentants du genre humain. L'homme et la femme doivent vivre en harmonie; ils doivent être mutuellement dépendants et à l'aise dans leur état de créatures. Les rapports de l'humanité avec le reste de la création devraient aussi refléter l'harmonie. Toute vie — que ce soit celle de l'homme ou d'un animal -- devrait être respectée; on ne devrait pas tuer. L'homme doit être l'intendant fidèle qui cultive le sol, domine la terre, commande à tous les animaux. Cependant, bien qu'il soit terrestre, l'homme est apparenté à Dieu; appelé à être à l'aise avec Dieu, l'homme a la terre comme sphère d'activité.

En voyant les choses telles qu'elles devraient être, en harmonie, l'homme peut voir Dieu tel qu'il est. C'est un Dieu de puissance. C'est un Dieu plein de bonté; il voit ce qui est bon. Il se préoccupe généreusement de l'homme (ii lui donne un jour de repos). Pour des raisons totalement désintéressées, il donne la femme à l'homme pour qu'elle soit une partenaire égale. Toutes ces bonnes choses forment la base qui permet à l'homme de reconnaître la générosité et la fidélité de Dieu.

Le lecteur en retire une impression extrêmement positive de la bonté de Dieu, de l'humanité, de la terre.

Exercice pratique

6 Dans les passages ci-dessous, identifier la ou les expression(s) qui illustre(nt) l'harmonie dans les rapports:

a. entre Dieu et l'humanité dans Gn 1,26

b. entre Dieu et toutes les choses créées dans Gn 1,29-31

c. entre l'homme et la femme dans Gn 2,23-25

d. entre l'homme et les autres choses créées dans Gn 1,28

2 La Rupture de l'Harmonie

Objectif:..Discuter la présentation du péché par l'auteur sacré — son déroulement, ses différentes dimensions et ses divers effets — et la réponse de Dieu (Gn 3,1 - 6,4).

Nous aborderons cette partie en deux étapes:

- L'Homme et la Femme, Dieu et la Terre (Gn 3)

- Le serpent

-La genèse du péché

Les effets du péché

- La réaction de Dieu au péché

Autres dimensions du péché (Gn 4,1 - 6,4)

- Envie et meurtre (Gn 4,1-16)

- Cruauté et vengeance (Gn 4,23-26)

-Suprême arrogance (Gn 5,1 - 6,4)

La doctrine chrétienne sur le péché originel, bien qu'elle soit fondée sur ces chapitres, est plus exactement le sujet de la théologie que de l'exégèse. Le développement de la doctrine du péché originel telle que nous la connaissons a commencé à prendre forme concrètement vers l'époque de saint Augustin (4e siècle) et demeure encore aujourd'hui un sujet de discussions animées. Nous conseillerions aux personnes et aux groupes qui étudient cette leçon de porter leur attention sur le contenu de ces onze premiers chapitres et de résister à la tentation de discuter les interprétations actuelles du péché originel.

L'Homme et la Femme, Dieu et la Terre

Objectif 2.1 Décrire comment l'auteur sacré présente le déroulement du péché dans le cœur humain, ses effets et la réponse de Dieu.

Au risque de choquer, nous voulons vous rappeler que l'auteur sacré de ce chapitre est un écrivain; il nous donne un texte littéraire. En nous donnant ce passage, l'Esprit-Saint s'est servi d'un écrivain des plus doués. Il écrit simplement mais avec profondeur, aucun mot n'est de trop nulle part. Cela mérite notre attention.

Dans l'histoire de l'Église, on a probablement plus écrit sur ces 25 versets que sur tout autre passage de la Bible. Et on pourrait écrire encore beaucoup plus. C'est un signe de la qualité extraordinaire d'un texte quand on ne peut jamais en épuiser la signification.

Notre auteur ici est le même que celui qui nous a donné le passage précédent sur le Jardin et sur la création de l'homme et de la femme. Rappelez-vous ce qui a été dit plus haut sur l'auteur: c'est un homme de foi. Il croit dans le SEIGNEUR qui a fait sortir son peuple d'Égypte, qui lui a donné une bonne loi à observer et une riche terre à habiter. Le SEIGNEUR s'est lié à son peuple par une Alliance et s'est montré un Dieu qui pardonne, miséricordieux au-delà de toute compréhension. Il ne frappe pas de mort ceux qui lui désobéissent. Beaucoup lui désobéissent et cependant vont et viennent en pleine santé.

_Rappelez-vous aussi que l'homme et la femme nous ont été présentés entourés des signes de la bonté de Dieu envers eux, exactement comme le peuple de Dieu l'a été de ses bénédictions. L'homme et la femme ont de plus reçu un ordre (de ne pas manger du fruit de l'arbre de la connaissance); il est à supposer que cette loi, qui n'a pas été expliquée par l'auteur, est aussi bonne que tout le reste que Dieu a fait pour l'homme et la femme.

Ils sont censés croire que la loi est bonne, tout comme le peuple de Dieu de l'époque de l'écrivain était censé croire que la Loi de Dieu était bonne, même s'il ne la comprenait sans doute pas complètement.

Quel est le sujet de ce passage? Bien entendu, c'est le péché. Notre auteur sait, comme nous le savons, que le péché est une désobéissance à Dieu. L'auteur sacré, toutefois, ne va pas se contenter d'une réponse superficielle. Il veut approfondir encore plus le sombre mystère du péché; non pas le péché en général, mais le péché de ceux qui connaissent Dieu et, qui cependant lui désobéissent. Qu'est-ce qui fait pécher de telles personnes? Que leur arrive-t-il quand elles se détournent de Dieu? Qu'est-ce qui est à l'origine de la révolte contre Dieu? Ses réponses sont autant psychologiques que théologiques.

Ne perdez pas de vue en lisant ce passage que l'auteur sacré ne s'occupe pas seulement du péché au début, mais aussi du péché depuis le début. L'homme et la femme, par conséquent, ne représentent pas seulement nos premiers parents qui ont péché, mais tout aussi bien les gens de l'époque de l'auteur, et ils nous représentent nous aussi. Ce qui est décrit comme leur arrivant à eux est ce qui nous arrive à nous aujourd'hui lorsque nous péchons.

Lecture: Genèse 3,1-24

Le Serpent

Souvent dans l'Écriture, et certainement dans la description de la chute, l'auteur sacré veut communiquer à un niveau plus profond que celui de langage ordinaire, aussi emploie-t-il des images, de la poésie, des symboles. Comme symbole pour introduire la chute de l'humanité, l'auteur sacré a choisi le serpent. Est-ce un bon symbole? Oui, pour plusieurs raisons.

D'abord, le sentiment éprouvé à l'égard des serpents est presque universel. Nous admirons la façon dont ils se déplacent; leur glissement imperceptible nous donne l'impression qu'ils sont dissimulés, rusés, sournois. Il y a une certaine beauté dans les yeux du serpent; il a même l'air intelligent. Jésus lui-même fait allusion à la croyance populaire que les serpents sont intelligents (Mt 10,16). L'auteur sacré utilise donc le serpent pour introduire des remarques très fines et subtiles sur l'origine du péché.

Le serpent fournit une bonne image pour une deuxième raison. Traditionnellement, depuis les temps anciens, le serpent est admiré parce qu'il mue et semble se renouveler d'année en année. Il est devenu un signe de vie et le symbole de la guérison, croyance qu'atteste encore l'emblème de la profession médicale. L'histoire de Moïse et du serpent d'airain reflète encore cette conception (Nb 21).

Finalement, quand le peuple de Dieu termina ses pérégrinations dans le désert pour entrer dans la terre promise, la première tentation qui se présenta à lui fut de participer au culte des Cananéens ce qui comprenait la prostitution cultuelle. Les païens qui habitaient le pays croyaient pouvoir assurer la fertilité de leurs récoltes en reproduisant les rapports sexuels des dieux dans un rituel sacré. Leur rituel employait souvent le symbole du serpent et y associait des femmes, les prostituées sacrées. Le peuple de Dieu finit, en fait, par céder à la tentation de participer aux cérémonies païennes, violant ainsi la Loi du SEIGNEUR. Le serpent devint un symbole du péché.

A l'époque de l'auteur sacré, le symbole du serpent devait avoir beaucoup de sens pour ses lecteurs. L'image lui permet de faire des remarques très subtiles sur la genèse du péché. Il réussit aussi à faire suggérer par le serpent qu'il offre la vie. Finalement, les Israélites contemporains de l'auteur se rappelaient le péché de la prostitution cultuelle.

Traditionnellement, le serpent a été vu ici comme un symbole de Satan. Bien que ce soit acceptable, il ne faudrait pas trop insister sur cela. Il faut faire attention de ne pas faire dire au texte ce que nous savons de Satan et qui s'est développé plus tard.

L'auteur sacré décrit la chute de l'homme et de la femme.

La genèse du péché

Le serpent laisse entendre que, si un arbre est exclu, l'homme n'est pas capable de manger de tous les arbres du jardin (v.1). Il suggère qu'il est possible que Dieu les ait mis au milieu d'innombrables arbres fruitiers en leur défendant de manger de leurs fruits. Il représente Dieu comme exigeant des choses déraisonnables; comme un chef despotique, qui n'a de comptes à rendre à personne, un pareil Dieu pourrait forcer l'humanité à faire tout ce qu'il veut. Un pareil Dieu ne se préoccuperait pas de l'homme; son plus grand souci serait de se faire obéir.

La femme engage un dialogue avec le serpent (v.2). Elle aurait mieux fait de l'ignorer, de l'éconduire ou de défendre sa foi dans la bonté du Seigneur.

Elle commence par se laisser prendre à l'argumentation du serpent. Sans nier la possibilité que Dieu puisse avoir des exigences inhumaines, elle établit les faits en citant le commandement de Dieu, mais elle le fait paraître plus sévère ("vous n'y toucherez pas"). Par suite de cette exagération, le commandement apparaît déraisonnable et sa violation plus justifiable.

Voyant la faiblesse de la femme, le serpent la défie ouvertement (vv.4-5), en dépeignant Dieu comme égoïste, vaniteux, avide de puissance, donnant des ordres seulement pour maintenir l'humanité sous sa coupe, empêchant l'humanité de s'élever à une certaine grandeur ("comme des dieux").

Ignorant la générosité débordante de Dieu, la femme se concentre sur la chose défendue. Sa vision est de plus en plus faussée. Le fruit défendu apparaît de plus en plus attirant — bon à manger, séduisant à voir, désirable pour acquérir l'entendement (v.6).

Déçue, elle cueille le fruit et en mange. Le péché est devenu inévitable.

Elle n'est plus seule dans son péché. Son mari est "avec elle" (v.6) comme le dit clairement le texte hébreu, bien que certaines traductions omettent cette phrase. Il mange lui aussi du fruit.

Le commandement auquel ils ont désobéi ne se limite pas au fait de manger d'un arbre donné. Ils ont refusé d'être ce que Dieu attendait d'eux, des créatures, ce qui veut dire ne pas tout savoir. En essayant d'être plus que des créatures, ils ont refusé d'accepter leur situation de créature et le Créateur. Voilà ce qui est à la racine du péché.

Les effets du péché

Les résultats de la désobéissance sont immédiats. Ils remarquent leur nudité. Ne se contentant plus d'être des créatures avec les limites que cela implique, ils ont honte de leur corps et se couvrent. Cette insatisfaction d'eux-mêmes tels qu'ils sont est la première "mort" qu'ils subissent comme effet du péché.

Le péché cause une crainte et une honte irrationnelles et injustifiées. Malgré le fait que Dieu apparaît avec la douceur d'une brise légère après une longue journée de chaleur, l'homme et la femme courent se cacher (v.8).

Le péché est cause d'aliénation: l'homme reporte la culpabilité du péché sur Dieu (v.12). (Lire le verset à haute voix en mettant l'accent sur "tu".) En trahissant sa femme, l'homme montre que le péché le sépare aussi de son prochain. Loin de se retrouver solidaires contre Dieu, les pécheurs sont également aliénés les uns des autres. Ce verset, en dit long comme ceux qui suivent (w.12-20).

L'homme est créé relationnel; il ne s'accomplit vraiment que lorsqu'il établit les rapports voulus avec Dieu de créature à Créateur, de partenaire avec les êtres humains, d'intendant avec le reste de la création — la terre.

Le péché porte atteinte à ces rapports ordonnés. En refusant d'accepter son rapport normal à Dieu — celui de créature — l'homme détruit aussi l'ordre qui existe dans ses rapports avec les autres humains et la terre.

Les 'malédictions' qui suivent ne sont donc pas tellement une punition infligée par Dieu pour le péché que la description par l'auteur inspiré du désordre qui découle inévitablement du péché.

Les rapports de l'homme avec son prochain sont dérangés par le péché. Il trahit sa partenaire (la femme) et reproche même à Dieu de l'avoir créée (v.12). Quel contraste avec son exclamation de joie lors de sa création (2,23)1 Il domine la femme (v.16) et lui donne un nom comme il l'a fait pour les animaux (comparer le v.20 à 2,19). Même la magnifique tâche de mettre des enfants au monde est gâtée pour la femme; elle ne doit pas seulement subir la douleur physique, mais encore l'humiliation d'être dominée par l'homme qui la traite en inférieure (v.16).

Les rapports de l'homme avec la terre sont également dérangés (vv.17-18). La terre est le don de Dieu à l'homme et la travailler est la tâche de l'homme; mais le désordre du péché en fait une lutte amère. L'harmonie qui existait entre Dieu, l'homme et la terre a été sérieusement endommagée.

La réaction de Dieu au péché

Au milieu du péché, le Seigneur demeure plein de miséricorde et d'amour. Dieu ne frappe pas de mort le pécheur. Loin d'apparaître comme un juge sévère, il se promène paisiblement dans le jardin comme un tendre père, comme un bon ami; il appelle l'homme doucement (vv.8-9). Il donne à l'homme et à la femme une chance de se défendre, privilège toutefois refusé au serpent (vv.11-13). Dans un geste de miséricorde, il leur fait des vêtements de peau (v. 21). Même l'expulsion du jardin d'Éden est causée, non par la colère, mais par l'amour. Se rendant compte que l'homme a péché, qu'il a rejeté sa condition de créature, est — ironie du sort — devenu comme Dieu qui connaît le bien et le mal (v.22), Dieu ne veut pas le laisser dans son malheur pour toujours. De peur que l'homme mange de l'arbre de vie et s'expose ainsi à une éternité de torture, le Seigneur dans sa miséricorde l'exclut du jardin. La scène du 'jugement' se termine donc avec Dieu qui a pitié de ses créatures pécheresses.

Le chapitre a donc un message d'espoir au milieu du chaos du péché. L'harmonie entre Dieu, l'homme, ses semblables et la terre, est rompue, mais pas complètement annihilée. Il y aura une lutte incessante, mais l'ordre triomphera. Dans cette ligne, relire le verset 15.

La tradition chrétienne a interprété ce verset comme une référence à la lutte de l'homme avec le péché, lutte dans laquelle le Christ est finalement victorieux.

Exercices pratiques

7. En vous reportant au commandement initial de Dieu (Gn 2,16-17), commenter brièvement les versets de Gn 3,1-6 en notant les étapes que suit le développement du péché dans le cœur humain.

Genèse 3,1

Genèse 3,2-3

Genèse 3,4-5

Genèse 3,6

8 Comment l'auteur sacré décrit-il en Gn 3,7-13 l'effet du péché sur les rapports entre l'homme et Dieu et entre l'homme et la femme? (Une phrase suffira pour chaque cas.)

i Rapports entre l'homme et Dieu

__

__

ii Rapports entre l'homme et la femme

__

__

9. Décrire comment en Gn 3,20-24 Dieu montre sa miséricorde même par sa punition.

Autres dimensions du péché

Objectif 2.2 Décrire comment l'auteur sacré présente les autres dimensions du péché en Gn 4,1 - 6,4.

Envie et meurtre

L'auteur introduit un nouveau récit pour illustrer les conséquences du péché. Il développe sa thèse: une fois que Dieu a été trompé et le mécanisme du péché déclenché, une fois que le désordre est entré dans le monde, les conditions empirent progressivement.

Lecture: Genèse 4,1-16

Comme Adam et Ève, Caïn refuse d'accepter les choses telles qu'elles sont (sa condition de créature); il refuse de laisser Dieu être Dieu. La préférence de Dieu pour Abel n'est pas expliquée; nous ne devrions pas plus essayer d'élucider le mystère du choix de Dieu. Le fait est que Dieu n'a pas totalement et injustement rejeté Caïn (il l'encourage même à surmonter sa jalousie, w.6-7), même s'il n'agrée pas son sacrifice. Cayn n'a pas confiance en Dieu, ne laisse pas à Dieu la liberté d'accorder sa faveur. Il pense que Dieu devrait se conformer aux normes humaines qui donnent la préférence au premier-né sur les frères cadets (ironiquement, Caïn lui-même ignore la règle humaine qui veut que l'aîné protège les autres). L'envie — le fait de se concentrer sur la chose qui ne lui est pas accordée — et le meurtre qui suit endurcissent le cœur de Caïn. Il manque de pitié pour son frère. Il refuse de reconnaître son crime; il n'avoue jamais sa faute. Le désordre dans les rapports de l'homme avec la terre s'intensifie; le fermier Caïn abandonne la terre rebelle et devient nomade. Il s'éloigne du SEIGNEUR. Toutefois, le récit s'achève sur une note d'espérance. Chose étrange et contraire à l'attente du lecteur, Dieu ne tue pas les pécheurs. Il protège Caïn et jure de se venger de quiconque lui fera du mal. Le mystère de la miséricorde de Dieu dépasse de beaucoup sa justice.

Cruauté et vengeance

Avec l'histoire de Lamek, l'horreur du péché augmente — son chant de vengeance est plein de cruauté et de revanche signes du pécheur endurci.

Lecture: Genèse 4,23-26

Le SEIGNEUR miséricordieux ne tue pas les pécheurs. La conséquence la plus horrible de cet aspect est peut-être que l'homme profite de la miséricorde de Dieu. Non seulement se permet-il de se venger de ceux qui lui font du mal (quelque chose que Dieu se réserve — 4,15), mais encore le fait-il avec une cruauté et une intensité étonnantes. (Le fait que Lamek soit vengé soixante-dix-sept fois est peut-être ce qui a inspiré la générosité du pardon demandé par Jésus en Mt 18,22?)

Dieu ne répond pas à la vantardise pécheresse de Lamek; il ne lui donne pas de jugement ni de chance de se défendre comme il l'a fait avec Adam et Caïn. Par son attitude injurieuse, Lamek se coupe de toute réconciliation. Le passage s'achève cependant sur un autre signe d'espérance (v. 26). La vie continue et Seth reçoit un fils du nom d'Énosh (qui veut dire la même chose qu'Adam — humanité), qui adore le SEIGNEUR. Le vrai culte rendu à Dieu peut coexister avec un péché aussi grand que celui de Lamek.

Note: Cette énumération des descendants d'Adam (Gn 5,1-32) comble l'intervalle entre la création et le déluge. Comme la plupart des listes semblables du Pentateuque, elle vient de l'écrivain sacerdotal. Le but que ce dernier poursuit est de montrer qu'avec chaque génération successive l'humanité se répand dans le monde entier.

Il ne faut pas se préoccuper outre mesure de l'âge des patriarches. Les peuples de l'antiquité attribuaient des vies extrêmement longues aux grands hommes; certains rois auraient vécu 10 000 ans, chiffre nettement symbolique. Le nombre d'années donné ici semble également être symbolique, mais personne n'est sûr de la façon d'interpréter ce symbolisme. (De fait, différents manuscrits anciens de la Bible donnent des âges qui varient.) Noter, cependant, que les âges diminuent à mesure que l'humanité s'éloigne de la création et que le péché se développe.

Suprême arrogance

L'auteur sacré fait une déclaration finale sur la méchanceté de l'humanité à l'aide d'une petite histoire mystérieuse au sujet d'un mariage entre l'humanité et des êtres célestes.

Lecture: Genèse 6,1-4

Les histoires mythologiques de beaucoup de nations païennes revendiquaient orgueilleusement des rapports sexuels entre leurs ancêtres et les dieux. L'écrivain yahviste, toutefois, envisage cet événement comme la dernière étape dans le développement du péché; c'est l'ultime refus de sa condition de créature par l'humanité. Le désir d'être divin est une horrible insulte au Créateur qui a fait l'homme bon. Ce refus de se contenter de sa condition de créature force Dieu à une solution draconienne. Si la créature suprême (l'homme) refuse de reconnaître sa condition de créature, refuse d'aimer son Créateur, la création tout entière a perdu son sens. Tout est prêt pour le Déluge.

Exercice pratique

10.Indiquer le développement progressif du péché en associant le "désordre intervenu dans les rapports" que cause le péché, au "type de péché".

Type de péché Désordre intervenu dans les rapports

____ a. cruauté excessive i.entre frères

____ b. refus de la condition de créature ii entre l'homme et la société

____ c. envie iii peuples revendiquant une ascendance divine

____ d. désir d'être divin

____ e. vengeance sans limite

____ f. meurtre

3 L'Écroulement de la Création

Objectif Décrire comment l'auteur sacré a résolu le dilemme devant lequel il se trouvait pour expliquer comment Dieu, qui est miséricordieux, a pu causer un désastre universel.

Des légendes d'un déluge universel aux origines du monde existent chez tous les peuples de l'antiquité, des sémites du Moyen-Orient aux indigènes d'Amérique du Nord. Souvent pleines de mythologie et variant beaucoup entre elles pour les détails, toutes ces légendes semblent souvent témoigner d'une catastrophe survenue dans des temps très anciens.

L'écrivain inspiré n'inclut pas cependant cette légende à de simples fins historiques. C'est plutôt, que devant la croyance en un déluge universel commune à presque tout le monde, il se heurte à un grave problème de pastorale. Il n'a pas cessé de maintenir — et il y croit vraiment — que Dieu ne tue pas les pécheurs. Même quand il fait face à la dureté et une conduite injurieuse de la part des hommes, Dieu reste plein d'amour et de miséricorde.

Le dilemme devant lequel se trouve alors l'auteur sacré est d'expliquer comment Dieu, qui est miséricordieux, aurait pu causer un désastre universel, et Dieu recommencerait-il?

L'auteur interprète le déluge dans l'introduction et dans la conclusion.

Lecture: Genèse 6,5-8 (introduction)

Ne pas perdre de vue que ces versets ont été écrits il y a quelque 3000 ans. La façon qu'a l'auteur de parler de Dieu n'est peut-être pas la nôtre. Il (J) a une façon très simple et humaine de parler de Dieu; il fait marcher Dieu dans le jardin, lui fait mettre un signe sur le front de Caïn, le fait souper avec Abraham, lutter avec Jacob. Dans le récit du déluge, il présente Dieu, tout miséricordieux et tolérant qu'il est, met un terme à sa patience envers l'humanité pécheresse. Le péché est devenu un fait universel; les hommes ont refusé d'accepter leur condition de créature, ils ont abusé de la miséricorde de Dieu et se sont permis de revendiquer une ascendance divine. L'auteur décrit Dieu ployant sous le chagrin et la déception quand il décide d'envoyer le déluge destructeur. Le déluge n'est pas un acte de vengeance, provoqué légèrement et rapidement. Dieu ne peut pas cependant détruire complètement; il trouve un homme qui sera le commencement d'un nouveau départ.

Lecture: Genèse 8,20-22 (conclusion du déluge)

A la fin du déluge, Dieu prend la résolution de ne jamais provoquer un tel désastre à cause des péchés de l'humanité. Il promet de lui donner la suite des saisons et la stabilité en dépit du péché. Dieu avait de bonnes raisons pour envoyer le déluge, mais il ne le fera plus jamais. Dans sa façon très humaine de parler de Dieu, l'auteur sacré fait d'abord regretter à Dieu d'avoir fait l'homme, puis d'avoir causé une telle destruction et il le fait enfin promettre de ne plus jamais agir de la sorte. C'est comme si l'auteur disait que Dieu a appris à faire face à la situation pécheresse de l'humanité et est maintenant déterminé à en tirer le meilleur parti.

_Exercice pratique

11 En Gn 6,5 et Gn 8,21, l'auteur sacré donne la même raison pour la destruction des créatures vivantes par Dieu et pour sa promesse de ne plus jamais détruire d'êtres vivants. L'auteur sacré semble résoudre le dilemme de la miséricorde de Dieu en indiquant que Dieu:

a. ne s'occupera plus de l'humanité.

b. est arbitraire dans ses décisions concernant l'homme.

c décidé de faire face à la situation de l'homme pécheur.

d. se contredit.

4 Les Mises au Point Voulues

Objectif Discuter comment les auteurs sacrés illustrent ce que les exigences du monde troublé nécessitent des mises au point aux idéaux de la grande harmonie.

Le péché est une réalité et Dieu a décidé d'y faire face. L'homme aussi doit apprendre à faire face à la situation de péché dans le monde réel; il ne peut pas prétendre que le péché n'existe pas et en même temps lutter pour la réalisation d'idéaux comme si la "grande harmonie" était une réalité totale.


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