include_once("common_lab_header.php");
Excerpt for Montée - Leçon 11 - - Les prophètes en Israël by , available in its entirety at Smashwords

Montée -Leçon 11 Les Prophètes en Israël

par Marcel Gervais, archevêque émérite du diocèse d'Ottawa, Canada

Nihil obstat: Michael T. Ryan, B.A., M. A., Ph.D.

Imprimatur: + John M. Sherlock, évêque de London

London 31 Mars, 1980

Le contenu de ce livre a été publié la première fois en 1977 dans le cadre de la série Journey par les Programmes d'études de la foi catholique et est maintenant réédité en Smashwords par les Publications d'Emmaüs, Ottawa, ON, Canada sur Smashwords

Couverture:"Puis Amasias dit a Amos:'Va-t-en d'ici, voyant;fuis au pays de Juda; mange la ton pain et fais-y le prophète."(Amos 7,12)

© Programmes d'études de la foi catholique, une division du Centre international d'éducation religieuse 1977. Reproduction dans tout ou partie est interdite.

Contenu

1 Élie

2 Amos

3 Osée

Corrigé des exercices pratiques

Test

Corrigé du test

Recommandations pour la réunion de groupe

A propos de l'auteur

Introduction aux Leçons 11 à 15

Contenu des leçons

Moïse était le libérateur de son peuple, son législateur, son médiateur, son chef; mais c'était aussi un prophète. Sans lui, il n'est pas possible d'expliquer le mouvement prophétique dans le peuple de Dieu. Nul doute que les descriptions de Moïse dans la Loi aient été affectées par le mouvement prophétique, mais cela ne fait que confirmer le fait que, dès le tout début, Moïse était considéré comme le modèle de ce dévouement désintéressé à la vérité, à tout prix, qui était la base du prophétisme authentique. Moïse est le prophète par excellence (Nb 12,6-8).

Les Livres de Josué, des Juges, 1 et 2 Samuel et 1 et 2 Rois, appelés Prophètes antérieurs, nous montrent un certain nombre de personnes qui ont mérité le titre de prophète. C'était Déborah, Samuel et Natân, pour n'en citer que quelques-uns. Dans les Livres des Rois, nous avons des exemples de quelques grands noms parmi les prophètes antérieurs, Élie et Élisée. C'est la présence de ces derniers et de beaucoup d'autres prophètes qui a donné A cet ensemble de livres leur titre de prophétiques.

Les livres qui sont appelés Prophètes postérieurs sont ceux qui portent le nom de prophètes qui ont exercé leur ministère d'environ 750 av. J.C. à la fin de l'Exil, et même un certain temps après l'Exil.

La 11e leçon fera le pont entre les Prophètes antérieurs et les Prophètes postérieurs. Elle traitera d'Élie (v 850 av. J.C.) dont les histoires se trouvent dans les Livres des Rois, et examinera ensuite les Livres d'Amos et d'Osée.

Les leçons suivantes se poursuivront selon un ordre historique en étudiant principalement Isaïe, Jérémie, Ézéchiel et le prophète anonyme que nous désignerons du nom de Second Isaïe. Cela nous mènera jusqu'à la fin de l'Exil (538 av. J.C.). (La 16e leçon aura une partie consacrée au prophétisme post-exilique.)

Orientation des leçons

Les rapports qui existaient entre le peuple de Dieu et ses prophètes étaient un étrange mélange d'amour et de haine. Certains auraient été des plus heureux de voir les prophètes réduits au silence, mis en prison ou même exécutés. D'autres craignaient les prophètes et ne leur auraient pas fait de mal, mais ils n'auraient pas non plus suivi leurs conseils. Mais il y en avait aussi d'autres qui, lorsqu'ils entendaient parler les prophètes, entendaient les mots mêmes qui exprimaient les pensées et sentiments de leur propre cœur, pensées et sentiments qu'il ne pouvaient pas, ou peut-être n'osaient pas exprimer eux-mêmes à haute voix. Les prophètes avaient certes des partisans qui buvaient toute parole, revivaient tout exploit de leurs héros.

Malgré la persécution qui était habituellement le sort qui leur était réservé, les prophètes ne désavouèrent jamais leur peuple, ne le désertèrent jamais. Ils ne mirent jamais en doute leur appartenance au peuple de Dieu quel que soit le péché qu'ils voyaient dans le peuple. Jérémie, qui avait de bonnes raisons de désavouer ses compatriotes, ne va pas plus loin que de désirer s'enfuir dans le désert et vivre en ermite loin d'eux; mais même en exprimant son désir, il désigne le peuple par "mon peuple" (Jr 9,1).

Les prophètes savaient être doux et tendres quand il le fallait, mais ils savaient aussi être durs. De fait, il y a beaucoup plus de paroles dures, mordantes que de paroles consolantes. La violence de leurs paroles ne doit pas nous faire penser qu'ils avaient une piètre opinion des leurs. Si la haine s'exprime essentiellement par l'indifférence, l'amour s'exprime par des sentiments passionnés. C'est parce qu'ils pensaient le plus grand bien des leurs, c'est parce qu'ils étaient si convaincus de la grandeur, de la noblesse de l'appel à être le peuple de Dieu, que les prophètes avaient, pour exprimer leurs sentiments, les excès des amoureux.

Les prophètes critiquaient le peuple, mais le peuple critiquait aussi ses prophètes. Cela prit de nombreuses générations avant que tout le peuple les accepte complètement et les regarde comme inspirés de Dieu. Pendant plusieurs centaines de siècles, le peuple a haï, adoré, toléré et persécuté ses prophètes, mais finalement il les a élevés à la sainteté. Fn acceptant ces prophètes, le peuple de Dieu fait preuve d'une de ses plus grandes qualités, sa capacité d'auto-critique. Il y a rarement eu un peuple si régulièrement et si intensément critique de son propre comportement.

Les Livres des Prophètes

La démarche qu'ont suivi les paroles et le ministère d'un prophète pour être dans un livre est assez compliquée. Pour simplifier, nous pouvons dire que la formation des livres des prophètes s'est faite en trois étapes: le prophète lui-même, ses disciples et enfin les éditeurs.

La plupart des prophètes étaient des orateurs. Ils prononçaient leurs oracles en public. Le langage qu'ils employaient, habituellement très poétique, était destiné avant tout être entendu. Il nous est impossible de prouver que des prophètes comme Amos et Osée mettaient aussi par écrit ce qu'ils avaient à dire, mais nous savons qu'Isaïe écrivait, ou du moins faisait écrire (Is 8,16; 30,8), et que Jérémie avait un secrétaire (Jr 36,6). Ézéchiel a certainement dit certaines de ses prophéties, mais son style montre qu'il est plus écrivain qu'orateur.

Les prophètes avaient des partisans (disciples) qui recueillaient les paroles de leurs maîtres, mettant par écrit ce qui n'était encore qu'oral et faisant parfois leurs propres ajouts au texte pour mettre à jour les enseignements de leur maître.

Les éditeurs définitifs, qui ont probablement été à l'œuvre surtout pendant et après l'Exil, rassemblèrent les écrits qui avaient été préservés par les disciples des prophètes, les disposèrent dans un certain ordre, y ajoutèrent ça et là des commentaires et y ajoutèrent même des prophéties ultérieures qui semblaient avoir un lien avec l'œuvre originale du prophète considéré.

Ce processus explique pourquoi un livre qui porte le nom d'un prophète contient très souvent des passages écrits par d'autres à une période différente.

Note: L'ordre dans lequel sont donnés certains livres n'est pas très satisfaisant. Certains des manuscrits qui sont arrivés jusqu'à nous ne sont pas très clairs. Quelques traductions modernes essaient de mettre de l'ordre dans les passages spécialement embrouillés. Il serait bon pour vous d'en vérifier quelques-uns pour pouvoir reconnaître ce que les traducteurs ont eu à faire. La Bible de Jérusalem , par exemple, a placé Osée, 2,1 après Osée 3,5, et Jr 12,6 entre 11,18 et 11,19.

Objectifs généraux des Leçons 11 à 15

Les prophètes étaient tout à fait des hommes de leur temps. Ils réagissaient aux événements qui affectaient la vie du peuple. Ils étaient aussi extraordinairement bien informés de tout ce qui se passait dans le monde en général. C'est la raison pour laquelle toute personne qui étudie les prophètes devrait connaître les faits essentiels de l'histoire liés à chaque prophète. Ce n'est pas une tâche difficile, mais cela demandera un petit effort. A la fin de ces cinq leçons, vous devriez pouvoir vous rappeler les dates et les événements essentiels qui sont liés à Amos, Osée, Isaïe, Jérémie, Ézéchiel et le Second Isaïe.

Les prophètes, en plus d'être des hommes de leur temps, étaient aussi des individus doués de talents différents et de sensibilité. Il ne sera pas possible dans ce cours de sonder très profondément tout ce que ces hommes ont dit et fait, mais nous nous efforcerons de faire ressortir le caractère unique de leurs messages. Le second objectif général de ces cinq leçons sera donc de distinguer entre les prophéties d'Amos, Osée, Isaïe, Jérémie, Ézéchiel et le Second Isaïe.

Les leçons comporteront des informations sur d'autres prophètes, mais les objectifs généraux se limiteront aux six grands prophètes mentionnés plus haut.

On vous demandera, dans ces leçons, de faire de nouvelles choses. Les nouveaux objectifs les plus importants seront "d'interpréter" et "d'analyser". Ils vous permettront d'utiliser les connaissances acquises au cours des leçons 1 à 10, chaque fois qu'elles s'appliqueront. Ces nouvelles tâches exigeront aussi que vous utilisiez les données contenues dans la leçon qui vous occupe. Pour vous aider à réaliser le travail d'interprétation ou d'analyse d'un texte biblique, nous vous donnerons des questions ou des principes pour vous guider. Nous croyons que ces nouveaux objectifs ajouteront un intérêt et un stimulant supplémentaires à votre étude.

Onzième Leçon

Les Prophètes en Israël

Psaume 82

Le prophète qui a composé cette prière a utilisé une image très ancienne. Dieu tenant audience au ciel, entouré d'êtres célestes (dieux). Dans ce psaume, les êtres divins qui sont jugés à la cour de Dieu sont ceux qui sont responsables de la justice sur terre. Dieu les condamne à mourir comme de simples humains (vv.6-7) parce qu'ils n'ont pas réussi à mettre la justice parmi les hommes (vv.2-4). C'est simplement une façon poétique qu'a le prophète d'exprimer la condamnation par Dieu du peuple qui ne s'acquitte pas de sa responsabilité d'exercer la justice sur la terre. La justice est le fondement de la société humaine; l'injustice ébranle "toute l'assise de la terre" (v.5). La prière se termine en implorant Dieu de se charger lui-même d'administrer la justice sur la terre.

Objectif Décrire trois histoires d'Élie et analyser des passages choisis, tirés des livres d'Amos et d'Osée.

Introduction

La plupart des religions, à un moment ou l'autre, font l'expérience du prophétisme. Par prophétisme, nous voulons ici simplement désigner le phénomène de personnes qui prétendent parler au nom du divin, c'est-à-dire au nom de leur dieu ou leurs dieux. La plupart des pays du Proche-Orient antique comptaient de telles personnes. Très souvent, ces prophètes vivaient en communautés, formant des confréries ou guildes de prophètes. Habituellement, ils vivaient et agissaient en liaison avec un sanctuaire ou un lieu de culte. Un des principaux moyens par lesquels ces confréries de prophètes croyaient pouvoir rencontrer leurs dieux était les transes ou une expérience d'extase. Ces transes étaient généralement amenées par la musique, le chant, la danse et le rituel. Une fois dans cet état d'extase, ils prononçaient des oracles, le plus souvent en émettant des sons inintelligibles qu'il fallait interpréter.

Quand le peuple entra en Canaan, il y trouva de tels groupes de prophètes. Il n'était pas possible de se défaire, d'un seul coup, de ces groupes prophétiques, qui étaient très populaires, très proches des gens et très puissants politiquement. Le peuple dut apprendre à avoir affaire à eux. Les guildes prophétiques faisaient partie intégrante de la culture du pays dont il avait hérité. Le peuple avait adopté de nombreux éléments de la culture et de la religion des Cananéens; il ne semblait pas y avoir de raison précise pour laquelle il fallait rejeter sans l'avoir essayé le phénomène des confréries prophétiques.

Il n'est donc pas surprenant de trouver le peuple de Dieu en train d'absorber et d'utiliser le genre de prophétisme qui existait chez les Cananéens. Dans le passage que vous allez lire, vous verrez Samuel, qui est un grand prophète, en très bons termes avec la bande de prophètes attachée au sanctuaire de Gibéa. Note: Samuel se comporte en "voyant" dans ce passage, quelqu'un qui a d'extraordinaires pouvoirs de perception.

Lecture 1 Samuel 10,1-16

L'activité prophétique à laquelle se livrent dans ce passage Saül et les autres n'est pas la communication de messages compréhensibles, mais l'émission de sons extatiques qui sont considérés comme venant de Dieu. Même si ces prophètes représentent une forme primitive de prophétisme, nous n'avons aucune. raison de croire qu'il n'y avait en eux rien de bon ni de pardonnable. Le peuple de Dieu semble les avoir suivis et même s'être joint à eux, apportant aux groupes prophétiques la foi et les traditions qu'il tenait de Moïse. C'est dans le contexte de ces groupes prophétiques que certains des grands prophètes de Dieu ont l'air d'agir. Élie ne semble pas faire partie des groupes, mais il marche étroitement avec eux. Élisée fait nettement partie d'un groupe. On ne nous dit jamais qu'Élie recourait à leurs méthodes de transes pour prophétiser, mais on nous dit qu'Élisée demanda un musicien pour l'aider à prophétiser (2 R 3,15).

Les confréries de prophètes se maintinrent pendant longtemps. Ce qu'il en advint exactement n'est pas clair. Il semblerait que beaucoup de leurs membres devinrent les conseillers des rois; il est tout à fait possible que certains aient finalement été absorbés comme Lévites. Quoi qu'il en soit, le Seigneur apportait une nouveauté dans les confréries et en dehors d'elles: il suscitait un genre prophétique que n'avaient jamais connu les Cananéens ou toute autre nation. Le nouveau prophète était un être étrange, qui était loin d'être aussi religieux que les groupes prophétiques, beaucoup plus profane, plus intéressé par la vie quotidienne du peuple que par la promotion de liturgies saisissantes dans les sanctuaires.

1 Élie

Objectif Décrire le cadre historique d'Élie et interpréter trois histoires à son sujet.

Jéroboam, l'homme que Salomon avait mis à la tête de la corvée, dirigea la révolte qui divisa le royaume uni. Il établit un gouvernement séparé dans le nord et désigna des sanctuaires, en particulier Bethel, comme sanctuaires officiels des tribus du nord. Jéroboam avait projeté d'être le premier roi d'une dynastie, mais il ne devait pas en être ainsi. Son fils fut assassiné moins d'un an après être devenu roi. L'auteur du meurtre se fit roi et nomma son fils pour lui succéder. L'histoire se répète: en moins d'un an, son fils était assassiné, et l'assassin se proclama roi - pour sept jours. Le chef de l'armée fit alors un coup d'État et mit de l'ordre dans le royaume du nord. C'était Omri (885-874). (1 R 15,25 - 16,28).

D'après les normes humaines, Omri fut un grand roi. Il apporta la stabilité au royaume, améliora sa situation économique en établissant des liens solides avec la Phénicie. Ce lien se manifesta par le mariage de son fils Achab avec Jézabel, la fille du roi de Sidon. Omri construisit aussi la splendide cité royale de Samarie, qui devait demeurer la capitale du royaume du nord jusqu'à la fin.

A la mort d'Omri, la couronne passa paisiblement à son fils Achab qui régna pendant une vingtaine d'années (874-853). Jézabel, son épouse phénicio-cananéenne, mettait beaucoup de zèle à soutenir la religion des siens. Les Cananéens de Phénicie étaient considérés beaucoup plus avancés sur le plan culturel que les Israélites. En s'efforçant de promouvoir la tendance phénicienne de la religion cananéenne, Jézabel voulait certainement élever le niveau des sujets de son mari qui étaient arriérés. (1 R 16,29-34)

Pendant les règnes d'Omri et d'Achab, il se forma inévitablement une classe d'aristocrates qui, comme les nouveaux riches de toute époque, voulaient être "modernes" et raffinés sur le plan culturel. On peut présumer que, comme d'habitude, c'étaient aussi ceux qui travaillaient dur pour s'élever dans l'échelle sociale et qu'il leur fallait faire preuve de largeur d'esprit. On peut aussi supposer qu'il y avait énormément de pauvres qui aspiraient à devenir riches eux-mêmes et à mener la vie de leurs oppresseurs. Le mouvement de Jézabel en vue de promouvoir la religion cananéenne devait avoir des partisans dans toutes ces classes de la société. Mais il y avait également des exceptions à chaque niveau: hauts fonctionnaires (1 R 18,3-4), certaines confréries de prophètes (2 R 2) et une foule de gens simples (1 R 19,18).

Le chef de l'opposition était un homme étrange qui venait de l'arrière-pays, Élie de Galaad. Les vieilles traditions étaient encore vivantes en lui. Il était encore mû par les grands idéaux donnés par le Seigneur dans l'Alliance et dans la Loi. Il éprouvait de la douleur, une colère et une fureur indignées devant ce qu'il voyait arriver à son peuple, qui était en train d'échanger la noblesse de son appel à être le peuple de Dieu contre une imitation de culture cananéenne, et le Seigneur Dieu lui-même contre les baals cananéens.

Note: Le mot baal littéralement veut dire seigneur, maître ou parfois mari. En lui-même, c'est simplement un titre honorifique qui pourrait être appliqué de multiples façons. Il aurait pu être employé, et l'a probablement été, pour le Seigneur (YHVH) Dieu d'Israël. Toutefois, comme il était employé comme titre honorifique pour les dieux cananéens, les auteurs bibliques ne l'emploient pas pour désigner le vrai Dieu, mais seulement pour désigner les dieux des Cananéens.

Les Cananéens avaient beaucoup de dieux, qui étaient mâle et femelle. Le principal dieu mâle était appelé Hadad, bien qu'il puisse avoir d'autres noms. Hadad était le dieu de la tempête, de l'éclair, du tonnerre et de la pluie. Puisque les tempêtes apportaient la pluie, Hadad était le dieu de la fertilité et, par conséquent, de la prospérité. Son homologue féminin était Ashtart (parfois appelée Astarté dans la Bible). Pour être honnête vis-à-vis des contemporains d'Élie, il faut admettre que les dieux qui promettent la prospérité, en principe au moins, sont plus attirants que le Dieu qui exige d'abord la justice et ne promet qu'une vie modeste. Quiconque, au temps d'Élie, aspirait à s'enrichir, aurait été sérieusement tenté d'adorer Baal Hadad ou, au moins, de lui consacrer autant de temps qu'au Seigneur Dieu d'Israël. D'une part, cela offrait de sérieux désavantages d'adorer le vrai Dieu, car il exigeait un code d'éthique assez strict dans la vie quotidienne, code d'éthique qui ne visait pas à vous enrichir. D'autre part, le culte de Baal présentait de réels avantages, en effet celui-ci ne demandait pas un sens aussi strict de la justice et se contentait très bien de l'attention qu'il recevait dans le culte liturgique, culte que ses rites sexuels de fertilité rendaient d'autant plus attirant.

La lecture suivante montre Élie organisant un concours entre le vrai Dieu et Baal. L'histoire est pleine d'ironie et de sarcasme: les prophètes de Baal sont incapables de faire allumer le feu du sacrifice par le dieu de la tempête, malgré tous leurs grotesques efforts pour attirer son attention. Élie, plein de confiance, verse de l'eau sur le bois de son sacrifice, prie très simplement et l'éclair vient allumer le feu. Aux fins que nous poursuivons ici, les points principaux de l'histoire se trouvent aux versets 21 et 39. Ces lignes illustrent une des fonctions principales de l'authentique prophète.

Lecture 1 Rois 18,20-40

Commentaire

Le vrai prophète révèle la vraie situation du peuple - il ne sait pas sur quel pied danser, il adore à la fois Baal et le Seigneur (v.21). Le premier commandement défend d'adorer tout autre dieu; Élie insiste pour que le peuple prenne position en faveur du Seigneur, le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob (v.36). Élie et tous les prophètes après lui veulent que le peuple voie clairement le choix qu'il a; il veut qu'il reconnaisse qu'il ménage la chèvre et le chou, qu'il fasse des compromis, qu'il déprécie ou viole ses idéaux. Il veut aussi qu'il se convertisse, qu'il reconnaisse le vrai Dieu.

Note: L'horrible fin de cette histoire très dramatisée semble indiquer que les adorateurs de Baal et les adorateurs du Seigneur se livrèrent réellement bataille. Il y eut des morts de chaque côté, mais on dirait, d'après l'histoire suivante, que les forces de Baal et de Jézabel avaient le dessus.

L'histoire de la marche d'Élie jusqu'à la montagne de Dieu est importante pour sa valeur éducative. Par cette histoire merveilleusement poétique, nous pouvons découvrir d'autres traits du vrai prophète. Avant de lire le passage, il vous serait très utile de regarder les passages suivants: Ex 3,1-6; 19,18-19; 33,18-23.

Lecture 1 Rois 19,1-18

Note: L'Horeb est un autre nom pour le Sinaï.

Commentaire

Ce récit a aussi sa note d'ironie: le prophète fuit pour sauver sa vie, mais il souhaite mourir. Beaucoup de prophètes, pour ne pas dire la plupart, ont été persécutés et au moins un a eu des moments où il regrettait d'être né (Jr 20,14-18). Même dans sa lutte contre le désespoir, le prophète est nourri et fortifié par Dieu. La vraie nourriture du prophète se trouve sur le mont Horeb, la montagne de Dieu, où Dieu a rencontré Moïse (Ex 3,1-6) et où il a fait alliance avec son peuple (Ex 19-24). L'essentiel de l'enseignement ici est très clair: le vrai prophète retourne aux sources mêmes de la foi et de la vie du peuple de Dieu. Le prophète accroît sa force et sa perspicacité en se laissant pénétrer par les traditions du peuple.

Sur le Sinaï (l'Horeb), le Seigneur a révélé sa présence par des signes terrifiants. Ici, Élie a des expériences analogues, mais il découvre que le Seigneur ne lui est pas présent dans l'éclair et le tremblement de terre comme il l'était à ses ancêtres sur le Sinaï. Dieu ne se rend présent à Élie que dans "un doux murmure", "une brise légère". Pour les prophètes qui ont suivi Moïse, il n'est plus question de déploiements spectaculaires de la présence et de la volonté de Dieu. (On voit facilement comment cette histoire contrebalance la précédente.) Les prophètes doivent maintenant trouver la volonté de Dieu dans le "doux murmure" du Seigneur qui leur parle dans et par leur propre conscience, leur propre perspicacité. Le prophète ne peut pas s'attendre non plus à ce que Dieu terrasse ses ennemis de façon spectaculaire. Puisque le Seigneur œuvre subtilement dans le processus même de l'histoire ordinaire, le prophète doit aussi œuvrer à l'intérieur du même processus, sans attendre de manifestation miraculeuse pour le soutenir. Dans les versets 15 à 18, le Seigneur dit à Élie d'œuvrer dans les événements de l'histoire. Les événements assez terribles auxquels Élie (ou ses disciples) prendront part montrent clairement que la "brise légère" du v.12 n'a rien à voir avec la douceur ou la miséricorde de Dieu. (Dommage!)

L'histoire d'Élie sur l'Horeb présente la prophétie avec beaucoup plus de maturité que l'histoire du Carmel. Le Carmel représente plus ce que beaucoup de prophètes auraient aimé voir se produire; l'Horeb est plus réaliste, car il est beaucoup plus voisin du genre de prophétie que l'on trouve dans les siècles qui suivent Élie. Le vrai prophète doit remonter aux sources mêmes, aux racines de la foi et de la tradition de son peuple. Il y trouvera sa nourriture, sa force et sa perspicacité. L'authentique prophète ne peut pas non plus compter sur de fantastiques explosions de la part de Dieu pour confirmer ses paroles et ses actes. Le prophète devra garder les yeux fixés sur les événements de l'histoire et essayer de lire dans ces événements ordinaires la volonté de Dieu.

Notre dernière histoire d'Élie est un bon exemple des préoccupations de l'authentique prophète - la justice et l'obéissance aux commandements de Dieu. Entraîné par Jézabel, Achab enfreint les commandements portant sur le meurtre et le vol et, pour ce faire, il en amène d'autres à enfreindre le commandement sur le faux témoignage devant un tribunal. En outre, Achab viole la tradition reconnaissant à une personne son droit sacré de garder la propriété qu'elle avait héritée de ses ancêtres.

Lecture 1 Rois 21,1-29

Bien que son repentir obtienne à Achab un certain répit, la corruption de son règne conduira finalement à la révolution la plus sanglante de l'histoire du royaume du nord. Élie et son disciple Élisée la virent venir et en réalité l'encouragèrent.

La fin de la vie d'Élie (2 R 2,1-18) a l'allure d'une parabole sur le sens du ministère prophétique. Élie refait le chemin de l'entrée initiale dans le pays de Canaan, il divise les eaux du Jourdain (comme Moïse avait divisé les eaux de la mer), traverse le Jourdain pour finir ses jours dans la même région où, selon la tradition, Moïse est mort (Dt 34). Dans son départ, comme dans sa vie, Élie est associé à Moïse. Il est juste que l'homme qui avait appelé le feu sur le Carmel et qui avait été témoin du feu et de la tempête sur l'Horeb soit enlevé sur un char de feu.

Des légendes populaires se développèrent autour d'Élie. Comme il avait été "enlevé dans les hauteurs" par Dieu, on croyait qu'il était encore vivant et, par conséquent, qu'il pouvait revenir et reprendre son ministère. Son retour inaugurerait l'ère messianique finale. Cette croyance se reflète dans les derniers mots du livre de Malachie (3,23) et à différents endroits des évangiles (par ex. Mt 16,14; Mc 15,33s).

Il y a deux aspects de l'œuvre d'Élie et d'Élisée, rapportés dans les histoires à leur sujet, que nous ne pouvons qu'effleurer ici: le premier est leur engagement politique; le second, leurs miracles.

1. Il est dit qu'Élie prenait une part active dans les intrigues politiques de son temps

(1 R 19,15-18). Élisée est encore plus clairement présenté comme une sorte de "prophète guérillero", qui ferme les yeux sur les assassinats (2 R 8,7-15) et qui fomente une violente révolution (2 R 9-10). Il se peut fort bien qu'une telle violence ait été la réalité à propos de ces prophètes, mais elle n'a plus jamais fait partie du ministère des prophètes dans le peuple de Dieu.

2. Les miracles d'Élie et d'Élisée appartiennent essentiellement à trois catégories: des

miracles violents, belliqueux, par ex. le feu qui descend du ciel pour détruire les ennemis (2 R 1,9-16); des actes quasi-magiques, par ex. la jarre qui se remplit à mesure (1 R 17,7-16); et les miracles de miséricorde, par ex. la résurrection du fils de la veuve (1 R 17,17-24), la nourriture donnée aux frères prophètes (2 R 4,38-44), et la guérison de Naamân le lépreux (2 R 5). Les miracles de violence et les actes presque magiques ne se reproduisent plus jamais dans l'histoire du prophétisme dans le peuple de Dieu. Toutefois, les miracles de miséricorde reviennent avec la vie prophétique de Jésus.

Élie (v.850) avait prédit la chute de la dynastie d'Omri et son disciple Élisée avait encouragé la révolution qui y mit fin. 2 Rois 9-10 fait le récit du terrible bain de sang dans lequel Jéhu, le chef du soulèvement, a massacré le fils d'Achab, la reine mère Jézabel, tous les successeurs éventuels au trône d'Omri, d'innombrables adorateurs de Baal, et même le roi de Juda et ses fils qui visitaient par hasard le royaume du nord à ce moment-là.

Jéhu fonda sa propre dynastie. Quatre de ses descendants lui succédèrent, l'un après l'autre. Ce fut la plus longue dynastie en Israël, presque cent ans. Pendant cette période de stabilité, Israël est devenu de plus en plus prospère. Jéroboam il, l'arrière-petit-fils de Jéhu, a régné sur Israël au plus fort de sa splendeur et de sa puissance. C'est une centaine d'années après Élie, sous le règne de Jéroboam II (783-743), qu'Amos a fait son apparition en Israël (v.750).

Exercices pratiques

1. Indiquer si les affirmations suivantes sur le contexte historique du prophète Élie sont vraies ou fausses.

a. Avant Omri, le royaume du nord se caractérisait par son instabilité.

b. Jézabel, la femme d'Achab, promut la religion cananéenne dans le peuple de Dieu.

c. Les efforts de Jézabel pour promouvoir la religion cananéenne rencontraient une forte opposition de la part de la société israélite riche et soi-disant riche.

d. Le code d'éthique du Seigneur Dieu d'Israël, comme celui de Baal Hadad exigeaient un sens strict de la justice.

2 Des interprétations suivantes de 1 Rois 18,21, laquelle est la plus exacte?

a. Élie s'efforce de démontrer la supériorité du Seigneur Dieu d'Israël sur Baal.

b. Élie établit qu'il vaut mieux s'engager vis-à-vis de l'un ou de l'autre, le Seigneur Dieu d'Israël ou Baal, plutôt que de leur rendre un culte partiel à tous les deux.

c. Élie s'efforce d'énoncer clairement les options offertes au peuple qui hésite entre le culte du Seigneur Dieu et de Baal.

3 La meilleure conclusion de l'épisode Seigneur Dieu/Baal à tirer de 1 Rois 18,36-40 est:

a. Élie réussit à convertir le peuple au culte du Seigneur Dieu d'Israël.

b. Élie démontre qu'il est un vrai prophète d'Israël.

c. Élie exprime la colère de Dieu en faisant tuer les prophètes de Baal.

d. Élie démontre la supériorité du Seigneur Dieu d'Israël sur Baal.

4. La signification du voyage d'Élie à l'Horeb (Sinat), la montagne de Dieu, est qu'un authentique prophète d'Israël:

a. doit être prudent en évitant les situations qui menacent sa vie et par suite sa vocation.

b. doit essayer d'imiter Moïse et l'expérience qu'il a eue du Seigneur, Dieu d'Israël.

c. doit retourner à la source de la foi et de la vie du peuple - l'Alliance de Dieu avec Moïse.

d. doit essayer d'avoir une expérience de Dieu analogue à celle de Moïse sur la montagne.

5 Quel est l'enseignement principal sur le prophétisme à tirer du passage qui dit que le Seigneur Dieu est présent dans "le bruit d'une brise légère"?

a. Le message de Dieu se révélera aux prophètes dans le calme de la méditation sur les sources de la foi - l'Alliance de Dieu avec Moïse.

b. Le message de Dieu sera établi par l'intermédiaire des prophètes qui méditent sur les événements contemporains et historiques à la lumière de la foi traditionnelle du peuple.

c. Dieu continuera à intervenir de façon spectaculaire dans la vie du peuple pour soutenir les revendications de ses prophètes.

d. Dieu cachera son message et sa volonté dans les événements ordinaires de l'histoire.

2 Amos

Objectif Analyser des passages choisis dans le livre d'Amos.

Vocation et Message

Le premier verset du livre d'Amos nous donne le nom, la profession, le lieu d'origine du prophète et la période pendant laquelle il a accompli sa mission. Le second verset donne le ton du livre.

Lecture Amos 1,1-2

Commentaire

Amos est un berger. Le terme ne signifie pas nécessairement qu'il était pauvre, ou qu'il était simplement un gardien de troupeau à la journée. Le terme pouvait vouloir dire quelqu'un qui élève des moutons. En 7,14, Amos nous dit qu'il s'occupait aussi d'arbres fruitiers. D'après la qualité de sa poésie et sa maîtrise des mots, il semblerait qu'il était instruit ou particulièrement doué. Quelle que soit son éducation, il est clair que c'est un "profane" qui n'a pas reçu une formation de prophète. Amos est de Tekoa, ville située à une dizaine de miles au sud de Jérusalem, dans une région plutôt désolée et accidentée.

Les visions qu'a eues Amos sont voisines de ce que nous appellerions des "intuitions". Les intuitions d'Amos viennent du Seigneur, mais elles pourraient naître en examinant en profondeur les choses les plus ordinaires, une nuée de sauterelles, un niveau à plomb, un panier de fruits mûrs (7,1-9; 8,1-3). Le Seigneur lui a ouvert les yeux pour qu'il voie ce qui arrive réellement dans l'histoire.

Amos, l'homme de Juda, est appelé à prophétiser dans le royaume du nord, Israël. Puisque les deux royaumes prétendaient partager la même foi, proclamer le même Seigneur, il n'y avait rien d'extraordinaire à ce qu'un prédicateur originaire du sud aille dans le nord, ou vice-versa. Nous verrons plus loin dans le livre, toutefois, qu'Amos n'était pas bien reçu dans le nord, du moins pas par tous.

Amos va dans le nord pendant le règne de Jéroboam II (783 - 743). Il semble qu'Amos n'y soit pas resté longtemps, probablement pas beaucoup plus d'un an. Il a très vraisemblablement été expulsé et renvoyé en Juda. On date habituellement ses prophéties de l'année 750 av. J.C. C'était à l'apogée de la prospérité du royaume du nord. Les gens se sentaient en sécurité parce qu'ils étaient certains que les grandes puissances, l'Égypte et l'Assyrie, n'étaient absolument pas en mesure de leur nuire. Ils avaient raison à propos de l'Égypte, qui était faible et ne récupérerait jamais son ancienne puissance. Ils se trompaient à propos de l'Assyrie, mais Amos semblait être le seul à s'en rendre compte.

Nous n'avons aucun détail sur la vocation d'Amos. On nous dit simplement qu'il a senti le Seigneur lui dire "va, prophétise à mon peuple Israël" (7,15). En 1,2 et en 3,3-8, nous saisissons en partie la façon dont il a fait l'expérience de sa vocation. C'était comme un rugissement puissant, le fracas du tonnerre émanant du Seigneur dans le Temple de Jérusalem (Sion), qui s'est répandu des pâturages du sud au mont Carmel au nord (1,2), accompagné de gémissements et d'un dessèchement dû à la peur. La voix du Seigneur fait naître en Amos le même sentiment d'effroi et de terreur qu'éprouve un berger lors qu'il entend le rugissement d'un lion. Amos ne peut qu'annoncer ce qu'il entend le Seigneur dire (3,3-8).

En 1,3 - 2,16, nous avons une série de poèmes qui expriment le jugement de Dieu contre les nations entourant le peuple de Dieu. Cette série atteint son point culminant avec l'oracle contre Israël. En lisant les sept premiers oracles, il serait très utile que vous prêtiez une attention spéciale aux "parce que"; ils indiquent la ou les raisons pour lesquelles la nation est condamnée.

Note: Les poèmes sur Tyr (1,9-10) et Édom (1,11-12) sont probablement l'œuvre de disciples qui ont appliqué le style et le message d'Amos à d'autres nations coupables. L'oracle contre Juda (2,4-5) reflète la pensée des éditeurs. Ils se servent de ce poème pour faire comprendre que le peuple de Dieu est jugé d'après un critère différent du critère sur lequel sont jugées les nations.

Lecture Amos 1,3 - 2,4

Commentaire

Amos emploie une expression numérique, "trois...quatre" pour faire ressortir qu'il s'agit de beaucoup, beaucoup de crimes, mais qu'il n'en retient qu'un. Il est clair qu'Amos croit que le Seigneur est le Dieu de toutes les nations et qu'il demandera compte de leurs actions à toutes les nations. Les nations sont jugées d'après le critère de ce qu'elles devraient reconnaître elles-mêmes comme une conduite humaine. Les crimes hideux qu'elles ont commis les unes contre les autres seront punis. Les guerres cruelles (1,3c), la vente des populations comme esclaves (1,6c), le massacre de femmes enceintes afin d'étendre leurs territoires (1,13cd) et le fait de s'être livré à d'ignobles pratiques sur le corps d'un roi, autant d'exemples de violations de ce qui pourrait s'appeler "la loi naturelle". Les nations qui ont une telle conduite n'échapperont pas au châtiment qu'elles méritent.

Quand on en arrive au peuple de Dieu, les critères sont plus élevés, plus est exigé de lui. Dans l'oracle contre Juda, les éditeurs indiquent clairement que Juda (et Israël) doit être jugé en fonction de la Loi du Seigneur (2,4c).

L'oracle final, celui qui s'adresse à Israël, est catégorique en tout. Amos rompt avec la forme et la structure poétiques des brefs oracles précédents contre les nations. La forme éclate - quatre phrases en parce que; les images s'empilent les unes sur les autres pour former un verdict solidement construit (2,6-8). Il passe ensuite à l'énumération des gestes de Dieu dans l'histoire et à la réponse d'Israël (2,9-12). Finalement, il donne la sentence qu'Israël recevra (2,13-16).

Lecture Amos 2,6-16

Notes: "Vendre une personne â prix d'argent": d'injustes cours causaient la vente d'innocents comme esclaves pour payer des dettes qui n'étaient probablement pas à eux. Les "sandales" étaient employées symboliquement dans les transferts de droits de propriété sur une terre (Ruth 4,7-8). Amos fait allusion à des transactions de terres malhonnêtes dans lesquelles les riches prenaient possession de la terre des faibles. Les "nazirs" étaient des gens qui faisaient vœu de s'abstenir de boissons alcooliques et de ne pas se couper les cheveux, voeux qui étaient généralement respectés et pris très au sérieux.

Commentaire

Les tribunaux étaient contrôlés par les riches qui manipulaient la justice à leurs propres fins, faisant réduire en esclavage des innocents et les dépossédant de leurs terres - le tout derrière la façade de la légalité. La justice est la préoccupation primordiale d'Amos, surtout la justice rendue aux pauvres (Ex 23,6-8). Aux vv.7-8, Amos combine l'injustice, la perversité et l'idolâtrie: les rites de fertilité avec leurs banquets étaient financés par les revenus provenant d'amendes et de cautions illégales.

Le prophète leur rappelle ensuite les choses que le Seigneur a faites pour eux dans l'histoire: il leur a donné le pays dans lequel ils vivent après les avoir fait sortir d'Égypte et avoir pris soin d'eux dans le désert. Il leur a donné des prophètes pour garder sa parole vivante au milieu d'eux, des nazirs pour être des signes de fidélité au milieu d'eux, mais ils ont perverti ces deux dons et n'ont aucune gratitude pour le reste des actions de Dieu (vv.9-12). Un châtiment sévère s'abattra sur eux, châtiment auquel ils ne seront pas capables d'échapper (vv.13-16).

Si nous nous donnons le temps "d'écouter" entre les lignes, nous pourrons entendre les gens rire et se moquer d'Amos: "Il est fou, nous n'avons jamais eu la vie si belle. Le Seigneur nous aime et nous rend prospères. Nous sommes son peuple qu'il a choisi de préférence à toutes les autres nations. Il ne nous traitera pas sévèrement. C'est un Dieu qui pardonne..." Amos sait qu'ils pensent et agissent comme des gens certains qu'ils sont privilégiés de Dieu et que Dieu ne les traitera jamais sévèrement. Pour eux, Dieu est comme un papa-gâteau, plus intéressé à recevoir l'affection de ses enfants qu'à risquer de leur déplaire en leur infligeant le châtiment qu'ils méritent et dont ils ont besoin. Amas s'adresse à "toute la famille", c'est-à-dire toutes les tribus du nord et du sud, et leur dit ce que cela veut vraiment dire d'être choisis et préférés de Dieu.

Lecture Amos 3,1-2

Commentaire

Rappelant le grand geste de salut de l'Exode et reconnaissant que Dieu a en effet choisi ce peuple pour se l'attacher, Amos exprime sans ménagement la responsabilité qui incombe au peuple par suite de ce choix de Dieu. Ayant fait l'objet de faveurs spéciales bien au-delà de toutes les autres nations, il sera puni avec une sévérité spéciale: On demandera davantage à ceux qui ont beaucoup reçu. Dieu ne gâte pas ses enfants.

Dans les passages lus jusqu'ici, Amos n'a pas indiqué clairement quelle forme prendrait ce châtiment. Dans le passage suivant, celui que vous analyserez dans l'exercice, Amos commence à clarifier les choses.

Exercice pratique

6 Lire Amos 3,9-12 et répondre aux questions suivantes:

a.Qui sera le plus touché par le châtiment?

b.Pourquoi ce châtiment s'abat-il sur eux?

c.Quelle forme prendra le châtiment?

d.Quelle sera l'ampleur du châtiment?

Note: Pour comprendre l'image du berger, lire Ex 22,12.

Amos poursuit ses prophéties en indiquant encore plus clairement ce que le châtiment entraînera: Béthel, le sanctuaire national, sera détruite, les extravagantes maisons d'été et d'hiver seront jetées à terre (3,14-15). C'est le Seigneur, Dieu Sabaot, qui fera cela.

Note: Le mot "sabaot" désigne littéralement une armée prête au combat. Comme titre pour Dieu, cela remonte probablement aux temps où l'Arche d'Alliance était emmenée au combat avec les armées du peuple de Dieu. Il pourrait également désigner Dieu comme le chef des armées célestes, les étoiles ou les créatures célestes étant vues comme les immenses armées de Dieu. En tout cas, Dieu Sabaot est un titre qui souligne la force et la puissance extrêmes de Dieu.

En général, les prophètes ne font pas de distinction entre les hommes et les femmes dans leurs oracles. Amos et Isaïe font exception. Dans le passage suivant, Amos emploie son langage le plus cru et le plus amer pour s'adresser aux riches femmes de Samarie. Dans la Bible, les grandes dames sont présentées comme ressemblant beaucoup à Dieu, comme étant le soutien des pauvres. Quand elles louent Dieu, c'est en tant que défenseur de ceux qui sont sans défense qu'elles le louent (Miryam, Ex 15; Débora, Jg 5; Anne, 1 Sm 2; Marie, Lc 1,46-55). Pour Amos, les femmes auxquelles il s'adresse, ont perdu toute trace de préoccupation pour la justice et pour les pauvres; elles sont perverses.

Lecture Amos 4,1-3

Note: Bashân était une région de riches pâturages, célèbre pour son bétail énorme et gras. Voir Ps 22,12.

Commentaire

L'image des vaches est maintenue d'un bout à l'autre du poème: les femmes de l'aristocratie de Samarie connaîtront le destin réservé aux bêtes grasses - l'abattoir. (Les versets 2 et 3 comportent des mots très difficiles en hébreu. La traduction de ces versets varie considérablement.)

Les riches estiment qu'ils peuvent se gagner la faveur de Dieu par des actes liturgiques. En fait, ils estiment être les mieux placés pour satisfaire totalement aux exigences du véritable culte. Ils peuvent se permettre les sacrifices coûteux et les dîmes qu'exige le culte dans les sanctuaires. Ils peuvent même se permettre d'offrir plus de sacrifices que ne l'exige le culte aux sanctuaires de Béthel et de Gilgal.

Lecture Amos 4,4-5

Commentaire

Amos condamne le culte qu'ils rendent et les traite de pécheurs et de mauvais. La liturgie est quelque chose qu'ils aiment, qui leur donne une impression de satisfaction personnelle: "puisque vous aimez cela" dit Amos, mais ce n'est pas ce que le Seigneur aime.

Les prophéties continuent avec une triste et sombre liste des catastrophes qui ont affligé le pays (4,6-12) et dont aucune n'a jamais fait réfléchir les riches, ne les a jamais fait revenir à la raison: "et vous n'êtes pas revenus à moi." Les famines, les fléaux, les tremblements de terre n'ont jamais touché les riches; ils avaient assez de provisions pour s'en sortir et leurs maisons étaient assez solides pour résister au choc. Rien ne les a touchés. Amos les avertit maintenant: "Préparez-vous à rencontrer votre Dieu" (4,12).

Amos entonne une lamentation, un chant funèbre sur le destin du royaume du nord (5,1-3). La nation mourra sans jamais atteindre la plénitude que Dieu lui réservait, comme une vierge qui meurt sans connaître la consommation du mariage auquel elle était destinée. Ses armées seront décimées et elle sera abandonnée, sans personne pour s'occuper d'elle comme elle ne s'est occupée de personne.

Malgré le terrible avenir qu'il est en train d'annoncer, Amos, comme tous les prophètes, propose une façon de s'en sortir.

Exercice pratique

7 Lire Amos 5,4-6 et répondre aux questions suivantes:

a.Qu'est-ce qui fait la renommée de Béthel, Gilgal et Bersabée?

b.Que représente la maison de Joseph?

c.Que veut dire "ne cherchez pas Béthel"?

d.Qu'est-ce que "cherchez-moi (le Seigneur)" veut dire? Note: essayez de résister à la tentation de simplement citer les notes de votre Bible, s'il y en a. Essayez plutôt de vous baser sur ce que vous avez appris sur Amos. Mettez-vous à sa place et écrivez ce que vous pensez qu'il voulait dire en disant "cherchez le Seigneur".

e.Y a-t-il une espérance dans ce passage?

Contre une théologie de l'aristocratie

La religion était encore à la mode du temps d'Amos. Les riches jugeaient important de prendre part à la liturgie et de soutenir les sanctuaires par des dons généreux (4,4). Les sanctuaires, spécialement Béthel, prospéraient et les prêtres prospéraient en même temps que leurs sanctuaires. Petit à petit, les prêtres, appelés à rappeler l'histoire du peuple et à proclamer la Loi, ajustèrent leurs sermons et leurs cérémonies pour qu'ils conviennent à ceux qui les soutenaient.

Dans les passages que nous allons étudier, Amos ne s'attaque pas à un culte faux ou à l'hérésie. Il critique sévèrement l'interprétation de la théologie orthodoxe traditionnelle que prêchent les prêtres (et les prophètes) et que leurs assemblées de fidèles aiment entendre. Il ne faut pas penser que ces prêtres étaient des hommes sciemment mauvais, qui faussaient le message authentique de la foi. Il semblerait plutôt qu'ils croyaient que la liturgie devrait être belle et qu'une bonne prédication devrait être populaire auprès du peuple et acceptable. Les foules qui se pressaient dans leurs sanctuaires étaient composées des gens les plus respectables et les plus influents du pays; qu'avaient-ils besoin d'autres preuves de la réussite de leur ministère?

Un par un, Amos prend les sujets les plus populaires de l'enseignement traditionnel solide et il montre ce que veulent vraiment dire ces réalités pour des gens dont la vie est fondée sur l'injustice.

Le peuple croyait traditionnellement que le Seigneur était présent en lui, dans les sanctuaires et dans le pays. Ceux qui allaient aux sanctuaires s'attendaient à ce que cet enseignement soit renforcé et les console. Dans la liturgie, ils se sentaient paisiblement acceptés par le Seigneur et pensaient "Dieu doit approuver notre conduite puisque nous approuvons la sienne et que nous lui montrons un grand respect". Le passage suivant illustre la pensée d'Amos sur ce que la présence de Dieu veut réellement dire pour ces gens-là.

Lecture Amos 5,14-17

Commentaire

A moins qu'ils ne fondent leur vie sur la justice, la présence de Dieu sera pour eux un désastre. Quand Dieu va "passer au milieu d'eux", il apportera la catastrophe.

Un autre sujet d'enseignement très à la mode était "le Jour du Seigneur". Cette expression apparaît ici pour la première fois. Il paraît qu'elle se basait sur des idées tirées de l'Exode et des batailles des premiers temps de leur histoire où le Seigneur était considéré comme combattant aux côtés du peuple et pour lui. Le Jour du Seigneur était le jour où le Seigneur vainquait ses ennemis. Pour le peuple, le Jour du Seigneur était maintenant le jour où le Seigneur détruirait tous les ennemis du peuple. Les riches attendaient le Jour du Seigneur avec impatience, parce qu'ils ne rencontreraient plus alors d'opposition de la part de personne.

Lecture Amos 5,18-20

Commentaire

Amos fait encore allusion au Jour du Seigneur. en 8,9-10, lorsqu'il y ajoute les images du désastre cosmique que beaucoup d'autres prophètes utiliseront plus tard.

Amos s'en prend maintenant au culte liturgique du Seigneur. Les gens de ce temps-là croyaient fermement que tout le système du culte liturgique avec ses sacrifices, ses rituels et ses fêtes était indiscutablement la volonté de Dieu. Le passage que vous allez analyser donne l'avis d'Amos sur la question.

Exercice pratique

8. Lire Amos 5,21-27 et répondre aux questions suivantes. (Dans les réponses, ne pas tenir

compte du v.26. L'hébreu de ce verset n'est pas clair. Puisque les traducteurs ne s'accordent pas sur son sens, mieux vaut l'éviter ici.)

a.A qui un sacrifice est-il offert?

b.Quelle est la seule condition qui rendrait le culte acceptable?

c.Quand, selon le v.25, Israël a-t-il commencé d'offrir les sacrifices que l'on offre maintenant?

d.Quelle précision est donnée ici sur le châtiment qui approche?

Les paroles violentes qu'Amos utilise pour exprimer le dégoût de Dieu à la vue des offrandes des fidèles étaient destinées à choquer et à réveiller. Il est probable qu'Amos les a prononcées à Béthel, peut-être même dans le sanctuaire pendant le culte. (Les prophètes étaient souvent autorisés à prendre la parole pendant le culte.)

La foi traditionnelle du peuple maintenait que Dieu avait promis de faire des descendants d'Abraham, Isaac et Jacob une grande nation (Gn 12,1-4). Israël était devenu "une grande nation" et était donc béni de Dieu. De toute évidence, la richesse et le prestige d'Israël apparaissaient comme la réalisation des promesses faites aux ancêtres. Amos voit les choses différemment.

Lecture Amos 6,1-7

Note: Le v.2 est presque incompréhensible en hébreu. Le passage a du sens sans en tenir compte.

Commentaire

Les riches offrent des bêtes grasses à la fois à Dieu (5,22) et à eux-mêmes (6,4); ils chantent et jouent de la musique avec enthousiasme pour le Seigneur (5,23) et pour eux-mêmes (6,5). Le Seigneur est aussi dégoûté de leur style de grandeur que de leur liturgie. Le luxe de leur vie leur a donné une peau dure, incapable de sentir la ruine qu'ils sont en train d'attirer sur le pays. Par la dureté de ses paroles, Amos veut leur arracher la peau endurcie de leur sécurité pour qu'ils sentent ce qui arrive réellement.

Le royaume du nord avait une dévotion spéciale à l'Exode. Ils y voyaient la faveur spéciale de Dieu pour eux. L'Exode y était proclamé et célébré dans les sanctuaires et peut-être aussi à la Pâque célébrée dans les maisons de certains. Il semblerait, cependant, que l'Exode ait été interprété de façon qui justifia la vie des riches dans le royaume.

Lecture Amos 9,7-8b

Commentaire

Amos dit que l'Exode lui-même n'est rien du tout. Toutes sortes de nations ont eu leur "exode" d'un endroit à un autre. Puisque le Seigneur est le Dieu de toutes les nations, c'est lui qui les a toutes amenées dans le pays qu'elles occupent. Qu'est-ce que l'Exode d'Israël a de si spécial? Rien, en lui-même. L'Exode était un événement qu'il fallait interpréter à la lumière de l'Alliance vers laquelle il était orienté. Séparer l'Exode des obligations de la Loi de l'Alliance, c'était fausser les fins pour lesquelles Dieu avait délivré Israël d'Égypte. Il les en avait fait sortir pour en faire une société nouvelle dans laquelle l'oppression de l'Égypte n'existerait plus. Et maintenant, à l'intérieur de son peuple, il y a de l'oppression. Aussi Dieu fera-t-il aux oppresseurs qui se trouvent dans son peuple ce qu'il a fait aux oppresseurs en Égypte.

Lecture Amos 9,8c-10

Commentaire

Amos précise nettement que le châtiment à venir touchera les coupables ("les pécheurs" v.10), c'est-à-dire les riches. Amos sait que les envahisseurs n'ont pas généralement l'habitude de piller les huttes et les taudis des pauvres, mais les trésors des palais (3,11). Amos sait aussi que la politique des Assyriens est de déporter les peuples conquis dans d'autres parties de leur empire et que ces déportations affectent surtout les classes dirigeantes. Les pauvres ne seraient pas touchés de la même façon. Amos ne dit pas que le sort des pauvres s'améliorera ; la misère est la misère avec ou sans envahisseurs.

A un moment de son ministère, Amos a eu une confrontation avec le chef des prêtres de Béthel. Cet incident a été considéré assez important pour être conservé- par les disciples d'Amos et par le peuple. Il est très possible que cet affrontement ait mis fin au travail d'Amos dans le royaume du nord.

Exercice pratique

9 Lire Amos 7,10-17 et répondre aux questions suivantes:

Note: Lire toutes les questions avant de répondre à la première.

a.Envers qui Amasias est-il loyal?

b.Comment Amasias décrit-il le sanctuaire au service duquel il est?

c.Qu'accuse-t-il Amos de faire?

d.Qu'accuse-t-il Amos d'être?

e.Quelle est la réponse d'Amos à cette dernière accusation?

f.Comment Amos décrit-il sa vocation?

g.Est-ce qu'Amos se rétracte ou change son message?

Le livre d'Amos se termine par un ajout des éditeurs. Ce passage plus encourageant (9,11-15) présume que Jérusalem a été détruite et que la lignée royale de David n'était pas sûre ("branlante", v.11). Le passage reflète les espérances de la communauté judéenne d'une époque ultérieure. La prophétie dissipe la tristesse accablante du message d'Amos et met à jour ses prophéties à la suite de développements qui se sont produits chez d'autres prophètes.

3 Osée

Objectif Analyser des passages choisis tirés du livre d'Osée.

Le ministère d'Osée s'est étendu sur une période d'environ 26 ans (v.750-724) en Israël. Il commença pendant le règne de Jéroboam Il où Amos parlait et se prolongea sous le règne de six autres rois, dont quatre furent assassinés. La violence de l'époque était due, en grande partie, à l'essor de l'Assyrie.

En 745, Téglat-Phalasar III (appelé Pul dans la Bible, 2 R 15,19) devint roi d'Assyrie, dont ce fut un des souverains les plus puissants et les plus agressifs. En 738, il força les petits royaumes, y compris Israël, à lui payer tribut. Quelques années plus tard, Israël refusa de payer le tribut.

Israël s'unit aux royaumes voisins dans l'espoir de former une coalition assez forte pour résister à l'Assyrie. Juda ne voulait pas se joindre à cette coalition, aussi Israël et ses alliés attaquèrent-ils Juda. Le roi de Juda fit appel aux Assyriens, trop contents de venir à son secours. Les Assyriens attaquèrent Israël, conquérant ses territoires du nord et déportant une partie de la population. Un Israélite appelé Osée (le même nom que le prophète) tua le roi d'Israël, paya tribut aux Assyriens qui rappelèrent leurs troupes et lui permirent d'être leur roi-vassal.

Le roi Osée paya le tribut jusqu'à la mort de Téglat-Phalasar (727). Pensant que l'empire assyrien serait bouleversé, le roi d'Israël refusa de payer tribut. Le nouveau roi d'Assyrie, Salmanasar V, n'était pas un faible. En 724, il envahit Israël, vainquit ses armées et emmena en exil le roi Osée. C'est cette période de l'histoire d'Israël que reflètent les prophéties d'Osée.

Pour comprendre le prophète, il n'est pas nécessaire de se rappeler tous les détails de la période. Il suffit de savoir que, durant son ministère, surtout vers la fin, Osée connut la menace assyrienne; les Assyriens envahirent deux fois le pays de son vivant. Ils causèrent la formation de factions en Israël, les pro-Assyriens et les pro-Égyptiens. Ces factions se combattaient et elles assassinèrent quatre rois en onze ans.

L'Alliance

Osée est l'héritier de l'œuvre d'Élie; ils montrent la même préoccupation pour l'authenticité du culte du Seigneur, la même sensibilité pour les empiétements sur la pureté de la foi. Tandis qu'Osée et Amos prophétisaient à la même époque, voyaient les mêmes choses arriver, les deux prophètes n'interprétaient pas la situation exactement de la même façon. L'inspiration que Dieu leur donnait œuvrait à travers les caractéristiques distinctes de chaque homme. En Amos, Dieu œuvrait par la sensibilité du prophète à l'oppression des pauvres. Amos avait la passion de Dieu pour la justice. En Osée, Dieu œuvrait par la sensibilité du prophète à l'amour. Osée découvrit Dieu et sa volonté en faisant la pénible expérience de l'amour rejeté.

Lecture Osée 1,2-9

Note: Il est vain d'essayer de reconstituer l'histoire personnelle d'Osée à partir de ce passage. C'est l'oeuvre d'un éditeur ultérieur qui vit le mariage malheureux d'Osée comme voulu par Dieu dès le début. Il suffira de dire qu'Osée est tombé amoureux d'une femme qu'il a épousée et que celle-ci lui était, ou lui est devenue, publiquement infidèle.

Commentaire

La pénible expérience d'un mariage qui échouait devint l'instrument de la révélation. L'amour qu'Osée éprouvait pour sa femme devint une image de l'amour de Dieu pour son peuple; l'infidélité de la femme d'Osée, une image de la rébellion d'Israël. L'angoisse d'Osée était comme l'angoisse de Dieu devant la trahison de son épouse, Israël. A son mariage, Osée avait dit à Gomer: "Tu seras ma femme", et elle avait dit: "Tu seras mon mari". Pour Osée, le mariage était une image de l'Alliance entre Dieu et son peuple. Dans l'Alliance, Dieu avait dit: "Tu seras mon peuple" et Israël avait dit: "Tu seras mon Dieu". L'histoire de l'Alliance était, pour Osée, semblable à l'histoire de son mariage - un amour rejeté à maintes reprises.

Osée donna des noms symboliques aux enfants nés de Gomer: "Yizréel" rappelait l'endroit où Jéhu, le fondateur de la dynastie du roi régnant (Jéroboam II), avait impitoyablement massacré tous ses opposants (2 R 9-10); "Non-Aimée" évoque la mort de l'amour qui existait jadis entre Dieu et son peuple; "Pas-Mon-Peuple" est symbolique du divorce, la fin du mariage de l'Alliance.

Il y a, outre son expérience personnelle, une autre explication à l'interprétation par Osée de la relation entre Dieu et le peuple comme la relation entre mari et femme, et c'est les cultes de fertilité cananéens. Baal était vu comme le principe mâle dans la nature; il venait à cheval sur les nuages de tempête, apportant la pluie qui fertilisait la terre, produisant tout ce qui pousse: le blé, l'huile, le lin et le vin. La liturgie cananéenne comprenait des rituels de magie bienveillante, imitant les rapports de Baal avec la terre. Le culte de Baal, avec ses promesses de prospérité, était très attirant pour beaucoup, surtout pour ceux qui tentaient de s'emparer de la richesse, ou qui l'avaient et voulaient la conserver. C'étaient les mêmes probablement qui adoraient aussi bien le Seigneur Dieu ou, pire encore, confondaient Baal et le Seigneur.

Le passage suivant est une déclaration passionnée visant à montrer clairement que c'est le Seigneur, et non Baal, qui subvient aux besoins de son peuple.

Lecture Osée 2,4-7; 10-15

Note: Les versets ont été regroupés différemment dans certaines traductions.

Commentaire

Le Seigneur abandonnera son épouse; elle découvrira que Baal ne veille pas sur elle, parce qu'il ne l'a jamais fait. Cependant, le rejet de son épouse par le Seigneur vise un but.

Lecture Osée 2,8-9

Commentaire

Le "divorce" n'est que pour ramener le peuple à la raison. Le Seigneur espère qu'Israël, ainsi abandonné, se rendra compte que les Baals, ses amants, ne subviennent pas à ses besoins et qu'il serait mieux avec le vrai Dieu, qui est comme un époux.

Exercice pratique

10 Sur Osée 2,16-25:

a.Que fera Dieu après la période de séparation (vv.16-17ab)? (Akor veut dire malheur.)

b.Comment répondra Israël (v.17cd)?

c.Indiquer les allusions à l'Alliance dans les vv.18 et 25cd.

d.Montrer comment le verset 20 exprime la "grande harmonie" que le renouvellement de l'Alliance (mariage) apportera.

e.Le nouveau mariage (Alliance) conduira-t-il à nouveau au divorce (v.21a)? (Limiter votre réponse au v.21a. Les paroles spéciales de 21bc seront expliquées plus tard dans le commentaire.)

Le chapitre 3 fait le récit de la prière qu'Osée fait à sa femme pour qu'elle revienne à lui et explique le symbolisme de mariage-séparation-réunion. (Le v.5 est probablement un ajout d'un disciple ou d'un éditeur ultérieur, qui dit clairement que l'espérance réelle pour l'avenir d'Israël réside en Juda et dans la lignée davidique.)

La connaissance de Dieu

Osée, comme Amos, voyait les injustices, la duplicité, la violence et la cruauté qui étaient si courantes dans le peuple. Cependant Osée voyait que quelque chose de plus que la justice manquait au peuple. Dans le texte suivant, il prononce les accusations du Seigneur contre le peuple; y sont énumérés les crimes commis comme la vertu qui fait défaut au peuple.

Lecture Osée 4,1-3

Commentaire

"Il n'y a pas de fidélité." La vertu de son Dieu manque au peuple. Ètre fidèle, c'est être digne de confiance, logique, vrai. Une personne fidèle est quelqu'un qui tient sa parole, qui tient les promesses qu'il a faites. On ne peut pas se fier au peuple, il ne respecte pas la parole qui a été donnée dans l'Alliance. Il n'observe pas les commandements de la Loi; parjure, mensonges, vol, adultère emplissent le pays. Dieu n'a pas confiance en lui, et ils n'ont aucune confiance mutuelle. Il n'y a pas de fidélité.

"Pas de tendresse." L'hébreu est hesed qui est presque impossible à traduire. Il exprime d'abord l'idée d'un lien entre deux parties, établi librement. C'est un lien, un engagement (dans le cadre d'une alliance, d'un mariage) qui doit engendrer l'amitié, l'affection, le désir d'être unis. La hesed exprime l'idéal auquel sont censées atteindre les relations d'alliance. Entre mari et femme, cette hesed est la fidélité qui devient confiance mutuelle, tendresse, tendre admiration. Entre le Seigneur et son peuple, la hesed devrait atteindre à de tels sommets; le peuple devrait éprouver une admiration tendre, chaleureuse, un amour fidèle et affectueux. Mais cette hesed pour Dieu était censée déborder dans les relations humaines du peuple. Le fait que la hesed n'existe pas au sein du peuple prouve qu'il n'en a aucune pour Dieu. Hesed est traduit de diverses façons, par miséricorde, amour, amour fidèle, sollicitude, tendresse, loyauté, etc.


Continue reading this ebook at Smashwords.
Download this book for your ebook reader.
(Pages 1-34 show above.)