Excerpt for Passion Flora by , available in its entirety at Smashwords

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Linda Saint Jalmes



















Passion Flora





















Nouvelle érotique













© Linda Saint Jalmes

© CopyrightDepot.com 2013



Tous droits réservés y compris les droits

de reproduction en totalité ou en partie.

© Illustration de couverture : Martine Provost

© Photographes : Irina Kharchenko et alexiaKhruscheva

































« Réaliser la représentation de l'irreprésentable,

voir l'invisible, toucher et percevoir

l'impalpable. »



Novalis 1772-1801



































1

Flora





Bibury, Angleterre, juin 1718



— Margareth, pour l'amour du ciel, cesse de t'agiter ainsi autour de moi ! pesta Flora entre ses dents. Je suis aveugle et pas sourde, bien au contraire !

Flora veuve Hammon, était assise dans le petit salon de son cottage de Bibury, alors que son amie d'enfance s'activait au rangement de la maison.

— Et toi, arrête de retourner le couteau dans la plaie. Je sais que tu as perdu la vue, et je mets tout en œuvre pour rendre ton existence plus agréable.

— Plus agréable, grinça amèrement Flora, ses beaux yeux noisette se posant sur le vide et l'obscurité omniprésents. Ce qui aurait été charitable, plutôt, répéta-t-elle sur le même ton, aurait été que je trépasse sous les coups de sabots du cheval fou, et non que je... survive. Tu n'as déjà pas assez de temps pour toi et les tiens, pour venir t'occuper du fardeau que je suis !

— Dieu nous a fait l'immense joie de t'épargner, et je l'en remercie tous les jours depuis ton accident. Je ne veux plus t'entendre proférer de tels mots et te voir t'apitoyer sur ton sort, gronda Margareth en finissant de ramasser les éclats d'un vase en porcelaine.

Flora serra douloureusement les dents pour retenir d'autres paroles blessantes. Margareth n'avait pas à subir son humeur massacrante, elle qui était toujours douce et prévenante.

Peut-être trop, et cette situation l'étouffait.

Laissant son amie collecter les derniers fragments de porcelaine, et les amonceler dans un seau – au vu du tintement sourd qui en résultait –, Flora se força à se retrancher dans le mutisme.

Seulement, qui disait silence disait également survenue des souvenirs... les plus beaux, comme les plus douloureux.

Les deux femmes – présentement âgées de vingt-trois ans – avaient connu une enfance heureuse et choyée dans leurs foyers respectifs. Elles n'avaient jamais manqué de rien, leurs familles gagnant assez pour subvenir à tous leurs besoins, en travaillant pour des nobles qui avaient fait fortune dans le tissage de la laine.

Le temps était passé, et l'année de leurs dix-huit ans, Flora épousait Jordsen Hammon, alerte et fringant lieutenant dans l'armée de Sa Majesté, tandis que Margareth convolait avec le tout aussi jeune vicaire anglican, Joshua Knocker.

Les deux couples s'étaient alors installés dans leurs propres cottages, celui de Flora à l'écart du village, et celui de Margareth au centre, attenant à l'église. L'avenir s'annonçait radieux et riche de tant de douces promesses.

Jusque-là, tout se déroulait bien.

Jusque-là également, les deux amies avaient eu un identique parcours de vie... Cependant, tout changea.

Brusquement.

Flora et Jordsen, à peine revenus de leur lune de miel, avaient dû se résoudre à se séparer, car le lieutenant était rappelé pour une mission urgente.

« Brièvement », lui avait-il assuré dans un fougueux baiser, avant de partir au triple galop vers son devoir d'officier.

Pour la première fois, Flora avait connu les affres de l'angoisse, de l'attente, et la douleur du chagrin quand il lui fut annoncé plus tard, par simple missive cachetée de cire, que son mari ne rentrerait pas : il était tombé avec honneur sur le champ de bataille.

Quel honneur y avait-il à mourir ? avait alors hurlé une voix déchirante dans l'esprit de Flora.

De rapatriement du corps, il n'y en eut pas, ni de stèle à fleurir dans le cimetière du borough de Bibury.

Néanmoins, il y avait eu la famille, les amis, Margareth attendant son premier enfant et son tendre époux. Tous présents pour soutenir la jeune veuve éplorée, au cœur et au ventre froids de vie.

Que serait devenue Flora sans eux ?

Qu'était-elle devenue sans eux... après ? Alors que l'épidémie de choléra avait frappé de plein fouet le comté du Gloucestershire, l'année 1716, et que les uns après les autres, elle les enterra... Adieu son père, sa mère, son frère et ses deux sœurs !

Flora n'avait plus été que le fantôme d'elle-même, une pauvre enveloppe errante que son amie d'enfance avait épaulée jusqu'à lui redonner assez de volonté et de rage pour vouloir continuer d'exister !

Margareth et les siens avaient heureusement été épargnés par la maladie, et par la suite, trois enfants naquirent de son union avec le vicaire. L'amour était toujours là, plus fort, pour la joie de Flora qui, loin d'être jalouse ou envieuse de Margareth, se reconstruisait auprès d'eux en réapprenant à percevoir les couleurs et la beauté du monde.

Pour subvenir à ses besoins, même si ses proches et son mari lui avaient laissé un confortable héritage, Flora avait continué de travailler au tissage de la laine pour le compte du jeune duc de Wharteston – noble influent du district, qu'elle n'avait jamais rencontré, mais dont elle connaissait les sulfureuses aventures de libertin.

Quant à ses quelques loisirs, c'était dans les jardins de son cottage que Flora aimait à les passer. Là, elle cultivait des légumes, des herbes aromatiques et des arbres fruitiers pour sa provende personnelle. À côté de ça, sous sa main verte, s'épanouissaient avec délices des prime-roses, des soucis, des bleuets, des campanules, des marguerites, et des roses anciennes qui, entrelacées avec le lierre, grimpaient joyeusement sur les murs aux pierres couleur miel du cottage. La profusion de pastels, ainsi que la fragrance que les fleurs et plantes dégageaient, étaient un baume pour son cœur et ses pensées. Dans cet endroit chaleureux, son sanctuaire, Flora s'épanouissait à nouveau.

Chaque soir, pour ne pas se retrouver seule avec ses souvenirs, elle avait pris l'habitude de faire une longue promenade sur les sentiers de la forêt de chênes qui encerclait Bibury... et ce fut lors d'une de ces balades, trois mois plus tôt, que son destin avait derechef basculé dans les ténèbres : alors que la nuit s'installait, et que Flora sortait des bois pour traverser la route menant au village, elle avait été victime d'un accident qui l'avait privée de la vue.

Sortant de ses songes douloureux pour revenir au présent, Flora capta les derniers mots de Margareth, encore des paroles sur la sagesse du Dieu tout puissant, et la colère submergea son esprit.

Que Margareth cesse de « Le » remercier, car Il lui avait tout pris ! Qu'elle renonce aussi à s'occuper d'elle !

Flora voulait que son amie s'en aille, qu'elle retourne vers les siens et la lumière, que Margareth la fuie ! Si elle demeurait, un malheur risquait d'advenir. Ne comprenait-elle pas que tous les êtres chers au cœur de Flora étaient voués à la mort ?

— Laisse tout ça, Margareth ! S'il te plaît, finit par soupirer Flora.

Elle entendit le bruissement du coton de sa robe quand elle se redressa, le tintement des éclats dans le seau lorsqu'elle se dirigea vers la cuisine, et... le silence.

Aurait-elle enfin abandonné la partie ?

— Je reviendrai ce soir, pour t'aider au coucher ! lança de loin la voix de Margareth, comme pour détromper les espoirs de Flora qui ne put s'empêcher de sourire devant son entêtement.

— Non, reste chez toi. Je me débrouillerai très bien. N'oublie pas que je connais ce cottage mieux que quiconque.

— Si parfaitement que tu brises les vases sur ton chemin ?

— Quand tu te décideras à ne plus en mettre un peu partout, et que j'aurai épuisé le stock de porcelaine, le problème ne se posera plus ! répondit Flora pince-sans-rire, touche d'humour qui rassura Margareth. C'est l'anniversaire de ta benjamine, reste avec elle et embrasse-la de ma part. Maintenant, va...

Flora perçut la seconde d'hésitation de son amie et serra un peu plus fort les accoudoirs en bois de son fauteuil.

— Bien... bon... à demain ! consentit-elle enfin, avant de lancer dans une sorte de chuchotement. Tu as encore de la visite ! Le laisseras-tu te parler un de ces jours ? Tout de même, il a constamment veillé sur toi et ton bien-être, tandis que tu étais alitée et dans le coma.


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