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Montée -Leçon 12 Les Prophètes au Pays de Juda (1)

par Marcel Gervais, archevêque émérite du diocèse d'Ottawa, Canada

Nihil obstat: Michael T. Ryan, B.A., M. A., Ph.D.

Imprimatur: + John M. Sherlock, évêque de London

London 31 Mars, 1980

Le contenu de ce livre a été publié la première fois en 1977 dans le cadre de la série Journey par les Programmes d'études de la foi catholique et est maintenant réédité en Smashwords par les Publications d'Emmaüs, Ottawa, ON, Canada sur Smashwords

Couverture:"Puis Amasias dit a Amos:'Va-t-en d'ici, voyant;fuis au pays de Juda; mange la ton pain et fais-y le prophète."(Amos 7,12)

© Programmes d'études de la foi catholique, une division du Centre international d'éducation religieuse 1977. Reproduction dans tout ou partie est interdite.



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Contenu

1 Isaïe

2 Michée

Corrigé des exercices pratiques

Test

Corrigé du test

Recommandations pour la réunion de groupe

A propos de l'auteur

Psaume 48

Ce cantique triomphal de louange se réjouit de la présence de Dieu à Jérusalem. Dieu défend sa ville; aucun ennemi ne peut la détruire. (Il y a probablement une évocation de Jérusalem qui a échappé à l'attaque de Sennachérib en 701 av. J.C. aux versets 4-7.) Le Temple, symbole de la présence du Seigneur, est le lieu où est évoqué son amour et où lui sont adressées les louanges. Jérusalem est splendide parce que Dieu y est (vv.12-14). Ce psaume reflète la pensée d'Isaïe et sert de base à une partie de la théologie de l'Église. Comme Jérusalem, l'Église peut résister à n'importe quel ennemi (voir Mt 16,18-20) parce que le Seigneur est avec elle jusqu'à la fin des temps (Mt 28,20).

Objectif de la leçon Analyser des passages choisis tirés des livres d'Isaïe et de Michée.

Note: Les objectifs généraux des leçons 11 à 15 s'appliquent ici. Voir la fin de l'Introduction à la 11e leçon.

Contexte historique

Quatre des plus grands prophètes que Dieu a suscités dans son peuple ont vécu et prophétise à la même époque de l'histoire: Amos, Osée, Isaïe et Michée ont tous été appelés entre 750 et 740 av. J.C. Leurs prophéties indiquent que ces hommes ont ressenti beaucoup de choses semblables et ont adressé, chacun à sa façon, des messages analogues au peuple. Ils ont connu la même période terrible de l'histoire.

Isaïe et Michée eurent tous les deux de longs ministères, probablement de 740 à environ 690 av. J.C. Une grande partie de ce qui a été dit à propos de l'histoire dans la 11e leçon s'applique à leur temps. Nous nous bornerons à résumer brièvement les événements majeurs.

L'attaque de la coalition israélo-syrienne contre Juda, qui eut lieu vers 734, a eu un très grand effet sur Isaïe surtout. Cela a fourni l'occasion de quelques-unes de ses plus puissantes prophéties. Les Assyriens étaient à l'attaque; Israël et la Syrie (Damas) voulaient forcer Juda à se joindre à leur coalition contre l'Assyrie. Achaz, le roi de Juda, refusa. Aussi les armées d'Israël et de la Syrie attaquèrent-elles Juda et y firent de grands dommages jusqu'à ce que Achaz fasse appel à l'Assyrie pour lui venir en aide contre son frère Israël et sa voisine la Syrie. Achaz paya tribut aux Assyriens. Les Assyriens vinrent à son secours. Ils triomphèrent de Damas et arrachèrent à Israël une grande partie du royaume. La mort, la destruction et la déportation furent pour le nord le résultat de l'appel au secours d'Achaz (2 R 16).

Isaïe a aussi vécu la période de la chute de Samarie (724-721). La nouvelle de cette défaite cruelle et totale du royaume frère emplit Juda d'une crainte horrifiante. Ses rois n'allaient pas se rebeller contre la domination assyrienne pour quelque temps (2 R 17,1-6).

Une vingtaine d'années plus tard, toutefois, la décision de se rebeller, de refuser de payer tribut sembla raisonnable à Ézéchias, le successeur d'Achaz. La force de l'Assyrie avait été sous-estimée; les troupes déferlèrent, dévastèrent Juda, prenant 46 villes et un certain nombre de villages. Les Assyriens, sous leur nouveau roi Sennachérib, vinrent jusque sous les murs de Jérusalem. Comment la destruction et la conquête de Jérusalem ont été évitées n'est pas clair. En tout cas, après avoir reçu le tribut d'Ézéchias, les Assyriens se retirèrent mystérieusement, laissant Jérusalem intacte. Cet événement a vite été taxé de miraculeux et il l'était. Cette attaque et Jérusalem épargnée ont eu lieu en 701 av. J.C. (2 R 18 & 19).

Ces trois événements, l'attaque de Juda par Israël et la Syrie, la chute de Samarie et l'attaque de Juda par les Assyriens avec la délivrance inattendue de Jérusalem sont les trois événements à vous rappeler pour interpréter beaucoup de passages des prophéties d'Isaïe et de Michée, son contemporain.

Exercice pratique

1.Indiquer si les affirmations suivantes sur la vie et l'époque d'Isaïe et de Michée sont vraies ou fausses:

a. Les ministères prophétiques d'Isaïe et de Michée durèrent approximativement 50 ans, de 740 à environ 690 av. J.C.

b. Israël et la Syrie formèrent une coalition pour se défendre contre l'Assyrie.

c. Achaz, roi de Juda, devant l'attaque de la Syrie et d'Israël, fit appel à l'Assyrie pour qu'elle lui vienne en aide.

d. L'appel au secours lancé par Achaz à l'Assyrie conduisit à la mort, à la destruction et à la déportation en Juda comme en Israël.

e. La chute de Samarie (724-721) n'eut aucun effet notable sur le royaume de Juda. En 701, le refus d'Ézéchias de payer tribut à l'Assyrie aboutit à la conquête et à la destruction de Jérusalem.

g. Le roi Sennachérib d'Assyrie, lorsqu'il attaqua Juda, prit 46 villes et un certain nombre de villages.

1 Isaïe

Objectif Analyser des passages choisis pris dans le prophète Isaïe.

Introduction

Avec Élie, nous avons vu le prophète retourner sur les lieux de la révélation initiale à Moïse, l'Horeb, la montagne de Dieu. Nous avons vu Amos insister sur les droits que l'ancienne Loi donnait aux pauvres et aux sans défense. Nous avons vu Osée faire un retour dans le passé pour fonder ses prophéties sur l'Alliance entre Dieu et son peuple. Les prophètes étaient tous essentiellement "conservateurs", le genre de conservateur qui va à la source et revient avec un message vibrant de nouveauté et qui montre comment ce qui est ancien s'applique à son temps. Les prophètes étaient des conservateurs radicaux.

Isaïe était un conservateur du type radical. Chez lui, l'antique don de la Loi de Dieu était toujours un grand don de Dieu, toujours plein de grandes possibilités pour l'avenir. Tandis qu'Isaïe utilise rarement le langage traditionnel de l'Alliance, il base une grande partie de son enseignement sur des notions qui remontent à l'Alliance de Dieu avec les Tribus. Les penseurs radicaux qui ont des esprits créateurs ne se contentent pas de répéter de vieilles idées; ils créent un nouveau vocabulaire pour les vieilles idées, introduisant des images et des pensées neuves et développant les anciennes vérités dans de nouveaux domaines. C'est ce qu'Isaïe fait régulièrement.

Isaïe était nettement un homme de Juda, probablement un homme de Jérusalem. C'était un homme qui avait un grand talent poétique; il paraît être très instruit. Il avait, apparemment, libre accès à la cour des rois. Il n'est pas possible de dire quelle profession il exerçait, c'est-à-dire comment il gagnait sa vie. Étant donné le caractère traditionaliste des prophètes et étant donné qu'Isaïe était de Jérusalem ou au moins de Juda il n'est pas surprenant que, dans ses prophéties, il remonte aux traditions de sa Tribu, sa ville. Au cœur même des traditions de Juda se tenait l'homme qui avait gouverné le peuple mieux que tous ses successeurs, l'homme avec lequel le Seigneur avait fait une alliance personnelle, David. Inséparablement liée à David était la ville royale, la Citadelle de David, Jérusalem avec le Temple de Dieu. David, Jérusalem, le Temple étaient des éléments essentiels du caractère distinctif de ses prophéties. Comme on pouvait s'y attendre, Isaïe ne se contente pas d'être le porte-parole de l'enseignement traditionnel, mais il le renouvelle. Dans les leçons 1 à 4, nous avons rencontré un autre grand écrivain de Juda, le yahviste. En étudiant Isaïe, nous découvrons que la manière du yahviste d'envisager la vie du peuple de Dieu se reflète aussi chez Isaïe. (Si vous avez oublié le yahviste, vous pourriez peut-être relire le bref énoncé de l'interprétation yahviste de l'Exode, leçon 4, pages 14-15 ).

Nous ne pouvons pas dire si les quatre prophètes vivants à cette époque se sont connus ou non. Il est très intéressant, toutefois, de remarquer la similitude de certaines de leurs idées et l'emploi d'images identiques dans leur poésie. Puisque vous avez déjà étudié Amos et Osée, vous devriez pouvoir, dans la prochaine question, relever ces similitudes.

Exercice pratique

2 Lire Isaïe 1,2-20. Indiquer si les extraits suivants de ce passage emploient des idées ou des images analogues à celles que vous avez déjà vues chez Amos ou Osée, ou chez les deux.

a. Isaïe 1,2

b. Isaïe 1,11-15

c. Isaïe 1,16-17

d. Isaïe 1,19-20

Même en traduction, la puissance et la majesté des oracles d'Isaïe transparaissent. Il est, de l'avis de beaucoup, le plus grand des prophètes. Son influence sur les prophètes s'est fait sentir pendant près de trois cents ans après lui. Il eut des disciples de son temps (8,16) qui ont préservé son message. Le livre d'Isaïe, en réalité, ne se compose pas seulement des propres paroles d'Isaïe, mais comprend aussi des prophéties de gens simplement connus sous le nom d'Isaïe. Leurs noms n'ont pas été retenus, mais leur œuvre a été rassemblée et placée dans le même livre que celle de leur maître. Le livre d'Isaïe contient des prophéties faites par Isaïe pendant son ministère (740-690), des prophéties écrites après la chute de Jérusalem (586), pendant l'Exil (586-538) et jusqu'à 400 av. J.C. après l'Exil.

Toutes les prophéties d'Isaïe se trouvent dans les chapitres 1 à 39. Toutefois, ces chapitres contiennent aussi l'œuvre de ses disciples. Dans cette leçon, notre étude se limitera généralement à des passages reconnus comme étant d'Isaïe lui-même. Dans quelques cas, nous utiliserons des passages dont l'auteur n'est pas certain; nous l'indiquerons alors dans le commentaire. L'œuvre de prophètes postérieurs se distingue de celle d'Isaïe d'après les références historiques, le style et le vocabulaire et l'expression de positions théologiques qui peuvent être datées comme postérieures à Isaïe (par ex. les idées théologiques qui se sont développées après la destruction de Jérusalem et du Temple). La 15e leçon traitera de l'œuvre du plus grand disciple d'Isaïe, le prophète anonyme de l'Exil (ch.40-55) et aussi de certaines des prophéties isaïennes écrites après l'Exil (surtout les ch.56-66).

La Ville

Isaïe est un homme de la ville. Tandis qu'il emploie des images empruntées à l'agriculture et à la nature comme Amos et Osée, ses prophéties les plus originales et les plus personnelles se rapportent à un cadre urbain. Jérusalem, souvent appelée Sion, est le centre de l'histoire de Juda. Isaïe voit les débuts de Jérusalem sous David du même œil idéaliste qu'Osée voyait les débuts du peuple dans le désert (Os 9,10). Dans l'oracle sur Jérusalem que vous allez lire, vous trouverez le prophète qui parle du passé idéal, du chaos présent, du châtiment imminent et de l'avenir idéal final qui viendra à la suite du châtiment.

Lecture Isaïe 1,21-26

Commentaire

Utilisant une imagerie qui rappelle Osée, Isaïe se représente Sion comme une épouse jadis fidèle, qui est maintenant devenue une prostituée (v.21). Il n'y a pas de justice pour les pauvres à Jérusalem, la ville royale, où les rois devaient rendre la justice selon la Loi. Une injustice aussi grossière attirera la colère de Dieu. Comme Dieu avait révélé qu'il était le sauveur des opprimés en Égypte et avait détruit leurs oppresseurs, de la même façon Dieu va maintenant se tourner contre ses ennemis dans Jérusalem (vv.23-24). Il y aura une période de purification par le feu qui aboutira à une nouvelle Jérusalem, remplie de conseillers et de juges justes. Elle deviendra la Ville de l'intégrité, où régnera la justice dans les tribunaux; la Cité de la fidélité, où la loyauté de Dieu lui-même se reflétera dans les administrateurs. La fidélité que la ville (l'épouse) a perdue sera restaurée.

Dans le passage suivant (2,2-5), nous trouvons exprimée une espérance pour Jérusalem qui pousse à son ultime conclusion la foi du prophète dans la ville sainte. Cette même prophétie est dans le livre de Michée (4,1-3). Il n'est pas possible de dire qui nous a donné cet oracle, Isaïe, Michée ou même une tierce personne inconnue. Ce qui importe, c'est la signification profonde que revêt Jérusalem dans cette prophétie. Celle-ci a, en effet, été considérée assez importante pour être citée en entier dans les livres de deux prophètes.

Exercice pratique

3 Lire Isaïe 2,2-5 et répondre aux questions suivantes:

Note: Le mot qui se traduit "Loi" ou "instruction" est fora; le mot qui se traduit "oracle" ou "parole" est dabar, appliqué à la fonction des prophètes; les "nations" ou les "peuples" se rapportent aux peuples autres que le peuple de Dieu.

a.Décrire l'image utilisée au v.2.

b.Quel est l'effet de la nouvelle situation de Jérusalem?

c.Comment les nations répondent-elles à Sion?

d.Que cherchent les nations dans Sion?

e.Qu'est-ce qui se passera par suite de cette recherche de Sion par les nations?

Qu'évoquent l'espérance future des nations qui disent "Venez, montons..." (v.3b) et la supplication présente du prophète "Venez, marchons..." (v.5)?

Le passage que vous venez d'étudier (Is 2,2-5) exprime une grande espérance dans le rôle que Jérusalem est appelée à jouer à l'avenir. En regardant ce passage de plus près, on voit qu'il ne s'agit pas de la Jérusalem physique, faite de pierres et de rues - mais d'une Jérusalem, source de la Loi et de la parole du Seigneur. L'image est celle du Seigneur Dieu lui-même en tant que roi, exerçant son autorité sur toutes les nations. Puisque le Temple est le signe de la présence de Dieu et que le Temple est à Jérusalem, l'un ou l'autre (le Temple ou Jérusalem/Sion) peuvent donc être l'image du centre de la paix universelle qui suit la domination de Dieu sur le monde entier. C'est une des images essentielles que cache l'expression "le royaume de Dieu".

De la vision de la Jérusalem idéale, nous nous tournons maintenant vers la vraie Jérusalem de l'époque d'Isaïe. Isaïe voit la pitoyable incompétence et la vaine arrogance de son roi, de ses princes et administrateurs, de ses femmes riches. Le manque de maturité des chefs est, pour Isaïe un signe clair du châtiment de Dieu sur la ville.

Lecture Isaïe 3,1-15

Commentaire

La pire accusation est réservée pour la fin de l'oracle. Pire que la mesquinerie, l'arrogance et une conduite puérile est l'effet qui en résulte: ces soi-disant chefs "écrasent mon peuple et broient le visage des pauvres" (v.15).

Le passage suivant est un bon exemple de la richesse de la poésie d'Isaïe. Ce poème se comprend le mieux dans le contexte de la fête de la moisson, la Fête des Tentes (Dt 16,13-15). Après la moisson, quand le vin nouveau était disponible, les foules venaient à Jérusalem pour célébrer la moisson et commémorer leur histoire dans la liturgie du Temple. (Ce qui était évoqué dans de telles occasions, semble-t-il, était l'élection du peuple, de David et de Jérusalem comme site du Temple.) C'était une semaine de réjouissances; on se bâtissait des abris de fortune et on "campait" pendant une semaine. Il y avait beaucoup de vin, de chant et de danse. Isaïe y allait de son propre chant.

En surface, c'est le chant d'un homme qui se plaint de la vigne à laquelle il a beaucoup travaillé, mais dont il n'a rien récolté. L'homme décide de l'abandonner. Le poème n'était pas destiné à être lu à ce niveau, parce que la vigne était une expression commune pour désigner la femme d'un homme (la femme comme vigne, par ex. Ps 128,1-3; comme vignoble ou jardin, Ct 5,1). A ce niveau, le chant est sur le mariage malheureux de son ami.

Lecture Isaïe 5,1-7

Commentaire

Si Isaïe a chanté ce chant pendant la fête de la moisson, son auditoire a dû l'apprécier - il y a toujours un certain humour chez celui qui chante la misère du mariage au cours d'une fête. Ce n'est qu'au dernier verset du chant (v.7) qu'est faite clairement l'application au Seigneur et à son peuple. Par l'image de la vigne, Isaïe donne le même message qu'Osée: le Seigneur est comme un mari auquel sa femme n'a apporté aucun bonheur, aucune satisfaction; il va l'abandonner.

Dans les cinq premiers chapitres du livre d'Isaïe, les prophéties que nous avons estimées être d'Isaïe lui-même présentent un message qui a beaucoup de choses en commun avec Amos, Osée et Michée (que nous étudierons dans cette leçon). Ils croient tous que Dieu a émis son jugement sur son peuple: celui-ci va être puni pour ses nombreux crimes. Isaïe espère, comme les autres, en la conversion du peuple, mais la conversion n'écartera pas le châtiment; elle ne fera qu'assurer la survie d'un reste (4,2-3). Ce que nous avons distingué comme propre à Isaïe dans ces chapitres est sa concentration sur Jérusalem. Nous reviendrons plus tard dans le cours de cette leçon à d'autres prophéties d'Isaïe sur ce sujet.

Dieu-Avec-Nous

Les chapitres 6 à 12 forment un petit livre à l'intérieur du livre d'Isaïe. Il est amené par la vision du prophète (ch.6), suivie des prophéties adressées surtout à la maison de David (ch.7-11), et il se termine par une prière (ch.12). A part le chapitre 6, que l'on pourrait dater du début de sa carrière, le reste des prophéties se situent pendant la crise de 735-732, à l'époque où Juda était attaqué par la coalition d'Israël et de la Syrie, dans une tentative pour obtenir que Juda s'unisse à eux contre les Assyriens.

Le chapitre 6 est le propre récit par le prophète d'une profonde expérience du Seigneur, dans laquelle il a reçu sa vocation (ou une précision de sa vocation). Il n'est pas possible de prouver que cette expérience s'est passée au tout début de son ministère. Ce qui est tout à fait clair, toutefois, surtout en 6,9-10, c'est que le récit est fait avec la maturité que des années de ministère prophétique ont donné à Isaïe. Cela vous aiderait à comprendre le ch.6 si vous le lisiez comme le récit par Isaïe de sa vision et de sa vocation, rédigé par celui-ci après que des années d'expérience lui aient montré très clairement ce que signifiait réellement sa vocation depuis le début.

La vision est située dans le Temple, mais l'expérience d'Isaïe ressemble beaucoup à l'expérience de Moïse et d'Élie sur la montagne de Dieu; le feu, la fumée et le tremblement de terre, et la voix qui lui donne sa vocation, rappellent les expériences des anciens prophètes (Ex 3; 19,9-25; 1 R 19).

Lecture Isaïe 6,1-13

Note: Séraphin veut dire "le brûlant". Ce à quoi ressemblaient les séraphins n'est pas clair; c'étaient peut-être des créatures ailées étincelantes avec des traits d'hommes ou d'animaux, ou les deux. Peut-être étaient-ils un reflet des chérubins sur l'Arche d'Alliance dans le Saint des Saints. Quelle que soit leur apparence exacte, ils étaient destinés à donner l'image du Seigneur entouré d'une flamme mouvante, vivante - le feu ailé de sa suite.

Commentaire

Isaïe voit le Seigneur siégeant sur un trône comme un roi, dans le Saint des Saints (debir), sa traîne débordant dans le sanctuaire (hekal) du Temple où Isaïe réalise qu'il se trouve. La cour en adoration crie: "Saint, saint, saint..." Le Seigneur est le plus saint, la source de toute sainteté. La sainteté a de nombreux niveaux de signification. Appliquée à Dieu, elle veut dire qu'il est totalement autre, unique, différent de tout ce qui est connu ou imaginable. Il est le Dieu du mystère, révélé à son peuple, mais seulement dans la fumée et la nuée des limites de la compréhension humaine. Dieu est différent, distinct de toutes ses créatures, surtout de la race humaine, en ce que lui, le Seigneur, n'a pas de péché, de défaut, d'imperfection.

La sainteté de Dieu se fait connaître par "sa gloire". La gloire de Dieu est la sainteté qui peut être vue par des humains. La gloire de Dieu emplit toute la création et toute l'histoire. Dans l'histoire du peuple, Dieu a fait connaître sa sainteté (c'est-à-dire lui-même) par ses actes et par ses paroles. Bien que la gloire soit partout, la gloire ne révèle jamais complètement la sainteté de Dieu. Par cette expérience de la sainteté de Dieu, Isaïe se rend immédiatement compte du gouffre qui les sépare, lui et son peuple, du Seigneur. Il est toute sainteté; ils sont de misérables pécheurs. La contradiction dans la vision d'Isaïe est dans la rencontre du Saint avec le pécheur. Comment le pécheur peut-il survivre à une telle rencontre? Par la purification. Les péchés d'Isaïe sont effacés; Isaïe peut non seulement survivre à cette rencontre, il peut maintenant refléter la sainteté de Dieu lui-même et le servir. Isaïe se porte alors volontaire à son service en réponse à la question du Seigneur.

Les versets 9 et 10, qui décrivent le ministère du prophète, expriment le réalisme et la maturité de sa compréhension de la mission que le Seigneur lui a confiée. La terrible velte de sa vocation était qu'il était appelé à révéler les péchés du peuple, à l'exhorter à la conversion et à la guérison, même si, dès le début, le Seigneur savait qu'il était trop tard; non seulement son ministère échouerait, mais il endurcirait encore plus le peuple. Isaïe était appelé à exercer son ministère sans espoir de convertir ceux-là mêmes qu'il appellerait à la conversion. Il est clair pour le prophète que ce que le Seigneur attendait de lui, c'était son ministère, non la réussite.

Isaïe demande combien de temps s'écoulera avant que soit fini le châtiment. Le Seigneur ne donne pas de date. Il souligne la gravité des désastres à venir, mais assure Isaïe que le peuple ne sera pas complètement détruit; il en restera au moins une souche (v.13).

Exercice pratique

4 Indiquer si les affirmations suivantes sur la sainteté de Dieu sont vraies ou fausses.

a. Il est unique et différent de tout ce qu'on peut imaginer.

b. Il est lointain et distant.

c. Il est distinct de toutes les choses créées.

d. Il est parfait et sans péché.

e. C'est un esprit et il est invisible.

Les chapitres 7 et 8 sont écrits avec la menace qui plane sur la royauté davidique. Israël et la Syrie, dans leur campagne pour forcer Juda à se joindre à eux contre l'Assyrie, projettent de conquérir Jérusalem et de remplacer Achaz par un étranger, Tabéel. Si Israël et la Syrie réussissent, il se pourrait bien qu'Achaz soit le dernier des rois de la lignée de David. La guerre suivait son cours, les armées de coalition approchaient de Jérusalem. Achaz est allé examiner les réserves d'eau en préparation pour le siège de Jérusalem. Isaïe, avec son fils dont le nom symbolique signifie "un reste reviendra", est envoyé instruire Achaz sur ce qu'il doit faire. En résumé, Isaïe veut qu'Achaz ne fasse rien, en dehors d'être calme et de n'avoir aucune crainte (comparer Ex 14,13).

Lecture Isaïe 7,1-9

Commentaire

Isaïe essaie de persuader Achaz que l'avenir de la maison de David est assuré. Les deux rois qui menacent cet avenir sont sur le point d'être ruinés et ils ne réussiront pas à le remplacer par leur roi fantoche, Tabéel. D'ici peu, Israël et la Syrie capituleront devant l'Assyrie. Ce qui est demandé à Achaz, c'est la confiance dans le Seigneur. Tout ce qu'il a à faire, c'est d'avoir confiance que le Seigneur est le sauveur de son peuple et ne l'abandonnera pas. L'écrivain yahviste, dans son récit de l'Exode, avait énoncé la condition de confiance dans presque les mêmes termes: Moïse dit "Bannissez toute crainte. Tenez ferme", juste au moment où les Égyptiens semblaient gagner. Ainsi Isaïe dit-il à Achaz qu'à moins d'avoir la foi, à moins de tenir au Seigneur, il ne pourra pas tenir du tout (v.9b). Le thème de la foi, une foi frisant la confiance aveugle, est proposé comme la politique d'Isaïe (et du Seigneur) dans la situation.

Désirant fournir à Achaz un soutien quelconque dans sa foi, Isaïe lui dit de demander un signe. Achaz, feignant la piété, refuse de mettre lé Seigneur à l'épreuve. Isaïe donne à Achaz un signe du Seigneur, même si Achaz n'en veut pas.

Lecture Isaïe 7,10-16

Commentaire

"Un signe" quelconque est donné par Isaïe. Dans ce cas, le signe veut être quelque chose, un événement, qui confirmera la vérité de ce que le prophète est en train de dire sur la destruction des ennemis de Juda (les deux rois qui l'attaquent). Le signe n'a pas besoin d'être un miracle. Une action symbolique ou un événement ordinaire peuvent se voir donner la valeur de signes. Ce qu'Isaïe donne à Achaz est plus dans la ligne du signe que le Seigneur donnait à Moïse en Ex 3,12: "voici le signe auquel tu reconnaîtras que ta mission vient de moi...Lorsque tu auras mené le peuple hors d'Égypte, vous rendrez un culte à Dieu sur cette montagne". C'est un signe qui établira, à l'avenir, la vérité de ce que Dieu dit maintenant à Moïse. De la même manière, Isaïe n'offre pas un miracle immédiat qui dispensera Achaz de poser un acte de foi. Il lui offre un signe qui se réalisera sous peu, mais qui exige encore qu'Achaz croie dans la parole de Dieu venant du prophète.

"La jeune fille est enceinte." Le mot hébreu traduit ici par "jeune fille" est almah, qui pouvait vouloir dire une jeune femme, mariée ou non. Quand les savants juifs d'Alexandrie en Égypte traduisirent la Bible hébraïque en grec (v. 250 av. J.C.), ils traduisirent almah par un mot grec qui veut presque toujours dire vierge. Les auteurs de l'évangile utilisèrent cette traduction grecque, comme le firent la plupart des chrétiens. Pour eux, ce texte d'Isaïe voulait dire clairement "une vierge concevra et enfantera un fils". Dans cette traduction, le signe était la naissance miraculeuse. C'était appliqué à la naissance virginale du Christ sans aucune hésitation. Dans l'original hébreu, toutefois, le signe n'est fort probablement pas la naissance miraculeuse, mais le nom de l'enfant et le fait que, avant que l'enfant atteigne l'âge de raison, les deux rois qui attaquaient auront eux-mêmes été attaqués et soumis par les Assyriens (v.16).

"Emmanuel". Comme Osée, Isaïe avait donné à ses enfants des noms symboliques. Ici, il donne un nom symbolique au fils qui va bientôt naître de la jeune femme qui n'est pas nommée. Il n'y a aucun moyen de savoir, de façon sûre, si la femme qu'Isaïe avait à l'esprit, était une des épouses du roi, ou même la femme du prophète. Il est plus vraisemblable qu'il se soit agi d'une épouse royale et que le fils qui devait naître ait été celui qui monta sur le trône après son père, Ézéchias. Ce roi était un très bon roi par opposition à son père Achaz. Quel que soit le cas, le nom d'Emmanuel est ce qui importe. Emmanuel littéralement veut dire Dieu-avec-nous. Le signe qu'Isaïe donne est le signe de la présence de Dieu au milieu de son peuple. Cette présence amènera la défaite des rois ennemis, garantissant ainsi que la maison de David tiendra. Mais la présence de Dieu a une autre signification pour Isaïe, comme pour Amos. La présence de Dieu est une présence purificatrice. Dieu viendra juger son peuple et ses ennemis; son jugement purifie toujours (voir 1, 25). (En conclusion de cette leçon, nous étudierons les implications messianiques de cette prophétie et d'autres d'Isaïe.)

Isaïe décrit cette présence purificatrice dans les versets qui suivent (17-25). Ces versets sont difficiles à interpréter. Nous en offrons l'interprétation suivante. Avant que l'enfant qui doit naître atteigne l'âge de six ans, le peuple de Juda souffrira beaucoup. Le pays sera dévasté, mais pas détruit. Le jeune enfant (probablement le successeur royal) survivra. Il sera réduit à vivre comme un nomade, de laitages et de miel, mais cette nourriture sera copieuse et il pourra endurer le désastre. Le désastre s'abattra par suite des Assyriens ("un rasoir venant d'au-delà du fleuve l'Euphrate", v.20). Achaz a refusé un signe qui aurait pu soutenir sa foi; or, Isaïe lui a donné un signe qui confirmera la parole de Dieu qu'il a annoncée: la maison de David survivra, mais pas sans de rigoureuses purifications de la main des Assyriens (qu'Achaz lui-même appellera à la rescousse).

Lecture Isaïe 7,17-25

Exercice pratique

5 Sur Isaïe 8,1-8.

Notes: "Mahar-shalal-hash-baz" signifie Prompt-butin-proche-pillage. La "prophétesse" est la femme d'Isaïe. "Siloé" est la source d'eau qui approvisionne Jérusalem. Le "fleuve" est l'Euphrate.

a.Pourquoi Isaïe écrit-il, devant témoins, le nom de son futur fils (vv.1-4)?

b.Si on compare 7,16 et 8,4, Isaïe prophétise-t-il plus ou moins longtemps avant l'accomplissement de sa prophétie?

c.Que symbolisent les eaux de Siloé?

d.Commenter l'emploi poétique du symbolisme de l'eau dans ces versets.

e.Est-ce que Emmanuel en 8,8, signifie quelque chose de différent par rapport au chapitre 7?

De fait, Achaz refusa les eaux tranquilles de Siloé et mit sa confiance dans les eaux puissantes du Fleuve, les Assyriens. Il appela les Assyriens à venir à son secours contre Israël et la Syrie (2 R 16). Les Assyriens vinrent à la rescousse, mais pas sans que Juda ait à payer tribut et perdre son indépendance. Les prophéties d'Isaïe ne se révélèrent que trop vraies. En 8,16s, Isaïe veut une fois de plus être certain que sa parole est préservée dans son authenticité pour que personne ne puisse dire qu'il a altéré ses prophéties pour les faire concorder avec les événements qui ont réellement eu lieu. Isaïe demande à ses disciples de conserver ce qu'il a dit, pour que la parole du Seigneur soit prouvée conforme à la vérité, contrairement aux vaines prophéties des devins et des nécromanciens (8,19-20).

Quand les Assyriens vinrent à la rescousse, ils attaquèrent les territoires du nord d'Israël (Zabulon, Nephtali et autres), les conquirent et en déportèrent les populations en masses. Cela arriva vers 732 av. J.C. La capitale du nord, Samarie, se retrouva avec un royaume considérablement réduit qui était maintenant vassal de l'Assyrie. Cette tragédie, en grande partie due à Achaz, horrifie Isaïe. Son cœur n'est pas seulement avec Juda mais avec l'ensemble du peuple de Dieu. C'étaient des temps sombres. Le prophète ne peut pas croire que c'est le seul avenir qui reste pour ses frères du nord. Comme il est typique des prophètes, les temps les plus sombres font naître les plus grandes espérances.

Lecture Isaïe 8,23b ® 9,6 (ou 9,1-7 dans certaines traductions)

Le passage débute par une allusion en prose au destin des Tribus du nord. Le poème qui suit est une hymne: "tu" es le Seigneur. Isaïe ne croit pas que la récente tragédie est le dernier mot sur l'avenir du peuple de Dieu. La lumière brillera à travers les ténèbres actuelles. Le Seigneur changera leur tristesse en une grande joie, plus grande que la joie de la victoire au combat. Le Seigneur brisera le joug de leurs oppresseurs actuels, comme il a brisé l'oppression des Madianites du temps de Gédéon (Jg 7), et tout signe de guerre sera dévoré par le feu. Le Seigneur fera cela, parce qu'il est fidèle aux promesses qu'il a faites à David.

"Un enfant nous est né" se rapporte au couronnement d'un roi davidique. A son intronisation, le roi davidique était considéré "naître" en tant que fils adoptif du Seigneur (Ps 2,7, "Tu es mon fils, aujourd'hui je suis devenu ton père"). Le sceptre ("l'empire") a été placé sur ses épaules dans le cadre de la cérémonie du couronnement. Également, dans le rituel de l'intronisation, le roi recevait son nom royal, ou ses noms. Ici, les plus grands titres imaginables sont donnés au futur souverain davidique.

"Conseiller-merveilleux": ce sera quelqu'un qui sera si rempli de la sagesse de Dieu qu'il n'aura pas à se reposer sur de simples conseillers humains. Il aura assez de sagesse pour gouverner sans la sagesse humaine erronée. Il aura plus de sagesse que Salomon n'a pu jamais rêver posséder.

"Dieu-fort": le titre "Dieu" (elohim) pouvait s'appliquer à des anges et même à des humains (voir Ex 4,16, où Moïse est décrit comme étant appelé à être "le dieu qui inspire" Aaron). Ici, il se rapporte au roi comme représentant du Seigneur Dieu sur terre. Le futur roi remplira vraiment la fonction que les rois étaient destinés à remplir, gouverner comme le ferait Dieu lui-même (voir le même emploie en Ps 45,6).

"Père-éternel": de même que le Seigneur est un père pour le roi (Ps 89,26s), le roi sera un père pour son peuple. Puisqu'il est le représentant de Dieu sur terre, il prendra soin du peuple de Dieu à la façon même de Dieu, et à jamais.

"Une paix infinie" résultera du gouvernement de ce descendant de David, parce qu'il règnera avec justice et intégrité. (Voir les mêmes pensées en Ps 72.) Tout cela arrivera parce que le Seigneur a promis de le faire. A une époque où il semblait n'y avoir absolument aucun espoir, Isaïe ose espérer, et nourrir des espoirs qui ne sont ni mesquins ni modestes, mais des espoirs qui portent à leur plus grand accomplissement possible les promesses faites par le Seigneur dans son alliance avec David (2 Sm 7).

Isaïe nous a donné encore une autre prophétie extraordinaire sur l'avenir de la maison de David. Cette prophétie (10,33 - 11,9) est campée sur la toile de fond de l'invasion Assyrienne de 701. Isaïe décrit cette terrible invasion comme un acte de Dieu, mais pas un acte sans espérance. Par l'intermédiaire des Assyriens, Dieu viendra aux portes mêmes de Jérusalem, désolant tout comme une forêt abattue et mise en pièces; mais de la destruction sort l'espérance.

"Un rejeton sort de la souche de Jessé... "(Is 11,1)

Exercice pratique

6 Sur Isaïe 10,33 - 11,9.

Lire ce passage en notant comment les dons du v.2 sont faits dans le cadre de la fonction aux vv.3-4.

Lire toutes les questions ci-dessous avant de commencer à y répondre.

a. Décrire l'image de destruction et d'espérance en 10,33 - 11,1.

b. Qui est Jessé? Et quelle promesse est confirmée au v.1?

c. "L'esprit du Seigneur" au v.2 renvoie le plus vraisemblablement à:

i l'esprit de Dieu qui vient sur les prophètes.

ii l'esprit de Dieu planant au-dessus de la création.

iii l'esprit de Dieu venant sur les juges et sur David.

d. "L'esprit de sagesse et d'intelligence" renvoie le plus vraisemblablement à:

i le talent donné par Dieu de reconstruire sagement le pays en ruines.

ii le don de compréhension nécessaire pour promouvoir un règne de justice.

iii le don de la connaissance de nombreuses choses et de la capacité d'écrire sur celles-ci.

iv la capacité d'organiser le pays avec ordre.

e. "L'esprit de conseil et de force" renvoie le plus vraisemblablement à:

i l'aptitude à prendre conseil de Dieu de préférence à des conseillers humains et la force de suivre les conseils reçus.

ii l'aptitude à donner des conseils sûrs et la force d'imposer sa volonté.

iii. l'aptitude à choisir des conseillers humains sûrs et la force de suivre leurs conseils.

f."l'esprit de science et de crainte du Seigneur" veut le plus vraisemblablement dire:

i il se rendra compte que Dieu punit le péché et il aura peur de lui.

ii il connaîtra la puissance et l'imposante sainteté de Dieu et il le craindra.

iii il comprendra les exigences du Seigneur et lui obéira avec respect.

g. Décrire brièvement, dans vos propres mots, l'effet du règne du souverain idéal décrit aux vv.6-9.

Le passage sur le souverain idéal de l'avenir sur lequel vous venez juste de travailler se termine avec la mention de "la connaissance de Dieu" emplissant tout le pays. Isaïe, utili-sant une idée qui rappelle Osée, croit que la paix viendra quand Dieu sera connu. Cette connaissance de Dieu, comme la présente le corrigé, n'est pas simplement une connaissance des attributs de Dieu, mais une connaissance de sa volonté, c'est-à-dire de sa Loi. Quand le pays connaîtra Dieu et lui obéira (le "craindra"), une paix totale régnera. La même idée avait été exprimée plus tôt en Isaïe 2,2-5.

Nous ne donnerons pas de commentaire sur les chapitres 13 à 27. Ceux-ci contiennent beaucoup d'oracles contre les nations et un certain nombre de passages écrits par des disciples et des auteurs ultérieurs. Quelques-uns de ces passages seront considérés dans des leçons plus tard. Nous aimerions attirer l'attention sur 22,19-23, qui est utilisé dans la liturgie dominicale. Ce passage mentionne la prophétie concernant le renvoi d'un haut fonctionnaire à la cour du roi pour faire place à un autre qui remplira bien ses fonctions. Elyaqim, le nouveau fonctionnaire, était considéré par les premiers chrétiens (Ap 3,7) comme un type du Messie. L'image des clés a également été reprise par Jésus pour décrire la fonction de Pierre, le haut fonctionnaire du nouveau peuple de Dieu (Mt 16,19).

Le fondement de la foi

En termes humains, le conseil qu'Isaïe donnait à Achaz ne pouvait absolument pas apparaître raisonnable. Quand la coalition israélo-syrienne était en train d'attaquer Juda, Isaïe aurait voulu qu'Achaz ne fasse rien du tout, qu'il ne se joigne pas à la coalition, qu'il ne la combatte pas, qu'il ne fasse pas appel à l'Assyrie. Isaïe voulait qu'Achaz fasse confiance au Seigneur, qu'il tienne ferme et soit calme comme les eaux de Siloé. D'après les politiques humaines habituelles, son appel au secours lancé à l'Assyrie serait probablement jugé prudent - mais il coûta à Achaz son argent et sa liberté (2 R 16). Le roi d'Assyrie ne se contenta pas de ramasser tous les trésors qu'il pouvait obtenir d'Achaz, mais il insista aussi pour que des transformations soient faites dans le Temple de Jérusalem pour montrer clairement que c'était lui, non pas Achaz, qui était le roi de Juda. Achaz a peut-être été prudent humainement, mais il n'a pas été sage selon les voies du Seigneur. Son manque de confiance en Dieu n'apparaissait pas seulement en politique. C'était quelqu'un qui adorait les dieux païens, même jusqu'au point d'offrir son propre fils en sacrifice humain (2 R 16,3). Pour Isaïe, Achaz et tous ses conseillers (les hommes censément sages de Jérusalem) étaient des adorateurs des faux dieux rituellement et des adorateurs de mensonges politiquement. Ils se faisaient croire à eux-mêmes tout ce qu'ils voulaient.

Dans le passage suivant, nous avons quelques-unes des paroles d'Isaïe sur les conseillers du roi. Au milieu de la tirade contre les faux conseillers, il y a un bref oracle sur l'avenir de Jérusalem. Ceci semble être une interruption délibérée du poème sur les conseillers pour offrir un contraste frappant, en passant de ce sur quoi repose Jérusalem à ce sur quoi elle devrait reposer, et en retournant à l'état concret de la sagesse à Jérusalem.

Lecture Isaïe 28,14-22

Note: Aux vv. 15 et 18, il vaudrait mieux remplacer "Mot" dans la BJ par la "mort". Le "shéol" est le lieu des morts. Isaïe parle avec mépris des conseillers, disant qu'ils se conduisent comme s'ils avaient conclu un marché avec la mort leur donnant un bail à long terme sur la vie.

Commentaire

Isaïe déclare à nouveau que la dévastation approche et qu'elle arrive par suite de l'incroyable stupidité et de l'arrogante fierté des conseillers du roi. Au milieu de cet oracle et contrastant avec celui-ci, il y en a un autre qui parle non pas de destruction, mais de construction. Même dans l'anxiété et le chaos de son temps, Isaïe dit que le Seigneur est en train, même maintenant, de poser de nouvelles fondations pour la ville - une première pierre qui est solide, dure, immuable, une pierre angulaire sur laquelle la nouvelle Jérusalem doit être solidement bâtie. Sur cette pierre angulaire, une inscription indiquera: "celui qui croit ne trébuchera pas". Dans la construction de cette nouvelle ville, le niveau qui assurera qu'elle est bâtie sur des assises droites sera le niveau de l'intégrité, et la règle utilisée dans la construction sera la justice. La ville idéale du Seigneur sera fondée sur la foi, bâtie selon les exigences de la justice même du Seigneur, une ville d'intégrité.

Il est clair d'après cela que la notion de la foi chez Isaïe ne recouvre pas simplement une confiance aveugle en la providence de Dieu. La foi n'est pas concevable sans les actes qui l'accompagnent - la justice, l'intégrité.

Isaïe aurait voulu que le roi et les habitants de Jérusalem se fondent sur la foi. Il souhaitait qu'ils mettent toute leur confiance dans le Seigneur, assurés que, tout en les punissant, il les sauverait aussi et les purifierait grâce au châtiment. Ce que Jérusalem avait à faire, c'était de croire au Seigneur et de mener une vie dictée par la foi, une vie de justice dans tous leurs rapports mutuels. Pour Isaïe, cette vie de foi vécue dans la justice était la seule garantie d'un avenir réel pour sa génération. Le retour à la foi lui assurerait, non seulement la survie, mais la survie en tant que "petit reste".

Au chapitre 30,8-18, nous avons ce qu'on appelle souvent le testament d'Isaïe. Isaïe demande, une fois de plus, que ses paroles soient écrites et conservées. Il décrit la perversion du peuple qui préfère les illusions à la réalité, les mensonges à la réalité. Au verset 15, nous avons ce que le prophète voyait comme la véritable espérance pour son pays.

Lecture Isaïe 30,8-18

Commentaire

Le verset 15 résume admirablement l'attitude dont on a tellement fait l'éloge chez Abraham, la confiance totale; il revient aussi sur le thème de l'Exode, quand Moïse dit aux esclaves effrayés de tenir ferme et de rester calmes. Dieu avait mystérieusement accompli ses promesses envers Abraham, alors que toutes les chances étaient contre lui, et de la même façon il avait sauvé leurs ancêtres du pouvoir des Égyptiens. Maintenant aussi, on appellerait la puissance de Dieu sur eux s'ils se tournaient vers lui avec la foi d'Abraham et de Moïse. Au lieu de cela, c'est dans les chevaux et les chars qu'ils croient. Isaïe leur en rappelle tristement les conséquences: tout ce qui restera d'eux sera un drapeau en lambeaux au sommet d'une colline, marquant l'endroit où leur armée s'était jadis tenue. Le v.18, probablement ajouté par un écrivain ultérieur, rappelle qu'à travers toute cette teneur les dispositions de Dieu restent inchangées quant au salut de son peuple; il attend le moment de montrer sa miséricorde.

Dans le dernier passage à étudier, le prophète emploie un mélange d'images pour décrire l'action de Dieu au nom de Jérusalem: le Seigneur est comme un lion, comme un vol d'oiseaux protecteurs.

Lecture Isaïe 31,4-9

Commentaire

Il y a, dans ce passage, la conviction que Jérusalem sera attaquée, mais qu'elle ne sera pas prise. Le Seigneur protégera la ville des Assyriens qui seront comme une bande de bergers hurlant après un lion en train de défendre sa proie. De fait, ce sont les Assyriens eux-mêmes qui seront mis en déroute, non pas par un tour ingénieux de stratégie humaine, non pas par la force des armes militaires, mais par la main du Seigneur lui-même, "une épée surhumaine" (v.8). On n'a pas de précision sur la date à laquelle Isaïe a prononcé cette prophétie, mais elle semblerait mieux cadrer près ou au cours de l'attaque de Juda pendant le règne d'Ézéchias.

Ézéchias, fils d'Achaz, était un aussi bon roi qu'Achaz en avait été un mauvais. Il introduisit de nombreuses réformes qui ont dû plaire à Isaïe (2 R 1-8). Pendant la majeure partie de son règne, il se soumit aux Assyriens, mais il avait assez de liberté pour introduire beaucoup de changements significatifs. A un moment, il crut que la puissance des Assyriens s'affaiblissait et il déclara son indépendance vis-à-vis d'eux. C'était une erreur de jugement. Les Assyriens attaquèrent Juda, anéantirent de nombreuses villes et vinrent jusqu'aux portes mêmes de Jérusalem. Ézéchias dut plier. Il paya le tribut et les Assyriens, étrangement, quittèrent Juda sans conquérir Jérusalem ou sans y causer le moindre dommage. (Il y a une grande confusion sur cet événement dans les données bibliques. Les annonces en 2 Rois et dans le livre d'Isaïe ne concordent pas exactement. En outre, aucun des récits bibliques ne concorde avec les documents assyriens. Y a-t-il eu une attaque Assyrienne? Deux? Comment Jérusalem a-t-elle été sauvée? Il n'y a pas de réponse certaine à ces questions. Mieux vaut les laisser de côté en ce qui nous concerne ici.)

Le fait que Jérusalem ait été sauvée de la destruction à cette occasion quelle que soit la façon dont cela s'est produit, a confirmé les enseignements d'Isaïe: si le peuple avait foi en Dieu, celui-ci le défendrait à sa propre façon mystérieuse; Jérusalem était une ville privilégiée, sous la protection très spécial de Dieu.

En résumé

Le message d'Isaïe est riche et complet. Le bref aperçu donné ici ne fait qu'évoquer quelques-uns des points saillants. Isaïe était un homme de Juda et de Jérusalem jusqu'à la moêlle. Il maintenait les traditions qui étaient spécialement précieuses pour sa Tribu. Avec Amos et Osée, toutefois, nous le voyons insister sur la Loi de Dieu. Même s'il emploie rarement le terme Loi, son œuvre est pleine de mots qui en parlent: justice, intégrité, droiture; tous s'appliquant à une vie menée conformément à la volonté de Dieu qui est révélée dans la Loi. Bien qu'il ne mette pas l'accent sur l'Exode comme Osée, il insiste beaucoup sur le choix de son peuple par Dieu. Les choix de Dieu dans l'histoire ne s'arrêtent pas à l'élection du peuple dans l'Alliance sur le Sinaï; pour Isaïe, les choix que Dieu a faits s'étendent à son élection de David comme roi et de Jérusalem comme la ville de sa présence. La Loi, l'élection, David et Jérusalem: tels sont les principaux piliers de la théologie d'Isaïe.

2 Michée

Objectif Analyser des passages choisis du livre de Michée.

Note: Les passages comme 7,8-20, qui sont dus à des disciples ou à des prophètes ultérieurs, ne sont pas traités ici.

Michée était un contemporain d'Isaïe. Son ministère embrasse à peu près la même période de l'histoire (env. 740-690 av. J.C.). Comme ses prophéties revêtent un caractère assez général, il est difficile de les dater avec précision. En lisant les passages de Michée, il deviendra très évident pour vous qu'il ressemble beaucoup à un autre prophète que nous avons étudié. Le message de Michée est essentiellement la proclamation du châtiment que méritent Israël et Juda pour leurs crimes. Michée est le prophète du pauvre; il emploie un langage rude mais puissant. Sa sensibilité à l'injustice perpétrée par les couches supérieures de la société aux dépens des pauvres reflète la perception de ceux qui ont été privés de leurs droits. Il sait bien que la concentration du pouvoir se trouve dans les capitales et que c'est là aussi que se trouve la concentration de l'injustice. C'est cela qu'il va mettre en jugement.

Lecture Michée 1,2®7

Commentaire

Les cités royales, destinées à être le centre de l'administration de la justice pour tous dans les royaumes, sont devenues des centres du crime. Elles seront détruites. Dans cette prophétie, il distingue spécialement Samarie comme vouée à la condamnation.

Comme Isaïe, son compatriote et contemporain, Michée devient furieux, spécialement à la pensée de l'exploitation de grandes propriétés par les riches. Isaïe avait maudit "ceux qui ajoutent maison à maison et joignent champ à champ" (Is 5,8) et Michée fait de même.

Lecture Michée 2,1-5

Commentaire

Comme les riches restent éveillés la nuit à déterminer comment ils s'empareront de la terre de quelqu'un, sous le masque de la légalité, le Seigneur va maintenant s'intriguer contre eux pour anéantir tout ce qu'ils ont acquis aux dépens de leurs frères.

Dans le passage suivant, il devient très évident que Michée est le "frère" d'Amos.

Lecture Michée 2,6-11

Commentaire

Les illusions dont se nourrissent les riches sont que le Seigneur est miséricordieux et bon, indulgent, patient. Comme Amos, Michée dissipe toutes leurs illusions. Aussi disent-ils au prophète d'arrêter ses divagations; mais lui leur répond que tout ce qu'ils veulent, ce sont des prophètes qui prophétiseraient des temps faciles, des temps de vin et de whisky (v.11). De nouveau comme Amos, Michée est terriblement indigné par les innocentes victimes de l'avidité et de la soif de puissance des classes privilégiées: il y a des gens qui sont laissés sans rien, des femmes qui sont dépouillées de leur foyer, des enfants qui sont privés de leur dignité, de la liberté que Dieu voulait pour chacun de ses enfants. Les riches sont devenus les ennemis de Dieu et c'est ainsi qu'il les traitera (vv.8-10).

Michée a en horreur les prophètes qui gagnent leur vie en faisant cette carrière. Comme Amos, Michée ne veut absolument pas être identifié à eux. Il ridiculise leur vénalité, proclame le destin qui les attend et contraste sa vocation à la leur.

Lecture Michée 3,5-8

Commentaire

La justice est la passion de Michée; c'est cela qui lui donne la force et le courage de déclarer à son peuple la gravité de ses péchés. Les prophètes professionnels sont voués à la condamnation avec les riches qui soutiennent leurs paroles flatteuses.

Exercice pratique

7 Sur Michée 3,9-12.

a. Sur 3,9-10: à qui ces paroles s'adressent-elles?

b. Sur 3,11: à une autre époque, un prophète a parlé à des gens qui avaient la même illusion que celle qui est exprimée ici. Quel était ce prophète et à qui parlait-il?

c. Sur 3,12: Quel est le verdict sur Jérusalem? Est-ce que cela concorde avec ce qu'a dit Isaïe?

Michée est le premier, mais pas le dernier prophète à oser dire que Jérusalem et même son Temple seraient complètement détruits. Ces paroles de Michée ont dû causer une vive émotion; on s'en est certainement souvenu. Plus tard, quand Jérémie est passé en jugement pour avoir dit la même chose, les terribles paroles de Michée ont été citées comme preuve qu'un prophète peut dire une chose pareille et ne pas être pour autant traître à son pays (Jr 26,18).

Michée ne met pas ses espoirs en Jérusalem; il ne partage pas le point de vue d'Isaïe sur cette question. Mais il a une position analogue à celle d'Isaïe sur un autre sujet. Le contexte est vraisemblablement l'invasion de Juda par les Assyriens en 701.

Lecture Michée 4,14 - 5,4a (ou 5,1-5a, dans certaines traductions)

Note: Ce texte n'est pas très bien conservé dans les manuscrits. Il y a aussi des indications que ce passage a été étoffé ou altéré par des éditeurs. En conséquence, les traductions peuvent varier.

Commentaire

A une époque où le roi était humilié, "frappé à la joue", Michée se tourne vers le passé et l'avenir de la royauté. Il désigne le roi comme "le juge", évoquant le temps des Juges où Dieu suscitait de grands chefs qui défendaient le peuple de Dieu et rappelant à son auditoire qu'apporter la justice est le rôle primordial du roi. Michée nous ramène aux origines de la royauté en Juda - à Ephrata, le fief des ancêtres de David. Michée ne dit pas nécessairement ici qu'un nouveau descendant de la lignée de David viendra, mais que Dieu devra tout recommencer depuis le début, comme il l'a déjà fait une fois en choisissant David. Il est possible que Michée fasse allusion à la prophétie de David "une vierge concevra..." (Is 7,14). Après un temps d'abandon, Dieu suscitera un nouveau chef qui réunira les tribus, comme David l'avait fait jadis. Il guidera le troupeau de Dieu comme l'a fait David, apportant la paix et la sécurité à son peuple. Dans un temps de malheur notoire, Michée avance une espérance pour l'avenir.

Dans le passage suivant, Michée fait encore passer le peuple en jugement appelant toute la création à témoigner. Le Seigneur énumère ce qu'il a fait pour son peuple (vv.3-5); le peuple répond par des paroles qui montrent qu'il ne connaît pas son Dieu (vv.6-7). Le peuple croit que tout ce que Dieu veut, c'est plus d'attention à la liturgie, qu'elle soit orthodoxe ou non. Au v.8, Michée présente ce que le Seigneur veut vraiment de la part du peuple.

Lecture Michée 6,1-8

Note: Le texte hébreu n'est pas clair, surtout au v.5. Balaq était un roi moabite qui avait essayé de faire maudire le peuple de Dieu par le prophète non-israélite Balaam. Balaam le bénit à la place (Nb 22-24).

Commentaire

Le plaidoyer du Seigneur, utilisé dans notre liturgie du Vendredi saint rappelle le chant de la vigne d'Isaïe "Que pouvais-je faire que je n'aie pas fait?" (Is 5,4). Le peuple traite le Seigneur comme s'il était Baal, voulant plus de sacrifices, précieux, nombreux, même des sacrifices humains de leurs propres enfants. Cette dernière allusion pourrait refléter le terrible acte d'Achaz qui a offert son fils en sacrifice (2 R 16,3). En réponse à la question que Dieu lui pose, le peuple semble dire 'Qu'est-ce que tu veux de plus de notre part? Plus de sacrifices? Quel genre?' La réponse du Seigneur réclame un sacrifice, mais pas du genre que l'on puisse accomplir sur quelque chose d'extérieur à soi-même; il veut le sacrifice de leur volonté propre. Dans l'esprit de tous les prophètes de son temps, Michée fait comprendre que le Seigneur ne veut qu'une seule chose de la part du peuple, et que ce n'est pas plus de liturgie.

"Accomplir la justice" s'applique à des vies menées dans la fidélité à la volonté de Dieu telle qu'elle est révélée dans la Loi. La justice est le fondement de toute vie acceptable aux yeux de Dieu. Voilà la "liturgie" qu'il demande.

"Aimer la miséricorde" est en réalité "aimer la hesed", qui est rendu de différentes façons: "aimer avec tendresse", "aimer avec loyauté", "aimer la bienveillance". La hesed est tout cela. Elle est basée sur la justice et ne peut exister sans la justice, mais elle va au-delà de la justice jusqu'à créer des liens d'amour, de tendresse, de douceur - des liens qui rendent chaque partie vulnérable aux besoins de l'autre, besoins qui dépassent les besoins que satisfait la pratique de la stricte justice. La hesed est spécialement nécessaire là où la justice a manqué et où les victimes de l'injustice sont présentes. Le devoir de manifester de la miséricorde à ceux qui souffrent des injustices d'autrui est souligné par l'exigence de la hesed.

"Marcher humblement avec ton Seigneur." Le mot traduit par "humblement" dans cette phrase est rare dans la Bible. Là où il est utilisé, il désigne une attitude de considération vis-à-vis d'autrui; il ne s'applique pas à la modestie. Quand deux personnes marchent ensemble, le 'humblement' exige que l'une d'elles ne parte pas dans une direction ou l'autre sans consulter la personne avec laquelle elle est. C'est le genre de comportement auquel on s'attend de la part d'amis, de gens qui sont aimés ou appréciés. Seuls un enfant impétueux ou un adulte manquant d'égard se comporteraient autrement. Ce que la phrase décrit donc reflète la relation de deux adultes qui se respectent mutuellement. Cela ne veut pas dire que les humains devraient se prosterner servilement aux pieds de Dieu.

Dans ce bref passage, Michée résume ce que les prophètes de son temps disaient, chacun à sa façon. L'insistance sur la justice rappelle Amos; la mention de la hesed évoque Osée; et marcher humblement avec le Seigneur fait penser à la paisible, tranquille relation de confiance qu'Isaïe prêchait sans se lasser. Le huitième siècle a eu ces quatre grands prophètes. Amos et Osée ont prophétisé dans le royaume du nord, Isaïe et Michée en Juda. Leurs messages s'entremêlent à beaucoup de niveaux, mais chacun d'eux met l'accent sur un aspect, chacun d'eux a son point de vue personnel. Un certain temps allait s'écouler avant que des prophètes de leur stature se lèvent à nouveau parmi le peuple de Dieu. Une cinquantaine d'années passeraient après le ministère d'Isaïe et de Michée avant que Jérémie soit appelé à annoncer la parole de Dieu au peuple.

Réflexions sur les prophètes et le prophétisme

Maintenant que nous en avons étudié plusieurs, il est possible de faire quelques remarques générales sur les prophètes du Seigneur dans le peuple de Dieu.

Notre mot français "prophète" vient du grec et veut dire "quelqu'un qui parle pour" un autre. C'est un bon départ pour nous. Les prophètes parlaient, et ils parlaient pour le Seigneur (on pourrait également dire 'au nom' du Seigneur). Les prophètes se voyaient eux-mêmes comme les messagers de Dieu, ses porte-parole; c'est pourquoi ils introduisent ou concluent si souvent leurs prophéties par l'expression "dit le Seigneur" ou quelque chose d'analogue.

Leur rencontre du Seigneur

Comment les prophètes ont-ils discerné ce que Dieu voulait qu'ils communiquent? Nous devons considérer leurs rencontres personnelles du Seigneur, mais auparavant nous devons envisager les prophètes comme des membres du peuple de Dieu. Les prophètes étaient convaincus que Dieu avait déjà parlé à son peuple; il s'était déjà fait connaître de lui dans le passé. En tant que membres du peuple, ils avaient entendu la parole de Dieu dans le récit des traditions des patriarches Abraham, Isaac et Jacob; ils avaient fait la connaissance du Seigneur dans l'Exode et l'Alliance, les pérégrinations dans le désert, la vie de Moïse, et dans le choix qu'il avait fait de David. Les paroles et les hauts faits de Dieu dans le passé leur parlaient avec force. Plongés dans leur passé, les prophètes, comme Élie, se nourrissaient aux sources de leur foi. En y découvrant Dieu, ils savaient qu'il était vrai pour eux, leur contemporain.

Les prophètes n'étaient pas des philosophes qui contemplaient la réalité et émettaient des vérités universelles; ce n'étaient pas non plus de ces mystiques que leurs méditations élèvent au-dessus des événements ordinaires de la vie. Leur découverte n'était pas celle de nobles vérités, ou d'un état de prière euphorique, mais une rencontre du Seigneur tel qu'il s'était lui-même révélé. Le Seigneur est celui qui les a sauvés d'Égypte, les a appelés à un grand avenir en se les associant par l'Alliance, leur a donné de bonnes lois, de grands chefs et une bonne terre. Ce n'était pas une généralité, mais une personne avec un nom. Il n'était pas le sujet de discussions philosophiques, mais le Seigneur dont ils partageaient les émotions. Pour Amos, c'était une colère indignée devant les injustices scandaleuses dans le peuple. Pour Osée, tenir un enfant, embrasser sa femme, souffrir d'être rejeté étaient des expériences du Seigneur. En attribuant à Dieu des émotions humaines, les prophètes ne communiquent pas un Être abstrait, mais le Seigneur, qui connaît, qui s'intéresse, qui s'engage, le Dieu vivant.

Leur expérience de Dieu n'était pas d'un Dieu isolé dans l'éternité, mais plongé dans le temps dans la merveilleuse possibilité de la vraie paix qu'il avait révélée. L'Exode, l'Alliance, l'idéal de la royauté symbolisé en David, tout cela exprimait cette possibilité d'harmonie entre Dieu, le peuple et la terre. Les prophètes parlent autant des rapports entre humains et de l'utilisation des biens de la terre que de la relation entre Dieu et le peuple. Tous ces rapports sont liés entre eux; il n'est pas possible d'en briser un sans briser les autres. De fait, les prophètes sont les plus durs pour ceux qui s'isolent et donnent la plus grande importance à leur relation à Dieu, aux dépens des autres relations. Ces gens-là, croient les prophètes, comprennent Dieu comme l'Être suprêmement égoïste qui fermera les yeux sur ce que son adorateur fera à ses frères, tant que ce dernier satisfera son insatiable appétit de rituel et d'attention liturgique. Un tel dieu est Baal, ce n'est pas le Seigneur Dieu d'Israël.


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