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Montée -Leçon 13 Les Prophètes au Pays de Juda (2)

par Marcel Gervais, archevêque émérite du diocèse d'Ottawa, Canada

Nihil obstat: Michael T. Ryan, B.A., M. A., Ph.D.

Imprimatur: + John M. Sherlock, évêque de London

London 31 Mars, 1980

Le contenu de ce livre a été publié la première fois en 1977 dans le cadre de la série Journey par les Programmes d'études de la foi catholique et est maintenant réédité en Smashwords par les Publications d'Emmaüs, Ottawa, ON, Canada sur Smashwords

Couverture:""Ils se saisirent donc de Jeremie et le jeterent dans la citerne..ils le descendirent a l'aide de cordes." Jr 38,6

© Programmes d'études de la foi catholique, une division du Centre international d'éducation religieuse 1977. Reproduction dans tout ou partie est interdite.


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Contenu

1 Jérémie

2 Sophonie

Corrigé des exercices pratiques

Test

Corrigé du test

Recommandations pour la réunion de groupe

A Propos de l'auteur

Psaume 69

Cette prière du psalmiste reflète dans sa vie un temps de profonde souffrance. Sa prière est tout à fait adaptée aux vies des prophètes, surtout Jérémie. Il est inquiet et il appelle le Seigneur au secours. Tout en avouant ses fautes (v.6), le psalmiste parle avec vigueur de sa fidélité au Seigneur (vv.10-12) dont il a récolté persécution et moquerie de la part de ses ennemis. Il se répand en invectives contre eux, espérant que Dieu exercera immédiatement son jugement (vv.2-30). N'ayant aucune connaissance claire d'une vie après la mort, le psalmiste aspire à voir justice faite de son vivant. Ensuite, il abandonne ses ennemis pour louer la bonté de Dieu (w.30-35). Il demande au Seigneur de le redresser, de le faire sortir de son accablement pour qu'il soit un signe d'espérance et une cause de joie pour "les humbles" et "ceux qui sont dans le besoin". Ce psaume est fréquemment cité dans le Nouveau Testament et appliqué à la souffrance du Christ. Les paroles dures du psalmiste pour ses ennemis y sont changées en un acte d'amour (Lc 23,34). Le sens de la souffrance atteint sa plénitude dans la croix rédemptrice du Christ.

Objectif de la leçon Analyser des passages choisis tirés des livres de Jérémie et de Sophonie.

Note: En ce qui concerne l'objectif général de l'information historique dans le contexte du ministère de Jérémie et de Sophonie, il nous suffira de décrire les principaux événements du règne de Josias et les deux étapes de l'Exil, la première étant la prise de Jérusalem et la déportation de 598 et la seconde étant la prise définitive et la destruction de Jérusalem avec la déportation en 587/6. Cela pourra vous être utile de vous référer à l'appendice de la 10e leçon, "Les rois de Juda et d'Israël", lorsque vous lirez l'histoire qui suit.

Histoire

Ézéchias était roi en Juda quand Isaïe finissait son ministère. On loua beaucoup ce roi pour sa réforme du culte et pour son honnêteté et son intégrité. On le considérait comme le meilleur roi depuis David (2 R 18). Son fils lui succéda.

Manassé était aussi mauvais que son père était bon. Il réintroduisit les cultes idolâtres que son père avait bannis. Il collabora avec les Assyriens, bien qu'il y eût des signes que les Assyriens commençaient à perdre leur emprise sur les royaumes du Moyen-Orient. Son fils lui succéda (2 R 21).

Amon était comme son père, mais il ne régna pas longtemps. Une partie de l'armée monta un coup d'État contre lui. Il fut assassiné. Le peuple se révolta contre l'armée et réussit à faire monter sur le trône le roi de son choix, un descendant de la lignée de David (2 R 21).

Josias fut mis sur le trône par ce mouvement populaire, mais il n'avait que huit ans. Il était manifestement sous la coupe des prêtres et des prophètes de Jérusalem. Alors qu'il était dans la vingtaine avancée, il inaugura la réforme la plus massive que le royaume de Juda ait jamais connue (2 R 22-23). Au cours des réparations du Temple, on trouva un livre très ancien qui contenait une cérémonie de renouvellement de l'alliance, comme le peuple ne semblait jamais en avoir connu. Elle fut lue au roi qui en fut si ému qu'il ordonna d'en mettre les lois en vigueur. (On pense que le livre découvert dans le Temple était la base de ce que nous connaissons aujourd'hui comme le Deutéronome. Ce document avait probablement été apporté à Jérusalem et rangé dans le Temple par des exilés du royaume du nord lors de la destruction de Samarie. Une centaine d'années plus tard, le livre est alors découvert et pris au sérieux par le jeune Josias.) La stipulation la plus extraordinaire de ce livre était que tous les sanctuaires, orthodoxes ou non, devaient être détruits et abandonnés et que "Jérusalem devait être le seul et unique lieu de culte pour tout le peuple de Dieu. Josias introduisit un plus grand sens de la justice dans le royaume; Jérémie parle de lui comme d'un homme honnête et intègre. Josias, profitant de l'affaiblissement de l'empire assyrien, reprit le contrôle de l'ancien royaume du nord, Israël. Un grand vent d'espérance souffla sur le pays; il semblait que Josias était un nouveau David. Ce renouvellement de l'alliance eut lieu vers 622 av. J.C.

Les Assyriens rencontraient de sérieuses difficultés. Les Babyloniens voyaient leur puissance croître à une allure effrayante. En 612, Ninive, la capitale des Assyriens, tomba aux mains des Babyloniens. Les Assyriens battus en retraite, essayèrent de récupérer leurs forces et se préparèrent en vue d'un combat contre les Babyloniens. Le combat eut lieu en 609. Les Égyptiens, maintenant ayant plus peur de Babylone que de l'Assyrie, décidèrent de se joindre aux Assyriens pour défaire les Babyloniens. Les anciens ennemis, l'Assyrie et l'Égypte, formaient une seule armée pour l'épreuve de force que serait la bataille contre la nouvelle puissance, Babylone. Josias voulait empêcher les Égyptiens de se joindre aux Assyriens. Aussi essaya-t-il de les arrêter en les attaquant comme ils traversaient son territoire pour rejoindre l'Assyrie. Josias perdit la bataille et fut tué. A 39 ans, le grand roi réformateur, l'espoir de Juda, était mort. Les habitants de Jérusalem s'empressèrent d'oindre son fils Joachaz, mais les Égyptiens ne voulurent rien entendre. Ils emmenèrent Joachaz avec eux en Égypte et nommèrent un autre fils de Josias pour être leur roi fantoche.

Joiaqim était ce fantoche des Égyptiens. Jérémie estimait que le mieux que cet homme méritait était "l'enterrement d'un âne" (Jr 22,19). Il régna pendant onze ans et régna comme si le monde n'était pas du tout en plein bouleversement. Il sembla vouloir rivaliser avec Salomon. Il reconstruisit son palais luxueusement, imposa de lourdes taxes au royaume, leva la corvée, réintroduisit tous les cultes étrangers et cananéens que Josias avait bannis et en général gouverna comme un tyran mesquin et cruel. Les Égyptiens perdirent tout contrôle sur lui. Il pensa qu'il pourrait aussi devenir indépendant des Babyloniens. Il refusa de se soumettre à leurs exigences. L'année de sa mort, les Babyloniens étaient aux portes de Jérusalem. Son fils lui succéda (2 R 24).

Joiaqim ne régna pas longtemps. Pour employer les paroles de Jérémie, c'était "un ustensile vil et cassé". Il était roi depuis trois mois quand Jérusalem fut capturée (mais pas détruite) et que le roi avec des milliers de dignitaires fut emmené en exil à Babylone. C'était la première étape de l'Exil. Parmi ceux qui étaient ainsi emmenés se trouvait un homme qui deviendrait un grand prophète en exil (Ézéchiel). Les Babyloniens nommèrent leur propre roi fantoche pour régner sur ce qui restait de Jérusalem et de Juda.

Sédécias, encore de la lignée de David, avait un bon naturel et de bonnes intentions, mais ni la force ni le courage de les poursuivre jusqu'au bout. Il traitait Jérémie en ami et le défendait, mais n'était pas assez puissant pour résister à l'influence des nationalistes anti-babyloniens qui restaient à Jérusalem. Ceux-ci le persuadèrent de refuser le tribut aux Babyloniens. Peu après les Babyloniens furent aux portes de Jérusalem pour la seconde fois. Cette fois-ci, ils seraient sans merci. La ville fut encerclée, les murailles finirent par céder, les soldats déferlèrent à travers la ville, tuant, brûlant, détruisant. Après s'être emparés de tous les trésors du temple, ils le rasèrent aussi. Sédécias et un grand nombre d'habitants furent emmenés en exil. Les Babyloniens mirent un gouverneur à la tête de ce qui restait de Juda. Son nom était Godolias. Il fut assassiné par des opportunistes. Beaucoup des habitants de Juda qui restaient furent terrifiés que les Babyloniens reviennent. Ils s'enfuirent en Égypte et forcèrent Jérémie à les accompagner (2 R 24,18 - 25,30).

Exercice pratique

1.Indiquer si les affirmations suivantes portant sur le contexte historique du prophète Jérémie sont vraies ou fausses:

a. Jérémie prophétisa pendant le règne de Josias, roi de Juda.

b. Josias fut décrit par Jérémie comme un homme honnête et intègre.

c. Pendant le long règne de Josias, l'empire assyrien continuait à développer sa puissance.

d. Juda forma une coalition avec l'Assyrie et l'Égypte pour combattre les Babyloniens.

e. En 598, pendant le règne de Joiaqim, Jérusalem fut capturée par les Babyloniens et des milliers de dignitaires furent emmenés en exil à Babylone.

f. Pendant le règne de Sédécias, Jérusalem fut capturée pour la seconde fois par les Babyloniens et un grand nombre d'habitants furent emmenés en exil.

g. Jérémie était au nombre des habitants de Jérusalem à être emmenés en exil à Babylone, après la seconde capture de Jérusalem.

1 Jérémie et son Temps

Objectif Décrire le contexte historique de Jérémie et analyser des passages choisis tirés du livre de Jérémie.

Jérémie fut appelé à exercer son ministère vers 627 av. J.C., avant la grande réforme de 622 introduite par le roi Josias. Les cinq premières années de la prédication de Jérémie nous sont préservées dans les chapitres 1 à 6 de son livre. Les prophéties y sont générales. Jérémie était certain qu'un envahisseur viendrait, mais puisque l'Assyrie était sur son déclin et que Babylone n'était pas encore manifestement la nouvelle puissance mondiale, le prophète ne nommait pas l'envahisseur, mais se contentait de l'appeler "le Nord".

Jérémie était un très jeune homme quand il fut appelé, peut-être n'avait-il pas encore vingt ans. Il semble d'après ses prophéties qu'il ait approuvé la grande réforme de Josias lors de la prédication de la Loi de Moïse retrouvée dans le Deutéronome et du renouvellement de l'Alliance. Il est très vraisemblable que Jérémie ait été d'accord avec le but de la réforme que Josias entreprenait; le renouvellement de l'Alliance et la purification du culte devaient avoir son approbation. Il est toutefois douteux que Jérémie ait approuvé les méthodes qu'utilisait Josias. La réforme du roi était imposé par l'armée et exécutée avec violence. Le massacre des prêtres employés dans les sanctuaires n'aurait guère pu avoir l'approbation du prophète. Pour des raisons inconnues, Jérémie semble avoir interrompu son ministère. Nous n'avons pas d'oracles ni de sermons qui puissent être datés avec précision de 622 à 609.

Après que le roi Josias ait été tué dans la bataille contre les Égyptiens et que Joiaqim soit devenu roi, Jérémie reprit son travail avec passion. Joiaqim était parti pour défaire tout ce que Josias avait fait. Il est probable que la plupart de ses prophéties ont été données pendant les onze années de ce roi, Joiaqim (609-598). Il n'y avait maintenant plus de doute sur l'identité de la nouvelle puissance mondiale ni sur le fait que celle-ci ne s'arrêterait pas avant d'avoir étendu sa domination sur les royaumes du Proche-Orient. Jérémie y voyait l'œuvre de Dieu. Les Babyloniens reprendraient l'empire des Assyriens, et Jérusalem et Juda feraient partie de cet empire, qu'ils le veuillent ou non.

Les politiques de Jérémie étaient semblables à celles d'Isaïe - il fallait que le peuple apprenne à accepter l'inévitable et à y voir à la fois le châtiment du péché et une occasion de purification. La résistance aux Babyloniens ne ferait qu'envenimer la situation. Jérémie connaissait aussi assez son peuple pour savoir qu'il ne l'écouterait pas; il essayerait de résister et, en conséquence, subirait non seulement la domination des Babyloniens, mais la destruction de sa ville et un exil inévitable. (Les Babyloniens adoptèrent la politique de "l'exil" des Assyriens.) Et Jérémie avait raison.

Son enseignement qu'il fallait accepter la domination des Babyloniens, que cela ne servait à rien de leur résister était considéré comme une trahison par les fiers nationalistes. Il fut mis en prison à plusieurs reprises, sa vie fut menacée. Si Jérémie n'avait pas compté d'amis parmi les conseillers du roi, il aurait été exécuté comme traître.

Quand Joiaqim résista aux Babyloniens, ils envahirent Juda et obligèrent Jérusalem à capituler. Cela amena la première étape de l'Exil. Les milliers emmenés à cette occasion (598) provoquèrent un changement dans l'enseignement de Jérémie. Il sentit alors que le réel espoir d'avenir était avec ceux qui étaient partis en exil. Il fallait que les exilés connaissent la raison pour laquelle ils étaient en exil; cela devait être un temps de souffrance pour leurs péchés et un temps de purification. Il fallait qu'ils acceptent le fait que l'Exil durerait longtemps. Cela ne le faisait pas apprécier des exilés, surtout lorsqu'ils avaient avec eux des prophètes qui disaient que l'Exil ne durerait que très peu de temps. Les exilés protestaient contre les lettres de Jérémie qui leur disait de se calmer et de travailler pour la "paix de Babylone". Cela aussi ressemblait à de la trahison. Jérémie estimait que, si les choses allaient bien pour Babylone, les exilés en profiteraient plus et en reviendraient, à la fin, plus forts qu'ils n'y étaient arrivés.

Quand on évoque cette époque-là, on ne peut s'empêcher de penser à la stupidité du roi et des princes qui agissaient de la sorte. Après la première vague de destruction et d'exil, on penserait qu'ils auraient pris Jérémie au sérieux. Mais pas du tout. Moins de dix ans après la première invasion, ils se rebellèrent à nouveau contre Babylone. Une fois de plus, les Babyloniens se précipitèrent sur Jérusalem. Pendant le siège, Jérémie encourageait le roi et les soldats et les habitants de Jérusalem à déserter, à se rendre pour éviter la destruction de la ville et la famine et la tuerie qui auraient lieu s'ils continuaient à résister. Cette fois encore, ils ne voulaient pas écouter. Au lieu de cela, Jérémie fut jeté dans une citerne pour y mourir, mais il en fut tiré sur ordre du roi Sédécias.

Le pire arriva. Tout ce que Jérémie avait prédit se produisit. Les Babyloniens enfoncèrent les murailles et prirent la ville et exilèrent encore d'autres habitants. Les Babyloniens avaient naturellement entendu parler des prophéties de Jérémie et ils le considéraient comme un de leurs alliés. Jérémie, qui haïssait cordialement les Babyloniens, était traité par ses ennemis comme un homme libre. On lui donna le choix de rester à Jérusalem ou d'aller en exil avec ses compatriotes. Il choisit de rester. Pendant une brève suspension du siège de Jérusalem pendant laquelle les Babyloniens avaient dû s'absenter pour livrer bataille aux Égyptiens, Jérémie était sorti pour aller acheter un champ qui faisait partie de son patrimoine familial. Jérémie acheta le champ pour poser un acte d'espérance dans l'avenir de Juda et de Jérusalem. Il voulait montrer qu'il était prêt à investir dans cet avenir. Il croyait fermement qu'après la période d'exil, le peuple reviendrait et qu'une nouvelle étape de son histoire commencerait. Aussi resta-t-il en arrière.

Les Babyloniens nommèrent un gouverneur en Juda. Son nom était Godolias. Jérémie espérait que ceux qui étaient laissés en arrière pourraient aussi former un noyau d'espoir pour l'avenir, La tragédie frappa à nouveau. Godolias fut assassiné avec quelques soldats babyloniens. Les gens de Juda furent terrifiés par ce que les Babyloniens allaient faire cette fois-ci pour se venger, Ils décidèrent de fuir en Égypte. Jérémie leur dit de ne pas fuir, mais de rester en Juda. Ils ne voulurent pas l'écouter. Ils s'enfuirent en Égypte, emmenant Jérémie de force avec eux. Il mourut en Égypte, prophétisant toujours.

Exercices pratiques

2 Indiquer si les affirmations suivantes portant sur Jérémie et sur son temps :sont vraies ou fausses:

a Jérémie approuva et encouragea la grande réforme de Josias;

b. Pendant le règne de Joiaqim, Jérémie réalisa que les Babyloniens reprendraient l'empire des Assyriens.

c. Jérémie conseilla à Joiaqim de résister à l'assaut des 'Babyloniens.

d. Si les rois avaient suivi les conseils de Jérémie, la destruction de Jérusalem aurait probablement été évitée.

e. Les Babyloniens, en entendant les prophéties de Jérémie, lui donnèrent le choix de rester à Jérusalem ou d'aller en exil avec ses compatriotes.

f. Les gens de Juda, après avoir assassiné son gouverneur nommé par les Babyloniens, s'enfuirent en Égypte, emmenant de force Jérémie.

3 a. En vous rappelant l'introduction historique de cette leçon, identifier l'événement qui se produisit pendant la vie de Jérémie dont il est probable mer t question dans ce passage: Jérémie 11,1-6.

b.Comment cet événement pourrait-il expliquer le silence de Jérémie pendant quelques années de sa vie?

Le Livre de Jérémie

Il est presque impossible de parler brièvement de Jérémie, pour la bonne raison que nous avons plus de données sur lui, son époque, ses expériences personnelles que sur n'importe quel autre personnage de l'Ancien Testament, peut-être de toute la Bible. Son livre est le plus long de la Bible et la plus grande partie en a été écrite de son vivant. De grandes sections ont même été dictées par Jérémie à son fidèle disciple et secrétaire Baruch. Il y a, bien sûr, des parties du livre qui ont été ajoutées par des éditeurs ultérieurs, mais ces passages sont assez rares et assez faciles à reconnaître.

Le vrai problème avec le livre de Jérémie, c'est le désordre manifeste de grandes sections. Les chapitres de la version hébraïque de Jérémie semblent avoir été mélangés un moment quelconque. La version grecque (LXX) de Jérémie est beaucoup plus courte et se présente dans un meilleur ordre que la version hébraïque. Les traductions françaises suivent la version hébraïque, bien qu'elle soit moins logique que la grecque.

Notre étude de Jérémie suivra le schéma suivant:

Pour arracher: chapitres 1 à 6, représentant les années 627 à 622. Pour renverser: chapitres 7 à 20, représentant les années 609 à 598. Pour bâtir: les chapitres 21 à 45, représentant les années 598 à 586.

Note: Ceci est en réalité une simplification excessive du livre de Jérémie. Il y a des passages dans chaque section qui ont été écrits à une autre époque. Par exemple, les chapitres 30 et 31, dans la troisième section, ont probablement été écrits au début de la carrière de Jérémie quand le roi Josias était occupé à reprendre le territoire des tribus du nord, donnant à Jérémie de l'espoir pour la réunification de toutes les tribus. Nous avons choisi de traiter ces chapitres à la fin de la leçon pour finir sur une note plus positive.

La Vocation de Jérémie

Les introductions des livres sont normalement écrites une fois que la totalité ou la plus grande partie du livre a été écrite. Le récit de la vocation de Jérémie, qui sert d'introduction au livre, ne semble pas faire exception. Tout comme le récit de la vocation d'Isaïe avait été écrit par le prophète après que des années d'expérience lui eurent donné une pénétration plus profonde du sens de sa vocation dès les origines, il en est de même de la vocation de Jérémie au premier chapitre. Le récit n'est pas celui du jeune prophète, mais du prophète que la souffrance a mûri.

Lecture Jérémie 1,4-10

Commentaire

"Avant de te former au ventre maternel, je t'ai connu". Jérémie ressent sa vocation comme une expérience d'absorption totale et complète par le Seigneur. Toute son existence, même avant sa conception dans le sein de sa mère, était connue de Dieu. Être connu de Dieu, c'est lui être uni pour exécuter ses desseins. Être connu du Seigneur, c'est faire l'expérience d'être aimé de lui, voulu par lui, appelé à son service. Ce verset exprime la profondeur de la relation entre Jérémie et le Seigneur, cette relation était si profonde que Jérémie ne put jamais l'oublier, jamais la rejeter, même en essayant (et il essaya!).

"Je suis un enfant" (v.6). Jérémie devait être très jeune. Il prophétisa pendant plus de quarante ans (de 627 à 685 environ). Bien qu'il se sente si intimement lié à son Seigneur, Jérémie n'était pas le prophète spontané qu'était Isaïe. Dans de nombreuses occasions au cours de son ministère, Jérémie a regretté d'avoir été appelé à une vocation si détestable. Ses protestations au moment de sa vocation expriment la répugnance qui faisait partie de son ministère.

"N'aie aucune frayeur...Je suis avec toi" (v.8). Jérémie exprime sa vocation en termes très semblables à la vocation de Moïse. Moïse aussi proteste qu'il ne convient pas à la tâche (Ex 4,10); mais le Seigneur assure Moïse qu'il sera lui-même avec lui (Ex 3,12).

"Je mets en ta bouche mes paroles" (v.9). Plus tard, Jérémie écrirait ce qu'avait été cette expérience: il était transporté de joie; il dévorait les paroles du Seigneur (15,16). Jérémie avait un message à transmettre qui venait du Seigneur, non de lui. En réalité, bien qu'il en ait retiré une grande joie au départ, Jérémie apprit bientôt quelle amertume on pouvait éprouver à être le porte-parole du Seigneur. Jérémie n'aimait pas le message qu'il avait à donner; il aurait préféré un message plus doux, plus tendre. Jérémie était appelé à transmettre la parole du Seigneur, non la sienne propre.

"Je t'établis sur les nations" (v.10). Jérémie devait être l'interprète de l'histoire mondiale. Il prononça de nombreuses prophéties sur les nations en dehors du peuple de Dieu (ch.46-51), et encore plus montrant comment l'histoire du peuple de Dieu était liée aux actions des nations, surtout Babylone. Dans l'histoire de la race humaine, des milliers, des millions même de nations, de villes, de villages ont été dévastés par des guerres. Du vivant de Jérémie, des centaines de villages et de villes tombèrent entre les mains cruelles des Babyloniens. Mais les seuls interprètes de ces événements étaient les prophètes. Les autres voyaient dans ces désastres le cours naturel de l'histoire, le résultat de la politique expansionniste de Babylone ou de la pauvreté d'organisation et du manque de coopération des petits royaumes. Les prophètes, comme Jérémie, ne laissaient pas les leurs voir de tels événements sous ce jour. De toutes les tragédies de l'histoire, celles qui touchaient le peuple de Dieu ne passeraient pas inaperçues sans que les prophètes s'en servent pour donner au peuple de Dieu un enseignement sur le Seigneur et sur sa responsabilité. Les calamités qui écrasaient le peuple du Seigneur ne seraient pas vaines comme le sont la plupart des calamités.

"Pour arracher et renverser" (v.10). La plus grande partie de son ministère serait occupée à arracher et à renverser son propre peuple. Il y a quatre verbes de destruction mentionnés dans la description de son but en tant que prophète. Jérémie se reporte à ces verbes à maintes reprises. Il était appelé à interpréter le tragique déracinement de ses compatriotes dans les deux déportations, la première en 598 et la seconde en 587/6. Il lui fallait montrer le sens de ce qui arrivait pour que le peuple ne se contente pas de survivre, mais en sorte plus fort et meilleur.

"Pour bâtir et planter" - deux verbes seulement, à côté des quatre de destruction. Ceci décrit avec assez d'exactitude ce que son ministère a été en réalité. La plus grande partie de sa vie s'est passée à proclamer la ruine et son but purificateur; mais une partie de son ministère avait affaire à ce qui venait après la purification. C'était nettement cette partie-là que Jérémie préférait. Ses rêves de ce qui doit venir sont à la fois plus réalistes et plus idéalistes que n'importe quel prophète avant lui. Il ne promet pas une espèce de paradis sur terre, mais un retour à une paix normale qui est possible sur terre. Ce qui est radical et des plus idéalistes dans sa vision de l'avenir est la façon dont cette paix normale sera réalisée. (Nous étudierons cela au ch.31 avec sa version de la nouvelle alliance.)

Exercice pratique

4. Laquelle des affirmations suivantes explique le mieux la façon dont le Seigneur a surmonté la répugnance de Jérémie à accepter sa vocation au ministère prophétique?

a. Jérémie est rendu conscient que le Seigneur l'a appelé dès le début de sa vie.

b. Jérémie est assuré qu'il est fait pour la tâche de transmettre le message du Seigneur en dépit de son incapacité à bien parler.

c. Le Seigneur assure Jérémie qu'il peut prophétiser au peuple sans craindre de représailles.

d. Jérémie est assuré que la parole de Dieu et sa présence protectrice sont avec lui.

"Comme l'argile dans la main du potier, ainsi êtes-vous dans ma main, maison d'Israël!" Jr 18,6

Pour exterminer et démolir

Du récit de la vocation, nous passons immédiatement à certains des premiers oracles de Jérémie. A la vue de choses très ordinaires (un amandier, une marmite qui bouillonne, penchée du côté du sud), Jérémie en vient à comprendre que le Seigneur surveille avec vigilance ce qui arrive dans l'histoire et qu'un conquérant (ou des conquérants; il n'est pas encore clair pour Jérémie s'il s'agit d'un seul ou de plusieurs) est sur le point d'envahir Juda et Jérusalem (1,11-16). Le Seigneur, sachant combien Jérémie est hésitant et vulnérable, l'assure qu'il le protégera pendant qu'il donnera ce message terrifiant (1,17-19).

Lecture Jérémie 1,11-19

Commentaire

Jérémie, le poète hypersensible qui aime les siens, va être transformé en une "muraille de bronze"! Le message de Jérémie s'adresse à tout le monde dans le pays, rois, princes, prêtres et simples paysans. L'envahisseur du nord n'affecterait pas seulement les classes privilégiées, mais chacun.

Le chapitre 2 est plutôt long, mais pas difficile. Jérémie y parle beaucoup dans le langage de la tradition prophétique. Jérémie était originaire d'une ville de la tribu de Benjamin, officiellement une tribu du nord. Ses liens avec la tradition prophétique du nord sont très clairs dans ce chapitre.

Exercice pratique

5 Après avoir lu Jérémie 2,1-32, répondre aux questions suivantes:

a. Jérémie écrit: "Je me rappelle l'affection de ta jeunesse, l'amour de tes fiançailles: tu me suivais au désert... "(2,2)

Quel(s) prophète(s) (Amos, Osée, Isaïe) désignai(en)t le peuple comme l'épouse du Seigneur?

b. Jérémie écrit: "Les prêtres n'ont pas dit: "Où est le Seigneur?" Les interprètes de la Loi ne m'ont pas connu." (2,8)

Quels) prophète(s) (Amos, Osée, Isaïe) met(tent) l'accent sur la connaissance de Dieu et condamne(nt) les prêtres pour ne pas l'avoir donnée?

c. Jérémie écrit: "Moi pourtant je t'avais plantée, comme un cep de choix, une bouture d'authentique provenance." (2,21)

Quel(s) prophète(s) (Amos, Osée, Isaïe) désignai(en)t le peuple comme une vigne ou un vignoble?

Il est très clair que Jérémie connaissait les prophéties d'Osée; il pourrait même être appelé le plus grand disciple d'Osée. C'est avec la même tristesse pathétique que nous trouvons chez Osée que Jérémie présente l'oracle sur le divorce. Vous remarquerez dans ce passage que Jérémie emploie aussi l'image parents-enfant vue en Osée 11.

Lecture Jérémie 3,1-5, 19-20

Note: Ce poème est interrompu par deux passages en prose auxquels nous reviendrons plus tard.

Commentaire

La Loi n'autorisait pas un homme à reprendre sa femme après en avoir divorcé (Dt 24,1s). Si le Seigneur divorce d'avec son peuple, pourra-t-il le reprendre? Jérémie ne répond pas ici à la question, mais plus tard il fait comprendre que le Seigneur, en réalité, n'a jamais vraiment divorcé d'avec son peuple et que, même s'il l'avait fait, il le reprendrait malgré la Loi. Les phrases "tu ne me criais pas: Mon Père" et "J'avais pensé: tu m'appelleras "Mon Père" (vv.4 et 19) expriment une triste déception. Jérémie a compris ce que Dieu voulait de son peuple: "Pour que tu sois mon peuple, mon renom, mon honneur et ma gloire" (Jr 13,11). Comme les parents ne demandent rien de plus que d'être fiers de leurs enfants, de même en était-il du Seigneur et de son peuple. Mais le peuple n'aspirait pas à la gloire de leur Dieu, d'où la tristesse.

Exercice pratique

Sur Jérémie 4,1-4.

A quelle ancienne tradition Jérémie fait-il allusion en disant: "les nations se béniront en toi (Israël)"?

Lorsque nous lisons Amos, nous avons très peu ou aucune idée de la douleur personnelle causée au prophète par les terribles menaces qu'il doit proférer. Isaïe est un homme qui fait son travail sans laisser paraître ses sentiments personnels. (Une fois seulement, il cède un peu et dit: "Détournez-vous de moi, que je pleure amèrement" (Is 22,4). Pour Jérémie, ce genre de prédication presque impersonnelle de la ruine est impossible. Il est lui-même déchiré à la pensée des horribles choses qu'il doit annoncer. Dans la lecture suivante, la souffrance de Jérémie devant ce qu'il voit arriver à Jérusalem est très claire.

Lecture Jérémie 4,13-31

Le poème se termine sur l'image pathétique de Jérusalem, comme une femme conquise gisant sur le sol, les bras tendus, plaidant pour sa vie. Les questions qui viennent à l'esprit de Jérémie sont probablement les mêmes que celles posées depuis quelques leçons: Pourquoi? A quoi sert toute cette souffrance? Le châtiment purifie-t-il vraiment? Ce sont les questions qu'implique le passage suivant. Jérémie, semble-t-il, vient de plaider avec le Seigneur pour que Jérusalem soit pardonnée. Le Seigneur répond (5,1), Jérémie proteste (5,2-5), le Seigneur répond à nouveau (5,7: "Pourquoi te pardonnerais-je?"), et Jérémie finit par avouer qu'ils méritent le châtiment qu'ils vont recevoir (5,12-17).

Lecture Jérémie 5,1-17

Commentaire

Quand Abraham plaida avec Dieu au nom des pécheurs de Sodome et Gomorrhe (Gn 18,16-33), il n'osa pas descendre au-dessous de dix justes comme raison de sauver les pécheurs des villes. Ici, c'est le Seigneur lui-même qui défie Jérémie de trouver même un seul juste dans Jérusalem. Si on en trouvait un, Jérusalem pourrait être sauvée. Jérémie proteste en disant que, bien qu'ils aient été écrasés et battus, les habitants de Juda n'ont rien appris (v.3b). Cela ne sert à rien de les punir. Toutefois, Jérémie fouille la ville, il cherche parmi le petit peuple et parmi les chefs du peuple, mais il ne trouve personne qui puisse relever l'offre de pardon du Seigneur (vv.4-5). Il semble que le Seigneur va permettre que le peuple soit détruit, simplement à cause de son impénitence. Le Seigneur veut purifier son peuple par la souffrance qu'il va endurer, mais cela ne paraît pas marcher.

Lecture Jérémie 6,27-30

Quand on purifie le minerai d'argent, on le combine à du plomb en fusion. Les impuretés (scories) de l'argent se séparent de l'argent et s'attachent au plomb, ce qui donne de l'argent pur. La purification du peuple n'a pas réussi; le résultat obtenu a été de l'argent impur (le peuple) qui a été rejeté. Le Seigneur peut-il faire une pareille chose? Si oui, pourquoi? Ces questions tourmentent Jérémie et il y revient encore.

Les oracles de ces six premiers chapitres étaient très vraisemblablement les plus anciennes prédications de Jérémie, faites de 627 à 622. Il semble qu'il se soit arrêté de prophétiser pour un temps vers cette date.

Exercice pratique

7 Sur Jérémie, 5,26-31.

Commenter brièvement la vilenie de certains membres du peuple, exprimée dans les expressions suivantes:

a. "ils disposent des filets...mais ce sont des hommes qu'ils attrapent...et ils sont devenus riches" (vv.26-27).

b. "on ne défend pas la cause des pauvres" (v.28).

c. "Et mon peuple aime cela!" (v.31). Note: Expliquer ce que "cela" désigne.

Pour renverser

Jérémie avait non seulement à annoncer la destruction qui allait se produire, mais il fallait aussi qu'il révèle au peuple les répercussions de cette destruction et sa signification. Cela l'entraînait dans les dénonciations les plus cinglantes de sa carrière; cela l'amenait à attaquer ce que le peuple avait de plus sacré, les choses mêmes par lesquelles le peuple était sûr de plaire au Seigneur et d'être acceptable à ses yeux.

Lecture Jérémie 7,1-15

Commentaire

Le chapitre 26 du livre de Jérémie nous donne un récit plus détaillé de ce sermon et ajoute des renseignements sur les conséquences. Jérémie a été jugé, inculpé de trahison passible de mort. Sur l'argument que Michée, le prophète qui avait dit la même chose, n'avait pas été exécuté pour l'avoir dite, Jérémie fut libéré; mais un autre prophète, qui avait dit des choses analogues fut mis à mort (26,23). Jérémie attaquait la fausse confiance en la présence du Seigneur dans le Temple; il rappelait aux gens ce qui était arrivé à Siloé où l'Arche de Dieu avait été gardée. Ce lieu avait été détruit; ainsi en serait-il de celui-ci si le peuple ne se repentait pas. (Jésus cita ce sermon quand il purifia le Temple. Voir Mc 11,17.)

Jérémie ne s'en tient pas à la prédiction de la destruction du Temple; il attaque aussi le système de sacrifices qui y étaient offerts.

Lecture Jérémie 7,21-23

Commentaire

Ses paroles ressemblent beaucoup à celles d'Amos une centaine d'années plus tôt (Am 5,25). Toutefois, Amos parlait aux gens au sanctuaire de Béthel; Jérémie parle à ceux qui offrent des sacrifices dans le vrai, authentique lieu de culte, le Temple de Jérusalem. Il met en question le système lui-même, prétendant qu'il n'a rien fait pour assurer leur obéissance aux exigences de l'Alliance.

Quand Jérémie, plus tard au cours de son ministère, rêve de l'avenir de Jérusalem, il en parle comme du Trône du Seigneur, vers lequel viendront les nations pour apprendre l'obéissance au Seigneur. Il ne parle pas d'un nouveau Temple. De fait, il prétend que l'Arche d'Alliance elle-même n'y sera plus (Jr 3,16-17).

Jérémie ne laisse pas beaucoup de choses sans les contester - le Temple, l'Arche d'Alliance et maintenant la Loi elle-même.

Lecture Jérémie 8,8-9

Commentaire

Ce n'est pas la Loi que Jérémie déprécie; c'est la fausse confiance et l'arrogance de ceux qui estiment que d'avoir la Loi leur donne droit à des égards. Jérémie souligne aussi comme il est facile de falsifier la Loi et comment elle est falsifiée par les prêtres, pour donner aux gens un réconfort sans fondement. Les prêtres érudits (les scribes) ne prennent pas la "parole" de Dieu au sérieux (c'est-à-dire, la parole de Dieu qui vient des prophètes); aussi leur sagesse sera-t-elle anéantie.

En dépit de son courage, en dépit du fait qu'il avait l'audace de dire ce qu'il avait à dire et d'annoncer les terribles événements qui devaient se produire, Jérémie ne fut jamais le dur et froid porte-parole, la muraille de bronze qu'il aurait pu être. Il aimait les siens, il aimait Jérusalem. Il ne prenait aucun plaisir aux désastres qu'il prédisait.

Lecture Jérémie 8,18b-23

Note: Galaad était renommé pour ses onguents cicatrisants.

En 9,22-23, Jérémie énonce brièvement et avec précision ce que le Seigneur veut de son peuple. Vous reconnaîtrez qu'il résume l'enseignement traditionnel des prophètes qui l'ont précédé.

Lecture Jérémie 9,22-23

Ce ne sont pas les sacrifices, ni le Temple lui-même, ni même d'être instruit dans la Loi que le Seigneur veut. La seule chose dont il vaille la peine de se glorifier, c'est la connaissance du Seigneur lui-même, cette connaissance faite d'expérience et d'intimité qui attire mutuellement deux êtres. La connaissance du Seigneur ne s'acquiert pas par des rituels et des prières, mais par une vie qui manifeste la sollicitude (hesed), la justice, l'intégrité du Seigneur lui-même. La connaissance du Seigneur ne se manifeste pas de la façon dont on traite le Seigneur au Temple, mais par la façon dont on traite son prochain dans la vie de chaque jour.

En dépit de la culpabilité des siens, en dépit du fait qu'il sait qu'ils méritent le châtiment annoncé, Jérémie prie pour obtenir leur pardon. Il présente des excuses en leur nom dans une courte mais émouvante prière.

Lecture Jérémie 10,23-24

Commentaire

Le Seigneur sait sûrement, dit Jérémie, que les gens ne contrôlent pas tout ce qu'ils font, ou tout ce qui leur arrive, tout ce qui pourrait les détourner du droit chemin. Il dépasse peut-être les bornes dans sa prière, mais il dit quelque chose dont les gens font effectivement l'expérience. Les gens sont libres, donc responsables. Mais sont-ils si libres qu'ils puissent être tenus totalement responsables de tout? Il y a sûrement des raisons d'être miséricordieux. (Les prophètes ne connaissaient pas le diable, ils auraient pu s'en servir pour diminuer le poids de la culpabilité de l'homme.)

En dépit de son dévouement pour les siens, de ses prières en leur nom, Jérémie a beaucoup plus d'ennemis que d'amis. Même ceux de sa propre ville se tournent contre lui, peut-être même certains membres de sa famille. (Jérémie appartenait à une famille sacerdotale d'Anatot, 1,1. Jérémie soutenait la réforme du roi Josias qui comprenait la centralisation de tout le culte à Jérusalem. Cela voulait dire que les prêtres des sanctuaires locaux, comme ceux qui devaient se trouver à Anatot, se retrouveraient sans travail. C'est peut-être une des raisons pour lesquelles les concitoyens de Jérémie voulaient le mettre à mort.)

Lecture Jérémie 11,18; 12,6; 11,19-23 (12,6 semble s'insérer entre 11,18 et 11,19)

Commentaire

Jérémie est, tour à tour, blessé, menacé, furieux, du fait que les siens même cherchent à le tuer. Jérémie veut voir justice faite. Le Seigneur sait qu'il devrait être jugé innocent; ses concitoyens, jugés coupables. Jérémie prédit qu'ils recevront un juste châtiment pour le crime qu'ils veulent commettre. Jérémie dit: "Puisse -je voir la vengeance que tu tireras de ces gens." II était très important pour Jérémie de voir justice faite, parce que Jérémie et ses contemporains n'avaient encore aucune notion claire de récompense et de châtiment dans la vie après la mort. Pour eux, tout châtiment et toute récompense devaient avoir lieu en cette vie, ici-bas. (Cela serait très long avant qu'il y ait une notion de la résurrection des morts, avec le châtiment et la récompense dans l'au-delà, dans une autre vie. Les premiers signes de cette foi se présentent dans des textes de la Bible écrits au 2e et au 1er siècle avant le Christ.)

"Et moi j'étais comme un agneau confiant qu'on mène à l'abattoir, ignorant ce qu'ils tramaient contre moi..." Jr 11,19

Jérémie se sent "comme un agneau qu'on mène à l'abattoir". Innocent et sans défense contre ceux qui complotent de le tuer, Jérémie ne peut que protester auprès du Seigneur de ce qui lui arrive. (Il convient de noter qu'il ne semble jamais venir à l'idée de Jérémie de comploter contre ses ennemis ou de chercher à les faire tuer. Il est trop respectueux de la Loi pour cela. Il met toute sa confiance dans le Seigneur.) Le juste, victime de scélérats, décrit comme un agneau mené à l'abattoir, est une image qui sera reprise plus tard, dans des livres de l'Ancien comme du Nouveau Testament.

Le problème de la souffrance a toujours tourmenté les personnes réfléchies. Divers auteurs y ont donné différentes réponses. Dans le peuple de Dieu, certaines explications ont eu leur vogue pendant un temps; elles ont souvent été contestées, certaines ont été rejetées et de nouvelles solutions proposées. Même les nouvelles solutions finirent par être rejetées à leur tour.

La réponse essentielle la plus populaire et la plus ancienne était que la souffrance était le châtiment du péché. Les prophètes y recouraient très fréquemment. Cette explication était envisagée dans la mentalité communautaire du jour: une personne pouvait être punie ou récompensée de son vivant, ou du vivant de ses descendants. Dans la pratique, cela voulait dire que, si un père était bon, mais ne jouissait pas d'une longue vie pleine de bonnes choses, ce seraient ses enfants ou les enfants de ses enfants qui bénéficieraient des dons de Dieu à titre de récompense pour leur ancêtre. Si un homme péchait, mais jouissait de la prospérité de son vivant, ce seraient ses enfants ou leurs enfants qui souffriraient pour ses péchés. Il y a une certaine vérité, bien sûr, dans cette théorie; on peut souffrir ou bénéficier des actions de ses parents, grands-parents ou arrière-grands-parents, etc. Il est clair, pour toute personne réfléchie, que cette théorie n'explique pas tout. En fait, l'idée d'enfants souffrant pour ce qu'ils n'ont jamais fait semble friser l'injustice.

Beaucoup de gens qui réfléchissaient au temps de Jérémie méditaient sur ces questions. Jérémie aussi. Il discute avec Dieu sur la justice ici-bas.

Exercice pratique

8 Laquelle des raisons suivantes explique le mieux pourquoi Jérémie désirait voir justice faite aux gens d'Anatot?

a. Il croyait dans la théologie courante de l'époque que la souffrance était le juste châtiment du péché.

b. Il était essentiellement vindicatif et voulait "voir la vengeance que tu tireras de ces gens" (Jr 11,20).

c. Il croyait dans la théologie courante de l'époque que la souffrance était le juste héritage des fils et des filles des habitants d'Anatot.

d. Il n'avait pas la notion de récompense et de châtiment dans la vie future, aussi voulait-il voir justice faite "maintenant".

Il y a cinq passages communément appelés les Confessions de Jérémie: 12,1-5; 15,10-21; 17,14-18; 18,19-23 et 20,7-18. Ce sont des prières très personnelles du prophète. Elles sont adressées au Seigneur et ne semblent pas avoir été destinées au grand public au moment ou elles ont été écrites. Nulle part dans la Bible, nous n'avons une telle documentation sur un personnage historique. Ces prières révèlent l'extrême souffrance de la vie intérieure d'un homme juste et honnête qui essaie sérieusement de faire tout ce que le Seigneur veut de lui. Mais ce n'est pas une machine, exécutant bêtement ce pour quoi elle est programmée. C'est un être sensible, réfléchi qui n'hésite pas à dire au Seigneur ce par quoi il lui faut passer pour accomplir sa mission. De nombreux psaumes ont été écrits exactement dans cette veine, probablement sous l'influence de ces prières de Jérémie.

Lecture Jérémie 12,1-5

Note: Le verset 4a devrait être omis; il a été ajouté par un éditeur et est hors contexte.

Commentaire

Pour Jérémie, la justice de Dieu devrait se manifester en cette vie. Il veut la voir de ses propres yeux avant de mourir et ne pas devoir croire simplement qu'un jour viendra où la progéniture des méchants souffrira pour les péchés commis maintenant. Pourquoi ces oppresseurs prospèrent-ils, s'enrichissent-ils, jouissent-ils de confort et de sécurité, alors que des gens comme lui-même qui font tout ce qu'ils peuvent pour être fidèles à Dieu souffrent énormément? Jérémie ne partageait pas la naïveté de ceux qui disent que les riches sont malheureux, au plus profond d'eux-mêmes. Les riches pécheurs jouissent manifestement de la vie. Dieu les bénit en dépit de leurs péchés; en fait, ils prétendent que Dieu réellement ne semble pas faire attention à leurs péchés, "Dieu ne voit pas" (v.4b).

Jérémie est censé rester fidèle même avec toutes ses questions laissées sans réponse. La seule "réponse" de Jérémie est dans sa conviction que le Seigneur le connaît, l'éprouve, le comprend de fond en comble: "Tu me connais, tu me vois, tu éprouves mon cœur" (v.3). Jérémie n'a pas honte que le Seigneur connaisse jusqu'à ses doutes. C'est comme si Jérémie disait à Dieu: "Tu sais que je suis avec toi, mais je ne suis pas sûr de là où je suis."

Jérémie interroge le Seigneur sur beaucoup de choses. Il se demande pourquoi Dieu punit, puisque le châtiment ne semble pas donner de résultats (5,2-3); il s'interroge sur le sens de la justice de Dieu (12,15). Il se demande si le peuple est même capable de réaliser la conversion que le Seigneur veut de lui. "Une panthère peut-elle changer de pelage?" demande-t-il, sous-entendant que le peuple est à peu près aussi en mesure de se convertir qu'une panthère de changer de peau (13,23).

Cependant, Jérémie fait prier le peuple pour attirer le pardon du Seigneur. Il supplie le Seigneur d'être miséricordieux. 14,1 à 15,4 est un dialogue entre le peuple (avec Jérémie) et le Seigneur. Le Seigneur est inflexible; il n'y a pas moyen que la terreur à venir soit détournée. Il est tout simplement trop tard; la conversion, même si elle était sincèrement possible, vient trop tard. "Même si Moïse et Samuel" imploraient en la présence de Dieu, il ne se laisserait encore pas toucher (15,1). Pour employer une image moderne, une fois que la bombe a été lancée, la conversion de celui qui l'a lancée ne l'empêchera pas d'exploser en atteignant le sol.

Jérémie prophétisait le désastre depuis des années et rien ne se produisait. Les gens se mirent à se moquer de lui, à tourner en ridicule ses oracles de ruine. Certains, comme le roi Joiaqim, traitaient ses prophéties avec mépris. Joiaqim brûla le rouleau que Jérémie avait écrit, page par page à mesure qu'on le lui lisait (ch.36). D'autres le prenaient plus au sérieux, le faisaient battre, jeter en prison ou attentaient à sa vie (ch.37-38). Furieux d'un tel traitement, perdu par l'apparente injustice de Dieu qui laisse souffrir son serviteur et prospérer ses ennemis, Jérémie proteste auprès du Seigneur.

"Ainsi Jérémie fut mis dans un souterrain voûté. Et il y resta longtemps." Jr 37,16

Lecture Jérémie 15,10-21

Note: Omettre les vv.12-14, qui ne sont pas à leur place ici. Voir 17,1-4 où ils sembleraient devoir être.

Commentaire

La prière que vous venez de lire (15,10-21) montre le prophète plus préoccupé de sa propre justification et de sa propre sécurité que des épreuves terribles qui vont s'abattre sur les siens. De fait, il semble faire pression sur le Seigneur pour qu'il fasse venir le désastre qu'il a promis pour que lui (Jérémie) en soit témoin et soit vengé (vv.10-11 et 15). Il rappelle au Seigneur la grande joie que lui avaient causée au début les paroles qu'il avait reçues de lui (v.16) et comme il avait scrupuleusement évité la compagnie de ceux qui défiaient le Seigneur. Malgré tous ses efforts de fidélité, Jérémie n'a connu que la souffrance.

Où sont les promesses du "Je serai avec toi"? Jérémie demande au Seigneur si son intention est d'être un ruisseau trompeur, qui a de l'eau pendant la saison pluvieuse quand on n'en a pas besoin, maïs qui se dessèche à la saison sèche quand on a besoin d'eau (v.18). Il semble que cette prière correspond à un moment dans la vie du prophète où il envisageait sérieusement d'abandonner sa fonction de prophète; il se peut même qu'il ait arrêté de donner les oracles du Seigneur pendant un certain temps. C'est ce qu'impliquent les paroles du Seigneur: "Si tu reviens" (v.19).

La vocation de Jérémie est renouvelée, mais sous condition: "si tu exprimes des pensées nobles et rejettes celles qui sont viles" (v.19). Ce que sont les pensées viles n'est pas absolument clair. L'apitoiement sur soi-même de cette prière? Le désir de vengeance personnelle sur ses persécuteurs? Le fait de douter que le Seigneur puisse être fidèle à ses promesses de soutien? C'est probablement tout cela qui constitue les pensées viles que le Seigneur veut voir Jérémie rejeter. Reprenant les mots du récit de la vocation au ch.1, le Seigneur confirme qu'il sera avec Jérémie et qu'il ne laissera pas ses ennemis triompher de lui (v.20). C'est le seul cas où un vrai prophète se fait remettre à sa place par le Seigneur. (Le livre de Jonas reprendra un thème semblable.)

Exercices pratiques

9 Sur Jérémie 16,1-13.

Dans ce passage, Jérémie se voit demander de proclamer un message par sa façon même de vivre.

a.Quelle façon de vivre lui est demandée?

b.Quel enseignement cette façon de vivre va-t-elle transmettre?

10. Sur Jérémie 17,14-18.

Cette merveilleuse prière se termine sur une note de violence, de vengeance. Qu'est-ce qui, dans sa compréhension de la justice, pourrait faire dire à Jérémie une prière si vengeresse?

Quand Jérémie a entendu pour la première fois l'appel du Seigneur à être prophète, il a connu une grande joie à recevoir la parole de Dieu. Il s'est senti attiré vers le Seigneur. Son expérience depuis lors a été différente; il s'est senti vaincu par le Seigneur, terrassé, obligé de faire et de dire ce qu'il avait en horreur. Au début de son ministère. Jérémie se sentait comme une "jeune mariée': "C'est ton Nom que je portais" (15,16); mais maintenant il se sent plus comme une femme qui s'est fait violer.

Lecture Jérémie 20,7-18

Commentaire

Le verset 7a devrait en réalité se traduire: "Tu m'as séduit, et je suis séduit; tu m'as violé, et je suis terrassé". Ce langage nous semble trop brutal, mais il exprime très bien l'expérience de Jérémie. Jérémie décrit les efforts qu'il fait pour réprimer en lui la parole de Dieu. Malgré ses essais désespérés de rester silencieux au sujet du Seigneur, d'éviter même de penser à lui, le "feu dévorant dans son cœur" et dans ses os ne pouvait être éteint. Cet effort de résistance était trop pour lui; c'était moins pénible et moins fatigant de parler au nom du Seigneur et d'en subir les conséquences que de tout garder l'intérieur de lui-même. Jérémie se sent terrassé par le Seigneur (v.9).

Jérémie décrit son sort: il est l'objet du mépris et de la dérision; les gens complotent contre lui, essaient de le prendre en défaut sur ce qu'il dit. Sa prière passe de violents éclats de colère et d'appels à la vengeance à des démonstrations de confiance et de louange. Aux vv.10-13, nous entendons un homme déchiré par la terreur de sa vocation et son amour du Seigneur qui lui a donné cette vocation.

La prière conclut avec des sentiments qui frisent le désespoir. Ne sachant rien de la résurrection des morts et de la possibilité d'une vie pleinement humaine en présence du Seigneur, Jérémie regrette d'être né pour mener une vie si pleine de contradictions, si dénuée de satisfactions et de justice. (On retrouve une malédiction analogue dans le livre de Job, ch.3.)

Pour planter

La douleur et la souffrance des désastres, que Jérémie avait prédits et qu'il a vu se produire sous ses yeux, n'étaient pas simplement un châtiment pour les péchés, une vengeance de Dieu. Dans sa poésie, Jérémie emploie souvent une image qui exprime l'extrême douleur de l'époque et le sens de cette douleur: "les affres comme d'une jeune accouchée" (par ex. 4,31; 6,24). Pourquoi toute la souffrance? Ce n'était sûrement pas simplement parce qu'ils la méritaient à cause de leurs péchés. Jérémie avait nourri des doutes au sujet du sens et du but de la souffrance pendant longtemps (voir 5,2s). La destruction de Jérusalem et la déportation était un acte d'enfantement. Cela aurait pu être simplement une mort - la fin du peuple de Dieu. Beaucoup d'autres royaumes, conquis par les Assyriens et les Babyloniens, ne recouvrèrent jamais leur identité à cause des pratiques de déportation de ces conquérants. Juda et Jérusalem ne disparaîtraient pas dans l'oubli de l'histoire. Le peuple de Dieu ne se fondrait pas simplement dans son nouveau cadre à Babylone, et la raison pour laquelle il survivrait est que le Seigneur lui avait envoyé des prophètes comme Jérémie pour lui montrer que les affres qu'il subissait étaient celles de l'enfantement, et pas l'agonie de la mort, C'était la conviction de Jérémie et des autres prophètes de son temps que le seul avenir pour le peuple de Dieu était de franchir ce seuil terrifiant: la destruction de tout ce qui était précieux à ses yeux et l'arrachement à sa terre natale et à toutes ses institutions, coutumes et structures. Le pays, le Temple, les tribunaux, tout était devenu pour le peuple ce que nous pourrions appeler des "causes prochaines de péché mortel" fallait l'arracher à tout cela pour le mettre sur la voie d'une vie nouvelle. Ce n'était pas par haine que le Seigneur le laissait traverser cela; c'était la seule façon dont il pouvait survivre comme son peuple.

Arracher, détruire, renverser, exterminer - tout cela était nécessaire à la plantation et à la construction. Jérémie a dû vouloir faire beaucoup plus de plantation et de construction qu'il n'en a eu en réalité l'occasion. Mais il a donné aux siens l'espérance, une espérance qui jaillissait des racines de leur foi.

"Il ressemble à un arbre planté au bord de l'eau et qui tend ses racines vers le courant.." Jr 17,8

Il leur promit un nouveau roi qui dominerait sur toutes les tribus, de nouveau réunies comme du temps de David.

Lecture Jérémie 23,1-6

Commentaire

"Le germe" deviendrait le nom du futur roi idéal (Za 3,8). Il régnerait, comme les rois étaient censés le faire, avec intégrité et justice. Juda et Israël connaîtraient la sécurité, comme lorsque David leur donna la paix. Son nom royal, "le Seigneur-notre-justice", le décrirait parfaitement.

Sur le sujet du futur souverain, Jérémie a une autre prophétie, qui exprime un aspect nouveau et même déroutant de "l'oint" de Dieu: pour gouverner comme Dieu lui-même le ferait, il faudra que le roi s'engage à sacrifier sa vie.

Note: Toutes les bibles ne donnent pas ce sens-là aussi clairement. La BJ donne le sens que nous commentons au v.21.

Lecture Jérémie 30,18-21

Commentaire

D'après son expérience personnelle, Jérémie sait ce qu'il en coûte d'être attiré dans l'intimité de Dieu et de faire sa volonté - la souffrance. être attiré dans l'intimité de Dieu, c'est risquer sa vie. Le nouveau roi, s'il est prêt à remplir vraiment sa vocation, sera attiré dans l'intimité du Seigneur et devra, par conséquent, ne pas hésiter à sacrifier sa vie en gage de sa sincérité au service du Seigneur. Par le passé, les rois avaient manifesté plus d'intérêt pour leur propre bien-être que pour le service du Seigneur et de son peuple; le nouveau roi devra être assez désintéressé pour être prêt à donner sa vie au Seigneur.

Dans le passage suivant, nous lisons une des lettres de Jérémie aux exilés. Ceux du peuple qui avaient été emmenés de Juda et de Jérusalem en 598 et en 586 étaient installés à Babylone, mais ils s'attendaient à pouvoir retourner à Jérusalem dans très peu de temps. Jérémie voit les choses différemment. Ses espoirs sont du côté des exilés, mais seulement s'ils sont prêts à accepter l'Exil et y trouver le châtiment qu'ils méritent. C'est seulement par l'Exil lui-même qu'une nouvelle vie peut naître pour le peuple. La lettre que vous allez lire a provoqué la colère chez beaucoup d'exilés.

Lecture Jérémie 29,4-14a

Commentaire

`Installez-vous dans le pays de Babylone', leur dit Jérémie, 'menez une vie normale, car vous allez y rester longtemps'. Les prophètes qui annonçaient au peuple ce qu'il voulait entendre disaient que l'Exil ne durerait que quelques années (28,11). Jérémie dit que cela durera l'équivalent de la vie d'une personne normale (70 ans). "Travaillez au bien du pays, des villes où vous vivez." Cela devait avoir l'air de paroles traîtresses de la part de quelqu'un que les Babyloniens considéraient leur ami (39,11-12). Jérémie voit la puissance tutélaire de Dieu tournée vers la guérison, vers le don d'une nouvelle vie à son peuple par l'expérience de l'Exil. Le bien-être du peuple est maintenant lié au bien-être de ses ennemis, les Babyloniens. Le Seigneur a dans l'idée pour son peuple "un avenir plein d'espérance", espérance qui n'aurait jamais été possible sans l'Exil.

Aux vv.12-13, Jérémie émet l'idée nouvelle et révolutionnaire que le Seigneur peut être trouvé en dehors de la Terre de la Promesse, en dehors de Jérusalem, en dehors du Temple. "Quand vous me chercherez, vous me trouverez pour m'avoir cherché de tout votre cœur; je me laisserai trouver par vous." Amos avait dit au nom de Dieu: " Cherchez-moi,ne cherchez pas Béthel"; Jérémie leur avait dit de ne pas chercher le Temple, mais de chercher le Seigneur lui-même. Maintenant qu'ils n'avaient plus Béthel, plus le Temple, plus toutes les choses qui avaient encouragé leurs attitudes superficielles, maintenant, enfin, ils pouvaient chercher le Seigneur pour lui-même, puisqu'il ne restait plus rien pour soutenir leurs illusions. En exil, ils pouvaient trouver le Seigneur et ils le trouveraient dans leur cœur, au centre de leur être et non pas au centre d'un édifice en dehors d'eux-mêmes.

Jérémie mettait son espoir dans ceux qui étaient partis en exil. Les gens de Juda et de Jérusalem n'étaient pas, toutefois, les seuls à avoir souffert de la dévastation et de l'exil.

Exercice pratique

11 Sur Jérémie 31,1-6.

a. A qui s'adresse la prophétie? (Voir vv.1 et 6.)

b. Où étaient ces gens-là au moment où a été faite la prophétie?

c. Le Seigneur les a-t-il oubliés?

d. Seront-ils rétablis en un royaume distinct de Juda?

"Ils étaient partis dans les larmes, dans les consolations je les ramène." Jr 31,9

L'espérance de Jérémie n'était pas que les exilés resteraient là-bas, mais qu'ils reviendraient tous finalement. Le pays serait repeuplé, les villes reconstruites et les champs réserves. Sa vision du retour dans le pays n'est pas extravagante ou magnifique; c'est simplement un retour la normale, à cette différence prés que le peuple aurait trouvé son Seigneur en le cherchant.

Les chapitres 30 et 31 du livre de Jérémie ont vraisemblablement été écrits au début de son ministère. Ces chapitres montrent l'amour du prophète et sa préoccupation pour les tribus du nord qui avaient été emmenés en exil presque cent ans avant son temps. Le fait que le roi Josias ait rétabli sa domination sur une partie du territoire de l'ancien royaume d'Israël (2 R 23,15) a dû éveiller un espoir chez ces exilés. Jérémie était de la tribu de Benjamin, qui se considérait toujours comme faisant partie du nord, bien qu'elle soit limitrophe de Juda et parfois considérée comme faisant partie du sud (voir la carte â la leçon 7, p.8). Il n'est pas surprenant que Jérémie se soit senti du nord; il connaissait les prophéties d'Osée, le plus grand prophète du nord, et il était également influencé par la pensée trouvée dans le Deutéronome, tradition enracinée dans le royaume du nord.


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