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Excerpt for Montée - Leçon 14 - Les prophètes de l'Exil (1) by , available in its entirety at Smashwords

Montée -Leçon 14 Les Prophètes de l'Exil (1)

par Marcel Gervais, archevêque émérite du diocèse d'Ottawa, Canada

Nihil obstat: Michael T. Ryan, B.A., M. A., Ph.D.

Imprimatur: + John M. Sherlock, évêque de London

London 31 Mars, 1980

Le contenu de ce livre a été publié la première fois en 1977 dans le cadre de la série Journey par les Programmes d'études de la foi catholique et est maintenant réédité en Smashwords par les Publications d'Emmaüs, Ottawa, ON, Canada sur Smashwords

Couverture:"J'ouvrie la bouche et il me fit manger le volume.." Ézéchiel 3,2

© Programmes d'études de la foi catholique, une division du Centre international d'éducation religieuse 1977. Reproduction dans tout ou partie est interdite.


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Contenu

1 L'Exil à Babylone

2 Ézéchiel

3 Les Changements dans la Vie du Peuple en Exil

Corrigé des exercices pratiques

Test

Corrigé du test

Recommandations pour la réunion de groupe

A propos de l'auteur

Lamentations 1,1-12

Au lieu d'une prière tirée du livre des Psaumes, nous en recommandons une dans le livre des Lamentations, qui se trouve habituellement entre Jérémie et Ézéchiel dans la Bible. L'auteur sacré de cette prière se lamente sur la destruction de Jérusalem et sur l'exil de ses habitants. La douleur, la tristesse et le découragement du peuple de Dieu s'y reflètent à chaque ligne. La destruction de la ville sainte de Jérusalem et de son Temple est une tristesse à peine supportable. La tradition chrétienne a vu dans "la passion et la mort" de Jérusalem une image de la passion et de la mort de Jésus. Les Lamentations sont encore employées dans la liturgie de la Semaine sainte: "Vous tous qui passez par le chemin, regardez et voyez s'il est une douleur pareille à la douleur qui me tourmente" (v.12).

Note: Quatre des cinq prières du livre des Lamentations sont composées dans ce qu'on appelle le genre alphabétique. En hébreu, la première lettre de chaque ligne du premier verset est la première lettre de l'alphabet hébreu, aleph (A). Dans le second verset, la première lettre de chaque ligne est la deuxième lettre de l'alphabet hébreu, beth. La première lettre de chaque ligne du troisième verset est la troisième lettre, ghimel, et ainsi de suite pour les 22 lettres de l'alphabet hébreu. Cette façon d'écrire se retrouve dans certains psaumes, comme le Ps 119.

Objectif de la leçon Décrire les conditions du peuple en exil, le message qu'il recevait du prophète Ézéchiel et les changements qui commencèrent à se produire dans leur style de vie pendant l'Exil.

L'Exil à Babylone

Objectif Décrire les conditions du peuple en exil.

Le nombre de personnes exilées dans les deux déportations (598 et 587 av. J.O.) est difficile à estimer. D'après les chiffres donnés par la Bible, le total des deux pourrait être aussi bas que dix mille et aussi haut que cinquante mille, selon que les chiffres donnés incluent ou n'incluent pas les femmes et les enfants (2 R 24,14-16; Jr 52,28s). Il n'est pas possible d'être exact. Quel que soit le nombre, le fait est que les chefs (les personnages royaux, les riches, les intellectuels) et les ouvriers spécialisés ont tous été emmenés, ne laissant que les pauvres dans les villes et les paysans dans les campagnes.

Les exilés ont été installés dans des régions autour de Babylone, la capitale de l'empire. Ceci est important: les exilés de Juda n'ont pas été éparpillés dans différentes parties de l'empire comme l'avaient été les exilés de Samarie. Le fait que les exilés de Juda et de Jérusalem aient été installés en gros dans la même région leur permit de mener une certaine vie de communauté en exil. Ils pouvaient se réunir, communiquer entre eux et se soutenir mutuellement.

Les conditions dans lesquelles ils vivaient ne semblent pas avoir été dures. On leur faisait cultiver la terre, reconstruire et utiliser les canaux d'irrigation compliqués qui servaient à détourner les eaux du Tigre et de l'Euphrate, et on leur permettait même de s'établir en affaires. Il y a des preuves dans de très anciens documents en dehors de la Bible que certains sont devenus assez riches. Ils ne semblent pas avoir été réduits à un esclavage ou un emprisonnement cruels, à l'exception de ceux qui ont pu fomenter des révoltes contre les Babyloniens. (On a des preuves que ce fut le cas une fois, mais ce n'est pas clair. Voir 2 R 25,27-30, où la "grâce" du roi n'est pas expliquée.)

On ne les forçait pas à adorer les dieux des Babyloniens, d'après ce qui peut être déduit des écrits dont on dispose. Ils étaient autorisés à pratiquer leur culte et à s'abstenir du culte officiel de l'empire. Sans leur Temple, ils ne pouvaient pas offrir de culte officiel, comme les sacrifices et les rituels qui nécessitaient le Temple. Comme nous allons le voir dans le livre d'Ézéchiel, ils se réunissaient pour rendre un culte qui prenait des formes, évoquant celles des débuts dans les synagogues prière, lectures des livres saints et enseignements. Le fait qu'ils n'aient pas été obligés d'adorer les dieux des Babyloniens rend d'autant plus pénible l'attitude des exilés qui, parce qu'ils voulaient monter dans la société babylonienne ou parce qu'ils avaient perdu leur foi dans le Seigneur, passaient au culte des dieux babyloniens.

L'humeur des exilés variait et changeait au cours des années. La défaite écrasante que leur avait infligée l'ennemi, la tragédie personnelle de la perte de parents et d'amis pendant le siège de Jérusalem, la perte de son foyer et de ses revenus, tout cela causait une grande souffrance. Être exilé de sa patrie était en soi une humiliation et une dégradation. Le deuil des morts, la nostalgie du pays et la douleur de la défaite étaient des sentiments partagés par tous. Au cours des premières années de l'Exil, il y avait ceux qui étaient sûrs que l'Exil ne durerait pas longtemps. Dieu les ramènerait très bientôt dans leur pays, pensaient-ils (Jr 29,24-28). Leur espoir s'avéra sans motif. A mesure que les années passaient qu'il devenait clair que l'Exil ne finirait pas bientôt, un sentiment de découragement frisant le désespoir s'empara de beaucoup d'exilés.

Ceux qui avaient eu une grande confiance dans la croyance que Jérusalem ne pourrait jamais être détruite et que le Temple était inviolable, furent sérieusement ébranlés dans leur foi par la destruction des deux en 587 av. J.C. Le passage suivant tiré du livre des Lamentations exprime bien leur humeur.

Le message des prophètes avait été accepté. L'auteur des Lamentations acceptait la destruction de Jérusalem et du Temple comme un acte de Dieu. Tandis qu'elles sont remplies de douleur et de tristesse, les Lamentations ne présentent pas un désespoir absolu; Dieu est encore présent, même si sa présence se manifeste dans le châtiment. Mieux vaut sa colère que son absence. Il y a de l'espoir qu'il pourra renouveler son peuple.

Lecture Lamentations 2,1-8

Note: "Le marchepied" au v.1 désigne le Temple.

Il y en avait d'autres qui s'étaient enfuis dans d'autres pays en exil plutôt que d'être emmenés de force en exil par les Babyloniens. Nous avons connaissance du groupe qui est parti en Égypte, emmenant Jérémie avec lui (Jr 43,4-7). Il est fort probable qu'il y en a beaucoup plus qui sont allés en Égypte et que certains se sont enfuis dans d'autres pays en dehors de l'Égypte. C'est le début de ce qu'on appellera plus tard la diaspora, mot qui veut dire "les éparpillés" et qui désigne le peuple de Dieu vivant en dehors de la Palestine.

Jérusalem et Juda n'ont pas été repeuplés par des étrangers venant d'autres parties de l'empire babylonien. Les Assyriens avaient amené des étrangers à Samarie après 721 av. J.C., mais les Babyloniens ne firent venir personne à Jérusalem et en Juda. Ce qui veut dire que ceux qui étaient restés en arrière n'avaient pas à faire face aux influences de peuples étrangers.

Exercice pratique

1. Indiquer si les affirmations suivantes sur l'Exil sont vraies ou fausses:

a.Les exilés de Juda et de Jérusalem ont été installés dans différents endroits éparpillés dans tout l'empire babylonien.

b Riches et pauvres, les classes privilégiées et les paysans, tous étaient emmenés en exil sans distinction.

c Le nombre des exilés dans les deux déportations se situait entre dix et cinquante mille.

d.En exil, le peuple de Dieu était forcé de prendre part au culte rendu aux dieux des Babyloniens.

e.En somme, les exilés n'étaient pas maltraités; on leur donnait des terres à cultiver et certains entrèrent même dans le monde des affaires.

f.Après avoir exilé les habitants de Jérusalem, les Babyloniens repeuplèrent la ville de peuples conquis dans d'autres parties de l'empire.

g.Il y a eu deux grandes déportations des habitants de Jérusalem, la première en 598 et la seconde en 587 av. J.C.

2 Ézéchiel

Objectif Décrire le message d'Ézéchiel au peuple en exil.

Introduction

Vous allez étudier des parties d'un livre extraordinaire. Le contenu du livre d'Ézéchiel est tel que certains biblistes ont laissé entendre qu'Ézéchiel devait souffrir de troubles psychologiques graves. Ézéchiel a parfois été traité de fanatique dur et grossier, parfois de mystique au génie poétique, parfois simplement d'organisateur pratique d'un mouvement religieux. Il est juste de dire qu'Ézéchiel était quelqu'un qui sortait de l'ordinaire, du commun. Il éprouvait des sentiments très profonds, il approfondissait beaucoup les questions, il avait des expériences très fortes du Seigneur et pourtant il avait l'attitude catégorique du pasteur qui sait qu'il lui faut organiser son monde s'il veut qu'il survive au désastre. Ézéchiel allie l'imagination créatrice à un amour de l'ordre, il joint la force agissante de l'esprit à la discipline de la loi. Il associe le courage de dire des vérités dures et douloureuses et la compassion du bon pasteur. Il est à la fois idéaliste et pratique. Ézéchiel est un homme qui ne se laisse pas facilement ranger dans une catégorie.

Les biblistes sont en désaccord sur presque toutes les questions se rapportant à Ézéchiel. Où Ézéchiel a-t-il prophétisé? Certains disent à Babylone; d'autres, seulement en Palestine. D'autres encore disent à la fois en Palestine et à Babylone. Pour qui a-t-il prophétisé? Certains disent aux exilés; d'autres aux habitants de Juda avant la chute de Jérusalem en 587 et ensuite aux exilés après la chute. Tout le livre d'Ézéchiel a-t-il été écrit par lui? Certains disent que la plus grande partie du livre est de lui et d'autres maintiennent que seulement des parties sont de lui, que le reste a été écrit par des disciples et des éditeurs. Y a-t-il de l'ordre dans le livre d'Ézéchiel? Une fois de plus, c'est le désaccord.

Dans cette leçon, nous adoptons les positions suivantes, sachant pertinemment que certains spécialistes au moins ne seraient pas d'accord: Ézéchiel a prophétisé à Babylone d'environ 594 à environ 570 av. J.C. Nous maintenons que c'est l'opinion la plus vraisemblable. D'après cela, Ézéchiel faisait partie de la première déportation (598 av. J.C.). Jeune homme, il vivait à Jérusalem, probablement comme prêtre-en-formation. Il reçut sa vocation de prophète à Babylone, après s'y être installé avec les premiers exilés. Il adressait ses prophéties aux exilés comme à ceux qui étaient restés à Jérusalem. Nous suivons l'opinion que la plus grande partie du livre d'Ézéchiel a été écrite par le prophète lui-même. Les passages que nous avons choisis pour cette leçon sont, à notre avis, dans l'ensemble du prophète lui-même. Quand à l'ordre du livre, nous acceptons la position qu'il y a une introduction (1,1 - 3,27) et quatre grandes parties:

1.Les oracles de destruction (4,1 - 24,27)

2.Les oracles contre les nations (25,1 - 32,32)

3.Les oracles de renouveau (33,1 - 39,29)

4.Les oracles du peuple nouveau (40,1 - 48,35)

Ézéchiel est un érudit, un intellectuel aux vastes connaissances. Ses données sur l'histoire de son peuple sont précises et détaillées (par ex. ch. 16); il peut parler de construction navale (27,1s), des anciennes histoires d'Éden (28,11s), de Noé, Daniel et Job (14,12s). Il peut raisonner en théologien à l'esprit juridique strict (ch.18). C'est aussi un écrivain.

Il recourt très rarement aux oracles poétiques brefs qu'utilisaient les autres prophètes en dispensant la parole de Dieu; à la place, ce sont des passages en prose beaucoup plus longs, destinés à l'origine à être lus, pas dits de mémoire.

Ézéchiel est un érudit et un écrivain qui est aussi un prêtre qui a reçu une formation. Né et élevé dans une famille sacerdotale à Jérusalem, Ézéchiel a dû, jeune homme, recevoir une formation pour s'acquitter des fonctions sacerdotales dans le Temple de Jérusalem. Tout au long de ses prophéties, nous entendons les préoccupations des prêtres pour le culte. Son amour du Temple, de sa liturgie et de la pureté de l'assemblée cultuelle est au centre de la pensée d'Ézéchiel. Cet érudit, écrivain, prêtre reçoit la vocation au prophétisme. Dans l'exercice de son ministère prophétique, il emploie tous ses talents et toute sa formation sacerdotale. Jeune homme, pendant sa formation à la prêtrise, il a entendu Jérémie prêcher à Jérusalem. Ce prophète a dû l'impressionner profondément parce que Ézéchiel a employé certaines des idées et des images de Jérémie et s'est attaqué à certains des mêmes problèmes. Lorsqu'il a été emmené en exil en 598, Ézéchiel pouvait à peine faire autrement que de conclure que Jérémie avait eu raison depuis le début. Une fois en exil, Ézéchiel lui-même reçut la vocation de prophétiser. Sa vocation prophétique est modifiée par un souci pastoral du peuple, le groupe et les individus qui le constituent. Il se préoccupe des exigences concrètes de la communauté après son retour dans le pays de ses pères; mais il s'intéresse aussi à la conversion de chaque membre de la communauté. En somme, cet Ézéchiel est quelqu'un de vraiment extraordinaire!

Exercice pratique

2. Des opinions suivantes sur le(s) lieu(x) du ministère d'Ézéchiel, laquelle est adoptée dans cette leçon:

a. Ézéchiel a commencé à prêcher à Jérusalem, puis, après la chute de Jérusalem (587), il est allé en exil et a continué à y prophétiser.

b. Ézéchiel a été emmené en exil lors de la première déportation de 598 et toute son activité prophétique s'est déroulée en exil.

c. Ézéchiel a exercé son activité prophétique à Jérusalem, mais ses disciples ont augmenté son œuvre et l'ont éditée pendant l'Exil.

Vision de la Gloire

Les difficultés du livre d'Ézéchiel apparaissent clairement dès les toutes premières lignes (1,1-3). Si vous lizez attentivement ces versets, vous remarquerez qu'on s'y perd: le v.1 est à la première personne, "je me trouvais parmi les déportés...je fus témoin de visions divines". Les vv.2-3, toutefois, sont à la troisième personne, "au prêtre Ézéchiel". Au v.1, "la trentième année" n'est pas expliquée (la 30e année du règne de qui?). Du v.2 nous apprenons que c'était la cinquième année d'exil du roi Joiaqim, 594 av. J.C.

Ézéchiel a une vision pour les membres du peuple qui sont en exil avec lui. La majorité des déportés pensaient que, s'ils avaient été défaits par les Babyloniens, cela voulait dire que le Seigneur leur Dieu avait également été défait. (Il était courant de maintenir que le destin d'un peuple est le destin de ses dieux.) La victoire des Babyloniens signifiait la victoire des dieux babyloniens. Dans le peuple, ceux qui avaient pris au sérieux le message des prophètes savaient qu'il n'en était pas ainsi; le Seigneur avait prédit la défaite de son peuple et avait essayé de l'avertir par la bouche de ses messagers, les prophètes. L'Exil, pour tous ceux qui croyaient en la parole venant des prophètes, était une preuve de la force de Dieu, non pas de sa faiblesse.

Il était également couramment admis que le Seigneur était lié à son Temple et à la terre de son peuple. Ceux du peuple qui étaient à Babylone, pensaient certains, étaient très loin du Seigneur leur Dieu, ancré à Jérusalem. Ézéchiel ne croit pas que Dieu soit assez petit pour être vaincu, il ne prétend pas non plus que le Seigneur est assez petit pour être limité par son Temple et la terre de son peuple.

Beaucoup parmi le peuple en exil étaient confondus par la beauté, la splendeur de la capitale, Babylone, et la magnificence des cérémonies que les Babyloniens réalisaient en l'honneur de leurs dieux. Babylone avait de grandes murailles et portes très belles, couvertes de briques en céramique aux couleurs vives, formant des dessins d'animaux. Les temples et la liturgie étaient encore plus impressionnants. Le peuple se sentait inférieur et, ce qui est pire, commençait à sentir l'infériorité du Seigneur Dieu, Comme Ézéchiel était si sensible aux besoins de sa communauté en exil, Dieu a pu se montrer à Ézéchiel d'une façon qui dépasse la description. (Dans la lecture qui suit, n'essayez pas de vous représenter ce à quoi ressemblait l'ensemble de la vision; il vaut mieux la laisser traverser votre imagination sans vous arrêter pour en comprendre chaque symbole. Un peu comme dans un film, les images se fondent, disparaissent graduellement et réapparaissent, pour atteindre le comble de la beauté et de la puissance dans les derniers versets.)

Lecture Ézéchiel 194-28

Commentaire

Nous n'essaierons pas d'expliquer chaque image et toutes les images. Le prophète emploie le feu, l'éclair et le nuage de la vision de Dieu au Sinaï (Ex 19,16s), mais il y ajoute les images empruntées au monde des animaux, des oiseaux, et au monde des métaux purs et des pierres précieuses; les bruits des grandes eaux, des ailes en vol, du tonnerre, le bruit d'un camp plein de monde; et des couleurs, des couleurs partout, toutes les couleurs de l'arc-en-ciel. De tout cela, une chose ressort plus que toute autre - le mouvement. Les animaux comme-des-chérubins ont des ailes et bougent (vv.11-12); le feu jaillit entre les animaux (v.13); des roues, des roues à l'intérieur des roues (vv.14s). Puis, aux vv.19s, l'ensemble de cette vision embrasée et mouvante quitte le sol et s'élève jusqu'à la voûte des cieux. (Voir Gn 1,6. La voûte était cette coupole solide qui maintenait les eaux supérieures, les empêchant de tomber sur la terre. Reportez-vous au tableau de la 1er leçon, p.10.) Suivant la vision dans son ascension jusqu'à la voûte des cieux qui ont été ouverts au prophète (1,1), celui-ci entend le mugissement des eaux au-dessus des cieux et, ensuite, il voit la présence même du Seigneur Dieu qui trône au-dessus des eaux au-dessus des cieux.

Dans ces derniers versets, il n'y a aucun bruit; seules des images visuelles sont employées: le saphir, le vermeil, le feu, la lumière, les couleurs de l'arc-en-ciel. Et au cœur de tout "un être ayant apparence humaine" (v.26). Le point culminant de la vision est la ressemblance de la forme humaine. Faite à l'image et à la ressemblance de Dieu (Gn 1,26s), l'humanité fait en quelque sorte penser à Dieu lui-même. La forme humaine, à l'éclat de vermeil poli, dans la lueur des flammes, entourée de toutes les couleurs de l'arc-en-ciel, "avait l'aspect de la gloire du Seigneur" (v.28). (Si cette vision exalte le Seigneur Dieu et montre sa magnificence, elle en fait autant de l'humanité.) Le prophète ne peut que se prosterner la face contre terre.

On pourrait dire beaucoup, beaucoup de choses de cette extraordinaire vision. Nous limiterons notre commentaire aux points qui semblent les plus importants:

1. La vraie demeure de Dieu est située au-dessus de la voûte des cieux: il trône au-dessus de toute la création.

2. Le Seigneur est le Dieu de toute la création; toutes choses sur terre, depuis les minéraux jusqu'à l'humanité, sont un reflet de Dieu, mais elles sont au-dessous de lui.

3. Le Seigneur Dieu n'est pas statique, immuable, sans vie; il est dynamique, vivant, plein de mouvement. Tandis que sa présence est dans le Temple, il n'est aucunement limité à sa résidence terrestre; il peut être présent où il veut. Il peut quitter le Temple si bon lui semble.

4. Le Seigneur Dieu est la puissance même, une puissance débordant de beauté et de vie.

Cette vision avec toute sa puissance a dû être comme un onguent cicatrisant pour les exilés blessés par le découragement de la défaite.

Exercices pratiques

3 Sur la vision de la gloire du Seigneur en Ézéchiel 1,4-28.

Exprimer en quelques lignes ce que vous trouvez le plus frappant dans cette vision. (Il n'y a pas de bonne ou de mauvaise réponse à cette question. Elle vous est donnée pour vous fournir l'occasion de réfléchir et de mettre vos idées par écrit.)

4.Dans sa vision de la gloire de Dieu, Ézéchiel voit beaucoup de mouvement. Des énoncés suivants, lequel exprime le mieux le message que communique cette insistance sur le mouvement?

a.Le Seigneur est le Dieu de tous les êtres vivants, de tout ce qui se meut.

b.Le Seigneur n'est pas lié à un endroit, mais peut se déplacer et se rendre présent où il veut.

c.Le Seigneur est vivant, plein d'activité, à la différence des idoles immobiles des païens.

5 Laquelle des images suivantes est le point culminant de la vision?

a.la lumière comme les couleurs de l'arc-en-ciel.

b.un trône comme du saphir.

c.la ressemblance à une forme humaine.

La vocation du prophète

D'au milieu de la vision, le prophète entend une voix lui parler. Le prophète n'ose pas dire que la voix est celle du Seigneur lui-même, pas plus qu'il ose dire que la main qui se tend vers lui est la main du Seigneur. La grandeur de Dieu, sa magnificence produisent un tel effet sur le prophète qu'il ne peut, à ce point-là, employer des images aussi brutales. La voix qui s'adresse à lui dit simplement "fils d'homme", expression qui veut uniquement dire être humain, mortel qui connaît la naissance et la mort. Tandis que "fils d'homme" exprime la distance entre l'humanité et Dieu, il ne faudrait pas oublier qu'au centre de la vision de ce qui ressemblait à la gloire de Dieu, il y avait un être à apparence humaine.

Lecture Ézéchiel 2,1 - 3,3

Commentaire

Les "Israélites" auxquels le prophète doit être envoyé sont tous le peuple de Dieu, ceux qui sont en exil et ceux qui sont encore en Palestine. Dieu appelle le peuple "une engeance de rebelles"; ils sont comme les sujets rebelles d'un roi. Le prophète se fait dire d'annoncer ce que le Seigneur lui donne à annoncer. "Qu'il écoute ou qu'il n'écoute pas", le peuple doit savoir que le Seigneur lui a donné un message par l'intermédiaire de son prophète. Pour Ézéchiel, comme pour Isaïe, il ne s'agit pas de succès; ce qui importe, c'est le message que Dieu veut transmettre. Le prophète se fait dire de ne pas avoir peur des sarcasmes et des menaces du peuple.

Dans l'expérience qu'il fait d'être appelé à prophétiser, Ézéchiel reçoit un volume roulé qu'il mange. Cette image veut probablement refléter son ministère prophétique qu'il exercera surtout par écrit. Il mange le volume qui est plein de lamentations et de malheurs et qui est "doux comme du miel" au goût. Bien que le message soit amer et dur, Ézéchiel trouve cela assez facile d'accepter la tâche de le transmettre.

Ézéchiel fait de fréquentes mentions de "l'esprit" (v.2). Dans la vision de Dieu, l'esprit est présent, et maintenant dans l'expérience de sa vocation, l'esprit le soulève pour le mettre en la présence de Dieu (3,12-14). L'esprit est le souffle de la vie de Dieu lui-même; c'est la puissance créatrice, vivifiante qui émane de Dieu (Ps 104,29s). Bien qu'Ézéchiel se sente faible, petit et impuissant en présence du Seigneur, l'esprit l'emplit de vie et rend possible un courage intrépide. Le prophète doit transmettre son message quelle que soit la réponse du peuple. S'il annonce la parole de Dieu au peuple et que le peuple ne se tourne pas vers le Seigneur, le prophète n'en sera pas tenu responsable. Toutefois, s'il n'annonce pas la parole de Dieu au peuple et que le peuple ne se tourne pas vers le Seigneur, le prophète lui-même en sera tenu responsable.

Lecture Ézéchiel 3,16-21

Commentaire

Le prophète est un guetteur, une sentinelle qui veille sur son peuple. Sa surveillance ne s'exerce pas simplement sur le peuple en général, mais sur les individus dans la communauté. Le sens d'unité, de communauté était beaucoup plus fort dans le peuple de Dieu alors qu'il ne l'est maintenant. Le peuple pouvait très facilement accepter que ce que Dieu voulait était la conversion de tout le peuple, il n'était pas si clair que (le peuple globalement se soit converti ou non) chacun dans le peuple de Dieu avait une responsabilité personnelle. Si quelqu'un était un pécheur, il était appelé à changer ses façons de faire; si quelqu'un était un juste, il était personnellement appelé à persévérer dans sa justice. Ézéchiel est envoyé vers chaque individu. Si Ézéchiel n'avertit pas chaque personne, Ézéchiel sera tenu responsable. Si Ézéchiel avertit chaque personne, que celui-ci réponde à ce qu'on attend de lui ou non, Ézéchiel a accompli sa mission et n'en sera pas tenu responsable.

Exercice pratique

Indiquer si les affirmations suivantes sur la vocation d'Ézéchiel sont vraies ou fausses:

a. Le titre "fils d'homme" est employé pour souligner la différence entre la grandeur du Dieu vivant et la petitesse de l'homme mortel.

b. Ézéchiel doit proclamer le message qu'il reçoit du Seigneur et ne pas se laisser toucher par la réponse du peuple.

c. Sa vocation à prêcher des lamentations et des malheurs est pour Ézéchiel une vocation dure et amère.

d. L'esprit du Seigneur est la puissance vivifiante du Seigneur.

e. Ézéchiel est appelé à faire connaître que le Seigneur jugera chacun selon sa conduite personnelle.

f. Ézéchiel lui-même sera jugé d'après le nombre de conversions personnelles que son ministère aura suscitées.

"J'étendis sur toi le pan de mon manteau...et tu fus ä moi, dit le Seigneur." Ézéchiel 16,8b

Message sur Jérusalem

Dans les passages qui suivent la vocation d'Ézéchiel, le message redouté nous est donné: Jérusalem et Juda seront ravagés et le reste des notables seront emmenés en exil. (Ces prophéties datent d'après la première déportation en 598 et d'avant la destruction définitive de Jérusalem en 587). Pour Ézéchiel, il n'y a aucun espoir en Jérusalem telle qu'elle est. En réalité, le seul espoir est dans le peuple en exil. Pour exprimer cela avec le plus de vigueur possible, Ézéchiel partage sa vision de la "gloire du Seigneur" quittant le Temple, quittant Jérusalem et allant en exil avec son peuple (10,18-22; 11,22-25).

Lecture Ézéchiel 11,22-25

Commentaire

Le Seigneur laisse en arrière le Temple et Jérusalem et vient vers les exilés à Babylone. (La Chaldée est un autre nom pour la Babylonie.) Il n'est pas inébranlable dans le Temple. Le départ de Jérusalem, toutefois, est de mauvais augure, car si le Seigneur a quitté Jérusalem, il n'y a plus aucun espoir que la ville soit sauvée. Dans l'action symbolique qui suit, Ézéchiel précise cela très bien.

Lecture Ézéchiel 12,1-14

Commentaire

Le Seigneur a quitté Jérusalem, a quitté Juda et est parti vers les exilés en Babylonie; le reste des habitants de la ville suivront en exil. Le roi et sa cour, les habitants de Jérusalem doivent aller en exil.

Comment le Seigneur justifie-t-il ces événements? Dans un sermon puissant (ch.16), à la fois magnifique et bouleversant, Ézéchiel expose aux yeux du peuple la leçon qu'il faut tirer de son histoire. Ce sermon est une allégorie, c'est-à-dire une histoire dans laquelle les différents personnages et les images représentent quelque chose. Dans le cas présent, la jeune fille est le peuple de Dieu et les événements qui sont donnés représentent des événements de l'histoire des gestes de Dieu pour son peuple.

Lecture Ézéchiel 16,1-22

Commentaire

Les images parlent d'elles-mêmes: Dieu les a sauvés de la mort alors qu'ils venaient à peine de naître (Exode), a pris soin d'eux quand ils étaient dans le désert, les a élevés à la maturité avec beauté et dignité (David et Salomon), mais ils ne faisaient pas attention à ce que le Seigneur leur demandait. Ils ignorèrent leur vrai sauveur et coururent après d'autres amants. Ils apprirent à faire des choses horribles, comme de sacrifier leurs propres enfants (v.21). Seule une purification de tout ce qu'il y a de plus absolu peut changer les choses. La situation n'est pas, toutefois, désespérée.

Lecture Ézéchiel 16,59-63

Commentaire

Le peuple a rompu son "serment de mariage", l'Alliance, mais le Seigneur ne rompra pas le serment qu'il lui a fait. Il leur laissera subir la purification devenue nécessaire, mais ensuite il pardonnera leurs péchés et renouvellera son Alliance avec eux de façon inébranlable. Ce qui est demandé du peuple pour le moment, c'est d'avouer que ses péchés ont mérité le châtiment qui lui pèse sur la tête.

"Je me souviendrai de l'alliance que j'ai contractée avec toi au temps de ta jeunesse..." (Ézéchiel 16,60)

De l'exposé de leur histoire de péchés au chapitre 16, il serait facile de conclure que la génération actuelle va devoir payer pour les péchés de ses ancêtres. Ézéchiel sait fort bien que cette croyance dans la transmission de la culpabilité a toujours cours et qu'elle est dangereuse. Comme Jérémie avant lui, Ézéchiel veut que le peuple sache que chacun de ses membres sera jugé personnellement et individuellement et non seulement comme membre d'un tout, le peuple de Dieu.

Lecture Ézéchiel 18,1-9

Commentaire

Il est clair qu'Ézéchiel croit que chaque personne sera jugée en fonction de ses choix personnels. La conduite, bonne ou mauvaise, des générations passées n'importe pas pour la génération présente. Ce qui arrive au peuple maintenant est dû à la génération présente. Chaque individu sera jugé sur sa conduite au moment de sa rencontre avec Dieu; la bonne ou la mauvaise conduite d'une personne dans le passé n'aura aucune portée au moment du jugement.

"Le juste" (vertueux, droit) est décrit ici (vv.6s). Comme chez les autres prophètes, le juste est celui qui obéit aux commandements de la Loi. Ézéchiel ne donne pas une liste complète des commandements; il ne donne que les plus importants. Il rappelle à la communauté en exil que le premier commandement est le plus important: le juste adore le Seigneur Dieu seul et ne rend pas de culte sur les hauts lieux ("mange sur les montagnes"), ne prie pas les idoles. Le commandement portant sur l'adultère est allié à une nouvelle interdiction qui défend les relations sexuelles avec une femme pendant ses règles. Cette interdiction est probablement liée à la notion que le sang est la vie et que la vie est sacrée. Les relations sexuelles pendant les règles étaient considérées comme une sorte de profanation. Il est tout à fait clair que c'est une interdiction rituelle, et non pas une interdiction morale. Un homme qui avait des rapports avec sa femme pendant ses règles ne commentait pas tellement un péché, mais se rendait impur, inapte à participer aux rituels de la communauté cultuelle.

Les autres commandements se rapportent aux lois qui règlent la propriété et les prêts et exigent l'honnêteté dans les tribunaux. Il est intéressant de noter qu'Ézéchiel va au-delà de la stricte observance des lois et exhorte à la générosité envers les pauvres et les nécessiteux (v.7). Il fait preuve de la même sensibilité aux exigences de sollicitude vis-à-vis des pauvres que le Deutéronome, surtout en Dt 15.

Il faut, par conséquent, remarquer qu'une personne est juste, non pas simplement du fait qu'elle suit strictement les commandements, mais du fait qu'elle va au-delà des commandements et fait son possible pour se rendre à la raison d'être des commandements. Le but était généralement la création d'une nouvelle société, une société fraternelle, libérée de l'oppression et même ne connaissant ni la pauvreté ni la misère. Les auteurs sacrés du Deutéronome se rendaient compte que les lois à elles seules ne pouvaient pas réaliser cette nouvelle société; il fallait que les gens s'identifient à l'objectif des commandements et même le dépassent dans leur effort de créer le vrai peuple de Dieu.

Le peuple a dû s'élever contre l'enseignement d'Ézéchiel: comment le Seigneur peut-il juger chaque personne individuellement selon sa conduite à chaque instant?

Lecture Ézéchiel 18,29-32

Commentaire

La protestation que rapporte Ézéchiel: "le Seigneur est injuste" est réfutée. Ce n'est pas la mort que veut le Seigneur, mais la vie. Ce message sur le jugement individuel est un signe du sens de la justice chez le Seigneur: il ne condamne ou ne justifie pas le peuple globalement comme si tous étaient pareils, mais il évalue chaque personne. Nul ne peut donc dire: "ce que je fais n'importe pas, nous sommes tous condamnés ensemble".

Dans le passage suivant, nous sommes mis en présence d'une scène pathétique: la femme d'Ézéchiel meurt et sa mort devient le véhicule du message le plus troublant du Seigneur. Sa femme était pour Ézéchiel "la joie de ses yeux"; cela semble être un choc terrible pour lui, il est incapable de parler, non seulement parce que sa femme est morte, mais parce que cette perte est symbolique d'une autre perte terrible.

Lecture Ézéchiel 24,15-27

Commentaire

Le Temple, la fierté et la joie du peuple, sera détruit. Le peuple doit accepter cette "mort" de la même façon qu'Ézéchiel a accepté la mort de sa femme - sans lamentations ni signes de deuil. Il vaudrait mieux pour eux qu'ils gémissent sous le poids de leurs péchés qui ont amené la fin du Temple (v.23). Jérusalem doit être abattue, les membres des familles des exilés seront tués dans le siège de la ville. Le peuple a été averti que cela se produirait s'il ne changeait pas ses façons de faire. Maintenant que cela arrivera, il faut qu'il accepte comme David a accepté la mort de son fils (2 Sm 12,20-23). Lorsqu'un fugitif de Jérusalem arrivera pour leur annoncer le désastre, il sera déjà accompli et achevé; le temps du deuil sera déjà passé.

Lecture Ézéchiel 33,21-22

Commentaire

D'après la date qui est donnée, le fugitif arriva pour avertir les exilés en décembre 586 ou en janvier 585, un an et demi après la chute de Jérusalem qui s'était produite en juin ou juillet 587. Il est possible que la date donnée en 33,21 soit erronée, car un an et demi semble énorme pour que la nouvelle aille de Jérusalem à Babylone. Que la date soit exacte ou non, ce qui est importe est que la prophétie qu'Ézéchiel avait faite avant la destruction de Jérusalem et du Temple se soit en fait réalisée. Le prophète avait prédit ce qui arriverait. Pour le prophète, le temps de la terreur est passé, le pire est arrivé. Ce n'est pas le moment de prendre le deuil, mais de commencer à insuffler une nouvelle vie dans le peuple éprouvé.

Exercices pratiques

7. Dans vos propres mots, décrire brièvement le message adressé à Jérusalem (et à Juda) qui est contenu dans chacun des passages suivants: (il suffira d'une ou deux phrases.)

a.Le mouvement de la "gloire du Seigneur" (11,22-25).

b.L'action de ramasser quelques affaires et de passer par un trou dans le mur (12,1-14).

c.La mort de la femme bien-aimée d'Ézéchiel et son refus de porter son deuil (24,15-24).

8 Rapprocher les événements suivants de l'histoire du peuple des expressions correspondantes tirées de l'allégorie du ch.16 d'Ézéchiel. (Il n'y a pas de correspondance pour tous les événements énumérés.)

Expressions allégoriques Événements de l'histoire

a."Tu fus renommée i l'Exode

parmi les nations pour ta beauté."

ii la période dans le désert

b."Et je te dis, quand tu étais dans iii l'Alliance

ton sang: "Vis".

iv la période des Juges

c. "Je t'oignis d'huile." v David est fait roi

d. "et tu fus b moi". vi le temps de Salomon

Les fondations de l'avenir

Maintenant que les terribles événements ont eu lieu, il faut préparer l'avenir au plus vite. Ézéchiel ne se tourne vers le passé que pour mieux comprendre ce qui est allé de travers et pourquoi, afin d'empêcher que la même chose se reproduise à l'avenir. Il se tourne d'abord vers les chefs du peuple - les pasteurs. Le terme "pasteur" s'appliquait d'abord aux rois; mais de la façon dont Ézéchiel emploie le mot, il veut dire tous les chefs, les classes dirigeantes qui dominaient le peuple de Dieu. D'une manière très semblable à celle d'Amos, d'Isaïe et de Michée, Ézéchiel condamne les classes privilégiées pour le régime égoïste et impitoyable qu'elles imposent: se nourrissant aux dépens du peuple qu'elles auraient dû servir, tondant les brebis, les dévorant, ne prenant jamais soin d'elles.

Lecture Ézéchiel 34,1-10

Commentaire

Les chefs du peuple, avides et égoïstes, n'ont montré aucune sollicitude pour les faibles, les malades, les blessés, les égarés. En réalité, ils ont rendu les choses encore plus difficiles pour le troupeau en le dispersant. Les chefs ont provoqué la division du peuple, le troupeau a été dispersé, l'unité a été perdue. Le peuple s'est égaré vers de faux cultes sur les hauts lieux, parce qu'il n'y avait personne pour le guider. La faute est mise carrément sur le dos des classes privilégiées; les tragiques événements ont été amenés par leur comportement. (Voir Mt 18,12s; Luc 15,4s.) Le Seigneur jure maintenant que les classes dirigeantes vont perdre leur autorité et leur domination (v.10); il faudra former de nouveaux chefs. Ces dix versets sont une critique sévère de l'autorité exercée par les rois de la maison de David comme par tous les dignitaires et riches citoyens de Jérusalem. Ézéchiel juge que leur temps est fini. D'où viendra l'autorité à l'avenir?

Lecture Ézéchiel 34,11-16

Commentaire

"J'aurai soin moi-même de mon troupeau" dit le Seigneur. Il rassemblera les brebis dispersées; il les ramènera de l'exil, des différents pays où elles ont fui. Il les nourrira, leur donnera le repos. Il retrouvera celle qui est perdue, ramènera celle qui est égarée, pansera celle qui est blessée, fortifiera celle qui est faible et prendra soin de celles qui sont fortes. Aucune ne sera négligée. (Voir Jn 10; 21,15-17.) Ce ne sont pas les anciens chefs qui restaureront le peuple de Dieu, le troupeau, après l'Exil; ce sera Dieu lui-même qui restaurera le peuple, le ramènera dans son pays et le soignera. Les anciens chefs ne pourront aucunement s'attribuer le mérite de la restauration.

Ézéchiel n'était pas assez naïf pour croire que toute la faute était du côté des classes privilégiées. "Les brebis" elles-mêmes y avaient part. Ceux qui n'appartenaient pas aux classes supérieures, ceux qui étaient utilisés et exploités par les chefs, n'étaient pas si bons les uns envers les autres. Dans le passage suivant du chapitre 34, le Seigneur se tourne vers le troupeau lui-même.

Lecture Ézéchiel 34,17-22

Commentaire

Il est très courant chez ceux qui sont au bas de l'échelle économique et sociale de recourir à la violence entre eux; comme ils ne peuvent pas diriger leurs attaques contre les classes dirigeantes qui leur font mal, les pauvres se retournent les uns contre les autres. Cette violence "horizontale" est souvent le seul exutoire au sentiment de frustration et d'impuissance des classes inférieures. Les pauvres ont également tendance à adopter les valeurs de leurs riches oppresseurs, aussi, quand l'occasion se présente, s'exploitent-ils mutuellement. Les pauvres ne sont pas égaux; il y a les gras et les maigres. Les forts "foulent aux pieds l'herbe, troublent l'eau" des faibles. Ézéchiel fait ici preuve de la perspicacité d'un vrai pasteur; il n'a pas seulement vu les crimes des chefs, mais également les offenses du petit peuple. Chacun sera jugé selon sa conduite. (Voir Mt 25,31-46.)

Ézéchiel se tourne maintenant vers la source traditionnelle d'espérance, la maison de David. Après avoir rejeté l'ancienne autorité, qui comprenait certainement les rois de la maison de David (w.1-10), il semble étrange qu'Ézéchiel y revienne à la fin de sa prophétie.

Lecture Ézéchiel 34,23-31

Commentaire

"Mon serviteur David sera prince au milieu d'eux" (v.24). Il est intéressant de noter que le nouveau David n'est pas appelé roi, mais prince ou souverain. Le titre de "roi" est réservé à Dieu seul. Plus tard dans le courant de cette leçon, nous verrons que le prophète a vu que l'autorité à l'avenir reposerait entre les mains des prêtres. Quel sera donc le rôle de la maison de David à l'avenir? Les biblistes ne s'accordent pas vraiment. Nous proposons une réponse possible à la question. Selon Ézéchiel, il y a encore de l'espoir dans la maison de David. Les promesses du Seigneur à David sont toujours valables (2 Sm 7) et devraient produire du fruit à l'avenir. Ézéchiel croit que le Seigneur suscitera un autre souverain, encore meilleur que David lui-même. Mais ce nouveau souverain ne sera pas un roi à la façon traditionnelle dont les rois gouvernaient. Le nouveau chef de l'avenir sera un vrai pasteur, qui prend soin de son troupeau de manière désintéressée, qui ne se sert jamais ou n'abuse jamais du peuple. Le nouveau David ne revendiquera pas le centre de l'attention pour lui-même, mais fera bien comprendre que c'est le Seigneur qui fait paître son troupeau. Tandis qu'Ézéchiel dit que le nouveau David sera prince (v.24), il conclut le passage par les mots du Seigneur: "Je ferai paître mon troupeau" (v.31). Il semblerait qu'Ézéchiel espère en un authentique "fils de David" qui sera vraiment "Dieu-avec-nous" (Is 7,14).

Exercice pratique

9 Sur les pasteurs et les brebis (ch.34).

A qui se rapportent les déclarations suivantes?

(Note: Les parties entre parenthèses n'appartiennent pas a la question.)

a."Non contents de boire une eau limpide, vous troublez le reste avec vos pieds."

b. "(Je susciterai) un pasteur qui les fera paître."

c. "Vous avez sacrifié les brebis les plus grasses, mais vous n'avez pas fait paître le troupeau."

d. "Vous avez frappé les brebis souffreteuses...et des cornes."

e. "Vous n'avez pas fortifié les brebis chétives."

f. "(Je vais juger entre) la brebis grasse et la brebis maigre."

Le prochain passage à étudier (36,16-28) est probablement le plus important du livre d'Ézéchiel; n'aurait-il rien écrit d'autre, on se serait toujours souvenu de lui. Comme vous pourrez le remarquer, Ézéchiel est redevable à Jérémie de l'idée centrale sur le renouvellement de l'Alliance (Jr 31,31s); mais Ézéchiel va plus loin que Jérémie et introduit de nouvelles perspectives dans le sujet de l'Alliance.

Il est compréhensible que, pendant l'Exil, le peuple se soit beaucoup apitoyé sur son sort; ils avaient été punis pour leurs péchés. Ils étaient désespérément isolés, loin de leur pays, de leur grande ville et de son Temple. C'était normal, pourrions-nous dire, que le peuple se soit centré sur lui-méme et ait oublié ce que la destruction de Jérusalem et l'Exil lui-même signifiaient pour le Seigneur leur Dieu, leur partenaire dans l'Alliance. Si l'Exil était terrible pour le peuple, il était encore plus terrible pour Dieu. Jérémie avait déjà fait allusion a ce que toute cette période lugubre de l'histoire signifiait pour Dieu quand il avait dit que le Seigneur avait voulu être un père pour son peuple, mais qu'il avait été forcé de se conduire comme un punisseur sévère (Jr 3,19s; 31,32). Ézéchiel approfondit encore la question et fait encore mieux comprendre ce que ces actes de destruction ont signifié pour Dieu lui-même.

Lecture Ézéchiel 36,16-23

Commentaire

Le Seigneur explique ce qui s'est réellement passé: la conduite du peuple dans son pays était si mauvaise qu'elle a rendu le pays impur, inhabitable pour le Seigneur et inhabitable pour son peuple. Aussi a-t-il dû les disperser, débarrasser le pays d'eux pour qu'il puisse redevenir pur. Ayant exilé son peuple, il a fallu que le Seigneur endure la chose la plus insultante, la profanation de son nom: les nations disent en se moquant: "C'est le peuple du Seigneur, ils ont été exilés de son pays" (v.20). Dieu avait voulu se faire connaître par-ci les nations tel qu'il était vraiment. C'était par l'intermédiaire de son peuple qu'il avait voulu être révélé comme le Dieu de la vie, le Dieu sauveur qui devrait être connu pour sa miséricorde, son pardon, sa douce sollicitude; le Dieu, comme le dit le yahviste, qui ne tue pas les pécheurs mais est patient et les défend même comme Cain (Gn 4,13-16). Maintenant, la destruction de Jérusalem, l'Exil l'ont fait apparaître aux yeux des nations comme un Dieu qui punit, et punit cruellement.

Qui plus est, le Seigneur Dieu qui est tout-puissant, qui est le créateur de tout l'univers, qui trône au-dessus de toute la création, est vu par les nations comme un Dieu faible, même impuissant à empêcher la destruction de sa ville, de son Temple, et trop faible pour garder le contrôle du pays qu'il avait donné à son peuple. La connaissance du vrai personnage du Seigneur a été faussée et déformée aux yeux des nations, qui le voient maintenant faible et, qui pis est, si les nations croient que le Seigneur lui-même a attiré tout cela sur son propre peuple, elles croient que le Seigneur est un Dieu vengeur et sans merci. La réputation de Dieu a été ruinée, "profanée" parmi les nations.

Le peuple de Dieu (alors comme maintenant) était appelé à être le moyen par lequel Dieu se fait connaître à toutes les nations du monde. Le peuple de Dieu est l'instrument de la révélation. C'est par l'intermédiaire du peuple que doit être manifestée la sainteté de Dieu; son caractère de Dieu unique, sa grandeur doivent briller dans son peuple. Le peuple de Dieu doit sanctifier le Nom parmi les nations (Mt 6,9). (Le "nom" est Dieu lui-même tel qu'il est connu sur terre.)

Dieu va maintenant agir "non pas à cause de vous...mais pour mon saint Nom" (v.22). C'est un point fondamental de théologie. Dieu est tenu de sauver son peuple, tenu d'apporter le salut au monde, pas simplement par suite d'une promesse qu'il a faite, mais en vertu de sa propre nature. Dieu y est tenu vis-à-vis de lui-même; il a l'obligation d'être fidèle à son vrai moi; ne peut s'empêcher de sauver. Pour paraphraser, nous pourrions dire que le Seigneur ne va pas sauver le peuple de son sort en exil à cause de sa vertu, de sa conversion, ni même parce qu'il veut spécialement /e sauver. C'est pour lui-même, c'est-à-dire pour être fidèle à sa nature même et, par conséquent, pour être connu pour le Dieu qu'il est vraiment, que Dieu va sauver le peuple. En étant fidèle à lui-même, ii les sauvera et il montrera sa sainteté aux nations (v.23). (Voir Nb 14,10-19, où Moïse emploie un argument analogue pour détourner la colère de Dieu du peuple pécheur.) Ézéchiel passe ensuite à la description de ce que le Seigneur va faire.

Lecture Ézéchiel 36,24-28

Commentaire

"Je vous ramènerai vers votre pays" (v.24). C'est le premier aspect du geste de salut que le Seigneur fera pour être fidèle à sa propre nature. Quand Ézéchiel a écrit ce passage, c'était vraiment une prophétie extraordinaire. Il n'est pas possible de la dater avec exactitude, mais elle a été écrite avant 570 av. J.C., plusieurs années avant qu'il n'y ait aucun signe que Babylone tomberait aux mains d'un nouvel empire qui renverrait le peuple de Dieu chez lui. Le Seigneur doit être fidèle à ses promesses; cette prophétie doit se réaliser.

"Je répandrai sur vous une eau pure" (v.25). Plus important que le fait de ramener son peuple dans son pays est le renouveau que le Seigneur va susciter. D'abord, le Seigneur les purifiera de leurs péchés. La purification avec de l'eau (voir Ps 51,7) était probablement un geste rituel utilisé dans la liturgie du Temple. Ici, toutefois, c'est plus qu'un simple rituel; cela signifie que le Seigneur pardonnera les péchés de son peuple complètement. Pardonner, c'est libérer du passé et offrir un nouvel avenir. Dieu libérera son peuple de ses péchés, annulera sa culpabilité et lui donnera un nouvel avenir, dégagé de son passé étouffant.

"Je vous donnerai un cœur nouveau" (v.26). Comme dans la vision de la nouvelle Alliance de Jérémie (Jr 31,31), le cœur est le centre de la connaissance chez l'homme. Jérémie avait dit que le Seigneur écrirait sa Loi sur leur cœur, si bien que le peuple n'éprouverait plus Dieu et sa Loi comme quelque chose d'extérieur à lui, d'étranger. Ici, Ézéchiel pousse l'image plus loin en disant que le Seigneur leur donnerait "un cœur nouveau". Le cœur, le centre de chaque membre du peuple serait transformé, serait renouvelé.

"Je mettrai en vous un esprit nouveau" (v.26). Ézéchiel emploie l'esprit dans le sens de la force qui anime, fait agir et décider. L'esprit qui avait été dans le peuple était un esprit de révolte qui portait le peuple à de mauvaises actions, à de mauvaises décisions. Cet ancien esprit fera place à un esprit nouveau.

"J'ôterai le cœur de pierre" (v.26). Cœur et esprit sont étroitement liés ici. Le cœur est le siège de la connaissance et du sentiment chez quelqu'un; l'esprit est la puissance qui met cette connaissance en action. Le cœur et l'esprit doivent tous deux être changés. Le cœur qu'avait le peuple était un cœur de pierre. Ézéchiel met ici le doigt sur l'expérience la plus courante des prophètes: le peuple n'a pas de sentiments, pas de sensibilité vis-à-vis du Seigneur ou du prochain. (Comme Jérémie, Ézéchiel est très proche de l'idéal qui se trouve en Dt 6,4-9. Voir leçon 6, pp.6-7.) Cette dureté, ce manque de chaleur et de bons sentiments doivent disparaître.

"Je vous donnerai un cœur de chair" (v.26). Le cœur de pierre sera remplacé par un cœur de chair, un cœur sensible, qui comprend. Ici, Ézéchiel met l'accent sur l'aspect de connaissance qui entraîne des sentiments, non une connaissance purement intellectuelle et abstraite; la nouvelle connaissance doit en être une qui affecte toute la personne. Comme le dirait le Deutéronome, la connaissance qu'il faut est celle qui s'exprime par l'amour, qui jaillit de tout son cœur, de toute son âme, de toutes ses forces (Dt 6,4-9). Pour que cela se produise, il faut que soit donné un cœur nouveau, un cœur de chair, pour remplacer le cœur de pierre.

"Je mettrai mon esprit en vous" (v.27). C'est l'expression clé du passage. L'Alliance sera renouvelée au niveau profond de l'esprit. Ce sera un mariage de l'esprit du Seigneur avec l'esprit du peuple. Dieu mettra son propre pouvoir d'action, sa propre force créatrice et vivifiante dans les membres de son peuple. De cette façon, ils seront unis à leur Seigneur de l'intérieur et seront capables librement d'obéir à ses lois. L'union avec le Seigneur et sa volonté doit être réalisée profondément au niveau du cœur et de l'esprit, pas seulement au niveau d'une obéissance extérieure, machinale.

Le passage se termine avec la formule traditionnelle d'Alliance-mariage: "Vous serez mon peuple et moi je serai votre Dieu" (v.28). Le mariage deviendra permanent, indissoluble.

Dans les versets qui suivent ce passage (36,29-38), Ézéchiel décrit les signes extérieurs de cette Alliance renouvelée: l'abondance réapparaîtra et le pays que le Seigneur leur a donné sera comme un jardin d'Eden.

Le miracle du Seigneur qui donne une vie nouvelle à son peuple à travers la destruction de Jérusalem et l'Exil est symbolisé avec beaucoup de force dans le passage suivant.

Lecture Ézéchiel 37,1-14

Commentaire

C'est par la mort que vient la vie nouvelle. D'une façon dramatique, la vision exprime le miracle de la vie nouvelle qui sort de la mort. Ézéchiel dit que le Seigneur peut donner une vie nouvelle au peuple qui est comme tant de tombes pleines d'ossements. Par l'expérience de la mort et de l'enterrement, qu'a été la destruction de son pays et l'Exil, le peuple sera ramené à la vie. Ce thème de la vie sortant de la mort, illustré par des ossements desséchés qui sont transformés en des êtres vivants, serait un jour exprimé en un enseignement clair sur la résurrection de la chair après la mort (2 M 7,9).

Exercice pratique

10 Donner une brève explication des affirmations suivantes tirées du message du Seigneur è Ézéchiel lors du renouvellement de l'Alliance:

a. "Ils (le peuple) ont profané mon saint nom parmi les nations" (36,20).

b. "Ce n'est pas à cause de vous que j'agis de la sorte, maison d'Israël, mais c'est pour mon saint nom" (36,22).

c. "J'ôterai de votre chair le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair" (36,26).

L'Ordre nouveau

Dans les chapitres 40 à 48, Ézéchiel entre dans la réorganisation du peuple de Dieu. Il décrit le nouvel ordre des choses, en commençant par une description détaillée du nouveau Temple qu'ils vont reconstruire lorsqu'ils retourneront dans le pays (ch.40-42). Le prophète entre dans beaucoup de détails sur l'édifice, mais, quand on étudie ses instructions de près, il apparaît clairement qu'il présente un idéal et non un plan réel à l'usage des architectes. Il faut que le Temple soit magnifique et digne de la présence qu'il symbolisera. Bien qu'Ézéchiel soit un organisateur, il ne perd pas de vue la vérité centrale; l'aspect le plus important du nouvel ordre des choses est le fait que le Seigneur reviendra vivre au milieu de son peuple. Dans le passage suivant, Ézéchiel décrit la vision de la "gloire" qui avait quitté Jérusalem (11,22-25) et qui revient prendre possession du nouveau Temple.

Lecture Ézéchiel 43,1-9

Commentaire

Ézéchiel voit "la gloire du Seigneur (qui) emplissait le Temple" (v.5) et entend une voix disant que, cette fois-ci, le Seigneur ne quittera plus jamais son peuple (vv.7,9). (Voir Mt 28,20.) Les paroles qui suivent précisent que le Temple occupera toute la colline orientale de Jérusalem; le palais du roi ne sera plus attenant au Temple, mais placé séparément dans une autre partie de la ville. Les rois ne souilleront plus la présence vivante du Seigneur avec des cimetières pour les rois. Les rois n'auront plus leur place d'honneur le long du Temple; de cette façon, même si les futurs rois tombaient dans l'idolâtrie, ils ne souilleraient pas le Temple avec leurs "piliers" objets d'idolâtrie).

Les exégètes ne s'accordent pas sur l'auteur de toutes les règles détaillées et règlements des chapitres 44-46; certains les acceptent comme venant tous d'Ézéchiel, tandis que d'autres soutiennent que beaucoup de ces règles, pour ne pas dire la plupart, sont de ses disciples. Ceux qui croient que ces versets ont été écrits par des disciples. disent que les règlements sont trop sévères et traitent de sujets trop banals pour un prophète comme Ézéchiel; ils croient qu'Ézéchiel ne s'abaisserait pas à dire aux prêtres comment se couper les cheveux et de ne pas porter de laine (44,17-20). Ce qu'il convient de remarquer, c'est qu'au chapitre 44 on nous donne divers règlements et règles indiquant une tendance qui a probablement commencé avec Ézéchiel: tendance à des règlements détaillés et souci de pureté rituelle pour les prêtres. La pureté rituelle comprenait toutes sortes de règles à observer, propres à maintenir une personne en état de participer au culte dans le Temple. L'impureté rituelle ne doit pas être confondue avec le péché. Par exemple, si un prêtre touchait un mort qui n'était pas un parent proche (44,25), il devenait impur, pas en état de participer au culte officiel jusqu'à ce qu'il ait observé un temps fixé de purification. Cette règle semble avoir eu pour base la conviction que le Seigneur, le Dieu vivant, ne devait pas être adoré par des personnes qui avaient eu un contact direct avec la mort. (Il se peut qu'il y ait même eu là une forme primitive de souci d'hygiène: le prêtre en tant que personnage public participant aux sacrifices, dont beaucoup devaient être mangés, ne devrait pas avoir été en contact avec un mort immédiatement avant de prendre part à la liturgie.)

A notre avis, les points suivants des chapitres 44-46 reflètent probablement l'enseignement du prophète Ézéchiel:

1. Ézéchiel a été le premier à interdire nettement aux étrangers, incirconcis de cœur et incirconcis de corps (44,7) à prendre part au culte officiel du Temple. Il est intéressant que le prophète écrive "de cœur et de corps". Un étranger, qui en était venu à croire dans le Seigneur d'Israël et à l'accepter du fond du cœur, accepterait donc la circoncision physique et deviendrait membre du peuple de Dieu. En 47,22, Ézéchiel précise que les étrangers qui vivent au milieu du peuple de Dieu doivent être considérés comme des membres ou des citoyens d'Israël. Pour Ézéchiel, la distinction entre étranger et citoyen n'est pas basée seulement sur le sang, mais sur la circoncision du cœur et du corps.

2. Le prince (roi) est rétrogradé à une position inférieure à celle des prêtres. Des règlements spéciaux sont émis pour limiter les activités du prince: il doit vivre dans un quartier séparé du Temple (43,7-8). On doit lui donner une section spéciale de terre, qu'il ne doit pas étendre. Ceci pour assurer que les futurs princes n'oppriment plus le peuple de Dieu (45,7-8). Le prince reçoit l'ordre de pratiquer la justice et l'intégrité et "de ne plus jamais accabler mon peuple d'exactions" (45,9). Le prince aura ses propres terres et ne dépendra plus des impôts du peuple. Le prince reçoit des instructions sur la façon dont il doit participer au culte. Il doit faire faire certaines offrandes en son nom à certaines occasions; mais il est clair qu'il ne doit pas occuper le centre de la liturgie. Il semble qu'il doit être compté comme un membre du peuple, entrant quand le peuple entre et sortant quand il sort (46,10). Dans les cas spéciaux, les prêtres, pas le prince, rendront la justice (44,24).

3. Les prêtres qui sont les descendants de Sadoq (un des prêtres nommés par David pour servir dans la Tente de l'Arche, 2 Sm 8,17) sont les seuls à participer effectivement aux services du culte dans le Temple. Tous les autres anciens prêtres et Lévites qui servaient dans des sanctuaires en dehors de Jérusalem sont réduits au rôle de simples ouvriers autour du Temple (44,10-15).

Le livre d'Ézéchiel donne d'autres règles aux chapitres 44-46, mais celles-ci ne nous concernent pas directement ici. En 47,1-12, nous retournons à ce qui est nettement le style d'Ézéchiel. A l'aide de l'eau, symbole de la vie, le prophète décrit la signification de la présence du Seigneur dans le Temple de Jérusalem: le Seigneur est la source de toute vie, et de la vie en abondance, pour son peuple. Vous vous rappellerez comment, dans la description yahviste de l'Éden, les eaux de tous les fleuves de la création sortaient du jardin (Gn 2,10-14). Ézéchiel se sert de la même image pour le Temple.

Lecture Ézéchiel 47,1-12

Commentaire

Le Seigneur qui fera passer son peuple de la mort à une vie nouvelle lui donnera la vie en plénitude. Le Seigneur est l'eau vive pour son peuple (voir Jn 4,1s; 7,37s; Ap 7,16s; 22,17).


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