Excerpt for Montée - Leçon 15 - Les prophètes de l'Exil (2) by , available in its entirety at Smashwords

Montée -Leçon 15 Les Prophètes de L'Exil (2)

par Marcel Gervais, archevêque émérite du diocèse d'Ottawa, Canada

Nihil obstat: Michael T. Ryan, B.A., M. A., Ph.D.

Imprimatur: + John M. Sherlock, évêque de London

London 31 Mars, 1980

Le contenu de ce livre a été publié la première fois en 1977 dans le cadre de la série Journey par les Programmes d'études de la foi catholique et est maintenant réédité en Smashwords par les Publications d'Emmaüs, Ottawa, ON, Canada sur Smashwords

Couverture:"Il ne crie pas, il n'élève pas le ton, il e fait pas entendre sa voix dans les rues. Il je rompt pas le roseau broyé, if n'éteint pas la flamme vacillante." Isaïe 42,2-3

© Programmes d'études de la foi catholique, une division du Centre international d'éducation religieuse 1977. Reproduction dans tout ou partie est interdite.


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Contenu

1 Je Fais Du Nouveau

2 Mes Voies Ne Sont Pas Vos Voies

Corrigé des exercices pratiques

Test

Corrigé du test

Recommandations pour la réunion de groupe

A propos de l'auteur

Psaume 103

Hymne de louange à la bonté et à la grandeur du Seigneur: il est bon, indulgent, tendre et constant dans son amour. La foi du psalmiste est fondée sur la révélation faite à Moïse (Exode-Alliance) quand le Seigneur a montré qu'il était le sauveur des opprimés (vv.6-7). Le Seigneur a compassion de la race humaine, elle ne le laisse pas insensible parce qu'il nous a faits et qu'il nous connaît de fond en comble; il sait donc combien nous sommes fragiles et H est prompt à pardonner et très lent à se mettre en colère (vv.8-17). Ce cantique de louange très consolant reflète beaucoup des pensées et des attitudes des écrits que nous allons examiner dans cette leçon.

Objectif de la leçon Décrire la condition du peuple vers la fin de l'Exil et décrire des thèmes choisis tirés du message donné par le Second Isaïe.

Introduction

Les chapitres 40 à 55 du livre d'Isaïe, comme ils faisaient partie de l'ensemble des écrits sous le nom d'Isaïe (Is 1,1), ont été considérés pendant de nombreux siècles comme ayant été écrits par le prophète Isaïe, fils d'Amos, qui œuvra à Jérusalem de 740 à 690 av. J.C. Il y a près de 800 ans, un rabbin du nom d'Ibn Ezra douta qu'Isaïe de Jérusalem ait pu écrire ces chapitres. Au cours des cent dernières années ou à peu près, après des études très soignées, mot à mot, d'Isaïe 40 à 55, les biblistes en sont arrivés à la conclusion définitive que ces chapitres n'avaient pas été écrits par le prophète Isaïe de Jérusalem au 8e siècle. En étudiant ces chapitres, vous remarquerez que l'auteur est en exil, qu'il est au courant de Babylone, de Cyrus le Perse et que cet auteur a un style, un vocabulaire et un message qui sont très différents d'Isaïe. Tout laisse à penser que l'auteur des chapitres 40 à 55 du livre d'Isaïe a écrit entre 550 et 530 av. J.C., quelque deux cents ans après l'Isaïe de Jérusalem. Il y a toutefois des ressemblances entre cet auteur et Isaïe. Il semblerait que c'est un disciple du premier Isaïe, qui écrit des générations plus tard sous l'influence du grand prophète.

Si ce n'est pas Isaïe, le fils d'Amos, de Jérusalem, qui, alors, a écrit ces chapitres? Personne ne sait qui nous a donné ces poèmes d'une extraordinaire beauté. Aucun nom n'est donné nulle part. Faute de mieux, l'auteur est habituellement appelé Second ou Deutéro Isaïe (Deutéro = second), parce que ses écrits se trouvent dans la seconde grande section du livre d'Isaïe. Le prophète qui a écrit ces poèmes était probablement un homme, bien que les nombreuses perceptions et expressions qui se trouvent dans les prophéties permettent l'hypothèse que ce soit une femme.

Nous n'avons pas d'explications convaincantes du fait que le nom du prophète n'ait pas été conservé. Il est possible que ce prophète ait été un écrivain qui composait des poèmes pour les réunions religieuses qui avaient lieu en exil. Il est également possible que ce prophète ait eu très peu d'adeptes, qu'il ne soit jamais devenu célèbre dans la communauté exilique et que les prophéties aient été conservées sans le nom de l'auteur. Certains exégètes ont émis l'hypothèse que les chapitres 40 à 55 n'étaient pas l'œuvre d'un seul mais de nombreux auteurs représentant un mouvement minoritaire parmi les exilés. Dans cette leçon, nous adoptons la position que les chapitres 40 à 55 ont été écrits par un seul auteur; seules de rares sections brèves seront attribuées à d'autres auteurs.

Dans cette leçon, nous adoptons également la position que les chapitres 40 à 55 d'Isaïe forment deux sections: la première, 40-48; la seconde, 49-55. La première a été écrite entre 550 et 540 av. J.C. La seconde, nous maintiendrons qu'elle a été écrite après 539. Cela sera expliqué plus en détail dans le commentaire. Nous voulons, cependant, que vous sachiez, que certains biblistes soutiennent des positions très différentes: certains prétendent qu'il n'y a aucun ordre d'aucune sorte dans ces chapitres; d'autres, que les documents sont classés dans un certain ordre. Nous adoptons une sorte de position moyenne, soutenant que les poèmes se répartissent en deux sections principales comme il a été mentionné plus haut et, qu'à part cela, on n'y trouve aucun ordre net, convaincant.

Si on met de côté toutes les questions qui n'ont pas encore de réponses complètement satisfaisantes, une chose demeure certaine: les chapitres 40 à 55 contiennent des passages qui comptent parmi les plus beaux de la Bible. La grande poésie éveille toujours un sentiment d'admiration; on peut la lire et la relire et chaque lecture révélera quelque chose de nouveau, de plus profond. Dans l'hébreu original, la poésie du Second Isaïe est extraordinairement belle; les sons, les rythmes, le flot des idées créent une atmosphère et communiquent une pensée à la manière des très grands poètes. Même dans la traduction en langue moderne, la beauté et la chaleur du Second Isaïe transparaissent.

1 Je fais du nouveau (ch. 40-48)

Objectif Décrire la condition du peuple vers la fin de l'Exil et un choix de thèmes tirés du message du Second Isaïe dans les chapitres 40 à 48 du livre d'Isaïe.

Objectif 1.1 Décrire la condition du peuple et le message qu'il recevait du Second Isaïe, d'après le chapitre 40 du livre d'Isaïe.

Qu'est-ce qui se passait en Exil vers 550 av. J.C. quand, selon la position que nous avons prise, le Second Isaïe commença à prophétiser? Nous avons vu, dans la leçon précédente, ce qui avait commencé à se produire au temps d'Ézéchiel (voir leçon 14, pp.3-4). Les enseignements de Jérémie et d'Ézéchiel avaient été acceptés par de nombreux exilés. Ils en étaient venus à comprendre que la destruction de Jérusalem et de son Temple et l'Exil lui-même avaient été causés par le péché du peuple. Jérémie et Ézéchiel avaient tous les deux prédit ces terribles événements et ceux-ci s'étaient abattus sur le peuple exactement comme les prophètes l'avaient dit. Toutefois, ces mêmes prophètes avaient également dit que le Seigneur les ramènerait à Jérusalem et en Juda, que le Temple serait reconstruit et qu'ils connaîtraient une période de paix. Jérémie avait dit que le Seigneur leur réservait un avenir plein d'espoir (Jr 29,11). Or, dix, vingt, trente et même quarante longues, longues années s'étaient écoulées et rien ne semblait arriver; ils étaient toujours en exil, et il n'y avait aucun signe de changement.

Ceux qui avaient encore la foi virent leur foi chanceler, leurs espoirs s'assombrir. Ils étaient brisés, anéantis, à bout. Surtout ils étaient fatigués, las, épuisés de la lutte pour garder la foi, obéir à la Loi et croire aux promesses que le Seigneur avait faites par les prophètes. Qui pis est, ils sentaient qu'ils avaient tous été étiquetés comme criminels condamnés par leur Dieu. L'Exil était le châtiment du péché et, même si beaucoup d'entre eux n'avaient eu aucune part aux péchés qui avaient amené l'Exil, ils en ressentaient la douleur. Pourquoi?

Les exilés avaient été obligés de suivre les instructions de Jérémie: "Bâtissez des maisons et installez-vous..." (Jr 29,5s). Ils s'étaient installés; ils s'étaient intégrés à la vie de l'empire babylonien. Beaucoup s'y étaient si bien installés qu'ils avaient failli se fondre dans la société dans laquelle ils vivaient; parmi ces derniers, certains avaient même probablement cessé d'espérer retourner à Jérusalem. Certains, semble-t-il, perdirent leur foi, s'éloignèrent insensiblement de la communauté du peuple de Dieu en exil et furent absorbés dans la société babylonienne. D'autres ne perdirent peut-être pas leur foi complètement, mais furent sérieusement tentés d'inclure les dieux des puissants Babyloniens dans leur culte. C'est à tous ces gens-là que le Second Isaïe adresse la parole de Dieu.

Consolez, consolez mon peuple (ch.40,1-31)

Le premier poème (Is 40,1-11) sert d'introduction aux chapitres 40 à 55. Il donne le ton de toutes les prophéties qui suivent et, de façon très indirecte, présente le prophète en faisant une subtile allusion à sa vocation (v.6). Dieu parle à ses messagers, leur donnant des instructions à propos du message qu'il veut que son peuple reçoive (v.1). En hébreu, quand un commandement répète le même verbe (consolez, consolez), cela exprime une certaine urgence. Le mot traduit par "consolez" ou "réconfortez" a une racine qui veut dire reprendre sa respiration. Dieu demande à ses messagers de donner à son peuple un message qui va le ranimer, lui faire pousser un profond soupir de soulagement. Le mot réconforter ou consoler a aussi le sens d'aider ou de venir au secours. Une traduction assez libre du v.1 pourrait donner: 'Aidez mon peuple, aidez-le avant qu'il ne soit trop tard. Donnez-lui une raison de respirer encore'.

Lecture Isaïe 40,1 -1 1

Note: Jérusalem (Sion) désigne tout le peuple de Dieu.

Commentaire

Le poème est en cinq strophes qui sont liées entre elles par le thème de la parole de Dieu qui doit être donnée à son peuple: parler, crier, élever fortement la voix.

Vv.1-2: "Parlez au cœur" veut dire parler tendrement, à la façon des parents qui parlent à un enfant qui souffre. Le Seigneur sait que son peuple a un besoin extrême d'être tenu d'une main ferme, d'être assuré que le temps du châtiment est passé, fini; le temps de se sentir coupable est dépassé. L'expression "double punition" ne veut pas dire que le Seigneur a puni trop sévèrement, mais c'est une façon de dire que les péchés du passé ont manifestement été expiés et qu'il n'y a pas lieu de revenir sur le passé. Il est temps de regarder en avant, de lever les yeux et d'être prêt à voir ce que le Seigneur est même maintenant en train de faire pour son peuple.

Vv.3-5: "Une voix crie". Quelle est cette voix, cela n'est pas précisé; cela pourrait être un messager céleste, un prophète ou même le Seigneur lui-même. "Préparez dans le désert une route pour le Seigneur." Si on traçait une ligne droite de Babylone à Jérusalem, elle traverserait des milles de désert et de régions inhabitées. Le message de consolation donner au peuple est que le Seigneur va ramener son peuple chez lui, immédiatement. Il commande qu'une route, droite et nivelée, soit faite entre Babylone et Jérusalem, en plein désert. Cette route est le chemin sur lequel le Seigneur fera connaître sa gloire toute l'humanité. (C'est évidemment de la poésie. Le Seigneur n'ordonne pas un projet de construction.) Au début de son histoire comme peuple de Dieu, Dieu avait regardé la misère et la situation désespérée de ce groupe d'esclaves en Égypte. Son premier geste en leur faveur avait été de faire une route à travers les eaux de la mer (Ex 14). Maintenant que son peuple est une fois de plus sur le point d'être anéanti par le désespoir, le Seigneur va ouvrir une nouvelle issue pour les sortir de leur situation désespérée. La première passait par l'eau; la seconde passera par le désert.

Vv.6-8: La troisième strophe commence comme la deuxième; "une voix", non identifiée, donne l'ordre de "Crier". Une autre voix répond: "Que crierai-je?" Cette seconde voix est probablement le prophète lui-même. Nous ne trouverons pas d'allusion plus directe au prophète. Il est des plus révélateurs que, la seule fois où le prophète fait allusion lui-même, ce soit pour dire des paroles qui montrent qu'il partage exactement le sentiment de désespoir qui est celui de sa communauté. C'est comme si le prophète disait: "A quoi bon crier? Qu'y a-t-il à prêcher? Nous sommes tous comme des brins d'herbe, desséchés et flétris par les chauds vents de sable de l'été, des vents que Dieu lui-même a soufflés sur nous. Pourquoi ne pas nous laisser tranquilles à mourir dans le désespoir auquel nous nous sommes habitués? Ne nous fais pas mal en nous donnant de l'espoir." Sans nier l'état de dépression du peuple ou son sentiment de son insignifiance, la voix donne au prophète la seule et unique raison d'espérer: le peuple est peut-être semblable à des fleurs en train de se faner, mais "la parole de notre Dieu demeure toujours".

Moïse avait reçu la parole de Dieu (Ex 3,7-12); Dieu avait dit qu'il ferait sortir son peuple du pays d'Égypte et c'est ce qu'il avait fait. Les prophètes, comme Jérémie et Ézéchiel, avaient également reçu la parole de Dieu; Dieu avait dit par leur bouche que des désastres allaient se produire et ils s'étaient produits. La parole de Dieu est forte, elle fait ce qu'elle dit, elle tient bon. Une nouvelle parole de Dieu doit être proclamée maintenant.

V.9: On dit au messager d'annoncer cette nouvelle parole au monde entier du sommet d'une haute montagne. C'est un message de joie, une bonne nouvelle pour tout le peuple. L'essentiel du message est: "Voici votre Dieu".

Vv.10-11: Dans un langage qui fait penser aux marches triomphales des armées babyloniennes défilant avec leurs dieux sur les grand-routes babyloniennes, il est dit que le Seigneur même maintenant est en train de se préparer à ramener triomphalement son peuple dans son pays, comme un berger qui porte ses brebis blessées. Le peuple a besoin de se faire dire que le Seigneur veut le tenir fermement dans ses bras et le ramener dans son pays.

Dans le passage qui suit ce poème d'ouverture (40,12-26), l'attention du peuple est détournée de son propre sentiment, de sa petitesse et de son indignité. La seule raison pour eux d'avoir le moindre espoir est le fait que le Seigneur n'est pas petit et impuissant: il est le créateur tout-puissant, celui qui peut tenir dans le creux de sa main toutes les eaux de la terre. Pour lui, le monde entier et tous ses habitants sont comme des grains de poussière. Des empires comme celui des Babyloniens, il peut les renverser en une minute. L'empire babylonien, pas son peuple, peut être réduit à rien, comme l'herbe changée en fétu que le vent emporte (40,23-24). Le créateur des cieux et de toutes leurs étoiles est à la tête de la création et de l'histoire et c'est lui le Seigneur qui commande maintenant à l'histoire à cause de son peuple.

Le court poème suivant fait parler le Seigneur tendrement à son peuple. Il est important pour le peuple de se rendre compte que le Seigneur sait ce qu'il ressent réellement. Quand le Seigneur a parlé pour la première fois à Moïse, il a fait savoir à Moïse qu'il avait entendu le cri de son peuple en Égypte et qu'il avait vu sa misère (Ex 3,7s). Dans ce poème, Dieu ne réprimande pas son peuple, il le réconforte.

Lecture Isaïe 40,27-31

Commentaire

Le Seigneur connaît les pensées et les sentiments qui ont affligé son peuple comme une maladie, l'affaiblissant, sapant ses forces. Le peuple se sent ignoré, abandonné de son Dieu. La force même du Seigneur, sa vigueur seront données à son peuple à l'instant où il recommencera à espérer en son Dieu. Dès le moment où ils saisiront que leur Seigneur veut les relever, ils trouveront la force de voler comme des aigles.

Exercice pratique

Indiquer si les affirmations suivantes sur la condition du peuple vers la fin de l'Exil et sur le message que leur donnait le Second Isaïe sont vraies ou fausses:

____a.Le prophète consolait le peuple en l'assurant que l'Exil était fini et que tous ses péchés étaient pardonnés.

___b.Le prophète exhortait le peuple à commencer à construire une route à travers le désert de Babylone à Jérusalem.

____c.Tous les membres du peuple de Dieu attendaient avec impatience l'occa¬sion de retourner à Jérusalem.

____d.La plupart des membres du peuple de Dieu étaient très pauvres et étaient persécutés par les Babyloniens.

___e.Dans le peuple, beaucoup se sentaient déprimés et sans espoir.

___f.Le prophète essayait de donner courage au peuple en soulignant la puissance et la grandeur de son Seigneur, le Créateur de toutes choses.

___g. Quand le prophète disait "Toute chair est comme l'herbe..." (40,6), il exprimait le sentiment d'indignité, d'inutilité qu'éprouvaient beaucoup dans le peuple.

___h. Certains membres du peuple avaient commencé à adorer des dieux babyloniens.

___i. Le prophète parlait du retour d'exil en termes d'un nouvel Exode.

Toi, que j'ai choisi (ch.4I-42)

Objectif 1.2 Rappeler les sens fondamentaux du titre de "serviteur" tel qu'il est appliqué au peuple dans les chapitres 41 et 42 du livre d'Isaïe.

Vers l'année 550 av. J.C., il se produisait des événements à des centaines de milles de Babylone qui devaient changer le cours de l'histoire pour le peuple de Dieu et pour tous les pays du Moyen-Orient. Un chef se levait qui commençait à conquérir d'autres royaumes. Il avait été donné au Second Isaïe la perspicacité et le discernement de voir dans ce nouveau chef le signe du salut de Dieu pour son peuple. Cette nouvelle puissance issue de l'orient était Cyrus le Perse. Alors que Babylone était encore forte, majestueuse et sûre dans sa splendeur, le prophète annonça que la fin de Babylone était en vue. Ce fait, la prédiction d'événements, devient la base d'un des principaux arguments du prophète contre les dieux de Babylone et de tous les autres dieux. Son argument est que seul le vrai Dieu est capable d'envoyer des messagers pour prédire l'avenir avant qu'il arrive. Si le vrai Dieu peut prédire ce qui va arriver à l'avenir, cela signifie qu'il est maître de l'histoire et pas simplement un devin habile; seul le Dieu qui est maître des nations peut à la fois prédire et faire arriver ce qu'il prédit. Les faux dieux, les idoles de Babylone et tous les autres dieux n'ont jamais été capables de prédire l'avenir; seul le Seigneur Dieu d'Israël a déjà fait cela, parce que lui seul est le Seigneur authentique, puissant, le seul digne d'être appelé Dieu.

Le poème que vous allez lire prend la forme d'un jugement entre le Seigneur Dieu d'Israël et les idoles, les dieux muets des païens. Ce jugement a lieu au vu et au su de toutes les nations.

Lecture Isaïe 41,1-5

Note: -lls" au v.1 désigne les idoles, les dieux des nations. Les "îles" est une façon poétique de désigner les nations et les peuples du monde entier.

Commentaire

Après avoir demandé le silence dans la salle du tribunal et avoir défié les idoles de présenter leur défense (ce qu'elles ne peuvent faire puisqu'elles ne parlent pas), le Seigneur expose sa cause (vv.2-5). C'est le Seigneur qui dit maintenant clairement, avant l'événement, qu'il fait venir Cyrus de l'orient, lui donne victoire sur victoire. C'est parce que le Seigneur est le premier et le dernier, parce qu'il est maître de l'histoire, depuis le premier instant de la création jusqu'à la fin ultime des temps, qu'il peut envoyer des prophètes pour prédire ce qui va arriver. (Note: Cyrus; l'homme qui vient de l'orient, est explicitement nommé aux ch.44 et 45. En 41,6-7, un écrivain ultérieur a ajouté un court poème sarcastique qui se moque des idoles.)

Le poème du jugement continue: le Seigneur cesse de questionner les idoles muettes et s'adresse à son peuple. En présence des idoles impuissantes, il dit à son peuple qui il est vraiment et ce qui va lui arriver à l'avenir.

Du temps de Moïse, le Seigneur a montré son amour non seulement en les sauvant des Égyptiens, mais du fait qu'il les a appelés à être à lui, son bien spécial, mariés à lui et destinés à être ses partenaires dans l'histoire. Déjà avant l'époque de Moïse, le Seigneur avait appelé Abraham à être sien et avait promis à Abraham qu'en ses descendants toutes les nations de la terre seraient bénies (Gn 12,1-4). Il ne suffit pas de sympathiser avec ceux qui sont écrasés; ils ont besoin de se faire dire avec conviction qu'ils ont beaucoup de prix. Le Seigneur ici rappelle à son peuple sa dignité en lui donnant les titres de noblesse qui évoquent son histoire.

Lecture Isaïe 41,8-16

Note: "Larve", "pou", "vermisseau" ou même "mite" au v.14 sont des mots qui essaient de traduire des expressions hébraïques difficiles. Quelle que soit la meilleure traduction, les mots ne sont pas insultants, mais réconfortants; Dieu fait savoir au peuple qu'il réalise à quel point il se sent petit et laid.

Commentaire

V.8: "Mon serviteur...toi que j'ai choisi...mon ami." Dans l'antiquité, un serviteur n'était pas simplement quelqu'un qui appartenait à son maître et lui devait obéissance. Tandis qu'il était de son devoir de servir son seigneur, le serviteur jouissait aussi de la sécurité que lui offrait son maître et avait part à la gloire de celui-ci. Le serviteur principal d'une maison se voyait confier tous les biens et la famille de son maître (par ex. Gn 24,2). Le mot serviteur a aussi un sens plus subtil: il est celui dont son maître a besoin, dont son maître dépend. Quand le maître du serviteur est le Seigneur Dieu lui-même, le rôle de serviteur est un grand honneur. Dans ce texte, le peuple se fait dire que le Seigneur a besoin de lui pour qu'il soit son serviteur pas mal de la même façon qu'Abraham (par ex. Gn 26,24), Moïse (par ex. Nb 12,7) et David (2 Sm 7,8) étaient les serviteurs que Dieu s'était spécialement choisis. Malgré tous ses sentiments d'infériorité, le Seigneur a besoin du peuple et l'appelle à partager la dignité de ses grands serviteurs.

Vv.9-16: "Ne crains pas, car je suis avec toi." Le peuple ne doit pas redouter la tâche qui lui est demandée. Si chétifs et si petits qu'ils se sentent, le Seigneur est avec eux et les assure de la victoire tout comme il la leur avait promise la nuit avant l'Exode (Ex 14,13s). Les nouveaux Égyptiens (les Babyloniens) tomberont aussi sûrement que les anciens, car le Seigneur tient son peuple par la main et que ses ennemis seront simplement dispersés dans le vent. (Au v.14, le prophète introduit une expression nouvelle et puissante, "ton rédempteur". Il l'utilisera maintes et maintes fois. Nous l'expliquerons plus tard propos du ch.43.)

Vient ensuite un court poème (41,17-20) qui décrit en termes poétiques merveilleux la gloire du retour de l'Exil. Les exilés pauvres et nécessiteux recevront tout ce dont ils ont besoin pour leur voyage de retour. Ce sera comme si le désert se transformait subitement en vergers et en fraîches forêts, remplis de cours d'eau. Après ce petit poème, le prophète retourne à la scène du jugement avec laquelle avait commencé le poème (41,1). Le Seigneur défie les dieux des nations ("ils", 41,22): est-ce que l'un d'eux a prédit l'avenir comme lui vient de le faire?

Lecture Isaïe 41,21-29

Commentaire

Le Seigneur répète la promesse que même maintenant il appelle Cyrus à faire sa volonté (v.25). Les dieux de Babylone n'ont jamais prédit et ne prédiraient jamais une telle chose; ils ne sont rien, que du vent et du vide (v.29). Ils sont incapables de voir dans l'avenir parce qu'ils n'ont aucun pouvoir sur la vie des hommes. Dire qu'ils sont sans pouvoir, c'est dire, en d'autres termes, qu'ils n'existent pas.

Note: Nous arrivons maintenant au premier des quatre poèmes souvent appelés "Les chants du Serviteur" dans le Second Isaïe. Le premier se trouve en 42,1-4; le deuxième en 49,1-6; le troisième en 50,4-9; le quatrième 52,13 - 53,12. Ces poèmes sont entourés de mystère et aucune explication n'est parfaite sauf celle que Jésus leur apporte. Nous nous arrêterons à chacun de ces poèmes à mesure qu'ils apparaîtront dans le Second Isaïe. Un résumé en sera donné en conclusion à la leçon. Des nombreuses interprétations possibles des chants du Serviteur, nous en avons adopté une qui est essentiellement traditionnelle.

Dans le passage suivant (42,1-4) le Seigneur présente son serviteur. Il n'est pas clair à qui il s'adresse; il se peut qu'il s'adresse au peuple, ou aux dieux des nations comme un poème (41, 21-29), ou même à sa cour céleste.

Lecture Isaïe 42,1-4

Commentaire

"Voici mon serviteur que je soutiens" (v.1). En disant "voici", le Seigneur fait une présentation de son serviteur: 'Voici mon vrai serviteur, celui que je protège, que je soutiens de ma force'. Cela fait penser au geste de mise sur le trône d'un roi (voir Ps 2,6-7). Ce serviteur est celui que le Seigneur a choisi. Aucune explication du choix n'est donnée, sauf que le Seigneur dit qu'il est content de ce serviteur. Au v.8 du ch. 41, le peuple était appelé le serviteur du Seigneur et celui qu'il avait choisi.

"J'ai mis sur lui mon esprit" (v.1). Recevoir l'esprit du Seigneur, c'est se faire confier un rôle spécial à exécuter pour le Seigneur. De Moïse, des juges, des rois, des prophètes et du souverain idéal qui doit venir, de tous, il est dit, qu'ils reçoivent l'esprit du Seigneur (Nb 11,17; Jg 6,34; 1 Sm 16,13s; Ez 2,2; Is 11,1). Il convient de se rappeler ici que, dans le Second Isaïe, le peuple est appelé le serviteur de Dieu, son élu, et qu'il reçoit la promesse de l'esprit de Dieu (44,1-3).

"Pour qu'il apporte aux nations le droit" (v.1). C'est manifestement la fonction principale du serviteur dans ce poème; le mot traduit par "droit" revient trois fois dans ces quatre vers. Apporter le droit, c'est apporter aux gens le jugement du Seigneur; c'est une fonction juridique habituellement confiée aux rois. Ici, toutefois, ce rôle dépasse de beaucoup tout ce qui a jamais été confié aux rois: le droit doit être apporté au monde entier ("les nations", "la terre", "les îles").

"Il ne crie pas, il n'élève pas le ton..." (v.2). La façon dont le serviteur apportera la justice de Dieu au monde est très différente de la façon dont les rois s'y prenaient habituellement; pas d'annonces bruyantes faites par des messagers royaux déclarant les jugements du roi. Les prophètes étaient appelés à se faire entendre et devaient souvent crier et élever la voix en public. Le serviteur n'est pas non plus un prophète de type courant; son travail doit se faire humblement, dans le calme.

"Il ne rompt pas le roseau broyé..." (v.3). Le serviteur aura soin des faibles, de ceux qui n'en peuvent plus. La douceur caractérisera le serviteur du Seigneur. D'après ce que nous avons vu jusqu'ici des attitudes du Second Isaïe, nous devrions dire que c'est sûrement quelqu'un de doux, de très sensible à l'état vacillant et meurtri des siens en exil. Le serviteur sera comme notre prophète anonyme de ces chapitres. Nous devrions aussi évoquer Moïse, le plus humble des serviteurs de Dieu (Nb 12,3-8), qui s'est donné énormément de mal pour prendre soin de son peuple faible et trébuchant. Moïse plaidait toujours pour la vie des siens (Nb 11,10-15, par exemple).

"Il ne vacille ni n'est broyé jusqu'à..." (v.4). Tout en étant doux et humble, le serviteur aura aussi la force de mener à bien sa tâche sans vaciller ou être supprimé. Si nous n'avions pas les trois autres chants du Serviteur, nous ne pourrions pas suggérer que le mot "jusqu'à" a peut-être une signification plus profonde, plus menaçante. Les autres poèmes font ressortir les souffrances et même la mort du serviteur. A la lumière de ces autres poèmes, nous pouvons suggérer que ce verset dit que le serviteur ne sera pas broyé jusqu'à ce qu'il ait (avant d'avoir) accompli sa tâche.

"Les îles attendent ses instructions" (v.4). Le mot "instructions" ici est "Tora", ce qui veut dire des directives sur la façon de vivre conformément à la volonté du Seigneur. Donner la Tora était un devoir confié aux prêtres (Jr 2,8; 18,18), mais qui pouvait également être rempli par les prophètes (ex. Za 7,12). II y a un serviteur de Dieu qui surpasse tous les autres comme dispensateur de la Tora (Loi), c'est Moïse. Les "îles" désignent les nations, les peuples de la terre, surtout ceux qui sont au loin. Le mot qui est traduit par "attendent " a le sens de faire des efforts, de lutter avec un désir ardent d'être secouru; cela ne signifie pas que les nations sont calmement assises à attendre, mais qu'elles languissent, qu'elles ont hâte de recevoir les instructions que le serviteur apportera.

Si nous devions nous mettre .à la recherche des sources d'inspiration qui ont conduit le Second Isaïe à écrire ce poème sur le serviteur du Seigneur, nous n'aurions probablement pas à poursuivre nos recherches bien au-delà de deux personnages spéciaux du peuple de Dieu. Le premier est Morse, qui est appelé le serviteur du Seigneur plus souvent que quiconque (par ex. Ex 14,31; Nb 12,7-8; Dt 34,5; Jos 1,1 et tout le livre de Josué) et David qui reçoit ce titre presque aussi souvent que Moïse (ex. 2 Sm 7 en entier; Ps 89,3 et 19-20; Ps 78,70; Ps 132,10; Ez 34,23). Il est vrai que beaucoup d'autres reçoivent à l'occasion le titre de "serviteur du Seigneur", mais aucun autre ne le reçoit avec la fréquence et la régularité de Moïse et de David. Le premier chant du Serviteur semble combiner les fonctions de David et de Moïse - administration de la justice et proclamation de la Loi. La différence est le fait que, tandis que Moïse et David travaillaient pour le peuple de Dieu, le serviteur de ce premier chant apportera le droit et la Loi à tous les peuples.

Un court poème suit le premier chant du Serviteur (42,5-9), il semble être une sorte de commentaire sur le serviteur. Beaucoup de questions se posent à propos de cette petite prophétie auxquelles on ne peut simplement pas répondre avec certitude. Notre position est que ce poème porte sur le mystérieux serviteur.

Lecture Isaïe 42,5-9

Commentaire

Le poème commence avec une autre allusion à la puissance de Dieu, créateur de toutes choses, celui qui donne le souffle à tous les êtres vivants (v.5). Il conclut avec une affirmation refusant tout honneur aux simples idoles, répétant la position déjà analysée que seul le Seigneur peut prédire les événements parce qu'il est le seul à pouvoir les susciter (vv.8-9). Le milieu du poème (w.6-7) parle du serviteur et en rajoute à ce qui a été dit dans le premier chant du serviteur.

"Je t'ai appelé...je t'ai pris par la main...je t'ai formé" (v.6). Ces paroles ressemblent beaucoup à celles dites au peuple en 41,8-10. Il semblerait que le serviteur soit identifié ici avec le peuple: il a été appelé par Dieu, pris par la main et formé dans l'Exode et l'Alliance.

"Je t'ai désigné comme alliance du peuple et lumière des nations" (v.6). Ce verset est difficile à interpréter parce que l'hébreu n'est pas clair. Une interprétation acceptable est que le serviteur est appelé à apporter aux nations le salut (la lumière) que le peuple de Dieu a reçu dans l'Alliance avec le Seigneur. Le serviteur se verrait alors donner la mission d'amener toutes les nations dans le cadre de l'Alliance.

"Pour ouvrir les yeux des aveugles, faire sortir de prison les captifs..." (v.7). L'alliance, avec ses bonnes lois et son noble objectif de créer une société fraternelle, serait la source de grands biens si elle était étendue à l'ensemble de la race humaine. Les gens commenceraient à voir, à jouir d'une vraie liberté; l'oppression cesserait. En résumé, cet ajout au premier chant du Serviteur identifie le serviteur avec le peuple et donne à ce dernier la mission de porter l'Alliance de Dieu à tous les peuples, éclairant et faisant naître la liberté.

Le Second Isaïe a ensuite un bref hymne sur le triomphe du Seigneur (42,10-17). Dieu, comme un guerrier victorieux, ramènera son peuple chez lui. Il est décrit comme ayant eu à lutter avec lui-même pour ne pas le faire plus tôt, mais maintenant que le moment en est venu, rien ne peut empêcher que cela arrive.

Avec l'oracle suivant, nous revenons au mot "serviteur". Cette fois-ci, ce qui est dit du serviteur l'est en termes assez durs.

Lecture Isaïe 42,18-25

Commentaire

Il est clair que le serviteur est le peuple, Israël. Le Seigneur se plaint que, même s'il est son serviteur, il est aveugle et sourd (voir Is 6,9-10). Il y en a encore beaucoup parmi le peuple de Dieu qui ne comprennent pas ce qui leur est arrivé dans les terribles événements qui les ont emmenés en exil. Il y a encore ceux qui expliquent tout comme si le Seigneur n'avait rien eu à voir à la chute de Jérusalem et à la victoire de Babylone: des flammes les enveloppaient, mais ils ne le remarquaient pas (v.25).

S'ils ne voient pas encore ce qui est arrivé dans le passé, ils risquent de ne pas voir ce qui va arriver dans l'avenir. S'ils ne sont pas capables de voir la main de Dieu dans les événements passés, quand le moment de la libération de l'exil viendra, ils expliqueront probablement cela aussi comme une coïncidence ou, pire encore, comme l'œuvre de forces autres que celles du Seigneur, telles que les dieux des païens.

Ce qu'il importe de noter dans ce que nous avons vu d'Israël en tant que serviteur jusqu'ici, c'est que, tandis que le peuple entier était appelé "serviteur" (41,8) et que le peuple entier était appelé à la mission de porter la lumière aux nations, ce n'était pas chaque membre du peuple qui était digne d'être appelé le serviteur du Seigneur. Beaucoup étaient aveugles, beaucoup étaient sourds. Néanmoins, il devait y en avoir, comme le Second Isaïe et ses disciples, qui voyaient et qui entendaient ce que le Seigneur avait fait et allait faire. Ceux-ci méritaient certainement le nom de serviteurs du Seigneur, de "reste" du peuple. Ce qui est dit du serviteur, l'est de façon à la fois idéaliste et réaliste: idéalement, le serviteur est le peuple du fait qu'il est choisi par Dieu et qu'il lui est agréable; de façon réaliste, le serviteur est le peuple dans la mesure où tous ne sont pas ouverts aux nouvelles directions que le Seigneur veut qu'ils prennent - ils sont sourds et aveugles. Sous son meilleur jour, le peuple est le serviteur choisi par le Seigneur et qui lui est agréable; sous son jour le moins bon, c'est un serviteur sourd et aveugle.

Exercice pratique

2 Indiquer l'interprétation qui convient aux textes cités. (Plus d'une interprétation peut convenir.)

i. "Toi, Israël, mon serviteur" (41,8).

a. C'est un rappel à Israël de son humble état d'esclave du Seigneur.

b.Israël se voit donner un titre honorifique semblable aux titres donnés aux grands personnages de son histoire.

c.C'est un rappel à Israël que le Seigneur a besoin de ses services.

ii. "Pour qu'il (le serviteur) apporte aux nations le droit" (42,1).

a.Le serviteur doit étendre la condamnation de Dieu à toutes les nations.

b.Le serviteur doit apporter la justice de Dieu à toutes les nations de la même façon que le roi devait apporter la justice de Dieu à son peuple.

c.Le serviteur est appelé à établir la souveraineté d'Israël sur toutes les nations, en se servant de la justice de Dieu pour ce faire.

iii. (le serviteur) ne rompt pas le roseau broyé" (42,3).

a.Le serviteur négligera les faibles et s'appuiera sur les forts.

b.Le serviteur ne fera pas preuve de la sévérité et de la brutalité que l'on rencontre si souvent chez les rois.

c.Le serviteur sera doux et plein d'égards pour les faibles.

iv. "Qui est aussi aveugle que mon serviteur" (42,19).

a.Le peuple de Dieu, tout en étant appelé à le servir, est aveugle, du premier au dernier, et incapable d'être son serviteur.

b.Le peuple de Dieu, appelé à être son serviteur, est rejeté par Dieu comme impropre A le servir.

c.Dans le peuple de Dieu, appelé à être son serviteur, tous ne sont pas capables de voir la vérité.

Votre Rédempteur (ch.43-44)

Objectif 1.3 Rappeler les sens du titre de "rédempteur" tel qu'il est appliqué au Seigneur par le Second Isaïe.

Nous arrivons maintenant à ce qui est peut-être le plus beau des poèmes du prophète. Le Seigneur parle à son peuple comme s'il était un seul individu devant lui; c'est un langage personnel, intime, affectueux. L'oracle commence par un rappel au peuple qu'il a été créé, formé par le Seigneur lui-même, par une allusion aux gestes du Seigneur dans l'histoire depuis Abraham jusqu'à ce jour (v.1). Le Seigneur est très conscient de la crainte qu'éprouve son peuple et du sentiment de son extrême faiblesse qui l'affaiblit et le déprime.

Lecture Isaïe 43,1-7

"Je t'ai racheté" (v.1). Le Seigneur est fréquemment appelé "votre rédempteur" dans ces chapitres. C'est un nouveau titre donné au Seigneur par le Second Isaïe et qui est plutôt osé. Rédempteur traduit un mot hébreu (go'el) qui veut dire parent par le sang, membre de sa propre famille ou de son propre clan, qui a le devoir d'aller au secours de n'importe lequel de ses parents par le sang qui est en difficulté. Dieu fait partie de la famille, il est engagé vis-à-vis de son peuple par les liens du sang qui ne peuvent jamais être niés ou oubliés. Dans la Loi, le parent (rédempteur) était censé racheter un proche parent qui était devenu esclave (Lv 25,47-49) et recouvrer la terre d'un parent qui l'avait perdue (Lv 25,23s). Un rédempteur avait aussi le devoir d'épouser la veuve de son frère si son frère n'avait pas eu d'enfant d'elle (Dt 25,5-10). Il y a aussi un autre sens au mot rédempteur (go'el) et c'est 'celui qui a le devoir de venger le meurtre d'un parent; mais le prophète n'emploie pas ce sens-là. Dans ce poème, l'accent est mis sur le lien étroit qui existe entre le Seigneur et son peuple; lien qui est au moins aussi fort que les liens de famille.

"Je t'ai appelé par ton nom, tu es à moi" (v.1). La relation qui existe entre le Seigneur et le peuple n'est pas générale ou impersonnelle. Le Seigneur n'est pas simplement un parent qui fait son devoir plus ou moins volontiers; il est le rédempteur qui connaît et appelle le nom de son parent et est heureux de dire "tu es à moi".

"Si tu passes par les eaux...si tu traverses le feu" (v.2). Que le problème qui menace son peuple soit la mer ou un désert brûlant, le Seigneur sera le parent fidèle, protecteur, veillant sur sa propre famille.

"Pour ta raçon, je donne l'Égypte..." (v.3). Le Seigneur ne va pas donner l'Égypte à n'importe qui pour sauver son peuple. C'est une façon de parler pour dire que son peuple vaut même plus à ses yeux que l'Égypte dans toute sa grandeur - c'est-à-dire l'Égypte telle qu'elle était jadis, s'étendant de la Méditerranée au Soudan. Avec tout son sentiment de petitesse, le Seigneur considère que son peuple est grand.

"Tu comptes beaucoup à mes yeux...tu as du prix et moi je t'aime" (v.5). Ceci exprime aussi simplement et aussi personnellement que possible ce que signifie le terme abstrait "d'élection". Le Seigneur est plus qu'un parent dont le devoir oblige de sauver un proche. Le Seigneur a librement choisi ce peuple, il l'a choisi de préférence à toutes les autres nations. Ce n'est pas parce que c'était un grand peuple, intelligent, vertueux, fort; c'est simplement parce qu'il les aimait qu'il les a choisis, et l'amour ne s'explique pas. (Voir Dt 7,6-7.)

Aux vv.5-7, le Seigneur les assure qu'il est avec eux et qu'ils ne devraient pas redouter ce qui va arriver. Il fera revenir ses enfants de tous les endroits où ils ont pu être exilés. Il parle de son peuple comme un père parle de ses enfants - "ceux qui portent mon nom". La touche personnelle du prophète est visible dans le fait qu'il parle des `fils" et des "filles" du Seigneur.

Vient ensuite un autre poème situé dans le cadre d'un jugement (43,8-13). Le Seigneur appelle son peuple, si aveugle et sourd qu'il puisse être, à lui tenir lieu de témoin en présence de toutes les nations. Son peuple devrait le connaître et le comprendre puis qu'il n'est pas un étranger pour lui. Le poème souligne le nom divin YHVH. (Yahveh, Il Est, tiré de "Je suis celui qui est". Voir leçon 3, pp. 8-9. Cet emploi de "Je suis" et "C'est moi" se retrouve dans l'évangile de Jean, par ex. Jn 8,58.)

Après un bref oracle sur la chute de Babylone, le prophète nous donne un autre poème sur le nouvel Exode qui est sur le point d'avoir lieu.

Lecture Isaïe 43,16-21

Commentaire

Aux exilés qui avaient pris l'habitude de penser que Dieu n'agissait que dans le passé, le Seigneur dit: "Ne vous souvenez plus d'autrefois...Voici que je vais faire du nouveau" (vv.18s). Le premier Exode était un grand événement, mais ce nouvel Exode sera encore plus grand.

Il devait s'en trouver parmi les exilés qui ne pouvaient pas croire que Dieu avait trouvé son peuple si pécheur tandis qu'il était encore à Jérusalem et qu'il l'adorait dans le Temple. Ils semblent dire: "Dieu n'a pas de raison de nous condamner. Après tout, nous lui rendions un culte de choix et soigné - et à grands frais pour nous. Nous ne nous occupions pas du fardeau que nous imposait le culte. Pourquoi le Seigneur n'était-il pas satisfait de nous?" Par des paroles qui se font l'écho d'Amos, d'Isaïe et de Jérémie, le prophète répond à ses doléances.

Lecture Isaïe 43,22-26

Commentaire

Quels que soient les sacrifices et les rituels qu'ils avaient offerts dans le Temple de Jérusalem, le Seigneur nie que ceux-ci lui aient été offerts. Le Second Isaïe dit ce que le premier Isaïe avait dit au nom du Seigneur: "Je suis rassasié des holocaustes...ils me sont à charge" (Is 1,11s). Le Second Isaïe cite le Seigneur qui dirait n'avoir jamais imposé ces rituels à son peuple (v.23). Amos (5,21) et Jérémie (7,21s) avaient osé laisser entendre la même chose, mettant en doute tout le système sacrificiel.

A la différence d'Ézéchiel, pour lequel le Temple et sa liturgie sont très importants, le Second Isaïe n'a pas de temps à consacrer au Temple et à la liturgie. Le mot Temple n'apparaît qu'une seule fois dans les chapitres 40 à 55 et cela semble être un ajout d'un écrivain postérieur (44,28cd, comparer 44,26). Pour le Second Isaïe, parler du Temple et du culte officiel serait distraire de l'essentiel; ce serait se rappeler "la vieillerie" en ne laissant que peu ou pas de place à la nouveauté, et c'était la nouveauté qui importait pour le Second Isaïe.

La prophétie suivante nous donne un exemple subtil de la "nouveauté" sur laquelle le prophète veut attirer l'attention du peuple. Après avoir répété que Jacob est le peuple de Dieu d'une façon particulière et après leur avoir rappelé le grand avenir que Dieu leur réserve (44,1-4), le prophète dit que le jour viendra où les non-Israélites (les gentils) entreront dans le peuple de Dieu (44,5).

Lecture Isaïe 44,1-5

Note: "Yeshurûn" au v.2 est probablement un titre honorifique ou un nom tendre pour le peuple. On le traduit parfois par "mon favori".

Commentaire

L'avenir est plein de nouveauté; ce ne sera pas simplement une restauration du passé. Une des grandes nouveautés de l'avenir sera l'entrée dans le peuple de Dieu de non-Israélites de naissance. Ceux qui sont membres du peuple de Dieu appartiennent déjà au Seigneur (43,1, "tu es à moi"); ils portent déjà le nom de Jacob. Les non-Israélites seront fiers de dire "J'appartiens au Seigneur", ou "Je suis un fils de Jacob, Israël".

Au moment même où, en partie sous l'influence d'Ézéchiel, les exilés se coupaient des gentils, le Second Isaïe leur demande d'être ouverts à l'entrée des gentils dans leur communauté.

Le reste du chapitre 44 contient divers poèmes par le prophète et une partie en prose qui n'a probablement pas été écrite par le Second Isaïe (44,9-20). Les poèmes du Second Isaïe (44,6-8,21-23,24-28) reprennent des thèmes déjà étudiés dans cette leçon. Il faut, toutefois, que vous remarquiez qu'en 44,28 Cyrus le Perse est mentionné par son nom pour la première fois et qu'il se voit donner un nom qui avait été réservé aux rois, comme David, dans le passé; il est appelé "Mon berger".

Exercice pratique

3.Donner les trois obligations d'un parent (go'el , rédempteur) que le Second Isaïe applique au Seigneur. (Note: Une phrase suffira pour chacune.)

a.

b.

c.

Cyrus, le Bien-Aimé (ch.45-48)

Objectif 1.4 Décrire la prophétie concernant Cyrus et la réponse qu'elle suscita dans le peuple.

Pendant le règne de Nabuchodonosor (604-562), la Babylonie était à l'apogée de son pouvoir et de son prestige, à la tête d'un vaste empire. Après lui se succédèrent de faibles rois, dont le dernier était Nabonide (556-539). Ce dernier roi semblait dénué de tout bon sens politique. Une de ses plus graves erreurs a été d'essayer de promouvoir le culte du dieu-lune, Sin, de préférence au vieux culte bien établi de Marduk, le grand dieu de la ville de Babylone. Cela lui aliéna le soutien des prêtres de Marduk, qui formaient un groupe très puissant à Babylone. La division affaiblit la classe dirigeante de l'empire.

Tandis que cela se produisait dans l'empire babylonien, une nouvelle force se faisait sentir; Cyrus, roi d'Anshan (au sud de l'Iran) triomphait des rois rivaux. De 550 à 544 av. J.C., Cyrus avait conquis les principaux royaumes qui le gênaient pour aller à la conquête de Babylone elle-même. Une partie des classes dirigeantes de Babylone, sous la conduite des prêtres de Marduk, étaient en faveur de Cyrus et contre leur roi Nabonide. D'après les documents de l'époque, un général d'armée babylonien est même allé jusqu'à passer à Cyrus et à battre les troupes de ses propres compatriotes. Babylone se désagrégeait et Cyrus était à pied d'œuvre pour réparer les désordres.

Le prophète (le Second Isaïe) observait attentivement ces événements. Dès que Cyrus se mit à bouger, il vit en lui le conquérant qui ferait tomber Babylone et libérerait le peuple de Dieu. Il ne nous est pas possible de savoir si Cyrus avait déjà montré qu'il était un souverain universel d'un très nouveau genre. D'après les renseignements dont nous disposons, il semblerait qu'avant sa conquête de Babylone il se soit comporté comme le font les autres conquérants - livrant des batailles, s'emparant pour lui des trésors des autres rois. Cependant, le Second Isaïe voyait en Cyrus un conquérant d'un nouveau type, quelqu'un qui n'écraserait pas les vaincus, mais irait jusqu'à les traiter avec justice.

Dans la prophétie suivante, le Second Isaïe fait parler le Seigneur à Cyrus. Cet extraordinaire oracle en a indigné beaucoup parmi le peuple.

Lecture Isaïe 45 1-6

Commentaire

Dans l'oracle précédent, le Seigneur avait donné à Cyrus le titre élevé qu'avait reçu David: "Mon berger" (44,28; 2 Sm 7). Maintenant, comme pour souligner encore, Cyrus est appelé "l'oint" (45,1) du Seigneur. Dans un autre poème, Cyrus est appelé le bien-aimé du Seigneur ("Mon ami" 48,14). Le Second Isaïe ose également employer pour Cyrus un langage qu'il a utilisé une fois pour exprimer la relation très spéciale qui existe entre le Seigneur et son peuple: 'pris par la main' (45,1 pour Cyrus; 42,6 pour le peuple), 'appelé par ton nom' (45,3 pour Cyrus; 43,1 pour le peuple). Cyrus ne fait pas partie du peuple, il ne connaît même pas le Seigneur (45,4-5) et pourtant il est appelé l'oint du Seigneur!

C'est pendant l'Exil, dans la mesure où nous pouvons le dire, qu'a été fini le livre du Deutéronome. Ce livre, avec ses condamnations énergiques de tous les gentils (Cananéens et autres, Dt 7,1-6), apportait probablement son soutien au mouvement, déjà rencontré chez Ézéchiel, de séparation du peuple des gentils. La circoncision, l'observance du sabbat, les aliments purs et impurs, tout cela soutenait la séparation du peuple de ses voisins païens. C'était déjà de trop que le Second Isaïe dise que le Seigneur voulait que les gentils entrent dans le peuple de l'Alliance, mais maintenant il allait encore plus loin en disant que le Seigneur allait effectivement se servir d'un païen, un gentil incirconcis, qui ne connaissait rien du Seigneur ou de sa Loi, pour les sauver. N'y avait-il pas d'Israélites dignes d'être l'instrument de salut du Seigneur? N'y avait-il pas de "nouveau David" pour combattre les Babyloniens et libérer le peuple? Beaucoup de ceux qui entendirent la prophétie concernant Cyrus en furent insultés et blessés. Ils firent entendre leurs protestations. Le Second Isaïe écrivit le poème qui suit en réponse à leur rejet indigné de l'oracle de Cyrus.

Lecture Isaïe 45,9-13

Commentaire

Les vv.9-10 exposent de nouveau les protestations du peuple. De l'avis du Second Isaïe, ils avaient été téméraires de mettre en doute la sagesse de Dieu: "Que fais-tu?". L'idée même que Dieu puisse se servir de ce gentil pour les sauver était révoltante. Le peuple était comme des jarres qui auraient des doutes sur le travail du potier; comme des enfants qui mettraient en doute la vie que leur ont donnée leurs parents. Le Seigneur se contente d'exposer à nouveau ce qu'il fait avec Cyrus (vv.11-13), sans donner d'explication de ses actes.

Ce poème est suivi de quatre brèves déclarations sans lien particulier entre elles (45,14-17). La première (v.14) est probablement de l'auteur d'Isaïe 60: les gentils sont présentés comme se soumettant au peuple de Dieu. La deuxième, une expression difficile à traduire, exprime une pensée chère au cœur du Second Isaïe: "Vraiment, Dieu est un Dieu caché chez toi" (v.15). Alors que les voies du Seigneur devraient être claires, surtout quand il envoie des prophètes pour les faire connaître au peuple, le peuple ne comprend réellement pas. Le Seigneur demeure un mystère et ses voies (par ex. avec Cyrus) dépassent l'entendement humain. Et pourtant ce même Seigneur est "le Dieu d'Israël, le Sauveur" (v.15). Qu'il soit leur sauveur, cela devrait certainement être clair; comment il s'y prend pour le sauver, cela demeurera probablement toujours un mystère pour son peuple (voir 55,8s).

Le mystère confond ceux qui insistent que tout devrait être clair et compréhensible. Pour ceux qui veulent que tout soit compréhensible en fonction des vieilles idées familières, les nouveautés sont de vaines inepties. Par l'intermédiaire du Second Isaïe, le Seigneur fait connaître les nouveautés aussi clairement que possible, mais le peuple n'entend que des inepties déroutantes, le chaos.

Lecture Isaïe 45,18-19

Commentaire

La création a commencé par le chaos, mais s'est achevée dans l'ordre et le repos (Gn 1), c'était un endroit où les humains devaient vivre en paix. Dieu ne veut pas que son peuple vive dans le chaos (la confusion); c'est pourquoi il parle clairement par la voix de ses prophètes (v.19). (La même remarque est faite en 48,16.) Si le plan de Dieu de sauver son peuple en se servant d'un païen provoque la confusion et le chaos dans son peuple, c'est parce que celui-ci refuse d'écouter le message clair des prophètes. C'est parce que le peuple refuse de laisser la nouvelle révélation être vraiment neuve, il aimerait mieux qu'elle cadre avec ses anciennes façons de penser.

Le Second Isaïe pousse encore plus loin dans l'oracle suivant (45,20-24). Le Seigneur y appelle tous les païens ensemble, y compris les Babyloniens, nous faut-il supposer. Il les défie de prouver la valeur de leur culte des idoles. La raison pour laquelle le Seigneur discute avec les païens n'est pas simplement de prouver qu'ils sont dans l'erreur, mais de les amener à le reconnaître.

Lecture Isaïe 45,20-24

Commentaire

Le Seigneur invite "tous les confins de la terre" à se tourner vers lui (v.22) et déclare que le jour viendra où "tout genou fléchira" devant lui, "toute langue proclamera" que lui seul est vraiment le Seigneur, le puissant qui sauve. Les nations se tourneront vers le Seigneur; le Seigneur sera leur Dieu (voir Ph 2,10-11).

Pour souligner encore la futilité du culte des idoles, le prophète décrit les Babyloniens vaincus emballant leurs dieux (idoles) et les chargeant sur des animaux pour les mettre en sécurité, hors de la portée des armées de Cyrus. Le Second Isaïe se moque des idoles impuissantes portées par des animaux, comme des bagages. Le Seigneur Dieu d'Israël n'a pas à être empaqueté et porté; le Seigneur est celui qui a porté et portera toujours son peuple.

Lecture Isaïe 46,1-4

Note: Bel = le dieu babylonien du ciel; Nébo = le dieu babylonien des sages. L'ironie est dans l'image du dieu-ciel et du dieu des scribes qui doivent être transportés par des bêtes de somme.

En 539 av. J.C., Cyrus était aux portes de Babylone. La ville, divisée par des factions qui étaient favorables à Cyrus ou à Nabonide, tomba aux mains de Cyrus sans combat. D'antiques documents indiquent que la majorité des habitants de Babylone ont accueilli Cyrus comme un sauveur. Au ch.47, le Second Isaïe nous donne une lamentation sur la chute de Babylone. Cette lamentation a été écrite avant l'événement; elle décrit Babylone dans toute sa splendeur pleine d'assurance, avec toute sa confiance dans ses idoles et sa sorcellerie, qui tombe en ruine et est emportée par le vent comme un fétu de paille.

Les oracles du ch.48 affirment à nouveau que le Seigneur, et lui seul, est le maître de l'histoire qui se déroule sous leurs yeux. Il dirige les événements, non seulement en fonction de son peuple, mais en fonction de lui (48,11). La première partie des oracles du Second Isaïe se termine sur l'ordre de quitter Babylone et de retourner à Jérusalem. La route qui était en train de se préparer (40,3s) est maintenant prête; le peuple doit s'y engager.

Lecture Isaïe 48,20-22

Commentaire

Le poème est écrit comme si le retour avait déjà commencé (v.21), mais c'est probablement une façon poétique vigoureuse de souligner l'annonce de la fin de l'Exil et de l'amorce du retour.

Exercice pratique

4. Des affirmations suivantes, laquelle donne la meilleure explication de la réaction de choc et d'indignation de certains membres du peuple à la prophétie du Second Isaïe concernant Cyrus (45,1-6):

a. Certains étaient indignés de la prophétie de Cyrus parce que cela signifiait qu'ils seraient une fois de plus victimes de la violence quand Cyrus envahirait la Babylonie.

b. Certains étaient indignés de la prophétie de Cyrus parce que cela voulait dire que le Seigneur avait l'intention de les sauver en se servant d'un païen incirconcis et non pas d'un des leurs.

c. Certains étaient indignés de la prophétie de Cyrus parce que cela voulait dire qu'une fois libérés par Cyrus ils seraient obligés de quitter leur vie de confort à Babylone et de retourner vers les ruines de Jérusalem.

2 Mes Voies Ne Sont Pas Vos Voies (ch.49-55)

Objectif Décrire le nouveau rôle du peuple tel qu'il est décrit dans les ch.49 à 55 du livre d'Isaïe.

Dès le chapitre 49, nous remarquons des changements dans les écrits du Second Isaïe. Tandis que le thème de l'amour du Seigneur pour son peuple demeure dans les deux parties de sa prophétie, nous remarquons que les thèmes qui étaient au centre de la première partie (40-48) passent à l'arrière-plan ou disparaissent complètement dans la seconde (49-55 ). Le nouvel exode et le thème de la création, si importants dans ses poèmes jusqu'ici, passent au second plan dans ces derniers chapitres. Cyrus et les débats sur les idoles ne sont pas même mentionnés dans les ch.49-55. Nous remarquons également que des thèmes qui étaient secondaires dans les premiers chapitres, comme Jérusalem, la souffrance, les gentils, font l'objet de beaucoup plus d'attention dans les derniers. Nous avons adopté la position que le même auteur, le Second Isaïe, a écrit la plus grande partie des deux sections de ces chapitres. Ces derniers chapitres (49-55) semblent avoir été écrits plus tard et dans des circonstances différentes.

Les biblistes ne s'accordent pas sur ces circonstances nouvelles: certains soutiennent que le Second Isaïe est retourné à Jérusalem et y a écrit ces chapitres; d'autres, qu'il a écrit ces poèmes à Babylone juste après la prise de la ville par Cyrus et avant le départ des exilés. Nous adoptons la position que le Second Isaïe a écrit ces poèmes à Babylone, après sa chute aux mains de Cyrus. Nous ne réglons pas la question de savoir s'il a écrit avant ou après le début du retour des exilés, parce que ce n'est pas clair du tout et que ce n'est pas très important pour la compréhension des poèmes.

Les prophéties que vous allez lire (comme celles que vous avez déjà vues) n'avaient pu être écrites que par une personne qui avait un sens profond de la grande bonté du Seigneur. Les poèmes sont l'œuvre de quelqu'un qui connaît le Seigneur comme un amant, une mère, un père, un mari. La joie et la douleur de ces prophéties ne peuvent que jaillir de l'amour. Cependant, le poète ne devient jamais "fleur bleue"; tous ses poèmes sont empreints d'un sentiment de crainte référentielle devant la majesté du Seigneur et de la conscience qu'ils sont appelés, lui et son peuple, à être les serviteurs de ce bon Seigneur.

La Lumière des nations (49,1 - 50,3)

Objectif 2.1 Décrire le serviteur et sa tâche dans le second chant du Serviteur (49,1-6).

Cette section commence avec le second chant du Serviteur. Le premier (42,1-4) présentait le serviteur en termes qui évoquaient la royauté et, cependant, utilisait un langage qui supposait des fonctions prophétiques. Le serviteur était décrit comme étant calme et doux et il était destiné à apporter le droit du Seigneur et sa Loi à toutes les nations. Dans ce second poème, le serviteur est décrit en termes de prophètes comme Jérémie.

Lecture Isaïe 49,1-6

Commentaire

"Soyez attentifs, peuples les plus lointains" (v.1). C'est le serviteur lui-même qui parle; il s'adresse aux gentils. Il a un message pour eux, c'est-à-dire un message en leur faveur; ce n'est pas un message de condamnation des nations comme on en a trouvé si souvent dans les paroles des prophètes précédents (par ex. Is 13,23).

"Le Seigneur m'a appelé...dès le sein, il a prononcé mon nom" (v.1). La vocation du serviteur est celle d'un prophète. Les paroles employées sont très comparables à celles par lesquelles Jérémie avait été appelé: "Avant de te former au ventre maternel, je t'ai connu; avant que tu sois sorti du sein, je t'ai consacré; comme prophète de nations je t'ai établi" (Jr 1,5). Jérémie a bien pu se sentir appelé à être un prophète pour les nations, mais il semble n'avoir été capable que de prononcer des paroles de condamnation à leur endroit (par ex. Jr 46). Le serviteur, toutefois, est appelé à être un prophète de bonne nouvelle pour les nations; il doit leur apporter le droit du Seigneur (42,1-4). Le peuple de Dieu est désigné comme "serviteur" (41,8; 44,1), appelé par son nom (43,1) et formé dès le sein maternel (44,2).

"Une épée tranchante...cachée...une flèche aiguisée...serrée" (v.2). La tâche d'un prophète est d'annoncer la parole du Seigneur ("bouche", voir Is 6,6s; Jr 1,9; 15,19). L'épée suggère la pénétration, la flèche suggère la portée considérable; la parole du serviteur aura le pouvoir de sonder en profondeur et elle portera loin. Mais ce pouvoir n'est pas exposé ouvertement, il est "caché", "serré". Si puissantes et efficaces que soient les paroles du prophète, elles ne sautent pas immédiatement aux yeux comme telles. C'est peut-être une autre façon de parler du calme et de la douceur du serviteur (42,2-4).


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