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Montée -Leçon 17 Les Débuts de la Littérature Sapientielle

par Marcel Gervais, archevêque émérite du diocèse d'Ottawa, Canada

Nihil obstat: Michael T. Ryan, B.A., M. A., Ph.D.

Imprimatur: + John M. Sherlock, évêque de London

London 31 Mars, 1980

Le contenu de ce livre a été publié la première fois en 1977 dans le cadre de la série Journey par les Programmes d'études de la foi catholique et est maintenant réédité en Smashwords par les Publications d'Emmaüs, Ottawa, ON, Canada sur Smashwords

Couverture: Rencontre d'Eliphaz, Bildad et Cophar avec Job

© Programmes d'études de la foi catholique, une division du Centre international d'éducation religieuse 1977. Reproduction dans tout ou partie est interdite.



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Contenu

1 Le Vin de la Sagesse (Proverbes)

2 Les Limites de la Sagesse

3 La Détresse Humaine et Dieu (Livre de Job)

Appendice (La sagesse du Proche-Orient antique)

Corrigé des exercices pratiques

Test

Exercices facultatifs sur les Proverbes

Corrigé du test et des exercices facultatifs sur les Proverbes

Recommandations pour la réunion de groupe

A propos de l'auteur

Psaume 104

Hymne de louange à la sagesse de Dieu qui transparaît dans toute la création. La sagesse du Seigneur se trouve dans l'ordre magnifique qu'il a mis et qu'il continue de mettre dans sa création. La prière commence en présence du Seigneur, qui habite au-dessus de toute la création dans l'éclat de la lumière et, pas à pas, elle passe par les cieux, les nuages, les vents, l'éclair, et arrive à la terre et à tout ce qui est dessus, et finalement à toutes les créatures qui habitent les profondeurs des océans. Dans tout ce qu'il a fait, règne une merveilleuse harmonie: toutes les choses ont leur place, leur fonction, leur temps. Le Seigneur les soutient toutes, et tout est bon. Toutes les créatures se réjouissent des dons de la création; les êtres humains plus que tout autre devraient se réjouir des bonnes choses de la terre (le vin qui réjouit, l'huile qui donne une sensation de bien-être, le pain qui fortifie, v.15). Tout le poème célèbre l'harmonie qui existe entre le Seigneur, tous les êtres vivants et la terre. Le Seigneur est heureux de ce qu'il a fait et sa joie augmente quand l'humanité se réjouit avec lui (vv.31-34). La seule chose qui détonne dans cette merveilleuse harmonie, c'est le péché (v.35). Le psalmiste voudrait qu'il n'y ait pas du tout de pécheurs pour que la création puisse n'être qu'une joyeuse célébration de la sagesse du Seigneur (v.24).

Note: Léviathan au v.26 pourrait désigner le crocodile que le Seigneur a domestiqué et dont il a fait son animal favori pour sa propre distraction; mais il est plus vraisemblable que ce soit de une image du désordre ou du chaos.

Objectif la leçon Discuter l'enseignement de la tradition sapientielle sur la création, l'humanité et la souffrance humaine, tel qu'on le trouve dans le livre des Proverbes et celui de Job.

Introduction

Pour certains, le sens du mot sagesse est lié à l'acquisition de connaissances, à la capacité intellectuelle. Pour les écrivains bibliques que nous étudions en ce moment, le mot sagesse a une signification beaucoup plus étendue. En elle-même, la sagesse est ordre ou harmonie. En tant que qualité, la sagesse est présente partout et chaque fois que règnent l'ordre, l'harmonie de fonctionnement. Dans les êtres, ia sagesse apparaît dans le traitement ou le maniement de la réalité. Si une personne sait manier comme il convient les choses matérielles, elle est sage. Par exemple, quand un artiste modèle une belle statue dans une motte d'argile informe, cet artiste est sage. Quand quelqu'un sait gérer des choses matérielles (par ex. un bon planificateur en économie), il fait preuve de sagesse. Si une personne sait jouir du vin et des aliments sans faire d'excès, cette personne montre de la sagesse. Il est également important de savoir se comporter vis-à-vis de la richesse et de l'absence de biens matériels.

A un autre niveau, la sagesse se trouve là où une personne sait établir de bons rapports avec autrui - parents, frères et sœurs, mari ou femme, enfants, amis, supérieurs, inférieurs. Celui qui ne sait pas établir ces rapports est un insensé.

Une très grande partie de la réalité qu'il faut apprendre à manier à bon escient est le temps. Il y a un temps qui convient et qui ne convient pas pour chaque chose; peu de choses sont toujours et partout faites en temps opportun. La personne sage sait quand parler et quand garder le silence. (Celui qui crie des bénédictions à son voisin avant le lever du soleil, c'est comme s'il le maudissait, Pr 27,14.)

La plus grande sagesse que l'on puisse trouver chez une personne est l'aptitude à établir les rapports voulus avec Dieu. Cette pensée, même si elle ne figure pas toujours au premier plan, n'est jamais loin de l'esprit des auteurs des livres sapientiaux. (Voir leçon 10, p.4.)

Ceux qui enseignent la sagesse, que ce soit des mères ou des pères, des rois ou des paysans, des diplomates ou des scribes, ont tous pour objectif la paix, c'est-à-dire d'harmonieux rapports entre tout ce qui est. Que règne un ordre de bon aloi entre l'humanité et son Dieu, entre l'humanité et toutes les choses créées, entre tous les êtres humains, tel est le but de la sagesse.

Comment trouve-t-on la sagesse? Comment l'apprend-on? Comment la vit-on? Quels problèmes rencontre une personne dans sa quête de la sagesse? Telles sont quelques-unes des questions que nous nous proposons d'aborder dans la présente leçon et dans la suivante.

Il y a trois choses sur lesquelles nous voulons attirer votre attention avant d'entamer ces leçons (17 et 18):

1.Les écrits de sagesse de la Bible constituent un ensemble assez vaste (Job, Proverbes, Ecclésiaste (Qohélet), Ecclésiastique (Sirac), Cantique des Cantiques, livre de la Sagesse). Ces livres touchent littéralement à tout dans l'existence, de la naissance à la mort, des fourmis aux crocodiles, des profondeurs de la terre aux étoiles, et à presque tous les genres de rapports. Il n'est donc pas possible dans ces deux leçons de faire autre chose que de donner une introduction très modeste à la littérature sapientielle.

2.La plupart des écrits de sagesse emploient une poésie quelconque. Ceci pose des problèmes pour la traduction et l'interprétation. A titre d'exemple, il est très difficile de traduire dans une autre langue la poésie de notre proverbe "Pierre qui roule n'amasse pas mousse". Un bon proverbe comme celui-ci est un tout auquel le rythme, les sons et le sens contribuent. La plupart des proverbes et des passages poétiques des livres sapientiaux jouent sur les sons et le rythme autant que sur le sens. Ce sont des textes très difficiles à traduire. Ce qui complique encore un peu les choses est le fait qu'un bon proverbe ne devrait pas dévoiler son sens et son application trop facilement; un bon dicton fait réfléchir un peu et permet à celui qui l'entend d'en tirer plus d'une application. Il en résulte que les traductions des livres sapientiaux peuvent varier considérablement, et leurs interprétations aussi. Dans ces leçons, il nous a fallu adopter des traductions et des interprétations souvent sans avoir le loisir de justifier nos choix.

3. Les dictons de sagesse, les problèmes de sagesse existaient dans le peuple de Dieu depuis le jour où les parents ont donné des conseils à leurs enfants, c'est-à-dire depuis le commencement. Les dates auxquelles les livres de sagesse eux-mêmes ont été écrits sous la forme que nous connaissons, posent un problème. Une fois de plus, il nous a fallu adopter certaines positions, que nous n'essaierons pas de justifier pour un grand nombre. Les lecteurs qui veulent pousser plus loin leurs recherches sur ces questions sont priés de consulter des commentaires et de se reporter aux bibliographies qu'ils donnent.

Les lectures de cette leçon, d'après nous, ont toutes été écrites à un moment quelconque avant 450 av. J.C. La date de Pr 1-9 soulève une controverse, mais nous adoptons la position que ces chapitres appartiennent également aux premiers écrits sapientiaux, c'est-à-dire qu'ils ont été écrits avant 450 av. J.C.

1 Le Vin de la Sagesse (Proverbes)

Objectif Décrire l'enseignement des premiers livres sapientiaux sur la création et la nature humaine tel que nous le trouvons dans le livre des Proverbes.

La Création chante

C'est la création, depuis les étoiles jusqu'à l'enfant dans le sein de sa mère, l'ensemble de la création qui est le fondement de la réflexion des livres sapientiaux. Les écrivains sapientiaux considèrent la création avec émerveillement et stupéfaction; c'est une merveille à contempler, un trésor à apprécier, un mystère à approfondir continuellement. La création est un bon mystère, un mystère qui dévoile ses mystères à la perspicacité de l'homme, petit à petit. La création du monde par Dieu fut un événement si heureux qu'il provoqua une célébration cosmique: "parmi le concert joyeux des étoiles du matin et les acclamation unanimes des fils de Dieu" (Jb 38,7). Quand une personne prend le temps de regarder, voir, écouter, toucher, sentir la création, elle lui parle de beauté, d'ordre, d'harmonie. Le sage prête l'oreille au chant de la création et se laisse entraîner à y prendre part.

C'est dans la création que l'on trouve des modèles. On y discerne partout les lois de la régularité, des mouvements empreints d'ordre, de grâce et de beauté. La création proclame la gloire, la sagesse du Créateur (Ps 19,1-2) et le sage écoute cette bonne nouvelle proclamée par la création. Dieu a créé toutes choses "avec sagesse" (Ps 104,24), et toutes choses portent la marque de son maniement heureux, de sa bonne gestion. Pour être sage, une personne doit entrer en dialogue avec la création elle-même. Le rôle de l'être humain dans la création est d'entendre ce que dit la création, de laisser la création poser ses questions et de lutter avec les bons et beaux mystères qu'elle offre.

Aux yeux du sage, il y a un sens et une signification dans la création, mème s'ils ne tombent pas immédiatement sous les sens. Le plan, l'ordre de la création étaient en Dieu même avant qu'il pose son premier acte de création. De même qu'un artisan sage a son plan dans l'esprit avant de se mettre à faire quoi que ce soit, de mème Dieu le Créateur avait un plan, "la Sagesse", avant de faire tout ce qui existe. En créant, il a exprimé cette sagesse, cet ordre, ce plan dans tout ce qui émanait de sa main créatrice. La sagesse était libérée pour s'intégrer à tout ce qui recevait l'être; elle faisait ses délices d'être exprimée dans la création, se réjouissait d'être envoyée pour être avec la race humaine.

Lecture Proverbes 8,22-31

Note: Ce poème fait parler la Sagesse elle-même; "moi" au v.22 est la Sagesse.

Commentaire

La sagesse est présentée poétiquement comme une personne (du sexe féminin, le mot "sagesse" en hébreu est du féminin comme en français) que le Seigneur avait "acquise" ou "possédait" quand il décida pour la première fois de créer, "au début de ses desseins" (v.22). (Tandis que certaines traductions rendent le v.22 par "Le Seigneur m'a créée", nous estimons qu'il serait plus exact de traduire "Le Seigneur m'a possédée" ou "m'a acquise" ou "m'a engendrée".) Ce qui est exprimé de façon poétique, c'est la présence de la Sagesse auprès du Seigneur avant le commencement du temps; mais une distinction est faite entre le Seigneur et la Sagesse. Le Seigneur n'est pas mis par le poète sur le même pied que la Sagesse. La Sagesse dit qu'elle a été enfantée (v.25) avant la création de quoi que ce soit. La Sagesse dit aussi qu'elle était auprès du Seigneur dans tous ses actes de création: "J'étais à ses côtés. . . faisant ses délices" (v.30).

Le poème se termine sur une note de fête. La Sagesse met ses délices à s'ébattre partout dans la création et surtout à fréquenter les "enfants des hommes" (v.31) et à s'amuser avec eux. (Il n'est guère étonnant que le Nouveau Testament applique ce passage au Verbe, le Fils de Dieu, qui était avec Dieu dès le commencement, par qui toutes choses ont été créées et qui est venu habiter parmi nous. Voir Jn 1,1-18.)

Le poème se poursuit par une invitation à la race humaine à venir vers elle pour se faire instruire. La Sagesse est présentée ici comme une mère qui s'adresse à ses enfants.

Lecture Proverbes 8,32-36

Commentaire

Quiconque en vient à connaître la sagesse qui est présente dans la création et marche selon ses lois aura la vie. Violer les règles, les voies de la sagesse que l'on trouve dans la création, c'est chérir la mort. Le bonheur attend celui qui cherche à vivre conformément à la création (nous pourrions dire conformément à la "loi naturelle").

Une autre section du poème présente la sagesse comme une prêtresse qui a préparé un banquet dans son temple à sept colonnes. Elle dépêche ses servantes pour qu'elles invitent les ignorants à venir manger.

Lecture Proverbes 9,1-6

Commentaire

L'acquisition de la sagesse est aussi salutaire pour les êtres humains que de manger du pain et de boire du vin. La sagesse n'est pas quelque chose qui s'acquiert superficiellement, corme si cela se réduisait à tant de faits et de lois à apprendre par cœur; on ne peut recevoir la sagesse que comme un aliment ou une boisson qui sont digérés et deviennent partie intégrante de la personne humaine. (Là encore, il est facile de voir pourquoi ces versets s'appliquent si bien à l'Eucharistie vue comme l'acte de recevoir et de faire sienne la plénitude de la Sagesse de Dieu. Voir Jn 6.)

Exercices pratiques

Laquelle des affirmations ci-dessous explique le mieux le texte suivant sur la Sagesse?

"J'étais à ses côtés comme le maître d'œuvre,

faisant ses délices, jour après jour,

m'ébattant tout le temps en sa présence,

m'ébattant sur la surface de sa terre

et mettant mes délices à fréquenter

les enfants des hommes."

(Pr 8,30-31 BJ)

a.La Sagesse est Dieu lui-même qui a créé le monde et qui est toujours à s'amuser avec les hommes et les femmes.

b.La Sagesse présente dans le monde est aussi volage et imprévisible qu'un enfant qui joue.

c.La Sagesse était la partenaire de Dieu qui l'a aidé à créer l'univers.

d.La Sagesse était présente aux côtés du Seigneur lors de la création et elle l'est aux côtés de tous les hommes et de toutes les femmes dans tout ce que Dieu a fait.

2. Laquelle des affirmations ci-dessous explique le mieux le texte suivant où la Sagesse lance un appel?

"Venez, mangez de mon pain,

buvez du vin que j'ai préparé!

Quittez la sottise et vous vivrez,

marchez droit dans la voie de l'intelligence."

(Pr 9,5-6 BJ)

a. On peut acquérir la sagesse en prenant plaisir à manger du pain et à boire du vin avec modération.

b. La sagesse emplie une personne de connaissances et la rendra aussi heureuse que quelqu'un qui boit et mange en abondance.

c. La sagesse est aussi séduisante et nécessaire à la vie que la nourriture et la boisson, mais il faut l'assimiler pour qu'elle fasse partie de la personne.

Le prodige de l'humanité

La grande admiration pour toute l'humanité qu'expriment les écrivains sapientiaux comporte une crainte mêlée de respect et d'émerveillement devant l'humanité elle-même. La personne humaine est la plus grande réalisation du Seigneur aux yeux de ces écrivains et la personne humaine est un hommage de choix à la sagesse de son Créateur. La tradition sapientielle exprime cela dans le Psaume 139: "C'est toi qui m'as formé les reins, qui m’as tissé au ventre de ma mère; je te rends grâce pour tant de mystères: prodige que je suis, prodige que tes œuvres" (vv.13-14). Le psalmiste est rempli d'une crainte référentielle et de stupéfaction, non seulement à la pensée que Dieu se préoccupait de lui, même quand il se formait dans le ventre de sa mère, mais aussi devant les prodiges que le Seigneur a faits dans la personne humaine. L'hébreu du Psaume 139,14 dit littéralement: "Je suis merveilleux, tes œuvres sont merveilleuses". La façon positive d'envisager toute la création qui est celle des écrivains sapientiaux comprend une opinion des plus positives sur l'humanité.

Pour les sages, un être humain est un prodige, une créature bien faite, bien équipée, un chef-d’œuvre de la maîtrise de Dieu sur tout. La personne humaine est si bien faite qu'elle peut bel et bien en venir à. voir, entendre, connaître et apprécier la sagesse qui est implantée dans tout ce qui est. Il ne s'agit pas de débattre pour savoir lequel est le plus grand, Dieu ou l'homme: Dieu dont la grandeur dépasse les mots a montré cette grandeur dans sa plus belle œuvre, la personne humaine. Les talents que le Seigneur a donnés l'humanité doivent être mis en œuvre pour approfondir tous choses. Ces talents mêmes de sentir, de réfléchir et de connaître, ces puissances mêmes de l'esprit, de sont en fait, la lumière du Seigneur:

"La lampe du Seigneur, c'est l'esprit de l'homme qui pénètre jusqu'au tréfonds de son être!" (Pr 20,27)

L'humanité est ainsi faite qu'on peut compter sur elle, et que le Seigneur compte sur elle, pour scruter et découvrir les voies de la sagesse.

"L'oreille qui entend, l'œil qui voit:

l'un et l'autre, le Seigneur les a faits!" (Pr 20,12)

Les dons de la vue, de l'ouïe, du toucher, de l'odorat, du goût viennent du Seigneur et doivent donc être mis en œuvre pour scruter et découvrir tout ce qui peut être connu de la réalité. La réalité tout entière est la pour être saisie et expérimentée; à. partir de ces expériences, on peut ordonner ses connaissances.

"Cœur raisonnable acquiert la science,

l'oreille des sages recherche le discernement." (Pr 18,15)

Il ne suffit pas de saisir et de sentir la réalité; il faut en venir a une connaissance des rythmes, des modèles, des lois qui sont exprimés dans la réalité. Les modèles du soleil, de la lune et des étoiles instruisent; le comportement des fourmis, le vol des aigles, la croissance des plantes nous enseignent tous des vérités. Mais par-dessus tout, les êtres humains, si on les observe attentivement, en commençant par le plus profond de soi-même, peuvent révéler les vérités les plus stupéfiantes et les connaissances les plus fascinantes. La sagesse dans le peuple de Dieu comprenait une connaissance de toutes sortes de choses, plantes, animaux et oiseaux (1 R 4,33; LXX 5,13)*, mais la majeure partie des œuvres de tradition sapientielle qui ont été conservées dans la Bible s'intéressent la personne humaine.

Ce qui est très frappant a propos de la tradition de sagesse dans le peuple de Dieu, c'est que c'était tellement ouvert à. tous les peuples, toutes les cultures, a toutes les nations. Ce n'est que logique. C'était la conviction de la tradition sapientielle que la nature humaine était essentiellement une et la même partout, sans distinction de la couleur de la peau, du système de gouvernement dans lequel on était ou de la religion que l'on pratiquait. L'expérience des êtres humains en Égypte ou au pays d'Édom était, pour les écrivains sapientiaux, essentiellement la même que l'expérience d'un Israélite. Et s'il y avait quelque chose de différent propos de la vie dans un autre pays, cette différence d'expérience devenait une information supplémentaire a examiner et comparer a sa propre expérience.

*Certaines Bibles suivent la Bible hébraïque, 4,33; certaines suivent les Septante (LXX), 5,13.

La tradition sapientielle a donc une saveur internationale; vous y trouverez des paroles d'Agur et de Lemuel, tous deux de Massa, tribu du nord de l'Arabie (Pr 30,1; 31,1). Le héros Job est un homme d'Uç, au pays d'Édom. Des découvertes des écrits de sagesse de l'Égypte ancienne ont fait comprendre que la sagesse du peuple de Dieu était influencée par la sagesse égyptienne. De fait, le livre des Proverbes (22,17 - 23,1) reflète les mêmes idées que celles que l'on trouve dans les écrits d'Amenemopé, un Égyptien dont les écrits sont datés de 800 à 600 av. J.C. La sagesse, d'où qu'elle vienne, était respectée. Comme nous n'avons pas d'écrits d'Édom ou de Moab, nous ne pouvons pas prouver que la sagesse du peuple de Dieu ait été exportée et assimilée par d'autres nations, mais nous pouvons certainement présumer qu'il en était ainsi. (Voir la visite que fait la reine de Saba à Salomon en 1 R 10,1-4.)

Toute la race humaine est douée d'un esprit et d'un cœur, de pouvoirs de découverte et de réflexion; tout ce qu'elle trouve dans sa quête de la sagesse a de la valeur et n'est pas à rejeter tout simplement parce que la trouvaille ne vient pas de sa propre nation. La sagesse dit: "m'ébattant sur la surface de sa terre et mettant mes délices à fréquenter les enfants des hommes" (Pr 8,31). L'auteur sacré n'a pas dit que la sagesse s'ébattait seulement en Israël, mais sur la surface de sa terre (partout); il n'a pas dit non plus qu'elle mettait ses délices à fréquenter les seuls enfants d'Abraham, mais les enfants de tous les peuples.

Exercice pratique

3. Indiquer si les affirmations suivantes portant sur l'enseignement des premiers écrivains sapientiaux sur l'humanité sont vraies ou fausses:

a.Les êtres humains sont capables de découvrir la vérité sur la création et la nature humaine en utilisant les pouvoirs qui leur ont été donnés à la naissance.

b.Les êtres humains ne peuvent rien savoir du plan de Dieu dans la création sans révélation directe de Dieu.

Les premiers écrivains sapientiaux du peuple de Dieu méprisaient la "sagesse" des nations étrangères.

d.La tradition sapientielle considérait que la nature humaine était essentiellement la même partout.

e.La nature humaine est douée des pouvoirs nécessaires à la découverte des modèles et des lois qui sont dans la création.

L'art d'être humain

Puisque le point de vue de la tradition sapientielle est que Dieu a bien réussi sa création, particulièrement l'humanité, il s'ensuit que le but des sages est de découvrir le plan original ou l'intention de Dieu, afin de s'orienter et d'orienter autrui sur cette voie. En créant les êtres humains, le Seigneur n'a pas fait une créature défectueuse, qui aurait à être refaite, recréée après la naissance. Le Seigneur a fait de la personne humaine une créature vivante, qui grandit, une créature appelée à devenir de plus en plus humaine à mesure qu'elle grandit. Puisque la personne humaine n'est pas adulte dès la naissance, une bonne éducation et une bonne instruction sont de la plus grande importance. Le but de l'éducation et de la formation n'est pas de réparer une créature brisée et défectueuse, il n'est pas non plus d'appeler les êtres à acquérir des qualités et des compétences surhumaines. La tradition sapientielle ne s'intéresse pas à faire des surhommes. Son idéal d'éducation et de formation est de rendre les humains, humains; de les élever pour qu'ils soient vraiment tels que Dieu les a voulus dès le début.

"Mieux vaut un homme patient qu'un héros,

un homme maître de soi qu'un preneur de villes." (Pr 16,32)

Être vraiment humain, c'est être vraiment sage. Être humain veut dire développer les qualités, les compétences qui sont les dons propres à l'humanité. La force physique, tout en étant utile, n'est pas un idéal — de simples animaux peuvent être forts physiquement. Le sage fait preuve de force d'intelligence, de pouvoir de discernement, car ce sont des talents qui sont le propre de l'humanité.

"Mieux vaut un homme sage que fort,

un homme de science qu'un vigoureux gaillard." (Pr 24,5)

Humilité et crainte du Seigneur

Seuls peuvent apprendre l'art d'être humain ceux qui sont élevés à être humbles. "Chez les humbles se trouve la sagesse" (Pr 11,2). Mieux vaut être humble et pauvre que riche et orgueilleux (Pr 16,19). L'humilité est essentiellement connaître la vérité et vivre en conséquence. La vérité à connaître est qu'un être humain est une belle créature, appelée à être ouverte au Seigneur qui est le Créateur. L'humilité est de reconnaître sa place dans tout le plan de la création tel que l'a conçu le Seigneur. L'humilité est d'accepter sa relation au Seigneur comme créature vis-à-vis du Créateur, d'accepter sa relation à autrui comme une personne qui ne peut grandir sans les autres, d'accepter de grandir sans cesse et sans jamais présumer qu'on a acquis assez de science ou assez de maturité. L'humanité est d'accepter les choses de la terre comme nécessaires à la vie, sans en abuser en en voulant trop et sans insulter le Créateur en niant qu'elles sont bonnes.

L'humilité s'exprime d'abord dans la crainte du Seigneur. Il ne peut pas y avoir de sagesse, de croissance, à devenir humain, sans la crainte du Seigneur. Cette idée sur la relation de la personne humaine au Seigneur est exprimée plus que toute autre dans la littérature sapientielle. La "crainte" n'y a rien à voir avec le fait d'avoir peur ou d'être effrayé. Nous n'avons pas le mot voulu en français pour rendre cette idée comme il conviendrait. Craindre le Seigneur, c'est reconnaître qu'on est une créature et que c'est le Seigneur qui nous a fait. Ceci établit la relation fondamentale: le Seigneur est plus grand que ses créatures. Le Seigneur est aussi plus sage que ses créatures. La créature humaine doit être disposée à apprendre la sagesse du Seigneur. La sagesse du Seigneur a été implantée dans tout ce qu'il a fait; la nature elle-même révèle la sagesse de Dieu. Le sens commun humain, la sensibilité humaine à la justice, l'appréciation humaine de ce qui est bon et noble, enseignent tous la sagesse du Créateur. (Il nous faut faire attention de ne pas sauter trop vite à la sagesse de Dieu qui est communiquée au peuple par la révélation dans l'histoire. Les premiers écrivains sapientiaux ne rejettent pas ce que Dieu a révélé dans l'histoire, par exemple par l'intermédiaire de Moïse et des prophètes; ils ne font que donner beaucoup plus d'importance à la révélation que Dieu fait de lui-même par sa création et par l'expérience des hommes. Si les êtres humains sont fondamentalement bien faits par Dieu lui-même, ils devraient être capables, en échangeant leurs expériences et en suivant leurs bons instincts, d'arriver à de saines conclusions sur la volonté de Dieu. Vous verrez à la leçon 18 que les écrivains sapientiaux postérieurs incluent dans leur enseignement toute la révélation historique. Ce que nous utilisons dans la présente leçon ne mentionne toutefois pas explicitement l'Exode, Moïse, l'Alliance, David ou les enseignements des prophètes.)

Craindre le Seigneur, c'est obéir à ce que l'expérience humaine en est venue à reconnaitre comme sage et vrai. Puisque les êtres humains sont essentiellement identiques sur toute la surface du monde, il ne devrait pas être surprenant que, dans leur quête de la sagesse, tous les peuples arrivent aux mêmes vérités élémentaires sur ce qui est bon et vrai et, par conséquent, sur la volonté du Créateur. Pour donner quelques exemples: les personnes réfléchies reconnaissent partout que les parents devraient être respectés, que la société s'effondre quand il n'y a pas de justice dans les tribunaux, que le vol sans besoin extrême n'est pas bon. Le côté compatissant de la nature humaine sait que ce n'est pas bien de se moquer des infirmes, des aveugles ou des vieillards; il sait également qu'il est inhumain de maltraiter les pauvres, les orphelins et les veuves. Ces penseurs en sont même arrivés jusqu'à voir la nécessité d'aimer ses ennemis. Tout le monde apprécie de vrais amis, les personnes honnêtes, l'amour authentique. Dieu a mis dans la nature humaine l'amour de ces qualités. Pour chacun de ces exemples, nous pourrions citer des paroles écrites par des Égyptiens, des Assyriens, des Babyloniens ou des Cananéens aussi bien que par des membres du peuple de Dieu. (Voir Appendice, La sagesse du Proche-Orient antique.)

Humilité et besoin d'autrui

Pour les premiers écrivains sapientiaux, la crainte du Seigneur signifie d'être ouvert ce que le Seigneur enseigne par sa création. Puisque c'est l'observation humaine, la réflexion humaine, l'expérience humaine qui découvrent les voies du Seigneur dans la création et surtout dans la nature humaine, être ouvert au Seigneur est donc fondamentalement la même chose que d'être ouvert à l'expérience d'autrui qui a fait ses preuves. Le sage sait qu'il est impossible de devenir de plus en plus humain sans ses semblables. Une relation à autrui est essentielle pour grandir en sagesse.

"Le fer s'aiguise par le fer,

l'homme s'affine au contact de son prochain." (Pr 27,17)

Le sens de ce proverbe est que, exactement de la même façon que le fer est rendu plus fin par le fer, une personne est rendue plus vive, plus sage, meilleure au contact de ses semblables. Seul un insensé croit qu'il peut se passer des autres: "L'insensé juge droite sa propre voie" (Pr 12,15). "Qui se fie à son propre sens est un insensé" (Pr 28,26). Le sage sait qu'il a besoin des autres et choisit avec soin de sages compagnons (Pr 13,20) et il attache beaucoup de prix à ses amis (Pr 27,10),

il est fait grand cas de la relation entre l'homme et la femme:

"Trouve la joie dans la femme de ta jeunesse:

biche aimable, gracieuse gazelle!

Qu'elle s'entretienne avec toi,

en tout temps que ses seins t'enivrent,

sois toujours épris de son amour!" (Pr 5,18b-19 BJ)

La nature humaine a une aspiration innée pour l'amour qui est forte et constante. La passion de l'amour, sa joie et sa douleur, est célébrée par la tradition sapientielle. (Le Cantique des Cantiques sera étudié à la leçon 18.) La profondeur et la puissance de l'amour entre l'homme et la femme faisaient l'objet de la stupéfaction comme le montre Gn 2,24-25, qui est influencé par la tradition sapientielle. Cela aussi révèle le plan (la volonté) de Dieu pour les êtres humains. (L'enseignement de Jésus sur le mariage est fondé sur la notion de la tradition sapientielle qu'il y a, dans la nature humaine elle-même, une tendance "naturelle" à la fidélité à un seul amour, pour la vie; tendance qui a été placée là par le Créateur depuis le commencement. Voir Mc 10,1-12.)

La personne vraiment humaine est humble et cette humilité se montre dans l'obéissance à la volonté du Seigneur que les hommes ont appris à reconnaître par l'expérience. L'humilité se montre donc aussi dans le fait d'avouer sans honte qu'on ne peut traverser la vie seul; les autres sont nécessaires. La communauté n'est pas une chose qu'il faut simplement tolérer, mais c'est une chose essentielle à la croissance de l'être humain.

Une opinion personnelle ou une idée originale demeurent suspectes tant qu'elles n'ont pas été acceptées par la communauté; plus elles sont largement acceptées, plus elles constituent une certitude. C'est pourquoi on recommande de recourir à de nombreux conseillers (Pr 15,22; 20,18).

Humilité: correction et discipline

Le sage est une personne humble pour une autre raison - il accepte d'être corrigé. Le sage ne se contente pas d'accepter qu'on le corrige, mais il le recherche bel et bien et l'apprécie.

"Qui répugne à la réprimande est stupide" (Pr 12,1)

"Qui hait la réprimande mourra" (Pr 15,10)

"Qui écoute la réprimande acquiert du sens" (Pr 15,32)

Le sage sait le besoin qu'il a d'apprendre au contact d'autrui, de respecter ses parents comme des maîtres et de rechercher des personnes sages pour son éducation. Le processus de croissance pour devenir humain comporte de la discipline. Celui qui déteste la discipline ne pourra jamais être sage.

"Qui abandonne la discipline se méprise soi-même" (Pr 15,32)

La discipline et le travail assidu sont nécessaires à une saine croissance dans la voie de la sagesse; le paresseux doit surmonter son inclination à ne rien faire et son habitude de paraître occupé alors qu'il ne fait rien d'utile. La paresse est le sujet d'un grand nombre d'adages (par ex. Pr 26,vv.13,14,15,16). A côté de la paresse, il y a la sottise de l'emportement. La personne irascible, qui manque de maîtrise de soi, n'est pas seulement stupide, mais franchement dangereuse pour elle-même et pour autrui.

"L'homme emporté engage /a querelle,

l'homme lent à la colère apaise la dispute" (Pr 15,18)

La sagesse devrait croître avec l'âge. Les modèles de l'humanité sont donc les personnes âgées qui sont aussi sages que leurs années. L'idéal de l'humanité n'est pas le jeune homme plein de force et de souplesse ou la jeune fille dans sa séduisante beauté, mais les hommes et les femmes âgés ridés et grisonnants, honorés par leurs enfants et les enfants de leurs enfants, entourés d'amis sûrs. Les hommes et les femmes d'un certain âge qui sont humbles, à l'aise avec leur Seigneur, en bons termes avec leur famille, détendus avec leurs amis, qui ont acquis la maîtrise de soi, la discipline et la modération, sont les personnes les plus précieuses de la communauté. Ce sont celles qui peuvent enseigner la sagesse parce que ce sont elles qui sont passées maîtresses en l'art d'être humain. Elles sont comme le grain qui est prêt à être moissonné (Jb 5,26).

Exercice pratique

4. Indiquer si les affirmations suivantes portant sur les notions de "l'art d'être humain" qui

étaient celles des premiers écrivains sapientiaux sont vraies ou fausses:

a.Craindre le Seigneur comprend l'acceptation de vérités dont les sages ont découvert par l'expérience la conformité à la nature.

b.Être humble, c'est être autonome et ne rien attendre d'autrui.

c. L'idéal de l'humanité, c'est la jeunesse dans toute sa force et sa beauté.

d.On devrait accepter d'être corrigé quand cela se présente, mais ne jamais le rechercher.

e.La passion de l'amour entre mari et femme est tolérée par le Créateur.

Les personnes âgées qui ont acquis la sagesse avec les années sont les plus importantes de la communauté.

g. La qualité la plus importante du sage est l'intelligence.

2 Les Limites de la Sagesse

Objectif Décrire les différentes approches de la pauvreté et de la richesse que l'on trouve dans le livre des Proverbes.

Les riches et les pauvres

Puisque les yeux sont faits pour voir et les oreilles pour entendre, la personne qui est observatrice prêtera attention à tout ce qui se passe dans son rayon d'action. Dans la société humaine, certaines choses étaient claires pour quiconque avait des yeux pour voir:

"La fortune du riche, voilà sa place forte; le mal des petits, c'est leur indigence." (Pr 10,15)

"Même à son voisin, le pauvre est odieux, mais le riche a beaucoup d'amis" (Pr 14,20)

"Le pauvre parle en suppliant,

le riche répond durement" (Pr 18,23)

Les faits sont claires - la pauvreté existe et la richesse aussi. Les pauvres sont en mauvaise posture; être pauvre fait d'eux une charge pour leurs amis, aussi, même leurs amis les abandonnent. Les pauvres n'ont aucune influence sur les riches; dans leur situation d'impuissance, ils ne peuvent qu'implorer. Le riche, dans sa situation de puissance, n'a pas besoin du pauvre, aussi peut-il se permettre de le traiter rudement.

La situation critique des pauvres ne peut que toucher le cœur d'autrui. Il faudrait faire quelque chose. "Heureux qui a pitié des pauvres" (Pr 14,21). "Opprimer le pauvre, c'est outrager son Créateur" (Pr 14,31). Les sages savent que tous les hommes sont créés par le même Dieu; aucun ne devrait être opprimé ni devenir victime.

"Ne dépouille pas le pauvre, car il est pauvre,

et n'opprime pas, à la porte, le malheureux,

car le Seigneur épouse leur querelle" (Pr 22,22s)

La misère du pauvre ne devait pas être aggravée par l'injustice envers lui. Puisque les riches étaient spécialement portés à profiter des pauvres, il importait particulièrement de les exhorter à cesser d'aggraver les choses pour les pauvres. Il ne suffisait pas, toutefois, d'éviter simplement de leur faire du mal:

"Béni sera l'homme bienveillant,

car il donne de son bien aux pauvres!" (Pr 22,9)

Cette invitation à la générosité, chose intéressante, n'émane pas de la Loi de Moïse, mais des ressources de compassion enfouies dans la nature humaine. On trouve la même injonction de partager avec les pauvres dans la sagesse d'autres cultures: "Honore et habille celui qui demande la charité. Son Dieu s'en réjouit", dit un sage du pays d'Akkad. "Dieu désire le respect du pauvre plus que l'estime de celui qui est haut placé" dit un sage égyptien. Les sages de toute culture arrivaient à la même conclusion que ceux du peuple de Dieu: la souffrance humaine ne doit pas être aggravée; on devrait l'alléger, si possible.

En vue d'une explication de la pauvreté et de la richesse

Mais comment expliquer la pauvreté et la richesse? Y a-t-il des modèles des causes observables qui aident à expliquer les différentes classes de la société?

"Main nonchalante appauvrit,

main diligente enrichit" (Pr 10,4)

C'est l'explication classique de la pauvreté. Le sage observe que, dans beaucoup de cas, la paresse entraîne la pauvreté et que le travail et l'énergie amènent la prospérité. Mais celui qui est vraiment sage a un regard plus pénétrant et voit que la pauvreté ne peut s'expliquer aussi facilement. Il voit qu'un homme dépense sans compter et s'enrichit encore, un autre est avaricieux et s'appauvrit (Pr 11,24). L'auteur du livre de Job voit clairement que les pauvres travaillent autant qu'ils peuvent et restent pourtant pauvres:

"Ils moissonnent le champ d'un vaurien,

ils vendangent la vigne du méchant.

Ils s'en vont nus, sans vêtements;

affamés, ils portent les gerbes..

altérés, ils foulent les cuves." (Jb 24 vv.6,10,11)

Il est clair que le travail n'explique pas la richesse, pas plus que la paresse n'explique la pauvreté; le problème n'est pas si simple. Mais les sages avaient besoin d'explications et ils essayaient de les trouver dans l'ensemble du plan qu'ils estimaient devoir être le plan de Dieu. Si Dieu est un Dieu d'ordre et d'harmonie, si c'est un Dieu de justice, il doit y avoir une certaine logique, un ordre observable dans la façon dont il mène la société. Pour être juste, il faut que Dieu récompense ceux qui sont sages et vertueux et punisse ceux qui sont insensés et mauvais.

"Le juste échappe à l'angoisse,

le méchant y tombe à sa place" (Pr 11,8)

"Le juste mange et apaise son appétit, le ventre des méchants crie famine" (Pr 13,25)

"Aux trousses du pécheur, le malheur; le bonheur comblera les justes" (Pr 13,21)

Cette réponse à l'énigme de la pauvreté et de la richesse était très en vogue chez les sages de l'antiquité. Cela ne pouvait être soutenu que par des gens des couches supérieures de la société qui vivaient aussi vertueusement que possible, conformément à leur propre sagesse. Cette réponse (les méchants deviennent pauvres, les vertueux deviennent riches) ne pouvait être maintenue que par des gens dont l'expérience était presque confinée à leur entourage rassurant. Quiconque se donnait la peine de sortir de son expérience de classe privilégiée et de se mettre réellement en contact avec les pauvres et leur expérience ne pouvait pas se cramponner à cette solution simpliste du problème de la pauvreté. Il devenait clair pour toute personne sage que les faits n'appuient pas la position que les vertueux sont récompensés sur terre et les méchants, punis. Cette position est plus un souhait qu'un fait. Les méchants s'enrichissent bel et bien c'est clair si on regarde attentivement. C'est ce qu'écrivait le sage dans le Psaume 73. Cela n'arrange pas les choses de prétendre que les méchants riches ne sont pas heureux au fond d'eux-mêmes, car ils sont, de toute constatation, heureux et en bonne santé (Ps 73,4-7).

Les sages de l'antiquité semblent avoir levé les bras en signe de défaite. Ils ont recours au mystère auquel ils sont accrochés: Dieu a la situation en main et fait arriver tout ce qui se produit.

" Riche et pauvre se rencontrent,

le Seigneur les a faits tous les deux" (Pr 22,2)

Cet adage et d'autres analogues des sages expriment une attitude: les choses sont comme elles sont et il n'y a rien, de toute façon, qu'on puisse y faire. Une fois de plus, il est clair que seuls les riches à l'aise pouvaient se permettre une telle attitude. Indifférents à la détresse de la pauvreté, ils pouvaient ne pas faire le moindre geste et dire "Pourquoi se faire du souci, le Seigneur mène la barque". Une telle attitude, bien sûr, n'était pas digne des plus grands parmi les sages. Les maîtres de sagesse vraiment raffinés quittaient la sécurité de leur confort de milieu privilégié et se donnaient le loisir d'observer, de toucher l'expérience de la pauvreté et de la misère et de la méditer. Ils se mettaient à la place des pauvres et proposaient des réponses très différentes au problème de la misère de la société.

Nous n'avons pas la place d'entrer dans le détail de la question, mais il est très clair que la plupart des écrits de sagesse de la Bible nous ont été transmis par ceux qui avaient le loisir à la fois de les composer et de les communiquer. La plupart des Proverbes, par exemple, viennent des cours royales et servaient à former les diplomates et les personnages de la famille royale. Les plus grands parmi les sages étaient capables de s'élever au-dessus de l'expérience étroite de leur classe, comme le montre clairement le livre de Job.

Exercice pratique

5 Indiquer si chacun des proverbes suivants sur la pauvreté ou la richesse est:

A, l'observation d'un fait

B, une invitation à la bonté

C, une explication

D, un refus de toute explication

____a. "Misère et honte à qui abandonne la discipline,

honneur à qui observe la réprimande" (Pr 13,18).

____b."Le pauvre et l'usurier se rencontrent:

tous deux reçoivent du Seigneur la lumière du jour" (Pr 29,13).

____c."Même à son voisin, le pauvre est odieux,

mais le riche a beaucoup d'amis" (Pr 14,20).

____d."Aux trousses du pécheur, le malheur; le bonheur comblera les justes" (Pr 13,21).

____e."La fortune du riche, voilà sa place forte,

le mal des petits, c'est leur indigence" (Pr 10,15).

____f. "Restera indigent qui aime le plaisir,

point ne s'enrichira qui aime vin et bonne chère" (Pr 21,17).

____g. "Béni sera l'homme bienveillant,

car il donne de son pain au pauvre" (Pr 22,9).

3 La Détresse Humaine et Dieu (Le livre de Job)

Objectif Décrire le message du drame qu'on trouve dans le livre de Job.

L'auteur du livre de Job était un de ces sages qui osaient s'aventurer au-delà de l'expérience restreinte de leur milieu de classes privilégiées. Il s'est plongé à fond au cœur de la détresse humaine - pas la détresse des riches, mais celle des pauvres. Une fois qu'on a fait cela, toutes les brillantes théories et opinions des "sages" sur la souffrance humaine deviennent nettement les théories et les opinions de gens qui n'ont jamais éprouvé la douleur et la dégradation de la misère humaine.

Le livre de Job, tel qu'il nous a été transmis, est une compilation de divers documents. Il contient un conte populaire sur Job, un long drame en trois actes, avec un discours d'ouverture et de clôture, un poème sur la sagesse et une série de discours par un certain Élihu. Les érudits ne sont pas d'accord sur ce que l'auteur initial de Job a réellement écrit. Tous ces textes, bien sûr, font partie des écrits inspirés de la Bible, qu'ils aient été rédigés par l'auteur initial ou non.

Nous adoptons la position que le drame en trois actes avec ses discours d'ouverture et de clôture est l'œuvre de l'auteur initial. C'est ce drame que nous allons examiner dans la présente leçon. Les passages suivants, d'après nous, ne faisaient pas partie de la composition originale (drame):

Ch.1-2 et 42,10-17: Ces passages constituent une espèce de conte populaire sur Job. Nous indiquerons plus tard certaines des raisons que nous avons d'exclure ce conte.

Ch.28: Un très beau poème sur la quête de la sagesse. Même si nous ne l'incluons pas dans les lectures de cette leçon, nous recommandons vivement de le méditer à un moment quelconque.

Ch.32-37: Série de discours par un certain Blihu, qui ne figure dans le drame ni avant ni après avoir fait ses discours. Ses discours, bien écrits et poétiques, n'ajoutent rien de significatif à l'argument du drame.

Ch.40,6 - 41,26: Cela semble être une deuxième version du discours de clôture. Bien que la poésie en soit impressionnante, il ne semble pas s'insérer aussi bien dans le drame que la première version du discours de clôture.

La partie centrale du livre de Job est une pièce, un drame en trois actes avec un discours d'ouverture et de clôture, qui va de 3,1 à 42,9, en omettant les parties indiquées ci-dessus. La pièce est construite comme suit:

Discours d'ouverture

Acte I Acte II Acte Ill

Éliphaz parle Éliphaz parle Éliphaz parle

Job répond Job répond Job répond

Bildad parle Bildad parle (Bildad parle)

Job répond Job répond (Çophar parle)

Çophar parle Çophar parle Défense finale

Job répond Job répond de Job

Discours de clôture

Dénouement (dernière scène)

Note: Le troisième acte n'est pas bien conservé. Le texte hébreu semble avoir été embrouillé au cours de la transmission. Nous suivrons la recontruction du texte que donne la Bible de Jérusalem.

Le conte populaire du livre de Job (ch.1-2 et 42,10-17) présente Job comme un homme que le Seigneur met à l'épreuve pour voir s'il aime le Seigneur pour des motifs désintéressés. Job prouve amplement qu'il aime le Seigneur, le Donateur, beaucoup plus que ses dons. Dans toute la souffrance que le Seigneur laisse s'abattre sur Job, Job n'émet pas une seule plainte, pas un mot coupable: "Le Seigneur avait donné, le Seigneur a repris: que le nom du Seigneur soit béni!" (1,21). Avec la plus grande patience, Job accepte du Seigneur le bonheur comme l'affliction. La conclusion en 42,10-17 nous dit que Job a été doublement récompensé par Dieu à cause de sa conduite exemplaire.

Dans la littérature sapientielle antique, Job semble avoir été connu comme le modèle de l'homme vraiment sage. Il est désigné comme tel par Ézéchiel (Ez 14,14 et 20). Il y a de fortes chances que plusieurs histoires différentes aient circulé à son sujet parmi les intellectuels de l'antiquité. Deux de ces histoires ont été conservées dans le livre de Job: la première est le conte populaire trouvé au commencement et à la fin du livre, la seconde est le très long drame en trois actes. A un moment donné, un éditeur a réuni ces deux morceaux séparés; pour ce faire, il a écrit des transitions entre l'histoire populaire et le drame (2,11-13 et 42,10).

Dans la présente leçon, nous n'avons de place que pour le drame. Nous recommandons très fortement que vous chassiez complètement de votre esprit l'histoire que l'on trouve dans le Prologue (le patient Job qui est mis à l'épreuve par le Seigneur et visité par ses amis). En commençant à lire la pièce, il faut vous rappeler que vous ne savez rien de ce Job, sauf ce que vous pouvez apprendre en lisant la pièce elle-même_ Au début du drame, vous ne savez pas s'il a toujours été pauvre et malheureux; vous ne savez pas si c'est un juste ou non. Laissez la pièce vous parler de lui.

Cela aiderait peut-être de vous donner quelques indications scéniques, que l'on ne trouve pas bien sûr dans le livre de Job. Nous vous les donnons ici pour vous aider à situer la scène. Au centre, Job, l'air misérable, d'une pauvreté repoussante, assis au milieu d'ordures. Trois autres hommes, propres, bien habillés:

Éliphaz, âgé, à l'air doux, propre mais pas habillé de façon méticuleuse. C'est lui qui est le plus près de Job, mais pas assez près pour pouvoir le toucher.

Bildad, d'âge moyen, sombre, sévèrement vêtu.

Cophar, jeune, habillé juste un peu trop élégamment, agité.

Il a tendance à souvent lancer un regard à Éliphaz pour avoir son

approbation quand il parle.

Après un long silence, au cours duquel Éliphaz regarde Job avec sympathie Bildad parcourt rapidement un rouleau en regardant de temps en temps Job, et Qophar se fraie un coin, Job prononce le discours d'ouverture.

Lecture Job 3,1-26

Note: Puisqu'il s'agit d'une pièce, mieux vaut lire à haute voix, de façon dramatique. (Toutes les citations seront prises dans la Bible de Jérusalem.)

Commentaire

Ce discours violent et plein de souffrance donne le ton avec force. Pourquoi suis-je né pour connaître une telle souffrance? Pourquoi m'a-t-on laissé venir à terme? "Pourquoi ce don (de la lumière) à l'homme qui ne voit plus sa route . . ?" Job décrit son extrême souffrance en termes frappants et pose la question "pourquoi?"

Acte 1

Il nous faut présumer qu'Éliphaz, Bildad et Çophar ne sont pas des amis intimes de Job. Au mieux, ils le connaissent vaguement, de réputation. Dans son discours d'ouverture aux termes si choisis (4,1 - 5,27), Éliphaz fait preuve de grande diplomatie, mais de peu de sentiments réels pour la souffrance de Job. Job l'intéresse plus en tant que problème théologique qu'en tant qu'être humain. Le "pourquoi" de Job l'empoigne plus que la douleur de Job. Il essaie immédiatement d'expliquer pourquoi Job souffre (4,4-11). La réponse est claire: Job souffre parce qu'il a été mauvais. Il prétend savoir que cela a toujours été la façon de Dieu de traiter les pécheurs.

Pour appuyer son argument, il se tourne vers sa propre expérience mystique au cours d'un rêve (4,12 - 5,7). Son rêve est plus plausible à ses yeux que la souffrance de Job qui saute aux yeux. Il conseille à Job d'implorer Dieu (5,8-16 ), car Dieu écoute toujours la prière de celui qui se repent. Finalement, il dit à Job que sa souffrance est réellement un remède sévère mais curatif de la part de Dieu (5,17-27); tout finira bien.

Dans ce discours, nous avons appris que Job était jadis un personnage respecté que l'on consultait (4,3-4).

Dans sa réponse (ch.6-7), Job demande ce que tous les pauvres aspirent à recevoir - de la compassion: "Oh! si l'on pouvait peser mon affliction" (6,2). Il poursuit en énonçant ce que tous les érudits du temps de l'auteur supposaient vrai: Dieu fait tout ce qui se produit sur la terre, Dieu est donc celui qui persécute Job (6,4s). Il aspire à la mort, mais supplie ensuite qu'on l'écoute sincèrement. "Allons, je vous en prie, regardez-moi!" (6,28), il plaide, laissant entendre que la réponse d'Éliphaz est basée sur la théorie, pas sur la personne assise juste en face de lui. Il poursuit son discours.

Lecture Job 7,1-21

Note: Le shéol est un endroit sous la terre où les morts mènent une espèce d'existence vague, sans éprouver de joie ou de tristesse. C'est un lieu de nivellement où tous les morts connaissent la même vie neutre. L'auteur du livre de Job n'a aucune connaissance précise sur la récompense ou le châtiment après la mort.

Commentaire

Dans un langage émouvant, Job exprime ce sentiment de futilité, de vanité que connaissent si bien les pauvres (7,1-4); il aspire au shéol mais est amer à la pensée de mourir dans sa misère (7,11). Il se tourne vers Dieu, protestant énergiquement contre la surveillance constante de Dieu. Job dit que, s'il était aussi gros qu'un monstre marin, il pourrait comprendre que Dieu ne relâche pas son attention, mais il n'est qu'un souffle. Il supplie Dieu de détourner son regard de lui "le temps que j'avale ma salive" (7,19). Même s'il a péché, qu'est-ce que le péché, qu'est-ce que le péché d'une créature aussi insignifiante que l'homme aux yeux du Tout-Puissant (7,20-21). Remarquez comment Job a retourné la phrase du Psaume 8,5 ("Qu'est donc le mortel que tu en prennes souci?") pour exprimer son ressentiment (7,17).

C'est ensuite Bildad qui parle. Son discours est froid, brusque, grossier. Il ne laisse pas l'expérience de Job entamer sa théorie. Pour lui, il est clair comme le jour que Dieu règle les affaires humaines avec justice (8,3), une justice que peuvent clairement voir et comprendre les hommes. Il dit à Job d'implorer le Seigneur et l'assure que Dieu répondra. Si Job résiste, les choses ne feront qu'empirer (8,4-22).

Job répond à Bildad (9,1 - 10,22). Il commence en disant qu'il sait qu'au moins en partie ce que Bildad dit ou suppose est vrai: Dieu est maître de toutes choses, il est sage et irréprochable (9,1-13). Pour Job, cependant, ce sont des affirmations de foi, d'une foi qui n'a pas de preuve en ce qui le concerne. Job veut un jugement équitable, un jugement avec Dieu (9,14s), mais il se rend compte qu'il est vain d'amener Dieu en cour, puisqu'il est tout-puissant et maître de tout. En 9,22-23, Job émet une affirmation des plus amères, qui nous trouble même aujourd'hui: ". . il fait périr de même justes et coupables . . il se rit de la détresse des innocents". Job sait qu'il ne peut pas y avoir de rencontre entre le Tout-Puissant et lui-même, un simple humain (9,32s), mais dans son désespoir, il trouve une force - il n'a pas peur. Il ose parler (9,35).

Lecture Job 10,1-22

Commentaire

Job plaide, mais il n'avoue pas que ses péchés expliquent sa douleur. Il implore Dieu de ne pas avilir l'œuvre de ses propres mains (10,3). Puis il se demande si Dieu sait vraiment, sent vraiment ce que c'est d'être humain et mortel (10,4-5). Job exprime sa foi en Dieu; en réalité, il exprime sa foi dans l'amour et la tendresse que Dieu a eus pour lui dès le moment de sa conception (10,8-12). Cette tendre intimité de Dieu, n'était-ce que faux-semblant, affectation qui préludait à la destruction par Dieu de ce qu'il avait créé avec tant de soin? Job est serré dans l'étau de la révélation inachevée: Dieu l'a créé par amour, mais le même Dieu est la cause de toute sa souffrance. Il supplie Dieu de le laisser tranquille; il veut être soulagé de toute cette pénible attention, au moins pour un temps (10,20-22).

Çophar répond en termes brillants par un discours superficiel (11,1-20). Il répète la théorie qu'il a apprise de ses maîtres: "il te demande compte de ta faute" (11,6). Il se met ensuite à accuser Job de prétendre comprendre Dieu (ce qui est exactement ce que Job ne prétend pas), tandis que lui, Çophar, dit nettement qu'il comprend Dieu (11,7s). Pour Çophar il n'y a pas de mystère: Dieu est en train de punir Job à cause de ses péchés; Job n'a qu'à reconnaître et tout ira bien (11,13-20). Pour répondre à ces paroles durés et impitoyables, Job déclenche ses sarcasmes: "avec vous mourra la Sagesse" (12,2). Job dit ensuite que, si Dieu est maître de tout ce qui arrive dans la nature comme dans l'histoire humaine, la façon dont il gère les choses est dénuée de tout but moral clair, humainement compréhensible. S'il fait tout, c'est lui qui rend les juges malhonnêtes, les conseillers stupides, les chefs incompétents (12,11-25).

Job poursuit son discours, en s'adressant à ses "sages" accusateurs, qui semblent vouloir l'interrompre (13, vv.5,13,17). Job accuse ses trois interlocuteurs de vouloir défendre Dieu en disant des mensonges à son sujet (13,7s). Il redemande à être jugé. Il veut poser à Dieu quelques-unes de ses propres questions (13,22s). Job avoue ici avoir commis quelques fautes dans sa jeunesse (13,26). Job ne prétend pas être sans péché, mais innocent du genre de crimes qui pourraient justifier de telles souffrances.

Lecture Job 14,1-22

Commentaire

Dans les dernières lignes du premier Acte, Job résume en grande partie ce qu'il a dit: la vie est courte et pleine de tristesse. Un être humain est si petit et si insignifiant et pourtant Dieu s'acharne sur lui et suit tout ce qu'il fait. Et ensuite on meurt tout simplement et c'est la fin de toute vie, de tout espoir (14,5-12). (L'auteur de Job, comme on l'a déjà fait remarquer, n'a aucune notion de récompense et de châtiment après la mort. Cela ne devient clair que plus tard dans la tradition sapientielle.)

Job souhaiterait qu'il lui soit possible de descendre au shéol juste le temps de laisser passer la colère de Dieu. Il pourrait alors revenir à la vie normale sans qu'aucun péché ne soit retenu contre lui (14,13-17). Pour Job, ce n'est pas une consolation de penser que ses enfants seront heureux; tout ce que connaît réellement un pauvre homme, c'est la douleur que tenaille à l'instant précis (14,21s).

Exercice pratique

Indiquer si les affirmations suivantes portant sur le premier Acte de Job sont vraies ou fausses:

____a. Job prétend comprendre les raisons de sa souffrance.

____b. Les trois dialecticiens (Éliphaz & oie) prétendent que Job souffre à cause de ses péchés.

____c. Job est présenté comme croyant à la résurrection des morts.

____d. Job a besoin de quelqu'un qui compatisse à son malheur, plus que d'explications.

____e. Job pousse le principe de la maîtrise totale de Dieu sur les affaires humaines

jusqu'à sa terrible conclusion (Dieu se moque de la détresse, 9,22s).

____f. Job prétend être un homme juste, innocent depuis sa naissance.

____g Job voit Dieu comme son oppresseur et rien de plus.

Acte II

Éliphaz ouvre le dialogue (15,1-35). Il est en train de perdre son naturel calme et patient. Il prétend que Job "proteste trop", ce qui traduit une conscience coupable (15,5s). Il accuse Job d'arrogance et de se laisser emporter par l'émotion, chose terrible pour un sage (15,7-13). Il dit à Job que tout ce qui est inférieur à Dieu est imparfait et que la nature humaine est corrompue, laissant entendre que la souffrance revient à chacun (15,14-16). S'appuyant sur les enseignements traditionnels des experts, il répète le cliché: les méchants souffrent à cause de leurs péchés (15,17-35). Dans tout ça, ce qui est sous-entendu, c'est que, si une personne souffre, c'est de toute évidence à cause de son péché personnel.

La réponse de Job exprimé d'une manière poignante la différence entre parler de la souffrance quand on souffre et en parler quand on n'éprouve aucune douleur. Dans la prochaine lecture, nous décelons les premiers indices de ce qui est arrivé à Job pour qu'il se trouve dans ce terrible état.

Lecture Job 16,1-22

Commentaire

Le langage de 16,7-16 est si imagé qu'il n'est pas possible de discerner quel genre de désastres a mis Job dans son état actuel. Il dit qu'il vivait jadis en paix, mais que de terribles chose se sont abattues sur lui, l'une après l'autre. il était comme un homme attaqué par des flèches tailladé avec des couteaux. Il implore la terre de ne pas recouvrir son sang, mais de laisser son sang crier pour appeler Dieu en même temps que ses larmes et ses gémissements. Il est certain que Dieu ne peut pas ignorer une telle détresse.

Les versets 19-22 posent de sérieux problèmes d'interprétation. Nous interprétons le "témoin" et le "défenseur" au ciel comme Dieu lui-même. Job est déchiré entre deux opinions de Dieu: Dieu est son agresseur qui semble prêt à le tuer et Dieu est son défenseur et le témoin de son innocence. Ce conflit intérieur est exprimé à nouveau plus loin dans la pièce. Dans le ch.17, nous voyons Job se lamenter sur son état et le manque de soutien et de compréhension qu'il reçoit. Il continue à aspirer à la mort; mais ce n'est qu'un soulagement, pas une solution.

La scène suivante appartient à Bildad (ch.18). Indigné que Job mette en doute les théories de longue date des sages sur la souffrance, il s'acharne sur Job et lui répète toujours la même histoire - les méchants souffrent. Dans sa dernière ligne, il blesse Job profondément: si les méchants souffrent, celui qui souffre est méchant, il "ne connaît pas Dieu" (18,21); c'est-à-dire que Job n'est pas avec Dieu et que Dieu n'est pas avec Job.

Ces remarques dures et cruelles blessent et insultent Job; elles contribuent à souligner à quel point il est vraiment absolument seul. En lisant le ch.19, ne perdez pas de vue que vous êtes en train de lire les paroles d'un dramaturge des plus sensibles et des plus adroits. Après la brutale accusation de Bildad que Job est un pécheur qui ne connaît pas Dieu, Job, tourmenté, seul, réagit à l'insulte et prononce un discours on ne peut plus puissant, un discours qui montre clairement que c'est Job pas Bildad, qui connaît Dieu. Dans ce chapitre, le dramaturge indique un tournant dans le dialogue et donne un premier indice de la façon dont se terminera la pièce.


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