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Excerpt for Montée - Leçon 20 - La louange du peuple by , available in its entirety at Smashwords

Montée -Leçon 20 La Louange du Peuple)

par Marcel Gervais, archevêque émérite du diocèse d'Ottawa, Canada

Nihil obstat: Michael T. Ryan, B.A., M. A., Ph.D.

Imprimatur: + John M. Sherlock, évêque de London

London 31 Mars, 1980

Le contenu de ce livre a été publié la première fois en 1977 dans le cadre de la série Journey par les Programmes d'études de la foi catholique et est maintenant réédité en Smashwords par les Publications d'Emmaüs, Ottawa, ON, Canada sur Smashwords

Couverture:"Que tout ce qui respire loue le Seigneur." Psaume 150,6

© Programmes d'études de la foi catholique, une division du Centre international d'éducation religieuse 1977. Reproduction dans tout ou partie est interdite.


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Contenu

1 Les Origines du Livre des Psaumes

2 Les Psaumes et le Culte

3 Commentaire sur un Choix de Psaumes

Recommandations pour la réunion de groupe

A propos de l'auteur

Introduction

La prière est l'expression d'une relation à Dieu. La façon de prier, le contenu de la prière dépendent de l'interprétation de cette relation. La prière d'une communauté est déterminée par l'idée qu'elle a de Dieu et d'elle-même par rapport à Dieu. La connaissance, la compréhension et l'expérience de la relation entre Dieu et ceux qui prient constituent la matière dont est faite la prière.

L'histoire du peuple de Dieu est l'histoire de l'approfondissement et de l'affinement de sa compréhension de la relation qui existe entre le Seigneur et le peuple. L'Exode et l'Alliance ont été les fondements de tout approfondissement ultérieur de la connaissance; ces événements ont coloré tout le reste. Le souvenir des patriarches, Abraham, Isaac et Jacob, a encore affiné leur compréhension. L'occupation de la terre de la promesse, les luttes au temps des juges, la royauté de David, le premier Temple et ses liturgies, les prophètes, l'Exil et le retour d'Exil, le second Temple et son culte, les traditions des sages, les scribes et leur dévouement à la Loi, tous ces événements et ces faits nouveaux ont amené le peuple à une connaissance plus profonde et plus claire du Seigneur et de sa relation au Seigneur. A travers tout cela, le contact nécessaire avec les nations au milieu desquelles vivaient le peuple, des Égyptiens et des Cananéens aux Perses et aux Grecs, le força à affiner sa compréhension de lui-même et de son Seigneur.

De toutes ces expériences est née la prière, des milliers de prières au cours des siècles. La Bible en contient des centaines. Presque chaque livre comporte au moins une prière. Le livre des Psaumes représente, toutefois, un recueil spécial de prières. C'est ce que nous pourrions appeler un recueil de tous les cantiques populaires de tous les temps. Le livre de Psaumes est un recueil de chants sacrés qui ont résisté à des générations. Dans ce recueil, nous avons la voix du peuple de Dieu, non pas d'une seule génération, non pas d'un seul mouvement ou d'une seule tendance à l'intérieur du peuple, mais de tout le peuple.

Le livre des Psaumes est donc un résumé de la foi du peuple; il nous donne une vue d'ensemble de sa compréhension de lui-même et de son Dieu. Tout ce qu'il y a de plus important pour la foi du peuple de Dieu trouve son expression dans les Psaumes. Les psaumes sont la consignation d'une révélation accueillie, une révélation qui a réussi à pénétrer jusqu'au cœur du peuple. La grandeur des sentiments exprimés dans les psaumes atteste le fait que l'histoire du peuple de Dieu sous l'Alliance faite par Moïse est l'histoire du succès du Seigneur à former un peuple semblable à lui-même, saint et distinctif comme il est saint.

Comme les psaumes présentent un résumé de toute la foi et de toute l'expérience du peuple, ce qu'ils disent a déjà été dit et commenté dans les 19 leçons précédentes. L'explication des psaumes que nous allons donner est essentiellement un résumé de ce que vous avez déjà vu. Pour cette raison, nous avons omis les exercices pratiques et le test.

Objectif de la leçon Voir dans les psaumes un résumé de la foi du peuple de Dieu en l'Alliance faite par Moïse.

Psaume d'ouverture

Le psaume suggéré pour commencer cette leçon, le Psaume 117, est un bon exemple de ce qui a été dit dans l'introduction. C'est le plus court de tous les psaumes, et pourtant dans sa simplicité et sa brièveté, il résume ce qu'il y a de mieux dans cette période de notre histoire. Cette petite prière n'aurait pas pu être écrite si la foi du peuple de Dieu n'avait pas assimilé la conviction de Gn 1 que toute la race humaine a été faite bonne par le Seigneur, conviction qui est exprimée différemment par l'auteur du livre de la Sagesse: "Tu aimes tout ce qui existe . . Seigneur, ami de la vie" (Sg 11,24-26). Ce psaume n'aurait pas pu être écrit sans la révélation de l'Exode et de l'Alliance. Les qualités du Seigneur qu'il retient sont celles que souligne par exemple Exode 34,6 où le Seigneur se proclame à Moïse: "Le Seigneur (YHVH), le Seigneur, Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, riche en grâce (hesed) et fidélité (emet)". Le contexte du chant comprend aussi la mission du peuple à toutes les nations du monde, mission mentionnée dès la vocation d'Abraham (Gn 12,1-4) et jusqu'au Second Isaïe et au livre de Jonas (Is 42,4; Jonas 1,2). Le psaume est une invitation à toutes les nations du monde à louer le Seigneur.

Psaume 117

"Alleluia !

Louez le Seigneur, tous les peuples,

fêtez-le, tous les pays!

Fort est son amour pour nous,

pour toujours sa vérité.

Allelua!"

Commentaire

Les nations du monde sont invitées à se joindre à la louange du Seigneur que fait monter le peuple. Le peuple semble dire aux nations de ne pas craindre parce qu'il atteste lui-même le fait que le Seigneur est puissant, héroïque, dans son amour pour son peuple (hesed) et que sa fidélité (emet) est sûre et pour toujours. Les nations seront attirées louer le Seigneur (Za 8,20-23) par le témoignage du peuple.

1 Les Origines du livre des Psaumes

Les origines des psaumes sont aussi obscures que les origines des chants folkloriques dans n'importe quelle culture. Le roi David a dû composer des psaumes et il se peut fort bien qu'il ait rassemblé des psaumes écrits par d'autres. Son nom apparaît souvent dans les titres qui surmontent de nombreux psaumes, mais il n'est pas certain si l'expression "De David" veut dire "écrit par David" ou "appartenant à un recueil de psaumes connu comme le psautier de David". (Voir les titres des Ps 3-41.) Les titres mentionnent aussi Asaph, un des chantres en 1 Chroniques 25,1s (voir Ps 73-83), et un groupe appelé les "fils de Coré" (par ex. Ps 42-49; 84-85; 87-88). Là encore, comme dans le cas des mentions de David dans les titres, il n'est pas clair si Asaph et les fils de Coré sont des compositeurs ou des collecteurs. Beaucoup de psaumes ont dû naître et être conservés de la même façon que naissent et se transmettent les chants folkloriques: un auteur de génie inconnu inventait un psaume; la beauté et la puissance en garantiraient le souvenir. Les "Negro-spirituals", les "psaumes" des débuts de la culture noire américaine, sont nés d'une façon très semblable.

A différents moments de l'histoire du peuple, de petits ensembles de psaumes furent compilés. On retrouve des traces de ces premiers ensembles dans le livre des Psaumes (par ex. Ps 42-83 semblent représenter un ensemble qui préférait le nom divin de Élohim). C'est entre le retour de l'Exil et l'an 200 av. J.C. que ces premiers recueils ont été rassemblés et que certains psaumes qui avaient circulé séparément y ont été ajoutés pour former le livre des Psaumes. Le livre des Psaumes lui-même est présenté en cinq petits livres, dont chacun se termine par une louange du Seigneur (doxologie). (Voir Ps 41,13; 72,19; 89,51; 106,48; 150,6.) II semble très probable que ce travail final de compilation ait été fait par des gens associés au Temple.

2 Les Psaumes et le Culte

Le rituel du Temple subit de grands changements au cours des siècles. Sous Ézéchias (2 R 18) et sous Josias (2 R 22-23), d'importantes réformes ont été faites dans la liturgie. La reprise du culte dans le second Temple après l'Exil se fit dans la ligne des réformes commencées sous Josias et énoncées dans le Deutéronome. Le livre des Psaumes semble avoir des liens très étroits avec le culte dans le second Temple, bien qu'il n'y ait rien de clair sur les psaumes qui étaient employés dans ce rituel-ci ou dans ce rituel-là.

Il est certain qu'après l'Exil au moins il y avait des sacrifices quotidiens dans le Temple (Ex 29,38-42; Nb 28,2-8 ); on offrait un agneau le matin et un agneau le soir. Il y avait également d'autres sacrifices offerts chaque sabbat (Nb 28,9-10) et le premier jour de chaque nouveau mois lunaire (nouvelle lune, Esd 3,5; Nb 28,11-15). Outre les sacrifices réguliers, il y en avait qui pouvaient être offerts à diverses occasions selon les besoins des gens. Quelqu'un avait pu faire un vœu d'offrir un sacrifice (Lv 22,18-23; Ps 50,14; 65,2); une occasion particulièrement heureuse pouvait susciter un sacrifice d'action de grâces (Ps 107,22; 116,17). Une femme offrirait un sacrifice après la naissance de son enfant (Lv 12,1-8), un lépreux après avoir été purifié (Lv 14,10-32).

Bien compris, les sacrifices entretenaient de profonds sentiments de foi, de don de soi et de joyeuse union avec le Seigneur (leçon 6, pp.8-10). Les sacrifices connus comme "offrandes propitiatoires" comportaient un banquet pris "en présence du Seigneur", c'est-à-dire dans l'enceinte du Temple. Dans de tels sacrifices, une partie de la victime était brûlée, une partie était partagée avec les prêtres et le reste était mangé par ceux qui offraient le sacrifice. Les participants estimaient qu'ils étaient à table avec le Seigneur lorsqu'ils partageaient le banquet auquel il les avait invités. C'étaient des célébrations très joyeuses (Dt 12, vv.7,12,18; voir aussi Ex 24,11, leçon 5 pp. 10-12).

Les sacrifices pouvaient aussi être l'occasion d'expier ses péchés (Lv 7,1s). La tristesse, le désir de se réunir au Seigneur, les prières pour demander pardon, la joie d'être pardonné - tels sont les sentiments qui seraient associés à ces sacrifices.

Il y avait aussi les grandes fêtes: la Pâque (leçon 3, pp.10s), la fête des Semaines (Lv 23,15-21) et la fête des Tentes (Tabernacles, Nb 29,12-39). (Le temps de ces fêtes marquait à l'origine les trois étapes principales de la moisson: Pâque-Azymes, le début de la moisson; Semaines, cinquante jours plus tard (Pentecôte = cinquante en grec), la fin de la moisson; Tentes (sept.-oct.), la fin de la moisson et des récoltes.) Avec le temps, ces trois fêtes anciennes en vinrent toutes à commémorer l'Exode ou l'Alliance. C'étaient des fêtes très joyeuses avec beaucoup de chant.

Certains biblistes ont suggéré que, pendant la période qui a précédé les grandes réformes liturgiques de Josias, il y avait d'autres grandes fêtes. Une de leurs suggestions est qu'il y avait, dans la même ligne que la fête des Tabernacles, un festival de Nouvel An où était célébré le règne du Seigneur. Il se peut que la liturgie ait comporté des processions et des acclamations à la royauté du Seigneur. Les psaumes 47, 93, 96 et 99 conviendraient particulièrement à ce genre de cérémonie. Une autre suggestion est un renouvellement annuel de l'Alliance au Temple. Le psaume 50 rappellerait spécialement cette fête. Encore une autre suggestion est qu'il y avait un festival dans lequel étaient célébrées Jérusalem et la royauté de la maison de David. Cela aurait pu comporter des processions avec l'Arche, des chants en l'honneur de Sion (Jérusalem) et un renouvellement des promesses faites à David. Le psaume 24 évoquerait les processions; des psaumes comme les psaumes 46 et 48 célébreraient Jérusalem et des psaumes comme le Ps 132 rappellerait David. Si de telles fêtes n'ont jamais eu lieu, elles ont été abandonnées dans les réformes liturgiques. Il n'y a pas de trace nette de leur existence dans la liturgie du second Temple.

Il y avait, au moins depuis le temps de l'Exil, le jour des Expiations (Lv 23,27-32). C'était un jour de jeûne solennel, un jour de repos complet dont les thèmes dominants étaient la tristesse à cause de ses péchés et les prières pour obtenir la miséricorde de Dieu. Plus tard, lorsque Judas Maccabée eut reconsacré l'autel en 164 av. J.C. (leçon 19, p.17), la fête de la Dédicace fut célébrée chaque année. (La fête des Purim, mettant en vedette les actes de bravoure d'Esther et de Mardochée, était une célébration à la synagogue.)

Le chant faisait partie du culte (par ex. Am 5,23; Ps 27,6). Des chantres et des chœurs chantaient (1 Ch 25), mais aussi les fidèles rassemblés pour le culte. Les grandes fêtes attiraient de nombreux pèlerins à Jérusalem. En chemin, ils chantaient des psaumes (par ex. Ps 120 à 134). Une fois à Jérusalem, il y avait des processions (par ex. Ps 118,27), de la danse (Ps 149,3), de la musique (Ps 81,1-4; 150) et du chant (Ps 26,7). Quand les fidèles avaient appris un psaume, ils pouvaient l'utiliser chez eux selon leurs humeurs et leurs besoins, et ne s'en privaient sûrement pas. Il ne peut pas être prouvé que tous les psaumes étaient employés dans la liturgie, mais il semblerait assez sûr de dire que la majorité l'étaient.

Quelques difficultés dans l'utilisation des psaumes

Numérotation: Il en existe deux traditions: l'une basée sur la numérotation du texte hébreu, l'autre basée sur la numérotation des Grecs (LXX). Les différences viennent du fait qu'une tradition traite certains psaumes comme un seul psaume et que l'autre traite le même psaume comme deux.

Hébreu Grec (LXX)

1 à 8 la même chose que 1 à 8

9 et 10 deviennent 9

11 a 113 sont 10 à 112

114 et 115 deviennent 113

116 devient 114 et 115

117 à 146 sont 116 à 145

147 devient 146 et 147

148 à 150 la même chose que 148 à 150

La plupart des anciennes traductions catholiques suivaient la numérotation grecque. Aujourd'hui, toutefois, presque toutes les traductions modernes suivent la numérotation hébraïque. (Dans ces leçons, nous suivons la numérotation hébraïque.)

Numérotation des versets: Beaucoup de psaumes sont surmontés d'un titre avant la première ligne du psaume. (Voir Ps 4: "Du maître de chant. Avec instruments à cordes. Psaume. De David". Ces titres ont été ajoutés par les éditeurs. Ils ne sont pas considérés comme faisant partie du texte sacré. Certaines traductions les omettent complètement.) Certaines traductions numérotent le titre comme verset 1 (par ex. TOB, BJ), certaines ne numérotent pas le titre et commencent au verset 1 à la première ligne du psaume lui-même. C'est cette dernière numérotation que nous suivons. Selon la Bible que vous

employez, si vous remarquez que nos références ne semblent pas être exactes, ajoutez 1 au chiffre de notre verset et vous aurez probablement la bonne référence.

Malédictions dans les psaumes: Tandis qu'il serait possible de s'étendre sur les prières parfois violentes pour demander la justice ou que vengeance soit faite, et les malédictions occasionnelles dans les psaumes, il semble préférable de dire simplement qu'elles reflètent le fait que l'amour des ennemis, qui était déjà enseigné dans l'Ancien Testament, ne pénétrait pas l'ensemble des psaumes (Ex 23,4s; Si 28,1-7; Tb 4,15). Aujourd'hui, il nous arrive d'avoir les mêmes pensées, mais nous n'oserions pas les exprimer dans la liturgie. Il est peut-être mieux de suivre l'exemple de la Prière officielle de l'Église et de les éviter complètement. Leur omission peut, toutefois, détruire la force de la poésie de certains psaumes et nous empêcher de sentir l'extrême souffrance des pauvres et des opprimés. En tout cas, ces cris désespérés, le dernier recours des sans défense, occupent un espace très restreint dans le livre des Psaumes.

3 Commentaire sur un Choix de Psaumes

Les 150 psaumes représentent la gamme la plus vaste possible de prières. Il y a de très simples prières, faciles à saisir et à utiliser, exprimant des sentiments que peuvent comprendre tous les gens de foi. Il y en a d'autres, toutefois, qui sont si profondes qu'elles ne sont significatives que pour ceux dont la foi a été éprouvée par le feu et dont l'expérience de Dieu est donc plus raffinée. Dans cette grande variété, il est possible de découvrir qu'il y a certains types de psaumes, des psaumes qui ont des traits communs de style, de forme et de fond. Tous les psaumes ne tombent pas, bien entendu, dans ces catégories; il y en a un grand nombre qui défient toute catégorie.

Les recherches du siècle dernier ont amené beaucoup d'exégètes à conclure que les psaumes peuvent être classés d'après les types suivants:

Les hymnes

- les hymnes en général

- les hymnes du règne de Dieu

- les Cantiques de Sion

Les psaumes d'actions de grâces

Les psaumes de confiance

Les lamentations

Les psaumes royaux (sur le roi)_

Les psaumes de sagesse

Les psaumes historiques

Les psaumes prophétiques

Les psaumes liturgiques

Les psaumes sur la Loi

Ces types sont utiles pour étudier les psaumes, mais il ne faudrait pas les prendre comme des divisions fermes et définitives. Certains biblistes proposent des divisions qui sont tout à fait différentes. Nous allons étudier au moins un psaume de chaque catégorie, en commençant par la fin avec les psaumes de la Loi et en finissant avec les hymnes. (Se reporter à l'Appendice pour la liste des psaumes et leur classification.)

Psaumes sur la Loi

La Loi du Seigneur était appréciée comme le meilleur des dons de Dieu à son peuple. Il ne faut pas confondre la Loi avec les lois. La Loi contenue dans les cinq premiers livres de la Bible (Gn, Ex, Lv, Nb, Dt) englobe tout depuis la création jusqu'à la mort de Moïse. Elle rapporte des incidents de la vie des patriarches, Abraham, Isaac, Jacob, et les grandes réalisations de Joseph. Elle contient le récit de l'esclavage en Égypte, la vocation de Moïse quant il a rencontré le Seigneur au buisson ardent et qu'il a reçu son saint Nom. La Loi rapporte l'action puissante de Dieu qui sauve son peuple de la "maison de servitude". La Loi raconte aussi le pacte d'Alliance d'amour et de fidélité dans lequel le Seigneur se liait à son peuple, lui promettant un avenir fait de grandeur et de dignité. La Loi contient les sages et nobles instructions données par le Seigneur à son peuple, conseils qui devaient en faire un peuple spécial, distinct de tous les autres, saint comme le Seigneur lui-même est saint. Ces instructions devaient aider le peuple à devenir la propre gloire du Seigneur et faire naître l'admiration des nations. La Loi présente Moïse comme le modèle du chef, l'idéal de sainteté dans un service de son peuple désintéressé et dévoué et un idéal de loyauté inébranlable envers le Seigneur. Il ne faut pas envisager la Loi de façon mesquine comme un simple recueil de règles et de commandements.

Une très grande partie de la Loi était consacrée à la célébration. Toutes ces règles à propos de la liturgie (par ex. le Lévitique) semblent, au premier abord, dénoter une préoccupation minutieuse de l'exactitude des cérémonieux ; en regardant de plus près, on s'aperçoit que ces règlements se préoccupent surtout d'assurer que le peuple de Dieu se rassemble pour se réjouir, célébrer, jouir de la compagnie du Seigneur et d'autrui. La Loi faisait bien comprendre que le désir du Seigneur était que son peuple se réjouisse d'être son peuple. Esdras savait ce que signifiait la Loi quand il disait: "Ne vous affligez pas: la joie du Seigneur est votre rempart!" (Ne 8,9-12). Quiconque était arrivé à comprendre la volonté du Seigneur dans la Loi, surtout sa volonté de voir le peuple célébrer, partagerait le désir du psalmiste d'être avec tous ses frères et sœurs, "parmi les cris de liesse et de louange et la foule jubilante" (Ps 42,4).

L'amour du Seigneur ne peut être séparé de l'amour de sa Loi, parce que la Loi, dans toutes ses dimensions, révèle le Seigneur lui-même. Dans le psaume que nous allons étudier, l'accent n'est pas mis d'abord sur l'obéissance à la Loi, mais sur la joie que procure la Loi. Ce psaume n'encourage pas une obéissance mécanique à des règles, mais un amour de la Loi, qui est l'amour du Seigneur.

Lecture Psaume 1

Commentaire

L'idéal de la Loi n'était pas la production de robots du Seigneur, dénués de pensées; ce n'était pas l'obéissance pure qui en était le but. Le but en était d'aimer le Seigneur de toutes ses forces, de tout son sœur (Dt 6,4-9), c'est-à-dire un amour plein d'affection pour le Seigneur. Le Ps 1 est placé au début du livre des Psaumes comme un rappel de l'idéal: "Heureux...celui qui se plaît dans la Loi du Seigneur," II va de soi, bien sûr, que l'obéissance aux lois du Seigneur suivra; mais l'accent n'est pas mis au niveau de l'obéissance seule. La personne vraiment heureuse, bénie, remplie de grâce, est celle qui se complaît dans la Loi et, par conséquent, dans le Seigneur lui-même. Ce genre de personne se plaira à méditer la Loi, à en fredonner doucement les versets (v.2). C'est sur ce type de personne que tomberont les bénédictions du Seigneur.

Vous remarquerez que les bénédictions sont décrites en termes très personnels, très intérieurs: cette personne est comme un arbre solide et sain dont les racines s'abreuvent dans les cours d'eau du Seigneur qui sont saints (v.3). Le mot hébreu utilisé pour "cours d'eau" désigne des cours d'eau faits de main d'homme, des canaux. Le poète qui a écrit ce psaume voulait traduire le souci personnel du Seigneur: les cours d'eau de la Loi ont été creusés par le Seigneur lui-même pour donner de l'eau vive à son peuple. Ceux qui boivent à ce cours d'eau produiront du fruit la saison venue et demeureront verts et forts. Le psalmiste laisse entendre que la vie est offerte, une vie fructueuse, forte, pleine, à celui qui aime la Loi et l'Auteur de la Loi.

L'impie, par contre, n'est que vaine poussière, une menue paille emportée par le vent (v.4). Quand viendra le moment du jugement, les impies ne résisteront pas au test. Leur avenir est voué à être aussi vide qu'ont été leurs vies pécheresses dans le passé (vv.5-6).

Il est difficile de dater ce psaume. Il emploie la même image de l'arbre planté près du cours d'eau que Jérémie (Jr 17,7-8); mais le psalmiste semble aussi partager les idées des écrivains sapientiaux postérieurs. Ben Sira parle de s'associer à ceux qui aiment la Loi et se plaisent à la méditer (Si 6,34-37) et il parle également de la personne pieuse qui pousse "comme la rose plantée au bord d'un cours d'eau" (Si 39,13s). Il partage aussi les idées qu'avait l'auteur du livre de la Sagesse: à la fin, quand tout aura été dit et fait et que le Seigneur jugera de la valeur de chaque personne, les impies seront comme bale, comme fumée dans le vent (Sg 5,14-16); mais le juste se tiendra ferme, fort. L'auteur du Ps 1 ne comprenait probablement pas très clairement que les justes vivraient éternellement (Sg 5,15), mais il a été très près de le dire.

Ce même amour de la Loi apparaît dans beaucoup, beaucoup de psaumes. Le psaume 19 associe merveilleusement la révélation du Seigneur dans la nature (vv.1-6) à la révélation du Seigneur dans la Loi (vv.7-14). Dans la nature, le Seigneur se révèle vraiment, mais c'est une révélation qui n'est "point langage" (v.3); elle est frappante, mais pas claire. La révélation donnée dans la Loi, toutefois, est merveilleusement claire (v.8). Le soleil donne vie et guérison à tout ce qu'il touche (vv.5-6), mais ce n'est qu'un symbole de la puissance vivifiante de la Loi du Seigneur qui est parfaite, véridique, droite, limpide, pure, vraie, douce, désirable plus que l'or (vv.7-10).

Le psaume 119 est aussi un chant qui fait l'éloge de la Loi. C'est le plus long de tous les psaumes (176 versets ). Les délices que l'on trouve dans la Loi reviennent tout le long (par ex. vv.24,77,143,174). Le psaume 111 est un hymne à la louange du Seigneur et de ses grandes œuvres. Au nombre des œuvres pour lesquelles la louange revient au Seigneur se trouve son don de la Loi dans l'Alliance (vv.4-10). Le psaume 112 loue celui qui "craint" le Seigneur en se plaisant à ses préceptes (v.1). Il est béni parce qu'il connaît le Seigneur et se comporte comme un de ses enfants. Comme le Seigneur, c'est une lumière pour autrui, il est sensible et pitoyable (vv.4-5). Il suit les règles qui défendent de prêter à intérêt et il est généreux envers les pauvres (vv.5-9) (Les psaumes 111 et 112 n'appartiennent pas à ce type de psaumes, mais il y est fait allusion ici à cause de leur rapport avec la Loi.)

La Loi n'est jamais traitée comme une chose en soi, froide. Elle est toujours associée au Seigneur lui-même. La Loi, dans ce sens, est toujours une chose personnelle, jamais séparée du Seigneur. S'attacher à la Loi, c'est s'attacher au Seigneur; aimer la Loi, c'est aimer le Seigneur, car la Loi est la somme de toutes les plus grandes œuvres du Seigneur - la création et la rédemption - et tout ce qui accompagne celles-ci (création: Gn 1-2; rédemption: Ex 14-24).

La Loi, comme le dirait un jour Jésus, ne passera jamais; tout le reste au ciel et sur la terre disparaîtra, mais la Loi, qui est le fondement même de tout ce que le Seigneur a fait pour son peuple, ne passera jamais. Elle ne peut qu'être portée à sa perfection et à sa plénitude (Mt 5,17-19).

Psaumes liturgiques

Le psaume 1 présentait clairement deux manières de vivre, dans l'amour de la Loi, dans la haine de la Loi. L'impiété, sous son plus vilain jour, était l'impiété de ceux qui connaissaient le Seigneur et sa Loi, mais la rejetaient, la méprisaient (Ps 1,1). Les prophètes se sont souvent élevés contre l'hypocrisie de ceux qui allaient au Temple adorer le Seigneur, mais dont la vie était pleine d'impiété (Am 5,21s; Is 1,11s; Jr 7). Les prêtres et les Lévites responsables du Temple étaient certainement sensibles aux exigences morales du culte authentique.

C'était la coutume dans les temps anciens de fixer certaines règles pour la participation à l'assemblée cultuelle. Ces règles variaient beaucoup d'un pays à l'autre. Même au sein du peuple de Dieu, elles pouvaient aller des simples exigences de pureté rituelle (Lv 11) à la perfection morale très exigeante décrite dans le psaume suivant. Ce psaume présente un "rituel d'entrée" dans lequel le pèlerin venant adorer dans le Temple se faisait rappeler le style de vie que le Seigneur exigeait de ceux qui se rassemblaient pour rendre un culte en sa présence.

Lecture Psaume 15

Commentaire

Le premier verset demande "quel genre de personne a le droit d'être reçue comme hôte sous la tente (Temple) du Seigneur? Quelles qualités de vie devrait posséder une personne qui veut habiter sur la montagne du Seigneur (Sion)?" Le psalmiste ne répond pas à la question en disant que l'on doit d'abord être un descendant d'Abraham par le sang, pas plus qu'il ne donne une liste de choses exigées par la pureté rituelle. Le psalmiste va au cœur du sujet: ce qui est requis du vrai adorateur, c'est la justice dans la vie quotidienne. Même le non-Israélite, l'étranger au pays, pouvait être admis à entrer s'il menait une vie de justice selon la loi.

Dans sa description du juste (vv.2-5), le psalmiste va au-delà du minimum requis par la Loi (par ex. les dix commandements) et atteint des domaines de la justice qui étaient si difficiles à réglementer, sans parler de les juger. Le verset 2 donne les dispositions intérieures élémentaires du juste: une vie irréprochable, agir en juste et dire la vérité du fond du cœur. Les versets 3-5 entrent dans les détails. Le juste est très soucieux de ne léser en rien son prochain, est très sensible à la communion de la communauté. Le verset 4ab a la signification suivante: le juste festoiera, célébrera avec ceux qui craignent le Seigneur et gardent ses préceptes; mais il n'approuvera nullement la conduite des impies.

Il continue tout à fait dans l'esprit des prophètes (voir Is 33,14-16) et de la Loi: il ne peut pas y avoir de vraie justice si une personne viole l'esprit ou la lettre de la Loi à propos de l'argent et de la propriété (leçon 6, pp.11- 13). La personne intègre s'en tient à son serment (engagement) à tout prix, ne demande pas d'intérêt sur un prêt et n'accepte jamais de pot-de-vin (Ex 23,8). L'honnêteté et l'intégrité de telles personnes sont prouvées par le fait que la cupidité n'a aucun pouvoir sur elles. Rien ne peut ébranler de telles personnes (v.5). Elles deviennent aussi solides que le Seigneur, qui est le Roc inébranlable (Ps 31,3; 42,9).

Le psaume 24 est aussi un "rituel d'entrée". Pour l'apprécier, il nous faudrait nous représenter la liturgie dont il s'agit. Nous pourrions nous imaginer des pèlerins rassemblés aux portes du Temple (ou de la ville); les prêtres entonnent l'hymne d'entrée (ou, plus vraisemblablement, ils ont des chœurs pour chanter l'hymne). La même question est posée comme au Ps 15: "qui montera sur la montagne du Seigneur?" (v.3). La réponse est donnée en termes plus généraux que dans le Ps 15: celui dont les actions (les mains) et le cœur sont purs et qui n'adore pas les idoles (v.4). Le chant formule ensuite une bénédiction sur tous ceux qui satisfont à de telles normes de conduite (v.5). Les bons pèlerins sont ceux qui sont dignes de chercher "la face (la présence) du Dieu de Jacob". C'est là que le chant demande que les portes soient ouvertes. Poétiquement, les portes sont personnifiées: ce sont des personnes âgées qui sont courbées. On leur dit de "lever la tête", de "s'élever", expressions qui, dans le langage courant, veulent dire "déridez-vous" ou "égayez-vous". Les portes s'ouvrent et le chant demande aux pèlerins de professer leur foi en la présence de Dieu (symbolisée très probablement par l'Arche d'Alliance qui était portée et franchissait les portes): "Qui est ce roi de gloire? " (Ils répondent: "Le Seigneur!" (vv.8-10). (Ce psaume est employé aujourd'hui pour célébrer l'Ascension du Seigneur.)

Le psaume 134 est aussi un psaume liturgique. C'est le dernier des psaumes de pèlerinage (Ps 120-134). Il est possible que ce psaume représente les pèlerins encourageant les prêtres (les serviteurs du Seigneur) à accomplir leur devoir en louant le Seigneur (vv.1-2). Le dernier verset (v.3) exprime la bénédiction que les pèlerins reçoivent des prêtres (voir Nb 6,22-27).

Psaumes prophétiques

Pendant bien plus de quatre cents ans, il y a eu de grands prophètes dans le peuple de Dieu (Élie v.850, jusqu'à Malachie v.400 av. J.C.). Leur influence a pénétré dans les cœurs de membres innombrables du peuple à chaque génération. Les grands prophètes insistaient beaucoup sur l'intégrité, sur la fidélité sans réserve au Seigneur. Ils avaient tous eu de profondes expériences personnelles du Seigneur, connaissaient sa grandeur et sa sainteté, éprouvaient son amour et sa sollicitude, et comprenaient qu'il était un Dieu exigeant qui dirigeait l'histoire vers son but. Pour eux, c'était un Dieu de jugement, mais c'était aussi le Dieu qui leur donnait un avenir plein d'espérance (Jr 29,11). Les prophètes, comme l'élite de ceux qui faisaient connaître la Loi, se préoccupaient particulièrement des victimes de l'injustice, des pauvres qui faisaient les frais de l'avidité impitoyable et des ambitions cyniques des dirigeants. Les idées et les sentiments des prophètes se retrouvent dans un très grand nombre de psaumes (par ex. Ps 52,83,9,10,22).

En outre, les préoccupations particulières de certains prophètes transparaissent dans beaucoup de psaumes. Il n'y a pas de doute qu'on retrouve Osée derrière la grande popularité du mot hesed (amour, sollicitude, miséricorde) dans les psaumes. Il est fait allusion à cette vertu de l'Alliance (hesed) bien plus d'une centaine de fois dans les psaumes. Isaïe a dû exercer une influence sur les psaumes faisant l'éloge de Jérusalem (par ex. Ps 46,48 et 76). Il est tout à fait certain que Jérémie a eu une forte influence sur beaucoup des psaumes de lamentations (par ex. Ps 6,22). On pourrait donner beaucoup d'autres exemples, mais ceux-ci devraient suffire pour illustrer le fait que la pensée et l'esprit des prophètes pénétraient la vie de prière du peuple de Dieu. Les prophètes ne se tenaient pas toujours seuls contre le reste du peuple; ils avaient, en fait, de nombreux partisans et, avec le temps, ils ont touché la vie de tous ceux qui priaient les psaumes.

Le prochain psaume que nous allons étudier, le Ps 95, est fortement marqué par les préoccupations des prophètes. Il commence comme un hymne de louange (vv.1-2) et fait ensuite ressortir la grandeur de Dieu qui a fait tout ce qu'il y a dans la création et qui a aussi fait son peuple (vv.3-7). Le psaume évolue ensuite vers un oracle prophétique, mettant le peuple en garde contre le plus grand des dangers et contre les conséquences qu'il y aurait à devenir victime de ce danger.

Lecture

Psaume 95

"N'endurciessez pas vos coeurs comme à Meriba, comme au jour de Masssa dans le dé

sert." ps 95.8

Ce psaume a quelque chose de commun avec les psaumes 15 et 24 - il semble être une sorte de "rituel d'entrée". Le contexte pourrait être, pensons-nous, le commencement d'un service liturgique où la Loi devait être lue à haute voix et où l'homélie porterait peut-être sur la Loi. Le psaume commence en invitant les fidèles à adorer le Seigneur qui a fait toutes choses et qui a créé son peuple d'une façon spéciale (vv.1-6). Les fidèles sont ensuite exhortés à écouter leur pasteur "aujourd'hui" (v.7). Vient ensuite un sévère avertissement sur le plus grand de tous les dangers qui puissent affligé le peuple de Dieu - la dureté de cœur (v.8). La dureté de cœur signifie de se permettre d'abord d'être indifférent à ce que le Seigneur a fait (v.9) et ensuite de permettent de devenir à la fois indifférents aux gestes du Seigneur et infidèles à ses voies seront traités comme a été traitée la génération de rebelles dans le désert : ils n'entreront pas dans le "repos" que le Seigneur leur avait réservé (v.11). (Voir Ex 17,1-7; Nb 20,2-13.)

Ce psaume est riche en allusions à des idées qui se trouvent dans la Loi. L'expression "aujourd'hui" (v.7) évoque le "aujourd'hui" de la liturgie en Dt 4,4 et 10. Dans la liturgie, l'assemblée n'était pas conçue comme se faisant simplement rappeler les actions anciennes et la Loi ancienne de Dieu. La célébration liturgique rendait présentes les actions de Dieu et les exigences de sa Loi. (Voir l'emploi que fait Notre Seigneur du mot "aujourd'hui" en Lc 4,21, au cours d'une liturgie à la synagogue.) Le "repos" de Dieu désigne principalement l'entrée dans la terre de la promesse (Dt 12,9), mais son emploi ici sous-entend un repos plus profond dont jouiront ceux qui écoutent ce chant dans le Temple. (Voir Hébreux 3,7-11; 4,4-10.)

Les psaumes 14,50,52,53,75 et 81 sont aussi considérés comme des psaumes prophétiques.

Psaumes historiques

Les allusions aux incidents qui se sont produits pendant les pérégrinations dans le désert que l'on trouve dans le psaume 95 sont un exemple de l'aisance avec laquelle les compositeurs des psaumes pouvaient utiliser l'histoire du peuple de Dieu. A maintes reprises, les psaumes comportent des allusions à des événements et à des personnages historiques (par ex. l'Exode et la conquête dans le Ps 114; Abraham en Ps 47,9; Moïse en Ps 103,7). Le prochain psaume que nous allons étudier est un hymne louant le Seigneur pour tout ce qu'il a fait, depuis le jour de sa Promesse à Abraham jusqu'à celui où elle s'est accomplie.

Lecture Psaume 105

Commentaire

A presque chaque ligne à partir du v.10, le sujet est le Seigneur: "il dit. . . il appela... envoya. . il donna". Le Seigneur est fidèle à sa parole: tel est le thème central de ce compte-rendu historique.

Le psaume 68 est un vieux psaume, étrange et puissant, à la louange de Dieu dans l'histoire. Il emploie des expressions très anciennes, appelant Dieu "Shaddar (v.15, souvent simplement traduit par Dieu), et le "Chevaucheur des nuées" (v.4). Le Seigneur y est en même temps désigné comme celui qui a prouvé dans l'histoire qu'il méritait les titres de "Père des orphelins" et de "justicier des veuves", qui donne aussi un foyer à l'isolé et qui fait danser les prisonniers (vv.5-6). Le psaume est centré sur la présence du Seigneur dans son Temple (w.28-35). Dans le sens strict du terme, c'est un psaume qui inspire une crainte révérentielle pour la grandeur de Dieu.

Les psaumes 78 et 106 sont aussi fondés sur l'histoire, mais, cette fois, sur l'histoire du point de vue du peuple. Le comportement du peuple dans l'histoire n'est pas l'admirable chose qu'est celui de Dieu. Ces deux psaumes sont une confession historique des péchés. (Ce serait quelque chose si, aujourd'hui, nous pouvions être aussi candidement honnêtes au sujet de notre conduite dans l'histoire.)

Psaumes sapientiaux

La tradition de sagesse était présente au sein du peuple dès le tout début. Elle fut fortement affirmée chez Salomon et atteignit son apogée dans les livres des Proverbes, de Job et de Qohélet. Les attitudes de cette tradition, surtout ses convictions sur la bonté de la création et la grandeur du genre humain, se frayèrent un chemin jusqu'aux psaumes. La gloire de la création et la gloire encore plus grande du genre humain sont louées dans le Ps 8; la grandeur de Dieu vue dans l'harmonie de la création est célébrée dans le Ps 104. L'amour de la Loi, qui se développa chez les écrivains sapientiaux postérieurs, Ben Sire et l'auteur du livre de la Sagesse, est partagé par les auteurs des Psaumes 1,111,119. Dans les psaumes que nous allons considérer maintenant, nous remarquerons ces préoccupations et d'autres qui sont typiques de la tradition sapientielle.

Le psaume 73 aborde le problème harcelant de la justice sur cette terre. Il ramène la question si souvent posée par les écrivains sapientiaux: pourquoi les impies prospèrent-ils? (Voir Job 21,7s.) Cette question était également posée par Jérémie (Jr 12,1s). Le Ps 73 va plus loin à la fois dans sa description du problème et dans le progrès qu'il fait vers une réponse. Le psalmiste n'a ici aucune illusion sur la vie confortable et sans problèmes que mènent en réalité les impies. Il n'entretient pas la pensée superficielle que, dans la profondeur de leur cœur, les pécheurs qui réussissent sont malheureux. Le psalmiste traite le problème de la "paix" des pécheurs au niveau profondément personnel de sa pénible tentation d'abandonner Dieu, de se mettre à pécher et de devenir aussi riche et à l'aise que les pécheurs.

Lecture Psaume 73

Commentaire

"Mais enfin, Dieu est bon..." (v.1). Telle est la conviction première de l'auteur, sans laquelle il n'aurait pas pu résister à la tentation qu'il décrit dans ce psaume. Le psalmiste semble s'adresser à une assemblée de fidèles pour leur parler de son horrible épreuve et de la façon dont elle a été résolue. Il commence par une affirmation de foi sur la bonté de Dieu. Comme nous le verrons par la suite dans ce psaume, ce n'est pas une affirmation philosophique ou abstraite; pour le psalmiste, la bonté de Dieu signifie que Dieu est ce qu'il a de plus cher.

"au cœur pur" (v.1). Cette expression se rapporte à ce que nous pourrions appeler

intégrité; ceux qui sont fidèles, se montrent obéissants envers le Seigneur au plus profond de leurs pensées et de leurs sentiments ont "le cœur pur". Le "cœur" est un des mots clés de ce psaume. Il revient plusieurs fois (vv.1,7,13,21,26). Ce que l'auteur veut dire est fondé sur la plus profonde des expériences personnelles, une expérience au niveau du cœur. Il ne parlera pas du problème de la prospérité des impies au niveau des idées ou des principes, mais au niveau de ce qu'il a éprouvé à un moment de perception extraordinaire.

Aux vv.4-12, il décrit clairement ce qu'il voit: les impies ne font pas que s'enrichir, mais ils mènent une vie aisée. Cela saute aux yeux de tous. Ce qui est pire, c'est qu'ils se vantent que Dieu ne voit pas et ne se soucie guère du bien et du mal.

Même s'il croyait en la bonté de Dieu, il a bien failli en arriver à l'abandonner (v.2), en voyant à quel point les impies réussissaient et s'enrichissaient (v.3). Sa tentation est devenue encore plus aiguë du fait, également très net, qu'en dépit de sa pureté de cœur, il souffrait (v.13) et traversait des difficultés qui lui semblaient comme un châtiment venant du Dieu qu'il s'efforçait de servir (v.14). Il était sur le point de rejeter le Seigneur.

Il avoue très humblement que la raison pour laquelle il n'a pas cédé à la tentation a été la crainte de se couper de la communauté des fidèles (v.15). Au moment de la crise, il a été sauvé par son amour pour la communauté. C'est son sens très fort d'appartenance aux siens qui l'a sauvé et lui a donné le temps d'approfondir encore le mystère (v.16). Avec ce verset, la tentation est passée; c'est devenu une interpellation, un problème à aborder.

""J'ai essayé d'analyser le problème, si difficile que je l'aie trouvé."Ps 73,16

Le verset 17 peut se traduire de diverses façons: la même expression en hébreu peut se traduire par "mystère" (mystères) ou par "sanctuaire" (sanctuaires, palais). Si nous prenons le mot mystère, l'auteur parle d'une expérience dans laquelle il s'est senti attiré dans un profond mystère et éclairé. Si nous traduisons l'expression.

Ps 73,16

par sanctuaire, l'auteur parle d'une expérience dans laquelle il s'est senti élevé dans le sanctuaire de Dieu au ciel ou qu'il a eue au Temple de Jérusalem. Quelle que soit la traduction que nous utilisons, cette perception qu'il a eue, avait affaire à la destinée finale des impies (v.17) et à son propre but final (v.24).

Dans son moment de discernement, il a saisi la terrible vérité: les impies sont sur un chemin dangereux qui les mène à la destruction. Dieu peut sembler être endormi pour le moment, mais le jour de son réveil viendra et les pécheurs seront comme des rêves, des fantômes, sans substance (vv.18-20). L'avenir des impies est néant. L'auteur dit qu'il ne peut tout simplement pas comprendre comment il aurait pu être assez stupide pour ne pas voir cela quand il était tenté (vv.21-22).

Les versets qui suivent ont causé beaucoup de difficulté pour la traduction. Le sens qui semble le plus acceptable est que l'auteur se soit rendu compte que ce qui importait vraiment pour lui depuis le début, c'était d'être près de Dieu. Rien sur la terre, ni la richesse, ni la santé, ni la renommée, ni une vie sans souffrance ne pourrait jamais remplacer la joie d'être près de Dieu (vv.25 et 28).

Les commentateurs ne s'accordent pas sur l'espérance qu'exprime le psalmiste sur sa propre fin, son propre avenir. Beaucoup pensent que ses notions d'une vie après la mort n'étaient pas clairement développées. Ceux-ci considèrent que le psalmiste se rendait simplement compte à quel point la présence du Seigneur lui était précieuse et qu'il savait de façon sûre que c'était ce qu'il désirait plus que tout. Les impies ne jouissent pas de la présence de Dieu; leur avenir sera donc forcément vide en comparaison de son avenir qui sera rempli de la joie de la présence de Dieu. D'autres commentateurs estiment que cet auteur était un des premiers à déboucher sur la foi en une vie après la mort. Ceux-ci maintiennent que les vv.23-28 expriment l'espérance d'être enlevé en la présence de Dieu pour toujours dans la gloire (v.24). Les deux interprétations sont possibles.

Le point important est, toutefois, le sens profond de la bonté de Dieu qu'a l'écrivain et qu'il partage avec nous. Pour lui, il n'y a rien sur terre qui puisse s'approcher de la joie d'être près du Seigneur. Cette expérience est réelle, sûre et elle comble plus que tous les trésors de la terre.

Le psaume 91 exprime certains sentiments analogues. La bonté de Dieu et le soin amoureux qu'il prend de son peuple fidèle se retrouvent tout au long du psaume. L'auteur affirme sa confiance en la protection du Seigneur (vv.1- 13) et cite ensuite un oracle du Seigneur (vv.14-16). Le Seigneur répondra sûrement aux prières de ceux qui lui obéissent; il les remplira de vie et leur fera comprendre qu'il a le pouvoir de sauver (v.16).

Le psaume 139 est un autre psaume qui montre l'influence de la tradition sapientielle. C'est un bel exemple de la profonde ferveur que peut engendrer un mélange de raison et de foi. A partir de la raison et de la réflexion, les sages pouvaient arriver à la vérité que Dieu est présent partout et que Dieu sait tout, même les pensées et les sentiments les plus intimes de chacun. Mais un Dieu omniprésent et omniscient peut-être un Être froid et distant ou, encore pire, un genre de Dieu "espion dans le ciel" (Jb 7,16s). Dans ce psaume, toutefois, la foi dans le Dieu personnel, aimant, qui s'est fait connaître par son Alliance et par les prophètes, est alliée aux idées sur le Dieu connu par la raison. L'omniprésence de Dieu devient la présence personnelle de Dieu au croyant où que se trouve celui-ci. Où qu'il aille, quoi qu'il éprouve, le psalmiste est certain que le Seigneur le tient par la main (v.10). Le psalmiste sait que, dès le premier instant de son existence dans le sein de sa mère, le Seigneur était là auprès de lui, veillant sur lui (vv.14-15). Il voudrait qu'il n'y ait nulle part de pécheurs (vv.19-22). Ce sont des affirmations lourdes de sentiments, mais qui sont tout à fait acceptables si nous les prenons comme les affirmations de quelqu'un qui aime le Seigneur et le fait que certains ne l'aiment pas le fâche et le déconcerte.

Un certain nombre d'autres psaumes expriment les pensées et les sentiments de la tradition sapientielle: les Ps 1,37,49,112,127,128,133. Cette tradition a, toutefois, eu un effet sur beaucoup d'autres psaumes.

Psaumes royaux

H y a des psaumes qui ont affaire au rôle des rois dans l'histoire du peuple. Longtemps avant d'avoir un roi terrestre, le peuple croyait dans le Seigneur son Dieu qu'il considérait comme son roi. La première fois que l'on proposa à Samuel d'avoir un roi terrestre, il y vit un rejet de la souveraineté du Seigneur en tant que roi (1 Sm 8,7). Le Seigneur céda, toutefois, à la demande du peuple et lui accorda un roi. Le premier roi, Saül, ne réussit pas à gagner la victoire sur les Philistins, ne réussit pas à faire l'unité de toutes les tribus. Son échec a été compris comme le rejet de Saül par Dieu en tant que le roi de son choix. Tout ce que Saül n'avait pas réussi à faire, David l'accomplit. Ses victoires sur tous les ennemis du peuple, son aptitude à faire l'unité des tribus, son grand respect des anciennes traditions du peuple, son souci de faire du Seigneur lui-même le centre de sa ville et de son autorité, la justice de son gouvernement, justifièrent la prophétie qui lui avait été faite par Natân (2 Sm 7, voir leçon 9, pp.11-19). La promesse que le Seigneur faisait à David était exprimée dans une alliance; Dieu se liait à David et à ses descendants pour toujours. Si David ou ses successeurs venaient à pécher, ils seraient punis, mais le Seigneur ne retirerait jamais son choix de David et de ses descendants comme souverains de son peuple.

A mesure que la foi du peuple s'approfondissait, il en vint à comprendre plus clairement que le Seigneur n'était pas seulement leur roi, mais le roi de toutes les nations (Am 1-2), le créateur du ciel et de la terre, le Seigneur de tous. Si tel est le Seigneur, le roi terrestre qu'il a choisi doit, d'une manière ou d'une autre, être un reflet du roi céleste. Il semblerait que les espérances que le peuple fondait sur son monarque terrestre augmentaient à mesure que se perfectionnait sa connaissance du Roi céleste qu'il représentait.

Les descendants de David qui régnèrent sur le peuple n'avaient pas qu'à essayer de vivre selon la norme fixée par leur ancêtre, mais il fallait aussi qu'ils s'efforcent de se montrer à la hauteur des attentes toujours plus grandes que suscitait leur position de représentant terrestre du Seigneur. Les prophètes, surtout sale (Is ch.7,9,11), exprimaient leur ferme espoir que le jour viendrait où régnerait le souverain vraiment idéal qui serait comme Dieu lui-même au milieu de son peuple et du monde. Les prophètes n'étaient pas seuls à exprimer les grandes espérances que fondait le peuple sur ses rois. Certains des poètes qui écrivaient des psaumes exprimaient aussi ces espérances. Le Ps 72 (leçon 10, p. 2) a probablement été écrit pour être chanté au couronnement des rois de Juda et peut-être lors de cérémonies commémorant leur règne. Ce psaume parle de l'idéal absolu de la royauté, idéal qu'aucun roi terrestre ne serait capable d'atteindre. Mais le psaume fait comprendre combien les espérances du peuple étaient élevées et nobles.

Même lorsque les rois de la maison de David cessèrent de régner par suite de l'Exil et même lorsqu'aucun roi de la lignée de David ne régnait après l'Exil, les prophéties d'un Isaïe et les idéaux exprimés dans les psaumes royaux continuaient à soutenir l'espoir qu'un jour le grand roi viendrait. La réinterprétation que fait le Second Isaïe des promesses faites à David (Is 55,3-5; leçon 15, pp. 34-35) ne semble pas avoir été largement acceptée. Le fait même que les psaumes royaux aient été préservés, alors que la lignée de David n'était plus au pouvoir, indique que l'espérance d'un nouveau David, d'un nouvel "Oint" n'était pas morte.

Le psaume 2, que nous allons maintenant examiner, est probablement un très ancien psaume, qui remonte avant l'Exil. Ce psaume fait parler le roi. Il fait comprendre que le fondement de son droit à la royauté réside dans le fait que le Seigneur lui-même en a fait son oint. Il est très vraisemblable que ce psaume était chanté lors des cérémonies de couronnement.

Lecture Psaume 2

Commentaire

Le chant commence en mentionnant la stupéfaction pleine d'assurance du roi lorsqu'il examine les rumeurs que les nations qui lui sont soumises sont en révolte contre son autorité (w.1-3). (Il était tout à fait courant que les rois vassaux se révoltent lorsque mourait un roi et qu'un nouveau roi allait être couronné.) La rébellion des roitelets est vue comme une révolte à la fois contre le Seigneur et contre son oint (v.2). L'assurance du roi repose sur sa foi en la puissance illimitée de son Seigneur au ciel. Toutes ces révoltes de petits rois insignifiants font rire le Seigneur (v.4). Le Seigneur réprimande sévèrement les rebelles et déclare que cet homme est en fait son roi, celui qu'il a installé pour régner sur Sion (vv.5-6).

Au nom du roi, le psalmiste intègre alors à son chant le décret officiel qui reconnaissait le roi comme le vrai souverain choisi par Dieu lui-même. Le décret dit: "Tu es mon fils, moi, aujourd'hui, je t'ai engendré . . "(v.7). L'accession au trône de David était comprise comme l'adoption divine. Les rois de la maison de David n'étaient pas considérés comme divins; ce n'étaient pas des dieux, même de petits dieux. Mais on considérait que leur relation au Seigneur était tout à fait spéciale; ils étaient ses fils et il était leur père. Cette relation est souvent exprimée en termes d'amour. (Voir un autre psaume royal, Ps 18, vv.1,19,50,)

Le reste des versets du psaume (vv.8-12) expriment la tendance à vouloir que la souveraineté du roi terrestre soit aussi universelle que celle de Dieu.

Le psaume 89 est un psaume royal qui célèbre les hauts faits de Dieu. L'alliance avec David est le thème central, mais la grandeur de Dieu manifestée dans le choix de son peuple et dans la création y est aussi mentionnée (vv.1-18). Le psalmiste chante ensuite le choix que Dieu fait de David et de ses descendants, admettant que Dieu a dit qu'ils seraient punis pour leurs péchés, mais que Dieu les sauverait toujours (vv.19-37). Quand ce psaume a été écrit, le roi de la lignée de David avait dû subir de grandes pertes au combat ou être vaincu par ses ennemis, parce que le psaume se termine sur une prière pour le roi et une lamentation sur sa situation d'humiliation (vv.38-51).

Le psaume 110 est probablement un poème très ancien. Le texte hébreu est extrêmement difficile à traduire; la plupart des traductions modernes suivent les LXX. Malgré les difficultés qu'il présente, deux choses sont tout à fait claires dans le psaume: comme le Ps 2, c'est un psaume dans lequel le Seigneur déclare que le roi est son choix à lui: "Siège à ma droite" (v.1), position extraordinairement honorifique à côté du roi du ciel. Le second point est que le roi de la lignée davidique a un rôle sacerdotal: "Tu es prêtre" (v.4). D'après la traduction traditionnelle, déjà connue des auteurs du Nouveau Testament, le sacerdoce royal ne vient pas de la lignée d'Aaron, mais de la lignée de Melchisédech (Gn 14,18s), le roi-prêtre qu'Abraham a rencontré (voir He 5,6).

Le psaume 132 évoque la translation de l'Arche à Jérusalem. Il chante les louanges du Seigneur, se reportant aux promesses de 2 Sm 7 (Ps 132,11s). Les derniers versets (vv.17-18) semblent tournés vers la venue du nouveau roi qui accomplirait les promesses de Dieu à David. (Ps 144,1-11 est parfois également classé parmi les psaumes royaux.)

Lamentations

Au moins 50 sur les 150 psaumes sont des lamentations. Ces psaumes sont des prières implorant le secours de Dieu. On s'y adresse habituellement à Dieu sans détours, même sans cérémonie, sans aucun effort pour énumérer ses qualités ou pour l'influencer avec des compliments. Les psalmistes "influencent" Dieu en lui donnant une description très puissante de la gravité de leur situation - ils sont seuls, abandonnés, malades, persécutés, ridiculisés, ils se font attaquer, accuser faussement ou sont sur le point de mourir. Souvent le psalmiste ne mâche pas ses mots quand il parle à Dieu: il lui dira de se réveiller, lui demandera exactement combien de temps il a l'intention de laisser continuer cette souffrance, ou il s'écriera simplement: "Pourquoi?"

Ces lamentations présentent très souvent un tableau de "l'ennemi", habituellement dans une langue extrêmement poétique. "L'ennemi" est imaginé comme un agresseur ou une armée mettant le siège devant une ville; ou comme un chasseur qui pose des pièges, des filets, des traquenards, ou creuse des fosses; ou comme un animal, un taureau, un lion ou autre bête féroce. Ces images représentent les gens qui calomnient, persécutent ou attaquent avec violence la personne qui prie dans le psaume. Dans certains cas, l'ennemi est celui qui a porté de fausses accusations contre la personne qui prie et l'a amenée en cour pour être jugée et, si le verdict est porté contre elle, elle peut subir la peine de mort ou se voir rejetée par la communauté.

Les lamentations se tournent souvent vers Dieu et lui rappellent les avantages que lui, Dieu, pourrait avoir à répondre à la prière du psalmiste (pour la gloire de ton Nom, par fidélité à tes promesses). Parfois les lamentations comportent un voeu, habituellement une promesse de louer le Seigneur dans le Temple. A l'occasion, les lamentations se terminent sur une expression de remerciement, comme si les prières avaient déjà été entendues.

Sous beaucoup d'aspects, les lamentations sont les prières des pauvres et des opprimés. Les psalmistes des lamentations préfèrent s'appeler des "pauvres", des "nécessiteux", des "opprimés"; ces termes sont presque devenus des titres honorifiques qui leur donnent l'accès le plus direct à Dieu. Il y a derrière cela, bien sûr, des siècles de réflexion sur Dieu tel qu'il s'est révélé dans l'Exode, dans les lois de l'Alliance et par l'intermédiaire des prophètes. Le Seigneur était celui qui entendait les cris de son peuple quand il était pauvre et opprimé en Égypte. Le Seigneur était celui qui avait donné les lois et les instructions pour protéger le pauvre, l'étranger, l'orphelin et ia veuve. Le Seigneur était celui qui avait poussé Amos et Isaïe et les autres prophètes à élever la voix pour défendre les opprimés. Les auteurs des lamentations savaient bien cela. Ils savaient aussi très bien que la personne qui se trouve pauvre, opprimée, sans défense, éprouve aussi à l'intérieur d'elle-même une tension déchirante: être pauvre, c'est être préféré par le Seigneur, mais être pauvre, c'est aussi expérimenter l'absence de Dieu. Savoir par la foi que le fait d'être écrasé nous rapproche de Dieu, ne fait pas disparaître l'angoisse de se sentir abandonné par ce même Dieu.

Le Ps 22, que nous allons commenter, est très original. C'est une lamentation qui s'achève sur une exaltation d'un genre extraordinaire. Nous l'étudions parmi les lamentations parce que, dans sa première partie (vv.1-21), il présente un des meilleurs exemples de lamentations. Le Ps 22 débute par la profonde souffrance personnelle de se sentir rejeté par Dieu, mais s'achève sur les louanges du monde entier; son horizon est étonnant. Bien que rien ne montre une dépendance directe du Second Isaïe, son thème ne peut que nous rappeler le Serviteur souffrant (Is 52,13 - 53,12).

Lecture Psaume 22

Commentaire

Le psalmiste commence avec la douleur d'être abandonné de Dieu et le sentiment que ses prières sont absolument inutiles (vv.1-2). Il n'a aucune confiance en la valeur de ses prières. Avec une foi dépouillée de tout soutien affectif, il se tourne vers ce qu'on lui a dit être vrai: le Seigneur habite au milieu de son peuple et les générations passées ont mis leur confiance en lui et ont été entendues. Dans son désarroi, il ne peut que s'appuyer sur la foi de ses ancêtres (w. 3-5).

Il décrit ensuite sa misère et exprime ce qui semble être l'aspect le plus pénible de sa souffrance. Juste au moment où il se sent délaissé par le Seigneur, ses ennemis menacent de lui arracher les lambeaux de foi qui lui restent: "Il s'est remis au Seigneur, qu'il le libère" (vv.6-8).

Dans les versets suivants, il aborde ses expériences personnelles de Dieu dans le passé (vv.9-10). Il sait, depuis sa jeunesse, que le Seigneur a soin de lui; dès le sein de sa mère, Dieu a été proche. Il supplie que soit restaurée cette intimité (v.11). Dans les vv.12-21, il décrit avec des images frappantes la souffrance qu'il endure. Il semblerait qu'il ait été faussement accusé et condamné à mort. Il a été dépouillé de ses vêtements qui, selon la coutume, ont été partagés en tirant au sort.

Le psalmiste fait ensuite la promesse au Seigneur de chanter ses louanges dans l'assemblée en prière au Temple (vv.22-24). Le ton du psaume change complètement. Il déborde maintenant de certitude que le Seigneur le libérera. Les derniers versets (w.25-31), écrits dans un rythme différent, semblent avoir été composés après que l'auteur ait été arraché aux griffes de la mort. Le psalmiste est dans l'assemblée en prière, tenant la promesse qu'il a faite, prenant part à un sacrifice de communion avec d'autres pauvres (v.26). La conclusion est des plus extraordinaires: le psalmiste prétend que sa délivrance donnera lieu à la louange dans le monde entier, littéralement dans toute l'humanité - les générations futures, les générations présentes et les générations passées, les morts (vv.27-31). (Ce psaume est souvent cité ou mentionné dans le Nouveau Testament. Voir, par exemple, Mt 27, vv.35,39,43,46; Jn 19,24 et 28.)


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(Pages 1-27 show above.)