include_once("common_lab_header.php");
Excerpt for Montée - Leçon 22- Au Service du Royaume by , available in its entirety at Smashwords

Montée -Leçon 22 Au Service du Royaume

par Marcel Gervais, archevêque émérite du diocèse d'Ottawa, Canada

Nihil obstat: Michael T. Ryan, B.A., M. A., Ph.D.

Imprimatur: + John M. Sherlock, évêque de London

London 31 Mars, 1980

Le contenu de ce livre a été publié la première fois en 1977 dans le cadre de la série Journey par les Programmes d'études de la foi catholique et est maintenant réédité en Smashwords par les Publications d'Emmaüs, Ottawa, ON, Canada sur Smashwords

Couverture:"Et lui, rejetant son manteau, il bondit et vint a Jesus"Marc 10,50

© Programmes d'études de la foi catholique, une division du Centre international d'éducation religieuse 1977. Reproduction dans tout ou partie est interdite.


Contenu

1 Des yeux qui ne voient pas (Marc 6,7 - 8,26)

2 Des oreilles qui n'entendent pas (Marc 8,27 - 10,52)

Conclusion

Corrigé des exercices pratiques

Test

Corrigé du Test

Recommandations pour la réunion de groupe

A propos de l'auteur

Psaume 100

Chant qui nous invite à louer le Seigneur qui est notre pasteur. Dans cette leçon, vous lirez que Jésus, notre Seigneur, "fait" et "refait" le peuple de Dieu - "il nous a faits et nous sommes à lui" (v. 3). Vous verrez Jésus, le Bon Pasteur, qui nourrit le peuple de son enseignement et avec de la nourriture. Vous le verrez aussi ouvrir le peuple de Dieu à toutes les nations, permettant à tous d'entrer dans son troupeau. L'ancien Temple, désigné par "ses portiques" et "ses parvis" (v. 4), est maintenant devenu l'Église elle-même, le peuple de Dieu renouvelé. Le bonté, l'amour et la fidélité de Dieu nous sont révélés dans tout ce que Jésus fait et dit (v. 5).

Objectif de la leçon Décrire l'enseignement de Marc 6,7 - 10,52 sur Jésus et sur le peuple qu'il a formé.

Introduction

A la leçon 21, nous avons vu Jésus prêcher la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu. Nous l'avons entendu enseigner en paraboles sur les voies mystérieuses du Royaume. Nous avons lu qu'il accomplissait de nombreuses œuvres de puissance et de guérison. Nous avons remarqué comment il attirait de grandes foules, parmi lesquelles se trouvaient les chefs religieux et politiques qui le trouvaient de plus en plus choquant et inacceptable. Sa fréquentation de pécheurs notoires était, en grande partie, responsable du conflit. Nous avons aussi noté que, dès le tout début, Jésus appelait des gens à être avec lui, à l'aider. Au nombre de ceux qui choisissaient de le suivre, Jésus en retint douze en particulier pour qu'ils soient ses compagnons et prennent part à son œuvre. Jésus renouvelait le peuple de Dieu et faisait comprendre que le peuple de Dieu ne serait plus une question de liens de sang avec un groupe ethnique. Son rejet par sa propre parenté à Nazareth le montrait clairement. C'est là que nous nous sommes arrêtés.

Au début de cette section (6,7 - 10,52), nous voyons Jésus en train d'instruire les Douze qu'il s'est choisis et de les envoyer prêcher et guérir. Si quelqu'un n'a jamais eu le droit d'être un individualiste farouche n'ayant besoin de l'aide de personne, c'est bien Jésus, le Fils de Dieu. Mais Jésus n'a jamais eu cette prétention; au contraire, il a accepté ses limites humaines et s'est reposé sur des aides. Jésus n'était pas non plus perfectionniste; tout en prenant le temps de préparer ses Douze, il n'a pas attendu qu'ils sachent et comprennent tout avant de les inviter à participer à son œuvre. Tout au long de cette leçon, vous allez voir les disciples et, en particulier, les Douze qui ne comprennent pas Jésus; Jésus le leur reproche, mais il ne les rejette pas. Et ils restent avec lui malgré la confusion que crée en eux son enseignement. lis sont tout à fait typiques de nous tous.

Note: Vous vous rappellerez la leçon 21, qu'il y a trois grandes étapes dans la formation de l'Évangile de Marc (Jésus, l'Église, l'évangéliste). Dans cette leçon, nous consacrerons plus d'attention sur l'œuvre de Marc en tant que vrai auteur. Nous ferons remarquer comment il a agencé les documents dont il avait hérité et ce sur quoi il met l'accent dans son œuvre. Ce n'est, bien sûr, pas l'aspect le plus important de la leçon, mais il est utile d'essayer de remarquer le talent de Marc. Tout cela fait partie de l'inspiration de l'Esprit-Saint.

Des yeux qui ne voient pas (Marc 6,7 8,26)

Objectif Décrire l'enseignement de Marc 6,7 - 8,26 sur Jésus et sur le peuple qu'il a formé.

L'image centrale autour de laquelle Marc développe cette section est le "pain" (6,8 et 37-44 et 52; 7,2,5 et 27; 8,4-6 et 16-19). Le mot grec "artos" signifie littéralement "pain", mais peut être traduit par "nourriture". En français, il n'est pas toujours nécessaire de le traduire, car nous pouvons dire "manger" sans avoir à dire "manger de la nourriture". Le pain était l'aliment de base au temps de Jésus. On conçoit donc facilement que le pain puisse vouloir dire la nourriture en général et même représenter tout ce qui est nécessaire au maintien de la vie.

Du pain pour la foule (6,7-52)

Quand Jésus dit aux Douze de ne pas prendre de pain pour leur voyage missionnaire, il leur demande de ne pas avoir de source de subsistance indépendante; il leur demande de dépendre entièrement de ceux qui les reçoivent au cours de leurs voyages. Les Douze doivent dépendre des gens qu'ils servent et accepter le niveau de vie de leurs hôtes.

Lecture Marc 6,7-13

Il est difficile de se représenter Jésus comme un organisateur, mais on nous le montre ici en train de donner aux Douze six itinéraires différents et des groupes de villes à visiter. Bien que cela ne soit pas aussi complexe que le plan nécessaire à l'organisation de 36 itinéraires différents (Lc 10,1s), cela suffit tout de même à montrer le côté pratique de Jésus, menuisier compétent. Il y a un certain caractère d'urgence dans ce que Jésus dit aux Douze; il semble très conscient de tout ce qui est à faire. il leur conseille vivement de "rationaliser" leur propre personne aussi bien que leur style de travail: il ne faut pas qu'ils s'encombrent de possessions, qu'ils perdent du temps avec ceux qui ne sont pas prêts à les recevoir. Il ne s'agit pas de convertir tout le monde, mais de donner l'occasion de se convertir au plus grand nombre possible. Marc souligne que les Douze oignaient les.malades avec de l'huile, pratique apprise de Jésus; pouvons-nous supposer, bien qu'on ne nous dise jamais qu'il se soit servi d'huile. Le sacrement de l'Onction des malades est basé sur cette pratique (voir Jacques 5,14s).

Tandis que les Douze sont partis accomplir leur mission, Marc tourne notre attention sur d'autres questions. Il nous dit que même Hérode, le tétrarque de Galilée (prince) avait entendu parler de Jésus. Il circulait beaucoup d'opinions sur l'identité de Jésus, dont aucune n'était exacte et toutes, flatteuses. Ses remords de conscience faisaient croire à Hérode que Jésus était Jean-Baptiste revenu pour le hanter. Peut-être ne disait-il pas cela littéralement, mais l'idée était au moins qu'en Jésus il voyait un autre fauteur de troubles du calibre de Jean.

Lecture Marc 6,14-16

Marc nous donne ensuite l'histoire de la décapitation de Jean-Baptiste par Hérode au cours d'un de ses banquets. La mort violente de Jean-Baptiste est une indication du genre de fin à laquelle Jésus peut raisonnablement s'attendre.

Lecture Marc 6,17-29

Marc nous ramène aux apôtres dans le passage suivant (6,30s). Ils reviennent vers Jésus et partagent avec lui tout ce qu'ils ont dit et fait. Jésus remarque qu'ils sont fatigués et qu'ils ont faim et les invite à aller dans un endroit tranquille se reposer. La façon dont Marc rapporte les paroles de Jésus laisse supposer que Jésus s'est reposé et que "Maintenant, venez vous-mêmes à l'écart et reposez-vous un peu" (6,31). Il était tout simplement impossible de se reposer autant qu'il l'aurait fallu.

Lecture Marc 6,30-34

Voyant les foules, Jésus répond comme un bon pasteur. Les gens ont faim de son enseignement et il les enseigne "longuement". Il convient de noter qu'il n'y a ici aucune mention de miracle, seulement d'enseignement. Jésus nourrit d'abord les foules de sa parole.

Plus fatigués et plus affamés que jamais, les disciples suggèrent de renvoyer les foules pour qu'elles aillent se trouver quelque chose à manger par elles-mêmes, mais Jésus n'est pas d'accord avec eux. Il leur fallait partager Jésus avec les foules, Jésus leur demande maintenant de partager avec elles ce qu'ils ont à manger. Ce partage ne se fait pas, toutefois, simplement ou négligemment; il entraîne une organisation presque incroyable de cinq mille personnes en groupes de cent et de cinquante joliment assises comme des touffes de fleurs sur l'herbe verte (image suggérée par le texte grec).

"Alors il leur dit: 'Venez vous-mêmes à l'écart, dans un lieu désert, et reposez-vous un peu.' De fait, les arrivants et les partants étaient si nombreux que les apôtres n'avaient pas même le temps de manger." Marc 6,31

Lecture Marc 6,35-46

La scène est très paisible, disciplinée mais joyeuse. Le grec que Marc emploie laisse entendre des groupes heureux de convives autour d'un bon repas. Jésus commence le repas d'une façon caractéristique de sa culture, il prend le pain (et le poisson), dit une prière de bénédiction à Dieu et distribue la nourriture. Marc évite soigneusement de nous dire comment les cinq pains et les deux poissons ont nourri cette multitude; il nous dit seulement qu'ils en ont tous eu assez et qu'il est resté douze corbeilles de nourriture. Quand cette longue opération a été achevée, Jésus a renvoyé les disciples et est resté en arrière pour renvoyer les foules lui-même. Il se retrouve seul et cherche un endroit calme dans les collines pour prier. Habituellement, quand Marc rapporte un miracle, il nous dit l'ébahissement de ceux qui en ont été témoins ou qui en ont entendu parler (ex. 5,20 et 42). Dans le cas présent, toutefois, il ne fait état d'aucun étonnement de la part des foules ou des disciples. Par cette omission, Marc semble dire qu'ils n'ont rien vu de spécialement ahurissant dans cet événement.

La scène suivante nous montre les disciples s'épuisant à ramer contre un vent debout. Jésus s'en rend compte, mais il attend le petit matin pour aller vers eux sur l'eau. À la différence de l'incident de la tempête (4,35s), les vies des disciples ne sont pas en jeu; ils ont simplement de la difficulté à atteindre leur destination.

Lecture Marc 6,47-52

Avec la puissance et l'aise de Dieu lui-même, Jésus marche sur les vagues (Ps 77,19; Jb 9,8). Les disciples sont effrayés; ils le prennent pour un fantôme. Ils n'ont pas été surpris de le voir nourrir cinq mille personnes, mais ils sont stupéfaits d'étonnement de le voir marcher sur l'eau. Le fait qu'il ait nourri la multitude, après une longue prédication et dans le cadre d'une organisation complexe, ne les a pas frappés par son caractère surprenant; ils n'y ont pas vu la puissance divine en œuvre. Il n'est donc pas étonnant que cela les fasse sursauter de le voir marcher sur l'eau.

Marc semble nous dire à nous, ses lecteurs, que les apôtres et les disciples qui étaient avec Jésus avant sa mort et sa résurrection n'avaient aucun avantage sur nous qui venons après eux. En réalité, avant la mort et la résurrection, les disciples étaient désavantagés par rapport à nous. Ils ne pouvaient pas comprendre toutes sortes de choses qui se produisaient sous leurs yeux, "leur cœur était endurci" (6,52).

Marc et les communautés qui avaient conservé le récit de la multiplication des pains pouvaient y voir beaucoup plus parce qu'ils savaient que Jésus était vraiment le Fils de Dieu ressuscité d'entre les morts. ll était assez facile pour eux de voir dans la multiplication des pains que Jésus était le Seigneur, le Pasteur, qui menait son troupeau sur de verts pâturages et le nourrissait abondamment (Ps 23). Les disciples auraient dû reconnaître cela, mais ils ne l'ont pas fait.

L'événement aurait dû rappeler aux disciples Moïse aux prières duquel Dieu avait nourri son peuple de la manne dans le désert; ils auraient pu voir en Jésus quelqu'un de plus grand que Moïse (Ex 16). Marc et sa communauté voyaient certainement cela. Ils auraient également pu voir dans cet acte que Jésus était plus grand que le prophète Élie qui en avait nourri beaucoup avec peu de nourriture (2 R 4,42-44).

Les communautés qui utilisaient cet incident dans leur ministère ne pouvaient pas ne pas voir dans cet événement une préparation pour la dernière Cène et leur Eucharistie hebdomadaire. Ils se servaient des mêmes paroles pour décrire les actions de Jésus: "il prit le pain, dit la bénédiction, rompit (le pain) et le leur donna" (Mc 14,22). Pour des générations de chrétiens, le pain et le poisson étaient un symbole de l'Eucharistie. Il se pourrait même que la façon dont Marc a décrit le miracle, avec un long enseignement précédant la distribution du pain, ait reflété l'ordre dans lequel l'Eucharistie était célébrée de son temps, la Liturgie de la parole suivie de la Liturgie de l'Eucharistie, exactement comme nous célébrons l'Eucharistie aujourd'hui.

Il y avait même plus dans cet événement que les disciples qui étaient présents ne pouvaient absolument pas voir, mais que les chrétiens plus tard voyaient. Les disciples (apôtres) se font dire "Donnez-leur vous-mêmes à manger" (6,37). Jésus venait juste d'initier les apôtres à son ministère d'enseignement (6,7-13); il les invitait maintenant à pourvoir à tous les autres besoins des gens, y compris les besoins matériels. C'est, de fait, ce que faisaient les premières communautés sous la direction des apôtres (Ac 2,42-47; 4,32-35). Toute la peine et l'organisation qu'il fallait pour pourvoir à tous les besoins du peuple de Dieu (Ac 6,1-7) n'en faisaient pas moins une œuvre, certes un miracle, du Seigneur. Les premières communautés chrétiennes ne se voyaient pas comme des communautés spirituelles, uniquement préoccupées de prédication et d'enseignement, mais de tout ce qui est nécessaire à la vie en tant que "peuple", préoccupées de tout ce qui est symbolisé par le "pain".

Marc nous donne ensuite un résumé de nombreuses guérisons (pas d'exorcismes) autour de Génésareth (6,53-56). C'est la dernière allusion à de nombreuses guérisons dans l'Évangile de Marc. Les rares œuvres de puissance qu'il rapportera dans le reste de l'Évangile auront toutes une valeur symbolique ou éducative.

Exercices pratiques

1.Indiquer si les affirmations suivantes sur les disciples au cours de leurs voyages missionnaires sont vraies ou fausses:

____a.Ils devraient prendre assez d'argent pour subvenir à leurs besoins. Ils devraient s'adapter au genre de vie de ceux qu'ils servent.

____b.Ils ne devraient pas avoir à compter sur le support financier de ceux qui les redoivent.

____c.Ils devraient apporter leurs biens personnels pour aider les pauvres qu'ils servent.

____d.Ils devraient offrir la conversion à autant de gens que possible. Ils devraient oindre les malades avec de l'huile.

2.Choisir le membre de phrase qui complète le mieux l'affirmation suivante:

En Marc 6,30-44, Jésus enseigne à ses disciples que leur mission est avant tout:

a.d'enseigner et de prier pour le peuple.

b.de prier pour le peuple et de le structurer.

c.d'enseigner et de pourvoir aux besoins du peuple.

d.de guérir et de nourrir le peuple.

Du pain pour tous (7,1 8,10)

Dans beaucoup de groupes nationaux ou ethniques, les aliments et les coutumes qui les entourent sont des manières de maintenir un sens de leur identité par rapport à d'autres groupes. Une tribu africaine donnée, par exemple, pourrait s'identifier comme la tribu qui ne mange pas de léopard, une autre comme celle qui ne mange pas de lion. Le peuple de Dieu avait sa propre liste d'aliments défendus (impurs) et permis (purs) (Lv 11). Pendant et après l'Exil, lorsqu'il devint des plus importants pour le peuple de développer et de maintenir un sens fort de son identité et de ce qui le différenciait des autres peuples, les règles sur les aliments prirent de l'importance. (Voir leçon 16, p. 5). Ces règles alimentaires rendirent difficile de manger avec les Gentils, décourageant lés fréquentations sociales intimes que permet le partage d'un repas commun.

L'expérience avait, toutefois, montré que la liste des aliments purs et impurs n'avait pas garanti la séparation entre le peuple et les Gentils. Tant que les Gentils servaient la nourriture voulue, on pouvait manger avec eux; et, en outre, les Gentils n'avaient pas beaucoup, ou même pas du tout, de nourritures défendues, aussi pouvaient-ils toujours manger avec les Juifs. Si la séparation entre les Juifs et les Gentils devait être renforcée, il faudrait mettre au point de nouveaux règlements ayant trait à la nourriture. Ce qui fut fait. Des traditions naquirent au cours des siècles à propos des plats, des casseroles et des poêles et de la façon de. les laver avant de s'en servir. Des cérémonies de lavage et d'aspersion des personnes et des aliments achetés au marché se développèrent également. Il s'agissait de traditions humaines, qui ne se trouvaient pas dans la Loi de Dieu. Ces traditions rendaient pratiquement impossible de manger avec les Gentils. Les Pharisiens préservaient et recommandaient vivement ces traditions humaines comme si elles avaient été la volonté de Dieu lui-même.

Il y avait beaucoup de Juifs qui n'observaient pas ces coutumes strictes. Eux non plus n'étaient pas admis à manger avec ceux qui, comme les Pharisiens, les pratiquaient scrupuleusement. Jésus et ses disciples ne suivaient pas ces coutumes. Cela permettait à Jésus et à ses disciples de manger avec les Juifs "relâchés".

Dans le passage suivant, Jésus fait remarquer l'hypocrisie des Pharisiens; ils observaient strictement leurs traditions humaines et fermaient les yeux sur la manière dont ces traditions pouvaient aller directement contre la Loi de Dieu.

Lecture Marc 7,1-13

La Loi de Dieu énonçait clairement que les parents âgés avaient droit au soutien financier de leurs fils: "Honore ton père et ta mère" (Ex 20,12). Les traditions humaines soutenues par les Pharisiens permettaient à un homme qui n'aimait pas ses parents de dire que son argent était consacré à Dieu (corban), ce qui voulait dire que ses parents ne pouvaient plus y prétendre pour leur usage, tandis que l'homme lui-même pouvait encore se servir. de l'argent. Jésus prend ceci comme exemple de la façon dont les traditions humaines peuvent devenir des "idoles" que les gens servent comme si elles étaient plus importantes que la volonté de Dieu. Les traditions humaines sur la manière de manger ont le même effet.

Dans le passage suivant, Jésus aborde un sujet plus délicat, non pas les traditions humaines, mais les règles de la Loi de Dieu concernant les aliments purs et impurs. Il réinterprète la Loi, rendant tous les aliments purs.

Lecture Marc 7,14-23

Il est très douteux que les disciples aient effectivement compris ce message quand Jésus l'a donné. il y a beaucoup de choses qu'ils n'ont pas comprises avant la mort et la résurrection de Jésus. Il n'est pas surprenant que cette question d'aliments purs et impurs n'ait été réglée que quelque temps après la résurrection de Jésus (Ac 10,1 - 11,8).

Marc et la communauté qui préservait l'enseignement de Jésus savaient très bien ce que Jésus voulait dire. Avec l'autorité divine, Jésus déclara que les règles régissant les aliments purs et impurs qui étaient dans la Loi de Dieu (Lv 11) avaient pris fin. (Plus tard, en Marc 10,1-12, Jésus ferait de même avec les règles concernant le divorce et le remariage.) Ces règles étaient temporaires, nécessaires tant que le peuple devait être séparé des Gentils. Mais le temps était maintenant venu où le peuple de Dieu devait être ouvert à tous les Gentils et, par conséquent, le temps était venu de mettre fin à ces règles qui maintenaient la séparation.

Marc explique cela clairement dans le passage suivant. À l'aide d'un dialogue plein d'esprit, avec une païenne, en territoire païen, Jésus.fait remarquer qu'il faut partager la nourriture (pain) avec elle. La "nourriture" dans le cas présent représente le pouvoir de guérison de Jésus.

Lecture Marc 7,24-30

Les "enfants" représentent les Juifs qui, selon la règle que Jésus suivait généralement, devaient être les premiers à bénéficier de ses services. Les "petits chiens" représentent les Gentils qui doivent être servis après les Juifs. La réponse intelligente et spirituelle de la femme amène Jésus à adoucir la règle; il "nourrit" la femme païenne en guérissant sa fille.

La règle générale que Jésus suivait de son vivant n'était pas si rigide qu'elle ne permettait pas d'exceptions. Dans ce passage-ci et dans le suivant, Marc souligne les exceptions - Jésus s'est occupé des Gentils de son vivant. Marc pouvait rappeler à ses propres communautés que le modèle qui consistait à porter la Bonne Nouvelle d'abord aux Juifs et, une fois qu'ils l'avaient entendue, de la porter aux Gentils, n'était pas à suivre strictement. Jésus est venu pour les Gentils aussi bien que pour les Juifs.

Marc commence l'épisode suivant par un itinéraire compliqué, qui fait aller Jésus au nord de Tyr à Sidon, pénétrer dans le territoire païen, puis traverser la Galilée au sud et entrer à l'est en Décapole, région en grande partie païenne. Cet itinéraire ne vise qu'à souligner les contacts de Jésus avec les Gentils. Marc y place la guérison d'un sourd, un autre Gentil.

Lecture Marc 7,31-37

Malgré les efforts de Jésus pour maintenir le secret de la guérison, l'homme guéri et ceux qui en ont entendu parler répandent l'histoire partout chez les Gentils. D'après Marc, Jésus a maintenant deux personnes qui ont été guéries dans la région de la Décapole, l'homme délivré de la légion de démons (5,1-20) et cet homme guéri de sa surdité. Le premier a été envoyé avec mission de prêcher ce que le Seigneur a fait pour lui (5,19s); le second répand la nouvelle sur Jésus malgré l'ordre de garder le silence. Qu'il le veuille ou non, la renommée de Jésus se répand chez les Gentils.

Par suite de toute cette publicité une grande foule se réunit à nouveau (8,1). Pour bien préciser que cette seconde multiplication des pains se produise dans la Décapole, Marc l'introduit par ces mots "En ces jours-là" ou "A cette époque". Le récit de cette seconde multiplication des pains et des poissons est très semblable au premier (6,35-44). Le sens en est virtuellement le même, sauf que cette fois-ci il s'agit d'une foule païenne ou du moins d'une foule dans une région païenne. Le message est que ce que Jésus a fait pour les siens, il veut également le partager avec les Gentils.

Lecture Marc 8,1-10

À la fin de ce passage, Marc fait à nouveau voyager Jésus. Personne ne sait au juste où se trouve Dalmanoutha, mais on ne risque rien en supposant que c'est en territoire juif puisque la scène qui suit immédiatement nous met en présence des Pharisiens.

Exercice pratique

3. Indiquer si les affirmations suivantes sur les rapports entre le peuple et les Gentils sont vraies ou fausses:

____a.Les traditions des Pharisiens concernant les préparatifs avant les repas étaient destinées à les séparer des Gentils.

____b. Jésus a renforcé les lois portant sur les aliments purs et impurs.

____c Le dialogue entre Jésus et la femme païenne est une prédiction claire que les Gentils seront favorisés par rapport aux Juifs.

____d. Marc présente la visite de Jésus à Tyr et à Sidon pour souligner son contact avec les Gentils.

____e.La seconde multiplication des pains montrait que Jésus se souciait des Gentils comme il se souciait des siens.

Aveuglement (8,11-26)

Les Pharisiens ont été en butte à beaucoup de critique de la part de Jésus. Dans le passage suivant (8,11-13), ils apparaissent comme des gens résolus à se venger. Ils veulent montrer que Jésus est un imposteur, un charlatan qui n'a pas plus de pouvoir ni d'autorité que n'importe lequel des autres exorcistes ou faiseurs de miracles de son temps. (On trouvera une mention des Pharisiens qui faisaient des prodiges en Mt 12,27.) Les Pharisiens partent du principe que toute personne douée d'autorité divine devrait être en mesure de réaliser de si merveilleux spectacles de puissance que tout témoin serait obligé d'accepter que de tels prodiges viennent de Dieu lui-même. Ils veulent un signe qui ne requiert ni foi, ni confiance.

Lecture Marc 8,11-13

Jésus se refuse à tout signe de ce genre. Il en a fait assez pour qu'il soit raisonnable de lui faire confiance; il n'en fera pas plus. On ne peut pas forcer les gens à l'accepter, ils doivent le faire librement avec l'élément de risque que cela comporte.

Dans le passage suivant (8,14-21), Marc souligne le thème général de cette section, "des yeux qui ne voient pas". Les Pharisiens, dans leur orgueilleux désir d'avoir une preuve concluante, sont aveugles. Hérode aussi est aveugle. Et même les disciples, engagés comme ils le sont vis-à-vis de Jésus, voient très mal. Dans un récit très adroit, Marc nous montre Jésus dont la pensée est à un niveau, tandis que celle des apôtres est à un autre. Jésus se soucie du vrai danger qui menace la vie des apôtres; eux s'inquiètent du risque d'avoir faim s'ils manquent de pain. Jésus a bien failli être totalement exaspéré de la lourdeur de ses disciples.

Note: À une exception près (Mt 13,33; Lc 13,20s), le levain dans le Nouveau Testament est employé pour symboliser quelque chose qui corrompt progressivement tout ce qui y est mélangé.

Lecture Marc 8,14-21

Les Pharisiens, avec leur désir de réduire la religion à un ensemble de règles et de réduire la foi à l'acceptation de l'évidence, sont une menace réelle pour les disciples. Hérode, qui a l'audace de croire que la puissance lui donne le droit d'exécuter un vrai prophète, constitue aussi une menace authentique. Jésus met en garde contre le pouvoir religieux et politique aveugle. Les disciples pensent, toutefois, que Jésus a mentionné le levain parce qu'ils n'ont pas de pain. La nourriture est la dernière chose à laquelle devraient penser les disciples; mais, même après la multiplication des pains et des poissons, ils ne peuvent pas s'empêcher dé s'inquiéter de ce qu'ils vont manger (Mt 6,25s). Leurs yeux voyaient mais leurs esprits ne saisissaient pas qu'en Jésus il y avait plus que Moïse, quelqu'un qui pourvoirait à tous leurs besoins, des plus petits (nourriture) aux plus grands (foi).

Marc a placé l'épisode suivant à cet endroit de son évangile, pas simplement pour rapporter un autre miracle, mais pour commenter l'aveuglement des disciples. Il est à espérer que, petit à petit, ils commenceront à voir.

Lecture Marc 8,22-26

Cette guérison est le pont qui mène à la section suivante. Marc nous dit que, tandis que les disciples sont maintenant aveugles, bientôt ils commenceront à voir quand Pierre fera sa profession de foi (8,27s). Mais même l'acte de foi de Pierre est imparfait: de même que l'aveugle a commencé par voir "les gens comme des arbres qui marchent", Pierre voit qui est Jésus, mais non pas clairement. Le jour viendra, cependant, où les disciples, après la mort et la résurrection de Jésus, verront clairement et distinctement, comme l'aveugle a fini par voir.

Exercice pratique

Indiquer si les affirmations suivantes sur les réactions à l'enseignement de Jésus sont vraies ou fausses:

____a. Les Pharisiens refusent de croire à moins que Jésus ne leur donne un signe venant du ciel.

____b. Les disciples suivent Jésus mais ne comprennent pas.

____c Hérode reconnaît que Jésus ressuscitera des morts.

____d. Les disciples voient d'abord obscurément, mais, quand Jésus guérit l'aveugle, ils voient clairement.

____e Hérode et ceux qui lui ressemblent ne peuvent pas croire en Jésus. f Les Pharisiens croient que Jésus est un magicien.

2 Des oreilles qui n'entendent pas (8,27 - 10,52)

Objectif Décrire l'enseignement de Marc 8,27 - 10,52 sur Jésus et le peuple qu'il a formé.

Dans la section précédente, les disciples ont vu Jésus accomplir de hauts faits (donner à manger aux multitudes et marcher sur l'eau); ils auraient dû comprendre à cause de ces actions que Jésus agissait avec la puissance de Dieu. Mais ils n'ont pas réussi à comprendre cette leçon sur son pouvoir divin. Dans la section suivante (8,27 - 10,52), Marc nous montre que les disciples commencent à voir - ils reconnaissent en lui le Christ. Jésus prend cette croissance de leur foi (vue) comme une preuve qu'ils ont besoin d'une leçon encore plus difficile - la leçon sur son humanité: le Christ est le Fils de l'Homme qui doit souffrir et mourir. Les disciples trouvent cela encore plus difficile à accepter que la leçon sur sa puissance.

La surdité des disciples vis-à-vis de cette vérité concernant Jésus est typique des chrétiens en général. Marc est très profondément conscient du fait que la plupart des disciples (y compris nous-mêmes) veulent que Jésus soit une voie sûre vers une vie heureuse et sans souffrance sur cette terre. En nous présentant la surdité des disciples, Marc nous montre tels que nous sommes dans notre constante tentation de refuser la croix de notre chef.

Le Christ et ses disciples (8,27 - 9,29)

Marc a rassemblé une série d'incidents qui nous amènent au cœur de la question: "Qui est Jésus?". Marc a déjà rapporté une partie des rumeurs sur Jésus (6,14-16). Les disciples ont également entendu ces rumeurs et ils les répètent. Jésus les invite, toutefois, à parler pour eux-mêmes. Pierre parle en leur nom et ses paroles sont vraies. Jésus accepte leur acte de foi.

Lecture Marc 8,27-30

Marc note que Jésus ne voulait pas que cette vérité se répande (v.30). Il ne convient pas que les gens soutiennent que Jésus est le Christ, te Messie, avant qu'il ait souffert, soit mort et ressuscité. Appeler Jésus le Christ, c'était voir en lui celui que Dieu avait promis par les prophètes de jadis; celui que le peuple espérait que Dieu enverrait pour le libérer de tous ses ennuis, le grand successeur de David qui avait libéré le peuple de tous ses ennemis (2 Sm 7,1-17; Is 9,5s; 11,1-9; Ps 2; 72; 110). Dans l'esprit de beaucoup de membres du peuple, le Christ de Dieu (l'Oint de Dieu) instaurerait le Royaume de Dieu, total et définitif: la fin de la douleur et de la souffrance.

Jésus commence immédiatement à faire fond sur leur acte de foi; il commence à leur apprendre que, dans le plan de Dieu, le Fils de l'Homme doit souffrir, mourir et ressusciter. Ils sont choqués d'entendre cela.

Lecture Marc 8,31-33

Pierre reproche à Jésus de parler de choses aussi terribles. Quand il est dit que Jésus se retourne vers ses disciples (v.33) et ensuite admoneste Pierre, il est clair que Pierre parle pour tous les disciples et qu'en morigénant Pierre, Jésus morigène les disciples. Jésus emploie les mots les plus durs possibles: "Passe derrière moi, Satan". Par leur refus d'accepter que le Christ doive souffrir et mourir, Pierre et les disciples pensent comme pensent les humains en général - terrifiés par la douleur, ils veulent l'éviter à tout prix, comme si la souffrance et la mort étaient toujours mauvaises et ne pouvaient jamais être voulues par Dieu. Jésus a dit que le Fils de l'Homme "doit souffrir" (v.31), ce qui veut dire qu'il est inévitable, inéluctable qu'il doive souffrir s'il veut accomplir ce que Dieu attend de lui. Les voies de Dieu ne sont pas les voies de l'homme (Is 55,8s).

En rejetant la souffrance du Messie, c'est, toutefois, un autre refus, plus personnel, que l'homme émet: si le Messie doit souffrir, il semblerait que ses disciples pourraient aussi avoir à souffrir. Cette objection non formulée est révélée et abordée dans la section suivante. Remarquez que Marc fait adresser ces mots à "la foule en même temps qu'aux disciples", c'est-à-dire à tous ceux qui veulent demeurer disciples.

Lecture Marc 8,34 - 9,

"Si quelqu'un veut venir à ma suite": par ces paroles, Jésus souligne la liberté avec laquelle une personne choisit d'être disciple. Trois conditions sont énumérées par Jésus pour être disciple: 1) "qu'il se renie lui-même" désigne le renoncement à soi-même comme étant le centre de sa vie. L'expression pourrait se rendre par "qu'il perde de vue sa propre personne". 2) "qu'il se charge de sa croix" fait penser à la croix de Jésus pour tous les chrétiens qui lisent cela. La crucifixion était, cependant, une forme d'exécution romaine bien connue. Ces mots disent que le disciple doit être prêt à aller jusqu'au bout avec Jésus, même si cela doit lui en coûter la mort, et une mort de criminel entre les mains des Romains. 3) La troisième condition, "qu'il me suive", parle d'une relation avec Jésus lui-même. Le disciple est quelqu'un qui s'instruit au contact de Jésus, comme un étudiant suit son maître, écoutant, questionnant, apprenant, obéissant.

"Qui veut en effet sauver sa vie." "Sauver" signifie préserver du mal, arracher au danger, à la douleur, à la souffrance. Le mot vie se rapporte littéralement à l'âme, mais a le sens de "soi-même", ou même de "personne". Le sens de la phrase est que quiconque a pour but dans l'existence de se tenir à l'abri de la douleur, du danger et de tout mal, perdra en fait sa vie.

"La perdra." La personne qui se met au centre de sa vie, en quête de sécurité, de plaisir et d'une vie à l'abri de la douleur, détruira sa vie. Aux yeux de Jésus, la vie humaine est précieuse, faite pour entrer dans l'éternité, pour y être glorifiée. Une vie vraiment humaine sur terre est une vie d'altruisme, mais pour une cause digne de la dignité de la vie humaine.

"Mais celui qui perd sa vie à cause de moi et de l'Évangile la sauvera." L'altruisme peut se fourvoyer dans des causes qui ne sont pas dignes de la dignité humaine. La seule cause qui soit à la hauteur de la dignité humaine est la cause qui se rapporte à Jésus et à l'Évangile. Le monde entier dans toute sa grandeur, dans toute sa beauté, n'est pas un prix suffisant pour une personne humaine. Seul le Royaume de Dieu lui-même est un but digne de ce nom, un prix satisfaisant pour une personne.

Le vrai but de la vie humaine est d'être enlevé dans la gloire du Père quand le Fils reviendra à la fin des temps (v.38). Tous ceux auxquels l'Évangile a été annoncé, qui l'ont bien compris, mais ont eu honte de la vie d'humilité qui consiste à porter sa croix, ne seront pas acceptés quand viendra la fin.

Le dernier verset de ce groupe de dictons (9,1) a pu être compris à un moment comme voulant dire que le Royaume de Dieu viendrait du vivant des premiers disciples. Il y avait des chrétiens qui soutenaient fermement que la fin du monde était imminente ou était déjà arrivée (voir 2 Th 2,1s). Il serait très possible de comprendre 9,1 dans ce sens-là. Marc, toutefois, a placé ce verset juste avant la Transfiguration de Jésus et nous croyons que, ce faisant, il laisse entendre que les trois disciples qui ont été témoins de la Transfiguration ont été témoins du triomphe définitif de Jésus, de sa venue dans la gloire.

Tandis que le récit de la Transfiguration par Marc annonce bel et bien la gloire future de Jésus, il relie aussi Jésus au passé et nous amène dans le présent.

Lecture Marc 9,2-8

L'éclat éblouissant de Jésus transfiguré évoque la gloire de la résurrection et du retour définitif de Jésus. Après avoir entendu parler de la terrible mort que Jésus leur a dit qu'il devait subir, les trois disciples favoris se voient donner une vision de la fin qui est au-delà de la souffrance. Bien que ce soit une expérience de l'avenir, la Transfiguration relie aussi Jésus au passé par la présence de Moïse et d'Élie.

Moïse, qui a jadis rencontré le Seigneur Dieu sur le mont Sinaï ex. Ex 24,15s) et qui avait tellement aspiré à voir la gloire du Seigneur (Ex 33,18s), voit maintenant la gloire du Seigneur en Jésus, le Fils de Dieu. Élie, qui avait aussi rencontré le Seigneur sur la montagne (1 R 19,11s), mais n'avait que senti sa présence dans une mystérieuse brise légère, parle maintenant ouvertement avec Jésus, le Fils de Dieu. Moïse représente la Loi et Élie, les prophètes; ils représentent l'ensemble de l'Ancien Testament et sont les témoins de son accomplissement en Jésus.

"En rejoignant les disciples, ils virent une foule nombreuse qui les entourait et des scribes qui discutaient avec eux. Et aussitôt qu'elle l'aperçut, toute la foule fut stupéfaite et elle accourut pour le saluer." Marc 9,14-15


Marc nous ramène dans le présent avec la remarque de Pierre (v.5), la nuée et la voix du Père. Pierre veut que cette grande vision devienne permanente; tout à fait typique des disciples, il veut la gloire de la fin sans les souffrances qui viennent avant. La nuée, symbole de la présence de Dieu (Ex 19,9), enveloppe la scène de mystère et aussi cache l'aspect éclatant de Jésus. Disparaissant sous l'ombre, incapables de voir quoi que ce soit, les trois disciples entendent clairement la déclaration du Père: "Celui-ci est mon Fils bien-aimé; écoutez-le." Les disciples s'entendent dire que même maintenant, dans un présent voilé, Jésus est le Fils de Dieu. Ils reçoivent l'ordre de lui obéir: "Écoutez-le". Ces paroles requièrent un commentaire supplémentaire.

Moïse est habituellement associé à la Loi, mais il faut également se rappeler qu'il était aussi considéré comme le plus grand des prophètes (Nb 12,6-8). On nourrissait l'espoir qu'un jour Dieu susciterait un autre prophète comme Moïse (Dt 18,15-19). Quand Dieu suscite effectivement ce grand prophète, le peuple reçoit l'ordre de "L'écouter" (Dt 18,18s). Jésus est ce grand prophète qui prononce les paroles mêmes de Dieu et doit être obéi. L'histoire des prophètes est, toutefois, une histoire de souffrance et de persécution aux mains des leurs. La présence de Moïse et d'Élie à la Transfiguration suggère la souffrance qui attend Jésus en tant que le prophète de Dieu.

En redescendant la montagne, ils se font dire de ne pas partager cette vision avant que Jésus ne soit ressuscité des morts. Les disciples sont troublés à propos de la résurrection des morts. Jésus n'explique pas la "résurrection"; il insiste sur les souffrances et la mort qu'elle présume.

Lecture Marc 9,9-13

Jésus renvoie au modèle général de persécution des prophètes dans l'Ancien Testament. Jean-Baptiste, qui est "Élie" revenu, a subi la mort comme prévu. Ce que cela implique pour Jésus, le prophète, est clair.

Quand Jésus et les trois disciples arrivent au bas de la montagne, ils sont face à la réalité terrestre. Les autres disciples n'ont pas réussi à chasser un esprit impur d'un garçon qui est également sourd et muet. Marc traite cet événement de la même manière symbolique ou éducative qu'il a abordé la guérison de l'aveugle en deux étapes (8,22-26). La surdité et la cécité ne sont pas habituellement considérées comme le fait d'esprits impurs, mais Marc souligne ici le lien entre la surdité-mutisme et le mauvais esprit. L'état du garçon devient symbolique de la surdité des disciples.

Lecture Marc 9,14-29

La première fois que Jésus a parlé à ses disciples de ses souffrances et de sa mort, ils ont refusé "d'entendre" cela et Jésus a dit que ce refus "d'entendre" parler de ses souffrances et de sa mort était l'œuvre de Satan (8,33). Exactement de la même façon que les disciples sont incapables par eux-mêmes de chasser l'esprit mauvais de surdité chez le garçon, ils ne sont pas plus capables de se purger eux-mêmes de leur propre refus satanique d'entendre parler des souffrances et de la mort de Jésus. Mais Jésus est capable de chasser l'esprit impur de surdité chez le garçon, et il est 'aussi capable de chasser la surdité des disciples imputable à l'esprit mauvais. Le jour viendra où les disciples accepteront et proclameront même ouvertement la mort et la résurrection de Jésus. Il faudra beaucoup de prière avant que cela arrive (9,29).

Exercices pratiques

5.Énumérer les trois conditions nécessaires pour être disciple prescrites par Jésus en Marc 8,34 - 9,1.

i.

ii

iii

6.À l'époque de Jésus, on soutenait toutes sortes d'opinions sur le Messie. Indiquer si les affirmations suivantes qui expriment ces opinions et l'enseignement de Jésus sur le Messie sont vraies ou fausses:

____a.Le peuple croyait que le Messie souffrirait et mourrait.

____ b. Pierre et les disciples reconnaissaient en Jésus le Messie.

____c.Les disciples espéraient en un Messie qui mettrait fin à la souffrance et à la douleur.

____d. Jésus enseignait que le Messie libérerait le peuple de l'oppression romaine.

____e.À la Transfiguration, les trois disciples favoris se font dire que Jésus, le Messie, est le Fils de Dieu.

____f.Le Christ et le peuple renouvelé (9,30 10,3

Marc a réuni ici plusieurs incidents qui décrivent divers aspects de la vie du peuple de Dieu renouvelé: la communauté des disciples, le rôle des chefs, l'attitude de la communauté vis-à-vis des gens de bien qui n'en font pas partie, la grande importance de chaque disciple, même le moins important, le statut du mariage, les enfants et les riches. Cette section conclut par une magnifique description du peuple vu comme une grande famille. Fidèle à son thème général, Marc commence cette section par un autre enseignement sur la passion et la mort de Jésus. Une fois de plus, les disciples ne comprennent pas; dans le verset qui suit, ils discutent entre eux pour savoir quel est le plus important parmi eux. Ils sont encore très loin de se renoncer, sans parler de porter leur croix (8,34),

Lecture Marc 9,30-37

Dans chacun des trois passages principaux où Jésus parle de sa mort et de sa résurrection, Marc nous donne une petite introduction qui montre bien que ce n'étaient pas de simples déclarations ou des affirmations brutales de la part de Jésus. Dans chaque cas (8,31; 9,30-31; 10,32), Marc nous dit que Jésus instruisait ses disciples sur le sujet. Il leur parlait assez longuement et très clairement des souffrances qui s'annonçaient. Malgré cet enseignement, les disciples ne comprennent pas et ont peur de pousser la question un peu plus loin (9,32). Ils se préoccupent plus de leurs ambitions personnelles: "qui est le plus grand?". Marc ne donne aucun détail quant aux arguments, mais il nous est facile d'imaginer que le révolutionnaire Zélote (3,18), brûlant d'un zèle nationaliste contre les Romains, serait dans le camp opposé à Lévi (2,13) qui collabore avec les Romains dans le système d'impôts. Les arguments devaient être très violents.

Jésus profite de l'occasion pour les instruire sur l'autorité au sein du peuple de Dieu renouvelé. Le peuple avait connu de nombreux types différents d'autorité et d'organisation au cours des siècles: le système patriarcal des grandes familles sous Abraham, Isaac et Jacob; l'association des tribus sous Moïse et plus tard Josué et Samuel; la monarchie, commençant avec David et finissant avec l'Exil; l'organisation liturgique après l'Exil sous l'autorité de prêtres et d'érudits (scribes) sans leur propre prince ou roi. Et maintenant, au temps de Jésus, l'autorité réelle était entre les mains des Pharisiens et de leurs savants, les scribes, qui étaient des experts de la Loi et des traditions qui étendaient la Loi à tous les aspects de la vie.

À travers tous ces changements, peu de chefs pouvaient être considérés comme idéals. Certains avaient été remarquables, la plupart avaient été assez bons ou mauvais. De tous les chefs, Moïse avait été le plus grand - sa plus belle qualité était l'humilité: "Moïse était un homme très humble, l'homme le plus humble que la terre ait porté" (Nb 12,3). Si le peuple de Dieu doit être renouvelé, ses dirigeants doivent retrouver ce modèle et se baser dessus. Le peuple avait été trop souvent harcelé, battu, opprimé par de petits hommes égoïstes, ambitieux et fiers qui prétendaient être grands. "Si quelqu'un veut être le premier, il se fera le dernier de tous et le serviteur de tous" (9,35). Jésus adresse ces paroles explicitement aux Douze, les nouveaux chefs du peuple. Leur autorité est un humble service.

L'enfant que Jésus place devant eux est très jeune, il a moins de sept ans d'après le mot grec employé. Dans les familles, les enfants étaient considérés comme une bénédiction, mais, dans les communautés, ils étaient les moins importants parce qu'ils dépendaient des autres, ne pouvaient pas s'occuper d'eux-mêmes; le plus qu'ils pouvaient faire, c'était de faire de petites courses quand ils approchaient de 6 ou 7 ans. il faut que les Douze regardent les petits enfants comme le modèle à suivre dans l'exercice de leur autorité. Jésus va encore plus loin en disant que, dans le peuple renouvelé, il s'identifiera au plus petit, au moins important (9,37). Les chefs aimeraient penser que quiconque les accueille eux, les Douze, qui sont grands et importants, accueille Jésus qui les a envoyés; mais Jésus les fait redescendre sur terre: "Quiconque accueille un de ces petits à cause de mon Nom, c'est moi qu'il accueille...et Celui qui m'a envoyé" (v.37).

Marc attire maintenant notre attention sur un autre problème de communauté - le problème de l'exclusivisme. Les Pharisiens étaient obsédés du besoin de s'assurer qu'il n'y avait aucun doute sur ceux qui appartenaient et n'appartenaient pas au peuple de Dieu. La communauté chrétienne pouvait aussi manifester une attitude analogue. Il est facile de traiter Jésus comme une propriété privée et de considérer que tous ceux qui sont "en dehors" de la communauté n'ont pas le droit d'utiliser son enseignement ni d'accomplir aucune de ses œuvres, Jésus enseigne à ses Douze qu'ils ne doivent pas se comporter comme s'ils étaient les dépositaires d'une autorisation exclusive, d'un "copyright" sur lui.

Lecture Marc 9,38-40

Les Douze n'ont pas à regarder ceux qui sont en dehors de la communauté comme des ennemis ou des concurrents. Jésus encourage l'attitude la plus large possible: "Qui n'est pas contre nous est pour nous."

Ceci pourrait amener à penser qu'il n'est pas très important d'appartenir à la communauté des disciples. S'il convient d'encourager une attitude aussi positive à l'égard des gens de bien qui sont en dehors de la compagnie de Jésus, cela semblerait vouloir dire que cela n'a aucune importance d'être un disciple. Marc place la parole suivante précisément ici pour faire bien comprendre que "l'appartenance au Christ" dans le peuple de Dieu renouvelé est de la plus grande importance.

Lecture Marc 9,41

Même la moindre bonne action faite en faveur d'un disciple par n'importe qui, membre ou non de la communauté de Jésus, sera amplement récompensée. L'appartenance à Jésus est d'une suprême importance.

Approfondissant encore le sujet, Marc ajoute la section suivante, dans laquelle Jésus emploie des mots d'une sévérité et d'une intensité extrêmes pour mettre en garde contre la tentation de traiter les moindres membres de la communauté comme s'ils n'étaient pas importants (9,42-50). Le peuple de Dieu renouvelé par Jésus ne se propose pas d'être un beau club de disciples forts, intelligents, instruits - une société des "parfaits". Le peuple dont Jésus est le chef doit avoir de la place pour les "petits qui ont la foi". L'expression "les petits" n'est pas définie, mais on peut supposer, sans risquer de se tromper, qu'elle ne désigne pas seulement les enfants, mais les adultes qui ont une faiblesse quelconque. Il doit y avoir de la place pour les intellectuellement faibles, les handicapés mentaux, les gens délicats sur le plan affectif, les improductifs, les victimes de la société, les pauvres. À cause de leurs handicaps, ces "petits" se tournent très facilement vers les forts, les bien-informés, les "grands", leurs chefs. Il est encore plus facile pour les "grands" de prendre ces petits à la légère ou de les ignorer complètement. Jésus est tout à fait conscient de la facilité avec laquelle ces petits peuvent être détournés du droit chemin ou, en se sentant simplement ignorés, peuvent s'éloigner peu à peu de la communauté. Tout chef qui, par son mauvais exemple ou sa négligence, est la cause du péché ou de l'abandon de la communauté de la part d'un faible, ne mérite que le feu de l'enfer.

Lecture Marc 9,42-50

Jésus n'a donc pas une vision d'un peuple qui soit une communauté bien rangée des hommes les meilleurs, mais plutôt un groupe hétéroclite soudé par la foi en lui. Celui qui a peu de foi et d'entendement se tiendra à côté de celui qui est fort et a une foi éclairée, et le plus important des deux est le petit. (Si-vous voulez un exemple concret de la façon dont les forts doivent s'effacer devant lés faibles, allez voir 1 Co 8,1-13.)

Cette attitude de générosité et d'amour à l'endroit des pécheurs, des faibles, pourrait amener à penser que toute chose au sein du peuple de Dieu sera désormais plus facile, plus libérale, moins exigeante. Après tout, Jésus ne s'est-il pas débarrassé des règles difficiles et exigeantes concernant fa façon de manger et les aliments (Mc 7,1-23 )? N'a-t-il pas montré un certain relâchement dans l'observance du repos du sabbat (ex. 2,23s)? Il semblerait logique que Jésus assouplisse tout le reste. Mais il n'en est rien.

Lecture Marc 10,1-12

Jésus interprète la loi sur le divorce (Dt 24,1) comme n'ayant été donnée que pour un temps parce que le peuple n'était pas prêt à quelque chose de plus parfait. Il dit que, dès le commencement, l'intention de Dieu était que le mariage crée un lien permanent. À strictement parler, Jésus n'interdit pas la séparation entre mari et femme, mais il exclut nettement le remariage après le divorce, le qualifiant d'adultère. L'idéal du mariage n'est pas simple coexistence pour la vie, mais un devenir un, unis sous tous les rapports. (Le commentaire de Matthieu 19,1-12 à la leçon 29 s'étendra plus longuement sur cette question.)

Du mariage, Marc passe logiquement à la place des enfants au sein du peuple. La conduite des disciples fâche Jésus, l'indigne, et il déclare que les petits enfants sont en réalité plus capables d'avoir part au Royaume de Dieu que les adultes.

Lecture Marc 10,13-16

Les petits enfants sont ici, dans leur impuissance, dans leur dépendance de leurs parents, dans leur manque de "grandeur", des modèles pour les adultes. Sans ces qualités, les adultes ne peuvent pas entrer dans le Royaume. Les enfants dans leur simplicité permettent à Jésus de les embrasser, heureux de le toucher et d'être touchés par lui. Ils ne se mettent pas sur les rangs pour avoir la première place dans le Royaume (voir 9,34; 10,35s). Marc souligne à quel point Jésus aime les petits enfants et comme il les aime humainement en notant deux fois "qu'il les embrassait" (9,36; 10,16). Il fait, en outre, remarquer que Jésus leur impose les mains et les bénit, gestes d'acceptation totale. Cet incident, placé ici dans le contexte des déclarations sur le peuple de Dieu renouvelé par Jésus, indique que les bébés et les petits enfants font légitimement partie du peuple comme membres à part entière. Cela appuie nettement la pratique du baptême des nouveaux-nés.

Dans cette section qui décrit les caractéristiques du peuple de Dieu, Marc a présenté le problème de "qui est le plus grand?" (9,34s) et nous a donné les paroles de Jésus sur les premiers qui doivent se faire les derniers. Marc nous donne maintenant un autre aspect de ce problème de "qui est le plus grand?", le riche ou le pauvre. Le récit que Marc fait de l'épisode suivant est d'une simplicité frappante et pourtant d'une richesse subtile. Marc ne nous prévient pas contre l'homme; au contraire, il le présente comme un homme de bien, que Jésus aimait. Remarquer que l'homme ne se vante pas de son obéissance aux commandements; il se rend compte qu'il manque encore quelque chose dans sa vie et c'est cela qu'il vient chercher auprès de Jésus.

Lecture Marc 10,17-22

Marc écrit de façon à supprimer le dédain du riche qui n'est que trop courant chez ceux qui ne réussissent pas à amasser une fortune personnelle. Lorsque nous lisons la dernière ligne (v.22), nous ne pouvons pas mépriser cet homme, nous éprouvons plutôt sa tristesse. Nous sentons que quelque chose de tragique est arrivé, un homme bon a laissé passer la grandeur. Il était en quête de la vie éternelle, mais il n'a pas pu tendre la main pour attraper le don qui lui était fait parce qu'il avait les mains liées par les biens de cette vie.

11 aurait pu être libéré s'il avait reconnu en Jésus le Fils de Dieu. Cet homme qui obéissait aux commandements parce qu'ils venaient de Dieu n'a pas réalisé que les paroles de Jésus "Va, vends ce que tu as..." avaient autant de poids. 11 voyait en Jésus un homme exceptionnel ("Bon maître"), mais seulement un homme. Rabbins et maîtres du temps de Jésus n'auraient pas accepté d'être appelés "bons" dans le sens absolu du terme. Très conscient de ses limites humaines, et du fait que l'homme ne voit en lui qu'un homme, Jésus refuse d'être appelé "bon".

La vie éternelle à la recherche de laquelle était cet homme, il aurait pu la trouver en devenant un disciple, en devenant un membre du peuple renouvelé. Jésus avait déjà dit que quiconque veut le suivre doit renoncer à soi-même, perdre sa vie, prendre sa croix (8,34-38). Ceux qui veulent à tout prix se procurer cette vie terrestre perdront la vie éternelle. La terrible et splendide vérité impliquée ici est que les êtres humains sont tellement précieux qu'ils ne peuvent être échangés que contre une éternité de plénitude de vie avec Dieu; tous es trésors de ce monde ne sont pas un prix suffisant pour même une seule personne (8,36). Mais l'homme riche ne pouvait pas se détacher des biens de ce monde pour avoir des trésors dans le ciel. Il est triste, mais clair, que cette vie était plus importante pour lui que la vie éternelle.

Nous pourrions penser que c'était un cas particulier, qu'il était nécessaire pour cet homme-là de vendre tout ce qu'il avait, mais que, pour beaucoup, peut-être pour la plupart des riches, la richesse n'est pas un obstacle sérieux pour suivre Jésus. Les paroles de Jésus dans le passage suivant répondent à ces pensées. Jésus parle clairement, mais avec douceur, dans une sorte de stupéfaction douloureuse.

Lecture Marc 10,23-27

L'homme riche, qui a refusé l'invitation de Jésus, nous dit-on, n'est pas du tout un cas unique. De fait, généralement, ceux qui ont beaucoup de biens ne peuvent pas s'élever au-dessus des choses de cette vie. Il est à peu près aussi possible pour les riches de suivre vraiment Jésus (entrer dans le Royaume) que pour un chameau de passer par le trou d'une aiguille. Seul un miracle dû à la puissance de Dieu peut amener les riches à suivre Jésus; quand cela se produit, cela prouve que Dieu est tout-puissant.

Les disciples sont déconcertés par ces paroles. ils croient ce que la plupart des gens croient: les riches ont tous les avantages pour arriver à la vie éternelle, ils ont des loisirs pour étudier la Loi et toutes les écritures, ils peuvent se permettre d'offrir des sacrifices, de prendre part aux fêtes de pèlerinage à Jérusalem. Ils peuvent se permettre de faire l'aumône et de prendre le temps de prier plusieurs fois par jour, et longuement s'ils le désirent. Les pauvres sont désavantagés en tout cela. Soit qu'ils ne savent pas lire pour étudier la Loi, soit qu'ils n'aient pas l'énergie de le faire; ils se trouvent dans des situations telles qu'ils ignorent les traditions sacrées et se retrouvent souvent à pécher contre la Loi de Dieu. Il était également courant de soutenir que la richesse était une bénédiction de Dieu, un signe de la faveur de Dieu; la pauvreté, si elle était signe de quelque chose, c'était de la défaveur de Dieu. Selon ces modes de pensée, s'il n'y a pas d'espoir pour les riches, il y en a encore moins pour les pauvres. La question logique est donc "Qui alors peut être sauvé?" (v.26).

Jésus ne déteste pas les bonnes choses de la terre. Il ne les voit pas comme mauvaises. Il réalise que les gens ont besoin de se nourrir, de se loger, de se vêtir. Il sait aussi qu'une vie vraiment humaine exige plus que cela - elle exige un but à la hauteur de la dignité de la vie humaine et elle exige des relations humaines dans une communauté. Jésus, Dieu fait homme, et la Bonne Nouvelle qu'il proclame sont ce but valable, et le peuple de Dieu est cette communauté de relations familiales qui est nécessaire. Les choses de ce monde dont tous les gens ont besoin doivent aussi être fournies au sein de ce peuple de Dieu renouvelé. La relation à Jésus, à autrui et aux biens de cette terre est un tout.

Pour recréer le peuple de Dieu, un vrai don de soi à Jésus est nécessaire et cela demande que ses disciples se détachent de tout le reste de cette vie, y compris d'eux-mêmes. Cela exige, le cas échéant, de se défaire de certaines relations humaines quand elfes font concurrence à la volonté de suivre Jésus. Il est également nécessaire de lâcher prise pour qu'il y ait partage des bonnes choses de la terre.

Si Jésus demande aux riches de tout vendre, de le donner aux pauvres et de le suivre, ce n'est pas plus que ce qu'il demande à n'importe qui d'autre. La raison pour tout vendre n'est pas simplement de créer un pauvre de plus pour se joindre au groupe des disciples pauvres. La raison pour tout laisser derrière est la création d'un peuple de Dieu renouvelé, consacré au Seigneur, où règnent l'amour mutuel et le partage si bien que la pauvreté est éliminée.

Lecture Marc 10,28-30

Jésus est certain que, lorsque les gens se donneront à lui et à l'Évangile, lorsqu'ils accepteront de former le nouveau peuple de Dieu, se traitant en mères, pères, frères, sœurs, ils trouveront le centuple en cette vie et hériteront aussi de la vie éternelle. Quand ses disciples vendront leurs affaires personnelles et commenceront à se préoccuper des besoins terrestres de tous, ils découvriront qu'ils ont les biens de cette terre en abondance. Ce sont des êtres réels, sur cette terre très réelle, avec une bonté humaine très visible, que Jésus veut; ce n'est pas un club intellectuel, spirituel d'idéalistes s'accrochant égoïstement à leurs affaires personnelles, affaires qui les aliènent d'autrui et suppriment le besoin de dépendre de Jésus et des autres membres de la communauté.

Cette sorte de peuple, totalement humain, totalement terrestre, qui répond aux besoins humains sur cette terre, est la sorte qui héritera aussi de la vie éternelle. Suivre Jésus dans la communauté des disciples produit un peuple visiblement meilleur que celui qui serait constitué en dehors. Le peuple de Dieu renouvelé se voit promettre une vie qui présente la Bonne Nouvelle. Et c'est pourquoi les disciples qui ont tout quitté et suivi Jésus peuvent bien s'attendre à être persécutés. Personne ne se sentirait menacé par une communauté misérable dans laquelle les relations humaines seraient minimisées, dans laquelle la cupidité et la pauvreté se côtoieraient, où la douceur du pardon et du souci des petits aurait été supprimée et où se pavaneraient des chefs pontifiants. Mais une communauté de la Bonne Nouvelle, enrichissante sur le plan humain, qui jouit des biens de cette terre, ce genre de communauté déchaînera inévitablement la cruauté des envieux.

Cette section s'achève par une petite phrase qui résume un thème central: "Et beaucoup de premiers seront derniers, et les derniers seront premiers" (10,31). La vision de l'Évangile bouleverse beaucoup des valeurs de ce monde: les premiers, les chefs, devraient se faire les derniers et les serviteurs de tous (9,35); les moins importants de la communauté devraient être appréciés comme s'ils étaient les plus importants (9,24s); l'enfance est un meilleur modèle pour être disciple que l'âge adulte (10,13s); ceux qui abandonnent tout ce qu'ils ont sont plus grands que ceux qui sont riches (10,21 et 28).

Exercice pratique

7.Dans cette section de l'Évangile de Marc (9,30 - 10,31), Jésus donne à ses disciples des

instructions sur ce que cela voudra dire d'être le nouveau peuple de Dieu. Indiquer si les affirmations suivantes sur le nouveau peuple de Dieu sont vraies ou fausses:


Continue reading this ebook at Smashwords.
Download this book for your ebook reader.
(Pages 1-31 show above.)