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Montée -Leçon 25 La Montée vers Jérusalem

par Marcel Gervais, archevêque émérite du diocèse d'Ottawa, Canada

Nihil obstat: Michael T. Ryan, B.A., M. A., Ph.D.

Imprimatur: + John M. Sherlock, évêque de London

London 31 Mars, 1980

Le contenu de ce livre a été publié la première fois en 1977 dans le cadre de la série Journey par les Programmes d'études de la foi catholique et est maintenant réédité en Smashwords par les Publications d'Emmaüs, Ottawa, ON, Canada sur Smashwords

Couverture: "Son père courut se jeter a son cou et 'embrassa longuement.." Luc 15,20

© Programmes d'études de la foi catholique, une division du Centre international d'éducation religieuse 1977. Reproduction dans tout ou partie est interdite.

Contenu

1 Suis-moi (Lc 9,51 - 12,12)

2 Sagesse et temps (Lc 12,13 - 14,35)

3 Sur la miséricorde et les richesses (Lc 15,1 - 19,28)

Corrigé des exercices pratiques

Test

Corrigé du test

Recommandations pour la réunion de groupe

A propos de l'auteur

Vingt-cinquième Leçon

La Montée vers Jérusalem

Psaume 103

Ce magnifique psaume d'action de grâces et de louange convient parfaitement à l'Évangile selon saint Luc. Le soin que Dieu prend de son peuple et de toute l'humanité, son pardon, son amour qui guérit, sa compassion, tout cela est exprimé dans cette prière. Le Psaume 103 est un des nombreux passages de l'Ancien Testament qui mènent directement à la Bonne Nouvelle proclamée par Jésus.

Objectif de la leçon Décrire la sagesse que Jésus communique à ses disciples telle qu'on la trouve dans

l'Évangile selon saint Luc en 9,51 - 19,28.

Note: "Sagesse" veut dire l'art de vivre selon la volonté de Dieu, Créateur et Rédempteur. La sagesse porte sur les quatre relations élémentaires de la vie humaine - à Dieu, aux personnes, aux biens matériels et au temps. (Voir leçon 10, p.4; leçon 17, pp.2-3.) À la première leçon, nous avons décrit 'la grande Harmonie" de la création et le manque d'harmonie à cause de la chute en fonction de trois de ces relations (à Dieu, aux personnes, à la terre).

L'image que Luc utilise pour donner de l'unité à cette section de l'Évangile est celle de la montée vers Jérusalem. Cette section commence avec Jésus qui se met résolument en route vers Jérusalem (9,51) et s'achève sur son arrivée aux abords de la Ville sainte (19,28). Dans tous ces chapitres, Luc nous rappelle que Jésus voyage (9,57; 10,38; 13,22; 14,25; 17,11; 18,31 et 35; 19,1). Luc nous a déjà informés que Jérusalem était l'endroit où Jésus subirait son "exode" (mort et résurrection, 9,31). La montée vers Jérusalem est le commencement de cet "exode". Nous apprenons plus tard que, de fait, Jésus a prévu d'arriver à Jérusalem pour la Pâque (22.14s).

Un disciple de Jésus est celui qui suit Jésus jusqu'à la croix (9,23s); d'où la montée vers Jérusalem devient une image du cheminement que fait un disciple. Dans ces chapitres, Luc nous montre Jésus en train de communiquer sa sagesse à ses disciples et à tous ceux qu'il invite à le suivre. La sagesse est l'art de bien gérer sa vie. Le sage sait gérer son temps et les choses matérielles comme il convient, sait s'y prendre avec autrui et sait établir les rapports voulus avec Dieu.

1.Suis-moi (Luc 9,51 - 12,12)

Objectif Décrire la sagesse que Jésus communique à ses disciples d'après Luc 9,51 - 12,12.

Luc nous dit que Jésus connaissait l'endroit et le moment où "il devait être enlevé"(sa mort-résurrection-ascension); ce serait à Jérusalem lors de la Pâque. Jésus savait que le temps était venu de se mettre en route vers Jérusalem. Le premier incident que rapporte Luc nous donne deux leçons importantes sur la "sagesse" de Jésus.

Lecture Luc 9,51-56

Il existait une haine entre les Juifs et les Samaritains. L'hostilité s'était développée au cours des siècles (voir leçon 11, p.30; leçon 16, p.8). Jésus ne partage pas cette inimitié: il envoie des messagers pour demander d'être reçu par les Samaritains; quand ceux-ci lui opposent un refus, il ne prononce aucune parole de réprobation. Jacques et Jean qui avaient vu Élie avec Jésus à la transfiguration (9,30) veulent que le type de vengeance pratiqué par Élie soit appliqué aux Samaritains (2 R 1,10). Choisissant un mot utilisé plus tôt pour menacer un esprit impur (9,42), Luc déclare que Jésus "réprimanda" Jacques et Jean. Les leçons données ici sont que les disciples doivent aimer leurs ennemis et se débarrasser de tout désir de vengeance (6,27s).

Luc nous donne ensuite trois brefs enseignements sur l'art d'être disciple: le premier souligne qu'il s'agit d'un cheminement qui ne permet pas de repos sur terre; le deuxième et le troisième insistent sur le fait que l'appel à suivre Jésus est plus urgent et engage plus que toute autre obligation.

Lecture Luc 9,57-62

"Je te suivrai où que tu ailles." Le premier se porte volontaire et ses paroles indiquent qu'il comprend ce qu'est la vocation apostolique. Jésus confirme son attitude et dissipe tout doute que pourraient contenir ses paroles: la vie de Jésus est une marche, sans lieu de repos sur terre_ Le deuxième, c'est Jésus qui l'appelle, mais il veut qu'on lui permette de rester avec ses parents jusqu'à leur mort. Il veut enterrer son père, un des devoirs les plus sacrés; mais même ce devoir-là doit passer après l'appel à suivre Jésus. Le troisième consent à suivre Jésus mais veut d'abord avoir le temps de prendre congé de sa famille et de ses amis. Jésus n'accorde aucun délai pour des motifs personnels, une fois que quelqu'un s'est mis en route pour le suivre.

Luc poursuit l'enseignement sur la vocation aspostolique en rapportant un événement qu'on ne trouve dans aucun autre Évangile. En 9,1, Luc a écrit que Jésus envoyait les douze apôtres avec puissance et autorité. Il nous montre maintenant Jésus qui envoie un grand nombre de "disciples", des gens qui le suivent mais ne sont pas apôtres, avec des instructions analogues à celles qu'il a données aux apôtres. Si nous comparons 9,1-6 sur la mission des Douze et ce passage (10,1-16) sur la mission des disciples, nous remarquons deux différences importantes: 1 - les apôtres sont envoyés "avec puissance et autorité" (9,1); ces paroles ne se trouvent pas dans l'envoi des disciples. 2 - les disciples sont envoyés dans des villes où Jésus lui-même a l'intention d'aller plus tard; aucune restriction analogue dans le cas des apôtres. En choisissant et en envoyant des disciples en plus des apôtres, Jésus accroît la structure du peuple de Dieu et devance le temps après la résurrection où les apôtres en appelleront d'autres en plus d'eux-mêmes pour prendre part à leur œuvre (Ac 6s).

Lecture Luc 10,1-16

Jésus fait preuve d'une grande sagesse par la façon dont il groupe ses disciples et en tire le meilleur parti devant la tâche énorme qui les attend (voir Nb 11,16s). Il s'identifie à ses envoyés (v.16). Il avertit que les endroits qui refuseront d'être convertis passeront en jugement à la fin des temps.

Le retour de ces ouvriers zélés cause beaucoup de joie. Leur œuvre, comme celle de Jésus, est une victoire sur Satan. Jésus emploie des images frappantes pour décrire "la force de l'ennemi" (10,19), laide et empoisonnée. Il avertit ces collaborateurs enthousiastes de ne pas se vanter de leur pouvoir de chasser les démons, mais de se réjouir de la récompense qu'ils recevront au ciel.

Lecture Luc 10,17-24

Rempli de l'Esprit-Saint, Jésus loue le Père pour ce qui vient d'arriver: les disciples, sans les années d'étude et de formation que les rabbins donnaient habituellement à leurs étudiants, ont triomphé de Satan. Qui plus est, ces "tout petits" ont montré qu'ils connaissaient la plus grande de toutes les vérités - ils savent que Dieu est leur Père et que Jésus est le Fils de Dieu. (La parole du verset 22 sera étudiée plus à fond en Mt 11,25-27, leçon 29). Ces simples disciples ont vu et entendu ce que tous les grands serviteurs de Dieu du passé aspiraient à connaître (vv. 23-24).

Luc oppose cette scène à une autre dans laquelle un scribe "sage et habile" essaie de confondre Jésus. Cet étudiant qui connaît la Loi et les traditions des anciens ne peut pas croire que quelque chose puisse vraiment être simple quand il s'agit de la volonté de Dieu. Il veut montrer à quel point l'enseignement de Jésus est peu réaliste, simpliste et fruste. Il convient avec Jésus de ce qui est le plus important dans la Loi (l'amour de Dieu et du prochain), mais il est convaincu que l'amour du prochain doit comporter de nombreuses distinctions subtiles sur l'identité du prochain. Ce légiste habile pose un piège à Jésus, mais c'est lui-même qui y sera pris.

Lecture Luc 10,25-37

Jésus choisit un Samaritain comme héros de la parabole parce que les Samaritains avaient la réputation d'ignorer la Loi et les enseignements des grands rabbins et des scribes. Le Samaritain représente un homme dont l'esprit n'est pas encombré de mille distinctions subtiles sur Dieu et le prochain et dont le cœur est par conséquent libre d'éprouver de la compassion instantanément en voyant l'homme blessé. (Luc écrit que l'homme était "à moitié mort".)

Prêtres et lévites contractaient une impureté rituelle en touchant un cadavre. Cette impureté les excluait de toute participation au culte dans le Temple pendant un temps donné (Lv 21,11; Ez 44,25). Dans la parabole, le prêtre et le lévite sont si esclaves de ces règles qu'ils n'osent même pas s'approcher de l'homme qui est dans le fossé au cas où il serait mort. Leur comportement illustre comment des règles et règlements peuvent anéantir l'instinct de compassion que Dieu a mis dans le cœur de chaque être humain.

Jésus refuse de définir ce qu'est le "prochain". À la place, il décrit un homme qui se fait le prochain de l'autre: le prochain devient ainsi, non pas l'homme qui est dans le fossé, mais le Samaritain qui aime; non pas l'objet de l'amour, mais le sujet aimant. Jésus dit au fier et habile légiste de se comporter comme le Samaritain. Cela va sans dire que les disciples aussi devraient suivre cet exemple. Le Samaritain donne l'exemple d'un homme qui obéit à la loi de Dieu sans en connaître grand-chose. De peur que nous ne tirions de cette parabole des conclusions erronées, Luc la fait suivre d'un incident qui rétablit l'équilibre: tandis que la vie des disciples devrait être caractérisée par les bonnes actions, un disciple n'est néanmoins pas quelqu'un qui agit uniquement par instinct, mais quelqu'un qui écoute Jésus et s'instruit à son contact.

Lecture Luc 10,38-42

Marthe accueille Jésus et se met à préparer ce qui semble être un repas compliqué. Marie s'assied aux pieds de Jésus et l'écoute. Les bonnes actions comme celles de Marthe ne peuvent pas remplacer l'attention amoureuse à sa parole. Un disciple est celui qui écoute la parole de Jésus et la met en pratique (6,47; 8,21; 11,28). Jésus est venu donner un sens à l'instinct humain et le libérer pour la compassion et le service. "La seule chose nécessaire" est Jésus lui-même et son enseignement. Sans cela la nature humaine ne peut pas être portée à son achèvement. Ce passage montre aussi que Jésus, à la différence des rabbins de son temps, acceptaient des femmes comme disciples; il ne les reléguait pas à des râles de service et de soutien (8,1-3).

Pour souligner encore que la condition de disciple n'est pas uniquement action, Luc nous donne maintenant trois passages sur la prière. Écouter Jésus et prier, sont les devoirs suprêmes de la vie du disciple. Dans le premier passage (11,1-4), les disciples, qui ont observé Jésus en prière à maintes reprises, lui demandent de leur apprendre à prier comme lui. Le Seigneur leur donne alors sa propre prière. Ce n'est pas une liste de demandes, mais une série de phrases qui expriment de profondes aspirations. Jésus y ouvre son cœur à ses disciples dans le moins de mots possible.

Lecture Luc 11,1-4

"Père, que ton Nom soit sanctifié" exprime la première et la plus vive préoccupation de Jésus. La première ligne de la prière ne se rapporte pas à Dieu de façon générale, mais à Dieu tel qu'il s'est révélé (son Nom) à son peuple, et tel qu'il se révèle en Jésus, son fils. Cette relation de Jésus au Père est une relation dans laquelle il invite ses disciples (6,35). "Que ton règne arrive" exprime toute l'œuvre de Jésus créer la paix entre l'humanité et Dieu. Pour cela Jésus est prêt à livrer sa vie. Jésus invite ses disciples à se consacrer de la même façon à la même cause (9,24s).

"Donne nous chaque jour notre pain quotidien" est formulé comme la prière d'un mendiant qui cherche sa nourriture pour un jour à la fois. D'une part, cela exprime la préoccupation de Jésus quant à la nourriture terrestre de ses disciples. D'autre part, l'humilité de la prière élimine toute concession à l'avidité ou à l'obsession des choses matérielles (voir 12,29-32).

"Remets-nous nos péchés . ." Cette partie de la prière ne demande pas que le péché soit éliminé, car c'est impossible de ce côté-ci du ciel. Ce qui importe le plus en cette vie, c'est que les gens reçoivent et exercent le pardon que Dieu offre en Jésus. C'est pour ce pardon qu'il a prié sur la croix (23,34). "Et ne nous soumets pas à la tentation". La tentation à laquelle aucun disciple ne veut être soumis est celle d'abandonner Jésus et l'espérance qu'il apporte. Cette épreuve peut revêtir diverses formes (ex. 4,1s; 8,13), dont deux sont spécialement dangereuses: la tentation d'abandonner Jésus à cause de la façon dont il a souffert et de la croix (22,40 et 46) et la tentation qui viendra avec les crises de la fin des temps (voir 18,8).

Luc ajoute deux paraboles sur la prière. La première recommande une espèce de persévérance éhontée dans la prière; la seconde donne la certitude que les prières sont exaucées.

Lecture Luc 11,5-13

La première parabole nous rappelle les psaumes avec leur invocation, "Réveille-toi, Seigneur" (ex. Pu 7.7; 44,23; 59,5). La seconde parabole enseigne que Dieu est notre Père et qu'en tant que Père il connaît nos besoins réels. Puisque notre plus grand besoin ne porte pas sur la nourriture ou la boisson, mais sur la puissance de Dieu pour nous donner force et orientation, la meilleure réponse à la prière est l'Esprit-Saint, "le don du Dieu Très-Haut" (11,13). Jésus assure ses disciples que le Père enverra l'Esprit-Saint à ceux qui prient. L'attitude des disciples dépeinte dans cette parabole est l'attitude d'un enfant qui se tourne vers son père quand il a besoin de quelque chose, et une attitude de confiance que ce qu'il recevra du Père surpassera ce que les pères de la terre pourraient donner à leurs enfants.

Luc poursuit son récit (11,14-23) en relatant la dispute sur Béelzéboul (Satan) que nous avons déjà vue chez Marc (voir leçon 21,p. 24). Jésus dit à ses accusateurs qu'il agit par la puissance de Dieu et qu'il est capable de renverser Satan. L'opposition vis-à-vis de Jésus grossit et la séparation entre les disciples et les non-disciples devient de plus en plus nette, À ce moment de son ministère, ce n'est plus: "qui n'est pas contre nous est pour nous" (9,50), mais "qui n'est pas avec moi est contre moi„ . (11,23).

Suit un bref passage dans lequel on nous dit qu'une personne qui a été délivrée d'un esprit impur n'est pas pour autant armée contre une rechute dans une forme pire de possession. Le vide créé par l'exorcisme doit être comblé par la parole de Dieu et par des actes posés au nom du royaume.

Lecture Luc, 11,24-26

Luc ajoute la parole de Jésus qui dit que la grandeur de Marie réside plus dans le fait qu'elle a cru à la parole de Dieu (1,45) et l'a mise en pratique, que dans sa maternité physique.

Lecture Luc 11,27-28

De l'exemple de Marie, qui a vécu de foi sans comprendre tout ce que Dieu lui demandait (2,19 et 50-51), nous passons à une foule qui cherche des signes spectaculaires qui rendraient la foi inutile. Jésus appelle la foule "une génération mauvaise” parce qu'elle demande cela même que le diable avait demandé à Jésus (4,9-13). Cette foule commet le péché typique du peuple de Dieu: elle veut que Dieu prouve qu'il est Dieu par des manifestations éclatantes de sa puissance.

Lecture Luc 11,29-32

La foule veut une confirmation que Jésus est le Messie qui rende inutile la foi en Jésus Jésus leur dit que même les païens (les Ninivites) se sont tournés vers Dieu à cause du signe de la présence et de la prédication de Jonas, singulièrement peu spectaculaire. Si les païens ont été convertis par un tel signe, le peuple de Dieu ne peut s'attendre à rien de plus grand que la personne et le message de Jésus. La reine de Saba, une autre païenne (1 R 10,1-10), a reconnu le "signe" de la sagesse de Salomon. La "génération mauvaise" de l'époque de Jésus avait en lui un signe plus grand que celui de Jonas ou de Salomon; elle sera jugée plus sévèrement que les païens.

Pour nous préparer au passage sur les Pharisiens et les scribes (11,37-54), Luc répète maintenant la parabole de la lampe (11,33-36; voir 8,16). Les Pharisiens et les scribes étaient tenus en haute estime par la plupart des gens du temps de Jésus. Ils paraissaient respectables sur tous les points. Ils se donnaient énormément de mal pour observer scrupuleusement tout ce qu'ils croyaient que Dieu leur demandait dans la Loi et les traditions de leurs grands maîtres. Dieu ne juge pas, toutefois, sur le comportement extérieur. Dieu juge en fonction de la lumière ou de l'obscurité au plus profond de l'âme humaine. Jésus, le Fils de Dieu, juge de la même façon; il voit au-delà des actions extérieures des Pharisiens et des scribes et ce qu'il voit, ce n'est pas la lumière, mais les ténèbres.

Lecture Luc 11,33 - 12,3

Luc et la tradition qu'il employait pour composer son évangile voyaient dans les Pharisiens quelque chose de plus qu'un groupe historique qui s'opposait à Jésus. Pour Luc et la tradition de l'Église, les Pharisiens représentent les faux disciples. Dans cet évangile, par conséquent, les Pharisiens discutent farouchement avec Jésus (11,54), mais ne cherchent pas à le tuer. De fait, comme les faux disciples, ils ne veulent effectivement pas que Jésus souffre et meure (13,31; 19,39s). Luc nous montre dans les Pharisiens des gens qui voulaient faire de Jésus leur disciple: ils l'invitent à des repas chez eux (7,36; 11,37; 14,1), le suivent et critiquent son enseignement (ex. 16,14s). Comme les faux disciples, ils croient être déjà vertueux et ne pas avoir besoin de conversion; ils méprisent les pécheurs; ils adorent l'argent; ils cherchent à être honorés. Ce qui est pire, les Pharisiens rendent difficile la connaissance de la volonté de Dieu, qu'ils représentent à leur image tel un comptable rigoureux et avare. Ils s'efforcerait d'exprimer la volonté de Dieu sous forme de nombreuses règles claires et détaillées, dont l'observance donne à leur vie une apparence héroïque; mais, pendant tout ce temps-là, ils ferment les yeux sur l'aumône, la justice et l'obéissance dans l'amour (11,42), qui sont les exigences fondamentales et vraiment difficiles de Dieu.

Les scribes (11,45) ont les mêmes fautes que les Pharisiens. Dans un débat public, il se peut qu'ils unissent leurs forces pour attaquer Jésus (11,53), mais les scribes sont ses ennemis mortels. Chez Luc, les scribes sont les experts de la Loi de Moïse qui jouissent d'un grand pouvoir et d'une influence considérable. Luc les appelle souvent "légistes" (10,25; 11,45). Beaucoup d'entre eux appartenaient à la classe dirigeante, à ceux qui étaient au pouvoir. Ces légistes prétendaient interpréter la volonté de Dieu, mais ils tuaient les prophètes qui l'enseignaient (11,47-51). Fidèles à l'exemple de leurs ancêtres, ils complotent de tuer Jésus, le plus grand des prophètes (22,2). Ainsi, avec les grands prêtres et les anciens, ils s'emploient à conduire Jésus à sa mort (20,1 et 19; 22,66). Chez Luc, les Pharisiens ne sont pas mêlés à ces activités. Dans leur dernière apparition dans son évangile, ils demandent à Jésus de faire taire ses disciples pour éviter des ennuis (19,39s). Il semblerait donc que l'intérêt que Luc porte aux scribes est motivé par un souci historique, tandis que l'intérêt qu'il porte aux Pharisiens est motivé par un souci pastoral - ce sont des exemples du faux disciple. Pour l'évangéliste, les scribes sont quelque chose de bien pire que des faux disciples; ce sont des chefs faux et traîtres qui complotent, comme Judas, la destruction totale du Messie (comparer 12,41-48 et 22,45-47).

Luc conclut cette section avec les paroles de Jésus avertissant ses disciples contre le "levain" de corruption des Pharisiens (12,1-3). L'étalage de piété et de dévotion des Pharisiens peut facilement séduire ceux qui ne se méfient pas. Le jour viendra, cependant, où la vérité sur les Pharisiens sera révélée. Le passage suivant (12,4-12) est plus sérieux. C'est un avertissement sur la persécution à laquelle peuvent s'attendre les disciples de la part de chefs comme les scribes. Comme les chefs du peuple persécutaient et tuaient les prophètes dans le passé, ils persécuteront et tueront les vrais disciples à l'avenir. Les disciples ne doivent pas craindre ces hommes qui ne peuvent tuer que le corps; ils doivent professer une crainte sacrée et référentielle de Dieu qui a le pouvoir d'envoyer en enfer.

Lecture Luc 12,4-12

Jésus assure ses disciples que la persécution et le martyre ne sont pas des signes que Dieu les pense bons à rien. Il n'y a pas de mot pour dire à quel point sont précieux les disciples (v.7). Les disciples qui sont fidèles ne seront jamais privés du soutien de Dieu; ils seront remplis de la puissance de Dieu (l'Esprit-Saint) quand ils passeront en jugement (vv.11-12). La conduite extraordinaire des disciples donnera un témoignage si foudroyant de l'Esprit-Saint à l'œuvre que tous ceux qui rejetteront cette preuve et l'attribueront au mal commettront le péché impardonnable contre l'Esprit-Saint (v.10; voir 11,14s).

Exercices pratiques

1. Les énoncés ci-dessous portent sur la vocation chrétienne de disciple telle que Luc la présente en 9,51-12,12. Compléter les phrases par le ou les mot(s) voulu(s). Il se peut qu'il faille ajouter des articles. (le, la, les ou un, une, des).

a.Dès 9,51, Luc dit ce qui signifie être disciple de Jésus en utilisant l'image de______________ à Jérusalem.

b.Être disciple de Jésus nécessite une relation à ____________________

___________et _______________.

c. Jésus décide d'aller à Jérusalem par________________à Dieu.

d.La raison pour laquelle l'appel que Jésus adresse à un disciple passe avant tous les autres devoirs est que Jésus a _______________ total(e) de Dieu.

e.Les soixante-douze disciples envoyés par Jésus jouissent de la dignité d'être ses (sa,son)_______________

f. Les disciples devraient se réjouir, non pas de leur pouvoir sur les esprits mauvais mais parce qu'ils jouiront de__________avec_________ au ciel.

g. L'exemple du Samaritain que Jésus donne au scribe (Lc 10,25-37) nous dit que la volonté de Dieu ne consiste pas en une science raffinée mais à______________autrui.

h. L'histoire de Marthe et Marie (Lc 10,38-42) montre que Jésus s'attend à ce que ses disciples non seulement ___________mais d'abord sa___________parole.

2.Luc 11,1-13 contient une partie de l'enseignement de l'interprétation de la colonne B du texte de la colonne A B seront utilisées une fois ou pas du tout.

A. L'enseignement de Jésus

sur la prière

_____a."Or, un jour, quelque part, Jésus priait"

____b. "Il leur dit: 'Quand vous priez, dites: Père' "

____c. "Père, que ton Nom soit sanctifié"

____d. "que ton Règne arrive"

____e. "donne-nous chaque jour notre pain quotidien"

____f."remets-nous nos péchés, car nous-mêmes remettons à quiconque nous doit"

____g. "et ne nous soumets pas à la tentation"

____h."Combien plus le Père du ciel donnera-t-il l'Esprit-Saint ceux qui l'en prient"

B. Interprétation

i Jésus exprime un profond désir que se réalise la paix entre Dieu et tous les hommes.

ii Jésus demande au Père de combler nos besoins matériels.

iii La vie de Jésus donne un modèle de prière à ses disciples.

iv Jésus veut le don de pardon du Père pour guérir les effets du péché dans nos rapports.

v. Jésus dit à ses disciples que, pour le suivre, la prière est plus capitale que l'action.

vi Jésus dit que Dieu fera le plus grand de tous les dons aux disciples qui prient.

vii Jésus demande à Dieu de nous préserver de la tentation d'abandonner la condition de disciple.

viii Jésus veut que son Père soit connu et aimé de tous.

ix Jésus veut que ses disciples aient la même attitude filiale que lui vis-à-vis du Père.

3.Indiquer si les énoncés suivants sur l'enseignement de Jésus au sujet de la vocation à la suivre chez Luc 11,14 - 12,12 sont vrais ou faux:

____a.Une fois qu'un disciple a été libéré d'un problème particulier, il n'a plus besoin de se soucier de la présence du mal dans sa vie.

____b.Appartenir à la famille humaine de Jésus fait de vous un vrai disciple.

____c.Les foules, en 11,29, attendent de la part de Jésus un déploiement de puissance si spectaculaire qu'elles n'auront plus besoin de la foi.

____d.Les fautes des Pharisiens sont radicalement différents des fautes des disciples chrétiens.

____e.Jésus dit à ses disciples que leurs souffrances ne sont pas un signe que Dieu les a abandonnés.

___f.Jésus dénonce les Pharisiens parce qu'ils pensent que l'observance de leurs propres règles minutieuses les exempte des exigences plus importantes de Dieu.

____g.Jésus avertit les disciples hypocrites, dont la pieuse apparence masque leur mauvais intérieur, qu'un jour ils seront révélés.

2 Sagesse et temps (Luc 12,13 - 14,35)

Objectif Décrire la sagesse que Jésus communique à ses disciples en Luc 12,13 - 14,35.

Le matériel que Luc a rassemblé dans cette section ne forme pas une unité cohérente. Les sujets varient beaucoup. D'une manière générale, nous pouvons dire que Luc continue à nous donner l'enseignement de Jésus sur l'art d'être disciple; qu'il partage sa sagesse avec ses disciples, avec les Pharisiens et avec les foules qui le suivent. Il est important de remarquer les différents auditoires; son message n'est pas exactement le même pour tous. Luc nous montre qu'en maître sage Jésus adapte son instruction à son auditoire. Dans cette section, comme dans la précédente, Jésus explique comment gérer les choses matérielles, comment traiter autrui et comment servir Dieu. Dans cette section, Luc ajoute une autre leçon de sagesse - l'art d'utiliser le temps.

Temps et prospérité (12,13-34)

Le passage que vous allez lire se situe dans le cadre suivant: une grande foule s'est rassemblée; les disciples se mêlent à cette foule. Un homme dans la foule voit en Jésus un scribe, un expert des procédures légales et veut son aide pour régler un différend en matière d'héritage. Jésus refuse d'agir comme scribe. La requête de l'homme suggère une chose, l'avarice.

Lecture Luc 12,13-21

La cupidité est le péché le plus commun de l'humanité (4,1-4). La parabole du riche et de la moisson d'une abondance inattendue illustre la parole du verset 15: "la vie d'un homme n'est pas assurée par ses biens". Pour Jésus, la vie humaine est destinée à l'éternité (10,25-28). La vision de la vie qu'avait le riche se limitait à la terre; il pensait pouvoir jouir de la vie dans sa plénitude en mangeant, en buvant et en jouissant de ses richesses. Quiconque agit comme si la vie n'allait pas plus loin que le temps perdra tout quand le temps prendra fin. La personne qui ne fait pas passer la vie éternelle la première ne sait utiliser ni le temps ni l'argent. Remarquer comment la grande récolte du riche avait été produite "par les terres", ce qui montre bien que ce n'était pas l'homme par ses propres efforts qui était responsable de son abondante récolte. Si l'homme n'avait pas perdu de vue la vie du royaume, il aurait éprouvé son obligation de partager son surplus de richesse avec ceux qui sont dans le besoin.

Dans le passage suivant, Jésus s'adresse à ses disciples, non pas à la foule. Ce qu'il a à dire ne peut se comprendre qu'à la lumière des communautés dans lesquelles Jésus prévoyait que vivraient ses disciples (voir Ac 2, 42-47). Jésus ne parlait pas à ses disciples comme à des individus qui vivaient à l'écart les uns des autres, qui devaient compter entièrement sur leurs propres ressources. (Tous les verbes sont à la deuxième personne du pluriel.)

Lecture Luc 12,22-34

Pour une communauté, prier pour avoir le strict nécessaire est tout à fait acceptable (11,3), mais pour une communauté, se centrer sur la nourriture, le logement et le vêtement, c'est de la cupidité. Quand une communauté et tous ses membres font du royaume de Dieu leur but principal, ils surmontent la cupidité. Dieu veillera à ce qu'ils aient assez des biens de ce monde. Donner de l'argent constitue un bon antidote contre le poison de l'avarice (12,33). Jésus, toutefois, ne s'intéresse pas seulement à ce qu'on donne de l'argent; Jésus s'intéresse au cœur des disciples. Celui dont le cœur est axé sur les choses de la terre sera avare; celui dont le cœur est axé sur le ciel sera généreux. L'espérance de la récompense éternelle desserre l'étau de l'avarice.

Espérance et service (12,35-48)

Jésus continue à parler et son sujet est la façon dont ses disciples et apôtres devraient utiliser le temps entre sa résurrection et son retour dans la gloire à la fin des temps. Les disciples doivent se considérer comme les serviteurs dans une maison (12,35-40); les apôtres, comme les intendants responsables des serviteurs (12,41-48). Si les disciples ou les apôtres perdent de vue le fait que le temps aura une fin et qu'au jour du jugement (la venue du Fils de l'Homme) ils seront appelés à rendre des comptes, ils abuseront de leur autorité qui est une vocation à servir.

Lecture Luc 12,35-48

Quand les apôtres perdent espoir (vv.41-48), c'est-à-dire quand ils oublient qu'ils remplacent le Maître qui est parti mais va revenir n'importe quand, leur service dégénère et ils deviennent comme le riche (12,19): ils mangent, boivent et s'amusent et exploitent ceux qui leur sont confiés. Ils seront jugés très sévèrement, plus sévèrement que les disciples parce qu'on leur avait confié plus (vv.47- 48). Jésus les jugera comme des hommes qui n'ont pas la foi (v.46) parce qu'ils se seront conduits comme des chefs païens (22,24-27, voir 4,5-8).

Temps et changement (12,49 13,9)

Jésus sait fort bien qu'il est venu pour susciter de profonds changements. Son œuvre est une œuvre de purification: comme le feu purifie le minerai et sépare le métal des scories, la venue de Jésus cause la séparation et la division.

Lecture Luc 12,49-53

L'œuvre de Jésus ne doit pas voir des effets calmes et paisibles, c'est un combat contre le mal. Jésus a conscience qu'il sera lui-même la première victime de la violence causée par son ministère. Il connaît le "baptême" (souffrance et mort) qu'il va subir, mais il ne s'y soustrait pas.

Luc nous dit maintenant que Jésus se tourne vers les foules (12,54). Elles sont venues l'écouter, mais elles se comportent comme des gens qui pensent avoir énormément de temps pour décider si elles veulent devenir des disciples.

Lecture Luc 12,54 - 13,9

Quiconque peut dire le temps qu'il va faire en regardant le ciel ou en sentant la direction du vent devrait, lorsqu'il rencontre le Christ, pouvoir dire que le moment de prendre une décision est venu. Remettre la décision de le suivre ne fera qu'augmenter le prix qu'il leur faudra payer au jour du jugement (12,57s). L'appel à être disciple est une offre de pardon; ceux qui le rejettent devront payer leurs dettes jusqu'au dernier sou (v.59).

Des nouveaux venus dans la foule annoncent une nouvelle: le cruel gouverneur romain Pilate a massacré des pèlerins galiléens alors qu'ils étaient en train d'offrir des sacrifices dans le Temple (13,1). Jésus utilise cela et un autre désastre qui a eu lieu à Jérusalem (13,4) comme images du terrible désastre qui attend tous ceux qui refusent de changer leur vie (13,5). Dans la petite parabole qui suit (13,6-9), Jésus avertit les foules qu'elles ne peuvent pas toujours être des spectateurs curieux; il y a une limite au temps de grâce qui leur est accordé. Même si la miséricorde de Dieu est illimitée, le temps accordé aux gens sur terre n'est pas illimité. L'appel de Jésus ne peut pas être constamment repoussé d'un an.

La scène se transporte dans une synagogue où, un jour de sabbat, Jésus guérit une infirme (13,10-17). Luc est le seul évangéliste à rapporter cet incident. Le message est essentiellement le même que celui des autres guérisons du sabbat (voir leçon 21, pp. 19s). Luc nous rappelle que les gens simples se réjouissaient de la guérison et de l'enseignement de Jésus à cette occasion (v.17). Luc ajoute ensuite deux brefs enseignements de Jésus sur les humbles débuts du royaume ici-bas. Le commencement du royaume sur terre est peut-être très petit, mais l'achèvement est le puissant royaume de Dieu au ciel (13,18-21).

La montée vers Jérusalem (13,22-35)

Comme Jésus poursuit sa route vers Jérusalem, on l'interroge sur le nombre de ceux qui seront sauvés. Jésus refuse de répondre à la question. Ce qu'il dit, c'est que la seule façon de s'assurer l'entrée du royaume est d'être un authentique disciple. Il ne suffit pas d'être avec Jésus et de l'écouter prêcher, bien que beaucoup essaient de s'en tirer à ce prix-là.

Lecture Luc 13,22-30

Jésus recourt à l'image d'un grand banquet pour décrire le royaume des cieux (v.29). Participeront à cette fête tous les fidèles serviteurs de Dieu depuis Abraham, et d'autres qui viendront de tous les coins de la terre. L'appartenance au peuple de Dieu ("des premiers") ou l'appartenance au peuple de Dieu renouvelé ("nous avons mangé et bu sous tes yeux") ne garantiront pas l'entrée du banquet au ciel.

Jésus connaît le temps et le lieu de l'épreuve qui l'attend. Quand il entend des Pharisiens dire qu'Hérode, celui qui a fait tuer Jean-Baptiste, veut également le tuer, cela ne l'émeut pas. Il poursuivra sa marche au pas déterminé d'avance. Il sait qu'il ne mourra pas en Galilée où Hérode exerce son autorité, il sait aussi qu'Hérode ne peut pas le tuer tant que son heure n'est pas arrivée.

Lecture Luc 13,31-35

Jésus est certain que son heure n'est pas encore venue et ne viendra pas avant qu'il ne soit arrivé à Jérusalem. Jérusalem rejettera Jésus comme elle a rejeté les prophètes avant lui; Jésus désire quand même apporter la paix à la Ville Sainte. Il ne se lamente pas sur la mort qui l'attend. C'est le sort terrible qui attend Jérusalem à l'avenir qui suscite sa pitié.

Le Festin dans le Royaume de Dieu (14,1-35)

Luc présente maintenant une section autour de l'image du grand festin dans le royaume (13,29). Jésus prend un repas chez l'un des notables Pharisiens, un jour de sabbat. Il guérit un hydropique. (Se reporter à la leçon 21, pp.19s sur le sens de ces guérisons le jour du sabbat.) Jésus observe la façon de se comporter des invités et de choisir leur place. C'est l'occasion d'une parabole. Superficiellement, Jésus semble enseigner les convenances élémentaires, mais, à y regarder de plus près, nous voyons que c'est une leçon sur le banquet du royaume.

Lecture Luc 14,1-11

On n'assiste au festin dans le royaume que sur invitation. Quiconque va au banquet y va en tant qu'invité. Dieu est le seul à assigner les places d'honneur à ce repas; personne ne peut prétendre à aucune place. Les places d'honneur sont sur invitation également. Ainsi, ceux qui acceptent une invitation en devenant disciples devraient savoir qu'ils reçoivent un don gratuit. Les disciples devraient se comporter comme des gens qui savent que ni une invitation au banquet ni une place d'honneur ne reviennent de droit à personne.

Le festin dans le royaume est un don. Personne ne peut le gagner. Mis en présence de ce banquet, tous sont de pauvres mendiants, incapables de rendre sa générosité à Dieu. Ici-bas, le comportement de ceux qui veulent être disciples devrait refléter cette vérité: parmi eux, ils devraient faire preuve de sollicitude envers ceux qui ne peuvent pas leur rendre, ils devraient se lier d'amitié (inviter à des repas) ceux qui ne peuvent pas leur rendre la pareille.

Lecture Luc 14,12-14

La parabole suivante du repas est une invitation explicite au royaume des cieux (vv.15s). Ceux qui sont présents et tous ceux qui ont effectivement entendu Jésus prêcher ont été les premiers à recevoir l'invitation au banquet. Ils ont un temps limité pour y répondre. La plupart des notables Pharisiens n'ont pas accepté l'invitation en devenant des disciples. Ce sont eux et d'autres chefs importants qui font l'objet de la première invitation de la parabole (vv.17-20); Jésus a trouvé des disciples plus prêts à le suivre parmi les gens simples (vv.21-22); la dernière invitation anticipe sur la mission auprès des Gentils qui commencera après la résurrection de Jésus (vv.23-24).

Lecture Luc 14,15-24

L'invitation au banquet dans le royaume est d'abord une invitation à être disciple ici-bas. Beaucoup sont heureux de recevoir l'invitation au royaume, mais pas si heureux à propos de la condition de disciple. Beaucoup prendront au sérieux l'appel au banquet, mais pas l'appel à suivre Jésus. Les grandes foules qui accompagnent Jésus sur sa route (14,25) le suivent avec une sincérité discutable. Jésus n'est pas sûr que ces multitudes le suivront "jusqu'à Jérusalem", jusqu'au bout. C'est la raison pour laquelle il les interpelle par des déclarations et des paraboles sur ce qu'il en coûte d'être disciple et de le suivre jusqu'au bout.

Note: Jésus demande à ses disciples d'aimer tout le monde, même leurs ennemis (6,27s). Il s'ensuit que Jésus s'attend à ce que ses disciples obéissent au commandement de Dieu qui leur demande d'honorer leurs parents (18,20). L'amour et l'honneur dus aux parents, à la famille et au conjoint, ne signifient pas que parents, famille et conjoint doivent se voir accorder l'obéissance absolue que Dieu seul peut exiger. Au v.26 comme en 16,13, "haïr" et "aimer" se rapportent à cette obéissance absolue. Aimer dans ce sens, c'est faire de la personne ou de la chose aimée la fin ultime de sa vie. Haïr ses parents, son conjoint et sa famille, c'est refuser d'en faire la fin ultime de sa vie. "Haïr" dans ce sens n'a rien à voir avec le mépris ou la négligence de ses plus proches parents; "haïr" veut dire qu'on ne leur obéit pas comme s'ils étaient Dieu. Dieu seul a droit à une fidélité et à une obéissance absolue; c'est ce que veut dire l'amour dans son sens le plus complet.

En utilisant un langage aussi fort, Jésus cherche délibérément à choquer et à ébranler ceux qui le suivent sans réfléchir, pour qu'ils réalisent comme c'est une chose sérieuse d'être disciple. L'appel à être disciple est un appel qui vient de Dieu et qui exige une obéissance absolue. Ni les parents, ni le conjoint, ni la famille, ni l'argent ne doivent nous retenir. Si cela se révèle nécessaire, on doit même s'opposer (haïr) à ses propres besoins physiques afin d'obéir (aimer) à Jésus.

Lecture Luc 14,25-35

Les grandes foules qui accompagnent Jésus dans sa montée vers Jérusalem ont besoin de se faire rappeler le sérieux de ce qu'elles font. Elles ont besoin de comprendre que cet homme ne se voit pas comme un autre rabbin, un autre maître avec beaucoup de partisans; en lui et par lui passe l'appel de Dieu. Si les disciples ne sentent pas "l'absolu" de l'appel de Jésus, ils ne se livreront pas complètement. Et l'obéissance totale pourrait entraîner le don de leur vie, comme Jésus lui-même à la fin de la montée vers Jérusalem donnera sa vie. Beaucoup de disciples sont tout prêts à se mettre en route à la suite du Christ, mais "en cours de route les soucis, la richesse et les plaisirs de la vie les étouffent" et ils disparaissent complètement (8,14;voir 6,24-26). Ils sont comme celui qui veut construire une tour et qui ne termine jamais parce qu'il n'a pas calculé le coût total de son entreprise. De même qu'il n'y a rien de plus inutile que du sel qui a perdu sa saveur, il n'y a personne qui soit plus à plaindre que des disciples qui ont perdu leur sens de l'obéissance due aux exigences de la condition de disciple (vv.34-35).

Exercices pratiques

4. Indiquer si les affirmations suivantes à propos de l'enseignement de Jésus sur la condition de disciple en Luc 12,13 - 13,35 sont vraies ou fausses:

____a Jésus enseigne que l'espérance dans la vie éternelle aidera les disciples à surmonter la cupidité.

____b Jésus apprend à ses disciples qu'ils doivent employer toutes leurs énergies à pourvoir aux besoins matériels les uns des autres.

____c. Jésus enseigne que les chefs des disciples sont des intendants auxquels on a confié l'autorité jusqu'au retour du Fils de l'homme.

____d .Jésus s'intéresse surtout à ce que ses disciples distribuent leur argent.

____e .Jésus enseigne qu'être disciple pourrait vouloir dire se séparer de ceux qu'on aime.

____f. Jésus enseigne que tous ceux qui deviennent ses disciples seront sauvés.

____g. Jésus enseigne que, comme il triomphera du conflit, ses disciples vivront en paix.

____h. Jésus enseigne que ses disciples doivent renoncer à tout ce qui s'interpose entre lui et eux et les empêche de le suivre.

5 Au chapitre 14, Luc présente une section bâtie autour de l'image d'un banquet. Il nous donne trois enseignements de Jésus sur le banquet céleste. Compléter les phrases suivantes.

a. En 14,7-11, Jésus enseigne que le festin dans le royaume est seulement sur

b. En 14,7-11, Jésus enseigne que quiconque entre dans le royaume, c'est comme non pas par

c. En 14,12-14, Jésus enseigne que, par rapport au festin du ciel, tous les gens sont de pauvres

d. En 14,12-14, Jésus enseigne que ses disciples doivent être bienveillants envers ceux qui sont ici-bas.

e. En 14,15-24, Jésus enseigne que ceux qui sont présents de son vivant ont un temps pour répondre à son invitation.

3 Sur la miséricorde et les richesses

(Luc 15,1 - 19,28)

Objectif Décrire la sagesse que Jésus communique à ses disciples en Luc 15,1 à 19,28.

Cette section de l'Évangile selon saint Luc comprend deux blocs soigneusement construits (ch.15 et 16) et une série de paroles et d'actions de Jésus (17,1 - 19,28). Le chapitre 15 est une révélation de Dieu et, implicitement, du comportement divin que Jésus attend de ses disciples. Le chapitre 16 porte entièrement sur le sujet de l'argent par rapport à la vie éternelle. Le reste de cette section comprend toutes sortes de paroles et d'actes de Jésus, dont nous avons déjà vu certains chez Marc ou que nous verrons chez Matthieu. Notre commentaire sur cette partie (17,1 - 19,28) portera sur ce qui ne se trouve que chez Luc.

La joie dans le royaume (15,1-32)

Luc nous situe les trois paraboles de ce chapitre: les Pharisiens et les scribes désapprouvent le fait que Jésus fait bon accueil aux pécheurs et mange avec eux (15,1-3). Jésus donne à ses critiques trois des plus belles histoires de l'Évangile. Leur message est clair: le comportement de Jésus est le comportement de Dieu. Dieu ne veut pas la "mort" du pécheur (Ez 18,23); il se réjouit quand il y en a un de sauvé. Tel est l'enseignement des deux premières paraboles (15,4-10). Le comportement du berger et de la femme sont des images de la façon dont Dieu se conduit. Ces deux histoires insistent sur la manière dont Dieu cherche ce qui est perdu. Dans la troisième parabole, le fils retrouve son chemin vers la maison de son père; mais, dans les trois, il y a une grande fête.

Lecture Luc 15,1-32

Ces paraboles peuvent se lire sur trois plans:

Les Pharisiens, au temps de Jésus, étaient des gens dévots et religieux qui cherchaient, avec les lumières qu'ils avaient, la volonté de Dieu. C'étaient des gens sérieux qui servaient un Dieu sérieux. Ils savaient que Dieu était strict et exigeant, juste lorsqu'il infligeait un châtiment ou décernait une récompense. Il y avait peu de place pour la miséricorde et par conséquent peu de place pour la fête dans leur vie, parce qu'ils voyaient peu de miséricorde et peu de joie dans le ciel. Ils ne pouvaient pas danser quand Jésus "jouait de la flûte" pour eux (7,31-35). Leur relation à Dieu n'était pas loin d'être uniquement une relation d'affaires, sobre et sans joie. Aussi s'offusquaient-ils des bons moments que Jésus passait avec ceux qui étaient connus comme pécheurs. Les repas que Jésus prenait avec les Pharisiens (ex. 7,36s; 4,1s) ne semblent jamais avoir été des événements agréables. Les Pharisiens et les scribes se comportaient comme s'ils gagnaient la vie éternelle par leur scrupuleuse vertu. Ce qu'ils ne semblaient pas avoir réalisé, c'est que la vie éternelle signifiait la vie avec Dieu pour toujours, qu'en invitant l'humanité dans le royaume, Dieu invitait l'humanité à être à lui. La vie éternelle est le don que Dieu fait de lui-même, et personne ne peut gagner Dieu. Devant un si grand don, même les plus vertueux sont comme des mendiants. La conversation entre le fils aîné et son père dans la parabole (w.28-32) évoque le dialogue entre les Pharisiens et Jésus. Dans ces lignes, nous voyons la tendresse de Jésus pour les Pharisiens. Ailleurs chez Luc, son amour est exprimé avec plus de sévérité (11,37-44).

---À un deuxième niveau de signification, ces paraboles portent sur la réception des Gentils dans le peuple de Dieu (l'Église) après la résurrection de Jésus. Beaucoup de Juifs-chrétiens avaient été Pharisiens et avaient apporté certaines de leurs attitudes dans le nouveau peuple de Dieu. Ils trouvaient très difficile d'accepter les Gentils qui n'avaient jamais observé la Loi, n'avaient jamais été soumis aux strictes exigences de la tradition pharisaïque et cependant étaient librement reçus avec eux dans l'Église.

--- Le troisième niveau de signification est applicable de façon plus immédiate à la situation de toute communauté chrétienne. Juste avant de nous donner ces trois paraboles, Luc a noté les paroles menaçantes de Jésus sur les disciples qui étaient devenus comme du sel qui a perdu sa saveur et qui n'est même plus bon à être jeté (14,34s). Jésus savait qu'il y aurait des disciples, plus tard, qui, comme l'enfant prodigue, seraient spirituellement étranglés par les richesses et les plaisirs (8,14s). Quelle devait être l'attitude des frères et sœurs dans la communauté vis-à-vis de ces disciples qui s'étaient écartés ou qui étaient "morts"? L'enfant perdu pour le Père du ciel est toujours un frère perdu pour la communauté sur terre. Aucun effort ne devrait être épargné pour le retrouver, aucune limite ne devrait être mise à la réjouissance quand il "revient à la vie" (15,32).

Les Tentes de l'éternité (16,1-31)

Luc nous donne plus d'enseignements de Notre Seigneur sur l'usage des biens de la terre qu'aucun autre évangéliste; il n'y a guère une page où il n'ait fait mention, directement ou indirectement, de l'argent, des richesses ou de la pauvreté. Tout le chapitre 16 est consacré au sujet. Pourquoi une telle insistance? Probablement parce que Luc lui-même était un Gentil qui écrivait pour des Gentils. La culture grecque à la mode de son temps tendait à voir dans la religion une expérience spirituelle qui donnait accès au monde du surnaturel. Ce type de religion ne faisait que peu ou pas de place aux questions matérielles telles que l'argent, les biens, la nourriture ou le logement. C'était l'âme qui importait, non pas les choses matérielles. Comme le corps humain est matériel, il était considéré inférieur, quelque chose à tolérer jusqu'à ce que la précieuse âme détenue captive dans le corps puisse se libérer. Cette mentalité voyait la religion au service de l'âme; les plus hautes formes de la religion s'occupaient donc en particulier des réalités "pures" et importantes de l'esprit, pas des "petites" questions "impures" de ce monde, comme l'argent.

Cela faisait un contraste prononcé avec la vision juive de la religion. En tant que Juif convaincu, Jésus ne dissociait pas la vie de la foi de l'ensemble de la réalité. Pour lui, la religion avait autant affaire à la matière qu'à l'esprit. En réalité, on ne pouvait pas séparer les deux, que ce soit ici-bas, ou dans l'autre monde. De même que la vie éternelle serait vécue dans un corps humain ressuscité, de même la vie de la foi sur terre devait se préoccuper des besoins du corps humain. La nourriture, le vêtement, le logement, les richesses, la pauvreté, le corps humain étaient des sujets relevant tout à fait de la forme la plus pure de la religion. C'était le message de Dieu que transmettaient la Loi et les Prophètes.

La culture grecque avait, toutefois, également contaminé le peuple de Dieu. Ceux qui vivaient parmi les Gentils en étaient plus influencés, mais même ceux qui étaient en Palestine avaient commencé à assimiler l'attitude grecque vis-à-vis de la religion. Il fallait que Notre Seigneur insiste continuellement sur l'enseignement de l'Ancien Testament avec l'importance particulière qu'il attache aux réalités terrestres. Notre évangéliste va dans la même ligne. En outre, les Gentils ne connaissaient généralement pas très bien l'Ancien Testament et avaient par conséquent besoin qu'on leur en fasse comprendre le message aussi énergiquement que possible. Telles sont, pensons-nous, les principales raisons pour lesquelles Luc souligne le message de Jésus sur les biens de la terre. Avant de commencer le chapitre 16, il serait donc utile peut-être de revoir brièvement ce qui a déjà été dit dans l'Évangile sur ce sujet et d'indiquer quel sera le dernier mot de Luc sur les biens de la terre dans les Actes des Apôtres.

"Mangeons et festoyons, car mon fils que vola etait mort et il est revenu ä la vie." Luc 15,23-24

Jean-Baptiste, le porte-parole de la Loi et des prophètes, prêchait que le repentir doit se manifester dans le bon usage de l'argent et des biens. Il exhortait à la justice et à la générosité (3,10-14). Jésus confirme ce message et le perfectionne. Né dans une crèche, élevée dans une famille pauvre, Notre Seigneur se prépare à sa vie publique en surmontant la tentation satanique de la cupidité (4,1s). Il commence son ministère en déclarant qu'il est venu apporter la bonne nouvelle aux pauvres et accomplir l'Année du Jubilé (4,16-22). N'ayant pas d'argent lui-même, il accepte humblement le soutien de ses disciples (8,1-3), mais il ne permet pas qu'une foule venue l'écouter retourne chez elle affamée (9,10-17). Ce n'est pas seulement la tristesse, mais le dénuement de la veuve qui a perdu son fils unique qui l'émeut (7,11s).

Jésus apprend à ses disciples qu'ils doivent être comme des prophètes dans le monde, rôle qui demande que l'on soit prêt à être pauvre, dans la tristesse et même rejeté. Par leur vie, ils doivent proclamer que la nourriture, le logement et le vêtement ne sont pas les buts ultimes de la vie (6,20-26; 12,22-32). S'ils s'attachent au royaume de tout leur cœur, leur pain quotidien leur sera fourni par le Père qui connaît leurs besoins (11,3; 12,30s). Jésus disait aux foules que l'avarice et la recherche de ses aises dans la vie mènent à la destruction (12,13-21). Il recommande, comme antidote à la cupidité (12,33s), de donner de l'argent aux pauvres. Il avertit que l'on peut perdre sa condition de disciple en cédant aux préoccupations que requiert l'acquisition des richesses (8,14). À une foule qui le suivait accidentellement, il rappelle sévèrement que la richesse peut transformer des disciples en sel inutile et tout juste bon à être jeté (14,33s).

C'est dans les Actes des Apôtres, également écrits par Luc, que nous voyons nettement où tout cela conduit. L'enseignement de Jésus n'est pas un nouvel ensemble de règles qui doivent être raffinées par de nombreuses distinctions et ensuite mises en pratique par un grand acte de volonté. L'enseignement de Jésus est une bonne nouvelle qui ne peut se vivre que par la puissance de l'Esprit-Saint. Ce n'est qu'après l'effusion de l'Esprit à la Pentecôte que nous voyons la communauté des disciples qui vient de naître partager dans la joie tout ce qu'ils possèdent. Par la puissance de l'Esprit, les disciples accomplissent parmi eux ce que la Loi pouvait recommander mais ne pouvait jamais réaliser: "Parmi eux nul n'était dans le besoin" (Ac 4,34; voir Dt 15,4). C'est ici que nous voyons clairement que Jésus n'a jamais voulu créer la pauvreté, mais bien l'éliminer. Toutefois, elle ne sera jamais surmontée, à moins que la cupidité ne soit surmontée, et la cupidité ne sera pas surmontée à moins que l'espérance de la vie éternelle ne soit forte, et l'espérance de la vie avec Dieu ne s'affermira que par la puissance de l'Esprit qui, pour les disciples, donne sa réalité au but de la vie humaine. Mais il faut être en garde: bien qu'il faille éliminer la pauvreté, il ne faut pas le faire à tout prix. Les nécessités de la vie terrestre ne valent pas la peine qu'on leur sacrifie la vie éternelle.

Passons donc au chapitre 16 dont le sujet est l'argent et la vie éternelle.

La première parabole (16,1-8) est destinée à montrer l'habileté, non pas la vertu. Elle décrit le plan ingénieux par lequel un intendant malhonnête a réussi à assurer son avenir terrestre. L'intendant (le gérant) était l'homme auquel étaient confiées toutes les questions financières de son maître; il pouvait agir avec toute l'autorité de son maître sans le consulter sur toute décision à prendre. Il était, bien sûr, responsable devant son maître. La malhonnêteté de l'intendant est décrite dans les premiers versets: il a dilapidé les biens de son maître. Comme il est coupable, l'intendant ne se défend pas. Son maître lui donne quelque temps pour établir un état de son intendance avant de le renvoyer. Ce qui suit (w.3-7) décrit les habiles tactiques par lesquelles l'intendant s'assure son propre bien-être.

Lecture Luc 16,1-8

Comme intendant, l'homme n'a plus d'avenir. Il n'est pas capable de faire un travail manuel et il est trop fier pour mendier. Comme le maître lui a donné du temps pour mettre de l'ordre dans les comptes, l'intendant jouit encore de l'autorité. Il se sert de cette autorité pour la dernière fois et réduit considérablement ce que les débiteurs doivent à son maître. En réduisant leurs dettes, il les endette vis-à-vis de lui. (Le mot grec employé indique que l'intendant les a appelés "tous et chacun".) Ce que cette parabole a d'étrange, c'est que le maître s'est rendu compte de ce que l'intendant avait fait, mais qu'il ne semble pas s'en être indigné. Il le félicite en réalité. Certains exégètes maintiennent que le maître était de fait incapable. C'est comme cela qu'ils expliquent "l'habileté" de l'intendant: la Loi interdisait tout intérêt sur les prêts consentis à des compatriotes Israélites (Ex 22,24s), mais il y avait des gens qui réussissaient à faire payer un intérêt, qui pouvait aller jusqu'à cent pour cent, en recourant à un certain nombre de manœuvres subtiles qui donnaient un air légal à leur procédure. D'après ces exégètes, ce qu'a fait l'intendant a consisté à supprimer cet intérêt illégal. Le maître ne pouvait pas amener l'intendant en cour parce qu'il ai. mit eu lui-même à avouer un crime. Si tels sont les faits, le maître ne pouvait rien faire d'autre que de renvoyer son serviteur en reconnaissant de mauvaise grâce que son propre intendant avait été plus malin que lui.

Quel que soit le tour qu'il ait joué, la parabole veut faire remarquer qu'un intendant malhonnête, qui a su prendre ses intérêts en mains à un moment où son avenir semblait sombre, a quelque chose à apprendre au peuple de Dieu. C'est un exemple de la façon dont les "enfants de ce monde" savent s'y prendre entre eux pour pourvoir à leurs besoins terrestres. Jésus dit qu'il souhaite seulement que ses disciples, "les enfants de lumière", soient aussi habiles dans leurs rapports entre eux afin de s'assurer la vie éternelle.

L'ennui avec les "enfants de lumière" est ceci: ils voient bien que les questions pures et importantes de l'esprit comme la foi et la prière se rapportent directement à la vie éternelle, mais ils ne voient pas aussi aisément que le bon usage d'une chose vile (impure, sale) et petite comme l'argent a quelque chose à voir avec la vie éternelle. Bien que l'argent soit peut-être souvent "impur" et soit une "petite" chose, il faut tout de même l'utiliser à bon escient quand on est un disciple qui veut atteindre Dieu. Ceux qui pensent et agissent comme si l'argent ne comptait pas du tout risquent de l'adorer et de l'amasser.

Lecture Luc 16,9-13

Dans le passage que vous venez de lire et dans le reste de ce chapitre, on suppose que les richesses sont un terrible obstacle à la condition de disciple et, par conséquent, à la vie éternelle (voir 18,24-27). On suppose également que l'accès à la vie éternelle sera beaucoup plus facile pour les pauvres économiquement que pour les riches. L'avenir éternel de tout disciple riche est aussi menacé que l'était l'avenir terrestre de l'habile intendant de la parabole. Comme l'intendant s'était fait des amis pour s'assurer son bien-être terrestre, les disciples qui ont de l'argent doivent s'en faire des amis pour avoir des supporters reconnaissants au ciel pour plaider en leur faveur. Le disciple riche doit donner aux pauvres (12,33s), s'en faisant des amis (voir 14,13). Puisque tout le chapitre s'adresse aux disciples, cela nous dit que les disciples qui ont des ressources se sauveront en subvenant aux besoins de ceux qui n'en ont pas. Les riches peuvent échapper à l'état décrit comme malheureux (6,24-26) en venant à l'aide des "bienheureux" pauvres (6,20-24).

Les disciples auxquels on ne peut pas confier une aussi "petite chose" que l'argent, ne peuvent pas se voir confier quelque chose de plus grand. S'ils ne savent pas gérer convenablement une chose impure comme l'argent, ils ne pourront rien gérer qui ait une valeur réelle (v.11). Si on ne peut pas compter sur eux pour faire bon usage de quelque chose de matériel qui leur est extérieur (l'argent ), ils ne seront pas des intendants sérieux de leur vie spirituelle, intérieure (v.12).

Note: Les versets suivants (vv.14-1 8) posent des problèmes d'interprétation. Les problèmes sont centrés autour du verset 18 sur le mariage; dans un chapitre consacré entièrement au sujet de l'argent, cette interdiction subite de se remarier après un divorce semble hors de contexte. L'interprétation que nous en donnons est la meilleure actuellement; elle présente une explication de cette phrase dans le contexte du chapitre 16.

Les versets 14 à 18 forment en réalité une argumentation continue dont la ligne sur le mariage constitue l'apogée. Tout le chapitre s'adresse aux disciples; si Luc introduit les Pharisiens au v.14, ce n'est que comme porte-parole des faux disciples. Ils tournent en ridicule l'enseignement de Jésus sur le bon usage de l'argent parce qu'ils adorent l'argent. Les faux disciples aiment se faire passer pour vertueux, pour des partisans de Jésus dignes du royaume, mais (comme les Pharisiens) ils ne vivent même pas selon les exigences de la Loi et des prophètes que prêchait Jean-Baptiste (3,10-14; 7,29-30). Comme ils affirment que le royaume des cieux est à eux sans qu'ils aient à suivre les préceptes de la Loi et des prophètes, ils entrent de force dans le royaume de Dieu, faisant violence au plan de Dieu. D'après Dieu, aucun article de la Loi (ou des prophètes) ne saurait être totalement ignoré; tout détail devait trouver son accomplissement d'une façon ou d'une autre (v.17). Les faux disciples se comportent comme si les exigences de la Bonne Nouvelle prêchée par Jésus étaient moins sévères que les exigences de la Loi. C'est pour dissiper cette illusion qu'on nous donne l'exemple révélateur, du mariage: là où la Loi autorisait le remariage après le divorce. L'Évangile ne le permet pas. De la même manière, là où la Loi dictait des conseils et des ordres sur la richesse et la propriété, qui étaient assez difficiles comme ça, l'Évangile demande un degré beaucoup plus élevé de détachement.


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