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Montée -Leçon 26 À Jérusalem

par Marcel Gervais, archevêque émérite du diocèse d'Ottawa, Canada

Nihil obstat: Michael T. Ryan, B.A., M. A., Ph.D.

Imprimatur: + John M. Sherlock, évêque de London

London 31 Mars, 1980

Le contenu de ce livre a été publié la première fois en 1977 dans le cadre de la série Journey par les Programmes d'études de la foi catholique et est maintenant réédité en Smashwords par les Publications d'Emmaüs, Ottawa, ON, Canada sur Smashwords

Couverture:"Or , une fois a la table avec eux, il prit le pain, dit la benediction, puis le rompit et le leurdonna."Luv 24,30

© Programmes d'études de la foi catholique, une division du Centre international d'éducation religieuse 1977. Reproduction dans tout ou partie est interdite.

Contenu

1 Le Prophète (Luc 19,28 - 21,38)

2 La Mort de Jésus (Luc 22,1 - 23,56)

3 La Résurrection de Jésus (Luc 24)

Corrigé des exercices pratiques

Test

Corrigé du test

Recommandations pour la réunion de groupe

A propos de l'auteur

Vingt-sixième Leçon

À Jérusalem

Psaume 86

Cette prière est une lamentation, mais pleine d'espérance en l'amour de Dieu. Il faut la lire comme la prière de Jésus qui s'avance vers sa passion et sa mort. Elle exprime sa conviction que, même dans son agonie, il est aimé du Père (w.12-13) et ne sera pas abandonné par lui.

Objectif de la leçon Décrire le sens de la mort et de la résurrection de Jésus dans l'Évangile selon saint Luc 19,28 - 24,53.

Avec cette leçon, nous arrivons aux événements vers lesquels a été orienté tout l'Évangile - la mort et la résurrection de Jésus. Pour rendre votre étude de ces chapitres plus enrichissante, il pourrait vous être utile de reconnaître un trait de la présentation chez Luc du sens de la croix et de l'exaltation de Jésus. Luc envisage la mort et la résurrection en un seul mouvement, un mouvement de la mort à la vie. Pour notre évangéliste, le salut est le résultat d'un seul événement qui commence sur la croix et s'achève avec l'ascension du Seigneur ressuscité. Luc se refuse donc à donner à la mort de Jésus un sens qui puisse de quelque façon être isolé de la résurrection, et le sens qu'il donne à la résurrection est inséparable de la croix. C'est pourquoi il peut désigner la mort et la résurrection par un seul mot - le "départ" ou "le temps où il devait être enlevé" (9,31 et 51). C'est aussi pourquoi il nous rappelle la résurrection quand il parle de la mort, et pourquoi il ne perd pas de vue la mort de Jésus quand il rapporte les apparitions du Seigneur ressuscité: Jésus crucifié annonce son entrée au paradis (23,43); le Seigneur ressuscité montre les blessures sur ses mains et ses pieds (24,39). Luc sait, bien sûr, que Jésus est mort un jour et a été vu ressuscité des morts trois jours plus tard, il écrit pourtant de façon que les deux sont liés. C'est ce qui explique la formulation de l'objectif de cette leçon: décrire le sens de la mort et de la résurrection de Jésus.

La première partie de cette leçon considérera le ministère à Jérusalem (19,28 - 21,38). Nous aborderons cette section à la lumière de Jésus en tant que prophète. La deuxième section traite de la dernière Cène et de la crucifixion (22,1 - 23,56). Nous y concentrerons notre attention sur la mort-résurrection comme "nouvel exode" et "nouvelle alliance". La troisième partie (24,1-53) traite de la résurrection et de ses principaux effets. Dans les trois sections, notre objectif est le même, le sens de la mort et de la résurrection.

1 Le Prophète (19,28 - 21,38)

Objectif Décrire le sens de la mort et de la résurrection de Jésus à la lumière du rôle de Jésus en tant que prophète.

Note: À quelques exceptions près, les passages de cette section se trouvent aussi chez Marc. Voir leçon 23, pp. 2-12.

La dernière leçon commençait avec Jésus prenant "résolument le chemin de Jérusalem" (9,51); celle-ci commence avec Jésus franchissant les derniers kilomètres qui le séparent de la Ville sainte. Jérusalem, le lieu choisi par Dieu "pour y faire habiter son nom" (Dt 16,6), était une ville extraordinairement belle au temps de Jésus. Hérode le Grand avait complètement rénové le Temple et l'avait agrandi, il en avait amélioré les murs, faisant de la ville une des plus belles du Proche-Orient. C'était aussi la résidence des chefs du peuple de Dieu, les grands prêtres, les anciens et les scribes qui composaient le Sanhédrin (le Conseil), l'autorité suprême sur les affaires internes de la nation. C'est là aussi que Pilate, le représentant de la puissance de Rome, avait élu résidence. À Jérusalem, on rencontre Dieu et les puissances terrestres. Jésus, le prophète, savait que venir dans cette ville signifiait venir vers sa mort. Sion avait tué les messagers de Dieu précédemment et elle le ferait encore (13,34s). Dans les jours suivant son arrivée, Jésus éprouvera la force destructive de l'autorité humaine et la puissance vivifiante de Dieu.

Une bande de disciples faisait route avec Jésus vers Jérusalem. Ceux-ci célèbrent la dernière étape du voyage avec enthousiasme (19,28-38). Luc fait remarquer que leur louange joyeuse est basée sur les nombreux actes de puissance dont ils ont été témoins en route (19,37). Nous apprenons plus tard que beaucoup d'entre eux s'attendaient à d'encore plus grands déploiements de puissance maintenant qu'ils étaient à Jérusalem (24,18-24). Ils allaient être choqués, scandalisés par l'impuissance absolue de leur chef. Ils n'avaient pas encore compris dans leur cœur ce que Jésus leur avait dit sur sa mission et les choses qui se produiraient à Jérusalem (ex. 9,22 et 44-45). Les disciples sont néanmoins très attachés à Jésus; leur espérance n'est pas parfaite, mais ils sont avec lui. Il convient de remarquer ici que les disciples semblent former un groupe précis, on pourrait même dire une communauté. Cela comprend les Douze comme chefs, les soixante-douze disciples qui avaient une mission spéciale, un certain nombre de femmes, et plusieurs autres. Ce groupe semble avoir un sens très fort de son identité. Plus tard, nous les verrons se désigner comme "nous", "les nôtres" (ex. 24,22).

Les Pharisiens aussi semblent avoir suivi Jésus à Jérusalem. Ils sont présents, mais ne prennent pas part aux acclamations et aux louanges des disciples lorsque Jésus approche de la ville. Ils avaient, cependant, été associés à Jésus au cours de son voyage, ils mangeaient avec lui, discutaient avec lui et il les enseignait (ex. 14,1s). À ce moment-là, toutefois, ils se dissocient de ses disciples. Se servant d'un titre qui indique qu'ils ne voient en lui qu'un rabbin ("maître"), ils lui disent de faire taire "tes disciples (19,39). Leur requête semble venir d'un désir d'éviter les ennuis pour lui comme pour eux. Ils ne veulent pas se mêler à la violence qu'à juste titre, ils prévoient devoir résulter de l'activité de Jésus et de ses disciples. Ils ont suivi Jésus jusque-là, mais ils n'iront pas plus loin. Luc ne les mentionne plus dans l'Évangile.

"Si en ce jour tu avais compris, toi aussi (Jérusalem), le message de paix!" Luc 19,42

Lecture Luc 19,28-44

Malgré leurs sévères oracles de destruction, les prophètes n'ont jamais désavoué les leurs. Sans exception, ils aimaient leurs compatriotes et se vouaient à leur bien. Jésus aussi aime la ville qui représente tout ce que les siens ont été et tout ce qu'ils sont appelés à devenir. S'il en prédit la destruction, c'est en homme qui veut à tout prix lui apporter la paix. Mais, pour des raisons qui échappent à l'homme, Dieu a permis que ce message de paix lui soit caché (v.42). Aussi sera-t-elle détruite dans un proche avenir comme elle avait été rasée auparavant (voir leçon 13, pp. 2-6). Et elle entraînera dans sa chute la grande maison de culte.

Luc nous donne un très bref récit de la purification du Temple (19,45-46). Ce que Jésus fait ressemble aux actes symboliques des prophètes qui évoquaient avec vigueur et de façon tangible la parole de Dieu (ex. Jr 13,1-14; 19,10s). L'acte audacieux de Jésus prophétise une ère nouvelle, dans laquelle la prière - le but essentiel du Temple - sera sauvegardée sans le bâtiment. Cette action, ainsi que la lamentation publique sur la chute prochaine de la ville et la procession bruyante font sortir les autorités suprêmes, les membres du Sanhédrin. Ils interrogent Jésus sur son autorité. Jésus refuse de répondre à leurs questions hypocrites; mais dans la parabole qui suit cette rencontre, il précise bien que son autorité est celle du Fils bien-aimé de Dieu.

Lecture Luc 19,45 - 20,19

Les trois groupes mentionnés au verset 47, les grands prêtres, les scribes et les notables du peuple, sont ceux qui constituent le grand Conseil, l'autorité suprême au sein du peuple. Ces hommes sont résolus à arrêter Jésus et à se débarrasser de lui, mais les gens ordinaires "l'écoutaient, suspendus à ses lèvres" (v.48). Jésus est conscient des mauvaises intentions des chefs; sa parabole retrace l'histoire de l'accueil réservé aux prophètes. Si les chefs ont osé maltraiter de moindres prophètes, ils n'hésiteront pas à en tuer un qui constitue pour eux une menace beaucoup plus grande. Comme il est le Fils bien-aimé de Dieu (20,13), Jésus est l'ultime prophète, le dernier envoyé de Dieu, si les chefs du peuple de Dieu le rejettent, non seulement leur autorité leur sera enlevée et donnée de nouveaux chefs (20,16), mais, ce faisant, ils seront eux-mêmes détruits (20,16 et 18). La remarque n'échappe pas aux grands-prêtres et autres dignitaires: leur désir de le tuer les rendait presque fous (v.19).

Le Sanhédrin avait autorité sur les questions de caractère religieux, mais il n'avait pas le droit d'exécuter une personne qu'il trouvait coupable d'un crime contre les Romains qui serait passible de mort. Si Jésus pouvait tomber dans leur piège et dire qu'il s'opposait au paiement des impôts à Rome, il se rendrait coupable de rébellion, crime puni par le crucifiement. La question des impôts présentait un autre avantage: si Jésus était nettement partisan de payer des impôts à Rome, il perdrait l'appui massif des gens ordinaires. Les chefs triompheraient donc de toute façon. Jésus voit leur jeu et sa réponse les laisse abasourdis.

Lecture Luc 20,20-26

Les citoyens importants de Jérusalem coopéraient avec les Romains; beaucoup devaient leurs postes à des nominations romaines. Les Romains récompensaient amplement leurs amis. La monnaie dont ils se servaient portaient l'effigie de César, en indiquant clairement le propriétaire. Ces pièces de monnaie, déclare Jésus, devraient être rendues à César. Cette affirmation vise délibérément à confondre ses ennemis: d'une part, cela dit nettement que César a droit à ce qui lui appartient; d'autre part, cela sous-entend que ceux qui profitent de la souveraineté romaine devraient se dégager de cette domination en rendant ce qu'ils ont reçu. Toutefois, ce qui importe le plus dans la vie, ce n'est pas le droit que Rome exerce sur une personne, mais le droit que Dieu a sur cette personne. Toute la personne appartient à Dieu, et Dieu demande un don de soi total; aimer Dieu de toutes ses forces est le grand commandement. Cela laisse entendre que les chefs appartiennent plus à César qu'à Dieu; ils devraient se remettre entre les mains de Dieu. Ceux qui ont posé la question sont sidérés par la réponse de Jésus (v.26).

Luc introduit maintenant un groupe qu'il n'a pas mentionné avant, les Sadducéens. Ceux-ci, comme les Pharisiens, représentent une certaine interprétation de la religion. Les Pharisiens croyaient que Dieu avait parlé par Moïse et qu'il continuait à faire connaître sa volonté par les prophètes et par tous les autres écrits de l'Ancien Testament. De fait, les Pharisiens maintenaient que Dieu continuait à guider son peuple par l'intermédiaire de grands maîtres dont la sagesse n'avait pas encore été mise par écrit dans des livres. Plus simplement, les Pharisiens croyaient que Dieu guidait continuellement son peuple; la révélation pour eux continuait. Les Sadducéens, toutefois, croyaient que Dieu avait parlé par Moïse et personne d'autre. Pour eux, la révélation s'était arrêtée avec la mort de Moïse. Ils ne considéraient donc comme sacrés et inspirés que les cinq livres de Moïse (le Pentateuque). Tout ce qui ne pouvait pas être prouvé à partir des cinq premiers livres de la Loi de Moïse n'était pas à prendre au sérieux. En conséquence, les Pharisiens maintenaient et enseignaient des vérités qui avaient été révélées après les livres de Moïse, mais les Sadducéens rejetaient ces vérités. Une vérité comme la résurrection de la chair, contenue dans un livre écrit longtemps après Moïse (voir Dn 12,1-4) était rejetée par les Sadducéens, mais acceptée par les Pharisiens. Sans aucunement donner son approbation à tout ce qu'enseignaient les Pharisiens, dans le passage suivant, Jésus accepte nettement leur avis sur la résurrection du corps.

Lecture Luc 20,27-40

Jésus enseigne que la résurrection fait entrer dans une existence totalement nouvelle, une participation à la vie du ciel. Il va plus loin que les Pharisiens en disant que la résurrection fait entrer ceux qui en sont dignes dans la vie de la famille de Dieu, "ils sont fils de Dieu" (v.36). À l'aide de références tirées des livres de Moïse, Jésus affirme que Dieu est un Dieu vivant et, par conséquent, le Dieu des vivants: pour Dieu tous (les saints) sont en réalité vivants (v.38). La croyance en la résurrection du corps est devenue un terrain d'entente pour les Pharisiens et les chrétiens (voir Ac 23,6-8). Il n'était pas trop difficile pour les Pharisiens d'arriver à croire à la résurrection de Jésus, mais c'était pratiquement impossible pour les Sadducéens. Les Sadducéens appartenaient aux couches supérieures de la société, surtout à Jérusalem. Ils désapprouvaient ce qu'ils considéraient l'enseignement inférieur et simple des Pharisiens et de Jésus. Dans les Actes des Apôtres, nous verrons que les Sadducéens étaient les principaux responsables de la persécution des disciples de Jésus (ex. Ac 4,1s; 5,17s).

Après s'être occupé des Sadducéens, Jésus se tourne vers les scribes, les érudits professionnels, les interprètes de la parole de Dieu. Jésus met en doute leur compréhension du Messie. Ils soutenaient que ce serait un descendant du roi David, mais Jésus démontre (en utilisant le genre d'argument qu'utilisaient les scribes) que le Messie est en réalité beaucoup plus que le fils de David, puisque dans le psaume David appelle le Messie "Seigneur".

Lecture Luc 20,41 - 21,4

Pour Jésus, le titre de "fils de David" est vrai, mais il ne convient pas au Messie. Il parle, bien entendu, de lui-même. Devant une foule, Jésus accuse ouvertement les scribes de leur hypocrisie et de leurs injustices. Il met en garde contre ces savants qui aiment la pompe et égarent le peuple. Par contraste avec la conduite prétentieuse des scribes, on nous montre le simple acte de charité d'une pauvre femme (21,1-4). Luc insinue peut-être que la veuve est une des victimes des scribes (20,47).

La section suivante contient des prophéties sur l'avenir (21,5-36). Nous retenons trois aspects sur lesquels le récit de Luc diffère de celui de Marc (Mc 13,1-37; voir leçon 23, pp. 10-12): 1 — Tandis que les deux évangélistes adressent ces paroles aux disciples, Marc les présente comme des instructions de caractère privé, mais Luc comme une annonce publique (Mc 13,3s; Luc 21,5s; 21,37). Luc peut ainsi nous faire voir plus clairement que Jésus agit comme Michée et Jérémie qui prédisaient publiquement la destruction de Jérusalem et du Temple (Mi 3,12; Jr 7). (Jérémie est passé en jugement à cause de ses paroles et aurait été mis à mort sans l'intervention d'amis courageux et puissants (Jr 26,11-24). Jésus n'a pas de tels amis en haut lieu.) 2 — La version de ce sermon chez Luc établit des distinctions plus précises entre le temps de la persécution des disciples (21,12-19), le temps de la destruction de Jérusalem (vv.20-24) et le temps de la venue définitive et de la fin du monde (vv.8-11, 25-28). 3 — Luc insiste sur la persévérance et la prière en même temps que sur la nécessité de veiller (vv.19 et 36).

Jésus, parce qu'il est le Fils bien-aimé, est le dernier, l'ultime prophète; il n'y en aura pas d'autre (20,13). Bien qu'il nous offre un choix d'avenirs comme tous les prophètes (voir leçon 12, pp. 25-26), les choix qu'il nous offre sont définitifs car ils concernent l'éternité. La vie humaine, révèle-t-il, a un temps présent et un temps à venir (18,30). Le temps à venir est une éternité de joie ou de tourment. Il nous invite à choisir la joie éternelle. Pour nous y attirer, il emploie des images vives et frappantes comme l'ont fait les prophètes avant lui: ce sont des temps nouveau, le royaume de Dieu, où règnent paix et bonheur au-delà de tout ce qu'on peut imaginer; c'est le ciel, où l'on trouve le réconfort et les rires (6,20s); une fête, un banquet, des festivités éternelles avec le Père dans la joyeuse compagnie de tous les saints de l'histoire (13,29); le paisible rassemblement des tribus sous les tentes de l'éternité (16,9); la tendre étreinte de notre père Abraham (16,22); le paradis, le beau jardin du Roi (23,43). Ce sont des images qui s'adressent non pas à des esprits, mais à des créatures de chair et de sang. L'ère nouvelle est la résurrection, où, avec des corps humains transformés et arrachés aux larmes et à la mort, tous vivront comme des "fils de Dieu" (20,34-36). C'est l'ère qu'inaugurera le Fils de l'homme quand il reviendra dans la gloire (21,27s).

L'autre choix ne mérite pas d'être appelé l'ère nouvelle, car c'est le rassemblement de ceux que n'a pas renouvelés la Bonne Nouvelle qu'ils ont entendue. Pour les riches égoïstes, ceux qui sont dominateurs, les prétendus manipulateurs de Dieu, les sans pitié, les implacables, il y a un lieu de pleurs, de faim et de tourment loin de Dieu (6,24s; 16,23-26).

Comme les prophètes avant lui, Jésus offre l'espérance d'une vie qui échappe aux pleurs et à la mort (Is 25,6-10). Avec eux, toutefois, l'espérance est restée une promesse; avec Jésus, elle devient une réalité. Par sa mort et sa résurrection, le fils d'Adam entre dans l'ère nouvelle et entraîne avec lui tous ceux qui veulent venir. Ce à quoi les prophètes ont aspiré, Jésus le réalise.

Bien que Jésus surpasse les prophètes en tout point; il ne fait qu'un avec eux dans son expérience du prix de la fidélité à Dieu. Comme ils ont souffert d'être rejetés, il en souffrirait. Librement et volontairement, il a accepté de partager leur sort, transformant ainsi la violence honteuse dirigée contre lui en un acte d'amour. Ce n'était pas chose facile. Ce fils d'Abraham aimait sa nation, en chérissait l'histoire sacrée, et la Ville sainte. Comme nous tous, mais plus qu'aucun de nous, le fils de Marie aimait la vie humaine reçue de Sa mère. Il n'aspirait pas à être rejeté par ses propres compatriotes, il ne recherchait pas la mort. Dans les larmes, il a accepté le refus des siens (19,41), dans une sueur de sang, il a accepté de mourir (22,44). En lui, la filiation divine n'a pas diminué mais plutôt accru le coût de la fidélité.

Exercice pratique

1.Indiquer si les affirmations suivantes sur Jésus prophète sont vraies ou fausses'

____a.Comme les vrais prophètes avant lui, Jésus pouvait s'attendre à être respecté par le peuple.

____b.Jésus est le dernier, l'ultime prophète, parce qu'il est le Fils bien-aimé de Dieu.

____c.Son acceptation volontaire de la mort prouve la fidélité totale de Jésus prophète à Dieu.

____d.Jésus surpasse tous les prophètes parce qu'il réalise par sa mort et sa résurrection ce qu'ils pouvaient seulement promettre que Dieu ferait.

____e. Le peuple était si pécheur que Jésus, comme les prophètes avant lui, à dû le condamner et le rejeter.

____f. Parce qu'il avait prédit qu'il ressusciterait le troisième jour après sa mort, Jésus acceptait d'être rejeté et aspirait à la mort.

____g.Jésus révélait que le but authentique de la vie humaine est la joie éternelle dans le royaume de Dieu.

2 La Mort de Jésus (22,1 23,56)

Objectif Décrire le sens de la mort et de la résurrection de Jésus à la lumière de la Pâque et de la Nouvelle Alliance.

La célébration de l'Exode (22,1-18)

La grande fête de la Pâque et des Azymes est proche et la Ville sainte est pleine de gens qui la préparent. Les grands prêtres et les scribes prennent en secret des dispositions spéciales pour se débarrasser de Jésus. Jésus passait ses journées à enseigner ouvertement dans le Temple, mais il passait la nuit quelque part seul sur le mont des Oliviers (21,37s). Il n'était pas question de l'arrêter en public - trop de gens l'aimaient. C'était un acte qu'il fallait faire à l'écart de la foule. Les conspirateurs sont ravis de recevoir la coopération inattendue d'un des plus importants disciples de Jésus. Les mots que Luc emploie indiquent non pas un complot de dernière minute, mais un plan d'action mûrement réfléchi. L'évangéliste précise aussi que Judas a demandé de l'argent: "et ils convinrent de lui donner de l'argent". Là où triomphe la cupidité, Satan est vainqueur (4,1 s). Comme nous le voyons dans le passage suivant, Jésus est ses disciples se préparent aussi pour la fête.

Lecture Luc 22,1-13

La Pâque faisait mémoire de la puissance de Dieu qui avait arraché son peuple l'esclavage pour le faire entrer dans une vie nouvelle, une nouvelle ère de liberté. Luc prend soin de faire remarquer que c'est d'abord le repas rituel que Jésus et ses disciples ont célébré (vv.14-18) avant que Jésus donne ensuite à la Pâque un sens nouveau (vv.19-20).

Lecture Luc 22,14-18

Luc marque la solennité de l'occasion par l'expression: "L'heure venue". Jésus se mit à table" nous rappelle que la Pâque est un repas. Cela évoque tous les autres repas que Jésus a pris dans sa vie publique: les repas qu'il a pris avec les pécheurs (5,27s; 15,1 s), avec des amis (10,38s), avec les Pharisiens (7,36s; 11,37s; 14,1). "Avec ses apôtres". Jésus agit comme le chef de famille (Ex 12,1s). Les apôtres sont ceux qui sont les plus proches de lui. Mais il n'y a rien de parfait - Judas est présent. "J'ai désiré avec ardeur manger cette Pâque." Le grec que Luc emploie ici traduit un idiome hébreu très fort qui exprime un profond désir. Si nous faisons un retour sur l'Évangile selon saint Luc, nous voyons qu'à partir du jour où il a annoncé, pour la première fois, sa passion et sa résurrection qui approchaient (9,22), il n'a pas perdu de vue ce moment (voir aussi 9,51; 13,32s). "Manger cette Pâque avant de souffrir (mourir)." Jésus établit un lien direct entre cette Pâque et sa mort. Luc nous a déjà donné quelque indication de la raison pour le lien qui existe entre la Pâque et la mort de Jésus. Lors de la transfiguration, il a noté que le sujet de conversation entre Jésus, Moïse et Élie était son "exode", son "passage", son "départ", qui désignait sa mort et sa résurrection (9,31). L'Exode, le passage de l'esclavage d'Égypte à la liberté du peuple de Dieu dans la Terre promise, devient une image de "l'exode" de Jésus de cette vie mortelle à la vie éternelle, exode qui doit avoir lieu dans sa mort. De même que la Pâque célébrait l'Exode d'Égypte, Jésus veut maintenant utiliser le même rituel pascal pour célébrer son propre exode de la mort à la gloire.

"Je ne la mangerai jamais plus jusqu'à ce qu'elle s'accomplisse dans le Royaume de Dieu." Le banquet pascal trouvera son accomplissement dans le banquet du royaume (13,28s; 14,15s; 15,22s; 22,30). Prise avec les versets suivants (22,17-18), cette phrase exprime à la fois la mort imminente de Jésus et son entrée dans la plénitude du royaume de Dieu. En d'autres termes, ces versets nous donnent "l'exode" de Jésus. Le geste avec la coupe au v.17 fait partie du vieux rituel pascal; il ne se rapporte pas à la "nouvelle" Pâque, l'Eucharistie. Jésus fait de cette coupe solennelle à laquelle tous ont part un acte d'adieu à ses amis.

La Nouvelle Pâque, la Nouvelle Alliance (22,19-20)

La tradition que suit Luc aux versets 19 et 20 provient de la liturgie des églises, probablement les églises fondées par Paul. La formulation de Luc est presque identique à celle de Paul (1 Co 11,23-25).

Note: Certaines traductions omettent les versets 19b et 20 parce que certains manuscrits les omettent. Avec la BJ, la TOB et d'autres éditions, nous considérons ces versets comme authentiques.

Lecture Luc 22,19-20

"Puis, prenant du pain et rendant grâces, il le rompit et le leur donna." Bien que ces mots rappellent les paroles et les actions normales au début de tout repas officiel. Ils revêtaient une importance particulière à la Pâque. Les lecteurs chrétiens y voyaient, toutefois, une allusion à la multiplication des pains (9,16) et reconnaissaient naturellement aussitôt ce que l'on disait et faisait à chaque Eucharistie qu'ils célébraient. "Ceci est mon corps." Jésus s'identifie au pain (le mot "corps" désigne toute la personne, voir leçon 23, p.15). "...qui va être donné pour vous." Ces mots font de la mort de Jésus qui aurait pu être une tragédie dénuée de sens un acte de parfait amour. Par ces mots, la trahison de Judas, la victoire apparente de Satan, sont anéanties. Ces mots indiquent que la vie de Jésus ne lui est pas enlevée, mais qu'il la donne en acte d'amour sacrificiel. "Pour vous" évoque la notion de sacrifice: Jésus offre sa vie pour autrui. Jésus est le prophète et le martyr qui livre sa vie par fidélité à sa vocation.

"Faites ceci en mémoire de moi." Dans le contexte du repas pascal, cette expression revêt une profonde signification. La Pâque était appelée "le jour où on se souvenait", mais ce n'était pas un simple acte de nostalgie reconnaissante. Le "souvenir" de la Pâque rendait l'Exode présent aux participants. C'est pourquoi les auteurs sacrés pouvaient dire que l'attitude à avoir vis-à-vis de la Pâque n'était pas de la considérer comme un simple rappel du passé, mais comme une réelle participation à l'événement qui était célébré: "C'est à cause de ce que le Seigneur a fait pour moi lors de ma sortie d'Égypte" (Ex 13,8; Dt 6,20-25). Quand Jésus dit "Faites ceci en mémoire de moi", il adopte cette même notion dynamique du "souvenir". L'Eucharistie ne veut pas être un souvenir de quelque chose de passé; elle rend cet événement unique présent. C'est un souvenir qui crée une rencontre de Jésus dans sa mort et sa résurrection avec chaque disciple qui célèbre l'Eucharistie, la Pâque chrétienne.

"Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang." Une alliance unit ceux qui la contractent. L'Alliance scellée en Moïse unissait Dieu son peuple (voir leçon 5). Les rites par lesquels cette alliance était scellée (Ex 24,1-11) exprimaient spectaculairement la vie que Dieu et son peuple partageaient. D'abord, du sang, le symbole de la vie, était versé sur l'autel et ensuite le peuple en était aspergé, acte signifiant qu'une seule vie coulait entre le Seigneur et ses élus.

Le sang de la nouvelle alliance est la vie de Jésus "versée", "donnée" pour le monde. C'est par la vie (le sang) de Jésus livrée dans la mort et élevée dans la gloire qu'est créée une union éternelle entre le Père et l'humanité. Le second rituel de l'ancienne alliance était le repas sacré que Moïse et les anciens partageaient en la présence du Seigneur (Ex 24,11). La nouvelle alliance aussi est célébrée par un repas sacré partagé par le Seigneur Jésus et ses "nouveaux anciens" en la présence de Dieu. L'Eucharistie est donc un repas d'alliance qui évoque, signifie, rend présente l'union de Dieu et de l'homme réalisée par la mort et la résurrection de Jésus.

Bien que l'expression "nouvelle alliance" renvoie à l'alliance faite en Moïse, elle désigne plus spécifiquement les prophéties de Jérémie et d'Ézéchiel (Jr 31,31-34; Ez 36,25-28). Jérémie avait désiré ardemment voir le jour de la nouvelle alliance où Dieu écrirait sa loi dans le cœur de son peuple, se ferait connaître de lui, lui pardonnerait tous ses péchés et se l'attacherait par des liens sacrés. Ézéchiel attendait avec impatience la même alliance renouvelée dans laquelle Dieu laverait les péchés de son peuple, changerait leurs cœurs de pierre en cœurs de chair, l'emplirait de son propre Esprit et se l'attacherait par un "mariage" d'amour. (Voir leçons 13, pp. 27-29; 14, pp. 20-23.) Les espérances de Jérémie et d'Ézéchiel sont comblées dans la vie, la mort et la résurrection de Jésus et dans l'effusion de l'Esprit que l'ascension de Jésus auprès du Père rend possible. Tout cela, toute l'œuvre de Jésus, est célébrée dans l'Eucharistie, la "nouvelle alliance".

Fidélité à Jésus (22,21-38)

Note: Le dialogue suivant s'adresse principalement aux Douze (Lc 22,14) mais on suppose la présence de quelques autres disciples (cf. Lc 22,12).

Luc nous donne une série de paroles de Jésus qui constituent un entretien suprême, une sorte de "dernières volontés et de testament" de Jésus avant sa mort. Jésus est profondément conscient qu'un de ceux qu'il a nommés comme nouveaux chefs va le trahir, mais il ne se donne pas la peine de révéler qui. Il semble donner à Judas une dernière occasion de se repentir (22,21-23). Cet avertissement soulève une discussion qui mène à une dispute sur "qui est le plus grand". Jésus profite de l'occasion pour leur rappeler que de telles discussions révèlent les attitudes des chefs païens (romains et grecs) qui adoraient imposer leur autorité à autrui et être honorés par des titres qui les faisaient apparaître tels de généreux bienfaiteurs (22,24-27). Jésus dit aux apôtres que leur autorité ne doit pas prendre modèle sur ces chefs païens, mais sur son autorité à lui. Son autorité est un humble service. Les remarques de Jésus à ses disciples s'adressent à tous ses futurs disciples qui célébreront également ce repas.

Lecture Luc 22,21-27

Luc fait suivre la description de la vraie autorité modelée sur Jésus d'une promesse spéciale faite à tous ceux qui ont suivi Jésus jusque-là à travers toutes ses épreuves. Jésus les assure que leur participation à son œuvre sur terre leur donnera d'avoir part au banquet de l'éternité et la dignité d'être les chefs du peuple de Dieu dans le royaume.

Note: Il semble que Judas est absent à partir du verset 28. Voir Jn 13,30.

Lecture Luc 22,28-30

Luc se tourne maintenant vers le chef des Douze. Il nous donne des paroles de Jésus dans lesquelles s'expriment à la fois la grandeur du rôle de Pierre et l'ignominie de ses défaillances. Prononçant solennellement par deux fois le nom original de Pierre, Jésus l'avertit lui et les autres qu'ils seront tous mis à l'épreuve par Satan. Judas a déjà cédé à la tentation. Mais Jésus assure Pierre qu'il a prié pour lui pour qu'il puisse s'acquitter de son rôle spécial parmi les apôtres et les disciples.

Lecture Luc 22,31-34

Jésus sait que la foi de Pierre lui fera défaut pour un moment et il sait aussi que Pierre "reviendra" et qu'il s'acquittera de son rôle d'affermir les autres. La prière de Jésus pour Pierre fait de l'effet. Pierre aura beau renier Jésus, il ne le trahira pas.

Le passage suivant chez Luc rappelle les instructions initiales de Jésus aux apôtres à l'occasion de leur première mission par eux-mêmes (9,1-6). Jésus leur rappelle que tout s'est bien passé cette fois-là, même s'ils étaient sans argent et sans défense. Jésus leur dit que maintenant, maintenant que cette heure de souffrance est venue, le moment ch crise est venu pour eux aussi. Ils vont entrer dans une période de divisions et il ne sera plus avec eux comme il l'était avant Cependant, les apôtres et les disciples n'auront part à ses luttes que lorsque Jésus les aura subies Jésus emploie les mêmes mots que lorsqu'il les avait envoyés en mission (bourse, besace, glaive), mais, cette fois-ci, il les emploie symboliquement; les apôtres, toutefois, les comprennent littéralement.

Lecture Luc 22,35-38

Jésus n'avait pas l'intention qu'ils le comprennent si crûment. "C'est assez" exprime son désir de mettre fin à la conversation et de préciser qu'il n'a aucune envie de faire de son petit groupe d'apôtres une bande armée de défenseurs.

L'agonie, l'arrestation et le jugement (22,39 - 23,25)

Nous ayant montré un aperçu du sens de la mort de Jésus à l'aide de la Pâque et de la nouvelle Alliance, Luc passe maintenant aux événements qui conduisent immédiatement à la croix. Dans la plupart des cas, Luc suit Marc, bien qu'il nous donne la succession des événements de façon plus claire et plus compréhensible que Marc. Dans certains cas, Luc fait appel à d'autres traditions que Marc. L'agonie au jardin est écrite avec autant d'intensité que la version de Marc (Lc 22,39-46). Nous y voyons Jésus subir l'épreuve la plus profonde de sa vie. Comme chez Marc, c'est son empressement à accomplir la volonté de son Père qui permet à Jésus de se relever avec une telle majesté après son agonie (22,45). Ayant accepté complètement de faire la volonté de son Père et sachant que le seul moyen de l'accomplir est pour lui de faire face à ce qui va arriver, Jésus ne regarde plus en arrière.

Lecture Luc 22,39-46

Note: les versets 43 et 44 (à propos de l'ange et de la sueur de sang) manquent dans certains manuscrits.

Le complot que Judas a tramé avec les personnages officiels réussit. Jésus est pris, mais non par surprise. Il accepte le baiser perfide, interdit à ceux qui l'accompagnent de se battre pour le défendre, guérit l'homme blessé dans la légère escarmouche et se laisse prendre. Il sait que c'est "le règne des Ténèbres".

Lecture Luc 22,47-53

Luc laisse entendre que Pierre suivait Jésus d'assez près, car juste après que Pierre ait échoué à son "test", "le Seigneur, se retournant, fixa son regard sur Pierre". Les paroles de Jésus à Judas et le baiser qu'il avait échangé avec lui n'avaient eu aucun effet, mais un regard de Jésus a suffi à faire fondre Pierre en larmes.

Lecture Luc 22,54-62

Les gardes se moquent de Jésus en attendant le lever du jour où il serait conduit devant la Cour suprême du peuple de Dieu (22,63 - 23,1). H est jugé coupable par le Sanhédrin, mais comme ce corps n'avait pas le droit d'exécuter la sentence de mort sans l'autorisation des Romains, on mène Jésus à Pilate, le procurateur romain (23,2-25). La scène devant Pilate nous montre les accusations partiales et injustes du Sanhédrin, mais cela montre aussi clairement la bassesse du procurateur romain qui allait autoriser l'exécution d'un homme qu'il avait lui-même par trois fois déclaré innocent. D'après la loi romaine, Jésus est innocent (23,4-15). Luc est le seul à introduire la comparution devant Hérode "ce renard" (13,32) qui avait beaucoup désiré voir Jésus (9,9). Ce dernier n'honore pas Hérode d'un seul mot. Le silence de Jésus, sa condamnation comme criminel qui permet à un vrai criminel d'être libéré (23,25) évoquent le serviteur souffrant du livre d'Isaïe (Is 52,13 - 53,12).

Lecture Luc 22,63 - 23,25

La Crucifixion (23,26-56)

Note: Beaucoup de versets de cette section se trouvent aussi chez Marc. Sur le commentaire de ceux-ci, se reporter aux passages correspondants de la leçon 23.

Luc est le seul à rapporter la rencontre avec les femmes de Jérusalem. Les femmes en pleurs, qui enfreignent la loi romaine interdisant les lamentations pour un traître condamné, se font dire par Jésus que leurs larmes ne devraient pas couler pour lui; elles devraient verser leurs larmes pour la même raison que lui-même en a versé (19,41s). La vraie tragédie qui mérite qu'on porte le deuil est la terrible destruction de Jérusalem qui va bientôt avoir lieu par suite de son rejet de la paix que Jésus lui offrait. Si les Romains traitent si

"Fais le prophète: Quel est celui qui t'a trappé?" Luc 22,64


horriblement Jésus, qui n'était pas un rebelle, ne traiteront-ils pas encore plus horriblement Jérusalem, qui sera rebelle? Jésus, qui est juste, est comme le bois vert, difficile à brûler; Jérusalem, qui est coupable, sera comme le bois sec, elle brûlera facilement et totalement. Pour Luc la mort de Jésus n'est pas une tragédie, parce que sa vie ne lui est pas enlevée - Jésus la livre de son propre gré en un acte d'amour sacrificiel pour Dieu et tout le monde.

Lecture Luc 23,26-34

Jésus est compté au nombre des criminels comme le prophète avait dit que le serait le grand prophète-serviteur (Is 53,12). Cloué à la croix, Jésus prie pour le pardon des chefs qui l'ont condamné et des Romains qui ont injustement procédé à l'exécution de la sentence.

Luc prend soin de faire remarquer que les gens du peuple qui se sont rassemblés pour assister à la crucifixion ne se sont pas joints aux moqueries et aux huées. Les chefs et les soldats romains (23,35) demandent à Jésus le même genre de signe spectaculaire que lui avait demandé le diable (4,9s). Aucun signe n'est donné. Au lieu d'un spectacle, Jésus pratique le pardon des péchés: il absout le criminel qui se tourne vers lui.

Lecture Luc 23,35-46

"Dès aujourd'hui, tu seras avec moi dans le paradis." "Le paradis" désigne le jardin particulier et magnifique d'un roi. Quand Jésus entrera dans son royaume, il prendra avec lui l'homme qui est mort à côté de lui. Ils y jouiront du "paradis". Luc évite le cri d'angoisse de Jésus que Marc rapporte (Mc 15,34). Luc nous donne les mots paisibles de la prière du soir courante des fidèles du peuple de Dieu (Ps 31): "Père, je remets mon esprit entre tes mains". Cette prière finale exprime la sérénité de Jésus qui donne sa vie à son Père, dans l'abandon et la confiance. C'est cette liberté de décision qui fait de la mort de Jésus, qui aurait pu être une tragédie, un acte d'amour, le triomphe sur le mal.

Luc donne ensuite la réaction de trois des groupes présents: le centurion, qui était à la tête des soldats désignés pour crucifier Jésus, est ému jusqu'à avouer la grandeur de l'homme qu'il a crucifié; les gens ordinaires, qui ne se sont pas moqués de Jésus, sont attristés et quittent la scène en deuil; les hommes qui avaient connu Jésus et les femmes qui l'avaient suivi se tenaient tout désemparés à distance. Luc n'emploie pas ici le mot "disciples"; il semblerait déplacé. Mais il veut nous faire comprendre que des disciples, hommes et femmes, et même certains apôtres avaient assisté à la mort de Jésus. De leurs yeux, ils voient Jésus mourir. Ils ne peuvent qu'en conclure que Jésus a échoué et que son œuvre est terminée.

Lecture Luc 23,47-56

Luc fait remarquer qu'au moins un des membres du Sanhédrin, Joseph d'Arimathie, n'avait pas été d'accord avec la sentence donnée à Jésus. Cet homme fait le nécessaire en vue de l'ensevelissement de Jésus. Même parmi les chefs les plus en vue Jésus avait des partisans qui attendaient le règne de Dieu.

Les disciples, qui avaient suivi Jésus à Jérusalem et l'avaient acclamé par des Hosanna (19,38) s'attendant à voir de grands prodiges, ont à faire face au spectacle barbare du crucifiement. Ils voient leur Messie traité par les autorités suprêmes comme le plus vil criminel.

Jésus a paru impuissant en face de ses ennemis; on lui a fait subir le pire des maux, une défaite définitive, la mort. Jésus est discrédité à leurs yeux. Ils ne peuvent plus avoir aucun espoir en lui. Sa sépulture est comme le sceau que l'on appose sur leur perte de foi, leur perte d'espoir en sa puissance. Sans la présence de Jésus, les disciples ne partagent plus un objectif commun. Cela ne rime plus à rien de parler de disciples. D'ici très peu de temps, ils vont commencer à aller chacun de leur côté.

Exercices pratiques

2 Compléter avec le mot ou l'expression qui convient.

a.L'Exode (le passage) de l'esclavage d'Égypte à une nouvelle vie de liberté était considéré par Jésus comme préfigurant sa_________

b.Le repas pascal, qui était un souvenir de l'Exode, a été employé par Jésus comme fondement de_______________, qui est un souvenir de sa_____________

c.Une alliance ___________ceux qui y prennent part.

d.Le sang est le symbole de__________

e.Quand Jésus dit: "Ceci est...mon sang versé", il désigne sa propre___________

f.Le repas sacré par lequel Moïse et les anciens célébraient l'Alliance trouve son accomplissement dans ___________

3.Choisir ce qui complète le mieux l'affirmation suivante.

Quand Jésus dit que l'Eucharistie est un "souvenir" de lui, il veut dire:

a.que nous ne devrions jamais oublier ce qu'il a fait pour nous.

b.que nous devrions penser à lui quand nous célébrons l'Eucharistie.

c.son acte de salut sera rendu présent lors de l'Eucharistie.

4.Choisir ce qui complète le mieux l'affirmation suivante. La nouvelle alliance promise par Jérémie est accomplie en Jésus parce que:

a.par sa mort et sa résurrection un lien sacré est établi entre Dieu et l'homme.

b.par sa mort Jésus a connu la tristesse et la douleur prophétisées dans les souffrances de Jérémie.

c.à sa mort le sang de Jésus est sorti de son côté comme le sang a coulé lors de la conclusion de l'ancienne Alliance.

3 La Résurrection de Jésus (Luc 24)

Objectif Décrire la signification de la mort et de la résurrection de Jésus d'après le chapitre 24* de l'Évangile de Luc.

Au chapitre 24, Luc nous révèle le mystère suprême de la foi chrétienne, la résurrection de Jésus. Il le fait en se servant de trois expériences faites par les disciples de Jésus: la découverte du tombeau vide, une apparition de Jésus ressuscité à deux disciples de second plan et une apparition de Jésus à la communauté à Jérusalem, qui se termine par l'ascension de Jésus au ciel.

La résurrection est un événement humain unique, même parmi les événements de la vie de Jésus. Bien que cela concerne un être humain comme nous, c'est un événement qui retire Jésus de la vie telle que nous la connaissons et l'emporte dans le mystère de Dieu. La résurrection est l'entrée de Jésus en tant qu'homme, que membre de la race humaine, que créature, dans la plénitude de la vie et de la puissance de Dieu lui-même.

La résurrection de Jésus nous montre le but de la vie humaine et permet à tous d'atteindre ce but. Elle révèle l'amour de Dieu pour nous comme aucun autre acte de Dieu ne peut le faire. C'est la raison pour laquelle la résurrection de Jésus ne peut être acceptée que par ceux qui sont prêts à y voir l'amour d'un Dieu personnel.

Luc montrera que la résurrection de Jésus est l'acte suprême et définitif de l'amour de Dieu. Il la présente à la fin de son évangile comme l'apogée de la vie et de la mort de Jésus. Mais c'est aussi l'apogée insoupçonnée de l'histoire du peuple de Dieu depuis Abraham jusqu'à Jean-Baptiste. En réalité, c'est même l'apogée de l'histoire de toute la race humaine, depuis Adam jusqu'à la fin des temps. La résurrection est la réponse de Dieu à tout ce que recherche l'homme.

Il ne devrait pas être surprenant que Luc ait composé ce chapitre avec beaucoup de soin. Il a choisi parmi les nombreuses traditions disponibles sur la résurrection celles qu'il estimait les plus susceptibles de nous apprendre ce suprême mystère. Son but est de nous mener au-delà de ce que les disciples pouvaient voir. C'est de nous amener à réaliser que la résurrection de Jésus est le plus grand acte d'amour et de puissance de Dieu. Il écrit ce chapitre pour que nous partagions la joyeuse foi des premiers disciples.

Comme tous les évangélistes, Luc commence son enseignement sur la résurrection par le tombeau vide. Il nous a préparés à cette scène en notant les intentions des femmes en 23,56. Les femmes viennent au tombeau pour oindre le corps de celui qu'elles ont aimé et servi. Elles s'attendent à y trouver un cadavre, l'œuvre de la méchanceté humaine; ce qu'elles y rencontrent est l'action de Dieu. Remarquer comment elles sont invitées par les anges à regarder au-delà de ce que leurs yeux peuvent voir.

*Les versets suivants du chapitre 24 sont omis dans certaines traductions: 12, 36b, 40, 51b, 52b. Ils sont absents de certains anciens manuscrits et sont presque les mêmes que chez Matthieu et Jean. Toutefois, les plus anciens manuscrits les incluent chez Luc. Dans ce commentaire, ils sont considérés comme faisant partie du texte original.

Lecture Luc 24,1-12

"Le premier jour de la semaine." C'est le jour de la résurrection. Dès le début, les chrétiens ont célébré la résurrection ce jour-là (notre dimanche). Luc choisit de situer tous les événements du chapitre 24 dans les limites de ce seul jour (24,1 et 13 et 33), pour montrer qu'ils font tous partie du même mystère que les chrétiens célèbrent maintenant le premier jour de la semaine.

"Elles trouvèrent la pierre roulée de devant le tombeau, mais, étant entrées, elles ne trouvèrent pas le corps du Seigneur Jésus." Elles ne savaient qu'en penser, quand ,... " Les femmes avaient assisté à la mort et à la sépulture de Jésus et viennent maintenant au tombeau ne s'attendant qu'à ce qui est humainement possible. En voyant le tombeau vide, il est inévitable qu'elles soient perplexes. De fait, la raison de la disparition du corps ne peut pas être découverte par des êtres humains tout seuls.

"Deux hommes leur apparurent en habits éblouissants. Et comme, saisies d'effroi, elles

tenaient leur visage incliné vers le sol " Les deux êtres montrent par leur présence soudaine et leur vêtement mystérieux qu'ils sont des créatures célestes, envoyées par Dieu. Ils apportent une révélation. En inclinant la tête vers le sol, les femmes manifestent leur respect et leur empressement à croire.

"Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant?" Les anges désignent Jésus comme le Vivant, titre donné à Dieu lui-même (Jos 3,10; Jg 8,19; 1 Sm 14,39; 1 R 17,1). Ce qui suggère que Jésus est maintenant dans le domaine de Dieu.

"Il n'est pas ici; il est ressuscité," la première partie de la révélation des anges ne fait que confirmer ce que les femmes ont vu d'elles-mêmes. Mais la deuxième partie donne la cause de l'absence du corps de Jésus, quelque chose que Dieu est le seul à savoir. Les anges déclarent que Jésus ne sera plus vu parce que dans son humanité, dans son corps, il est passé dans !a plénitude de la vie de Dieu. Ainsi, il n'est pas simplement retourné à la même vie visible et limitée qu'il avait avant sa mort. Jésus a dépassé notre type d'existence et a part, même dans son corps, à la plénitude de vie de Dieu. On ne peut plus voir son corps comme avant parce qu'il est dans le domaine de Dieu. Les femmes et les autres disciples voyaient dans la mort de Jésus l'œuvre du mal. Les anges révèlent que de ce mal Dieu a fait un plus grand bien. Ils invitent les femmes à reconnaître la puissance et la bonté de Dieu dans ce qui semblait être faiblesse et défaite.

"Rappelez-vous comment if vous a parlé, lorsqu'il était encore en Galilée. Et elles se

rappelèrent ses paroles." Les anges font remarquer comment la résurrection de Jésus,

si elle trompe les attentes humaines, est pourtant ce que Jésus avait prédit.

"À leur retour du tombeau, elles rapportèrent tout cela aux Onze, ainsi qu'à tous les autres. . et ils ne les crurent pas." Les anges ne donnent pas mission aux femmes d'annoncer la révélation qu'elles ont reçue; elles ne sont pas les témoins officiels que Jésus lui-même nommera plus tard. Pourtant, les femmes disent ce qu'elles ont vu et entendu, mais leur témoignage n'est pas de nature à engendrer la foi de la communauté.

"Pierre cependant partit et courut au tombeau se penchant, il ne vit que des bandelettes." À cause de sa place très spéciale dans la communauté, c'est Pierre qui est choisi. Il ne dépasse pas ce que ses yeux peuvent voir, aussi reste-t-il perplexe sans croire.

Sur le chemin d'Emmaüs

Le second épisode se passe sur le chemin d'Emmaüs. Dans sa simplicité, sa beauté et sa profondeur, ce passage est un chef d'œuvre littéraire. Les deux disciples rencontrent Jésus tandis qu'ils font route et, notons-le, qu'ils s'éloignent de la communauté des disciples à Jérusalem. À l'instant où ils reconnaissent le Seigneur, ils changent de direction et se dépêchent de regagner sa communauté. Leur démarche concrète exprime ainsi ce qui se passe dans leurs cœurs.

Lecture Luc 24,13-35

"Deux d'entre eux." Le "pèlerinage" concernent deux personnes qui faisaient partie du groupe des disciples de Jésus, mais n'étaient pas parmi les douze apôtres. Ils admiraient Jésus et lui étaient attachés comme le montre leur conversation. Ils en étaient venus à attendre de grandes choses de lui, des signes concrets de sa puissance et l'avaient même suivi à Jérusalem. Toutefois, ses souffrances et sa mort ont mis fin à leurs espoirs. Leur conviction est qu'il a échoué et qu'il n'est plus avec eux.

"Ce même jour. " Le jour de la résurrection.

"Faisaient route vers un village...à sept milles de Jérusalem." Les disciples qui s'accrochaient encore à Jésus restaient à Jérusalem. Ces deux-là quittaient la communauté.

"Ils s'entretenaient de tout ce qui s'était passé." Bien qu'amèrement déçus, ils se préoccupent encore de Jésus et restent attachée à son souvenir. Leur incapacité de reconnaître Jésus n'est pas due à un manque d'amour.

"Jésus en personne s'approcha et fit route avec eux. Mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître." Le centre d'intérêt de cette histoire n'est pas l'identité de la troisième personne; Luc révèle immédiatement que c'est Jésus. Ce que l'évangéliste veut que nous considérions, c'est que les disciples ne réussissent pas à reconnaître Jésus et comment ils finissent par savoir que c'est lui. Jésus ressuscité est maintenant présent à leurs côtés; mais le reconnaître requiert la foi. Les deux disciples ne peuvent pas le reconnaître parce qu'ils manquent de foi. À mesure que l'histoire se déroule, nous apprenons ce qui bloque leur foi.

"Jésus leur dit: 'Quels sont donc ces propos que vous échangez en marchant?' " Bien qu'il prenne l'initiative, Jésus est extrêmement respectueux. Il ne les écrase pas avec un geste spectaculaire ou un étalage de force. À la place, il commence par ce qui les préoccupe déjà.

"Et ils s'arrêtèrent, le visage morne." Leur grand chef avait suscité en eux des espoirs, mais ne les avait pas satisfaits comme ils s'y attendaient. Ils sont tristes parce que, bien qu'ils soient restés attachés à Jésus, ils ont perdu espoir en lui.

"Tu es bien le seul habitant de Jérusalem à ignorer ce qui s'y est passé ces fours-cil - 'Quoi donc?' leur dit-il." Jésus les invite doucement à exprimer la cause de leur manque de foi.

"Et, commençant par Moïse et parcourant tous les prophètes, il leur interpréta dans toutes les Écritures ce qui le concernait." Luc 24,27

"Ils lui répondirent: `Ce qui est advenu à Jésus de Nazareth, qui s'est montré un prophète puissant en œuvres et en paroles devant Dieu et devant tout le peuple' ". Ils parlent de Jésus en termes purement humains, ce qui indique qu'ils ne voient en lui qu'un homme, mais un grand homme. Ils avaient vu en lui un nouveau Moïse, car leur description de Jésus est la description couramment utilisée pour Moïse (voir Ac 7,22).

"Comment nos grands prêtres et nos chefs l'ont livré pour être condamné â mort et l'ont crucifié." Ils évoquent le premier grand obstacle à leur reconnaissance de Jésus ressuscité, le scandale de la croix. Ils ont vu Jésus condamné comme criminel par la plus haute autorité humaine, à la fois religieuse et civile, et l'ont regardé mourir. C'est comme s'il était rejeté par Dieu et par le peuple.

"Nous espérions que c'était lui qui délivrerait Israël." Ils avaient attendu de Jésus les mêmes réalisations tangibles que celles de Moïse dans l'Exode d'Égypte: la même libération de leurs attaches politiques, sociales et économiques. La mort de Jésus était pour eux un échec qui révélait sa faiblesse en face de ses ennemis. Loin d'avoir vaincu le mal, il en avait été la victime.

"Mais avec tout cela, voilà deux jours que ces choses se sont passées." Après un tel laps de temps, ils estiment que l'échec de Jésus est définitif et n'attendent plus rien de lui. C'est la raison pour laquelle ils abandonnent le groupe de disciples à Jérusalem.

"Quelques femmes qui sont des nôtres nous ont, il est vrai, bouleversés. S'étant rendues au tombeau et n'y ayant pas trouvé son corps, elles sont revenues nous dire que des anges leur étaient apparus, qui le déclarent vivant. " Ils écartent l'expérience des femmes comme une illusion.

"Quelques-uns des nôtres sont allés au tombeau et ont trouvé les choses comme les femmes avaient dit; mais lui, ils ne l'ont pas vu!" La vue du tombeau vide en elle-même n'engendre pas la foi.

"Alors Jésus leur dit: 'Esprits sans intelligence, lents à croire tout ce qu'ont annoncé les prophètes!" Pour triompher de leurs doutes, Jésus part de ce qu'ils ont, la foi dans les Écritures. Toutefois, leur foi dans les Écritures est imparfaite. Jésus avait enseigné à ses disciples que sa vie suivrait le modèle des serviteurs de Dieu dans l'Ancien Testament. Ceci voulait dire qu'il avait à souffrir (9,22 et 44; 18,33s). Il leur fait maintenant des reproches parce que, bien qu'ils acceptent les prophètes, ils n'ont pas cru tout ce que les prophètes avaient dit. Ils faisaient attention aux promesses de Dieu à son peuple et aux grandes réalisations d'hommes comme Moïse. Mais ils ignoraient ce qui faisait également partie de la vie de Moïse et des grands prophètes, à savoir leurs souffrances. Une lecture complète montre que la souffrance faisait certes partie de la mission de tout grand serviteur de Dieu.

"Ne fallait-il pas que le Christ endurât ces souffrances pour entrer dans sa gloire?" La gloire dont parle Jésus est la plénitude de la vie avec Dieu dans son royaume, la plus grande promesse de Dieu à son peuple. Jésus dit que le chemin qui mène à cette vie promise est visible d'après le plan de Dieu qui est révélé dans l'Ancien Testament: c'est par la souffrance que le peuple de Dieu entre dans la vie. Puisque le Messie résume tous les espoirs de l'Ancien Testament, il a fallu qu'il souffre lui aussi pour recevoir le plus grand de tous les dons de Dieu.

"Et, commençant par Moïse et parcourant tous les prophètes, il leur interpréta dans toutes les Écritures ce qui le concernait." Jésus donne maintenant des exemples explicites des serviteurs de Dieu dans la Loi et les Prophètes. Il montre comment, dans chaque cas, c'est par leurs souffrances qu'ils ont pu apporter la vie aux leurs. U leur dit que ce qu'ils ont souffert était en réalité prophétique de ce qu'il a enduré. Cet exemple de souffrance vu à travers toute l'histoire du peuple de Dieu est porté à son apogée et prend toute sa signification dans la passion, le rejet et la mort de Jésus.

À cet endroit du passage, Luc se borne à dire que Jésus base sa démonstration sur l'Ancien Testament. Il ne rapporte pas les détails des souffrances des grandes figures du passé d'Israël. Luc en donnera les détails plus tard dans les Actes, surtout dans le sermon d'Étienne (Ac 7,2-53). Luc y présente les exemples suivants: Abraham, qui dut abandonner sa famille et son pays pour que se lève un peuple appartenant à Dieu dans lequel se réaliserait la promesse de Dieu (Ac 7,2-8; Gn 12,1s); Joseph, qui a été rejeté par ses frères et vendu comme esclave pour pouvoir ultérieurement sauver sa famille de la famine (Ac 7,9-16; Gn 37; 39s); Moïse, rejeté par ses compatriotes et obligé de fuir au désert où il rencontre Dieu. Plus tard, même lorsqu'il les arrachait à l'esclavage, ils se sont rebellés contre son autorité (Ac 7,17-43).

L'histoire des grands prophètes de Dieu transmet le même message. Amos (7,10-16), Isaïe (6,9-10), et Jérémie (11,19-20; 12,6) ont été rejetés dans le cadre de leur mission. Après l'Exil, un prophète (que l'on appelle habituellement le "Second Isaïe") a vu plus clairement que quiconque avant lui, le sens de son épreuve, qu'elle faisait partie intégrante du plan de Dieu et que c'était par celle-ci que Dieu apporterait le pardon et la vie à son peuple. C'est lui, plus qu'aucun autre, qui est devenu une sorte d'image prophétique du Christ, l'agneau conduit à l'abattoir (Ac 8,30-35; Is 53,7-8).

Comme ses grands chefs et prophètes, tout le peuple avait connu de grandes souffrances en Égypte et à nouveau lors de la destruction de Jérusalem et de son exil à Babylone. Dans les deux cas, les souffrances du peuple étaient un prélude à une vie nouvelle. Une règle s'est vérifiée tout au long de son histoire: la libération vient par la souffrance. Puisque c'est par la souffrance que le peuple de Dieu est sauvé, toutes les souffrances qui ont précédé celles de Jésus en ont été comme la préfiguration.

Les deux disciples ne pouvaient pas croire à cause du scandale de la croix. Dans la mort de Jésus, ils ne pouvaient voir que la mort de celui qui avait été rejeté par son peuple et par Dieu. Ils étaient scandalisés par son apparente impuissance. En leur expliquant les Écritures, Jésus enlevait cet obstacle à la foi. Nous apprenons plus tard au verset 32 que leurs cœurs étaient tout brûlants en eux en entendant Jésus expliquer le grand dessein de Dieu contenu dans les livres saints. L'espérance était ranimée en eux. Par la croix de Jésus Dieu pourrait encore être à l'œuvre. Sa mort n'était pas un rejet, elle ne prouvait pas non plus qu'il était impuissant devant le mal.

"Quand ils furent près du village où ils se rendaient, il fit semblant d'aller plus loin. Mais ils le pressèrent en disant: 'Reste avec nous car le soir tombe et le jour déjà touche à son terme." Jésus, encore respectueux de la liberté de ses disciples, doit être invité à rester avec eux. S'ils ne lui avaient pas demandé de rester, ils n'auraient jamais su qui il était. Maintenant que la croix n'est plus un obstacle, ils sont prêts à reconnaître que c'est lui qui est présent avec eux. La reconnaissance se fait lors d'un repas. Dans tout son évangile, Luc a attiré l'attention sur les repas avec Jésus (5,29s; 7,36s; 9,12s; 13,26s; 14,7-24; 22,7-20). Les mots que Luc emploie dans le verset suivant (24,30) ont été choisis délibérément pour évoquer un repas en particulier, la dernière Cène (22,19-20).


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