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Excerpt for Annunaki La cité des Dieux by , available in its entirety at Smashwords

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Annunaki



La cité des Dieux

De

Piko Lynna

Présentation :

Il y a plusieurs milliers d’années, notre planète a été envahie par des extraterrestres qui prétendent avoir créé notre race. Oppresseurs, esclavagistes, sanguinaires, les Annunakis nous gouvernent d’une poigne de fer. Le monde est divisé en quatre nations et pour la première fois, depuis plus de cinquante ans, les dirigeants seront réunis à l’occasion d’un bal.

Je m’appelle Tamara et je suis une insurgée. J’ai été choisie pour faire partie des quatre guerrières qui auront pour mission de les assassiner. Si nous y parvenons, cela marquera le début de la révolution et la fin de leur règne.

Attention : Comporte des scènes de violence!



ISBN : 9782956242536



© Piko Lynna, Mars 2017 —  Tous droits réservés

Image : Pixabay

Couverture : @Piko Lynna

Chapitre 1





Mon cœur bat à vive allure, alors que les portes de la cité ne se situent plus qu’à quelques mètres. J’ai conscience du risque et des conséquences si les faux Dieux me surprennent, mais je dois absolument connaître les lieux sur le bout des doigts. Cela fait maintenant trois jours que j’arpente la ville pour enregistrer chaque rue, la position des gardes et tout ce qui pourra augmenter nos chances de survie, même si elles paraissent infimes. La mort ne me fait pas peur, surtout si elle sert notre peuple, mais j’aimerais tellement pouvoir assister à la chute de ces monstres qui nous persécutent depuis des millénaires ! Je suis persuadée qu’un jour les humains pourront enfin prendre leur revanche et vivre librement. Sans crainte. Sans souffrance. Les faux Dieux représentent tout ce qu’il y a de plus immonde dans l’univers ! Ils prétendent avoir créé notre race dans le seul but d’avoir de la main-d’œuvre. Et à ce titre, ils pensent pouvoir nous tourmenter, nous affamer, nous torturer, pour leur plaisir. Voilà des siècles qu’ils nous traitent comme des animaux, tout juste bons à se tuer au travail ou à leur tenir lieu de divertissement.

Mon chemin croise un groupe de marchands, j’en profite pour m’infiltrer dans leur rang à fin pouvoir passer la grande grille. Le garde, posté devant l’entrée, nous jette un coup d’œil furtif avant de reprendre son activité. Ces enfoirés se montrent si sûrs de leur supériorité ! Cela dit, je ne vais pas m’en plaindre, puisque leur manque d’intérêt sert les miens.

La capuche remontée sur ma tête, je courbe les épaules et avance lentement pour ne pas attirer l’attention. Je porte de vieux vêtements pour homme, que j’ai volé il y a quelques jours, et un long manteau tellement rongé par les mites qu’il ne protège plus beaucoup du froid. Lorsque les marchands bifurquent vers la place du marché, je les talonne durant quelques mètres et tourne sur la gauche. J’ai quadrillé la cité et la zone où je me dirige reste la dernière à explorer. Dès que je m’enfonce dans la ruelle, des relents nauséabonds me retournent l’estomac. Les immondices s’entassent, les corps sales sont parfois allongés à même le sol. Je croise le regard vide d’un enfant. Son teint approche celui de la lividité cadavérique et si sa poitrine ne se soulevait pas de manière régulière, on pourrait le croire mort. Depuis combien de temps est-il couché là, dans l’indifférence totale ? Même avec toute la bonne volonté du monde, je ne parviens pas à comprendre le manque de solidarité. Pas étonnant que les faux Dieux gouvernent la planète. Certes, leur force surpasse la nôtre, mais bordel ! Les humains sont si nombreux, pourquoi n’entreprennent-ils rien ? Pourquoi ne se soulèvent-ils pas contre le pouvoir ? Comment réagiront-ils quand nous passerons à l’attaque ? Rejoindront-ils le mouvement ? Se contenteront-ils d’attendre ? Ou pire, défendront-ils leur maître ? Le doute m’envahit.

Dès que j’approche du château, le paysage se transforme du tout au tout. Les rues délabrées et puantes laissent place à des chemins ornés de plantes qui parfument agréablement l’air. Les ruines, la grisaille ont disparu au profit de murs solides et propres. Un immense jardin entoure le bâtiment principal. Des gens s’y promènent. Certains sont humains, d’autres non. Je serre les poings pour retenir la colère qui menace d’exploser. Tous des vendus ! À mes yeux, certains ne valent pas mieux que les extraterrestres, car ils se conduisent comme des parasites prêts à courber l’échine et à trahir leur race pour faire partie du cercle très restreint de la haute société. Malgré leurs manières et leur richesse, ils n’en restent pas moins que des marionnettes. Des esclaves qui se croient au-dessus des autres, certes, mais des jouets tout de même. C’est à vomir !

Un gloussement parvient à mes oreilles. Machinalement, je tourne la tête et découvre une humaine vautrée dans les bras d’un Annunaki. Elle est appuyée contre un arbre, sa robe relevée jusqu’à la taille, la poitrine à l’air. Salope ! J’espère que ces putains paieront quand nous aurons pris le contrôle. Je m’en veux aussitôt pour ces pensées. Qui suis-je pour les juger ? J’ai eu la chance de naître libre. Ma mère, une ancienne esclave, est parvenue à s’enfuir alors que sa grossesse approchait de son terme. Son mari a été tué par leur maître, mais elle, par je ne sais quel miracle, a réussi à les semer. Elle a erré durant des semaines avant d’être découverte par les insurgés. Maxime, notre chef, l’a recueillie dans les collines. Malgré des repas complets et des soins, elle est morte en me mettant au monde. Je ne sais pas grand-chose d’elle en dehors de cette histoire. Je ne connais même pas son prénom. Mon père adoptif prétend que je possède ses yeux. De grandes billes vertes, pleines d’intelligence.

— Qu’est-ce que tu fiches ici ?

Je sursaute tandis qu’une douleur au bras me coupe le souffle. Je tente de me dégager, mais l’étau se resserre et des griffes acérées percent ma peau. L’Annunaki qui me retient prisonnière, et me regarde comme si je n’étais qu’un tas de merde, porte l’uniforme des gardes. Mon corps se fige aussitôt, mon cœur bat à toute vitesse. Un seul mot de travers et il me saignera sans hésiter. À voir ses pupilles réduites à deux fentes et ses crocs allongés, il n’attend que cela.

— Je t’ai posé une question !

— Je cherche mon petit frère, dis-je en gardant la tête baissée pour lui cacher mon visage.

— Si c’est un pouilleux comme toi, il n’est certainement pas ici. Maintenant, dégage !

L’Annunaki me bouscule violemment. Je m’effondre sur le sol et il en profite pour me frapper dans les jambes. Le rire de la putain retentit de nouveau. Son regard amusé est fixé sur moi. Garce !

— Baisse les yeux, sac à viande !

Un nouveau coup de pied m’atteint sur le flanc. Je pousse un gémissement de douleur. Cela fait un mal de chien, mais durant les entraînements, j’ai vu pire. Je pourrais me relever d’un bond, l’attraper et lui trancher la gorge, mais je ne bouge pas. Je tremble, je pleurniche, je supplie, en imitant le comportement d’un esclave. Satisfait, l’Annunaki s’éloigne. Je me redresse lentement, la tête toujours baissée, et reprends le chemin par lequel je suis arrivée. En passant devant la putain, je surprends sa grimace de dégoût. J’enregistre chaque trait de son visage tout en me promettant de m’occuper personnellement de son cas si je la croise de nouveau. Enfin, encore faut-il que je m’en sorte et là, ce qui est loin d’être gagné, maintenant que j’ai attiré l’attention.

La lune va bientôt se lever, je dois filer rapidement. Si la journée la cité reste plutôt calme, il en est tout autre lorsque le soleil se couche. Les faux Dieux vivent essentiellement la nuit et dorment le jour. Rares sont ceux qui se montrent quand le soleil brille, sauf s’ils n’ont pas le choix, comme la garde, par exemple. Une fois encore, je me demande pourquoi les esclaves n’en profitent pas pour les massacrer à ce moment-là. Sont-ils à ce point asservis ? Ne possèdent-ils plus aucune volonté ? Subissent-ils un lavage de cerveau ? Je jette un coup d’œil autour de moi alors que je traverse le marché. La plupart des gens ressemblent à des pantins. Aucune expression ne filtre. Ils sont sans âge. Vides de l’intérieur. Quelque chose se brise dans ma poitrine. Leur désespoir m’atteint de plein fouet, à moins qu’il ne s’agisse du mien. Il faut que je sorte de là ! Je cherche des marchands sur le point de partir et me fonds dans leur groupe. Les ambulants détiennent un statut spécial. Ni esclaves ni libres, ils peuvent circuler de ville en ville sans être incommodés. Leur condition est l’une des plus enviées, mais les places sont rares et se transmettent généralement par les liens familiaux.

Je quitte la cité avec eux et leur fausse compagnie dès que l’occasion se présente. Je me faufile dans la forêt et prends le chemin du retour en surveillant mes arrières. Notre camp est situé à quelques kilomètres, plus haut dans la colline. Ce sont d’anciennes galeries qui servaient au transport de l’or et qui ont été abandonnées il y a une cinquantaine d’années. C’est plutôt rudimentaire, mais chacun possède sa proche chambre creusée dans la roche et nous avons une source d’eau chaude, ainsi qu’un terrain d’entraînement.

À peine ai-je posé un pied dans le baraquement, qu’une main s’enroule autour de mon bras et me tire dans un tunnel. Je me retrouve face à Thomas qui semble hors de lui.

— Où étais-tu ? Cela fait des heures que je te cherche !

— Je prenais l’air.

Thomas recule en plissant le nez. Il me regarde de la tête aux pieds, s’attarde sur mes vêtements quelques instants et pousse un juron.

— Putain ! Ne me dis pas que tu y es retournée !

— D’accord, je ne le dirais pas, ricané-je.

— Mais qu’est-ce qui ne va pas dans ton crâne ?

— Oh ! Du calme, je sais ce que je fais.

 Laisse-moi en douter ! C’est dangereux, Tamara !

— Merci de me prévenir. Arrête de me traiter comme une gosse.

 Alors, cesse de te conduire comme si tu en étais une ! On a besoin de toi, bébé. S’il t’arrive quoi que ce soit, tous nos espoirs seront anéantis.

Assaillie par un sentiment de culpabilité, je fixe le sol. Je sais bien que l’avenir repose en partie sur mes épaules, raison pour laquelle je me devais d’agir. Tout doit être calculé pour augmenter nos chances de réussite ; or pour l’instant, nous flottons dans le vague et le vrai danger réside là. J’ai suivi mon instinct et je ne vais pas m’en excuser.

— Il fallait que j’effectue des repérages. Demain soir, ce sera la folie et si nous parvenons à remplir notre mission, la cité sera plongée dans un véritable chaos. J’avais besoin de connaître les lieux pour que nous puissions nous extraire rapidement.

— Très bien, soupire-t-il. Mais c’est terminé !

— Oui, papa !

Thomas n’appartient pas au rang de guerrier. Il lui arrive de participer aux entraînements pour le plaisir, mais son rôle se cantonne à celui d’héritier. En tant que membre important, il ne peut pas risquer sa vie. Fils unique de Maxime, un jour, il prendra la tête du groupe. Il sera sûrement un bon chef, je n’ai aucun doute là-dessus, mais en attendant, il ne dispose d’aucune autorité officielle et ce n’est pas parce qu’il est mon petit ami qu’il doit se conduire comme un crétin. Il fait un pas vers moi et tente de m’embrasser. Je le connais par cœur ! Chaque fois qu’il comprend qu’il n’aura pas le dernier mot, il joue la carte de la tendresse pour m’amadouer.

Agacée, je m’écarte et tourne les talons. Je traverse le tunnel d’un pas rapide pour en rejoindre un autre donnant sur les chambres. Thomas me suit en silence, mais je l’ignore.

— Tu comptes bouder longtemps ? finit-il par demander.

— Je ne boude pas, je suis concentrée. Écoute, je n’ai pas envie de me disputer. Pas ce soir, alors lâche l’affaire. Je comprends ton inquiétude, mais je n’ai pas pris de risque.

Thomas avance d’un bond pour m’envelopper dans ses bras, mais recule tout aussi vite en grimaçant.

— Seigneur ! Tu t’es roulé dans les égouts ?

— Tu t’en aperçois seulement maintenant ? demandé-je en éclatant de rire. Avec mes vêtements et en sentant le savon, je n’aurais pas pu parcourir plus de trois mètres dans la cité sans être découverte. Il y a tant de misère ! Tant de souffrance ! ajouté-je émue.

— Tout cela va changer !

— Et si on échouait ? Je continue à croire qu’ils auraient dû missionner les membres d’un seul clan. Je ne sais pas avec qui je vais devoir faire équipe. Nous n’avons jamais combattu ensemble et…

— La décision vient du conseil, nous ne pouvons pas l’outrepasser. Les chefs ont désigné leur meilleure guerrière, alors cela ne devrait pas poser de problème. Tu es entraînée pour ce genre de situation, ne l’oublies pas.

— Et toi, que penses-tu de ce choix ? N’est-ce pas étrange ?

— Envoyer quatre femmes qui ne se connaissent pas limitera les risques. Si l’une d’entre vous se fait prendre, ils n’hésiteront pas à utiliser leurs pouvoirs psychiques ou la torture pour obtenir des renseignements.

— Alors, même si l’une d’entre nous craque, elle ne pourra pas trahir tous les groupes. Seulement le sien.

— Exactement. Bon, je dois aller retrouver mon père pour mettre en place les derniers détails. Promets-moi de ne plus quitter le camp.

— Et moi, je dois baigner de toute urgence pour me débarrasser de la crasse et surtout de la puanteur.

— Promets !

— D’accord ! De toute façon, il fait nuit, y retourner serait stupide.

— Bien !

Une fois seule, je prends des vêtements propres, un morceau de savon et me rends à la source. Au fur et à mesure que les bouts de tissus usés quittent mon corps, l’écœurement et la tristesse disparaissent. Je suis de nouveau moi-même : Tamara la guerrière. Tamara, tueuse pour les insurgés. Je retrouve ma hargne et mon désir de combattre ces faux Dieux qui ne méritent pas la moindre pitié. Les exterminer risque de s’avérer compliqué. Ils sont bien plus grands et bien plus forts que les humains. Ils possèdent de nombreux pouvoirs et nous ne connaissons qu’une seule de leurs faiblesses physiques : leur gorge. Il faut les frapper vite, avant qu’ils puissent réagir. Je ferme les paupières et me concentre sur l’attaque. Ma cible est un des quatre chefs, un des plus puissants. On le dit sauvage, rusé et sadique. Je n’aurais droit qu’à un coup d’essai. Par chance, nous savons qu’il aime particulièrement les jeunes humaines aux yeux verts et aux cheveux blonds. Mon physique correspond parfaitement à ses goûts, raison pour laquelle le conseil m’a choisie. J’aurais préféré être sélectionnée pour mes talents de guerrière, mais après tout, c’est une considération comme une autre. Malgré la peur et le danger, je suis ravie d’avoir été désignée. Mes parents ont habité et travaillé dans la cité. Tuer Anakim sera ma vengeance pour tout ce qu’ils ont enduré par sa faute. Pour leur souffrance, pour le meurtre de mon père. Pour la mort de ma mère. Toute ma vie, je me suis entraînée pour vivre cet instant. Pour voir le regard de ce monstre s’éteindre. J’ai travaillé dur pour devenir la meilleure dans ce seul but.

Quand mes muscles sont détendus, je savonne mon corps ainsi que mes cheveux et plonge la tête sous l’eau pour les rincer. Je traverse le bassin à la nage et ressors de l’autre côté. La fatigue me prend par surprise. Une apathie aussi bien physique que mentale. Mes vêtements enfilés, je retourne dans la chambre que je partage avec Thomas depuis quelques mois et m’allonge sur notre lit. Malgré l’épuisement, le sommeil traîne à venir, alors je me répète inlassablement le combat à venir, jusqu’à ce que tout soit parfait.

Thomas me rejoint quelques heures plus tard. Son corps se colle au mien. Un de ses bras s’enroule autour de ma taille. Je ne bouge pas et garde les yeux fermés quand il m’embrasse dans le cou. Son sexe raidi appuie sur mes reins. Ses doigts caressent ma peau nue. Sa respiration devient saccadée tandis que son bassin remue lentement. Devant mon manque de réaction, Thomas finit par soupirer. Je culpabilise un peu, consciente de ne pas être la petite amie idéale. Entre lui et moi, cela a toujours été facile. Tout le monde s’attendait à ce qu’un jour nous formions un couple et c’est exactement ce qu’il s’est passé. Pourtant, lorsqu’il me touche, il n’y a pas de papillon dans le ventre. Quand je le vois, les battements de mon cœur n’accélèrent pas. J’aime Thomas, mais je ne suis pas amoureuse. Je ne fréquente pas beaucoup les femmes du clan, préférant rester avec les guerriers, mais parfois, alors qu’elles discutent en groupe et que je me tiens en retrait, j’écoute leurs conversations. Et d’après ce que j’ai compris, c’est un sentiment violent qui s’apparente à une tempête intérieure. Cela nous chamboule complètement, nous donne des ailes. Cela s’accroche aux tripes, nous obsède jour et nuit. Rien à voir avec ce que je ressens pour Thomas. Aucune étincelle ou quoi que ce soit qui s’en approche. Peut-être ne suis-je pas destinée à aimer. Notre relation me convient ainsi. Simple, sans prise de tête. Le sexe est agréable la plupart du temps. Et en toute honnêteté, je ne suis pas certaine de ce qu’il éprouve. Certes, il ressent de l’affection et me désire, mais est-ce de l’amour ? Je n’en ai pas la moindre idée !

Thomas s’est allongé sur le dos. Je l’entends respirer de plus en plus fort et imagine ce qu’il est en train de faire. Une chaleur s’empare de mon visage. J’ai honte. Pas parce qu’il se masturbe en me croyant endormie, mais parce qu’il ne devrait pas être obligé de le pratiquer si souvent. Parce que je devrais avoir envie de lui et lui donner du plaisir. Ses gémissements se transforment en grognements étouffés. Même si je ne le vois pas, les vibrations du matelas m’indiquent la vitesse de ses va-et-vient. Un dernier râle retentit, puis Thomas se lève. Je garde les yeux fermés et parviens enfin à trouver le sommeil avant son retour.

Chapitre 2





— Une fois à l’intérieur, repérez votre cible et ne la lâchez plus. N’agissez pas dans la précipitation. Charmez-le et proposez-lui de vous isoler. Ils peuvent aisément lire dans les esprits, alors protégez-vous en bloquant vos pensées. Et surtout, ne les regardez pas dans les yeux. Jamais !

J’écoute à moitié les conseils de Maxime. Je connais la chanson par cœur. De toute manière, il s’adresse aux autres. Elles sont arrivées il y a quelques heures au point de rendez-vous. Nous nous rencontrons pour la première fois et peut-être la dernière. Comme moi, ce sont des combattantes entraînées. Je les détaille du coin de l’œil. Toutes sont très belles. Il y a Marie, une grande blonde au visage d’ange. Lola, une petite brune aux traits enfantins. Nadia, une rousse pulpeuse. Nous nous dressons toutes les quatre devant nos chefs, attifées de tenues de soirée. Habillée de la sorte, je ressemble à la putain croisée dans la cité. Ma robe noire moule mon corps parfaitement. Mes cheveux ont été remontés dans un chignon sophistiqué et mes lèvres ont été peintes en rouge. Je déteste cet accoutrement et les autres filles paraissent toutes aussi mal à l’aise. Comment combattre avec ces vêtements ? Comment courir avec ces foutus talons ? À croire qu’ils mettent tout en œuvre pour compliquer notre mission. Je parviens difficilement à rester droite avec ces horreurs aux pieds ! Je pousse un soupir las et croise le regard de Lola qui semble amusée.

— Bien ! Si vous n’avez pas de question, il est temps d’y aller. Didier vous fera pénétrer dans la cité. D’après vos papiers, vous êtes des esclaves sexuelles, offertes par un riche Annunaki qui vit à Manosco. Didier sera votre sous-maître.

Je grimace en entendant ce mot qui hérisse mes poils. Les sous-maîtres sont des humains qui ont fait allégeance et servent de leur plein gré. Pour en arriver là, ils ont dû prouver leur loyauté. Ce sont des traîtres envers notre race, qui vendraient père et mère pour plaire aux faux Dieux.

— Manosco ? répète Marie en fronçant les sourcils. N’y a-t-il pas eu une émeute récemment ?

— Effectivement ! Et nous savons de source sûre que Rasold, le maître de la ville, ne viendra pas. Il a bien trop peur de faire face à ses supérieurs.

— Je vois.

— Bien ! Assurez-vous que vos armes soient bien cachées et tendez vos bras pour qu’on puisse vous attacher. Bonne chance à vous. Ce soir est une date importante dans notre histoire ! C’est la première fois en cinquante ans que les chefs des quatre nations sont réunis au même endroit. Cette opportunité de les tuer tous les quatre en même temps ne se représentera pas de si tôt. À présent, tout repose sur vos épaules. Si vous parvenez à les éliminer, cela marquera le début du changement !

Je ne suis plus aussi certaine de cela. Si les quatre chefs meurent, d’autres occuperont leur place. Et que se passera-t-il ensuite ? Mon but est plus personnel, même si j’espère que l’impact jouera en faveur des humains. Peut-être que notre exemple leur donnera enfin le courage qui leur manque. Peut-être que grâce à nous, ils prendront part à la révolte. La guerre risque d’être longue et sanguinaire. Il y aura beaucoup de perte et de cela, on ne peut pas s’en réjouir. Mais la liberté n’a pas de prix. Je suis prête à mourir pour elle. Pour sauver la race humaine. Ma race !

Vérifier mes armes me prend à peine quelques secondes. Hélas, on ne peut pas se pointer avec des mitrailleuses ou des arcs. Un petit couteau est savamment caché dans la ceinture de ma robe et un flingue et accroché à ma cuisse grâce à une jarretière. Jarretière, qui au passage, me rend folle tant elle gratte. Je me demande comment certaines femmes peuvent supporter cela au quotidien. Il paraît que ces bouts de dentelle plaisent particulièrement aux hommes. Heureusement que Thomas ne s’y intéresse pas. En parlant de Thomas… Il se conduit de façon étrange depuis le matin et se tient à l’écart. Pas une seule fois il ne m’a adressé la parole.

Alors que mes compagnes s’éloignent pour discuter avec leur chef et faire leurs adieux, je reste dans mon coin. Maxime hoche la tête dans ma direction. Je suppose que c’est sa manière de me souhaiter bonne chance. Son comportement ne m’étonne pas, après tout, nous n’avons jamais été proches. Je ne suis pas stupide, même s’il a gardé le silence quand Thomas a annoncé qu’on aménageait ensemble, j’ai très bien compris qu’il n’appréciait que moyennement. Il se méfie de moi. Son attitude est parfois vexante. Après tout, je ne lui ai jamais donné aucune raison pour qu’il en soit ainsi. J’ai été placé chez un couple très gentil, peu de temps après ma naissance. J’ai été une fille obéissante. Je me suis prêtée à toutes leurs exigences. J’ai pris toutes mes vitamines consciencieusement et j’ai été une élève appliquée, avec mon instructeur ou mes professeurs. Et pourtant, il ne m’a jamais traitée comme les autres.

— Tout va bien ? me demande Thomas.

— Oui.

— Je suis fier de toi, Tamara. Tout le monde l’est. Reviens-nous entière.

— Je ferai de mon mieux.

Il ouvre la bouche pour parler et la referme aussitôt. Son regard se détourne quelques secondes, mais j’ai le temps d’y apercevoir une lueur qui me laisse perplexe. Ai-je rêvé ou a-t-il réellement semblé coupable ? Se sent-il responsable ? De quoi ? Ce n’est pas lui qui a décidé de m’envoyer tuer Anakim. Quand il me fixe de nouveau, la culpabilité a laissé place à autre chose, si bien que je demande si je ne l’ai pas imaginée. La tension m’empêche de réfléchir, alors je préfère ne pas chercher à comprendre.

Thomas enroule les bras autour de moi et pose le front contre le mien.

— Ne les laisse pas te capturer vivante. Accomplis ta mission et fuis, mais s’ils t’attrapent…

— Es-tu en train de suggérer que je devrais me supprimer ?

— J’espère que ce ne sera pas nécessaire, mais s’ils te prennent, oui, tu dois te suicider. Il en va de notre sécurité. Ils te tortureront, Tamara. Ce sont des monstres, ne l’oublie pas. Ils t’arracheront chaque parole en t’infligeant les pires sévices. Tu ne dois pas parler pour protéger les insurgés et le seul moyen d’y parvenir…

— OK ! dis-je d’un ton sec. J’ai pigé.

Thomas s’inquiète pour la communauté, je peux le comprendre, mais qui se soucie de moi ? Tandis que des pensées négatives s’infiltrent dans mon esprit, Thomas effleure ma joue avant de rejoindre son père. Je n’espérais pas une grande déclaration ou des effusions débordantes, mais tout de même ! À croire que ma mort éventuelle, ou devrais-je dire probable, le laisse indifférent. M’en veut-il à cause de cette nuit ? A-t-il compris que je ne dormais pas ? La voix de Maxime me ramène au présent.

— Très bien ! lance-t-il. Mettez-vous en file indienne, on va vous attacher.

Didier approche avec une grande corde. Nos poignets sont liés. La corde devient un fil unique qui nous relie les unes aux autres. Mon instinct me pousse à me débattre pour me libérer. Je dois me concentrer sur ma respiration pour conserver mon calme. Après un dernier regard, notre petit groupe s’éloigne, avec Didier à sa tête.

Nous rejoignons la grande route qui mène à la cité. Il n’y a jamais eu autant d’animation. Ce soir aura lieu le gala de fermeture et tout le monde espère pouvoir y participer. Plus nous approchons et plus la chaussée se remplit. La soirée clôturera la réunion des chefs des nations. Une immense fête est donnée pour l’occasion et tous les Annunakis de la région y assisteront. Je fais le vide dans mon esprit. Je ne suis plus Tamara, la jeune insurgée de dix-neuf ans, mais Tamara la guerrière, tueuse de sang-froid. J’ai déjà assassiné des faux Dieux lors de raid pour voler des armes et de la nourriture. Je sais les combattre. Abattre Anakim sera plus compliqué, car il est l’un des plus puissants de sa race et l’erreur n’est pas acceptable.

À la grille, un membre de la garde contrôle nos papiers. C’est bien la preuve que la soirée revêt une importance particulière, d’habitude, ils ne se donnent pas autant de peine. L’agent nous examine avec attention. Ses lèvres s’étirent en un rictus effrayant.

— Je finis à l’aube, alors si leur état le permet, amène-les dans la loge, quand les autres se seront lassés, dit-il en montrant une maisonnette qui se trouve un peu plus loin.

— Ces filles sont une offrande aux chefs. Mon maître me tuerait si…

— Ton prix sera le mien, coupe le garde. Ton maître n’est pas obligé de l’apprendre et si les esclaves sont gentilles avec nous, nous les rétribuerons généreusement.

Enfoiré ! Je serre les dents pour retenir les insultes qui ne demandent qu’à jaillir. Son regard me donne envie de vomir. Un autre cerbère s’est approché, les yeux fixés, sur la poitrine à peine recouverte, de la rousse.

— Très bien. Nous en discuterons un peu plus tard. En attendant, mieux vaut se dépêcher.

— Allez-y. À plus tard, les jolies.

La main du garde atterrit sur les fesses de Lola, qui pousse un petit cri de surprise. L’Annunaki éclate de rire et la pince. La jeune femme se tend, prête à attaquer. Si elle passe à l’acte, nous serons mortes avant même d’arriver dans la grande salle. Je feins de trébucher et lui glisse quelques mots à l’oreille. Lola se reprend. Je respire de nouveau.

— Avancez avant que je vous donne du bâton ! menace Didier en tirant sur la corde dont il tient l’extrémité. Marie fait semblant de pleurnicher tandis que Nadia supplie notre sous-maître. Quant à moi, je me contente de baisser la tête. Ma patience a atteint ses limites et si les gardiens ricanent encore, je risque de leur sauter à la gorge.

Nous traversons les pelouses du château. De la musique nous parvient. Des rires aussi. Autour de nous, les faux Dieu étalent leur joie et leur excitation. Les Annunakis organisent régulièrement des fêtes, mais celle-ci est exceptionnelle.

Devant l’entrée, nous devons attendre. La foule est dense. Une fois de plus, nos autorisations sont contrôlées, puis on nous pousse dans une sorte de galerie destinée aux non-invités. Des captifs s’entassent dans la chaleur étouffante. Certains travaillent, d’autres espèrent pouvoir accéder à la grande salle. Je remarque de nombreuses filles habillées de façon légère. Certainement des esclaves sexuelles. Merde ! Comment n’y ai-je pas réfléchi ! Et s’ils ne nous choisissent pas ? S’ils préfèrent la compagnie des autres ? Didier, qui paraît avoir lu dans mes pensées, m’adresse un signe discret. Son regard passe des femmes à moi et sa tête tourne légèrement de gauche à droite. Il a l’air sûr de lui, ou plutôt de nous. Rassurée, je ferme les yeux et patiente.

Il me semble que nous attendons dans cet étroit corridor depuis des heures, lorsqu’on nous ordonne enfin d’avancer. Il fait une chaleur insoutenable et mes pieds m’élancent douloureusement. L’esclave qui nous escorte, emprunte un autre couloir et ouvre une double porte. Nous débouchons directement sur une immense salle. Éblouie par les lumières, il me faut quelques secondes pour adapter ma vue. De grands lustres illuminent la pièce aux proportions gigantesques. Des bougies brûlent sur les tables remplies de nourriture et de bouteilles de vin. Tout au fond, un orchestre joue tandis qu’au centre des gens dansent. La plupart appartiennent à la race des Annunakis. Il y a quelques esclaves, de sexe masculin, mais surtout des femmes. Elles portent des robes de bal et des tas de bijoux ostentatoires. J’ai entendu dire que certains faux Dieu s’étaient unis à des humaines. Même si cela reste exceptionnel, cela signifie un engagement à vie. L’humaine liée n’est plus considérée comme une esclave, mais comme l’égale de son compagnon. Certaines rumeurs prétendent que durant le rituel, ils effectuent un partage de sang et qu’à cause de cela, l’épouse cesse de vieillir. Grâce au ciel, les naissances sont devenues illégales. Les bébés viennent au monde avec de grosses malformations, si bien que la fécondation entre espèces a fini par être interdite. Les Annunakis sont stériles jusqu’à ce qu’ils s’unissent, mais lorsqu’un faux Dieu échange les vœux avec une humaine, la cérémonie ne va pas jusqu’à son terme. De ce fait, leurs liens sont officiels, mais la procréation impossible. De toute façon, ce n’est pas comme s’ils avaient besoin de se reproduire. Quand la Terre et Nibiru se sont de nouveau rapprochées, d’autres Annunakis ont débarqué. Certains sont repartis après avoir chargé de l’or et des métaux, d’autres ont intégré l’une des cités. Depuis, les voyages sont devenus courants, car par je ne sais quels procédés, ils sont parvenus à aimanter nos deux planètes pour qu’elles ne s’éloignent plus et à créer une passerelle. Les femelles Annunakis restent rarement et en général elles n’aiment pas se mêler aux humains. Pourtant, ce soir beaucoup sont présentes. Plus belles les unes que les autres.

Un coup sec sur la corde me ramène à la réalité. Nous marchons jusqu’à l’estrade où se trouvent les chefs des nations.

— Seigneur, dit Didier en se courbant en avant. J’ai là pour vous des offrandes de mon maître qui n’a pas pu venir. Ces charmantes jeunes femmes sont à votre disposition. Elles excellent dans l’art de donner du plaisir.

— Voyez-vous cela ! répond Anakim en se levant.

Son regard est braqué sur moi. Un frisson parcourt mon corps. Mélange de dégoût, de peur et d’excitation. Le plan semble fonctionner ! Je redresse les épaules pour mettre ma poitrine en valeur et esquisse un demi-sourire pour l’aguicher. Constater que je lui plais n’est pas une surprise puisque j’ai été choisi selon des critères bien précis, pourtant mon cœur bat à toute vitesse et mes joues s’échauffent honteusement. En toute honnêteté, Anakim est sublime. La majorité des Annunakis sont blonds aux yeux bleus, mais lui sort du lot. Ses cheveux sont noirs comme la nuit, ses yeux d’un brun intenses. Les autres chefs aussi se démarquent physiquement. Est-ce que ces teintes dépendent de leur rang ? Voilà une chose à laquelle je n’avais jamais pensé jusqu’à présent. Les faux Dieu ont créé les humains et si eux connaissent tout de notre nature, ils restent pour nous un grand mystère. Leur véritable histoire et leurs coutumes nous sont interdites. Tout ce que nous savons, c’est qu’ils ont découvert la Terre il y a plusieurs milliers d’années. Le roi Anu et ses fils Enki et Enlil ont décidé de la coloniser pour pouvoir extraire l’or et le ramener sur Nibiru. Dans quel but ? Nous n’en savons rien. Certaines rumeurs prétendent que leur planète était en train de mourir et notre or a servi à la sauver. Un coup de coude dans le bas du dos m’extirpe de mes pensées.

— Désolée, chuchote Lola.

— J’ai raté quelque chose ?

— Rien d’important. Des blablas assommants.

Ce n’est pas le moment de se disperser ! Je dois rester concentrée sur la mission. Je jette un coup d’œil pour examiner les lieux en détail. Je dénombre cinq fenêtres, dont une porte-fenêtre s’ouvrant sur une terrasse, ainsi qu’une grande entrée principale. Si je ne me trompe pas, elle donne sur une cour arrière. Dès que les chefs auront été éliminés, c’est par là qu’il faudra se diriger pour pouvoir rejoindre la grille la plus proche. Il n’y a aucun garde, aucun Annunaki armé. Cela dit ils n’ont pas besoin de flingue pour nous abattre. Leur vitesse de déplacement et leur force physique jouent en leur faveur. Si on veut avoir une chance de s’en sortir indemne, il faudra profiter du désordre provoqué par leur mort et fuir avant qu’ils bloquent toutes les issues. Satisfaite, je m’intéresse de nouveau à la conversation.

— Nous acceptons votre offrande avec plaisir, lance Anakim en effectuant un geste de la main pour nous inviter à venir sur l’estrade.

Didier nous libère de nos cordes. Nadia à peine atteint le haut des marches qu’un des chefs des nations la tire sur ses genoux. Je suis la seconde à monter. Anakim tend le bras et recourbe l’index pour m’ordonner d’avancer jusqu’à lui. Je prends une grande inspiration et revêts le rôle de l’esclave sexuelle. Soumise et sensuelle, je déambule lentement en roulant des hanches. Ses pupilles se réduisent à deux fentes tandis que ses crocs s’allongent légèrement. Une petite voix dans ma tête me hurle de fuir. La beauté virile d’Anakim a laissé place à la sauvagerie. Je marque un temps d’hésitation avant de le rejoindre.

— Nerveuse ? me demande le faux Dieu lorsque j’arrive à ses côtés.

— Il y a de quoi. Tu es très impressionnant, mon seigneur.

— Plus que ton maître ?

— Bien plus ! gloussé-je comme une sotte.

Du bout des doigts, j’effleure son torse et le sens frémir. Anakim s’empare de ma main, la relève jusqu’à sa bouche et mordille le bout de mes doigts. Il penche la tête sur le côté en me fixant d’une manière étrange. À cet instant, je me souviens qu’il a le pouvoir de m’hypnotiser, alors je détourne les yeux en feignant la timidité. Mes compagnes jouent leur rôle à la perfection. Lola badine, Nadia laisse le chef des nations tripoter sa poitrine plantureuse, Marie est en pleine discussion.

— Viens t’asseoir, ordonne Anakim en prenant place sur son siège.

Je cherche une chaise ou un fauteuil, mais il n’y en a pas. Je m’installe donc sur ses genoux et sursaute en sentant une protubérance appuyer sur mes fesses. Je tente de m’écarter, mais Anakim me ramène contre lui et bouge le bassin.

— Quelque chose me dit qu’on va bien s’amuser. Tu remercieras ton maître de ma part. Quel est son nom, déjà ?

— Rasold, maître de la ville de Manosco.

— Ah ! Ce bon vieux Rasold ! Il a toujours eu des goûts exquis. Et toi, comment t’appelles-tu ?

— Tamara, mon seigneur.

— Tamara, répète-t-il en roulant légèrement le r. Un bien joli prénom pour une belle esclave. Comment se fait-il que je ne t’aie jamais croisé lors de mes visites chez ton maître ?

— Rasold est très possessif. Nous n’avons pas le droit de sortir du harem.

— Je vois. Alors, pourquoi vous envoyer ici, ce soir ?

— C’est à lui qu’il faut poser la question. Il n’a pas pour habitude de se confier ni d’argumenter ses ordres.

— Évidemment. Tu sembles nerveuse, tout va bien ?

— Oui, mon seigneur. C’est juste que… La vie au harem est très calme. Tout ce monde et cette musique…

— Que dirais-tu d’aller faire un tour, histoire d’être un peu seul ? me coupe-t-il.

Chapitre 3





Sans attendre ma réponse, Anakim me soulève et enroule un bras autour de ma taille lorsqu’il me repose sur le sol. Mes muscles se tendent tandis que sa main frôle le couteau. Heureusement, il ne remarque rien et traverse l’estrade en me maintenant contre lui, comme s’il craignait que je disparaisse. À ses côtés, j’ai l’air minuscule. Pourtant, je ne suis pas petite, au contraire, puisque je dépasse Thomas de plusieurs centimètres alors que sa taille dépasse largement la moyenne. Je n’ai pas intérêt à me louper, car dans un combat au corps à corps, il n’aura aucun mal à gagner. Les Annunakis sont redoutables et celui-ci l’est particulièrement. Ses muscles sont aussi durs que de la roche et sa réputation n’est plus à faire. Il n’est pas devenu l’homme le plus puissant de la terre pour rien. Les chefs des quatre nations ont réduit la race humaine à l’état d’esclave ! Et d’après les contes qui circulent, Anakim fut le plus sanguinaire de tous.

Marie et son chef des nations ont disparu, Nadia est en train de suivre le sien à travers la piste de danse. Mon cœur se met à battre à toute vitesse. Tout se joue à partir de maintenant ! Je croise les doigts mentalement pour que tout se déroule comme prévu.

Anakim se dirige vers une petite porte cachée dans un renforcement. Nous débouchons dans un couloir. Ce château ressemble à un vrai labyrinthe ! Le faux Dieu me pousse à l’intérieur d’une pièce sombre et referme derrière nous. La musique résonne, lointaine. Mais seuls les battements erratiques de mon cœur parviennent à mes oreilles. J’inspire lentement en espérant me calmer avant qu’il sente ma nervosité.

— Alors, quelle est ta particularité ?

— Q… quoi ? demandé-je, confuse.

— Les esclaves sexuelles reçoivent toutes une formation où on leur enseigne des pratiques spéciales.

— Oh ! Je…

— Non ! Finalement, ne dis rien. Je préfère garder la surprise.

Sa phrase à peine terminée, je me retrouve plaquée contre le mur. Les lèvres d’Anakim s’écrasent sur les miennes. La stupeur me paralyse. Son baiser devient vorace, exigeant. Rien à voir avec ceux de Thomas qui sont toujours très doux et respectueux. L’étonnement passé, je me force à lui rendre pour ne pas susciter des soupçons. Ma bouche s’ouvre pour accueillir sa langue. Un grondement satisfait jaillit de sa poitrine. Ses doigts glissent sur ma nuque pour me maintenir en place tandis que son grand corps enveloppe le mien. Son sexe tendu frotte langoureusement contre mon ventre. Je m’attendais à devoir lutter pour ne pas trahir mon aversion, mais contre toute attente, mes sens s’éveillent et en réclament davantage. Je n’ai guère d’expérience, Thomas a été mon unique amant, alors les réactions de mon corps me perturbent. Anakim abandonne ma bouche et j’en profite pour reprendre mes esprits. Durant quelques secondes, nos regards restent soudés, nos souffles saccadés s’entremêlent. Il finit pas couper le lien et penche la tête pour embrasser ma gorge. En griffant ma peau fragile, ses crocs m’envoient une décharge de frissons. Ses lèvres descendent vers le renflement de ma poitrine. Je me cambre, bien malgré moi, pour lui donner un meilleur accès. C’est de la folie ! Est-il en train d’utiliser un quelconque pouvoir ? Comment expliquer les réactions de mon corps ? Il est mon ennemi, ma cible. J’exècre ces monstres qui méritent la mort. Bien sûr qu’il utilise un pouvoir ! Cette évidence me remet immédiatement les idées en place.

Sa bouche se situe à présent sur mes seins. Elle happe le téton durci à travers le tissu, le suce, le mordille, pendant que ses doigts écartent la bretelle de ma robe pour libérer ma poitrine. La position dans laquelle se trouve le faux Dieu me donne un accès idéal à son cou. C’est le moment ou jamais. Je dois agir avant que mes sens repartent à la dérive.

Je me cambre de nouveau en gémissant et en profite pour passer le bras droit derrière mon dos. Le couteau récupéré, je me sers de ma main libre pour attraper ses cheveux et plaquer sa tête contre mes seins pour obscurcir sa vue.

— Oui ! Comme ça, ne t’arrête pas, mon seigneur.

En réponse, un nouveau grondement retentit. Une légère douleur me fait sursauter. Quel enfoiré ! Il vient de me mordre ! Même s’ils n’ont pas besoin de s’en nourrir, les Annunakis considèrent le sang humain comme une friandise. La rumeur prétend qu’il serait également un puissant aphrodisiaque comparable à une drogue hallucinogène, mais d’après ce que je constate, Anakim n’en a pas vraiment l’utilité !

Après avoir vérifié qu’il ne peut rien voir, je ramène mon bras armé sur le côté et le passe dans son dos. J’encourage le faux Dieu, le supplie de me lécher, gémis de façon théâtrale tout en restant bien concentrée sur ma mission. Ma main remonte lentement jusqu’à ses épaules. Je lève alors le couteau et…

Une violente douleur m’arrache un cri tandis que la lame s’écrase bruyamment sur le sol. Anakim est toujours collé contre moi. Ses pupilles sont réduites à deux fentes qui rappellent celles d’un lézard. Leur couleur rouge ne présage rien de bon.

Je pousse de toute mes forces sur son torse pour me dégager, mais l’Annunaki ne bouge pas malgré tous mes efforts.

— Tu es surprenante, dit-il d’une voix étrange. Je me demandais quand tu allais passer à l’attaque.

— De quoi parles-tu ? Je ne comprends pas.

— Bien tenté ! Pensais-tu vraiment que tes copines et toi aviez la moindre chance de parvenir à vos fins ? Dès l’instant où vous êtes entrées dans la salle, votre plan est tombé à l’eau. La grande blonde puait la peur et la culpabilité, il n’a pas été difficile de pénétrer son esprit pour connaître vos intentions.

— Alors pourquoi tout ce cirque ? Tu aurais pu nous tuer sur le champ !

— J’aurais pu, mais c’était tellement drôle de vous laisser espérer. Et puis, tu te doutes bien que je vais devoir vous poser quelques questions.

— À quoi bon, puisque tu peux lire dans nos pensées ?

— Pour le jeu. Pour le plaisir. Qui sait ?

— Espèce de connard !

Mon poing part à toute volée et s’écrase sur sa joue. Au même instant, mon genou remonte brusquement et frappe le haut de sa cuisse. Je visais plus haut, mais mon plan fonctionne. Surpris, l’Annunaki recule en poussant un juron et me cède suffisamment d’espace pour bouger. Je m’élance aussitôt hors de la pièce et cours le long du couloir. Je m’enfonce dans le sens opposé pour ne pas retomber sur la grande salle. S’ils savaient ce que nous comptions faire, ils ont dû alerter la garde qui doit surveiller chaque entrée. J’essaie de ne pas penser à mes compagnes. À présent, je suis seule ! Sans ralentir, je me débarrasse de mes chaussures et tente de remonter la robe pour me mouvoir plus facilement. Au bout du corridor, je tourne à gauche, emprunte les escaliers et jette un coup d’œil derrière moi. Anakim me suit. Il ne court pas. Il prend tout son temps en me scrutant tel un prédateur qui joue avec sa proie. Ses lèvres, étirées en un sourire effrayant, laissent apercevoir deux énormes crocs. J’accélère mon allure, ouvre une porte et déboule sur une pièce vide. Je me précipite vers la fenêtre qui est entrebâillée. Au moins deux mètres me séparent du sol, mais une chute de cette hauteur vaut toujours mieux que de se retrouver entre les griffes du monstre.

Hélas ! Au moment où j’enjambe le rebord, une main empoigne mes cheveux et me ramène brusquement à l’intérieur. Je pousse un cri de douleur et frappe son poignet pour lui faire lâcher prise. Au lieu de cela, il serre plus fort et me traîne à travers la pièce.

— J’adore la chasse, mais je n’ai pas le temps de jouer. Un discours m’attend. Alors si tu veux bien, on remet cela à plus tard.

— Va te faire foutre ! hurlé-je en me démenant de plus belle.

Les paroles de Thomas me reviennent en mémoire. Il a raison, je dois mourir pour ne pas trahir mon clan. Je cesse de me débattre et parviens à récupérer mon arme. Je la dirige aussitôt contre ma tempe avant de tirer. Pas de détonation, pas de douleur. Je suis là, indemne, ne comprenant pas pourquoi cela n’a pas marché. Pourquoi le coup de feu n’est-il pas parti ? Un gémissement m’échappe. C’est quoi ce bordel ? J’ai testé cette arme pas plus tard que ce matin et tout fonctionnait ! Je suis sur le point d’appuyer une seconde fois sur la gâchette quand Anakim m’arrache le pistolet et le jette au loin.

— Pas question, ma jolie !

Je me débats de nouveau et pousse un hurlement quand il me soulève pour me charger sur son épaule. J’ai beau le frapper avec mes poings, les pieds et même ma tête, rien ne semble le perturber. Anakim me porte à travers le château. Il descend des escaliers et nous nous retrouvons dans un lieu sombre qui sent la pourriture et l’urine. Des cellules sont alignées. Certaines sont vides, d’autres non. Des plaintes s’échappent, se mêlent aux pleurs. Mon corps se met à trembler sans que je puisse l’en empêcher.

L’Annunaki pénètre dans l’une des geôles et me pose sur le sol avec une surprenante délicatesse. Je m’écarte aussitôt, fonce vers la sortie et percute un gardien de plein fouet. Le choc me renvoie à l’intérieur, mais je réussis à retrouver l’équilibre et m’élance de nouveau, prête à me battre jusqu’à mon dernier souffle.

— Quelle sauvage ! ricane-t-il.

— C’est peu de le dire, répond Anakim.

Je parviens à le frapper, mais le garde me repousse durement. Je tombe en arrière et atterris sur mon derrière. La douleur me fait grimacer. Alors que je me redresse, j’aperçois une tignasse rousse sur ma droite. Anéantie, je découvre qu’elle n’est pas seule. Lola, Marie et Didier sont également présents. Ce dernier est enchaîné. Son visage est parsemé d’ecchymoses, son bras gauche forme un angle bizarre. Une plaie béante au ventre laisse écouler une grande quantité de sang. Je détourne mon attention pour observer mes compagnes d’infortune. Elles sont effrayées, mais ne semblent pas avoir été violentées. Pas encore.

— Jolie prise ! lance une voix.

Je me retourne d’un bond et distingue un troisième Annunaki. Il endosse un costume luxueux et tient un verre qu’il porte à ses lèvres pour siroter un liquide rouge. Mon regard va de l’inconnu à Anakim. En dehors de la couleur de leurs cheveux et de leurs yeux, ils se ressemblent beaucoup. Ils ont la même mâchoire carrée, le même nez légèrement épaté, ainsi qu’une fossette sur le menton. Ce doit être Elohan, son frère. De ce que j’en sais, c’est l’homme de main de la cité. Celui qui châtie, torture, et ce, avec le plus grand plaisir. Son nom à lui seul fait trembler la terre. Il avance dans la cellule, jette son verre sur le sol et s’arrête devant moi.

— Tout à fait ton genre. Elle aurait pu réussir si elle n’avait pas été trahie.

— Es-tu en train de me sous-estimer ? Ce n’est qu’une humaine faible et fragile. Elle a certes de bons appâts, mais il m’en faut bien plus pour abattre mes défenses. Leur petite rébellion était vouée à l’échec.

— Voyons voir ce qui se cache dans cette jolie petite tête, lance Elohan en pinçant ma mâchoire entre son pouce et son index.

Je détourne le regard pour ne pas être hypnotisée et me concentre sur une chanson idiote pour l’empêcher d’accéder à mes pensées.

— Merde, alors ! reprend-il après quelques secondes de silence. Tu avais raison. Très intéressant.

L’homme se penche sur moi, tandis que je cherche à comprendre le sens de ses paroles, et me flaire longuement. Perplexe, je reste sans bouger. Mon cœur bat la chamade. Une sueur froide coule dans mon dos. Il me relâche et me renifle une dernière fois avant de s’écarter.

Les deux Annunakis semblent se lancer dans une discussion mentale. La télépathie fait partie de leurs capacités. J’en profite pour rejoindre mes compagnes qui se tiennent dans un coin de la cellule.

— Je suis vraiment désolée, pleure Marie. Tout est de ma faute.

Lola lui caresse le dos d’un geste réconfortant. Nadia, assise sur le sol, a remonté ses jambes contre sa poitrine et nous fusille du regard.

— Tout est foutu ! Nos espoirs réduits en fumée. Tout cela à cause d’une idiote qui n’a pas su cacher ses émotions ! Si tu es la meilleure combattante de ton groupe, alors je suis curieuse de connaître les autres. Quelle…

— C’est bon ! la coupé-je. Les insultes et accusations en tout genre ne nous aideront pas à sortir de là. Il nous faut un plan. Avez-vous encore vos armes sur vous ? dis-je en chuchotant.

Mes compagnes secouent la tête. Je pousse un soupir fataliste. Cette fois, c’est définitivement foutu. Même si nous sommes supérieures en nombre, nous n’avons aucune chance face à ces monstres. Je jette un coup d’œil à Didier. Sa respiration devient sifflante, un filet de sang s’échappe de sa bouche, ses paupières sont tellement enflées qu’elles restent fermées. J’espère pour lui qu’il est inconscient. Sans être soigneuse, il n’est pas difficile à comprendre qu’il n’en a plus pour longtemps. Je n’ose imaginer ce qu’il a subi et la douleur que doit provoquer la plaie. Une agonie que je ne souhaite à personne.

Des hurlements me tirent de mes pensées. Elohan a entraîné Marie au centre de la cellule. Il se tient derrière elle et la maintient contre son torse. Je fais un pas en avant pour lui venir en aide, mais le monstre enroule les doigts autour de sa gorge et me défie d’attaquer. Anakim, les bras croisés sur sa poitrine, est appuyé contre la grille. Même si je parviens à atteindre son frère, aucune chance pour que nous puissions fuir. Je jette tout de même un coup d’œil rapide aux deux autres guerrières. Lola semble au bord de l’évanouissement, quant à Nadia, elle n’a pas l’air de vouloir tenter quoi que ce soit. Merde ! Voilà pourquoi le conseil aurait dû envoyer les membres d’un seul clan. Il n’y aurait eu ni crise de panique, ni faiblesse, ni abandon ! Nous aurions attaqué dans un même ensemble sans avoir besoin de nous concerter. Nous aurions agi dans la seconde. À présent, il est trop tard ! Je maudis le conseil et leur stupide décision.

— Bien ! Passons aux choses sérieuses. Qui vous envoie ? demande Elohan.

— Tu devrais le savoir puisque tu lis dans nos esprits. À moins que ce soit des conneries, ironise Nadia. Les petits lézards ne sont peut-être pas aussi puissants qu’ils le prétendent.

— Fais la maligne. Profites-en bien parce que quelque chose me dit que cela ne durera pas. Tu es capable de bloquer tes pensées pour l’instant, mais on verra bien ce qu’il en est sous la torture. Voilà ce qu’il va se passer, soit vous répondez à nos questions et nous vous offrons une mort rapide, soit vous vous obstinez et nous trouverons le moyen de vous faire parler. Ce sera long. Très douloureux ! Mais le résultat sera identique. Alors ?

Nadia crache sur le sol tandis que Lola et moi gardons le silence. Seuls les sanglots de Marie retentissent. Nadia a raison, si c’est leur meilleure guerrière, je ne donne pas cher de son clan. À l’heure qu’il est, une patrouille doit être déjà en route pour les anéantir. Mon cœur se serre à cette idée. Nous avons échoué et maintenant de nombreux innocents vont périr, car même si nous refusons de trahir nos groupes, nul doute qu’ils finiront par obtenir ce qu’ils souhaitent.

— Je vois… Dernière chance, mesdames.

— Pitié ! supplie Marie. Je vous dirais tout ce que je sais. Je ferais tout ce que vous désirez ! Je ne voulais pas venir, ils m’ont obligée ! S’il vous plaît, je…

— Chuuut ! Calme-toi, ma belle. Mes menaces ne te concernent pas. Tu as été une brave petite.

Elohan caresse les cheveux de Marie pour l’apaiser. Ses doigts glissent sur sa peau nue, descendent le long de l’épaule, puis remontent. Marie sanglote toujours, mais ne tremble plus. Alors que personne ne s’y attend, Elohan exécute un geste rapide. Un son étrange sort de la bouche de l’humaine. Quand le bras du faux Dieu retombe, un liquide écarlate jaillit de la gorge de la jeune femme.

Tétanisée, je regarde Marie qui s’étouffe. Une plaie traverse de part en part son cou, dévoilant ses organes. Mon estomac se tord dans tous sens. Lola se précipite vers elle et la rattrape quand elle s’écroule. Elle pose les paumes sur la blessure, mais le flot d’hémoglobine continue à se répandre en jets. Le corps de Marie convulse une dernière fois avant de retomber. Inerte. Ses yeux grands ouverts laissent entrevoir l’horreur.

— Nos invités nous attendent, alors nous vous offrons un délai de réflexion.

Sans cesser de nous regarder, Elohan lève la main et lèche le sang qui dégouline de ses griffes acérées. Des griffes qui lui ont permis d’égorger Marie avec une facilité déconcertante.

Les deux Annunakis quittent la cellule en discutant à voix haute. Je me laisse tomber sur le sol, le dos appuyé contre le mur crasseux.

— Qu’allons-nous faire ? demande Lola en pleurant.

— Souffrir, ne puis-je m’empêcher de rétorquer.

— Je ne peux pas. Je ne suis pas assez forte.

— Si tu parles, tu condamnes ton clan. Tu n’as pas le choix ! Il faut tenir bon pour eux.

— Ils finiront par obtenir nos aveux, de toute manière ! répond Lola au bord de la panique. Alors, pourquoi attendre ? Pourquoi ne pas leur dire la vérité ?

— Parce que tu es une guerrière ! crache Nadia.

— Tu te trompes ! Je ne suis pas comme vous, je ne sais pas me battre.

— Quoi ? Qu’est-ce que tu racontes ?

— Mais regarde-moi ! Ai-je l’air de quelqu’un qui a suivi un entraînement ? Ils ne m’ont pas laissé le choix, c’était cela ou l’exil pour toute ma famille.

— Merde ! Nous n’avions aucune chance ! Quelle bande d’abrutis ! Ils nous ont condamnées ! Pourquoi ont-ils fait cela ? Pourquoi t’avoir sélectionnée ?

— Parce que je suis tombée amoureuse de la mauvaise personne. La femme de notre chef voulait se venger. C’est elle qui lui a mis cette idée en tête. Il a d’abord refusé, mais…

— Tu te tapais ton chef ? demande Nadia entre rire et stupéfaction.

Lola ne répond pas, ce n’est pas la peine, ses joues rougies suffisent. Génial ! Une guerrière nullissime qui nous trahit dès son entrée, une amante punie… je fixe la rouquine pour attendre la suite, mais elle garde le silence. Nadia a raison, nous n’avions aucune chance. Quelle bande d’idiots ! La décision du conseil est incompréhensible. Comment ont-ils pu organiser cette attaque sans prendre toutes les mesures ? Ils ont agi comme des amateurs. Et à cause d’eux, tous les insurgés sont en danger. Dès que nous aurons parlé, parce que cela ne fait aucun doute, notre communauté sera anéantie ! Ont-ils seulement prévu en plan de secours ?

Les heures défilent lentement. Nadia semble dormir. Sa personnalité me laisse perplexe. Elle paraît sereine, un peu trop, vu notre situation. A-t-elle une idée en tête ? A-t-elle baissé les bras ? Lola observe un point droit devant elle en se balançant d’avant en arrière. Didier a poussé son dernier soupir peu après Marie. Nous avons tiré leurs corps dans le coin opposé. Qui sait combien ce temps ils vont nous laisser là, en compagnie de deux cadavres. Pour la centième fois, je fais le tour de la cellule. Marcher m’empêche de devenir folle. L’eau s’infiltre de partout. Mes vêtements sont humides, ma peau est collante. Il n’y a aucun moyen de s’évader, aucune solution à part peut-être nous entre-tuer, mais je doute que mes compagnes accueillent cette suggestion avec enthousiasme.

Je suis presque revenue à mon point de départ quand plusieurs gardiens surgissent. La grille rouillée grince lorsqu’ils ouvrent. Nadia se redresse d’un bond. Comme elle, je me mets en position de défense. Les gardes ricanent en nous voyant.

— Je vous déconseille de tenter quoi que ce soit, dit l’un d’entre eux. Suivez-nous sans faire d’histoire.

— Et tu ne veux pas que je te suce aussi ? répond Nadia. Tu me veux ? Viens me chercher !

Mais à quoi joue-t-elle ? Les énerver ne servira qu’à… Mais oui ! Nadia le provoque en espérant qu’il perde le contrôle. C’est malin ! Soit elle parvient à se sauver, soit elle succombe sous leurs coups. Ainsi elle échappera à l’interrogatoire. Sans quitter les gardes des yeux, je me rapproche d’elle. Nous combattrons ensemble. Nous mourrons ensemble.

— Le sucer, dis-je. Je suis sûre qu’il en a une trop petite. Regarde-le, il joue au plus fort devant nous, mais clairement, il n’a rien dans le pantalon.

— Ouais, t’as raison.

La provocation fonctionne au-delà de nos espérances. Fou de rage, le garde se jette sur nous. Nous parvenons à contrer les premiers coups et même à en donner quelques un, ce qui accroît sa colère. Nadia se moque, lance des insultes vexantes aux autres Annunakis qui ne tardent pas à rejoindre leur camarade. Le combat est violent, mais ils s’imposent rapidement. L’un d’entre eux réussit à m’atteindre. Son poing percute ma mâchoire et m’envoie plusieurs mètres derrière. Le souffle coupé, je tente de reprendre mes esprits, mais mes jambes cèdent et je m’écroule sur le sol.

— C’est tout ce que tu sais faire ? le provoqué-je. Pas étonnant que tu sois un simple garde. Tu frappes comme une fillette !

— Tu vas voir qui est la fillette ! menace-t-il en fonçant sur moi.

Son visage n’a plus rien d’humain, ses doigts se transforment en griffes. Je ferme les yeux pour accueillir le coup qui, j’en suis certaine, mettra un terme à ma vie. Hélas, une voix tonitruante retentit et l’Annunaki recule au lieu de m’égorger.

— C’est quoi ce bordel ! On vous a dit de les amener dans la grande salle. Pas de les massacrer !

Le lézard m’attrape le bras et me soulève. Je tente de me débattre, mais mes réflexes sont trop lents. Il me traîne sans mal hors de la cellule. Celui qui a parlé est vêtu d’un costume. Il s’écarte pour nous laisser passer. Je remarque alors que Lola n’est plus là. A-t-elle profité de l’inattention des gardes pour s’enfuir ? Un soupçon d’espoir jaillit. Si c’est le cas, elle pourra retourner au point de rendez-vous et prévenir nos clans. Tout n’est peut-être pas perdu. Nadia, qui a dû en arriver à la même conclusion, esquisse un sourire malgré son œil enflé et son nez qui saigne. Les gardes ne sont pas mieux que nous. Même s’ils guérissent plus vites et sont moins sensibles à la douleur, voir des bleus parsemer leur visage, me donne envie de rire.


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