Excerpt for Enfants de la Lune 2. Sunrise by , available in its entirety at Smashwords

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ENFANTS DE LA LUNE

Tome 2 : SUNRISE









Sg HORIZONS



Copyright © 2017 Sg HORIZONS

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ISBN: 979-10-92586-09-1











« loi n° 49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse, modifiée par la loi n° 2011-525 du 17 mai 2011 »

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Résumé du tome 1 : SUNSET



Elynn Harper, 17 ans, vit à Revelstoke, une petite ville dans les Rocheuses canadiennes. Elle a découvert qu’elle n’était pas comme les autres. Chaque nuit de pleine lune, son âme s’élève et quitte son corps pour intégrer celui de sa louve. Elle rejoint les autres loups également habités par l’âme de garçons qui deviennent ses amis. Seulement, cette situation exige qu’elle soit une Alpha, la femelle dominante de la meute, et qu’à ce titre, elle devienne la compagne de Dasan, l’homme ténébreux dont son loup est l’Alpha mâle.

Or, Elynn refuse de se plier à ce que réclame la partie sauvage de son âme, conséquence de son imprégnation avec son animal. D’autant plus que la jeune fille ne peut aimer un homme aussi froid, orgueilleux et insensible que l’est Dasan. Chaque rencontre se finit irrémédiablement en confrontations et disputes. Pourtant, la jeune femme ne peut nier l’attirance irrésistible qu’elle éprouve pour lui. Les changements intervenus en elle ont poussé ses amies à se détourner d’elle. Elynn est devenue ambitieuse et possède une confiance en elle qu’elle n’avait pas avant. Sans cela, elle n’aurait pu se retrouver seule en pleine forêt pour tenter de secourir sa louve blessée par sa faute. Cet événement lui a fait prendre conscience de la puissance du lien qui l’a liée à sa louve et lui a permis de rencontrer Adam, un homme capable comme elle de posséder le corps d’un animal : un ours. Une histoire d’amour naît entre lui et Elynn, allant à l’encontre de ce que souhaite la partie sauvage de son âme.

La jeune femme doit affronter la jalousie de Dasan lorsqu’il est informé de cette relation. Elynn prend alors une grande décision, celle de quitter la meute qui l’avait accueillie et de mener sa propre meute dont son meilleur ami, Lansa, le frère de Dasan, est le nouveau membre.

1 – Appréhension



Je marchais de long en large dans ma chambre, ne cessant de me tordre les doigts de nervosité. Je m’arrêtai pour jeter un coup d’œil vers la fenêtre. La pleine lune était toujours là, bien ronde et lumineuse. J’avais compté chaque jour qui s’était écoulé depuis la précédente, ce matin-là où ma vie avait à nouveau basculé.

— Non, grondai-je. C’est moi qui ai pris la décision de partir.

Ce n’était pas le premier rappel à l’ordre que je m’imposais, mais cela me rassurait peu de savoir que j’étais seule responsable de mon départ du groupe. Avais-je eu vraiment le choix face à la dispute – si on pouvait appeler cela une dispute – qui avait alors éclaté lorsque Dasan avait appris que j’avais un petit ami ?

— Tout va bien se passer.

Je me tournai vers le petit ami en question qui venait de dire cela. Combien de fois avait-il prononcé cette phrase en un mois : cinquante fois ? Une centaine ? Il semblait si calme, assis là sur mon lit. J’avais été surprise de le voir apparaître à ma fenêtre quelques minutes plus tôt. Bien que cette dernière soit ouverte, il avait attendu que je lui donne la permission d’entrer pour se glisser à l’intérieur. Sans un mot, il avait observé la chambre – c’était la première fois qu’il y venait –, avant que je ne l’invite à s’assoir sur le lit. Il n’en avait pas bougé depuis, alors que moi, je faisais les cent pas devant lui. Son arrivée m’avait distraite un instant avant que l’inquiétude ne revienne. J’avais de quoi être nerveuse. J’allais retrouver ma louve pour la première fois depuis que j’avais pris la décision de quitter le groupe, et donc la meute. Cela ne m’affectait même pas qu’Adam me voie en short et t-shirt, sans même un gloss pour rehausser mes lèvres. Depuis que nous étions ensemble, je prenais soin de paraître à mon plus bel avantage, n’hésitant plus à utiliser du maquillage, moi qui y avais eu peu recours jusqu’ici, si ce n’est du mascara et du gloss sur les lèvres.

— Peut-être qu’elle est déjà partie ? grimaçai-je.

Cette question-là, je l’avais posée au moins une vingtaine de fois. J’espérais une réponse positive, m’évitant ainsi de devoir convaincre ma louve de quitter sa meute, ou pire, d’entrer en conflit avec elle si elle refusait de partir. Que se passerait-il ensuite ? Cela allait-il marquer la fin de cette extraordinaire aventure que je vivais depuis presque un an ? Allais-je la perdre si on était en désaccord ? Je ne pouvais rester dans la meute de Dasan, pas après ce qui s’était passé un mois plus tôt. Je ne l’avais pas revu depuis, comme Lansa d’ailleurs. Il était retourné à Kamloops sur le campus que j’allais intégrer le mois suivant. Je secouai les mains, tentant de refouler tout ce stress qui me tordait le ventre. Adam se leva, vint à ma rencontre et prit mes mains dans les siennes. Je levai la tête vers lui, plongeai mon regard dans le sien si bleu, si calme.

— J’ai peur, finis-je par avouer.

« Voilà ! Je l’ai dit. »

— Tout s...

— Ah non ! le rouspétai-je. Si tu me dis encore une fois que tout va bien se passer, je t’étouffe avec... ce coussin.

J’accompagnai ma menace d’un mouvement de main vers l’arme dont j’étais prête à user contre lui.

— Un coussin ? Je serais curieux de voir ça.

Il souriait. J’aimais ce sourire qui avait le don de me faire oublier en un instant toute contrariété que je pouvais éprouver. Avec un cri rageur, je lui sautai dessus. Surpris, il bascula en arrière et tomba sur mon lit. Juchée sur lui, je n’attendis pas qu’il se remette de sa surprise. Je plaquai ledit coussin que je venais d’attraper sur son visage. Au vu de son gabarit, il aurait pu aisément se dégager de ma prise, au lieu de cela, il préféra user d’une autre approche : les chatouilles. Je me mis à rire avant qu’une main se plaque sur ma bouche et bloque mon rire. J’avais moi aussi entendu au rez-de-chaussée le déplacement de mon père qui avait quitté son fauteuil pour se diriger vers l’escalier, visiblement surpris par mon éclat de rire. Figés, Adam et moi attendîmes qu’il retourne à sa place avant de bouger à nouveau, lui, retirant sa main de ma bouche, et moi, dégageant le coussin de son visage. Lorsque je pus le regarder, je vis de la contrariété sur son visage. Mon sourire s’effaça.

— Quoi ? soufflai-je. Pourquoi tu fais cette tête ?

— Il aurait pu nous surprendre, Elynn.

Je levai les yeux au ciel. J’avais très vite réalisé à quel point Adam pouvait être vieux jeu. Il y avait du bon à cela, comme lorsque sa galanterie me donnait l’impression d’être une lady d’autrefois. Mais il y avait aussi des désavantages, quand il refusait de m’embrasser en public, ou encore quand il préférait que l’on attende le bon moment pour coucher enfin ensemble. Pourtant, j’étais plus que prête. Adam me plaisait énormément avec ses 1,90 mètres, ses cheveux blonds en bataille et ses yeux bleus. Ceux-ci étaient un peu trop enfoncés pour le rendre véritablement beau, mais moi, je trouvais que cela lui donnait plus de charisme. Et puis, il y avait son corps. Je me baissai davantage vers lui, me laissant aller à caresser son large torse. Il arrêta mon geste de ses mains comme de ses mots :

— Je ne suis pas venu pour ça.

— Tu es venu pour me rassurer, non ?

Lui plus qu’un autre avait été témoin de mon anxiété grandissante. Lansa avait été également présent. Lui aussi avait décidé de quitter notre bande pour me suivre, mais également, pour pouvoir s’éloigner de son propre frère qui le traitait comme un Bêta, à savoir, le souffre-douleur de la meute. Cela avait été un véritablement soulagement de ne pas me savoir seule. Puis, Matthew et son frère Ethan avaient fait le choix de nous rejoindre à leur tour, se sentant bien mieux avec moi qu’avec Dasan, m’avaient-ils expliqué. Bien que vivant à deux heures de Revelstoke, cela ne l’empêchait pas de faire peser sur eux une présence constante et sévère. Lansa et moi n’étions pas les seuls à vouloir échapper à l’autorité de Dasan. Je n’avais pu décemment refuser à Matthew de nous rejoindre, sa décision intervenant juste avant que lui aussi n’emménage sur le même campus que Dasan à Kamloops. Quant à Ethan, il allait là où allait son grand frère. Et puis, j’étais attachée à ces deux garçons. Ils faisaient partie de ma famille, famille qu’il me fallait à présent diriger. Cela aussi me causait bien du souci. Je n’avais jamais été responsable d’une autre personne que moi-même, alors les guider ! En prenant cette décision, jamais je n’aurais pensé devoir endosser le rôle d’Alpha ; pourtant, tous trois avaient exprimé de façon claire que je l’étais et plutôt deux fois qu’une. J’aurais aimé refuser d’être leur chef, l’ancienne Elynn aurait agi ainsi, mais je n’étais plus cette Elynn. J’avais donc accepté d’assumer le rôle d’Alpha, celui d’un dominant, c’est ce que j’étais et puis, j’avais à cœur de protéger les deux frères et surtout Lansa de qui j’étais très proche et qui avait déjà tant souffert même s’il n’en parlait pas. Non. Ils avaient mis tous trois leur confiance en moi, il était hors de question que je les  laisse tomber, que je les trahisse.

Cela ne m’empêchait pas pour autant d’être inquiète. Après tout, comment pouvait-on être un Alpha ? Un bon Alpha ?

J’avais passé ce mois de juillet entre le sentiment grisant de liberté, loin de l’influence de Dasan, à vivre pleinement mon histoire d’amour naissant avec Adam, et l’appréhension de vouloir bien faire vis-à-vis de mes trois amis, sans parler du moment où je retrouverais ma louve. Ce moment-là, j’avais bien conscience de le retarder. Peut-être que je n’étais pas aussi courageuse que je le pensais.

Je posai mes lèvres sur celle d’Adam. J’étais toujours juchée sur lui, mais très vite, il mit fin à ce baiser, me ramenant à la réalité :

— Tu dois faire face, Elynn. Retrouve au plus vite ta louve, car Dasan ne va pas se gêner pour rejoindre son loup. Et peut-être va-t-il tenter de convaincre ta louve de les choisir eux plutôt que toi.

Il venait de me rappeler l’une de mes inquiétudes. Je ne devais pas sous-estimer Dasan, qui bien qu’il soit resté à distance, pouvait se montrer cruel. Il suffisait de voir la façon dont il avait traité son jeune frère, ces dernières années. Je soupirai avant de me lever. Tel un rituel, je récupérai un élastique sur ma commode pour me nouer les cheveux en un chignon lâche. Puis, je mis de la crème pour les mains et tout en l’appliquant, je me dirigeai vers la porte afin d’éteindre le plafonnier. La seule source de lumière provenait à présent de l’extérieur, les rideaux et fenêtres étaient ouverts en raison de la période estivale. La région montagneuse dans laquelle nous vivions nous fournissait des nuits d’été agréablement fraîches.

— Tu ne te couches pas ? demandai-je à Adam, large silhouette assise sur le bord du lit. Et voyant qu’il ne bougeait pas, j’ajoutai : Promis, je ne vais pas te sauter dessus.

— Tu l’as pourtant fait.

Debout devant lui, je glissai une main dans la masse de ses cheveux et, à entendre son soupir, je sus qu’il appréciait ce geste. Comme à chaque fois, j’éprouvai un certain plaisir de constater que j’arrivais à lui provoquer moi aussi tout un tas d’émotions. Avec lui, j’apprenais à être une femme, plus encore, à aiguiser ce pouvoir que je pouvais posséder sur les hommes. Cela aussi était quelque chose que je n’aurais jamais désiré ou simplement pensé autrefois. Je souris dans le noir, sachant qu’à la différence de moi qui voyais presque comme en plein jour, Adam ne possédait pas une vue hyper développée.

— Tu viens, m’invita-t-il.

Je l’avais observé alors qu’il s’était reculé pour prendre place sur mon lit. C’était la première fois que j’allais me coucher ainsi avec un homme. Nerveuse autant qu’excitée, je posai un genou sur le matelas avant de réaliser que j’avais omis de fermer la porte à clé. Sait-on jamais si l’un de mes parents entrait et nous trouvait ainsi ! Puis je pris place auprès d’Adam qui me parut encore plus grand allongé. Je me mis sur le dos, puis sur le côté avant de revenir à ma position initiale. Mon propre lit me sembla étranger.

— Tu bouges toujours autant ?

Je levai les yeux vers Adam, toujours immobile, allongé sur le dos, les mains croisées sur sa poitrine. Il n’avait même pas enlevé ses baskets.

— Tu as une dent contre les filles qui bougent ?

Il écarta un bras et je le regardai en me demandant s’il m’invitait vraiment à me caler contre lui. Dans le doute, je m’avançai quand même. Son bras se plaça le long de mon dos lorsque je posai ma tête sur sa poitrine.

— C’est... assez confortable, avouai-je, troublée.

— Tant mieux. Maintenant, dors.

Face à son ordre, je dodelinai légèrement de la tête, mouvement qu’il perçut clairement sans en faire la remarque. Je levai une jambe pour venir la poser en travers de l’une des siennes.

— Elynn, gronda sourdement Adam.

— Ben quoi ! dis-je avant de baisser la voix. Je me mets à mon aise. Habituellement, j’aime me caler comme ça avec un coussin.

— Je ne suis pas un coussin.

En souriant, je répliquai :

— Tu es moins mou...

Il grogna à nouveau, un son bizarre à entendre car mon visage était posé sur son torse. Je venais de faire cela pour le taquiner, mais également par envie. Je me sentais si bien avec Adam. Dès notre rencontre, j’avais été totalement à l’aise avec lui. Et puis, j’étais certaine de lui plaire. Il n’y avait nul doute, j’avais senti le désir qu’il avait pour moi, littéralement. Je comprenais ce que les garçons avaient dû ressentir le printemps dernier lorsque je dégageais, sans même que je ne le réalise, des phéromones dues aux chaleurs de ma louve. Mon odorat me permettait également de détecter la peur chez les autres. Lorsque je m’étais confiée à Shima sur ce sujet – la seule femme que je connaisse identique à moi – elle m’avait expliqué qu’il était normal que je perçoive cela. J’étais devenue une prédatrice capable de distinguer les proies les plus faciles. Fort heureusement, mon régime alimentaire, lui, n’avait pas changé. Adam se mit à me caresser les cheveux, probablement pour me permettre de m’endormir plus rapidement, mais je luttais encore contre le sommeil.

— Tu ne trouves pas que c’est bizarre, cette situation ? lui soufflai-je. Je veux dire que nous sommes tous les deux là, mais que dès que nous nous endormirons, nous quitterons nos corps pour voyager chacun de notre côté, afin de retrouver, moi, ma louve, et toi, ton ours.

— Je suis heureux d’être ici avec toi, mais je suis content de retrouver mon âme sœur.

Je me détachai de lui pour pouvoir le regarder. Il ouvrit les yeux et je lui fis remarquer :

— C’est la première fois que tu dis qu’il est ton âme sœur.

Je n’éprouvais nulle jalousie ou quoi que ce soit, juste de la curiosité.

— Nos âmes sont liées, comme la tienne avec ta louve. C’est ainsi que je le ressens. Et toi ?

Je détournai le regard, réfléchissant à sa question avant de hocher la tête et de revenir vers lui.

— Oui et c’est pour ça que je suis inquiète.

— Tu n’as pas à l’être, me réconforta-t-il à nouveau. C’est pour cette raison qu’elle te choisira, toi. Votre lien est puissant.

— Oui, mais elle est une louve, et une louve est faite pour vivre dans un clan, Adam, pas comme ton ours solitaire.

— Elle ne sera pas seule.

Il évoquait Lansa, Matthew et Ethan et leur choix de rejoindre ma meute. Je soupirai puis me réinstallai sur Adam. Il était temps que je rejoigne ma louve. Ne pas savoir était bien pire que de faire face à ce qui allait immanquablement se passer.

2 – Rapprochement

 

Le plaisir de me retrouver dans le corps de ma louve, de sentir son esprit se mêler au mien balaya toute autre émotion. Il est impossible de décrire la sensation que procure cette communion autant physique que spirituelle avec un autre être, d’autant plus quand celui-ci est un animal aux instincts si primitifs, si élémentaires, si différents des miens. Très vite, elle comprit ce qui se passait, bien que mes pensées lui paraissent toujours complexes et déroutantes. Je le lui fis comprendre en partageant avec elle les souvenirs de ma confrontation avec Dasan et ma décision de quitter son groupe. Cela l’ébranla plus que je ne l’aurais pensé. Cela lui fit mal. Je savais l’importance pour un loup d’appartenir à une meute, mais plus que cela, le lien qu’elle possédait avec l’autre Alpha était en péril. Comment pouvions-nous être toutes deux heureuses si, à l’inverse d’elle, je refusais d’aimer Dasan et son loup ?

J’avais sous-estimé ce qu’elle éprouvait pour eux. En réalité, je m’étais menti à moi-même, ne voulant pas que ses sentiments entravent les miens. C’était la vraie raison de mon angoisse cette nuit-là ; la retrouver et affronter cette réalité : mon égoïsme. Depuis le début, j’avais agi comme bon me semblait, lui imposant des choix qui l’avait mise en danger, qui la forçait à agir contre ses propres intérêts, contre ses propres émotions. En cet instant, j’attendais d’elle qu’elle quitte sa meute, qu’elle délaisse son compagnon de vie, même en sachant la souffrance qu’elle endurait et que je ressentais en écho. Quitter sa meute était pour moi la bonne décision. Ce fut le moment que choisit l’Alpha pour intervenir. Toujours à l’affut, nous réagîmes à son approche. Tout chez lui indiquait qu’il voulait nous imposer sa présence, de par la façon dont il se mouvait, de son corps tendu comme de ses crocs apparents.  Dasan se trouvait-il à ce moment-là en ce loup blanc qui venait de s’arrêter juste devant nous ? Ce dernier grogna, réclamant que nous nous pliions devant lui, que nous nous soumettions à lui. Il n’obtint pas gain de cause, car ma louve et moi avions eu la même réaction, celle de nous redresser, de faire face en tant que l’Alpha que nous étions.

Naturellement, cela déplut au loup qui jappa, une puis deux fois, menaçant. Les autres membres de notre groupe arrivèrent derrière lui, indiquant clairement à quel camp ils appartenaient ; du moins, c’est ainsi que je le ressentis, surtout lorsque l’un d’eux se détacha de la bande et s’avança dans ma direction : Lansa. Alors qu’il passait près de l’Alpha pour me rejoindre, ce dernier bondit sur lui, plantant ses crocs dans le cou de la pauvre bête qui glapit sous la douleur. Avant même que je ne sache comment réagir, ma louve m’avait devancée. En quelques bonds, elle fut sur l’Alpha. Notre gueule se referma sur le cou du loup. Je sentis les crocs percer la chair, le sang exploser en bouche. D’un puissant mouvement de côté, l’Alpha/Dasan nous propulsa en arrière et nous obligea à lâcher prise. Sitôt retombées sur nos pattes, nous nous mîmes en position défensive, ventre à terre et prêtes à bondir. L’Alpha se retourna vers nous, s’avança puis s’arrêta, preuve que Dasan se trouvait bien en lui. Le loup seul n’aurait eu aucune hésitation. Il nous aurait attaquées, répondant à la menace que nous représentions. Nous venions de remettre son autorité en question et il se devait de se faire respecter.

Sa réaction vis-à-vis du loup de Lansa ne fut pas sans conséquence. Le sang qui entachait à présent la fourrure brune de l’animal, preuve de sa blessure, rallia la louve à ma cause. Plus que l’attachement qu’elle vouait à son Alpha, l’instinct maternel primait visiblement chez elle, surtout en regard de Lansa pour qui j’avais de profonds sentiments. Il était mon meilleur ami et ma louve le sentait à chaque fois que je posais les yeux sur son loup. Sans concession, sa décision de partir fut prise. Elle jappa, ordonnant à Lansa de la rejoindre, et à ma surprise exigea la même chose du reste du groupe. Elle les voulait tous dans sa propre meute et éprouva de la peine lorsque trois d’entre eux lui firent immédiatement comprendre que leur fidélité allait à leur Alpha mâle. Ethan s’avança le premier. Tout aussi surpris que moi de ne pas être suivi par son grand frère, il se retourna vers lui. Une longue minute s’écoula avant que Matthew ne se détache du groupe pour retrouver Ethan. Puis tous deux vinrent à notre rencontre, Lansa se trouvant déjà derrière moi. Ils n’eurent pas le temps de nous rejoindre que Dasan s’élançait vers ceux qui étaient restés avec lui. Ils s’écartèrent alors qu’il passait entre eux, puis le suivirent. Connaissant le caractère de Dasan, je m’étais attendue à ce qu’il s’oppose à mon départ, à notre départ. Je m’étais attendue, j’avais espéré même qu’il se batte pour conserver sa meute complète, pour que sa compagne reste à son côté, qu’il me retienne. C’était ce qu’aurait dû le pousser à faire sa nature d’Alpha et pourtant, il ne fit rien de tout cela. Lui et les autres s’enfoncèrent dans la végétation et je les perdis de vue. Ce fut la dernière fois que je les vis et ce, avant un long moment.



***





À mon réveil, Adam était penché sur moi. Depuis notre rencontre, il m’était toujours apparu si calme et confiant que de le voir si inquiet m’avait immédiatement alertée.

— Quoi ? Ça ne va pas ? Il t’est arrivé quelque chose ou à ton ours ?

— Non, non. Alors ?

Il me pressait à mon tour de répondre et, avec un temps de décalage, je compris la source de son angoisse. Malgré toutes ses belles paroles, sa certitude affichée que tout allait bien se passer pour moi et pour ma louve, il doutait comme moi qu’il en soit ainsi. Il n’était pas aussi fort que je l’avais vu jusqu’ici et cela me toucha. Il se méprit sur mon sourire et soupira. Il venait de réaliser que, finalement, tout s’était bien déroulé pour moi et pour ma louve que je venais de quitter au lever du soleil. Je levai une main, la posai délicatement sur sa joue. Son visage marqua la surprise, ses yeux bleus s’altérèrent et avant qu’il ne me dise quoique ce fût, je pris les devants : 

— Ne me rejette pas.

Ses sourcils se haussèrent d’étonnement, puis se froncèrent de contrariété.

— Te… rejeter ? Ce n’est pas ce que je fais.

Je bloquai son geste de recul. J’avais tant besoin de me sentir importante pour quelqu’un, suffisamment pour que l’on se batte afin de me garder à ses côtés. Adam ne s’éloigna pas, bien au contraire. Pour la seconde fois, il se pencha vers moi. Il était si près que je perçus son souffle chaud caresser mon visage lorsqu’il ajouta :

— Je ne veux pas me tromper avec toi. Tu… comptes beaucoup pour moi.

— Comme tu comptes pour moi, confiai-je à mon tour. C’est pour cela que je te laisse m’embrasser, me toucher, que j’ai envie de te toucher…

Je m’arrêtai, me sentant gauche dans ma manière d’exprimer mes sentiments pour lui, tout ce qu’il avait éveillé en moi depuis que je l’avais rencontré. Il ne dit rien, me fixa même lorsque sa bouche se posa sur la mienne. Un doux baiser, puis un deuxième, avant que je ne le presse d’y mettre plus de passion de ma main toujours posée sur sa nuque. Sentir sa main sur ma cuisse gauche déclencha un feu en moi qui ne fit que s’accroître lorsqu’elle remonta jusqu’à ma hanche. Comment une caresse si douce pouvait-elle provoquer une réaction si violente dans mon corps ? J’en voulais plus. Il m’en fallait plus pour alimenter ce foyer qui m’embrasait de l’intérieur. Tandis que je me tortillais sous lui, que je tentais de le toucher de partout, voulant lui retirer le moindre vêtement qu’il portait encore, Adam faisait courir sa bouche de mes lèvres à mon cou, lentement, doucement. Je grognai et d’une impulsion des hanches le fis basculer sur le côté.

Ce fut lui qui se retrouva sous moi, me permettant d’avoir une liberté de mouvement. Je la mis à profit en glissant mes mains sous son t-shirt pour le relever et pouvoir ainsi caresser son ventre, son torse. Je n’entendais que ma respiration saccadée et les battements de mon propre cœur tant j’étais excitée. Je m’acharnais à lui retirer son haut avant de le presser de se redresser pour me permettre de le déshabiller. Il s’exécuta et avant même qu’il ne puisse jeter au loin le vêtement, je le plaquai d’une main sur son torse contre le matelas. Il me regarda étrangement mais je n’en tins pas compte. Cela avait beau être la première fois que j’allais faire l’amour avec un homme, je suivais mon instinct qui m’indiquait la marche à suivre. À entendre le gémissement qui franchit les lèvres d’Adam lorsque les miennes vinrent pincer l’un de ses pectoraux, je sus que j’étais sur la bonne voie. Plus encore que l’expectative du plaisir qu’il allait me donner, le fait de moi-même lui en procurer me rendit euphorique. Je me redressai et, à la va-vite, fit passer mon t-shirt par-dessus la tête. Ce n’est qu’en baissant les yeux vers Adam et en constatant que les siens fixaient ma poitrine nue, que je me figeai, à nouveau intimidée. Et puis me revint mon complexe envers mes petits seins. Son regard remonta alors jusqu’au mien.

« Faites qu’il ne dise pas qu’on peut remettre ça à plus tard. Qu’il ne dise pas que je ne suis pas prête. »

— Tu es très belle. 

Ce compliment me rassura. Plus que cela, j’en éprouvai du plaisir. Il me considérait comme une femme, et non comme une fille qui n’était pas encore prête à passer aux choses sérieuses. L’une de ses mains se détacha de mes hanches et lorsqu’elle se posa sur l’un de mes seins, j’en frissonnai de la tête aux pieds. L’effet s’accentua quand sa paume le prit en coupe et le pressa doucement. Je rejetai la tête en arrière tout en exhalant mon premier vrai soupir de plaisir. C’était si bon que je pris sa seconde main pour qu’il applique le même mouvement à mon autre sein. Rejetée en arrière, je me mis à onduler sur lui, exerçant un contrôle sur les caresses qu’il me prodiguait de mes mains sur les siennes. C’est à peine si je sentis sa main droite délaisser ma poitrine pour venir se plaquer sur ma bouche, étouffant l’un de mes gémissements. Revenue brutalement à la réalité, je clignai des yeux, regardant Adam sans comprendre. Sa tête était tournée sur le côté, il fixait le mur. Je suivis son exemple et entendis à mon tour mes parents bouger de l’autre côté du couloir. Les bruits provenant de ma chambre risquaient de les réveiller. Je reportai mon attention sur Adam pour constater qu’il me fixait à nouveau. Ce n’était pas l’inquiétude qui altérait ses yeux bleus mais le désir, un désir qui le fit se redresser pour prendre mes lèvres. Son baiser vibrant de passion me fit tout oublier du monde qui nous entourait.

Il me fit basculer à son côté sur le lit et se souleva pour me retirer lui-même short et culotte avec des gestes impatients. Je retins ma respiration lorsqu’il se pencha vers moi et que ses lèvres se posèrent sur ma poitrine. C’était la première fois qu’un homme me touchait ainsi, que l’on embrassait mes seins, puis mon ventre. Il leva l’un de ses bras pour venir plaquer sa paume contre ma bouche, étouffant ainsi mes gémissements. Ses lèvres remplacèrent bien trop vite à mon goût sa main qui vint se poser sur mon entrejambe. J’ouvris immédiatement les yeux pour les plonger dans ceux d’Adam au-dessus de moi. Ma respiration se bloqua à l’instant où ses doigts s’immiscèrent en moi. Il y imprima un mouvement lent, doux, puis très vite de plus en plus appuyé et rythmé. Cela provoqua en moi une vague de plaisir amplifiée par la puissance de ses caresses.

Je n’arrivais plus à maintenir mes propres mains sur ma bouche. Adam y plaqua l’une des siennes, devançant mes gémissements, puis mes cris. Ceux qui auraient éclaté dans ma chambre lorsque son ultime caresse aurait marqué ma première jouissance dans ma vie de femme. Il attendit que je reprenne mes esprits avant de s’allonger sur moi, débarrassé de son short, seul vêtement qui lui restait.

 — Tu risques d’avoir un peu mal mais c’est normal la première fois.

Je ne dis rien, encore vaporeuse du plaisir intense qu’il venait de m’offrir. Mais à l’instant où je le sentis en moi, je ne pus m’empêcher de m’agripper à ses épaules, éprouvant cette douleur qu’il avait évoquée.

— Détends-toi, me souffla-t-il en me fixant avec anxiété.

Je fermai les yeux et tentai de mettre en pratique son conseil, d’autant plus qu’il se remettait à bouger. Il était doux et attentif à la moindre de mes réactions. Je réalisai bien vite que plus il accélérait plus j’éprouvais du plaisir, chassant le peu de douleur encore présent. Les mains pressées sur ses hanches, je lui fis comprendre qu’il devait accélérer. Il le fit et à chaque fois qu’il revenait, plus fort et plus vite, une nouvelle vague de plaisir s’écrasait sur ma conscience, anéantissant toute pensée qui aurait pu me rester. Seules demeuraient les sensations de mon propre corps et du sien sur le mien.

 

 

3 – Nouveau environnement, nouvelle vie

 

 

Cinq mois plus tard.

Campus de Kamloops

 

 

J’adorais cette sensation de liberté que me procurait la course. Sentir le vent dans mes cheveux, le froid sur mon visage et la vitesse de mes enjambées. C’était un sentiment grisant et si libérateur, loin de toutes mes frustrations et inquiétudes. En cet instant, j’appréciais d’être seule sur la piste d’athlétisme, ce qui me permettait d’atteindre la limite de mes nouvelles capacités physiques. À la différence des garçons possédant le même don que le mien, à savoir : intégrer le corps d’un animal les nuits de pleine lune, ils démontraient également une force surhumaine ainsi qu’une vitesse de mouvement plus importante. J’étais loin d’être à leur niveau et ne le serais probablement jamais concernant ces deux points, mais je ne leur étais pas inférieure pour autant. Au contraire. J’étais dotée d’une agilité surprenante qui m’avait permis de faire face à Dasan quand il avait appris ma relation avec Adam. Ce matin-là, nous nous étions affrontés sans qu’il réussisse à prendre le dessus. Je le devais à l’intervention de Lansa, mais également à mes nouvelles capacités dont je n’avais jusque-là pas réalisé la portée. J’avais alors su qu’il me fallait développer mes aptitudes si je voulais me faire respecter. J’avais passé le reste de mon été à m’entraîner dès que je le pouvais tout en restant discrète.

Puis ma première entrée universitaire était arrivée avec tous les chamboulements que cela supposait. Par ailleurs, je n’avais pas choisi un cursus facile en m’inscrivant à plus de cours que la majorité des autres étudiants. Jusqu’ici, je n’avais jamais eu de grandes ambitions, à commencer par réussir mes études. Grâce à ma louve, j’étais devenue une autre Elynn, plus sûre d’elle-même et désireuse de s’épanouir dans tous les domaines de son existence. Cela ne m’empêchait pas de douter en particulier sur mon devenir. Je n’étais pas certaine de ce à quoi je me destinais. C’était l’une des raisons qui m’avait incitée à prendre, en plus de mon cursus principal, des cours du soir dans d’autres matières comme la psychologie ou le commerce. Je ne voulais pas restreindre mes choix pour le futur. En plus d’avoir intégré l’équipe d’athlétisme de l’université de Thomson Rivers à Kamloops depuis presque un trimestre, je pratiquais la gymnastique. Bien sûr, j’avais dû prétendre accomplir cette discipline depuis ma plus tendre enfance, au vu de mon niveau bien supérieur à la moyenne. Ces entraînements étaient les seuls moments de détente que je m’accordais chaque semaine sur le campus, le reste de mon temps étant consacré à étudier. Enfin, hormis celui que je passais auprès d’Adam qui avait déménagé depuis le mois d’octobre à Kamloops afin de nous retrouver le plus souvent possible.

Adam.

J’adorais être avec lui, d’autant plus que je pouvais vraiment lui parler librement. Étant plus âgé, il me rassurait, me conseillait et j’en avais grand besoin depuis ma décision de créer mon propre clan, terme que je préférais à meute. Sur le moment, j’avais agi sous le coup de l’émotion, avant de regretter cette initiative tant elle me faisait peur. Il m’avait toujours semblé naturel de faire partie d’un groupe, et ce même avant mes premiers voyages astraux les soirs de pleine lune. Aussi loin que je m’en souvienne, j’avais toujours recherché la compagnie d’autres enfants. Petite, je demandais, suppliais mes parents de me donner une sœur ou un frère, ne supportant pas d’être fille unique. J’avais fini par cesser en réalisant à quel point cela faisait souffrir maman de ne pouvoir répondre à mon souhait. Une seconde grossesse lui aurait fait encourir trop de risques. Puis j’avais été scolarisée et j’avais trouvé des amis pour remplacer cette fratrie que je rêvais d’avoir. Je l’avais à présent, depuis que Lansa, Matthew et Ethan avaient choisi de me suivre. Cela ne m’empêchait pas d’éprouver de l’appréhension quant à ce rôle d’Alpha qui était aujourd’hui le mien. Certes, à chaque pleine lune, ma louve m’aidait à devenir une Alpha à part entière. Cela lui paraissait si naturel, à la différence de moi qui devais batailler avec mes doutes. Pour autant, j’avais confiance en l’avenir. Et puis, loin de l’influence de Dasan, je pouvais enfin pleinement vivre mon histoire d’amour avec Adam. Je pouvais me construire comme je l’entendais sans que Dasan ou même mes parents ne m’imposent quoi que ce soit. J’étais libre et j’aimais cette liberté.

Je ralentis ma foulée lorsque je sentis mon téléphone vibrer dans la poche de mon pantalon. Je l’attrapai en courant sur place et ouvris le clapet afin de répondre.

— Allô ?

— C’est moi ! Juste pour confirmer que je passe te prendre dans deux heures devant ton appart, m’informa Lansa.

— Okay.

— Ah ! Tu cours, bon je te laisse, à tout à l’heure, conclut-il avant de raccrocher.

Je glissai mon téléphone dans la poche de mon pantalon, remis en place mon bonnet noir sur ma tête et réajustai mes gants. Un monde blanc, cotonneux, noyé de silence m’entourait. Je levai la tête et observai durant quelques secondes les points lumineux qui tourbillonnaient dans le ciel en descendant vers le sol. À nouveau, il neigeait. Cela ne m’empêcha pas de m’élancer sur la piste de course saupoudrée de blanc. Le froid de ce mois de décembre me permettait également d’être seule à l’extérieur pour m’entraîner. Il m’arrivait de plus en plus de rechercher cette solitude loin de la foule que je côtoyais au quotidien. Je fis deux tours complets du stade et me rendis en courant à ma chambre universitaire que je partageais avec une colocataire sur le campus. Je pris une bonne douche pour réchauffer mon corps frigorifié et me vêtis chaudement avant de finir mon sac de voyage. Alors que je venais juste de finir, on toqua à la porte. L’odeur que j’avais perçue m’avait déjà informée de l’identité de mon visiteur posté devant ma porte lorsque je l’ouvris.

— Tu ne pensais pas que tu allais partir sans me dire au revoir, tout de même, murmura Adam en pénétrant dans la pièce.

— Mince, je savais bien que j’avais oublié quelque chose, plaisantai-je.

Il m’enlaça tendrement en refermant d’un coup de pied la porte d’entrée. Je lui rendis son baiser avec empressement. Fort heureusement, ma colocataire était déjà partie à Vancouver rejoindre sa famille pour les fêtes. Emportée par l’envie de lui, je le contraignis à reculer jusqu’à mon lit sur lequel je le fis tomber, avant de sauter souplement sur lui. Il sourit.

— Crois-tu que nous avons le temps ? demanda-t-il déjà tout excité.

Cela faisait bien cinq jours que nous n’avions pu nous enlacer ainsi. Il finissait tard son service dans l’un des restaurants de la ville, et moi je consacrais mon temps à réviser pour les examens semestriels après mon retour de vacances. J’avais voulu m’avancer un maximum, car je souhaitais être disponible pour mes parents, et le reste de ma famille qui nous rejoignait pour les fêtes. Je jetai un coup d’œil sur le réveil posé sur la table de nuit.

— Vingt minutes. Crois-tu que ça sera suffisant ? le taquinai-je en le jaugeant du coin de l’œil.

Son sourire s’élargit avant de me renverser sur le lit. Vingt minutes furent suffisantes, même si nous en aurions souhaité davantage. Ma tête posée sur son torse nu et l’une de mes jambes glissée entre les siennes, je tentai de retrouver mon souffle. Finalement, nous avions terminé sur le sol, le lit une place étant trop petit pour nous deux. Le gabarit de mon amant et la fougue dont j’avais fait preuve nous y avaient obligés. Du bout des doigts, Adam traçait des cercles dans mon dos, lorsque mon téléphone vibra quelque part sous le linge dont nous nous étions débarrassés à la va-vite. Je soupirai.

— Je crois que ton carrosse est avancé, ma belle, murmura Adam.

Je me redressai et plongeai mon regard dans ses magnifiques yeux d’un bleu de ciel d’été. Il apposa une main sur mon visage dans une caresse tendre. Il avait su m’offrir de la douceur dans ma vie ces derniers mois et je ne le remercierais jamais assez pour cela. Je basculai ma tête pour mieux sentir sa main sur ma peau et appliquai un baiser dans le creux de sa paume.

— Temps de se bouger ! lançai-je avec entrain en me relevant souplement.

Je remis rapidement mes vêtements et récupérai quelques affaires pendant qu’Adam se vêtait de son jean et de son pull bleu marine. Galamment, il se saisit de mon sac et nous rejoignîmes le groupe de garçons qui patientaient dans la vieille voiture de Lansa. Adam posa mes affaires dans le coffre tandis que j’ouvrais la portière avant du côté passager.

Alors que mon amoureux me rejoignait, j’attrapai les pans de son blouson de cuir pour le ramener à moi et l’embrassai sans tarder.

— Allez, on n’a pas que ça à faire, lança Matthew à l’arrière du véhicule.

Je me détachai de mon compagnon avec regret et me tournai vers ce dernier.

— Tu permets ?

— Non. Cela fait déjà dix minutes que l’on patiente dans une voiture digne d’apparaître dans le film L’âge de glace, tellement on se les gèle, contredit-il.

Je soupirai en regardant Adam.

— Vas-y. Je te rejoins dans quatre jours, murmura-t-il en me relâchant.

— Y a intérêt. Je t’appelle quand j’arrive.

Je pris place à l’avant du véhicule au côté de Lansa. Il démarra le moteur et je pus entendre ses soupirs de soulagement et ceux de Matthew quand la chaleur revint dans l’habitacle. La voiture s’inséra dans la circulation modérée en cette heure matinale et nous nous éloignâmes rapidement des bâtiments-dortoirs du campus. Je retirai mon blouson et le lançai à l’arrière.

— C’est dommage que son boss ne lui ait pas donné des jours de congés, constata Lansa.

— Ouais, c’est la période de l’année la plus chargée. Encore heureux qu’il ait obtenu le lendemain de Noël, répondis-je en regardant par la fenêtre.

— Moi, je suis impatient de rentrer, soupira Matthew à l’arrière.

— Tu n’es pas le seul à désirer revoir ton frère. Je dois dire que son exubérance me manque, commentai-je en pivotant vers les deux hommes.

Plus jeune que nous, Ethan suivait encore sa scolarité au lycée de Revelstoke.

— C’est un miracle qu’il arrive à ne pas attirer trop l’attention sur lui, ajouta Lansa toujours aussi soucieux de notre sécurité.

Il m’arrivait de penser qu’il ferait un meilleur Alpha que moi. Puis, ma fierté reprenait le dessus et je rejetais au loin cette idée. Je ne m’étonnais plus de l’étrangeté de mes pensées et réactions, prenant à présent le parti de les accepter plutôt que de les refouler ou pire, de les ignorer.

— J’ai l’impression d’être en vacances prolongées, à ne pas avoir à surveiller chacun de ses gestes depuis que nous sommes à l’université, acquiesça Matthew.

— Tu parles ! Tu l’appelles tous les soirs, grogna Lansa.

Je souris. Les deux cousins avaient pris une chambre en commun sur le campus et passaient tout leur temps ensemble. Je les côtoyais quotidiennement étant donné le lien qui m’unissait à eux. En plus d’être des amis, il me fallait également les protéger, les diriger. Au début, cela m’avait quelque peu déroutée que Matthew et Ethan s’adressent à moi pour me demander mon avis, ou plutôt ma permission quant à des décisions qu’ils devaient prendre. Là encore, j’avais vite pris goût à avoir une telle importance, une telle ascendance sur eux. Pour Lansa, c’était différent. Il ne me demandait rien parce qu’il agissait toujours en accord avec ce que j’aurais choisi pour lui. Instinctivement, il anticipait mes décisions. Il m’observait en permanence, analysant mon comportement, mes intentions. S’il pouvait m’aider, il le faisait sans que je ne le lui demande. Et bien qu’il y ait quelque chose de dérangeant à penser cela, il m’était soumis. Il était tout aussi difficile de concevoir ce qu’était devenue ma vie. Pourtant, c’était à présent ma réalité.

 

4 – Sur le chemin du retour

 

— À quoi penses-tu ? s’enquit Lansa alors que le silence s’était installé dans l’habitacle depuis une quinzaine de minutes.

Un coup d’œil dans le miroir du pare-soleil me confirma que Matthew dormait à l’arrière, incapable donc de nous entendre. Je me confiai :

— À notre nouvelle vie et à celles de nos loups.

— Concernant le mien, sache qu’il est pleinement heureux à présent, révéla mon meilleur ami.

Je hochai la tête. Je savais cela. Que cela soit Lansa ou son loup, leur vie avait vraiment changé grâce à moi, à mon clan dans lequel ils se sentaient tous deux acceptés. Nous avions quitté la ville pour nous retrouver dans le paysage montagneux que j’affectionnais tant. Les pics enneigés cerclaient notre horizon, et quelque part ma louve et le reste de sa meute gambadaient librement.

— J’aurais dû agir plus tôt, dis-je à mon tour. Si j’avais permis à ma louve d’occuper la place qui était la sienne en tant qu’Alpha, peut-être aurait-on pu rester avec les autres.

Je les connaissais si peu mais ils me manquaient vraiment, y compris Dasan. Je me disais que ma louve m’insufflait ce qu’elle ressentait, le manque qu’ils avaient laissé en elle, et pourtant, j’éprouvais cela comme mien. 

— Je ne pense pas que cela aurait changé grand-chose. Durant environ deux ans, mon frère a eu le pouvoir pour lui tout seul. Son loup, et même lui, n’auraient pas consenti aussi facilement à ce que tu obtiennes ta part de pouvoir et de responsabilité, expliqua-t-il.

— Sûrement. Je trouve cela stupide, c’est tout.

— Crois-moi, chacun de nous trois apprécions de faire partie de ta meute, que cela soit en tant qu’animal ou en tant qu’humain. C’est un grand changement.

— Ouais. D’ailleurs, je ne pensais pas que ton frère était si présent dans vos vies.

— Il n’y a qu’avec toi qu’il était distant. Avec les autres, il nous appelait chaque semaine pour faire une sorte d’inspection et nous répéter encore et encore ses directives. Ceux qui sont le plus à plaindre sont les garçons qui sont restés auprès de lui, révéla-t-il.

— Il pense sans doute qu’il est le gourou d’une secte. Une chance qu’il se soit comporté différemment avec moi.

— Plus que le fait que tu sois un autre Alpha, je pense surtout qu’il ne savait pas comment s’y prendre avec toi, jugea-t-il en soulevant négligemment les épaules.

— Sûrement, soupirai-je.

Un fond de musique plana à nouveau lorsque nous nous tûmes.

— Tu sais, si tu veux, tu peux être le second Alpha ? Non que je souhaite un compagnon pour ma louve.

Immédiatement, je m’en voulus d’avoir proposé cela, une stupidité dictée par mon côté humain qui voulait se décharger d’une partie de son devoir, de sa responsabilité sur un autre. 

— Non, merci. Je te laisse entièrement le pouvoir, rigola-t-il.

Et puis, je voulais vraiment que Lansa et son loup se sentent bien à mes côtés. Il avait été le souffre-douleur durant plus de deux ans. Je me demandais souvent comment il avait fait pour endurer cela.

— J’ai besoin de comprendre, Lansa. Pourquoi ton frère a fait de toi son Oméga ? Cela m’intrigue, m’enquis-je.

C’était une question que je voulais lui poser depuis que je l’avais appris. Mais je voulais attendre le bon moment. Après tous les changements intervenus dans notre vie, j’avais mis ce sujet de côté. Mais il était important que je sache cela. Étant moi-même Alpha, je redoutais de devenir comme Dasan. Il était hors de question que je fasse souffrir ceux qui m’étaient proches. Visiblement, c’était un sujet d’importance pour lui car il ne me répondit pas immédiatement comme il en avait l’habitude. Également, il ne me regarda pas, son attention fixée sur la route, sa chevelure noire en bataille masquant en partie son regard. Autre preuve de son émoi, les articulations de ses mains avaient blanchi en serrant fortement le volant.

— Réponds-moi, exigeai-je.

Tout de suite, il tourna la tête vers moi, baissa les yeux, puis s’exécuta sans entrain :

— Je n’en suis pas vraiment sûr. Je veux dire, je n’ai rien fait pour… qu’il me traite ainsi.

— Ce n’est pas ce que j’insinue, Lansa, soufflai-je en posant une main compatissante sur son bras tendu qui tenait le volant.

Il me jeta un regard hésitant avant de revenir à la route. Le soupir qu’il eut ensuite trahit toute sa peine d’avoir été si mal traité par son frère, sans de plus en connaître la cause.

— Cela vient sans doute de notre histoire, ajouta-t-il avec toujours ces soucis de vouloir excuser le comportement de son aîné. En tant que dernier de la famille, j’ai été le préféré de ma mère et lui de mon père. Du moins, c’est comme cela que Dasan l’a ressenti. Comme tu as pu t’en rendre compte, ma mère est très attentionnée et affectueuse, alors que mon père a toujours fait preuve d’exigence et de dureté, en particulier envers Dasan. Il savait que celui-ci deviendrait le nouvel Alpha et voulait qu’il soit le meilleur possible. Il a donc passé beaucoup de temps auprès de lui. Cela nous a laissés seuls ma mère et moi, d’où notre rapprochement.

— Mais de là à faire de toi l’Oméga ? Pour une simple jalousie ? questionnai-je, surprise.

— En fait, il y a plus que cela.

Il hésita à nouveau avant de me conter la suite sans que je ne le lui demande.

— Quand mon loup est né, il faisait partie d’une autre meute...

— Comme Ethan ? coupai-je.

— Oui. J’ai expliqué à mon père où mon louveteau se trouvait par rapport à ce que j’avais vu durant le temps passé dans mon corps animal. Il a donc tenu à aller me récupérer afin que je fasse partie de sa propre meute. Ses loups et lui ont pénétré le territoire adverse afin de me récupérer sûrement dans un souci de protection ; je n’étais entouré que de loups sauvages. Bien sûr, ils ont réagi lorsque mon père et sa meute sont venus me prendre. Tout ce qu’ils savaient, c’est qu’ils voulaient voler un de leurs petits. Il m’a saisi dans sa gueule, puis s’est enfui, pourchassé par la meute dont j’étais originaire. Celle-ci était bien plus nombreuse que la sienne. Durant cette fuite, le loup de mon père a été gravement blessé avant d’être rejoint par le reste de sa meute qui a pourchassé leur adversaire. Le loup de mon père est mort de ses blessures.

— Tu veux dire que ton père est mort en même temps que lui ?

Si l’animal venait à perdre la vie alors que notre esprit était en lui, cela signifiait également la mort de l’humain, qui ne pouvait survivre, son esprit séparé à jamais de son corps. J’en avais voulu aux garçons de ne pas m’en avoir informé plus tôt alors que j’avais été si proche de trouver la mort quand ma louve agonisait. Heureusement, cela n’avait pas été le cas, sans compter que j’avais été soudainement arrachée à mon corps animal, ce qui pouvait arriver quand ce dernier perdait connaissance.

— Non. Le loup est mort peu de temps après. Mon père a dû se rendre à l’évidence quand, à la pleine lune suivante, il n’a fait aucun voyage astral.

— Quelle histoire ! Donc, Dasan te tient responsable de la mort du loup de ton père ?

— C’est plus que ça. Quand mon père a perdu son loup, cela l’a brisé. Apparemment, il ne se sentait entier et utile que lorsqu’il partageait sa vie avec son loup. De plus, il se sentait responsable de sa mort.

— Pourtant, il savait qu’il ne pourrait vivre toute sa vie avec lui ?

— Je sais, dit Lansa, désemparé, avant de reprendre ses confidences. Après ça, mon père s’est mis à boire. Il a trouvé la mort dans un accident de voiture cinq mois plus tard, en état d’ébriété.

— Il y a combien de temps de ça ?

— Trois ans au mois de juin.

— Attends ! Cela voudrait dire que ton loup est le plus vieux de nous tous ! calculai-je.

— En effet.

— C’est étrange, non ?

— Quoi donc ?

— Eh bien que ta connexion avec ton loup se soit faite avant celle de ton frère, lui répondis-je.

— Pas tant que ça.

Puis il se plongea dans le silence.

— Je n’arrive pas à croire qu’il te responsabilise pour la mort de votre père.

Il se tourna vers moi, une infinie tristesse dans le regard. Pour ma part, j’éprouvais une envie pressante d’étrangler Dasan de s’être si mal comporté avec son petit frère, que ce soit sous forme animale ou humaine.

— Ce n’est pas ta faute, Lansa.

— Je sais.

Visiblement, il n’y croyait pas.

— Gare-toi, lui ordonnai-je.

Il soupira, puis la voiture ralentit avant de s’arrêter sur le bas de côté de la route. Il anticipa mon prochain ordre en se tournant vers moi pour me faire face. Je hochai la tête, satisfaite, avant de lui répéter.

— Ce n’est pas ta faute, Lansa. Tu n’es en rien responsable de la mort du loup de ton père, ni de celle de ton père.

Ses yeux marrons dévièrent sur le côté mais pas assez vite pour que je n’y décèle pas de la honte. D’une main, je le saisis par le menton pour l’obliger à me regarder.

— Ce n’est pas ta faute. Répète-le, Lansa.

— Ce… n’est pas ma faute.

— Encore !

Il se redressa légèrement avant d’obéir à mon ordre.

— Tu n’as également rien fait pour que Dasan te traite aussi mal.

— Il ne m’a pas vraiment…

— Non, le coupai-je brutalement. Les garçons m’ont dit ce qu’il a osé te faire. Le fait que tu aies presque failli mourir de faim puisqu’il refusait que ton loup se nourrisse. Et ses coups répétés que tu as endurés.

Ma main glissa de son menton à son cou, à présent marqué par la morsure qu’avait reçue son loup le soir où nous avions quitté la meute.

— C’est son loup qui m’a blessé, pas Dasan.

— Mais il l’a permis, lui rappelai-je.

Il baissa les yeux, ne pouvant me contredire sur ce point. Oui, c’était le loup qui agissait ainsi sur celui qu’il considérait comme son Oméga. Matthew et Ethan m’avait confié que Dasan ne frappait pas Lansa, tout du moins, ils n’en avaient pas été témoins. J’avais des raisons de penser le contraire. Après tout, le matin de notre dispute, il avait levé la main sur son petit frère lorsque ce dernier était intervenu pour me protéger. Jamais je ne pourrais oublier le choc sourd que j’avais entendu lorsque Lansa avait percuté l’arbre sur lequel son frère venait de le projeter avec violence. Lansa avait eu trois côtes fêlées suite à la bagarre qui avait éclaté entre nous. Comment avait-il pu perdre autant le contrôle en laissant la sauvagerie prendre le dessus sur le raisonnement de l’homme ? Mais je ne pouvais également oublier la peur que j’avais lue dans le regard de Dasan lorsqu’il avait réalisé ce qu’il venait de faire, puis, le choc que l’annonce du départ de son frère avait provoqué chez lui, bien plus que ma propre décision de m’éloigner de lui. Comme le disait mon père « tout n’est pas aussi blanc et noir qu’on le voudrait ». Pour autant, cela ne m’empêchait pas d’en vouloir énormément à Dasan pour ce qu’avait subi Lansa durant toutes ces années. Je pris ses mains dans les miennes. Elles étaient si grandes comparées aux miennes. Pourtant, je me sentais bien plus forte que lui. J’étais la plus forte des deux. Être un Alpha n’est pas un choix ou un statut que l’on peut obtenir. On naît ainsi. Instinctivement, on sait qu’on est celui qui dirige, qui domine, et les autres le savent aussi. Je ne suis pas devenue ainsi une fois que la connexion avec ma louve s’est établie. Non. Cela n’a fait que révéler celle que j’étais vouée à devenir, rien de moins. Et avec cette confiance que je possédais à présent, je lui fis cette promesse :

— Jamais je ne laisserai quiconque te faire du mal. Jamais plus, tu m’entends ? Je suis ton Alpha. Je te protégerai.

— On est arrivé ? intervint alors Matthew en s’éveillant brusquement sur la banquette arrière.

De son regard troublé, il nous regarda l’un l’autre avant de noter que Lansa et moi nous tenions encore par les mains.

— Qu’est-ce qui se passe ? demanda-t-il, les sourcils froncés.

— Tout va bien, le rassurai-je avant de regarder Lansa pour ajouter : Tout ira bien.

 

 

5 – Un réveillon pas comme les autres

 

Je revis avec plaisir mon père et ma mère après une absence de plus d’un mois. La dernière fois, ils étaient venus me rendre visite à Kamloops. Qu’il était étrange de retrouver ma maison, de me sentir bien dans ses odeurs familières, en paix, loin des responsabilités de ma meute ou des études que je devais réussir ! Mes parents avaient épargné de l’argent depuis ma plus tendre enfance afin de me permettre de vivre sur le campus, à presque trois heures de route de notre petite ville de Revelstoke. Je voulais mener à bien ma scolarité en raison de l’imprégnation de ma louve et de ce qu’elle avait changé en moi, mais surtout afin que tous les efforts, les sacrifices consentis par mes parents durant toutes ces années soient récompensés. Et puis, ils avaient confiance en moi. Je les aimais d’autant plus pour cela et ne me retenais pas de le leur dire, comme de le leur prouver par de petites attentions auxquelles ils s’étaient habitués. Cela les avait quelque peu étonnés au début que je me montre si démonstrative, bien loin de la fille distante que j’avais été pendant quelques années, incapable de se confier à eux. Bien sûr, il y aurait toujours une part de moi que je ne pourrais leur révéler, non par risque qu’ils me voient différemment, qu’ils me rejettent, mais tout simplement pour leur éviter de se soucier de moi. Comme s’inquiétait Shima à chaque fois qu’arrivait une nouvelle pleine lune et que ses fils quittaient leur corps pour rejoindre celui de leur loup respectif. Pour l’avoir elle-même vécu, elle savait à quel point ce lien que nous entretenions avec nos animaux était extraordinaire mais également risqué. Non. Je ne voulais pas faire porter ce fardeau à mes parents. Et puis, j’avais mes amis et Adam avec qui échanger sur cette partie de ma vie, de ma personne qui resterait un mystère pour mes parents. Pour eux, je voulais tout simplement rester Elynn, leur fille.

Le jour du réveillon de Noël arriva.

Mes grands-parents paternels, les seuls qui me restaient, étaient descendus d’Edmonton pour célébrer avec nous ce jour de célébration familiale. Comme à notre habitude, je mis à leur disposition ma chambre. C’était un moment de convivialité et de partage que nous attendions tous avec impatience. J’aimais passer du temps avec ma mère et ma grand-mère Helen à préparer le repas. Pour cette raison, je me retrouvai dans le seul supermarché de la ville à la recherche de boîte d’airelles que ma mère avait oublié d’acheter, accompagnement indispensable de la traditionnelle dinde de Noël. Enfin, c’était la raison première de ma venue, car les deux femmes avaient ajouté sur la liste que j’avais en main une dizaine d’autres choses à nous procurer. Je courais ainsi dans les rayons bondés seulement quelques heures avant la soirée de Noël quand on m’interpella.

— Elynn !

Je me retournai et aperçus Shima, la mère de Lansa et de Dasan. Elle s’avança vers moi, le sourire aux lèvres et déjà les bras grands ouverts. Je lui souris en retour, heureuse de la revoir.

— Comment vas-tu, ma belle ? me demanda-t-elle en me serrant dans ses bras, son odeur que j’affectionnais se mêlant à celle de la pâte à cookies.

— Très bien. Tu gâtes visiblement Lansa à ce que je peux sentir, répondis-je en pensant à mon meilleur ami qui ne cessait de vanter les mérites des pâtisseries de sa mère.

— En effet. Encore heureux qu’il aime mes biscuits et non un de ces plats à l’odeur infâme, hein ? rigola-t-elle.

— Pour notre bonheur à tous, en effet, acquiesçai-je en souriant.

— Alors ? Tu es de corvée de commissions de dernière minute à ce que je vois ? devina-t-elle en jetant un coup d’œil dans mon caddy.

— Les femmes de ma famille me rendent dingue, c’est pour cela que je les adore, soupirai-je. Toi aussi tu....

Je m’arrêtai net en percevant une fragrance que je n’avais pas sentie depuis plusieurs mois, depuis le jour où j’avais décidé de quitter la meute qui était mienne. Shima croisa mon regard avant de regarder derrière moi.

— Super ! Tu as trouvé les marrons. Pose-les dans le chariot veux-tu, Dasan ? lança-t-elle comme si de rien n’était.

Ce dernier passa près de moi et laissa tomber les conserves en métal dans le chariot, sur ma droite, avant de se redresser et de me fixer. Nulle hésitation dans son regard comme dans sa voix lorsqu’il lança sur un ton neutre :

— Elynn.

Je me tus et maugréai intérieurement en réalisant que malgré le temps passé, il continuait à me perturber au plus haut point. Je détestais l’effet qu’il avait sur moi. Et puis, même s’il m’exaspérait par son comportement – c’était un euphémisme –, une partie de moi était irrémédiablement attirée vers lui. Cela venait sans doute de ma louve. Même si elle avait fait le choix de s’éloigner de son compagnon, à chaque pleine lune, je ressentais sa frustration et surtout sa tristesse d’être séparée de lui. J’aurais voulu me préparer à cette rencontre. Il n’en était pas ainsi. Je me repris, ne pouvant me permettre un esclandre en public, et surtout pour ne pas davantage chagriner Shima, déjà très affectée par ce qui se passait entre ses deux fils. Aussi cordialement que je le pus, je lui demandai :

— De retour chez ta mère ?

— En effet.

Un silence gêné s’installa.

— J’ai rencontré ta mère la semaine dernière, intervint alors Shima afin d’alimenter la conversation. Elle m’a dit que tu t’orientes dans les sciences environnementales ?


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