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UN MONDE D'ELFES ET D'HOMMES






Sg HORIZONS








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ISBN: 978-2-900471-06-7


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RESUME DU TOME 1 : AIR





Danielle, une jeune Française de 27 ans, ignore qu’elle va s’embarquer dans une aventure extraordinaire lorsqu’en rentrant chez elle au volant de sa voiture, une forme intangible apparaît sur la route. N’ayant pas le temps de l’éviter, elle la traverse et se trouve confrontée à un monde parallèle bien différent du sien. Faite prisonnière par des hommes, membres d’un groupe appelé l’Alliance, elle est soumise à bon nombre d’épreuves entre solitude et tortures, avant de finir par réaliser qu’ils ont fait d’elle une tout autre personne en lui injectant du sang elfique.

En fuite, elle échoue sur le territoire américain dans lequel coexistent les tribus amérindiennes et les elfes. Cette race a fui notre monde alors qu’une guerre les conduisait au bord de l’extinction. Dans cet univers parallèle, ils ont pu à nouveau prospérer en paix auprès de gens ayant les mêmes valeurs morales que les leurs. Danielle est alors accueillie par une tribu algonquine et reprend confiance. Celle-ci la guide jusqu’à la cité des elfes du peuple de l’Air, l’un des quatre peuples elfiques. À Lightalfheim, Danielle apprend à maîtriser son nouveau pouvoir de télékinésie et patiente avant de rejoindre le peuple qui pourra l’aider à rentrer.

C’était sans compter sur la destinée qui la pousse à assister une elfe qui devient une amie très proche, Nerwen. Ensemble, elles se rendent au village de sa mère et se retrouvent être témoins d’un drame au dénouement sanglant. Danielle réalise qu’elle ne peut s’occuper que de ses propres intérêts lorsque le peuple qui l’a accueilli et protégé est sur le point de connaître une invasion des hommes de l’Alliance.

Un choix s’offre à elle : partir vers le sud pour pouvoir avoir une chance de retourner auprès des siens dans notre monde ou aider le peuple de l’Air en se rendant chez les elfes du peuple du Feu pour tenter de les convaincre de porter secours à des milliers d’âmes menacées.

La guerre est désormais déclarée.

Tome 2 : FEU






1 - TRAVERSER



Nous chevauchâmes des jours durant dans un paysage enneigé, en ce mois de février, avec pour seule direction : le couchant. Notre avancée était passablement ralentie par des mètres de neiges et un air si glacial que des volutes de vapeur s’élevaient des naseaux de mon cheval. Heureusement, notre condition de semi-elfes et d’elfe nous préservait de ces conditions climatiques plus que difficiles. Nous avions recouvert nos montures de fourrures afin de soulager au maximum nos pauvres bêtes du froid. Nous changeâmes à de nombreuses reprises nos montures. Il était plus aisé de se rendre vers l’est, car les routes principales étaient souvent dégagées. Ce qui n’était vraiment pas le cas en direction de l’ouest, en s’éloignant aux confins de la terre elfique. Il est vrai qu’au début, notre voyage avait été facilité car nous avions pu compter sur l’hospitalité des différentes tribus que nous avions croisé. Cela me surprenait toujours, l’amabilité des personnes que l’on rencontrait. Le chef du dernier village qui nous avait accueillis avait tenu à nous offrir des fourrures que nous portions sur nos épaules ainsi que des sortes de guêtres de fourrures à glisser sur les bottes pour une meilleure isolation.

Mais à présent, si loin à l’ouest, les villages se faisaient rares et la nature plus que sauvage avait repris tous ses droits. Je conservais intact mon émerveillement pour ce monde, dont j’avais encore tant à apprendre, tant à découvrir. Je ne pouvais qu’être fascinée par l’irrésistible épanouissement des paysages traversés, la grandeur des espaces, la profusion de cette nature qui luttait contre le climat hivernal. Meneldil joua le rôle de guide dans cet espace immense. Nous n'aurions pu faire grand chose sans lui.Nous avancions en nous arrêtant uniquement au moment d’établir le campement pour la nuit quand le déclin du soleil plongeait le paysage dans la pénombre. La nuit, nous pouvions entendre les craquements du bois provoqué par le gel.

Au début du voyage, Meneldil nous avait expliqué la stratégie qui avait été décidée par le Conseil des elfes. En tenant compte de leur connaissance du climat ainsi que du territoire, atout que ne possédaient pas les hommes, il avait été décidé de laisser leur ennemi s’installer sur les côtes. Ils avaient débarqué au début de la saison hivernale, autrement dit ils ne pourraient compter pour survivre que sur les vivres qu’ils avaient transportés. Les quelques habitations appartenant à la tribu des Algonquins que l’on pouvait trouver sur la côte avaient été incendiés. Ce qui signifiait qu’ils n’auraient pour seuls abris que ceux qu’ils construiraient. De plus, des pièges avaient été disséminés un peu partout afin de réduire au maximum l’effectif des hommes. Ils avaient été installés par les tribus lors de leur repli dans les terres et cela sur une distance de mille kilomètres entre la côte et la zone de sauvegarde. La Nation elfique prévoyait de lourdes pertes chez les hommes, à cause du au froid et du manque de vivres. Meneldil se montra ferme sur l’urgence de notre périple. Il nous faudrait plus d’un mois de voyage à cheval, afin de rejoindre le peuple du Feu. Il nous annonça que ses congénères avaient estimé qu’il faudrait entre trois et cinq mois aux hommes pour pénétrer dans les terres.



***


Les jours se changèrent en semaines. Cela faisait un moment que nous étions seuls, loin de toute présence humaine. Je découvris la grandeur et la majesté de l’ouest tel que jamais aucun blanc ne l’avait sûrement vu dans ce monde. Tout autour de nous, je ne voyais que des trésors de beauté incomparables que j’aurais tant voulu partager avec ma famille.

— Sommes-nous à présent sur le territoire appartenant au peuple du Feu ? demandai-je.

— Les elfes ne s’approprient pas la terre. Elle n’appartient à personne. Quant au peuple du Feu, je sais juste qu’ils se sont installés dans la chaîne de montagnes se trouvant à l’ouest, expliqua-t-il.

Sur les recommandations de Meneldil, nous suivîmes les rivières et autres affluents. Il se révéla plus aisé de suivre ces chemins étant donné que la neige était moins abondante à proximité de ces courants. Sans compter que nous pouvions avoir un accès direct à l’eau potable ainsi qu’au gibier qui venait s’y abreuver. Meneldil, quant à lui, cueillait les quelques fruits et graines qu’il trouvait en cours de chemin afin de suivre son régime végétarien. Nos repas autour du feu constituaient la seule source de réconfort après avoir passé des heures à chevaucher dans un environnement glacial. Meneldil et Nerwen prirent l’habitude de s’occuper de la nourriture en chassant et en cueillant. Quant à moi, j’avais pour tâche d’installer le campement ainsi que de prendre soin du feu pour qu’il ne s’éteigne pas.

Durant tout le trajet, mes deux compagnons continuèrent désespérément de m’apprendre à combattre à l’épée. Mais je n’étais pas aussi douée qu’ils l’espéraient. Je trouvais mon arme encombrante et difficile à manier. Quant à l’arc, disons que je réussissais à atteindre ma cible une fois sur deux, et cela parce que mes sens et ma dextérité avaient été accrus par l’Élévation. Bref, j’étais une déception pour mes compagnons concernant mes prouesses physiques. Quand je voyais avec quelle précision et à quelle distance Meneldil arrivait à atteindre la cible de ses flèches telles un Robin des bois aux oreilles pointues, cela me faisait rêver.

Je me retrouvais dans une de ces situations cocasses qu’affectionnait tout particulièrement mon commandant en chef, Nerwen. Tout ce qui nous environnait était sujet à un exercice pour elle. Elle m’obligea à me traîner sur le sol d’une prairie enneigée et cela sur une centaine de mètres. Je dus faire des exercices de résistance en portant le plus longtemps possible des rochers ou des branches. Les forêts que nous traversions devinrent des parcours d’obstacles. Nous étions d’ailleurs dans une de ces forêts pour l’entraînement du jour.

— Monte, te dis-je, lâcha Nerwen, d’une voix dure.

Je regardai à nouveau la cime de l’arbre qui devait se trouver dans les trente mètres, à vue d’œil.

— Mais enfin Nerwen, comment veux-tu que je grimpe jusqu’en haut ? Les premières branches sont au moins à dix mètres du sol, arguai-je.

— Cesse donc de discuter dès que je te donne un exercice à accomplir. C’est faisable, alors fais-le, répliqua-t-elle.

— Si je me souviens bien, la dernière fois que tu m’as demandé de faire des voltiges dans les arbres, je me suis retrouvée avec un poignet cassé. Excuse-moi ! Mais là, je ne vois aucun guérisseur à l’horizon.

Elle alla s’asseoir auprès de Meneldil qui attendait patiemment sur un tronc couché sur le sol.

— C’est simple, nous ne partirons pas d’ici avant que tu aies atteint le sommet de cet arbre, se décida-t-elle, fermée à toute discussion.

C’était ma chance, j’avais trouvé une personne plus têtue que moi, et Dieu seul sait que le niveau était élevé. Je la connaissais suffisamment pour savoir que cela ne servirait à rien de lutter. Nous pouvions rester ici indéfiniment qu’elle ne changerait pas d’avis. Cela ne m’aurait pas dérangée, mais nous n’avions pas de temps à perdre. C’était sûrement sur ça qu’elle comptait. Je soufflai d’exaspération en lui faisant bien comprendre mon désaccord, pour la forme. J’avais fait suffisamment d’exercices pour savoir que mon corps n’était plus ce qu’il était. J’avais perdu beaucoup de poids et pris en muscles. J’étais plus rapide, plus résistante et forte.

« Je peux aisément rivaliser avec les champions olympiques de mon monde », pensai-je. Je me mis à rire en pensant que j’avais une tendance à disproportionner comme tout bon Marseillais qui se respecte. Je m’approchai de l’arbre avec circonspection. Je conservais, malgré tout, mes anciens réflexes en souhaitant me préserver, et refusais des exercices dont j’étais parfaitement capable.

— Danielle, aie confiance en tes nouvelles capacités. C’est ton hésitation qui peut te mettre en danger, me conseilla Meneldil.

« Plus facile à dire qu’à faire. »

Le tronc semblait lisse. Toutefois, en portant ma main nue sur sa surface, je sentis des aspérités. Il se révéla rugueux. Je l’entourai de mes bras pour voir s’il m’était possible de grimper ainsi. Apparemment, c’était le cas.

— Bon. Quand faut y aller, dis-je en me motivant.

J’entremêlai mes doigts puis je me hissai à la force de mes bras. Je me stabilisai en utilisant mes jambes enroulées autour de l’arbre. Puis, je relevai les bras pour me hisser plus haut et réitérai cette manœuvre. Je pris soin de décoller le moins possible mon corps du tronc afin de ne pas perdre l’équilibre. Après plusieurs minutes d’une pénible ascension, je réussis enfin à atteindre les premières branches. Je transpirai abondamment malgré le froid hivernal ambiant.

— Et maintenant ?

— Serre bien les jambes autour du tronc puis relâche une de tes mains pour attraper la branche juste derrière toi.

Après une hésitation, je fis ce qu’elle me dit. Je pus effectivement toucher la branche du bout des doigts, mais j’étais encore loin. Je sentis les muscles de mes cuisses me brûler sous l’effort demandé. Je devais agir au plus vite, car je n’allais pas tenir bien longtemps dans cette position. Je réussis à saisir la branche de la main droite au prix de nombreux efforts et de contorsions. Je sentis mes jambes se dénouer sans pouvoir rien n’y faire et me retrouvai dans le vide, suspendue à un bras. Je réussis à saisir de l’autre main la branche et à me hisser sur celle-ci. Je regardai en bas, les deux témoins de ce que je considérais comme un exploit pour moi. Satisfaite, je leur souris.

— Très bien, complimenta Meneldil.

— J’ai dit « tout en haut de l’arbre », répliqua Nerwen en croisant les bras.

Je levai les yeux au ciel et pris conscience de ma situation.

— Au fait, comment vais-je faire pour redescendre ? me dis-je.

— Tu n’as pas fini, Danielle.

— Je suis sérieuse, Nerwen. Comment fais-je faire pour redescendre, demandai-je de plus en plus paniquée.

— Saute, m’ordonna Meneldil.

— Pardon ? fis-je stupéfaite.

— Danielle ! Tu n’as pas fini.

— Oh la barbe Nerwen ! Cesse de te la jouer Xéna la guerrière. Meneldil ?

— Je te rattraperai, répondit-il, confiant.

Je basculai les jambes dans le vide et sautai, en me sentant tomber. Je n’eus pas le temps de crier que je me mis à flotter dans les airs, le don de Meneldil agissant pour amortir ma chute. J'atteignis le sol en douceur.

— J’ai un autre exercice pour toi, me dit Nerwen en mettant fin à mon contentement d’avoir fini celui-ci.

— Et c’est reparti ! grommelai-je.



***


Nous étions dans notre troisième semaine de voyage qui me permit d’en apprendre plus sur Meneldil lors de l’une de nos discussions. Il est vrai que jusqu’à présent, nous nous contentions de parler de notre don commun de la télékinésie et de mon entraînement afin de développer celui-ci. Nos liens s’étaient fortement développés grâce à l’intimité du voyage. Nous étions à nouveau seuls. Nerwen était partie en éclaireur depuis plus d’une heure environ afin de repérer le chemin que nous emprunterions par la suite.

— Tu ne m’as jamais révélé ton âge ? demandai-je, curieuse.

Je me redressai sur ma selle en me massant le bas des reins.

— Un peu plus de cinq cents ans, me répondit-il.

— Oh ! Tu es donc né dans ce monde, constatai-je sans remettre en question l’âge avancé.

— C’est exact. Je n’ai pas connu le Mère-Monde, dit-il, une note de regret dans la voix.

Nous chevauchions côte à côte au cœur de ce qui devait être une prairie sans son manteau de neige. Meneldil arrangea à nouveau son arc qu’il portait en travers de son dos. Il ne s’en départait jamais, comme Nerwen avec son épée à sa ceinture. Quant à moi, je n’avais qu’une courte lame que Nerwen avait exigé que j’emmène. Elle était rangée dans son étui, lui-même accroché à la scelle de ma monture. Je me voyais mal la transporter sur moi.

— Pourquoi avoir décidé de nous accompagner alors que les autres ont refusé d’aller à la rencontre du peuple du Feu ? interrogeai-je après un temps de réflexion.

— Pour la simple raison que je n’ai pas d’a priori sur ce peuple. Tu dois comprendre qu’une grande partie de notre Conseil a vécu le conflit qui a éclaté entre nos peuples.

— Mais quel est donc ce conflit, au juste ?

— Il est principalement entre le peuple du Feu s’opposant aux autres peuples. Cela a débuté lorsque les elfes étaient encore dans notre Mère-Monde. Il faut que tu comprennes que notre race fut durant des millénaires une seule identité gouvernée par un roi. Mais à la mort du dernier d’entre eux, des dissensions sont apparues. Notre race a préféré se scinder en quatre peuples distincts. Chacune a crée au fil du temps des affinités avec un milieu naturel particulier et une identité propre. Ces quatre familles sont dirigées par les plus puissants d’entre eux, dont celle d’Anarion. La paix est revenue et nous vivions en symbiose parfaite avec notre environnement et les autres races. Les elfes ont été les témoins de l’apparition et la disparition de nombreuses espèces, dont celles des hommes, tes ancêtres. Mais toujours en demeurant en retrait. Le peuple de la Terre fut le premier à permettre à un homme d’être accepté parmi l’un des peuples elfiques. D’autres ont suivi. La curiosité des humains pour les elfes s’est lentement transformée en une forme de vénération. Les hommes nous considéraient comme des dieux et attendaient de nous que nous les guidions et les instruisions. Pour la première fois de notre histoire, c’est ce que nous avons fait, non par vanité, mais nous avions vu en eux une race similaire à la nôtre avec laquelle nous pouvions nous lier. Des enfants sont nés entre nos deux espèces, créant ainsi les semi-elfes, expliqua-t-il d’une voix songeuse.

Meneldil me regarda puis reprit son récit.

— Ces enfants développèrent des dons qui, selon les elfes qui furent les témoins de cette période, étaient très puissants. Les hommes donnèrent le nom de magie aux dons. Les elfes et les hommes vécurent en paix durant plusieurs centaines d’années. Mais les hommes commencèrent à dénaturer notre enseignement au profit de leur propre développement. Ils perturbèrent l’équilibre du Tout en détruisant la nature. Des conflits d’intérêt, de jalousie, de vengeance éclatèrent entre les hommes. Les elfes décidèrent de ne pas interférer en demeurant neutres et impartiaux. Mais la situation s’aggrava. Les hommes commencèrent à convoiter les richesses des elfes en particulier, leur don provoquant la crainte, mais aussi l’envie. Malgré tout, la majorité des elfes ne pouvaient croire que ces hommes pouvaient être si vils. Ce ne fut pas le cas du peuple du Feu, qui prit conscience de la menace qu’ils représentaient face aux autres races, y compris la nôtre, ainsi qu’à la nature que nous avions toujours protégée. Il faut dire que leur territoire jouxtait celui des hommes. Ils furent les premiers à attiser leur convoitise. Le peuple du Feu, qui vit dans les montagnes, aime travailler les métaux précieux comme l’or ou l’argent. Ils sont de remarquables forgerons et orfèvres. Ces elfes ont voulu intervenir pour stopper les hommes avant qu’ils ne deviennent trop puissants pour être arrêtés. Le Haut-Seigneur du peuple du Feu essaya de convaincre les dirigeants des trois autres peuples afin qu’ils réagissent. Ce fut un dialogue de sourds.

Meneldil secoua la tête de dépit.

— Pendant que le Haut-Seigneur du peuple du Feu s’évertuait à convaincre nos semblables, sa cité fut attaquée par les hommes et une bonne partie de sa population tuée, dont sa propre compagne. Ce peuple eut du mal à faire face à cette abomination, en particulier le Haut-Seigneur qui devint fou de rage devant la perte de sa bien-aimée. Il réclama des autres peuples la déclaration de la guerre, qu’ils rejetèrent, préférant la voie de la diplomatie. Se sentant trahis par les leurs, les survivants du peuple du Feu partirent dans les régions reculées au cœur des montagnes et volcans. Comme tu peux t’en douter, la guerre entre les elfes et les hommes finit par éclater. Celle-ci dura plusieurs dizaines d’années, embrasant toute notre race et notre monde.

— Elemire m’a informée que ce sont les hommes qui ont remporté la guerre. Comment un peuple possédant autant de pouvoir que le vôtre a-t-il pu être vaincu ?

— Les hommes ont gagné ce combat par le simple fait qu’ils étaient plus nombreux. Les elfes furent à la limite de l’extinction, à cause des multiples pertes lors des batailles avec les hommes.

— C’est tragique.

— En effet. Le peuple de la Terre trouva le moyen de nous sauver en nous permettant de quitter notre monde pour celui-ci. La Haute-Dame du peuple de la Terre, leur dirigeante, envoya des émissaires à chaque peuple afin de leur proposer un sauf-conduit. Tous acceptèrent à regret, mais avec gratitude envers le peuple de la Terre.

— Je comprends leur désarroi et le désespoir qu’il leur a fallu surmonter en quittant notre monde, dis-je en repensant à ma propre expérience… quoique moi je n’avais pas eu le choix.

Meneldil hocha la tête.

— Les elfes qui ont vécu dans notre Mère-Monde ont des difficultés à oublier. Fort heureusement, ils ont trouvé un monde en tout point identique à celui qu’ils venaient de quitter. Ils ont eu peur lorsqu’à leur arrivée, ils ont rencontré des hommes pareils à ceux qu’ils venaient de fuir.

— C’est pour cette raison qu’ils ont voyagé jusqu’à ce continent ?

— Oui. Nous ne pouvions rester sur un territoire peuplé par de tels hommes et risquer à nouveau une guerre. Dans un premier temps, nous nous sommes cachés, et nous étions extrêmement prudents, attendant le jour du départ. La flotte elfique a pris la mer à la recherche d’une terre plus accueillante. Ils ont découvert ce continent où vivaient des peuplades pacifistes. Mes ancêtres quittèrent définitivement le continent des hommes pour celui-ci. Ce fut une bénédiction. Après leur arrivée, ils furent accueillis avec bonté et sollicitude par les peuplades natives de ce lieu. Malheureusement, une grande partie des premières tribus rencontrées furent affectées par une épidémie. Nous comprîmes que notre peuple en était le responsable. Nos guérisseurs trouvèrent un remède. Ils nous en furent reconnaissants.

— Le peuple de l’Air s’établit sur cette partie du territoire en développant des relations amicales auprès des natifs. Les trois autres peuples décidèrent de continuer leur voyage. Celui de l’Eau reprit la mer à la découverte de cet immense continent. Le peuple de la Terre partit vers le sud à la recherche d’un milieu naturel plus adapté pour eux, autrement dit des forêts. Quant au peuple du Feu, dès son arrivée sur ce territoire, il ne put se mêler aux hommes. Il partit vers l’ouest et s’installa sur une terre inhabitée au cœur des montagnes.

— Je peux comprendre les elfes du Feu et leur crainte. Pourtant les natifs de ce continent ne ressemblent en rien aux hommes qu’ils ont combattus, remarquai-je.

— Ils demeurent des hommes. Ce peuple a trop souffert des méfaits de cette race pour leur faire à nouveau confiance. Je doute qu’ils puissent un jour leur pardonner. Ils ont même signé un traité avec la Nation elfique interdisant tout contact avec eux. Leur territoire est interdit à toute personne étrangère à leur communauté.

— Mon Dieu, quelle histoire ! Vous ne voyez donc aucun des autres peuples ?

— Uniquement le peuple de l’Eau. C’est un peuple de nomades. Il leur arrive de nous rendre visite et de nous transmettre les derniers résultats de leurs découvertes. C’est grâce à eux que nous possédons une connaissance si approfondie de l’immense terre sur laquelle nous nous sommes installés. Même s’ils naviguent sur toutes les mers, ils affectionnent de se retrouver au large des côtes se situant au milieu de ce continent.

Nous fûmes interrompus par le retour de Nerwen qui nous annonça qu’elle avait vu les contreforts de la chaîne de montagnes, destination de notre périple. Le soir même, après avoir dîné, nous étions autour du feu, quand je confiai à Meneldil ce que m’avait inspiré le discours de l’après-midi sur l’histoire des elfes.

— Meneldil, j’avoue que j’ai dû mal à comprendre pourquoi vous n’avez plus eu de contact avec le peuple de la Terre.

— Le peuple de la Terre a toujours eu un penchant pour l’isolement. Ils aiment vivre entre eux, dans l’intimité de leur forêt sans interférence avec le monde extérieur. Quand les autres peuples se battaient dans notre Mère-Monde, ils ont préféré trouver un moyen pour fuir le conflit. C’est pour cette raison qu’ils ont étudié le passage entre les mondes. Cela leur prit a pris des dizaines d’années d’études et d’expériences pour pouvoir créer une brèche entre les dimensions parallèles.

— Il est évident que l’on ne pourra pas compter sur eux pour défendre notre nation, commenta Nerwen sur un ton fataliste.

— En effet, conclut Meneldil, une ombre de tristesse sur le visage.

— Je dois dire que cela me bouleverse. Ce qu’a subi votre race par les méfaits de la mienne est tragique. Je ressens de la honte et éprouve le besoin de m’excuser, avouai-je d’une voix morne.

— Tu ne peux te blâmer pour des actes perpétrés par d’autres, même s’ils demeurent tes ancêtres, rétorqua Meneldil.

Je me levai.

— Quant au peuple du Feu, comment les convaincre en sachant qu’ils ne verront en nous, en moi, que des ennemis ? m’enquerrai-je auprès de mes amis.

— Pourquoi as-tu pris la décision de venir jusqu’ici pour aller à leur rencontre ? demanda Meneldil en répondant à ma question par une autre.

Je m’arrêtai et le regardai, surprise.

— Il fallait faire quelque chose, non ? Tu sais tout comme moi de quoi sont capables ceux de mon espèce. Ils sont venus sur des milliers de navires. Ils ne viennent pas pour visiter les lieux, mais pour s’y établir. L’histoire m’a appris ce qui se passe quand les hommes souhaitent coloniser des terres. Ils exterminent ou asservissent les peuples qui s’y trouvent. Et je doute fort que ceux de l’Alliance soient différents de mes ancêtres après ce qu’ils ont osés me faire subir. Dans un cas comme dans un autre, cela signifie la mort de ce peuple.

Je me mis debout et m’éloignai du feu, me plongeant ainsi dans la pénombre.

— J’ai conscience de l’atroce réalité de ce que peuvent faire les hommes. J’en ai conscience après ce qu’ils m’ont fait subir. Pourtant, je n’ai pas abandonné tout espoir d’une paix durable ou un changement de comportement de ceux de mon espèce. Il me suffit pour cela de me fier aux hommes des nations que j’ai rencontrés jusqu’ici. Même si mes espérances semblent irréalisables, voire naïves, je continue à croire encore à la bonté innée des miens. Je ne peux bâtir ma vie sur la crainte de l’autre. J’espère seulement que ce conflit n’aboutira pas sur une guerre, même s’il nous faut nous y préparer.

— C’est pour cela que je pense que tu seras capable de les convaincre. Qui d’autre qu’une humaine peut les convaincre en s’opposant de ce fait à ceux de son espèce ? Sois toi-même, Danielle, et tu leur prouveras par tes actes, par ton engagement, qu’ils peuvent te faire confiance, répliqua Meneldil.

— Fais-leur surtout oublier que tu es une humaine, si tu veux mon avis, précisa Nerwen.

— Très drôle, répliquai-je.

— Ce n’était pas une plaisanterie, asséna mon amie en concluant notre conversation.



***


Les jours suivants, nous nous dirigeâmes droit vers la chaîne de montagnes que l’on nomme Rocheuses dans mon monde. Le paysage avait à nouveau changé. Nous avions quitté les vallons et les forêts pour nous retrouver sur une zone plane balayée par les vents qui accentuait l’écrasante présence des montagnes verrouillant l’horizon. La végétation était de plus en plus rare et rabougrie quand le terrain était dégagé par la neige. Je laissai errer mon regard sur l’immensité blanche où le givre scintillait dans la clarté hivernale. Si je n’étais vraiment pas douée sur le plan physique, je l’étais concernant mon don qui évoluait chaque jour. La veille, nous avions établi un campement près d’une cascade d’eau. À notre réveil, Meneldil souhaita que l’on fasse un entraînement, raison pour laquelle j’avais les pieds dans l’eau glacée d’une rivière alimentée par une cascade.

— Très bien, Danielle. Concentres-toi sur cette sphère d’eau que tu as créée et maintenant propulse-la aussi loin que tu le peux.

Sur ses conseils, j’envoyai celle-ci à plusieurs mètres de là, qui retomba au milieu du cours d’eau dans de grandes éclaboussures.

— Danielle, pourquoi retiens-tu toujours ton don ? me réprimanda Meneldil, après un moment.

Je regardai, surprise, Meneldil qui se trouvait sur la berge.

— J’ai peur de blesser quelqu’un par inadvertance, avouai-je.

— Déshabille-toi, je te prie, ordonna-t-il.

— Pardon ?

— Afin d’éviter de tremper des vêtements, retire-les en ne gardant que tes dessous et va dans l’eau.

Je me retournai vers la rivière.

— Mais, elle est très froide, répliquai-je.

— Tu es une semi-elfe, me répond-il comme si cela avait réponse à tout.

Après un instant d’hésitation, je retirai mon manteau de fourrure, et ma tenue, ne conservant que mon corset et une forme de culotte servant de dessous. Je pénétrai entièrement dans l’eau qui était froide, mais supportable pour moi.

— Prends place sous la cascade.

Je m’exécutai et reçus sur le haut du corps les jets revigorants.

— Très bien, maintenant, je veux que tu inverses le courant de l’eau. Fais qu’il soit ascendant et non descendant. Imagine qu’il s’élève dans les airs.

J’avais appris à faire confiance au jugement de mon maître d’instruction. Il était le seul dans mon entourage à savoir ce dont j’étais capable à propos de mon don. Je fermai les yeux et me concentrai pour ralentir les millions de mètres cubes d’eau en imaginant les pousser vers le haut de toutes mes forces. Je relâchai le don.

— Je n’y arriverais jamais, criai-je en sentant toute cette eau qui glissait sur ma tête et mes épaules, m’écrasant de son poids.

Je tournais la tête vers là où se situaient mes compagnons. La vision de deux silhouettes à travers le rideau d’eau m’apparut.

« Ne pas retenir mon don » pensai-je.

Je me résonnai en pensant qu’ici, je ne blesserais personne. Je me concentrai à nouveau et pour la première fois, j’utilisai toute mon énergie, ne bridant pas mon don. Plusieurs minutes passèrent ainsi et je finis par ne plus ressentir la pression de cette eau sur ma peau. Je rouvris les yeux en souhaitant que la chute d’eau s’inverse, ne souhaitant plus qu’elle m’atteigne. Des gouttelettes arrêtèrent leur course, comme suspendues dans les airs puis elles filèrent vers le ciel. La masse d’eau qui m’écrasait un instant plus tôt s’allégea et je fus entraînée par ce flot liquide qui s’élevait.

En baissant mon regard, je constatai avec surprise que je flottais à plusieurs mètres du sol, soulevée par la force de l’eau que je contrôlais. Mais le plus étonnant était de ressentir cette puissance pulser en moi, une sensation unique de liberté. Je ris aux éclats, enivrée par cette force, ce pouvoir que je ressentais pour la première fois de ma vie. Une sensation unique.

Je fis en sorte de redescendre tout en douceur ainsi que l’eau autour de moi et me glissai à nouveau dans ce bassin aquatique. Je me mis à nager vers mes amis, excitée de partager ma joie avec eux et j’arrivai à bout de force auprès d’eux.

— Vous avez vu ! m’extasiai-je, en claquant des dents.

— Danielle, ça va ? s’inquiéta Nerwen.

Pour la première fois depuis ma transformation, je ressentais le froid qui me glaçait le sang. Meneldil fut le premier à réagir. Il me prit dans ses bras et m’emmena près du feu en m’interdisant de m’assoupir. Je ne compris pas son inquiétude avant de me sentir lentement glisser dans une torpeur trompeuse. Le feu me réchauffa suffisamment pour me permettre de rester consciente. Nerwen me frictionna les membres. Mes forces revinrent lentement.

Nous passâmes le reste de la matinée sur le campement afin de me permettre de me rétablir.

— Tu dois apprendre à connaître tes limites, Danielle. Il est dangereux d’utiliser toute son énergie afin d’alimenter son don. Cela peut énormément t’affaiblir, voire te tuer si tu n’es pas suffisamment prudente, m’expliqua Meneldil.

— Je ne pensais pas avoir fait appel autant à mon don.

— Tu plaisantes ! Je n’ai jamais eu l’occasion de voir un pouvoir aussi puissant que le tien. As-tu seulement réalisé que la cascade d’eau s’élevait à plus d’une trentaine de mètres dans les airs ? C’était extraordinaire Danielle, s’extasia-t-il en démontrant pour la première fois tellement d’enthousiasme, lui qui était par nature si froid.

Nerwen me confirma ses dires, d’un simple mouvement de tête. J’en fus extrêmement étonnée. Apparemment, j’étais plus puissante que je l’imaginais. Nous reprîmes notre route une fois que je fus complètement remise en continuant notre périple.

— Meneldil, peux-tu me parler un peu plus de notre destination, je te prie ? demandai-je, alors que nous chevauchions par un bel après-midi ensoleillé.

— Mon père a accompagné le précédent Haut-Seigneur, le père d’Anarion, afin de rendre visite au peuple du Feu, peu de temps après que celui-ci ait choisi l’emplacement pour établir sa cité. C’est à cette occasion que le traité a été conclu entre nos deux peuples, pour non-ingérence. Il m’a décrit l’emplacement au cœur des montagnes. C’est, selon lui, un lieu enchanteur, mais aussi destructeur, car il est directement lié au cœur de ce monde. Mon père a été fasciné par ses bassins d’eau coloré ainsi que par la chaleur de la terre qui remonte sous forme de vapeurs.

— Il se trouve dans la chaîne de montagnes à l’ouest du continent ? Cela s’étend-il sur une grande superficie ?

— En effet.

— C’est le Yellowstone. C’est comme cela qu’on appelle ce site fabuleux dans notre monde. En fait, c’est une zone protégée et aussi l’un des plus grands volcans au monde. Il est tellement grand qu’on ne s’aperçoit même pas que nous sommes à l’intérieur. Ce lieu est sur ma liste, expliquai-je.

— Sur ta liste ? me demanda Meneldil.

— Oui. La liste des lieux que j’ai toujours rêvé de visiter dans mon monde et que je ferai quand je rentrerais, précisai-je.


***


Il nous fallut deux jours supplémentaires pour enfin atteindre la chaîne des montagnes. Nous abandonnâmes nos montures qui ne pouvaient emprunter les cols trop escarpés. Nous continuâmes donc à pieds sur les pentes rocailleuses et venteuses avant d’atteindre les cols enneigés.

— Ce qu’elle me gonfle celle-là ! Tant pis, je m’en débarrasse, dis-je, excédée de porter à la ceinture mon épée qui me gênait à chacun de mes mouvements.

— Hors de question. Ton arme est ta meilleure amie comme l’est la mienne, contredit Nerwen.

— Moi qui pensais que J’ÉTAIS ta meilleure amie. Il faudra revoir tes priorités, ma vieille, dis-je à bout de souffle.


Cela faisait plusieurs heures que nous faisions l’ascension dans une couche de neige d’un col pris entre deux hauts sommets. Heureusement que nous avions des raquettes fournies par un Meneldil prévoyant.

— Dites, je vais encore me plaindre, là, mais c’est quand qu’on arrive, m’impatientai-je.

J’avais l’impression d’être l’âne dans « Shreck », se plaignant continuellement sur le chemin conduisant les héros au pays de « Fort Fort lointain ». Quoiqu’ils n’avaient probablement pas parcouru autant de distance que la nôtre.

— Danielle, de la patience, je te prie, lâcha Meneldil.

— Arhhh ! Et merde, Nerwen, ta main, je me suis encore empêtrée, suppliai-je, l’une de mes jambes, enfoncée dans la poudreuse.

Elle me tendit une main secourable et m’aida à sortir de ce guêpier dont j’étais, décidément, la seule, à être victime.

— Merci, Nerwen.

Je m’étonnai devant son immobilisme.

— Un danger ? chuchota Meneldil, en revenant sur ses pas afin de prendre place près de nous.

— Je n’en suis pas sûre. C’est diffus, répondit Nerwen d’une toute petite voix.

Nerwen dont le don de prémonition était apparu deux mois plus tôt en ayant la vision de la mort de sa mère, avait développé depuis lors son don de prescience. Elle percevait ce qui allait arriver.

L’elfe se figea, la tête levée comme s’il avait entendu un bruit imperceptible à notre ouïe d’humain. L’impression de danger se précisa quand nous sentîmes des vibrations provenant du sol.




2 — PERSUADER






Je regardais avec incompréhension mes amis. Je me demandais quel danger nous menaçait, car après tout, je n'entendais rien de suspect.

— Danielle, utilise ton don pour bloquer la coulée de ton côté, lança d'une voix calme Meneldil.

— Quoi de mon côté ?

Nerwen s'avança en prenant place entre Meneldil et moi. Je levai la tête et vis, des milliers de mètres cubes de neige glisser silencieusement, jusqu’à nous. Nous étions pris au milieu d'avalanches provenant des deux pics entre lesquels nous avancions. Je levai les mains juste à temps, pour bloquer la vague blanche qui frappa avec force et violence. Je ne pus que la dévier sur ma gauche afin que la coulée de neige continue sa descente mortelle, en aval de notre position. Je me concentrai, uniquement sur mon don et la protection qu’il nous offrait en pensant que Meneldil devait faire de même, étant donné que l’avalanche derrière moi ne m’engloutissait pas. Cela dura moins d’une minute, la plus longue de mon existence, avant que la montagne finisse de déverser sur nous, tout son manteau neigeux. Je relâchai mon don en constatant que le danger était passé. Je ressentis de la fatigue, sans pour autant être épuisée.

— Vous allez bien ? demanda Meneldil.

— Oui. Danielle ? répondit Nerwen.

Je me retournai vers eux. J’aurais ri si nous n’avions pas frôlé la mort d’aussi près, en constatant qu'ils étaient en grande partie, recouverts de neige.

— Je vais bien. Mais c'est fou ça ! J'ai toujours cru que les avalanches faisaient un bruit de Boeing 747 en descendant! dis-je, stupéfaite.

— Le son d'une coulée de neiges est quasi nul. Ce sont des infrasons, des fréquences trop basses pour être entendues par des oreilles humaines ou semi-elfes. Ce qui n'est pas mon cas, nous informa Meneldil sur un ton professoral alors que nous venions de frôler la mort.

— Ravie de l'apprendre, murmurai-je.

— Ces avalanches n’étaient pas naturelles. Soyez prudentes, prévint Meneldil avant de reprendre la route.

Il nous fallut environ une heure pour atteindre un espace dégagé, loin des ravages causés par les avalanches. Nous étions sur nos gardes même si j’avoue que j’aurais été incapable de voir d'où viendrait une éventuelle menace.

— Qu’en penses-tu Meneldil ? J’avoue que je préférerais ne pas avoir à emprunter ce passage devant nous, souffla Nerwen.

— Certes, mais il serait encore plus risqué de passer la nuit dans ce lieu, dans l’éventualité où nous devons emprunter un autre chemin.

— Allons-y. Danielle, reste entre nous, me conseilla Nerwen en remettant l’écharpe recouvrant le bas de son visage.

Je fis ce qu'elle me demanda. Nous nous engageâmes dans ce ravin escarpé devant nous. Tout se passa pour le mieux quand Meneldil stoppa net. Je lui rentrai dedans, étant donné que je n'avais eu de cesse de fixer mes pieds.

— Mais qu’est-ce que.., murmurai-je.

Je penchai la tête sur le côté afin de voir ce qu’il l’avait arrêté. Je vis un mur de glace s’élever du sol. Devant ce spectacle, je demeurai stupéfaite et sans voix. Cette scène me rappela le passage dans le couloir dans un des X-Men, en plus beau.

— Nous sommes piégés, lâcha d’une voix sourde Nerwen derrière moi.

Je me retournai et vis le même mur de glace se former. Nous étions pris entre ces deux parois à moins de deux mètres. Nerwen dégaina l’une de ses épées et frappa, à plusieurs reprises, la paroi glacée, sans résultat. Je passai devant elle et ne pus résister à l'envie de retirer mon gant et à passer ma main sur la surface lisse et froide.

— Serait-ce deux mortelles et un elfe du peuple de l’Air qui nous font l’immense honneur de leur présence, en brisant le pacte de non-intrusion conclu entre nos peuples ? déclara avec condescendance, une voix masculine.

Je levai la tête, et reculai précipitamment, en apercevant un elfe qui nous surplombait accroché à l'une des parois rocheuses. Sa voix doucereuse contrastait avec son apparence plus que forte.

— Que le souffle de l'air libère vos pensées. Mon nom est Meneldil, membre du Conseil des elfes du peuple de l’Air. Je suis accompagné de deux semi-elfes du nation Elfique. Nous sommes venus en amis afin de vous prévenir votre peuple d’un grand danger. Nous souhaiterions rencontrer votre Haut-Seigneur, s’il vous plaît, révéla Meneldil en contrôlant sa voix.

— Le danger est présent en effet, mais il n’affectera ni moi ni mes sœurs et frères, répondit l’elfe en souriant. Le sourire de l’elfe s’élargit un peu plus en réponse.

Les elfes que j’avais rencontrés jusqu'alors s’exprimaient d’une voix douce et chantante comme venait de le faire Meneldil. En revanche, l’homme qui avait pris la parole avait une voix plus brute, plus grave qu’il m'avait été donné d’entendre chez les elfes jusqu’à présent.

— Je ne parierais pas sur cela, lança rageusement Nerwen, derrière moi.

— Nerwen, il suffit, souffla Meneldil.

L’elfe s’installa plus confortablement sur la roche semblant apprécier le spectacle qui se jouait en contrebas.

— Les humains n’ont pas changé à ce que je vois. Toujours aussi belliqueux et prêts à se battre.

— Dites, le temps presse alors cela serait bien si vous pouviez avoir l’amabilité de nous laisser sortir et de nous conduire à votre dirigeant, s’il vous plaît, demandai-je.

— Non.

— OK, très bien. Nous nous passerons de votre aide afin de sortir de là, concluais-je.

Je passais devant Meneldil.

— Danielle, je ne pense pas que cela soit judicieux, murmura Meneldil.

— Ils sont aussi têtus que nous. Tu sais tout comme moi qu’ils ne nous laisseront pas passer et je me vois mal passer la journée ici, m’impatientai-je en posant mes mains sur le mur de glace. Attention dernière, criai-je avant de faire imploser le mur qui éclata en milliers de morceaux de glace.

Je m’avançais d’un pas décidé en étant sur mes gardes en cas d’attaque. Je pouvais entendre Meneldil et Nerwen m'emboîter le pas. Nous sortîmes du passage étroit et nous nous retrouvâmes de l'autre côté du passage étroit conduisant en pente douce à une forêt. Les elfes du peuple du Feu s'approchèrent si silencieusement, si furtivement que je ne pris conscience de leur présence que lorsqu’ils furent à quelques pas de nous. Et ils étaient nombreux. Les yeux de Nerwen, foudroyaient quiconque faisait mine de s’approcher de nous.

Leur apparence était vraiment différente des elfes que j’avais l’habitude de côtoyer. Premièrement, ils possédaient tous, une chevelure blanche aux reflets argentés et ils étaient légèrement plus petits que les autres elfes, soit entre 1m80 et 1m90. Deuxièmement, ils possédaient un corps beaucoup plus développé et musculeux, facile à observer par leur tenue, devrais-je dire, pour le moins, légère malgré le froid environnement. En effet, ils portaient tous une sorte de pantalon fluide ou moulant dont je ne reconnaissais pas le tissu et une large ceinture de cuir rouge ou noire, recouvrant l’abdomen. Pour la grande majorité, le reste de leur corps était dénudé. Quant aux elfas, elles portaient un corset de cuir à manches courtes. Le tout, noir ou bordeaux. L’elfe qui nous parla sur la corniche, s’avança et sourit.

— Cela fait longtemps que mon peuple n’a pas eu de distraction. Veuillez nous suivre, mais sans armes.

Deux autres elfes s’approchèrent et récupérèrent toutes nos armes. Je tendis ma courte épée. Meneldil fit de même avec son épée et son arc, mais Nerwen ne bougea pas.

— Nerwen, active-toi un peu, soufflai-je.

— Nerwen, appela Meneldil.

Avec résistance, elle finit par s’exécuter. Comme quoi, il n’y avait pas que sur moi que le pouvoir de persuasion de Meneldil fonctionné. Je vis Nerwen donner un nombre incalculable d’armes. Il y en avait pour tous les styles : épées, poignards, arcs et flèches, et d’autres choses que je ne pus identifier.

— Mais où peux-tu mettre tout cet arsenal ? chuchotai-je.

Elle ne répondit pas à ma question, visiblement très en colère de devoir s'en séparer. Une fois désarmés, nous suivîmes leur chef encadré par une quinzaine d’individus, au visage fermé et empreint d’hostilité à notre encontre. Je jetais de temps à autre des regards à mes deux amis dont je percevais la nervosité en constatant qu’ils étaient sur qui-vive, prêts à réagir à toute attaque. Je doutais que cela fasse une grande différence. Nous marchâmes une grande partie de la journée en leur compagnie. Une quinzaine d’elfes supplémentaires s’ajoutèrent à notre groupe. Je me fis la remarque que leur venue était excessive étant donné que nous étions sans arme et que ne nous serions où aller dans ce dédale de roches.

Nous traversâmes des paysages magnifiques en passant entre des pics rocheux enneigés et finîmes par déboucher sur ce qui semblait être le cœur de la caldeira du site naturel du Yellowstone. J’aperçus, bon nombre d’animaux que je n'avais pu voir qu'à la télévision ou dans des livres. Des loups, des renards, des cerfs, mais aussi des bisons, une couche de neige sur leur fourrure, galopant librement sans crainte de l’homme. Je m’extasiais sur tout ce que je voyais de toute part, en oubliant même que j’étais escortée comme une prisonnière.

— Dites-moi, cela doit être encore plus beau au printemps lors de la floraison, non ? Ou durant l’automne lorsque les arbres se teintent de rouge orangé, n’est-ce pas ? demandai-je à un de nos gardes qui ne me répondit pas.

Je pointai du doigt telle ou telle splendeur à mes amies afin qu’eux aussi puissent partager ma joie et mon excitation. Le soleil éclatant se répandait comme de la peinture sur tout le paysage, par touches de couleur généreuses et variées.

— Allez dites-moi. En quelle saison le paysage est le plus beau ?

L’elfe se retourna pour me regarder.

— La nature est belle, qu’importe la saison, marmonna-t-il.

— Vous avez probablement raison. Vous êtes extrêmement chanceux de vivre dans ce cadre si exceptionnel.

— C’est pour cela que nous souhaitons le préserver de l’intrusion d’étrangers, protesta-t-il avant de s’éloigner de moi en faisant signe à un de ses acolytes pour le remplacer.

— Bonjour l’accueil ! Ils ne sont pas commodes ceux-là, murmurai-je a Nerwen.




***


Nous arrivâmes, au bout de notre périple, devant un lieu surréaliste. Des volutes de fumée blanche se mêlaient au manteau neigeux qui recouvrait tout, en ce mois de février. Cela atteint l’émerveillement quand je vis la cité du peuple du Feu. Nous nous trouvions sur une passerelle de bois qui nous permettait de traverser des bassins d’eaux chaudes aux eaux bleu turquoise quand la cité apparut telle un mirage. Des ombres s’élevaient vers le ciel par intermittence, derrière de grandes panaches de vapeur qui se dégageaient des bassins d'eau chaude devant nous. Je n’étais pas la seule à émettre ma surprise.

— Svartalfheim, annonça notre guide d’une voix pleine de fierté à peine contenue.

— Elle est magnifique.

Ce fut la seule phrase que je pus émettre. C’était la première fois pour moi que je contemplai une cité faite d’une pierre noire comme la nuit et aux reflets argentés comme la voûte céleste. Des tours, d'une forme nette, tranchante et toute biseautée sur le côté gauche perforaient le ciel comme des lames. Celles-ci, d’une trentaine de mètres pour les plus hautes, étaient liées à leur base, par des bâtiments rectangulaires, donnant à l’ensemble plus d'harmonie et de douceur. Le tout emplissait ma vision.

Cette cité était à l’opposé de Lightalfheim qui était pleine de vie avec ses espaces verts et ses couleurs chaudes. Il se dégageait de celle-ci, une pureté, un contrôle des éléments, mais aussi une froideur oppressante. La cité refléta l'éclat du soleil couchant comme les facettes d'une pierre précieuse.

Je repris conscience avec la réalité lorsque nous pénétrâmes dans la cité, en entrant par une porte à double battant de quatre mètres de hauteur environ. Nous retirâmes nos manteaux à l’entrée en constatant que la température de l’air était agréablement chaude. L’intérieur de la cité se révéla tout aussi splendide que l'extérieur. Quelques puits de lumière éclairaient l’ensemble. Cette pénombre invitait au recueillement. Tous les bâtiments semblaient ne faire qu’un. Des escaliers et des passerelles sur plusieurs niveaux liaient l’ensemble. Le sol et les parois lisses fait de la même pierre que le reste semblaient luire en reflétant la lumière. En avançant, je pris conscience que sur notre droite, le vide remplaçait le sol. J’y jetais un coup d’œil et vis plusieurs étages en contrebas, comme une ville souterraine.

La cité n’était faite que de lignes épurées, sans balustrade, sans nature, sans fioritures qui pourraient altérer la sobriété et la magnificence qui se dégageait du lieu. Les elfes que nous croisâmes étaient tous vêtus de couleurs sombres. J’aperçus sur leur corps des tatouages que je reconnus comme de l’écriture elfique, élancée et fine. Une magnifique écriture. On nous regarda passer avec un intérêt non dissimulé, mais aussi avec retenue. Il est vrai que nous devions être facilement remarquable ainsi vêtu de couleur crème et possédant des chevelures allant du blond pour Nerwen, auburn pour moi et noir pour Meneldil.

Cette cité semblait être un vrai labyrinthe taillé dans la roche. Le visage de mes compagnons reflétait l'éblouissement et l'inquiétude. Nous empruntâmes un long couloir étroit éclairé par une rigole de quelques centimètres de largeur à même le sol sur les deux côtés contenant une rivière de feu diffusant sa douce lumière. L’écho de nos pas ou plutôt de mes pas brisait le silence pesant. Nos ombres s’étalaient sur les murs; Le jeu de lumière semblait omniprésent dans cette cité. Nous aboutîmes dans une pièce aux dimensions, devrais-je dire, grandiose, point commun des elfes.

C’était un dôme de pierre noire éclairé uniquement par un large puits de lumière en son centre et une rigole de feu cerclant le lieu. En réponse, la pierre vitreuse dont le dôme était fait, miroitait de plusieurs couleurs allant du noir, au vert sombre en passant par le rouge foncé. Même le sol était fait du même éclat. Ce large dôme pouvait contenir, à vue d’œil, des centaines de personnes. Il régnait dans cette pièce, une pénombre apaisante.




***


Apparemment cette structure, devait avoir une utilité certaine pour les rassemblements ou les discours quand j’entendis se répercuter de toute part, la voix de la personne qui approchait à grands pas, de l’autre côté de la pièce.

— Comment le peuple de l’Air a-t-il pu briser le pacte de non-interférence qui a été conclu par mon père ? Lança une voix claire, tranchante, qui s’envola et emplit tout le dôme.

L’acoustique de la salle sphérique était surprendre. L'elfe avança, sa longue chevelure argentée dansant sur ses épaules, au rythme d'un pas décidé, la main droite reposant sur la garde de son épée. Comme ses congénères, il ne portait qu'un pantalon souple rouge sombre et une large ceinture abdominale. Mais à la différence des autres, il portait en plus, une cape d'un rouge sang qui tranchait sur son visage pâle comme l'aube du jour. Ce qui me marqua chez lui fut son regard. Ce n’est pas tant la couleur mélangeant le bleu pâle au gris anthracite qui me frappa, mais plutôt la dureté de celui-ci. Il respirait la force et l'autorité. En fait, à bien y réfléchir, c’était la première fois que je rencontrai un elfe avec une telle expression à la limite de la haine. Je pensai jusqu'alors que cette race était la douceur incarnée. À nouveau, mon jugement sur les elfes fut mis en déroute par cette nouvelle rencontre.

— Faites avancer ceux qui ont osé pénétrer les territoires qui sont sous la protection de notre peuple.

Je sentis une pression dans mon dos, m'obligeant à avancer. Il me fallut tout mon contrôle afin de ne pas reculer de quelques pas pour éviter de faire face à la fureur de cette personne. Il dut s’apercevoir que notre équipe comprenait deux humaines en voyant son regard haineux se poser sur nous, prêt à nous tuer.

Meneldil s’avança, le salua et prit la parole.

— Que le souffle de l'air libère vos pensées. Je me nomme Meneldil, Haut-Seigneur du peuple du feu, et si nous avons décidé de briser le pacte c’est pour vous annoncer de terribles nouvelles concernant le peuple de l’Air qui… déclara Meneldil.

Mais il ne put finir sa phrase.

— Cela nous importe peu. Le devenir de votre peuple ne nous concerne en rien. Je vous ordonne de quitter les lieux immédiatement sous peine de mort, réprimanda l’elfe d’une voix tonnante.

``C’était donc lui, le Haut-Seigneur du peuple du Feu`` pensai-je. Il était totalement différent d’Anarion, le Haut-Seigneur du peuple de l’Air. Tout du moins concernant leur personnalité. Car si Anarion possédait une beauté physique éclatante comme le soleil, celui qui me faisait face possédait sans l’ombre d’un doute un magnétisme certain. Il ne devait laisser personne indifférent. Il pivota sur les talons dans une envolée de cape et flotta en traversant à nouveau la salle en s'éloignant rapidement de nous.

J’ai toujours été celle qui parlementait dans ma famille dès que je considérais que c’était une nécessité. Mon comportement énervait royalement ma famille. J’avais aussi une tendance à participer à des conflits qui ne me concernaient en rien, en voulant jouer le rôle de médiateur. Malheureusement, cela se retournait souvent contre moi. J’avais du mal à ne pas réagir lorsque je voyais les gens que j’aimais se déchirer. Nous n’étions pas venus ici pour ne pas être entendus. « Il est culotté cet homme », maugréai-je, intérieurement. Je m’avançai et pris la parole avant de réaliser ce que je faisais.

— Nous ne partirons d’ici, qu’une fois que vous aurez entendu ce que nous avons à vous dire. Nous n’avons pas quitté les nôtres à un moment aussi critique alors qu’ils ont besoin de chacun d’entre nous, pour être renvoyé comme des malpropres, m’indignai-je d’une voix forte.

Un silence tomba comme une chape de plomb sur l'assemblée. Les quelques elfes se trouvant sous le dôme échangèrent des regards gênés voir inquiets. Mais le Haut-Seigneur continua de s'éloigner sans être affecté par mes paroles.

— Mon amie possède le don de prémonition et celui-ci nous a conduits sur la côte est pour constater que son village et tous ses habitants ont été exterminés par les hommes venus de l’est, continuai-je.

À ces mots, le Haut-Seigneur stoppa net et se retourna sans pour autant venir à notre rencontre.

— J’ai vu de mes propres yeux, des milliers de bateaux se diriger vers les côtes et prêts à envahir la terre elfique.

— En quoi cela nous regarde-t-il ? répliqua-t-il en croisant les bras sur son large torse nu.

En voyant ses yeux scrutateurs, je compris que cet elfe devait toujours se tenir prêt à affronter un danger quelconque et qu'il ne faudrait certainement pas le sous-estimer.

— Pensez-vous sincèrement qu’ils ne viendront pas jusqu'ici ?

— Pourquoi le feraient-ils ?

— C’est ce qui s’est passé dans mon monde et…

Le visage du Haut-Seigneur devint granit. Sa voix puissante se mua en un sourd grondement.

— Dans votre monde, dans VOTRE MONDE, grogna-t-il.

— Je viens du Mère-Monde, répondis-je d’une toute petite voix en comprenant le danger dans lequel je m’étais mise.

Apparemment, frôler la mort à de nombreuses reprises et changer d'univers pouvait avoir des effets néfastes sur la capacité à raisonner normalement. J’avais omis de réfléchir avant de m’exprimer, laissant mes sentiments prendre le dessus sur le bon sens. Après tout, les elfes de ce peuple détestaient mes ancêtres. Il s’approcha souplement et rapidement de moi en dégainant son épée, son regard fixé sur moi, mélange de colère et de haine.

J’agis d’instinct en envoyant sa lame se planter dans le mur, puis je le figeai en utilisant mon don. Je m’avançai vers lui et je redressai le buste avec une assurance nouvelle et en m’exprimant haut et clair afin d’être entendue de chacun.

— Vous haïssez mon espèce pour ce qui a été fait à la vôtre, il y a de cela des milliers d’années. Je le comprends et j'en suis désolée.

Le son caractéristique des épées jaillissant des fourreaux, retentit sous le dôme. J’augmentais la portée de mon don pour maintenir la dizaine d’elfes qui se trouvaient dans la pièce. Quant au Haut-Seigneur, il semblait contenir difficilement une sourde colère.

— Mais cette haine ne détruit que vous et ceux de votre espèce pas la mienne. Si seulement vous saviez comme celle-ci est inutile. Ma race est très douée et inventive. Nous pourrions être tellement plus. Seulement, voilà, elle est malheureusement aussi douée pour s’autodétruire. Que pensez-vous, qu’il s’est produit lorsque vous avez quitté notre monde ? Ceux qui étaient leurs ennemis ? Si vous saviez ce que ma race a enduré, tellement de conflits, tellement d’horreur. Inventant des machines pouvant briser le corps et l’âme d’un homme, continuai-je.

Je voulais leur dire tellement de choses afin de les convaincre, mais tout se mélangeait dans ma tête.

— Je vis dans un monde où les guerres continuent de ravager tous les continents. La violence et la destruction font partie de la vie quotidienne de chacun, même si nous en sommes que les spectateurs. Je ne peux même pas vous dire ce qu'ils osent faire aux enfants. L’équité, le partage des richesses, des ressources, ne font pas le poids face à l'avidité humaine, allant jusqu'à mettre en péril l'écosystème de ma planète, dis-je, en secouant la tête face aux images que cela déclenchait en moi.

-Nous recommençons, nous reproduisons inlassablement, les mêmes erreurs qui ont fait de nous des monstres à notre propre espèce.

Je sentais mes forces décroître rapidement pour retenir les elfes de plus en plus nombreux, luttant pour sortir de mon contrôle, mais je ne pouvais m’arrêter.

— Mais nous sommes aussi capables de grandeur, de beauté qui touchent votre être au plus profond. J’aime mon peuple, je crois en lui, en sa bonté et en sa générosité. Notre histoire est jalonnée d’hommes et de femmes qui ont été capables de grands actes, d’une dévotion profonde face à l’adversité. Leur courage a eu pour résultat de nous transmettre l’espoir, par leur exemple. C’est ce que je porte en moi, cette dualité du mal et du bien, qui fait de nous des êtres entiers capables du pire, mais aussi du meilleur.

Je puisais dans mes dernières forces en me souvenant que des millions de vies étaient en jeux. Je savais que je devais les convaincre, afin qu’il intervienne dans cette guerre qui allait éclater. Sans eux, nos chances seraient fortement diminuées.

— Vous pensez sans doute que votre race a plus de valeur que la mienne. J’ai eu la chance immense d’être accueillie parmi la nation Elfique et je peux vous dire que les humains de ce peuple ont autant de valeurs que les elfes qui m’ont accueillie. Les deux, qu’ils soient elfes ou humains, m’ont protégée, nourrie, ont fait preuve de compassion, de charité envers moi. Chacune de ces races a en soi une grande noblesse de cœur et d’âme. C’est pour cela que je suis venue jusqu’à vous, afin de les protéger. Ce que je vous demande, c’est de nous prouver que votre espèce est meilleure que la mienne. Que celle-ci ne se déchire pas, qu’elle reste unie quoi qu’il advienne. Quelle est forte, quelle est noble, quelle se lie pour faire face à un ennemi commun, car on ne peut briser une famille unie. Prouvez-moi que vous valez mieux que moi et mes ancêtres en acceptant de porter secours à vos frères et à vos sœurs, à votre famille ? finis-je dans un dernier souffle en relâchant mon don et avec lui le contrôle que j’avais eu sur eux.


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