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Excerpt for Un monde d'Elfes et d'Hommes 5. ESPRIT by , available in its entirety at Smashwords

UN MONDE D'ELFES ET D'HOMMES






Sg HORIZONS








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ISBN: 979-10-92586-19-0

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TOME 5 : ESPRIT



1 — RÉGNER



Vingt et deuxième année sous le règne du premier roi de la Nation Elfique.

Álfheim, la cité blanche



L'homme allongé sur le lit se redressa soudain, tentant de calmer d'une main sur son torse nu, les pulsations de son cœur qui frappait à coups sourds, réclamant d'être libéré de ce corps. Il bascula les jambes hors du lit, les pieds nus frôlant le dallage de marbre froid bien qu'il n'en ressentit aucunement l'effet désagréable. Il passa une main nerveuse dans sa chevelure qu'il portait longue jusqu'aux épaules, néanmoins plus courte que ce qui se faisait pour les autres hommes ou les elfes de son peuple. Il soupira et se redressa en réajustant son pantalon blanc d'une matière fluide. Il prit place devant le balcon, se résumant à une succession d'arcades ouvertes sur l'extérieur face au grand lit trônant au milieu de sa chambre. Cette vue lui permettait d'admirer la cité s'épanouissant en contrebas, éclairée par les étoiles si nombreuses qu'elles éclaboussaient le ciel, leurs éclats farouches à peine estompés par la clarté de la lune. Les mains posées sur le parapet de pierre, Iston contempla la cité endormie et les milliers de gens qu'il lui fallait diriger, gouverner et surtout protéger.

Comme tant de fois par le passé, il ferma les yeux et se concentra. Rapidement, les milliers d'esprits situés dans son environnement immédiat, animaux et humains confondus, se précipitèrent à travers sa conscience comme une déferlante de connaissances et de personnalités. Il ne fit que les frôler, ne voulant pas s'immiscer dans leur intimité et surtout ne pas recevoir trop d'informations qui l'empêcheraient de réfléchir par lui-même.

Il constata avec soulagement qu'il n'y avait aucun danger. Pourtant, il savait qu'une menace planait sur sa nation. Pour preuve, cela faisait plusieurs nuits qu'il se réveillait en sursaut avec cette sensation, cette angoisse qui lui étreignait le cœur, le faisant suffoquer à son réveil. Certes, ce n'était pas la première fois qu'il ressentait cela et les faits lui avaient confirmé que ses intuitions étaient toujours justes. Au cours des vingt années qu'avait duré son règne et même avant, il avait dû faire face à de nombreuses tentatives d'invasion des hommes de l'Alliance. Comme ses parents avant lui, il avait dû combattre afin que son peuple demeure en sécurité face à la convoitise de leur ennemi. Certes, la guerre réclamait toujours son prix de sang et de mort, provoquant des milliers de victimes et dans les deux camps. Mais, les hommes et les elfes devaient s'en acquitter afin que le territoire sur lequel ils vivaient reste sous leur protection, à l'abri des ravages que pouvaient engendrer les hommes vivants de l'autre côté de la mer de l'est que sa mère nommait l'océan Atlantique.

Iston bascula la tête en arrière, les yeux clos, laissant la fraîche brise caresser son beau visage. Les pommettes hautes, les traits volontaires, néanmoins doux, héritage de son sang elfique, il possédait les yeux d'un gris métallique de son père et la chevelure auburn de sa mère. Il était un semi-elfe, fils de Farathar, Haut-Seigneur du peuple du feu et de la semi-elfe, Danielle, née dans le monde-mère avant de basculer dans celui-ci pour être la première personne à avoir fait appel à l'élément Esprit. Parmi ses gens, elle portait le nom d'Unificatrice, celle qui avait réussi, par ses actions, permis de réunifier les quatre peuples elfiques dont il en était le roi depuis une vingtaine d'années.

À le voir ainsi, le visage lisse, le haut du corps dénudé laissant apparaître une musculature déliée, il ne paraissait nullement faire ses soixante et un ans. Il possédait en effet une apparence jeune et athlétique. Il contrôlait la dégénérescence de son enveloppe corporelle lors de séances de méditation, enseignement reçu par les elfes. Sa vie se comptait en plusieurs centaines d'années par le simple fait que du sang elfique coulait dans ses veines. Bien entendu, il était capable, de conserver une jeunesse aussi longtemps qu'il pratiquerait la « Régénération ».


Son père avait plus de trois mille ans et était l'un des plus vieux elfes encore vivants. Il avait connu le monde-mère et la fuite de sa race entre les deux mondes. Iston, grâce au partage que lui avait offert sa mère, avait pu avoir accès au passé de celle-ci, mais aussi à celui de son père. Il avait perçu aussi nettement et profondément que les siens, les émotions éprouvées par ses parents au cours de leurs existences. Ces bribes de vie avaient complémenté la connaissance qu'il avait reçue à sa naissance par le biais du savoir génétique elfique. Cela lui avait permis de comprendre que son père serait mort plus tôt s'il n'avait pas fermé son cœur à toute personne en refusant de s'attacher à qui que ce soit. Ce renoncement avait été nécessaire afin de continuer à exister pour n'être que le dirigeant de son peuple et ce sur des milliers d'années. Son existence avait radicalement changé quand il avait rencontré la mère d'Iston. Cette relation avait conduit l'elfe qu'il avait été à s'éveiller aux sentiments, à éprouver des émotions à nouveau. Depuis plus de soixante ans, ils formaient un couple heureux et épanoui à Svartalfheim.

Iston comprenait mieux que personne le choix de son père pour avoir consenti au même sacrifice. Il n'était que le roi de la nation elfique et ne vivait que pour le bonheur de ses gens, qu'ils soient hommes ou elfes.

Telle était sa mission, telle était sa vie.

Il se retourna vers ses appartements en fixant son attention sur la porte d'entrée. Il se concentra et sut qui s'approchait de sa chambre. Le semi-elfe pénétra dans la pièce sans avoir à allumer la moindre chandelle étant donné qu'il voyait dans la pénombre aussi clairement qu'en plein jour. Il passa une tunique blanche sur son pantalon de lin. Il sourit en pensant que sa mère lui aurait dit qu'il ressemblait à un chinois, le vêtement qui rappelle ce que portait ce peuple du monde-mére par le passé. Il noua ses cheveux sur sa nuque avec un lacet de cuir noir. Vêtu décemment, il se dirigea vers la porte de bois clair parcourue de gravures en entrelacs qu'il ouvrit avant de traverser d'un pas rapide le salon en passant devant sa lieutenante.

— Mon roi, murmura cette dernière en lui emboîtant le pas.

— Je sais, ils sont arrivés, informa Iston d'une voix profonde et sûre de lui.

Ce dernier avait perçu la présence de la délégation des elfes du peuple de la Terre dans le palais alors qu'ils venaient d'arriver au cœur de la nuit. Le cliquetis régulier des deux épées qui se frôlaient, rangées sagement dans le fourreau dorsal de sa lieutenante, rythma leur avancée. La semi-elfe du nom d'Asëa était le bras droit du monarque depuis le début du règne de celui-ci. Ces deux-là n'avaient nullement besoin de mots pour se comprendre après avoir passé autant de temps ensemble. Ils traversèrent rapidement le dernier étage du palais avant de pouvoir accéder au grand escalier central en spirale qu'ils descendirent souplement jusqu'au rez-de-chaussée. Quelques personnes circulaient à travers les couloirs à la décoration épurée, sans meuble, ni fioriture, la beauté de la pierre blanche se suffisant à elle-même. Iston accéda au corridor longeant le jardin d'un patio sur la droite. Celui-ci se situait au cœur du palais de forme rectangulaire et qui s'élevait sur huit étages. Les branches grimpantes des plantes du jardin intérieur étaient laissées libres, permettant à celles-ci de s'épanouir sur les murs et de s'enrouler autour des colonnades cintrant l'espace vert. La nature était omniprésente où que se portait le regard dans cette cité du blanc éclatant de la pierre se mariant parfaitement avec le vert profond de la végétation.

Enfin, Iston et celle qui le suivait comme son ombre pénétrèrent dans une grande pièce servant de lieu d'accueil à toute la délégation du peuple de la Terre. La dizaine de personnes présentes s'inclina respectueusement devant le monarque lorsqu'il fit son apparition.

— Que la lumière du Tout vous guide et vous protège, déclara Iston, sa voix s'élevant et se répercutant sur les murs nus de la pièce aux dimensions grandioses.

— Que la force de la terre nourrisse votre corps, déclara l'un des membres de la délégation, visiblement le responsable de celle-ci. Mon nom est Eressëa et....

— Je sais qui vous êtes, coupa Iston, une manie qu'il tenait de sa mère et qui était mal vue parmi ses gens, alors que l'elfe releva un sourcil étonné. Veuillez me pardonner pour cette entorse à la bienséance. Disons que j'ai été surpris de vous reconnaître par la connaissance reçue de ma mère.

L'elfe sourit à cette allusion.

— Je comprends et ne en vous tiens nullement rigueur, répondit ce dernier, affable.

— Je tiens à vous remercier de l'aide que vous avez apportée à ma mère en la guidant à travers la jungle afin de lui permettre de rencontrer le peuple de la Terre.

— Cela remonte à si longtemps...répondit Eressëa, humblement.

Le roi s'approcha et posa une main sur l'épaule de l'elfe, ce qui en surprit plus d'un parmi la délégation. Il est vrai que les gestes corporels étaient chose rare parmi leur race si ce n'était parmi le peuple du feu.

— Pas pour moi. Merci.

Il revoyait comme s'il avait lui-même vécu la scène, ce polymorphe, à l'apparence de jaguar au pelage noir, fournir de la nourriture alors que sa mère se mourait de faim. Il lui avait offert bien plus que cela en lui accordant une présence réconfortante qui permit à sa mère et par la même occasion à lui, alors qu'elle était enceinte,de survivre.

— Je manque à tous mes devoirs. Êtes-vous venus pour l'assemblée ? se reprit Iston.

Bien sûr, en tant que télépathe, il aurait suffi au roi de faire appel à son pouvoir pour sonder leurs esprits et prendre connaissance de la raison de leur venue. Mais ce dernier n'utilisait son don que si cela était réellement nécessaire.

— Nous venons en effet vous rendre compte de la situation dans le sud en Terre Elfique durant l'année qui vient de s'écouler.

— Rien de grave, j'espère ? s'enquit le monarque.

— Non, rassurez-vous.

— En ce cas, je vous propose de vous remettre de votre périple en premier lieu. Vous pourrez me faire votre rapport dans la matinée avant l'arrivée des autres délégations. Qu'en pensez-vous ? proposa Iston.

Un bref regard d'Eressëa à ses semblables lui permit de répondre favorablement à la sollicitude de leur monarque. Les membres de la délégation suivirent d'autres personnes travaillant au palais vers les appartements mis à leur disposition.

Il les regarda s'éloigner, en particulier la silhouette de cet elfe qui avait été l'une des personnes à avoir assisté sa mère et contribuait au rôle qu'avait joué cette dernière par la suite. Si certes, sa mère détenait une part de responsabilité importante dans la réunification des nations vivant en terre elfique s'étendant sur tout le continent américain, il ne devait oublier les autres comme cet individu qui avaient contribué à cela.

— Encore dans tes pensées à ce que je vois, murmura Asëa derrière lui.

Iston se retourna et vit qu'il n'était pas le seul à observer leurs invités. La semi-elfe était la digne héritière de ses parents, Nerwen et Tulkas. Il fixa ses yeux d'un gris anthracite tout aussi lumineux que le sien alors qu'elle le regardait. Il comprenait le fait que beaucoup de gens ressentaient de la crainte quand il croisait le regard de cette femme à l'apparence fragile. Pourtant, ses prunelles démontraient une telle force et détermination que bien souvent, les autres ne pouvaient que détourner ou baisser leur regard, incapable de soutenir l'attention de cette dernière.

— Que dirais-tu d'un petit entraînement matinal ? suggéra Iston.

— Je ne refuserai jamais de te donner une leçon, répondit-elle, les yeux pétillants de gaieté en anticipant ce moment.

— Je savais que tu allais dire cela sans avoir besoin de lire dans ta caboche, répliqua l'autre, amusé à son tour.

— Encore une de tes expressions de l'autre monde !

— Attends-tu réellement à ce que je change ? répondit Iston en reprenant la marche, mais dans la direction opposée.

Elle souleva négligemment les épaules et le masque de sérieux reprit sa place sur son visage voilant légèrement sa beauté. Asëa était une belle femme dans les vingt-cinq ans en apparence, la silhouette élancée dans les 1m80, la chevelure d'un blond lumineux, héritage maternel. Elle portait une tenue de cuir d'un brun foncé recouvrant l'ensemble de son corps où la moindre surface du vêtement contenait tout un arsenal digne des plus grands combattants. Deux épées à la lame courbe barrant son dos complémentaient l'ensemble. Le duo se rendit à l'extérieur et atteignit une esplanade dégagée. Celle-ci de forme rectangulaire longeait le bâtiment ouest du palais servant de terrain d’entraînement. Le tout était délimité par des rangées d'arbustes.

Comme à son habitude, la femme servant de garde du corps personnel du roi se saisit de deux bâtons d’entraînement. Iston retira sa tunique, laissant apparaître sur son torse nu à la lumière du jour naissant une multitude de fines lignes inscrites sur la peau à l'encre noire, ses tatouages en écriture elfique. Il récupéra souplement le bâton lancé dans les airs par son acolyte et bloqua le premier mouvement d'attaque d'Asëa en souriant. Le couple virevolta, se déplaça en faisant tournoyer leur bâton avec une rapidité fulgurante. Telle une danse, un ballet aérien et irréel, chacun tentait d'atteindre l'autre. Les deux partenaires étaient de force et de rapidité égales puisque leurs pères respectifs étaient des elfes et leur mère, des semi-elfes.

Iston et Asëa avaient grandi ensemble à Svartalfheim étant donné la relation très proche qu'entretenaient leurs parents respectifs. Le monarque avait une totale confiance en Asëa. Et c'est tout naturellement vers elle qu'il s'était tourné pour devenir son bras droit lorsqu'il était monté sur le trône. Il avait dû convaincre son amie d'accepter le rôle qu'il lui confiait, car elle avait considéré qu'elle ne le méritait pas, étant seulement une semi-elfe. Fort heureusement, il avait su se montrer convaincant en lui rétorquant qu'après tout, la Nation, constituée des quatre peuples elfiques et de la multitude des tribus amérindiennes l'avaient choisi lui, un semi-elfe, pour dirigeant.

Asëa avait fini par accepter son nouveau statut et ensemble, ils avaient quitté la cité d'obsidienne dans laquelle ils avaient passé les trente premières années de leur vie pour construire celle dans laquelle ils vivaient à présent : Álfheim. Neuf ans plus tard, Iston avait été élu roi et y régnait depuis vingt et deux ans. La construction de la cité elle-même avait nécessité plus d'une quinzaine d'années. La durée du chantier aurait pu être plus importante sans l'assistance des elfes pouvant faire appel à leur maîtrise des éléments et leur don. Sans compter qu'une bonne partie des habitations cerclant le palais et les autres bâtiments de pierres conservaient leur aspect traditionnel des tribus des nations, à savoir des tipis, bien que plus vastes que ceux utilisés habituellement.

Il se révélait difficile pour ces deux adversaires ayant un tel passé en commun de trouver une faille chez l'autre pour l'atteindre et remporter ainsi ce duel. Ils se connaissaient si intimement, qu'ils communiquaient sans mots ou et arrivaient à prévoir aisément les coups de l'autre. Ce qui était plus le cas pour ces deux-là étant donné qu'Asëa possédait le don de prescience de sa mère, Nerwen, sans compter, la force surhumaine de son père, Tulkas, faisant d'elle l'une des plus redoutables guerrières de ce monde.

Pour preuve, elle était l'un des rares individus à rivaliser comme en cet instant avec le monarque, lui-même disposant tous les dons des cinq éléments, non dans toute leur ampleur, mais suffisant pour faire de lui la personne la plus puissante de ce monde. C'était pour cette raison qu'il avait été choisi pour être le premier roi elfique. Aucun autre monarque n'avait été élu depuis le scindement des elfes en quatre peuples distincts, intervenus dans le monde-mère, des milliers d'années avant leur arrivée dans celui-ci.

Iston perçut l'attaque suivante de son adversaire. Il se déplaça avec souplesse sur la gauche en tendant son bâton dans le même mouvement pour l'abattre sur l'épaule gauche découverte d'Asëa. Il comprit trop tard son erreur alors que cette tactique déstabilisa son assiette et que la guerrière en profita pour s'accroupir, évitant ainsi l'attaque d'Iston, et fouetta les jambes de ce dernier de son arme. Le roi perdit l'équilibre et tomba sur le sol dallé.

L'instant suivant, il leva son visage vers Asëa, pour contempler sa fine silhouette se détachant à contre-jour et lui tendant une main. Il s'en saisit et se redressa.

— Je ne l'avais pas vu venir celui-là, commenta-t-il en s'époussetant le pantalon.

— Tu n'es pas infaillible, tu sais !

— Je suppose que tu avais prévu le coup !

— Deux coups d'avance en fait.

L'homme se saisit d'une serviette et s'épongea le corps recouvert d'une fine pellicule de transpiration. Rares étaient ces moments où le souverain arrivait à faire abstraction du monde extérieur, de sa charge pour ne vivre que l'instant présent. Il venait de passer un bon moment à s’entraîner en constatant que le jour s'était levé. Il en était ainsi lorsqu'il combattait avec Asëa. Leur entraînements exigeaient de lui toute sa concentration et suspendaient le temps à ne seulement qu'éviter ses coups et tenter de l'atteindre.

Malheureusement cela ne durait jamais bien longtemps.

Il perçut à nouveau le pressentiment d'une menace imminente lui enserrer le cœur. Il posa une main sur son torse en fermant les yeux.

— Iston ? s'enquit la jeune femme en prenant note du visage crispé par une douleur sourde de son ami et souverain.

Celui-ci se reprit et posa un regard voilé, sur son amie.

— Ça va, murmura-t-il se voulant rassurant.

— Ce n'est pas la première fois. Pourquoi refuses-tu d'en parler ? demanda-t-elle souhaitant l'aider et ne comprenant pas son mutisme.

Iston soupira avant de ramasser son haut sur le sol qu'il revêtît à nouveau. Que pouvait-il lui dire quand lui même ne savait précisément quelle menace planait sur sa nation ? Il ressentait depuis plusieurs jours un pressentiment, un mal-être, sans précision, sans information qui aurait pu lui permettre de mettre son peuple à l'abri ou de ne serait-ce qu'agir.

Asëa comprit et n'insista pas. C'était aussi pour cela qu'il l'aimait. Elle le comprenait et se doutait quand il fallait le laisser en paix. Ensemble, ils revinrent vers le bâtiment principal et gravirent l'un des grands escaliers de marbre blanc afin de les conduire au dernier étage. Ils pénétrèrent ensemble dans le salon des appartements du roi. Sans un mot, la semi-elfe s'arrêta laissant s'avancer seul son souverain, vers sa chambre.

Il prit une douche dans la pièce d'eau prévue à cet effet. La froideur du liquide s'écoulant sur son corps lui permit de lui éclaircir les idées. Sans vraiment le vouloir, il rechercha la présence réconfortante de sa petite sœur qui répondit instantanément à son appel.

" Iston ? Enfin, ce n'est pas trop tôt. Sais-tu depuis comment de temps j'attends que tu daignes entrer en contact avec moi ? "

La voix de Fenära emplit sa tête, lui faisant regretter d'avoir pensé à elle. Il soupira.

" Iston ? "

Celui-ci perçut l'inquiétude de sa sœur dans la voix.

" Oui. Pardonne-moi. J'ai été débordé ces derniers temps avec ma charge ", pensa-t-il ce qui permit à sa sœur d'entendre son demi-mensonge.

" Tu parles ! Comme si tu n'avais pas une minute à me consacrer pour rassurer ta sœur. Je te rappelle que l'on n’est pas dans l'autre monde et qu'il te suffit de penser à moi pour te permettre de me parler sans avoir à utiliser l'une de ces choses dont nous a parlé maman, que je sache. "

La colère perçait dans son discours. Iston savait, connaissant le comportement emporté de sa petite sœur, que c'était sa façon d'agir lorsqu'elle était inquiète ou qu'elle avait peur.

" Je suis désolé. Me pardonnes-tu ? " dit-il d'un ton adouci.

Il patienta quelques secondes en connaissant par avance la réaction qu'elle eut un instant plus tard.

" Bien sûr. Je n'aime pas quand tu es loin de moi, c'est tout. "

" Je ne le suis jamais, ma douce. "

La relation fraternelle qui liait ces deux êtres était d'une rare intensité. Iston toujours présent dans l'esprit de sa sœur, pour la tempérer, la guider depuis sa petite enfance avait renforcé leur lien au-delà de ce que leur entourage ne pouvait comprendre y compris leurs parents. Il fit tourner le robinet pour arrêter l'écoulement de l'eau alors que sa sœur prenait à nouveau la parole.

" Je me demande pourquoi il faut toujours que l'on soit séparé ? "

" Car tu es une aventurière et que tu adores voyager. "

" Pas faux ! "

Il sortit de la pièce en souriant et passa ses bras dans une tunique blanche avant de glisser celle-ci dans un pantalon de cuir rouge sang, couleur du peuple de son père. Iston pénétra dans sa chambre afin de s'asseoir sur le lit, qui avait été fait durant son absence, pour se chausser de bottes en cuir d'un rouge tout aussi sombre que son bas dont qu'il glissa dans ses chaussures.

" Une délégation du peuple de la Terre vient d'arriver. Tu ne devineras jamais qui j'ai rencontré " reprit-il.

" Même si je ne possède pas ton don de prémonition, serait-ce Eressëa ? "

" Exact. Comment es-tu au courant ? " demanda Iston, surpris.

" Dois-je te rappeler que cela fait plusieurs années à présent que je traîne avec le peuple de la Terre ? J'ai fait la rencontre d'Eressëa, il y a plusieurs semaines à présent. Tu le saurais si tu avais daigné me contacter plus tôt " grommela-t-elle.

Fenära n'était vraiment pas le genre de personne à laisser tomber facilement un sujet de conversation qui lui tenait à cœur et certainement pas quand cela concernait son frère.

" Tu me manques. " confia-t-elle avec mélancolie.

La jeune femme ne cachait jamais ses sentiments qu'ils soient bons ou pas.

" Comme tu me manques aussi. "

Il était vrai que la fonction de monarque de ce dernier et le fait que Fenära était par monts et par vaux, ne leur offraient que peu de temps à partager, ensemble tout du moins physiquement. Ils avaient beau avoir au minimum trois cents ans d'existence à vivre du fait de leur condition de semi-elfes et d'avoir reçu une éducation elfique leur ayant appris la patience et la relativité afin de vivre aussi longtemps, ils ne pouvaient s'y faire, en particulier Fenära. Celle-ci possédait le caractère indompté de ses parents.

" Iston ? "

" Oui. "

" Pourquoi ne te confies-tu pas à moi ? "

Le monarque se redressa et se déplaça afin d'avoir une vue plongeante sur la cité. Il aurait dû la contacter plus tôt. Son silence prolongé avait visiblement éveillé les soupçons de sa sœur.

" Une menace guette. " avoua-t-il.

" Ce n'est pas la première fois. Tu as toujours su nous protéger et faire en sorte d'intervenir avant que quelque chose de grave n'arrive. "

" Ce n'est pas la vérité. Beaucoup de personnes sont mortes sous les coups de nos ennemis durant mon règne. "

" Tu as raison, mais tu ne peux te sentir responsable pour cela."

" Je sais. " confirma-t-il sans totalement en être convaincu. " Mais, c’est différent cette fois-ci. Je n'arrive pas à savoir de quoi il en retourne. Je n'ai pas eu de prémonition, seulement mon don de prescience qui me prévient d'un grand danger ", avoua-t-il d'une voix morne.

Cela mettait au supplice le monarque de ne pas savoir. Il avait beau détenir de puissants pouvoirs, il était incapable de prévoir toute menace.

" Cela te concerne-t-il directement ? " s’inquiéta Fenära.

" Je ne le pense pas. "

" Mais tu n'en es pas sûr ? "

" Non. "

" J'arrive. "

Il soupira. Il aurait pu dire tout ce qu'il voulait pour tenter de convaincre sa sœur de rester loin de lui afin de la préserver du danger, il savait qu'elle n'en ferait qu'à sa tête.

" Combien de temps ? "

" Quelques jours. " répondit-elle, malgré tout soulagée qu'il ne tente pas de la tenir loin de lui.

" Je t'attends. Soit prudente, ma douce. "

" Toi aussi. "

La connexion mentale s'arrêta là.




2 — SE DÉFENDRE







— Je constate en effet que c'est une magnifique cité aux lignes épurées. Il est vrai que notre peuple est, disons plus familier des courbes et de la dense végétation dont est fait Landheilm, commenta Eressëa.

— Je veux bien croire qu'une cité de pierre blanche est bien différente de la vôtre suspendue au cœur de la canopée du territoire du sud. J'ai eu l'opportunité d'en admirer la beauté il y a plusieurs années.

— Oui ! Je ne peux vivre loin de ma chère forêt même si j'avoue éprouver de la joie de me retrouver ici, après avoir parcouru une si grande distance qui m'a permis de contempler les merveilles de ce monde.

Ils s'engagèrent dans un couloir en arcade avant de déboucher à la lisière d'un jardin luxuriant d'où la fragrance de milliers de fleurs leur parvint.

— Comme je vous comprends. J'aimerai, moi aussi avoir l'opportunité de voyager plus souvent. Malheureusement, ma fonction m'oblige à rester ici, soupira Iston.

— Vous n'êtes pas si différent de votre sœur.

Le monarque se retourna vers son invité et lui rendit son sourire.

— En effet. Malgré tout, je ne pourrai jamais éprouver autant d'enthousiasme et de liberté que fait preuve Fenära. Il est certain qu'il est plus que difficile voire impossible de tempérer son exubérance.

— Ses débuts parmi notre peuple ont été...difficiles. Il est vrai qu'elle ne passe pas inaperçue.

— Le peut-elle ? intervint son frère, un sourire indulgent sur les lèvres.

— C'est ce qu'a tenté de lui enseigner notre Haute-Dame durant de nombreuses années, sans parvenir à tempérer son ardeur pour autant.

— Elle a hérité de la personnalité flamboyante de nos parents. Ce n'est pas pour rien si elle est l'une des rares personnes de ce monde à posséder la maîtrise du feu. Vous a-t-elle expliqué comment son don lui a été révélé ?

— Non, mais je serais curieux de l'apprendre.

Iston invita d'un mouvement de main, l'elfe dont le haut du corps était recouvert de bandes de tissu vert foncé et d'un pantalon en cuir et fini par des bottes montantes de la même couleur. Sa longue chevelure châtain était rassemblée sur sa nuque, ne laissant libres que deux fines tresses de chaque côté de son visage. Il était rare de croiser des elfes du peuple de la Terre aussi loin au nord. Ils continuaient à privilégier leur isolement dans la profondeur de leur forêt.

— Nous étions en plein entraînement, aux abords de la cité de Svartalfheim par un bel après-midi de printemps. J'étais alors âgé de seize années et Fenära, de huit. Comme vous pouvez vous en douter, elle était aussi vive et extrêmement curieuse. Alors, lorsqu'un dragon et son petit apparurent et se posèrent près de nous, je n'ai eu le temps de la prévenir ou de stopper son geste. Fenära courut aussi vite que son jeune âge le lui permit. Ce fut suffisant néanmoins pour être la première à les approcher. J'ai pu ressentir, l'excitation, la joie pure de ma sœur en lisant dans son esprit. Aucune peur ne fut perçut lorsqu'un souffle de feu l'engloutit entièrement. Bien au contraire.

Le sourire d'Iston s'effaça lorsqu'il perçut à nouveau l'angoisse de ses parents d'avoir assisté à cette scène.

— Le brasier s'est dissipé laissant apparaître la frêle silhouette de ma sœur, nue, au milieu de la terre carbonisée. Elle n'avait aucune brûlure. C'est ainsi que tout le monde découvrit sa maîtrise du Feu. Une fête fut célébrée la nuit suivante, car c'est un événement rare et heureux d'accueillir parmi nous, une personne possédant le plus grand des pouvoirs pour notre peuple, celui du Feu.

— Je suppose que c'est depuis ce temps-là, que Fenära et son dragon sont ensemble ?

— En effet ! Ils sont inséparables depuis leur rencontre.

— Elle est restée plus de quatre ans à Landheilm avant de la quitter en prétextant le fait qu'elle ne pouvait passer autant de temps auprès de lui. Il est vrai qu'il est difficile pour un animal aussi massif de se sentir à son aise au cœur d'une dense forêt.

— Je veux bien vous croire !

Le silence s'installa et Iston perçut l'inquiétude de l'elfe assis à ses côtés.

— Sachez que je ressens autant d'appréhension que vous concernant la tentative récente des hommes de l'Alliance d'avoir réussi à accoster sur le territoire du Sud. Ils n'avaient jamais atteint une position aussi éloignée auparavant.

Eressëa hocha la tête.

— Cela n'augure rien de bon, en effet. J'ai appris que leurs tentatives d'intrusion s’étaient accélérées.

— Depuis plus d'une soixantaine d'années, nous avons dû faire face, à une vingtaine tentatives d'invasion de leur part. Celles-ci s'étaient espacées jusqu'à devenir inexistantes durant plus d'une décade. Toutefois, elles ont repris, il y a deux ans de cela et n'ont jamais été aussi nombreuses depuis, informa le souverain.

— En connaissez-vous la cause ?

C'était une question qui lui revenait souvent de la part de ses sujets. Iston comprenait leur inquiétude et les autres pensaient naturellement qu'il avait réponse à tout au vu de ses aptitudes. Pourtant, cela n'était pas le cas.

— Je suis puissant, mais non infaillible. Je ne détiens pas toute la connaissance malgré ce que suggère la signification de mon nom, avoua-t-il.

— Iston : l’elfe possédant la connaissance. Avez-vous une idée alors ?

— Cela sera le sujet central de notre réunion lorsque les délégations des autres nations arriveront. Il est étonnant d'ailleurs que la vôtre soit la première que nous ayons accueillie étant donné que vous êtes les plus éloignés, commenta le souverain en se redressant.

L'elfe du peuple de la Terre suivit son exemple et prit place à son côté alors qu'ils revenaient vers le bâtiment.

— La dernière attaque s'est produite sur notre territoire. Vous comprendrez sûrement que nous nous sentons concernés plus que jamais étant donné que mon peuple n'avait pas eu à se battre depuis la bataille de l'Union.

C'était le terme qui était employé pour nommer le conflit auquel avait participé tous les peuples et que l'élément de l'Esprit avait été invoqué pour la première fois dans les deux mondes, par sa mère et lui-même, quelques heures avant sa naissance. Iston ne pouvait lui confier le fond de sa pensée concernant les multiples tentatives d'invasion qu'il avait fallu repousser en causant de lourdes pertes parmi les autres.

— Je sais ce que vous pensez sur l'inactivité de mon peuple ! Je suis entièrement d'accord avec vous. Nous aurions dû agir plus tôt au lieu de demeurer terrés loin, dans notre forêt. Toutefois, à présent, la donne a changé et nous sommes prêts à nous battre à nouveau.

— Je n'approuve pas toujours les décisions prises par les hauts seigneurs et les hautes dames. Toutefois, je me dois de les respecter.

— Ce qui est tout à votre honneur. Après tout, en tant que monarque, il vous suffirait de leur imposer les vôtres.

— C'est pour cette raison que le dernier roi des elfes a été déchu de son trône. Il n'avait plus la connaissance nécessaire pour discerner les besoins de peuples disséminés sur un trop grand territoire, loin de sa régence, comme l'est la mienne. Je ne veux pas commettre les mêmes erreurs.

— Je vous comprends.

Iston s'arrêta et se tourna vers son invité au pied de l'imposant escalier. Comme à son habitude, il avait aperçu le léger signe discret d'Asëa à son intention. Il avait noté la présence de l'homme à son côté qui souhaitait visiblement s'entretenir avec lui. Rares étaient les personnes qu'autorisait sa lieutenante à l'approcher, preuve que cela devait être important. Asëa était intransigeante concernant la sécurité de son seigneur après que celui-ci ait subi une tentative de meurtre. Celle-ci avait eu lieu alors que le roi était venu apporter son assistance à la défense du peuple de l'Air lors d'une invasion sur la côte. Il était vrai que cette nation était la plus affectée par les attaques de leur ennemi. Cet événement s'était déroulé une quinzaine d'années plus tôt, mais celle qui était censée veiller à sa sécurité avait reçu une difficile leçon qui avait coûté la vie à bon nombre de ses gardes. Cela l'aurait tuée si Iston n'avait pas utilisé son don de guérison pour la sauver.

— Je vous prie de m'excuser Eressëa. Il semble que le devoir m'appelle.

— Je suis plus qu'heureux du privilège que vous m'avez octroyé d'avoir passé ce moment en votre compagnie, mon seigneur, déclara l'elfe du peuple de la Terre, en inclinant le buste avec respect.

— J'espère que cela pourra se reproduire dans les jours à venir, Eressëa.

Iston s'éloigna, d'un pas souple et rejoint Asëa.

— La délégation du peuple de l'Eau vient d'arriver, annonça-t-elle.

— Je sais. J'ai perçu leur présence, confirma-t-il.

— Cet homme doit vous faire part d'un problème lié aux récoltes à venir, ajouta Asëa en présentant l'homme de l'une des tribus Cheyennes au vu de sa tenue.

Iston discuta avec celui-ci durant un bon moment avant de se poster devant l'entrée de la citadelle. Ils accueillirent la délégation du peuple de l'Eau, dont les membres furent reconnaissables à une bonne distance au vu de leur démarche souple et de leur tenue légère d'un bleu pâle.


***


La journée se déroula sans anicroche pour Iston. La nuit fut plus mouvementée alors que sa méditation fut interrompue par une nouvelle impression de danger. Il se leva et ne prit pas la peine de se chausser ou de se couvrir le torse. Il quitta sa chambre, sans déranger Asëa dont la chambre se trouvait face à la sienne, dans les propres appartements du roi. Il ressentait le besoin de marcher, de prendre un peu l'air à l'extérieur afin de trouver le calme qui ne lui était accordé dans son propre lit.

Les pieds nus ne faisant que frôler le dallage de pierre, il descendit rapidement la volée d'escaliers. Une fois parvenu à l'extérieur de l'édifice, il emplit ses poumons de la fragrance de la nature si riche au cœur de la nuit. Il marcha de longues minutes tentant d'isoler son esprit au monde extérieur, le bas de son pantalon blanc traînant sur la terre humidifiée par la rosée. Il n'arrivait à réfléchir qu'ainsi, seul avec lui-même loin de toutes les inquiétudes, les pensées de milliers d'âmes l'entourant continuellement.

Ces virées nocturnes n'étaient pas rares pour Iston. Ces moments qu'il s'accordait étaient le seul moyen d'échapper à sa fonction, si lourde à porter pour un seul homme. Il s'arrêta enfin, au cœur d'un jardin empli de bosquets et plus loin d'une forêt marquant la limite du palais. Son lieu de vie, cette masse sombre en cette heure nocturne qui s'élevait derrière lui et plus loin la cité. L'odeur de la sève des arbres lui parvint alors qu'il faisait le tri dans ses idées, ce qu'il allait dire aux délégations qu'il dirigeait.

La menace que représentaient les hommes était bien plus importante dernièrement que celle qu'il avait connu durant tout le reste de son règne.

Danger.

Iston par réflexe, pivota le torse sur la droite, mais pas suffisamment vite, lorsqu'il perçut la brûlure de la flèche qui venait de lui entailler l'épaule droite. Des ombres sortirent des fourrés tout autour de lui et l'attaquèrent. Il bloqua avec aisance le premier adversaire en le frappant du plat de la main sur son thorax, le projetant ainsi en arrière en percutant un autre homme. Sans perdre un instant, Iston s'élança et posa un pied sur le corps qui s'écroulait et décolla du sol en s'élevant dans les airs. L'un de ses genoux tendus s'abattit sur la tête d'un homme sur sa gauche avant de se propulser sur un autre en l’entraînant dans une roulade en avant. Se retrouvant sur la poitrine de son adversaire, il l'assomma d'un coup de poing sec en plein visage. Il se releva souplement et observa les personnes autour de lui.

Il se maudit intérieurement d'avoir mis en veille sa télépathie afin de s'isoler mentalement. Sans cela, il aurait perçu le danger que représentaient ces individus bien avant qu'ils ne l'attaquent. Sans prévenir, un souffle givré se propagea vers lui, manquant de le transformer en statue de glace s'il ne s'était pas jeté sur la droite. Il roula sur lui même et se releva. Un autre l'attaqua par-derrière en lui administrant un coup de poing d'une rare force dans le bas du dos qui propulsa Iston à plusieurs mètres de là.

Il se redressa, les genoux à terre, à demi-sonné. Il entendit un homme derrière lui sur le point de l'attaquer. Il posa les mains sur le sol et lança l'une de ses jambes en arrière, abattant son adversaire d'un coup de talon. Il continua sa roulade en avant et se redressa en se retournant vers ses ennemis.

« Cinq debout, quatre à terre dont deux qui se se relèvent. »

Sans perdre un instant, il tenta de pénétrer dans leur esprit pour les forcer à s'immobiliser. Rien ne se passa.

« Des hommes de l'Alliance, impossible. »

Les silhouettes vêtues entièrement de noir y compris le visage, venaient faire la démonstration de leur maîtrise de la glace et d'une force surhumaine. Tout du moins, deux d’entre eux. Or, il était évident que ces hommes étaient venus pour le tuer. Le seul peuple qui représentait une menace était l'Alliance. Or, aucun de ces humains ne possédait de pouvoir. Un esprit effleura celui d'Iston, le déstabilisant complètement.

« Un télépathe. »

Il tenta de dresser son bouclier mental, mais son adversaire fut plus rapide. Une douleur sourde, telle une lame d'acier pénétra dans son cortex cérébral et fit céder les défenses du roi, qui posa un genou à terre, sous le coup d'une douleur intense. Il releva son visage, une main posée sur sa tête et ne put que constater l'avancée de ses ennemis vers lui, prêt à l'abattre de leur épée, dont la luminosité du jour naissant refléta l'éclat de l'acier des lames. Iston ne manquait pas de pouvoirs, pourtant, il avait beau essayer de faire appel à l'une de ses maîtrises des éléments ou l'un de ses dons, rien n'y fit.

Il était seul au milieu d'adversaires, loin des gardes entourant le bâtiment principal. Il se sentait plus vulnérable que jamais sans pouvoir faire appel à l'un de ses dons. Cela ne signifiait qu'une chose, un effaceur, un être dont le don était de mettre en sommeil ceux de ses adversaires, se trouvait parmi eux. Cependant, Iston ne manquait pas de ressources. Ce dernier repéra le télépathe sur sa droite alors que celui-ci était encore dans son esprit à le faire souffrir. Le monarque s'élança à pleine vitesse, oubliant la douleur intense et le percuta violemment, l'assommant net.

Il récupéra son épée avant que son corps ne touche le sol. Ainsi armé et libéré de la douleur dans son crâne, il se retourna vers les autres quand soudain, une silhouette se matérialisa derrière lui, enfonçant sa lame dans son flanc.

Iston serra les dents et lança son coude vers le visage de celui qui l'avait atteint par-derrière. Il fut déstabilisé en ne rencontrant que du vide. La personne venait de se dématérialiser. Le monarque tendit la main vers celui qui accourait vers lui pour bloquer le souffle de glace. Le pouvoir d'Iston était de s'approprier des capacités de ceux l'entourant pour les faire siennes. Malheureusement, rien ne se produisit à nouveau, lui prouvant qu'un effaceur était à l’œuvre. Au dernier moment, il lança la lame qu'il tenait. Celle-ci traversa le souffle glacé et finit sa course dans le corps de l'homme alors qu'Iston sautait à nouveau sur le côté afin de se protéger.

« Plus que cinq encore debout. »

La silhouette se matérialisa à nouveau devant lui, son épée fendant l'air entre eux. Le roi bloqua la lame des deux mains avant qu'elle ne s'enfonce dans sa poitrine. D'un mouvement sec et rapide des mains, il la fit pivoter, désarmant son adversaire avec facilité. Il frappa celui-ci avec force au niveau du plexus. L'ennemi s'éleva à plus de dix mètres du sol en disparaissant dans la dense végétation.

Un ennemi plus massif que les autres chargea. Iston fit de même en récupérant dans sa course l'épée figée dans le corps d'un autre. Il tournoya au dernier instant utilisant sa vitesse elfique en s'accroupissant pour éviter le bras prêt à le frapper. Iston traça de sa lame une ligne rouge sang sur l'abdomen de son adversaire. Il se redressa alors que l'homme touché, baissait les yeux, visiblement surpris d'avoir été blessé et que du sang s'écoulait à ses pieds lui prouvant la véracité de son état. Il tomba à genoux.

« Toujours cinq dont un blessé » analysa le souverain, commençant à manquer de souffle suite à ses blessures.

L'un des hommes lança une attaque foudroyante. La vague d'électricité parcourut son bras et se dirigea vers Iston, brisant l'air de son éclat. Celle-ci fut déviée au dernier moment et détournée par l'un des elfes qui arrivait en courant pour qu'elle aille s'abattre sur un des leurs. Le corps fumant s'écroula.

L'alerte avait été donnée au grand soulagement du roi.

« Quatre dont un blessé. »

Les renforts arrivaient, menés par Asëa. Dans quelques minutes, ils seraient sur eux. Pourtant, les hommes de l'Alliance ne tentèrent pas de fuir. Bien au contraire, ils se rapprochèrent ensemble, entourant le souverain de toute part.

Soudain, Iston leva la tête en percevant la rafale d'air provoquée par le battement d'ailes avant qu'un souffle de feu ne s'abatte sur les silhouettes noires en contrebas. Il se retrouva cerné par un brasier dont il pouvait en ressentir la chaleur sans pour autant en être la victime, par le contrôle qu'exerçait sa sœur sur le feu. Les cris d'agonie des autres s'élevèrent alors.

— Fenära ! Arrête, ordonna-t-il au même instant.

La fournaise disparut, ne révélant qu'une terre calcinée, dont les cendres fumantes furent projetées dans les airs par les battements d'ailes du dragon, sur lequel était juchée la sœur du roi. Les particules encore incandescentes flottèrent dans l'air avant de perdre leur couleur rougeoyante. C'était un spectacle en soi que de voir cette femme à la chevelure d'argent, monter un animal si imposant et redoutable dont les écailles de couleur cuivre captaient les éclats du soleil.

Pourtant, Iston ne s'attarda pas sur cette vision et se déplaça rapidement, tentant de savoir si l'un des individus venus pour le tuer vivait encore. Il trouva huit cadavres complètement calcinés se mélangeant à la terre noircie.

« Ils étaient neuf. Où était le dernier ? »

Il lança son esprit, tout autour de lui et fut satisfait de percevoir enfin les siens qui l'entouraient. Ceux des elfes, dont celui d'Asëa et sa colère de ne pas avoir su le protéger. Il effleura l'esprit de sa sœur qui s'inquiétait de voir le torse de son frère recouvert de sang. Iston, sentait en effet, la douleur mordante de ses blessures, particulièrement celle de son flanc due à un coup d'épée et de celle de moindre importance à son épaule. Pourtant, il ne s'arrêta pas de chercher. Il perçut enfin, une autre conscience qui s'étiolait non loin de sa position, sur sa droite. Il courut, oubliant la douleur des braises sous ses pieds nus et tomba à genoux devant la personne dont toute la partie gauche du corps avait été brûlée, le tissu se mêlant à la chair apparente.

— Tue-le, lança rageusement Fenära en s'approchant de son frère après avoir sauté de plus de quatre mètres de sa fabuleuse monture.

— Je le veux vivant, répondit sourdement son frère avant de poser une main sur la tête et l'autre sur son torse, en se concentrant.

Il serra les dents et se prépara à la douleur. Celle-ci afflua brusquement, manquant de l'assommer, voire de le tuer par son intensité. Iston fit appel à son don de guérison pour tenter de ramener à la vie, la personne qui avait essayé de le tuer. Des brûlures apparurent sur le propre corps du roi alors qu'il faisait siennes les blessures de celui qu'il guérissait. Car, il ne possédait pas autant de pouvoir que les autres. Pour guérir, il devait partager les douleurs de son patient avant de pouvoir les effacer.

La torture se prolongea de longues minutes, alors qu'Iston tentait de rester conscient malgré son besoin désespéré de sombrer dans l'inconscience pour ne plus souffrir, de ne plus rien ressentir. Une à une, il se chargea de réparer les tissus endommagés, que cela soit la peau, mais aussi les nerfs et les tendons calcinés. Il perçut, sous ses mains, le corps de l'autre se convulser en réponse. Pourtant, il continua, car la vie qui demeurait encore dans cette enveloppe mortelle se renforça en revenant à la vie.

Iston avait pleinement conscience de la douleur qu'il devait ressentir pour en être lui-même la victime. Néanmoins, petit à petit, l'intensité de celle-ci diminua alors que les blessures disparaissaient de leurs deux corps.

Soudain, l'esprit de son patient frappa la conscience d'Iston. Il vit défiler en lui un flot d'images, de sensations, manquant de le faire sombrer dans le tumulte d'une autre vie. Il avait toujours érigé une barrière mentale lorsqu'il faisait appel à son don de télépathie nécessaire pour guérir. Pourtant, il n'avait jamais été aussi affaibli pour sauver une vie. Il n'eut pas la force d'ériger cette barrière qui lui évitait de pénétrer trop profondément dans l'esprit d'un autre. Il savait qu'il pouvait s'y perdre. Iston, pourtant exténué d'utiliser autant de pouvoir, se raccrocha à ce qu'il était, à qui il était. Néanmoins, le flot d'informations, d'émotions d'une intensité telle qu'il n'avait jamais personnellement ressenti, s'infiltra en lui.

« Je suis Iston, je suis Iston » se répéta-t-il inlassablement, pour se raccrocher à sa propre vie, sa propre identité.

Une vague de souvenirs déferla à nouveau.

Les douleurs physiques n'étaient plus, remplacées par les souffrances morales endurées par l'individu en qui il était, à laquelle il s'identifiait peu à peu. Des bribes de pensées s'élevèrent dans la conscience du roi.

" Je dois tuer cet homme, le chef de l'armée adverse. Telle est ma mission. C'est pour cela que je me suis entraînée. "

Iston aperçut sa propre personne s'avancer alors qu'il semblait dissimulé dans les fourrés depuis plusieurs jours. Il vit la scène à travers le regard d'un autre, d'un de ceux venus pour le tuer juste avant qu'ils ne l'attaquent.

" Arrogant. Ce chef est arrogant et suffisant pour se croire à l'abri en n'étant pas escorté. Jamais, un de nos chefs n'aurait eu cette impudence, cette naïveté. "

Les silhouettes autour de lui s'élancèrent alors que la personne dans laquelle Iston était resta en arrière, se concentrant afin de neutraliser les pouvoirs de leur cible permettant aux autres de l'atteindre.

« C'est l'effaceur, je suis l'effaceur » réalisa-t-il.

La bataille s'engagea et il en demeura le témoin privilégié. Or, même si celui qu'il voyait combattre devant lui face à un groupe d'hommes ne pouvait faire appel à son pouvoir que l'on disait grand étant donné qu'il était multiple, leur ennemi repoussa une à une leurs attaques. Ils réussirent à le blesser à plusieurs reprises alors que les autres tombaient les uns après les autres. Il était évident que du sang elfique coulait dans les veines de cet individu par la rapidité et la force dont il faisait preuve.

Le combat tournait en la défaveur des hommes de l'Alliance. Même le télépathe s'écroula et la voix du roi résonna dans son esprit en réclamant l'abandon du combat. La détermination s'affermit.

« J'ai été choisie, car je fais partie des meilleurs pour anéantir ceux qui se mettent sur notre chemin et sauver mon peuple de la destruction. Mes dirigeants m'ont choisi pour cette importante mission et j'en suis fière. »

Ce fut pour cela qu'elle se releva et s'élança à son tour dégainant ses deux lames et en courant vers le chef ennemi. Soudain, un imposant animal fit son apparition en descendant du ciel. Une allusion à l'histoire que le père de la personne dans la tête de laquelle Iston se trouvait. Les témoignages de ceux de l'Alliance qui avaient survécu à l'événement qu'ils nommèrent " la grande défaite " et qui avaient aussi fait face à cet animal planant au-dessus d'eux en cet instant. Un détail l'interpella sur le fait que ce monstre crachait du feu. Il s'identifiait totalement à celui en qui il était, tentant de s'échapper afin de ne pas être touché.

Trop tard.

La brûlure intense lui fit perdre tout repère et le jeta au sol.

L'inconscience. Le vide. Le silence.

À nouveau une accélération de souvenirs frappa la conscience d'Iston.

Des images se référant à la terre Elfique, si verdoyante et vivante se mélangeant à ceux d'un autre monde, fait uniquement de gris et de métal. Des souvenirs de la traversée dans un navire d'acier sur une mer déchaînée. Les réminiscences s'accélérèrent alors qu'il accédait à une mémoire plus ancienne. Iston pouvait voir à travers l'esprit de l'un de ses ennemis. Cela n'était pas la première fois, mais jamais aussi fourni en images, en pensées et englobant une existence tout entière. Et quelle existence !

Une vie de souffrance, de sacrifice fait uniquement d'exigence, d'une forme de cruauté où l'individualisme était banni. Chacun possédait une fonction, une utilité à la société, sans cela ils étaient balayés, broyés par le système. Un quotidien au cœur d'une cité souterraine. Un entraînement sans relâche, pour renforcer son corps, le poussant au-delà de ses limites. Toujours plus fort, toujours plus vite.

Des souffrances, des blessures, encore et toujours.

Depuis l'enfance, on lui apprenait à n'éprouver aucun sentiment, aucune peur. Tuer était devenu un mécanisme sans en ressentir d'état d'âme. Il exécutait les ordres de ses dirigeants et fit ce qui devait être fait pour la préservation de son peuple. Trop d'informations pour Iston qui se noyait inexorablement dans cette vie comme si ce vécu avait été sien.

Son statut de combattant faisait de lui, un privilégié dans ce monde où toute possession comme de simples vivres était distribuée avec parcimonie étant donné leur rareté. Même l'espace était limité, car précieux. Pourtant, il avait sa propre cellule, loin de la promiscuité des dortoirs pouvant contenir des centaines de gens. Son existence se résumait à s’entraîner avec ses frères d'armes et à utiliser ses capacités physiques et son pouvoir pour apporter satisfaction à son chef d'escouade. Tellement de visages indissociables, identiques filèrent dans sa tête sans aucun de ces individus ne comptent véritablement pour lui. Iston remonta le temps de cette existence, de celle qu’il considérait comme sienne à présent.

Le visage d'un homme apparut. Il lui souriait en lui caressant la joue. Enfin, de l'amour, un attachement envers une autre personne : Son père.

« Il est mort. »

Iston ressentit une peine profonde comme si lui aussi venait de perdre l'un de ses parents. Il réalisa alors pourquoi après le décès de son père alors qu'il n’était qu'un enfant, sa vie avait été si vide de sentiments. La détermination revint plus violente, plus sauvage de tuer ce peuple qui lui avait pris la seule personne qu'il n'avait jamais aimée. La conscience dans laquelle il était tenta de le rejeter, de le bannir en réalisant sa présence en lui alors que son corps était guéri et qu'il revenait à lui.

Iston fut arraché à celle-ci avant d'être englouti dans l'obscurité.



***


La combattante de l'Alliance ouvrit les yeux, la douleur l'ayant désertée sans savoir véritablement comment. Elle aperçut celui qu'elle devait tuer, si proche, si accessible. Une haine pure déferla en elle pour celui qui la surplombait, les yeux clos et les mains posées sur elle.



3 — SE RETROUVER



— Iston ? appela d'une voix paniquée, Fenära.

Elle tira en arrière son frère en l'arrachant à cette femme qu'il venait de sauver. Le corps massif et ensanglanté d'Iston retomba mollement sur le sol entre eux.

— Iston, réponds-moi, ordonna la semi-elfe à la chevelure argentée en retournant son frère sur le dos pour l'observer, morte d'angoisse.

— Je vous déconseille de faire cela, lâcha durement Asëa qui venait de poser la pointe de son épée sur le torse de l'étrangère.

Cette dernière s'était redressée et s'apprêtait à s'emparer de son poignard encore accroché à sa jambe droite alors que le reste de sa tenue était en lambeaux, une bonne partie brûlée. Celle-ci releva son visage vers la semi-elfe, avant de reporter son regard sur celui qu'elle devait abattre même si pour cela elle devait mourir. Elle n'eut pas le temps d'esquisser le moindre geste quand d'un mouvement souple, Asëa ayant perçu son intention grâce à son don, retourna son arme et frappa avec le pommeau de son épée la tête de son ennemie qui s'écroula, assommée.

— Emmenez cette...femme dans une cellule. N'oubliez pas de l’enchaîner au mur et ne laissez personne l'approcher, ordonna Asëa aux gardes qui formaient un cercle parfait autour du groupe.

La semi-elfe reporta toute son attention sur son ami qu'elle n'avait su protéger. Elle posa un genou à terre. Elle ne l'avait jamais vu comme cela, aussi affaibli, le teint blême, la peau recouverte d'une fine pellicule de transpiration et ses vêtements tachés de sang des blessures qu'il avait reçues.

— Pourquoi ne se réveille-t-il pas ? s'inquiéta Fenära en chassant une mèche de cheveux auburn du visage de son frère qu'elle caressa tendrement.

— Il a dû faire appel à trop de pouvoir pour la soigner sans compter ses propres blessures, jugea Asëa.

— Pourquoi l'a-t-il sauvée au lieu de l'abattre ? maugréa-t-elle sans pitié pour ce que leur rivale venait de faire à la personne qu'elle aimait le plus au monde.

Elle survolait la cité lorsque son dragon capta l'éclat des lames ce qui lui avait permis de secourir son frère. Il lui avait suffi de clore ses yeux pour l'apercevoir à nouveau encerclé par ces ombres venues pour le tuer. Fenära avait ordonné à son dragon d'attaquer en projetant un souffle de feu tout en maîtrisant celui-ci pour protéger Iston. Rares avaient été les occasions pour elle, d'utiliser son contrôle du feu pour exterminer ses adversaires. Ce qu'elle avait accordé à son dragon pour cette occasion. Pourtant, elle n'éprouvait aucun remord, aucune culpabilité ou peur dans ces moments-là, à la différence de son frère ou de sa mère. Elle était de la trempe de son père, Farathar, tout aussi inflexible et déterminée à réaliser ce qui devait l'être y compris le pire pour protéger son peuple.

Néanmoins, observer ainsi son frère et se sentir si impuissante à lui apporter son aide, elle ressentit une peur bien plus grande que tout ce qu'elle avait connu. Dans sa tête, espérant qu'il l'entende, elle le supplia de revenir, de s'éveiller, de lui accorder un de ses sourires si rares et cependant si étincelants au lieu de faire face à ce visage inanimé et marqué par la douleur. Asëa s'appliquait à compresser les plaies d'Iston sur son torse qu'il n'avait visiblement pas eu la force de soigner quand enfin l'un des guérisseurs arriva en pénétrant dans le cercle des gardes. L'elfe à la longue tunique bleu pâle s'accroupit et posa les mains sur la poitrine du roi en fermant les yeux. Les plaies se refermèrent, néanmoins, le monarque demeura inconscient.

— Il est guéri alors pourquoi ne se réveille-t-il pas ? questionna Fenära sitôt que le guérisseur eût ouvert les yeux.

— Son enveloppe physique l'est. Toutefois, j'ai décelé une perturbation importante dans son énergie. Il serait judicieux de faire appel à un télépathe pour voir ce qu'il en est, diagnostiqua le guérisseur du peuple de l'Eau, mis au service du monarque depuis plus d'une décade.

— Avant tout, nous devons le mettre à l'abri. Nous demeurons exposés à découvert sur ce terrain, intervint la pragmatique Asëa.

Un garde s'approcha et utilisa son don de télékinésie pour surélever le corps d'Iston et lui permettre de flotter jusqu'à la citadelle, puis dans sa chambre.



***


Deux jours et deux nuits. Ce fut le temps que passa Fenära au chevet de son frère qui ne se réveillait pas, demeurant immobile sur sa couche. Elle se chargea elle-même de la toilette du souverain, de lui faire boire des décoctions afin que ses forces ne faiblissent pas. Elle n'avait jamais eu l'occasion de s'occuper de lui ainsi. En fait, c'était toujours lui en tant qu’aîné qui avait veillé sur elle. Elle ne cessait de lui parler que ce soit à voix haute ou dans sa tête, mais il ne lui répondit pas, ce qui la contraint au désespoir. La jeune femme était allongée, auprès de son aîné, quand la porte s'ouvrit. Elle se redressa et aperçut Asëa.

— Qu'y a-t-il ?

— La délégation du peuple du Feu est dans la cité, annonça-t-elle.

Fenära se mit debout et courut en laissant le soin à son amie de veiller sur son frère. Elle savait que celle-ci s'en voulait terriblement de n'avoir pu le défendre, ce qu'elle ne lui reprochait nullement. Le trio avait grandi ensemble et chacun d'eux était prêt à tout pour se protéger mutuellement. Pieds nus, une robe blanche vaporeuse qu'elle ne prit pas la peine de recouvrir d'un manteau pour paraître décemment, la semi-elfe descendit avec rapidité l'escalier pour atteindre le rez-de-chaussée, lorsqu’enfin elle les vit. Elle n'arrêta sa course que lorsqu'elle fut cueillie dans les bras forts de son père qui la serra contre son cœur. Elle sanglota en se moquant bien du fait que des témoins observaient cette scène. Elle sentit les baisers de sa mère sur son visage, les mots doux et réconfortants de ses parents qu'elle n'avait revus depuis plus de deux ans. Farathar consentit enfin à relâcher et à poser au sol son enfant qui lui avait terriblement manqué.

— Père, il ne se réveille pas, hoqueta-t-elle alors que la main tendre de sa mère chassait les larmes sur ses joues.

— Nous sommes là, à présent, ma fille. Tu n'es plus seule, réconforta la voix profonde de Farathar.

Il se doutait que son épouse, Danielle, ne pouvait s'exprimer, trop prise par l'émotion de voir enfin leur fille tant espérée et de savoir leur fils qui était au plus mal. Farathar passa un bras sur les épaules de sa femme et l'autre sur ceux de Fenära.


— Allons le voir, décida-t-il en faisant ce pas qui lui fut pourtant si douloureux.

Depuis que son cœur avait trouvé en la personne de sa compagne venue d'un autre monde, son âme sœur, le Haut-Seigneur ne pouvait cesser de d’éprouver à nouveau cette émotion. Farathar aimait. Cet amour s'accompagnait irrémédiablement de ce qu'il n'avait jamais ressenti en plus de trois mille ans d'existence : la peur. Plus que jamais, cette angoisse tourmentait son âme de savoir l'un de ses enfants en danger. Il gravit ,accompagné des deux femmes de son existence, le grand escalier et pénétra dans la chambre du roi de la Nation Elfique : son fils. Ce dernier était allongé sur les draps blanc, immobile, les yeux clos. Danielle lui échappa lorsqu'elle courut pour se jeter sur leur enfant qui paraissait sans vie.


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