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UN MONDE D’ELFES ET D’HOMMES

Tome 6 : CERCLE





Sg HORIZONS



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ISBN: 979-10-92586-35-0

« loi n° 49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse, modifiée par la loi n° 2011-525 du 17 mai 2011 »

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1 – DÉCLARER



Une explosion la projeta en arrière. À plusieurs mètres du sol. Elle roula sur elle-même dans une cabriole aérienne parfaite. Puis, elle tendit les jambes en donnant un bon coup de reins et retomba, la gravité reprenant ses droits sur son corps. Ses pieds et ses mains touchèrent le sol et glissèrent sur la terre gorgée d’eau et de sang. Elle mit peu de temps à retrouver son équilibre. Elle se redressa en dégainant son épée dans le même mouvement. Sans perdre un instant de plus, elle se rua vers l’avant et traça des lignes d’un rouge sanglant sur les corps de ceux qui se mettaient en travers de son chemin. Elle ne percevait que les battements sourds de son propre cœur par-delà les bruits de fond que représentait le fracas de la guerre.

Détachée mentalement des atrocités auxquelles elle participait, elle esquiva les coups portés puis taillada des hommes toujours plus nombreux. Ils se déversaient par les portes de l’énorme bâtiment se profilant à l’horizon. Cette colonne d’acier d’une dizaine d’étages écrasait de son importance le terrain nu sur lequel faisait rage une bataille sanglante. Ces adversaires qu’elle combattait se montraient prêts à tout pour protéger cet édifice, comme ils l’étaient de s’en approcher pour l’investir. Afin d’éviter la rafale des balles qui fusaient dans sa direction, elle se laissa tomber à genoux, glissant en avant sur le sol boueux. Encore dans cette position, elle porta quelques mouvements souples de son épée de chaque côté d’elle et les hommes tombèrent sur son passage. Leurs armes n’avaient pu l’atteindre avant qu’elle ne les tue. Elle se redressait quand sa vision s’illumina brusquement et que la douleur éclata une fraction de seconde plus tard. Son rythme cardiaque s’accéléra en réponse et elle porta une main à son flanc. Du bout des doigts, elle y perçut le liquide visqueux et chaud. La mâchoire serrée, elle leva son bras armé pour couper en deux le canon de l’arme braquée encore dans sa direction et qui venait de la blesser. L’instant suivant, c’est sa lame qu’elle planta dans le cœur de celui qui la regardait encore avec stupéfaction juste avant qu’il ne s’écroule, mort. Sa respiration devint difficile et elle dut compresser de sa main libre la plaie qui saignait abondamment. La balle, qui venait de la traverser de son dos à son flanc droit, avait dû perforer l’un de ses poumons, analysa-t-elle.

Mais déjà, d’autres adversaires s’approchaient. Elle tenta à nouveau de lever le bras, mais son arme lui parut trop lourde pour cela. Le bruit métallique que sa lame fit en percutant le sol la renseigna quant au fait qu’elle ne l’avait plus en main. Elle vacilla sur ses jambes alors qu’un autre projectile lui déchira l’épaule gauche. La douleur, étourdissante. Ses jambes ployèrent sous elle, ses genoux percutant le sol. Le sang remonta dans sa gorge et gicla d’entre ses lèvres quand son attention se porta sur cet homme vêtu d’un uniforme sombre qui s’approchait d’elle en fendant la foule. Quelques détails permettaient de le distinguer de ses alliés l’entourant comme le fait qu’un casque dissimulait entièrement son visage. En fait, aucune partie de son corps n’était visible, le faisant apparaître plus spectre qu’homme. Ce casque protégeant sa tête se détacha du reste de son corps lorsqu’un elfe vêtu d’or sabra son cou du fil de sa hache. Son ennemi, dont les deux parties tombèrent près d’elle, n’avait pas eu le temps de l’atteindre pour l’achever.

« Rien qu’un répit » pensa-t-elle.

Sa vision se brouilla alors que le souffle vint à lui manquer. Les poumons et le corps en feu, elle serra les poings, tentant d’endiguer la souffrance qui l’avait mise à genoux. Elle releva la tête et put observer les hommes de l’Alliance combattant aux côtés de ceux de la Nation elfique, qu’ils soient elfes ou humains. La guerre entre eux n’était plus tandis qu’ils devaient faire face à un ennemi commun. Elle eut une sensation étrange de recul lorsque son corps chuta en arrière avant de percuter sans douceur le sol, vidant le peu d’air qui restait en elle. Une goutte d’eau s’écrasa et glissa sur son visage alors qu’il recommençait à pleuvoir. Une pluie drue s’abattit sans sommation sur le champ de bataille. Chaque goutte de pluie frappait avec violence celle allongée là, et leur bruit l’assourdissait. L’envie de se lever pour continuer à combattre la brûlait, mais elle en était proprement incapable. Elle ne pouvait que contempler le ciel chargé d’orages noirs qui éclairaient à intervalles réguliers cette scène de violence par l’éclat de la foudre zébrant le firmament.

Ce fut sur cette dernière image qu’Asëa s’éveilla. Le cœur tambourinant à grands coups dans sa poitrine, elle bascula ses jambes au bord du lit et ses pieds nus effleurèrent le sol, du bout des orteils, pour en percevoir la froideur. Elle peinait à reprendre pied dans la réalité. Son corps tremblait et était recouvert d’une sueur froide et collante. À nouveau, une vision de ce que serait leur futur, celui de la prochaine bataille qui se jouerait pour la survie de leur peuple, de leur monde, venait de la hanter. Cela faisait la quatrième fois en une semaine, ce qui était anormal. La raison devait être l’importance de cet événement, ou bien que celui-ci allait se produire dans très peu de temps. Ce qui la dérangeait le plus était de ne pas savoir avec exactitude qui vivrait ce qu’elle expérimentait chaque fois. Elle ne devenait qu’une spectatrice d’événements futurs, de ce que la destinée leur réservait. Elle avait réussi à déterminer que cette personne dans laquelle elle se retrouvait était une femme et visiblement une elfa ou semi-elfe au vu des capacités physiques qu’elle venait de démontrer. Celle-ci devait lui être proche pour lui avoir permis de recevoir cette prémonition. Elle se demandait si cette vision d’un futur proche appartenait à Fenära ou à Danielle, les deux seules femmes dont elle était suffisamment proche. Asëa ne pouvait pas les inquiéter en leur révélant ce qu’elle avait appris. D’autant plus qu’on ne lui avait pas permis de voir la fin de cette vision pour savoir si une survie était possible pour la personne concernée. C’était surtout cela qui la tourmentait.

La semi-elfe avait parfaitement conscience que jamais elle ne pourrait empêcher ce qui allait se produire dans les semaines ou les mois à venir. Elle ne pourrait tenter de dissuader les siens de rejoindre le territoire de l’Alliance de l’autre côté de l’océan, comme l’envisageait Iston. Elle connaissait ce dernier pour deviner que telle était son intention. Elle était restée auprès de lui les jours suivant sa révélation quant au fait qu’un autre ennemi que les hommes de l’Alliance faisait peser une menace bien plus importante pour leur peuple, pour leur monde. Son roi et ami s’était isolé pour pouvoir réfléchir aux options qui s’offraient à eux.

Asëa se leva, fit une rapide toilette et prit soin de dégager son visage en s’appliquant à tresser en partie sa chevelure blonde qu’elle laissa comme à son habitude libre à partir de la nuque. Elle rangea ses multiples lames de différentes longueurs aux emplacements prévus dans la tenue en cuir blanc qu’elle venait de revêtir. Celle-ci se composait d’un corset à manches courtes et d’un pantalon moulant sa fine silhouette. Prête, elle délaissa le petit espace qu’elle avait fait installer dans la chambre même de son roi et s’avança vers lui. Elle l’observa un moment, au pied de son lit trônant au milieu de cette spacieuse chambre. Étendu là, si immobile, il offrait une impression de vulnérabilité qui était loin d’être réelle.

Elle savait que même s’il était plongé dans sa méditation pour régénérer son corps, une partie de son esprit demeurait à l’écoute de son environnement direct. De l’observer ainsi lui rappela l’un de leurs souvenirs en commun, ces souvenirs si nombreux. Un de ceux durant les quelques années où ils formaient un couple. Elle le revoyait allongé dans leur lit, après qu’ils avaient passé toute la nuit à s’aimer. Rares avaient été les moments durant lesquels elle avait pu l’observer si détendu, le visage apaisé. Il était loin ce temps où le semi-elfe qu’elle avait appris à aimer, qui lui avait permis ce rapprochement entre eux, paraissait heureux. Il est vrai qu’elle l’avait toujours connu, même enfant, soucieux des autres, toujours sérieux. La vie lui avait offert quelques courtes années de liberté avant que la charge de dirigeant s’ajoute à celles que ses pouvoirs certes immenses faisaient peser sur lui. Depuis ce moment où il avait été choisi par des millions des leurs pour être leur guide, elle ne reconnaissait de lui que comme un être tourmenté, qui ne peut vivre pour lui-même. L’observant ainsi, les mains posées sur sa poitrine, Asëa aurait aimé pouvoir soulager son ami de toujours, d’être capable de lui offrir ne serait-ce qu’un instant de repos.

Quand elle percevait qu’Iston en avait besoin, elle s’arrangeait pour lui permettre d’avoir une compagne féminine qu’elle choisissait avec beaucoup de soin afin de s’assurer que cette femme, semi-elfe ou elfa, soit au goût du monarque ; mais surtout qu’elle soit digne de confiance et face preuve de discrétion. Bien sûr, elle connaissait son ami pour savoir qu’il séduirait la promise en question avant de ne serait-ce que tenter un rapprochement avec elle. Certaines d’entre elles savaient qui il était. Les autres, on les induisait en erreur quant à l’identité du monarque avec lequel elles passaient une ou deux nuits, guère davantage. Or, depuis leur arrivée à Lightalfheim, Iston avait refusé de laisser entrer qui que ce soit dans son intimité. Elle soupira et s’avança pour s’asseoir auprès de lui alors qu’elle perçut un changement dans sa respiration. Ce qui annonçait que sa méditation prenait fin.

Quelques minutes plus tard, il se redressa en position assise avant de se frotter le visage d’une main lasse. Asëa ne dit rien, attendant qu’il soit prêt à se confier, ce qu’il ne fit pas. Iston resta un moment ainsi, le buste penché en avant, les jambes légèrement repliées. Elle se glissa derrière lui, écarta la chevelure auburn qu’elle reposa sur son épaule gauche et s’appliqua à masser la nuque, percevant qu’il en avait besoin. Il sembla se détendre légèrement alors que son corps musculeux était noué par l’anxiété qu’il ressentait en permanence. Elle glissa ses mains sous la chemise ouverte qu’il portait pour masser ses épaules qu’elle sentait contractées. Iston mit les bras en arrière pour lui permettre de retirer son vêtement, ce qu’elle fit. Il soupira de contentement, mais à nouveau, il revint sur le sujet qui le préoccupait :

— As-tu vu autre chose ?

— Non.

Asëa n’appréciait vraiment pas de ne pas pouvoir aider son monarque en lui fournissant de nouvelles informations qu’elle aurait pu collecter dans ses visions. Elle n’avait pas eu besoin de lui dire qu’elle avait eu une nouvelle prémonition alors qu’il avait dû le percevoir en elle. Il se saisit de l’une de ses mains qu’il ramena sur son buste avant de se laisser aller contre elle en arrière. Rares étaient ces moments de démonstration du lien qui les liait comme c’était le cas à cet instant. Elle enroula ses bras autour de son buste en appréciant le fait qu’il tentait de la réconforter à sa manière. Tous deux poussèrent un profond soupir. Il était bon de savoir qu’une personne ressentait cela pour elle, d’être sûre qu’Iston serait toujours là pour Asëa et inversement.

Il apprécia également ce moment de détente entre eux. D’autant plus qu’il était déstabilisé de se sentir aussi démuni face à cette nouvelle menace. Il vint à se demander si ce n’était pas celle-ci qui le hantait depuis des mois et non l’affrontement qui avait eu lieu avec les hommes de l’Alliance deux semaines plus tôt. Malgré des pertes conséquentes dans leur camp, ils avaient pu les vaincre aisément grâce à leur coalition.

Un long silence s’installa dans la pièce à laquelle des voilages blancs suspendus devant les balcons et sur le lit à baldaquin donnaient un peu de vie.

— À quoi penses-tu ? s’enquit Asëa derrière lui en se mettant à lui caresser d’une main les cheveux.

— À réunir le Conseil elfique ainsi que les personnalités les plus importantes de notre peuple présentes à Lightalfheim pour leur révéler ce que nous savons.

— Comptes-tu leur demander leur avis où tu as déjà pris ta décision ?

Iston soupira et se détacha de son amie pour se lever. Il se dirigea d’un pas souple vers l’un des trois balcons longeant la façade sur leur gauche. Asëa prit place au bord du lit ne voulant pas salir plus longtemps les draps blancs des bottes qu’elle portait. Les mains à plat sur le matelas de chaque côté d’elle, elle fixa le dallage de marbre blanc incrusté d’éclats dorés.

— Que penses-tu que nous devrions faire ? lui demanda Iston, ce qui la surprit puisqu’il ne lui avait pas demandé son avis après ses révélations sur sa prémonition.

Elle releva la tête et nota qu’il avait seulement tourné la sienne vers elle.

— Tu sais ce qu’il nous faut faire, mon ami. La prémonition est claire et nous montre la voie.

— Se rendre là-bas pour combattre ces gens dans leur tour d’acier.

Il énonça cela après s'être retourné vers l'extérieur. Les bras croisés, il observait Lightalfheim de leur point de vue culminant qu’offraient ces appartements au dernier étage.

— La vraie question que je me pose est comment quelques milliers de ces ennemis pourraient-ils faire peser une menace bien plus grande que ceux de l’Alliance ? demanda Asëa.

— Pourtant, je ressens comme toi ce danger imminent capable de modifier l’ordre de notre monde. Je pense d’ailleurs que ce pressentiment ne cesse de me tourmenter depuis plusieurs mois.

Asëa se redressa et s’avança vers son monarque en s’arrêtant à quelques pas derrière lui. Il reprit.

— Je pensais que cela concernait la tentative d’assassinat dont j’ai été victime puis cette bataille, mais je n’ai jamais ressenti ce malaise qui ne fait que croître et polluer mon esprit. J’aurais dû me douter que c’était bien plus important que cette attaque alors que nous en avons subi quelques-unes par le passé sans que cela me perturbe autant.

— Il est évident que nous avons tous pu constater ta fatigue autant physique que psychologique, mais je ne pensais pas que c’était si important, dit-elle en prenant la réelle mesure du trouble qu’Iston subissait. Tu aurais dû en parler, à moi ou à un autre.

Il se retourna et eut un sourire las vers elle. Il savait que son entourage s’inquiétait le concernant et qu’ils seraient tous disposés à l’aider, à l’écouter. Et pourtant. Il était plus qu’un fils, un frère ou un ami. Il était avant tout un roi dont l’existence se résumait à la charge qui lui incombait. Chaque jour, il se devait de prendre des décisions qui pouvaient être lourdes de conséquences pour une personne comme pour des millions. Il ne pouvait faire partager cette charge à aucun autre et surtout pas à son entourage, même si son père comprenait ce qu’il vivait ou si Asëa en était le témoin privilégié. Ce n’était pas en rapport avec un problème de confiance, bien au contraire, mais plutôt un fardeau qu’il ne voulait pas faire peser sur les gens qu’il aimait. Son entourage se doutait des devoirs qui étaient les siens, mais il dissimulait une part d’ombre, des prémonitions qui hantaient ses jours et ses nuits sur un futur encore incertain. Il posa une main sur l’un des piliers en pierre et observa le panorama que ce balcon lui offrait. Par-delà les murailles de la cité, l'horizon disparaissait derrière un rideau de pluie, uniformément gris. Iston aimait observer une bonne averse. Pourtant, la beauté de ce magnifique paysage n’apaisait pas son âme.

***



Au cours de cette même journée, tous deux se trouvaient debout autour de la table du Conseil au dernier étage de la citadelle de Lightalfheim. Le roi exposa calmement les faits cités par Asëa et ajouta ce qu’il avait perçu de cette menace par le biais de ses pouvoirs. Peu réagirent à l’annonce d’un nouvel ennemi plus dangereux que celui de l’Alliance. Cela n’avait rien d’étonnant de la part des elfes qui ne démontrent que rarement leurs émotions si ce n’est ceux appartenant au peuple du Feu. Mais même ces derniers se montrèrent circonspects et maîtres de leurs émotions quant au fait qui leur faudrait combattre à nouveau. Farathar parut même satisfait par cette occasion de se battre et nullement inquiet. D’autant plus que son fils envisageait de partir pour le continent des hommes afin de faire face à cette menace et non attendre que leur nouvel ennemi prenne de l’importance. Le Haut-Seigneur du Feu fit preuve d’enthousiasme quant au fait de rejoindre la terre de leur ennemi depuis une soixantaine d’années.

— Nous rendre là-bas sera l’occasion d’en apprendre davantage sur les hommes de l’Alliance, annonça-t-il.

— Pour quoi faire ? avait rétorqué son épouse.

— Il faut voir cela à long terme. Si effectivement nous devons combattre à leurs côtés, au moins nous en tirerons une connaissance de nos alliés temporaire que nous pourrons utiliser contre eux, le moment venu.

— Ah ! Je me disais aussi, sourit Danielle.

— La non-violence est l’âme des braves. Pourquoi courir au-devant d’un conflit ? intervint un chef de la tribu des Crow.

— Parce qu’il arrive que la seule solution que nous ayons pour enrayer de grandes violences soit de la devancer, répondit Fenära.

— Vous dites que vous voulez vous rendre sur le territoire de l’Alliance, mais, sans vouloir vous manquer de respect, mon roi, comment être sûr qu’ils ne vont pas nous prendre pour cible lorsque nous accosterons ? s’enquit Eressëa.

— Il est vrai que toutes leurs actions envers nos peuples n’ont été que violentes, intrusives et destructrices, acquiesça une elfa.

— Je pense qu’il est plus judicieux que ce combat se déroule sur le territoire ennemi que sur le nôtre, intervint un autre.

— Pour ma part, je crois qu’il est prudent de tenter de récolter un maximum d’informations sur ce nouvel ennemi avant d’envisager de nous confronter à lui, contredit un elfe faisant partie du Conseil elfique.

Il n’était pas le seul à se montrer réticent à engager le combat bien qu’il ne remît nullement en question la véracité des informations qui venaient d’être confiées autour de cette table.

D’autres s’exprimèrent en ce sens, alors qu’Iston, les mains croisées dans le dos et le visage baissé vers le sol transparent, observait le mouvement des feuilles dans les branches de l’arbre de la Mère-Monde. La salle suspendue dans laquelle ils se trouvaient surplombait l’arbre, formant un cocon de verre et de pierre pour le protéger, le chérir. Il était rassurant de constater que les pensées qui parvenaient à Iston correspondaient aux paroles échangées, qu’ils soient hommes ou elfes. Nulle tricherie, nul mensonge n’étaient exprimés. Certes, concernant les elfes, ils ne confiaient qu’une parcelle de leur réflexion. Iston pouvait entendre le cheminement complexe de leur raisonnement. Ces êtres examinaient tous la situation dans son ensemble et prenaient un maximum de paramètres en compte pour être capables d’offrir un avis éclairé. Les elfes du peuple de l’Air plus que les autres privilégiaient la réflexion avant d’agir. Iston se concentra à nouveau sur l’arbre afin de pouvoir chasser les pensées des autres dans sa tête. Il pouvait presque voir la brise qui caressait le feuillage, lui offrant un instant de répit bien vite interrompu lorsqu’une personne l’interpella. Il leva la tête et ses prunelles bleutées croisèrent brièvement celles des autres qui patientaient dans le silence en attendant que leur souverain s’exprime.

— Je suis d’accord avec vous. Il nous faut obtenir des informations sur notre nouvel ennemi. Pourtant, nous ne pouvons leur offrir du temps supplémentaire et leur permettre une éventuelle victoire sur l’Alliance. Nous ne savons pas depuis combien de temps ces deux camps s’opposent et je me doute que cela explique le besoin urgent des hommes de l’Alliance de conquérir notre territoire.

— Peut-être veulent-ils fuir le conflit qui se joue là-bas ? suggéra Danielle.

— C’est ce que je pense, en effet. Bien qu’ils n’aient sûrement pas renoncé à s’emparer de nos terres, il semble évident qu’ils avaient concentré leurs efforts à tenter d’améliorer leurs conditions de vie sur leur propre territoire en attendant le moment opportun de revenir ici, acquiesça Iston. Leur tentative d’invasion s’est toujours expliquée par un besoin d’espaces de vie où de s’implanter alors qu’ils ont ravagé les deux continents par les guerres et leur mode de vie. Pourtant, nous sommes tous conscients à présent que la recrudescence soudaine de leurs attaques a pour cause un nouvel ennemi qui doit combattre sur leur propre territoire. Il y a de fortes probabilités pour qu’ils envisagent d’abandonner celui-ci pour fuir vers le nôtre. Cela signifie probablement qu’ils sont en train de perdre cette guerre.

Un regard circulaire sur l’assemblée lui suffit pour comprendre que ces gens étaient du même avis que le sien. Il leur fallait agir pour éviter que ce conflit ne devienne mondial comme l’avait annoncé Asëa. Et pour cela, il ne fallait pas permettre à leur ennemi d’engranger davantage de puissance. Agir au plus tôt avant qu’il ne soit trop tard. Son regard capta celui d’Anarion qui ne s’était pas exprimé depuis le début de cette assemblée. Il n’avait pas besoin de faire appel à l’un de ses dons pour savoir qu’il était stressé.

— Haut-Seigneur ? l’interpella-t-il afin de lui permettre de s’exprimer et prendre position au vu de son statut de dirigeant.

— Je suis d’accord avec vous et favorable à l’envoi d’une expédition.

— Y compris si cela signifie apporter notre assistance au peuple de l’Alliance pour mettre un terme à cette nouvelle menace ? insista Iston en sachant l’aversion qu’avait Anarion envers ces hommes.

— Oui.

Cette affirmation fut brève, mais forte. Anarion ramena ses mains derrière son dos bien que beaucoup notèrent les poings serrés du dirigeant, qui confirmaient l’expression de son visage crispé. Percevant le fait qu’Anarion n’appréciait pas cette attention soutenue sur sa personne dans un moment qu’il considérait comme de la faiblesse, Iston s’arrangea pour détourner l’attention de l’assistance. Anarion lui fut reconnaissant de cette bienveillance. Il avait quelques difficultés à se maîtriser ces derniers temps. Lui qui s’était toujours montré maître de ses émotions, y compris lors des périodes les plus troubles de sa longue existence, voilà qu’il était soumis au trouble émotionnel, qui plus est devant témoins. Il se concentra, muselant ses sentiments. Son attention fut attirée par leur monarque qui posa les mains sur la table avant de s’exprimer :

— Nous sommes tous d’accord ?

— Oui, répondirent-ils tous d’une seule voix.

Iston se redressa puis releva son visage pour fixer des yeux ses gens avant de déclamer d’une voix profonde :

— Que notre armée se tienne prête. Faites savoir à notre peuple que c’est à présent nous qui passons à l’offensive.




2 — S’OFFRIR



Farathar pénétra dans les appartements à l’avant-dernier étage de la citadelle ; ils se trouvaient sous ceux de son fils. Il venait de passer une bonne partie de la journée avec lui afin d’organiser au mieux les événements à venir. En pénétrant dans la pièce principale d’un bon pas, il réfléchit sur les implications de la décision que son fils avait prise la veille. Il se réjouit de traverser prochainement la mer et d’accoster ce même continent où il avait passé les premières années de son existence dans ce monde. Sans compter que ça représentait une grande joie pour lui de pouvoir participer à une bataille qui s’annonçait épique. Il sourit par avance à ce qu’un peu d’actions illumine son existence qui lui paraissait bien terne par moment.

Arrivé dans la chambre, il constata que cette dernière était vide de la présence de son épouse. Il pensa qu’elle devait être quelque part dans la citadelle, sûrement à courir derrière leur fils. Son sourire s’élargit, cette scène comique apparaissant dans son esprit. Danielle était une mère des plus attentionnées. « Collante », dirait Fenära. Elle n’avait jamais voulu laisser leurs enfants mener leur enfance seuls comme le veut la tradition de son peuple. Les petits devaient très tôt être indépendants. Il leur fallait faire leur propre éducation en étant libres de leurs mouvements. Ils rencontreraient alors qui ils voulaient afin d’en apprendre davantage. Or, son épouse n’avait de cesse de vouloir les surveiller, les accompagner où qu’ils aillent. Il n’était pas constructif pour l’un de leurs enfants, y compris s’ils n’étaient que semi-elfes, d’apprendre d’une seule personne. Diversifier les professeurs qu’étaient les membres de leur communauté était essentiel. Cela permettait également de faire partie intégrante d’un groupe, de ne pas être isolé, et ce dès leur plus jeune âge. Ce fut ce qu’il tenta d’expliquer à son épouse. Bien sûr, cela avait donné lieu à de nombreuses confrontations entre eux, et Farathar avait fait preuve de beaucoup de patience et surtout de compréhension en sachant que tout cela était nouveau pour celle qu’il aimait. Il comprenait le fait qu’elle n’avait pas été élevée par des elfes et qu’elle avait vécu la majorité de sa si brève existence, comparée à la sienne, dans un autre monde. D’autant plus que dès ses premiers jours de vie, leur fils avait été mis en danger par des traîtres qui avaient attenté à sa vie. Farathar ne pouvait s’empêcher de ressentir de la colère en repensant à cet épisode qui remontait pourtant à une soixantaine d’années. Son sourire disparut instamment.

« Oui, une bonne bataille fera l’affaire », se dit-il en commençant à se dévêtir.

Il n’eut pas besoin d’allumer davantage de bougies, le peu qui étaient déjà allumées et disséminées de-ci de-là sur des chandeliers baignaient la chambre d’une douce lumière. Lui voyait parfaitement dans l’obscurité. Il posa un pied sur le banc de bois blanc au pied du grand lit afin de défaire les attaches en métal de sa botte droite. Il s’appliqua à retirer l’autre avant de se défaire de la ceinture portant sa longue épée. Il se pencha avec l’intention de la poser sur le lit lorsqu’il perçut une présence derrière lui. L’épée en main dont il resserra la prise dans sa paume, il se retourna lentement. Un simple regard circulaire sur le lieu lui apprit qu’il était bien seul. Pourtant, il écoutait toujours ce que son instinct lui dictait et celui-ci le mettait en garde à cet instant. C’est alors qu’il perçut sa présence, bien avant qu’une jambe galbée n’apparaisse dans l’encadrement de la porte. Il sourit à nouveau et se détendit en devinant de quoi il en retournait. S’éleva alors une sorte de musique que sa femme fredonnait lorsqu’elle lui dédiait l’un de ses moments « tentation », comme elle les nommait. La jambe nue à la peau de nacre se présenta à nouveau. Il ne voyait que cela, le reste de son corps demeurait dissimulé derrière la paroi.

Après avoir posé son épée sur la courtepointe, Farathar s’assit sur le banc derrière lui. Il poussa du pied ses bottes et le sourire lui revint. Il voulait profiter du spectacle que lui offrait son épouse qui apparut enfin. Elle portait une sorte de nuisette ultra courte, couvrant à peine ses hanches pleines. Le tissu était particulièrement fin, laissant se dessiner les courbes voluptueuses de celle qui faisait battre son cœur depuis leur rencontre. Elle entama une danse lascive en ondulant son corps, ses mains ancrées de chaque côté du chambranle de la porte. Il se souvint parfaitement de la première fois où elle s’était exposée ainsi à sa vue dans leur chambre, peu de temps après leur union. Il avait été si surpris qu’il lui avait fallu quelques minutes pour enfin réaliser que ce n’était pas un rêve. Il était vrai qu’aucune de ses anciennes amantes – et il en avait eu beaucoup au cours de ses trois mille ans d’existence – n’avait agi si étrangement dans leur moment d’intimité. Sur la pointe des pieds, elle se baissa à nouveau en pliant les jambes accolées l’une contre l’autre avant de les écarter soudain, dans une position des plus suggestives qui fit monter la température chez son époux. Elle se redressa en se penchant bien en avant, exposant sa poitrine généreuse, qui débordait du corset rouge qu’elle portait sous le tissu transparent de la même couleur.

Elle continua sa danse avant de s’avancer vers lui d’une démarche langoureuse. Farathar n’en perdait pas un instant, appréciant ce moment de détente qu’elle lui offrait après tout ce qui s’était passé dernièrement : l’état inquiétant de leur fils à leur arrivée à Álfheim, leur voyage entre celle-ci et Lightalfheim alors assiégée. Puis la bataille dans laquelle il avait sauvé de justesse son épouse d’une mort certaine. Danielle se planta devant lui, ses mains glissant dans sa longue chevelure. Il ferma les yeux ; il adorait qu’elle le touchât ainsi. Son odeur emplit ses sens et il s’y perdit, décuplant l’envie qu’elle provoquait en lui. Les mains de Danielle délaissèrent sa tête, glissèrent sur ses bras nus avant de se poser sur les mains de son époux. Elle prit celles-ci et les posa sur ses hanches, ses doigts entremêlés aux siens avant qu’elle ne se mette à onduler à nouveau. Il accompagna les mouvements de sa seule amante qui se tenait là, entre ses jambes.

— Tu sais que j’adore quand tu fais ça, susurra-t-il toujours les yeux clos.

— Et toi, que tu me touches ainsi, mon amour.

L’instant suivant, il la sentit se pencher vers lui, l’incitant à lever son visage vers elle. Les lèvres de Danielle se posèrent sur les siennes dans un doux baiser. Il la laissa mener la danse.

« Si elle veut de la tendresse, je saurai lui en donner », se décida-t-il.

Elle écarta les jambes pour permettre aux siennes d’être au milieu, puis elle prit place sur ses cuisses, sans cesser de l’embrasser. Ses mains délaissèrent les siennes encore ancrées à son bassin, puis s’enroulèrent autour de sa nuque. Elle en profita pour dévoiler son cou en déplaçant ses cheveux sur une épaule. De ses lèvres, son épouse embrassa cette partie sensible de son anatomie qui le fit frissonner.

— J’adore ton odeur, murmura-t-elle, son souffle chaud sur sa peau augmentant le frisson qui l’électrisait entièrement. J’adore sentir le cuir de ton pantalon sur ma peau nue, percevoir la chaleur de ton corps embrasant le mien. Touche-moi.

Il fit ce qu’elle lui demanda, sa main droite prenant en coupe l’un de ses seins pleins dont il se mit à titiller l’extrémité. La respiration de sa compagne s’accéléra en réponse à son toucher. Il connaissait son corps par cœur. Il savait parfaitement comment lui procurer mille délices ou tortures. Une soixantaine d’années de vie commune et il possédait totalement le corps de son épouse. C’était également son cas : ses lèvres reprirent leur chemin dans son cou jusqu’au lobe de l’une de ses oreilles qu’elle commença à sucer. Elle défit, au niveau de ses reins, son large ceinturon qui couvrait en grande partie son abdomen. La bande épaisse de cuir noir tomba à leurs pieds sans que ni l’un ni l’autre s’en soucie. Elle se leva, son regard de braise ancré à celui de son époux devant lequel elle s’agenouilla. Farathar lui caressa tendrement ses cheveux tandis qu’elle posa ses lèvres sur son torse en suivant les tracés de ses tatouages en écriture elfique.

— Aimes-tu quand je t’embrasse ainsi ? lui demanda-t-elle.

— Tu sais bien que oui.

En réponse, elle s’activa sur les lacets de son pantalon.

— En veux-tu davantage ?

La main de Farathar qu’il glissait dans les cheveux de son épouse se figea. Il ne répondit pas. Ce fut Danielle qui l’observa en premier, ancrant son regard ambré au sien, d’un bleu pâle.

— Non.

— Non, tu ne veux pas que je continue ce que je suis en train de faire ? questionna-t-elle, une main s’apprêtant à glisser sous le vêtement.

— Non, tu ne viens pas.

Elle le fixa un moment sans bouger puis, comprenant qu’il était sérieux, elle se leva d’un bond.

— De toute manière que tu le veilles ou non, c’est exactement ce que je vais faire.

Farathar croisa les bras sur sa large poitrine et la toisa avec condescendance bien qu’encore assis. Il ne la lâcha pas des yeux. Elle était sublime dans cette tenue surtout quand elle était en colère comme à cet instant.

— Tu aurais dû attendre un peu avant de révéler ton plan, ma femme.

— Oh, ça va ! s’exaspéra-t-elle en se mettant à marcher de long en large devant lui. Je veux venir et…

— … tu es mon épouse et à ce titre, il te faut guider notre peuple lorsque je serai au loin…

— … pour que tu ailles t’amuser, l’interrompit-elle en s’arrêtant devant lui, les mains sur les hanches.

Elle souffla avant de se forcer au calme. Ce n’était pas la première fois qu’ils s’affrontaient et ce n’était certainement pas la dernière. Leur couple avait connu des hauts et des bas. Durant quelques années, ils s’étaient même séparés, Farathar étant resté à Swartalfeim et Danielle s’éloignant de lui et de sa cité. Ils avaient fini par se retrouver, leur séparation leur étant devenu invivable à tous deux. Cette fois-ci, c’était Danielle qui était venue à lui. Elle avait prévu de charmer son époux en imitant la scène du strip-tease du film « Neuf semaines 1/2 » dont elle avait fredonné la chanson un peu plus tôt. Et ce dans le but de le convaincre de la laisser les accompagner. Il n’avait pu en discuter, mais elle se doutait qu’il était contre. Cette petite confrontation confirmait ses doutes. Néanmoins, il était hors de question qu’elle reste là, tranquillement, alors que son fils et son époux se rendraient sur le continent de l’Alliance pour y combattre sans elle.

— Je vous accompagne, répéta-t-elle sur un ton qui n’émettait aucune objection.

Farathar se redressa et fit un pas vers elle qui s’appliqua à reculer en réponse. Quand il la touchait, elle perdait tous ses moyens. Et elle était prête à se battre s’il le fallait pour qu’il la laisse faire.

— Danielle, pense aux autres, à notre peuple. Tu te dois de te montrer raisonnable pour changer.

— Pour changer ? Attends, je ne fais que ça depuis quoi ? Des lustres, le coupa-t-elle en se remettant à marcher, preuve de son anxiété. Je reste bien tranquillement à Svartalfheim, car bien sûr, il ne faut pas que je prenne de risques dans le cas où toi tu mourrais, étant donné que tu ne fais que ça, toi. Prendre des risques !

— Ce n’est pas vrai et souviens-toi que je t’ai permis de participer à la dernière bataille en me laissant convaincre par ton jeu. Or, tu sais comme moi que c’est toi qui as failli perdre la vie et…

Danielle abolit la distance entre eux avant de poser un doigt accusateur sur le torse nu de son époux en ne cessant de le foudroyer du regard.

— Arrête un peu. Je t’ai sauvé les miches et plusieurs fois là-bas, mon grand. Et pas que toi…

— … Je ne remets nullement en cause tes compétences au combat, épouse, dit-il en conservant un ton calme. Ton don a permis aux nôtres d’être décuplés et…

— … Tu oublies mes petites lames volant un peu partout pour abattre ceux qui s’apprêtaient à vous tuer.

— Aussi. Tu es une combattante hors pair, ma douce. Mais, ce qui nous attend là-bas est différ...

— … bien plus dangereux, tu veux dire !

— S’il te plaît, pourrais-tu me permettre de finir l’une de mes phrases, je te prie, s’impatienta-t-il, son exagération prenant le pas sur la maîtrise de ses émotions.

— Je connais par cœur ce que tu vas me dire. Pas la peine de gaspiller ta salive.

Sur ces mots, elle leva le menton dans un air de défi puis tourna les talons en se dirigeant vers la porte. C’est avant qu’un poids lourd ne la percute par-derrière et ne la colle au mur. Le souffle chaud de Farathar glissa dans son cou.

— Je ne peux te perdre. Je serais prêt à tuer autant d’hommes qu’il le faudra, des millions d’individus représentant l’Alliance ou tout autre ennemi pour ne serait-ce que te mettre à l’abri ! Comprends-tu ?

Elle posa ses mains sur les bras de son époux qui l’enserraient contre lui avant de tourner son visage de côté pour pouvoir le regarder et lui dire :

— Et moi, je serais prête à en combattre autant si cela me permettait de rester auprès de toi. Je me suis fait une promesse, Farathar, celle d’être toujours auprès de toi, y compris lorsqu’il nous faut guerroyer.

Il retourna d’un geste vif sa femme entre ses bras avant de la plaquer à nouveau contre le mur sans douceur. Il ancra son regard dans le sien.

— Tu sais pourtant que si tu meurs, je mourrais d’une manière ou d’une autre. Pourquoi ne peux-tu pas penser à notre peuple qui se retrouvera sans dirigeants, à nos enfants, sans parents ?

Danielle porta une main au visage de celui qu’elle aimait.

— Je sais que si je devais vivre sans toi, je ne serais qu’une coquille vide. Je n’aurais plus de raison de vivre, d’exister. Est-ce ce que tu souhaites pour moi ? Une femme à qui on aura arraché tout amour, une femme désespérée, malheureuse ? Penses-tu alors que je serais une bonne dirigeante ? Que je serais une mère aimante en sachant que celle que tous ont connue sera morte à l’instant où toi tu ne seras plus ?

Farathar poussa un profond soupir et accola son front à celui de sa compagne. Les mains de cette dernière lui enserrèrent la nuque pour le retenir près d’elle. Car tous deux avaient conscience de la véracité de leurs paroles respectives.

— Je t’aime plus que ma vie, ajoute-t-elle dans un murmure.

— Comme toi que la mienne.

Nul autre mot n’avait besoin d’être dit. La bouche de Farathar emprisonna celle de Danielle qui lui offrit autant d’intensité que lui, le lui en donnait. Il se plaqua contre le corps de celle qui lui faisait autant d’effet. Des milliers d’années sans éprouver de sentiments et une poignée de décennies sans être capable de les maîtriser. Il n’attendit pas qu’ils fussent tous deux complètement nus pour la faire sienne. C’est avec urgence qu’ils s’offrirent ce que leurs corps, leurs âmes réclamaient, à savoir l’autre, pour se sentir complets. L’assouvissement de leur désir réalisé, ils s’écroulèrent sur le sol, Farathar allongé en partie sur le dos de son amante qui haletait sous lui. Il déplaça d’une main la masse soyeuse de la chevelure auburn de Danielle pour dénuder une épaule qu’il se mit à caresser tendrement. Du bout des doigts, il traça des arabesques sur sa peau recouverte d’une fine pellicule de transpiration.

— Promets-moi que quoiqu’il arrive, tu ne les laisseras pas te faire prisonnière.

Danielle se redressa sur ses coudes pour se retourner. Farathar se souleva pour la libérer de son poids. Elle se rallongea, mais cette fois-ci face à lui afin de pouvoir lui caresser tendrement le visage et ancrer son regard au sien.

— Je te le promets. D’une manière ou d’une autre, je serai avec toi.

Farathar comprit ce qu’elle insinuait, le fait qu’elle le suivrait, que ce soit dans la vie ou dans la mort. Sa main descendit à son épaule, puis sur son avant-bras, alors que sa paume était posée au sol près de son visage.

— Dis-moi ? lui demanda-t-il, devinant son envie de parler.

— Regrettes-tu le fait que si tu ne m’avais pas dans ton existence, hé bien tu n’envisagerais peut-être pas le fait de mettre un terme à ta vie et ainsi abandonner les nôtres à leur sort ?

— Quelle vie ? Tu le sais, pourtant. Tu l’as vu. Avant toi, je n’existais pas vraiment. Je n’étais qu’une fonction, amour. C’est toi qui m’as offert l’envie de vivre, Danielle.

Elle remonta sa jambe gauche pour la poser sur celle de son époux à présent nu entre ses bras. Ainsi fait, elle le sentait au plus près de lui, leurs corps soudés l’un à l’autre.

— Penses-tu vraiment que le sort de ce monde est en jeu ? demanda-t-elle après un moment.

— De cela, je ne suis pas sûr, avoua-t-il en posant son visage sur la poitrine nue de sa compagne qui se mit à lui caresser le dos.

Le vent s’intensifia à l’extérieur. Une brise fraîche du matin qui se levait s’infiltra dans la chambre et sur le corps des amants enlacés là, sur le dallage, entre leur lit et la porte laissée ouverte.

— Et tel que je te connais, je suppose que tu es ravi de participer à cette future bataille, hein ?

L’air sérieux qu’avait pris Farathar disparut aussi rapidement. Il laissa place à un sourire malicieux.

— Oui, une bonne bataille, s’extasia-t-il. Oh, j’espère qu’ils seront nombreux à défaut d’être à la hauteur.

— Tu vas me faire mourir, sais-tu ? Je ne connais pas une autre personne qui se réjouit de participer à un de ces combats sanglants si ce n’est notre fille ou Nerwen, peut-être, dit-elle.

De la tristesse voila le regard de la femme avant que Farathar, percevant son trouble, ne roule sur lui-même, entraînant sa compagne dans son élan. Celle-ci se retrouva au-dessus de lui, dans un éclat de rire.

— Dis-moi un peu ce que tu vas leur faire, demanda-t-elle en sachant quel plaisir cela serait pour son cher, mais barbare époux.

— Je vais les faire souffrir avant de les tuer, mais rapidement, je ne suis pas un monstre tout de même, déclama-t-il très sérieusement.

— Oh, je vois ça, ria-t-elle en remontant un peu sur lui pour se mettre au niveau de son visage. Et ?

— Je vais les taillader de mon épée, l’enfoncer dans leur corps encore chaud…

Les mains de Danielle descendirent le long de ses flancs puis plus bas. Elle souleva son bassin avec une idée bien précise en tête avant de susurrer à son oreille :

— Ton épée, dis-tu ? Pourrais-tu me montrer un peu ça... ?

— Oh, mais ce n’est pas vrai. Merde de dragon fumante !

La voix de celle qui venait de pénétrer dans la chambre fit instamment cesser les soupirs des amants, qui lâchèrent des jurons en tentant de masquer leur nudité.

— Bordel de merde, Fenära ! Tu aurais pu frapper ! s’énerva sa mère en ramenant à elle quelques vêtements traînant sur le sol autour d’eux.

— Frapper ? Mais la porte n’était même pas fermée, reprocha Fenära, qui avait eu la décence de se tourner. Ce n’est pas possible ça. Vous n’arrêtez donc jamais !

— Mais où est ton père ? s’étonna Danielle en tournant la tête de tous côtés, nulle trace de son époux en vue.

— Il a filé, pardi, expliqua Fenära qui n’avait eu le temps que d’apercevoir celui-ci courir, le cul nu, jusqu’à la porte opposée à la sienne.

— Quelle lâche ! Attends que je lui mette la main dessus !

— Ah parce que tu voulais qu’il reste ? Pour faire quoi au juste ? Me montrer son anatomie dont je viens d’avoir un bel aperçu ? demanda Fenära en se retournant, les mains sur les hanches et l’air renfrogné.

— Loin de moi l’idée de te choquer, releva sa mère qui s’était redressée et qui s’avançait dans la pièce en ramassant un à un les vêtements disséminés un peu partout.

Elle passa la nuisette, mais constatant sa transparence, se remit à la recherche d’une tenue plus décente. Ce n’était pas tant de se retrouver nue devant son enfant que le fait qu’elle les avait surpris en plein ébat qui la troublait. Elle poussa un profond soupir et se laissa tomber sur le lit.

— Comment se fait-il que tu ne nous aies pas entendus ? questionna-t-elle en observant sa fille qui s’était quelque peu avancée dans la pièce.

— Ce n’est pas la question.

Le fait qu’elle n’avait pu les entendre malgré une ouïe plus fine qu’un mortel prouvait que son enfant était bien troublée. D’ailleurs, elle était partie sans même leur dire au revoir à son père ou à elle-même. Le couple avait appris son départ de Lightalfheim par Anarion. Ils avaient supposé que la raison de l’éloignement précipité juste après la bataille quelques jours plus tôt était en rapport avec le Haut-Seigneur. Mais l’explication à son retour ne se fit pas attendre lorsqu’elle reprit la parole :

— Est-ce vrai ce que l’on dit parmi les nôtres ? Mon frère a-t-il vraiment décidé de rejoindre le territoire de l’Alliance ?

Danielle grommela dans sa barbe. Elle aurait dû se douter que ce n’était pas juste son époux et son fils qui allaient risquer leur vie en partant, mais également Fenära.

— Je suppose que ça ne sert à rien que je tente de te convaincre de rester, hein ? murmura Danielle à sa fille qui avait pris place devant elle.

— Et toi, je suppose que tu as réussi à convaincre père de l’accompagner, non ? réplique-t-elle en appuyant ses dires par un geste du menton en direction du lieu où elle les avaient trouvés enlacés.

— Il ne peut pas me résister, sourit Danielle.

Son sourire fut de courte durée : elle croisa le regard déterminé de son enfant, le même que celui de son père. Elle s’empara de la main de Fenära et l’incita à prendre place à son côté sur le lit, ce qu’elle fit. Elles entrecroisèrent leurs doigts comme tant de fois dans le passé, sans dire un mot ou se regarder. Sa fille était revenue dans la cité probablement attirée par l’annonce d’une nouvelle bataille à venir.

— Vois le bon côté des choses. Nous allons passer de longues semaines ensemble, proposa Fenära pour réconforter sa mère, car elle savait à quel point cela était inquiétant pour elle que ses proches risquent ainsi leur vie.

— Et ton dragon ? Ne va-t-il pas te manquer ? tenta néanmoins Danielle en se doutant que l’animal ne pourrait faire la traversée.

— Il fera sa petite vie sans moi.

— Ça lui fera des vacances, murmura sa mère.

Fenära se pencha vers elle pour la pousser doucement.

— Promets-moi que tu seras prudente.

Pour accentuer sa demande, Danielle se tourna vers sa fille qui lui rendit son regard.

— Comme toi, hein ?

— J’ai aimé, Fenära. Ce qui n’est pas ton cas.

— L’amour ! Un bien grand mot si tu veux mon avis, se détourna la jeune semi-elfe en rejetant en arrière sa longue chevelure blanche d’une main.

— Tu es faite pour aimer et être aimée, ma fille. Tu es comme ton père.

— Oui, mais lui ne s’est attaché à personne durant plusieurs milliers d’années.

— J’attendais la bonne personne, ma douce.

Les deux femmes de sa vie se tournèrent vers lui. Il se détacha de l’encadrement de la porte à laquelle il s’était adossé pour les observer. Il avait eu le temps de se vêtir d’un pantalon de cuir rouge sombre. Il s’avança et alla prendre place près de sa fille, du côté opposé à sa femme.

— Tu trouveras un jour celui qui fera battre ton cœur, ajouta Danielle.

— C’est déjà arrivé et cela n’a été que souffrance et déception, avoua-t-elle en baissant la tête.

— Ce n’était simplement pas la bonne personne, répéta Farathar en partageant un regard de connivence avec son épouse.

— Franchement, j’ai assez donné.

— Tu ne peux te fermer à l’amour, même si cela me déplaît qu’un autre prenne ma place dans ton cœur.

Sans lâcher la main de sa mère, elle glissa l’autre dans celle de son père en le regardant droit dans les yeux.

— Qu’importe que j’aime une, voire des dizaines d’autres personnes. Tu auras toujours une place particulière dans mon cœur, comme c’est le cas pour mon frère et pour toi, maman.

Elle se retourna vers celle-ci et porta sa main à son visage pour y apposer un baiser avant de retrouver sa gaieté.

— Bon, quand partons-nous ? Il me tarde d’aller pourfendre un maximum de nos ennemis.

— Bien dit, répliqua son père en souriant.

Danielle roula des yeux au ciel avant de soupirer :

— Tel père, telle fille.

3 — ANNONCER



Cela faisait cinq jours qu’Elena ne cessait de tourner en rond dans cette pièce dans laquelle on l’avait enfermée. Certes, on lui a affirmé qu’elle n’était pas prisonnière, mais une invitée de leur roi. Pourtant, on ne lui permettait pas de sortir de ce lieu qu’on lui disait être une chambre. Celle-ci était bien plus confortable que tout ce à quoi elle était habituée, mais c’était bien cela qui la mettait mal à l’aise. Elle restait sur ses gardes, à l’affût du moindre mouvement dans ce lieu qui résumait son monde pour le moment. Elle dormait à même le sol, installée devant l’unique porte d’une pièce bien plus grande que ce qu’on lui avait octroyé par le passé. Elle ne s’autorisait qu’à de brefs moments de repos, à intervalles irréguliers. Ne pas adopter de routine, de cadence facilement identifiable qui pouvait vous surprendre, telle était l’une des règles de prudence à appliquer dans ce genre de circonstances. Le fait de reposer près de l’entrée lui permettait également de savoir si quelqu’un avait l’intention d’entrer sans se faire annoncer, le battant se déplaçant vers l’intérieur.

Après plusieurs jours passés autour de la cité à se cacher, à fuir leur ennemi, elle se sentait également déstabilisée de devoir rester enfermée, sans rien faire. Bien évidemment, et ce dès les premières heures de captivité, elle avait étudié cette pièce pour trouver un moyen de fuir le moment venu. Elle avait élaboré plusieurs scénarios qu’elle mettrait en pratique dès qu’elle aurait pris la décision de partir. Mais pas encore. Elle souhaitait savoir ce que celui qui l’avait à nouveau trahie avait vu en elle. Elle se devait d’en apprendre un maximum sur leur adversaire afin de déjouer leur plan futur si elle le pouvait. En tout cas, Elena ferait tout pour les vaincre bien qu’elle eût parfaitement conscience de ne pouvoir faire cela toute seule. Il lui fallait rejoindre les siens, tout du moins les survivants de cette bataille à laquelle elle n’avait pu participer à son plus grand regret. La jeune femme se devait d’assister les siens dans leur combat contre la Nation elfique. Elle était plus déterminée que jamais à le mener à pour la victoire de son peuple. Surtout après avoir été le témoin de leur écrasante défaite et de la façon dont ces gens s’étaient comportés avec elle, jouant sans retenue avec sa tête, lui octroyant la capacité de ressentir des émotions.

Sa vie durant, l’éducation reçue lui avait permis de ne pas se laisser distraire par une quelconque émotion afin de faire passer le bien commun avant le sien. Ce qui ne semblait pas être le cas de leur ennemi. Ils disaient défendre une grande cause, placer l’honneur, le respect au-dessus de toute autre considération. Pourtant, ils n’avaient fait que la tromper, l’utiliser, et ce dès leur rencontre, en ne la laissant pas mourir comme elle aurait dû. Leur dirigeant était le pire de tous, en s’immisçant ainsi et à deux reprises dans son esprit. Celui-ci n’était-il pas censé représenter un modèle pour ses semblables ? Si elle se fiait à ce qu’elle avait vu de lui, aux bribes d’informations qui jouaient encore dans sa tête, elle savait qu’il était prêt à tout pour protéger les siens. Ses beaux préceptes de droiture étaient relégués devant cette seule considération. Par deux fois, il s’était introduit dans son esprit pour lire en elle. Par deux fois, elle l’avait laissé faire. Plus jamais elle ne ferait cette même erreur.

Elle avait baissé sa garde à plusieurs reprises. C’était de cela qu’elle s’en voulait terriblement. Pour se punir, elle ne cessait de soumettre son corps, durant de nombreuses heures, à un entraînement intensif et rigoureux. Cela réclamait d’elle qu’elle atteigne le point de rupture, sa détermination prenant le pas sur les douleurs, l’envie d’offrir à son corps ce qu’il réclamait : le repos.

Pour la énième fois, elle glissa ses pieds nus sous le lit pour les caler. Elle s’allongea ensuite, les bras le long du corps, puis entama une longue série d’exercices de musculation. Prise par l’effort, toute son attention se focalisa sur ce mouvement qu’elle répétait inlassablement, sur son souffle qu’il lui fallait maîtriser. Elle portait le caleçon et la tunique sans manches qu’on lui avait fournis la veille, le tout fait dans une matière souple, bien que trempé par la sueur depuis un moment. Après cette série d’abdominaux, elle se releva souplement, traversa la pièce pour prendre place devant la barre qu’elle avait réussi à fixer dans un angle de la pièce aux murs nus. Elle avait fait deux trous de chaque côté pour y glisser la barre de métal qu’elle avait arrachée de cette forme de douche derrière l’auvent. Elle s’y accrocha des deux mains et, après s’être assurée de la stabilité du mécanisme, commença ses tractions tout en réfléchissant.

Elle tentait de rassembler ce qu’elle savait à présent de ses ennemis et d’incorporer à cela les nouvelles informations qu’elle avait reçues durant son sommeil. Il n’était pas rare que dans ses rêves défile la vie de son ennemi. Elle avait réalisé que ce n’était pas des songes, mais une forme de réminiscence des souvenirs d’un autre. Or, dans celui-ci, elle avait vu à travers les yeux de ce semi-elfe le moment où il avait été choisi par son peuple pour en être le chef. Cela lui fournissait de précieuses informations quant aux autres personnalités importantes, celles contrôlant les quatre peuples. Elle connaissait à présent leur visage et pourrait éventuellement les reconnaître. C’était une information importante, d’autant plus qu’on ne savait presque rien des groupes d’elfes vivant au sud de ce continent, établis au cœur des forêts, et les autres toujours en mouvement sur leurs navires. Il ne faisait aucun doute pour Elena que ces gens étaient les plus puissants parmi leurs ennemis. En tuer un, ou même plusieurs, les affaiblirait certainement.

Elle lâcha sa prise, retombant sur le sol pour faire des mouvements de rotations des bras afin de se détendre. Ensuite, elle attrapa à nouveau la barre, mais cette fois-ci, passa ses jambes dessus avant de se laisser aller, tête en bas, barre sous les genoux. En position, bras croisés sur la poitrine, elle reprit l’exercice. Sa tunique remonta quelque peu, dénudant un abdomen musclé. De sa position, elle pouvait observer son monde ainsi retourné. C’était exactement ce qu’elle ressentait. Cette impression de le reconnaître comme cette table, un lit, le ciel par la lucarne qui éclairait faiblement le lieu. Et pourtant, tout lui paraissait différent. Vu sous une nouvelle perspective, ce qui lui semblait connu, immuable à ce monde, prenait un aspect tout autre. Depuis qu’elle avait traversé l’océan et accosté sur ce territoire, c’est ainsi qu’elle voyait les choses.

Un bruit de pas se fit entendre dans le couloir. Elena se figea au milieu de sa remontée, le regard fixé sur la porte face à elle. C’est un elfe et non un de ces serviteurs humains qui ouvrit le battant. Il la regarda, quelque peu surpris, sembla-t-il, par sa position à l’envers. Elena se laissa tomber en faisant une pirouette sur elle-même pour amortir sa chute. Les deux pieds au sol, elle se tourna vers lui sans pour autant engager la conversation ou ne serait-ce que s’avancer. Les deux se jaugèrent du regard avant qu’enfin l’elfe, qu’elle n’avait jamais vu, prenne la parole :

— Suivez-moi, je vous prie.

— Pour allez où ? répliqua calmement Elena.

— Notre roi souhaite s’entretenir avec vous.

Sur ces mots, l’elfe fit plusieurs pas en arrière jusqu’à sortir de la pièce. La posture droite, les bras le long du corps, il patienta qu’elle daigne s’avancer. Elena finit par le faire, mais pour se diriger vers le lit inutilisé sur lequel elle récupéra une serviette afin de s’éponger sommairement le visage et le cou. Elle toucha au passage son crâne et n’apprécia pas de sentir que celui-ci n’était pas lisse. Quelques centimètres de cheveux bruns le recouvraient à présent. Elle jeta le tissu sur la couche inutilisée et sortit de cette chambre qui avait résumé son monde durant plusieurs jours. Elle se mit à suivre son guide en notant la présence de deux autres semi-elfes qui fermèrent la marche. Ils remontèrent un escalier puis accédèrent à la coursive courant sur le mur d’enceinte de cette cité. Ils se dirigèrent vers l’une des quatre passerelles qu’ils longèrent afin de rejoindre la citadelle.

Elena posa comme la dernière fois un regard inquisiteur sur l’intérieur de la cité que son armée n’avait pu pénétrer. En arrivant sous bonne escorte au cœur de Lightalfheim, elle nota la présence d’un arbre magistral au centre des bâtiments. Elle eut un bref regard vers lui avant de fixer son attention sur l’escalier qu’ils empruntèrent. Elle se doutait qu’ils la conduisaient au dernier étage de ce bâtiment comme la fois précédente, vers la pièce suspendue dans les airs. Pourtant, ils ne gravirent qu’un niveau. Parvenu devant une porte en ogive assez impressionnante par sa taille, l’elfe qu’elle avait suivi l’invita à entrer. Il portait, comme les autres, une sorte d’uniforme de couleur dorée. D’un geste de la main, après lui avoir ouvert la porte, il l’invita à entrer. Elena pénétra à l’intérieur de la pièce qui se révéla grandiose.

Le plafond se trouvait à une bonne vingtaine de mètres au-dessus d’eux. Des clés de voûte taillées dans la pierre s’épanouissaient de-ci de-là, offrant du mouvement à la lumière qui pénétrait à flot par les vitraux. Elena avait vu uniquement sur des dessins ce à quoi ressemblaient les lieux de culte d’autrefois. C’est à ces monuments que lui faisait penser cet endroit de forme carrée et tout en hauteur. Une douce lumière dorée adoucie baignait l’intérieur, la même couleur que la peinture dont étaient parées les vitres colorées et encastrées sur les deux murs face à elle, sur pratiquement toute la hauteur. À l’opposé, c’était des balcons donnant sur les étages supérieurs qui offraient une vue plongeante sur eux qui se trouvaient en contrebas. Elle compta quatre balustrades de pierre, soit autant de niveaux. Elle nota surtout la présence de silhouettes furtives ou d’autres, plus visibles, qui se tenaient là au-dessus d’eux.


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