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PORTEUSE DE LUMIÈRE

Tome 2 : ÉCLAT



Sg HORIZONS




« loi n° 49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse, modifiée par la loi n° 2011-525 du 17 mai 2011 »


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ISBN: 979-10-92586-24-4



1 — ENRÔLÉE





Je me trouvais assise sur la plate-forme de verre sur laquelle on m'avait déposée alors que je recevais la lumière, au cœur du dôme central de ce bâtiment dans lequel j'avais élu domicile, contre mon gré, depuis deux mois à présent. Cette pièce se trouvait au septième étage du Palais, divisant les appartements que je possédais en deux. Je m'allongeai sur la plate-forme circulaire et légèrement surélevée afin de contempler la Voie lactée au-dessus de moi. Tant d'étoiles brillaient dans le ciel, pourtant aucune ne me permit d'éclairer mon choix, de me donner un indice sur le chemin qu'il me fallait emprunter pour le bien de chacun. Il m'avait été offert un moment de liberté, un si bref instant où il n'y avait personne près de moi à me surveiller, personne auprès de qui faire bonne figure.

J’étais sortie d'une longue réunion avec les conseillers survivants. Deux d'entre eux avaient perdu la vie et une autre était gravement blessée, conséquence de l'attaque que nous avions subie quelques semaines plus tôt. J’avais perdu mon amie Ysalis qui s'était éteinte dans mes bras. Je portai une main à ma tête pensant naïvement que ce geste chasserait ce souvenir douloureux. Je ne voulais pas replonger dans la dépression qui m'avait happée, conséquence d'une longue liste d'événements déstabilisants et intenses qui avait mis ma vie sans dessus dessous. Je ne savais même plus qui j'étais, ce que je souhaitais ou même cerner ce qui me rendait heureuse ou malheureuse. Je n'avais vraiment pas envie de ressasser ça encore et encore, mais barrer la route à ces souvenirs-là, ce qui aurait été la porte ouverte à d'autres tout aussi éprouvants.

Je soupirai et me concentrai sur des problèmes bien plus importants que ma petite personne. On m'avait informée que notre ennemi, le royaume d'Otame, s'apprêtait à attaquer celui de Sila, qui englobait la France, l'Espagne et l'Italie de mon monde. J’avais écouté chacun des arguments concernant la demande d'assistance formulés par le roi Tolan du royaume de Sila au nôtre. Il venait d'être menacé d'invasion par Otame s'il ne cessait pas immédiatement de commercer avec nous. Il était évident que c'était une nouvelle tentative pour nous conduire à notre perte. Une attaque plus subtile et tout aussi dangereuse tandis que le royaume de Sila était celui avec lequel nous entretenions le plus de relations amicales et commerciales. Nous priver d'eux achèverait notre peuple, car nous ne pourrions pas nous en relever financièrement. De plus, cela provoquerait une famine sans précédent interrompant l'envoi de vivres mis en place depuis plus de trois ans. Sans compter que cela affaiblirait nos défenses et nous priverait de notre plus grand allié.
La majorité des dirigeants des autres royaumes souhaitait simplement attendre de voir si nos ennemis attaqueraient pensant par avance que cela n'était que de l'intimidation. Un roi dirigeait le territoire de Sila. À chacun de ses anniversaires, sa lumière se répandait sur tout son territoire afin de le protéger, entre autres, de toute invasion. Pourtant, j'appris que cela bloquait les attaques massives et frontales ; non les attentats et autres tentatives de meurtre à l'intérieur du royaume. Des ennemis pouvaient aisément s'infiltrer et se mélanger à la population afin de commettre leur crime en affaiblissant l'adversaire.

C’est ce que nous avions subi seize jours plus tôt. Un groupe d'individus originaires d'Otame avait pénétré dans le palais et abattu bon nombre des nôtres. Ils avaient visiblement patienté, attendant le moment propice où les dirigeants seraient tous réunis pour attaquer. L’échec de leur invasion par la lumière que j'avais reçue avait mis en défaite leur invasion. Ils se dévoilaient à nous autrement qu'avec une armée. Ils étaient passés à l'offensive d'une manière plus sournoise car la grande majorité des personnalités importantes du royaume qu'il me fallait diriger s'était retrouvée réunie dans une même pièce. Je serais probablement morte si Aidan ne m'avait pas personnellement protégée en abattant tous ceux qui avaient attenté à ma vie. Malheureusement, cela n'avait pas été le cas pour tout le monde.

Je luttais depuis cet événement contre moi-même pour rester une et une seule, pour ne pas tomber en morceaux, ne pas me briser de l'intérieur.

Allongée là, je levai les mains au-dessus de moi et les observai un moment en me demandant comment j'avais pu lancer des jets de lumière. Comment avais-je pu tuer tous les gens que j'avais pris pour cibles ? Mes mains me semblèrent familières, normales pourtant elles se révélaient être un instrument de mort et de destruction. Je soupirai et les posai sur mes yeux, tentant de me concentrer sur le choix que j'avais à faire. Qu'ils soient conseillés, mages, savants, commerçants et protecteurs, tous avaient pris la parole, lors de cette réunion. Tous, sauf un.

J’avais évité son regard, ne souhaitant pas connaître son avis. J’avais fait preuve de lâcheté, refusant d'être confrontée à ce qu'il me rappelait : la mort d'Ysalis. Je me souvenais parfaitement des mots que j'avais prononcés alors que je venais de perdre ma seule amie sur le fait que je ne pourrais jamais lui pardonner de n'avoir pas su la protéger. Il avait été de sa responsabilité qu'il ne lui arrive rien et il avait failli. Pourtant, je ne devais pas oublier qui il était et la fonction qu'il occupait. Il était de mon devoir de ne pas faire passer mes considérations personnelles avant ceux de mon peuple.

La mort d'Ysalis était extrêmement douloureuse. Elle était si jeune et si pleine de gaieté et de vie. Mais je devais m'avouer que sa disparition m'affectait d'autant plus que cela brisait l'espoir que j'avais eu : je voulais qu'elle soit à son tour choisie par la lumière afin de monter sur le trône et prendre ma place. Cela m'aurait permis de me libérer de mes fonctions. J’aurais pu rentrer chez moi, dans l'éventualité où j'aurais trouvé un moyen pour le faire. À présent, je me voyais mal abandonner ce peuple sans protection en rentrant dans mon monde. La mort d'Ysalis fermait probablement à jamais la porte qui m'aurait conduite à retrouver ma vie d'antan.

Je soupirai et me redressai en m'asseyant et en enroulant mes bras autour de mes genoux relevés, les yeux perdus dans le vague. Je restai ainsi un long moment, me vidant l'esprit, tentant de trouver une solution, mais rien ne vint. Je me levai et me dirigeai vers la porte d'entrée que j'ouvris.

— Messieurs !

Je passai entre les deux protecteurs qui prirent place derrière moi comme à leur habitude. Je me dirigeai directement vers le dôme des protecteurs. Comme je m'y attendais, plusieurs hommes se trouvaient là, coordonnant et organisant les défenses de tout un royaume.
Ils se tournèrent vers moi et s'inclinèrent. Aidan fit comme les autres. Je me dirigeai vers lui.

— Dites-moi ce que vous en pensez, lui demandai-je à brûle-pourpoint.

— Concernant ?

— L'objet de notre réunion, quoi d'autre ? m'impatientai-je.

Je m'arrêtai et me forçai au calme, ne souhaitant pas le braquer. Cela devait être la première fois que je m'adressai à lui depuis les derniers événements tragiques.

— Vous êtes le seul à ne pas avoir exprimé votre avis sur cette menace d'invasion. Alors, je vous le demande en tant que Premier protecteur, quel est-il ? repris-je avec moins de colère et d'amertume dans la voix.

— Nous devons agir !

— Vous pensez donc que le royaume de Sila peut rompre toute relation avec nous sous le prétexte qu'ils sont menacés par Otame ? m'étonnai-je.

Certes, des personnes présentes avaient pensé la même chose, pourtant, j'avais cru qu'il en serait tout autrement pour lui. Il était étonnant pour celui qui était le chef des armées, de ne pas faire valoir son avis quant à un refus catégorique d'envoyer des troupes chez nos alliés pour les assister au lieu de renforcer nos positions.

— Je le pense en effet.

— Pourquoi ?

— Je ne pense pas qu'ils voudront continuer une relation qui ne les avantage guère. S'ils ne se plient pas aux exigences d'Otame, les coûts en vies humaines, matérielles, financiers seront plus importants que ce que nous pourrons leur offrir.

— Nous avons eu la preuve qu'en effet. Ils ne plaisantent pas ! murmurai-je.

— Toutefois ! Sila est un royaume riche et qui entretient des relations avec nous depuis des centaines d'années. Sans compter que s’ils cèdent à la menace, ça prouverait leur faiblesse et permettrait à Otame d'exiger, à l'avenir, davantage de leur part.

Devant ce point de vue éclairé, je fronçais les sourcils, mais déjà Aidan reprit son analyse :

— Le roi Tolan doit agir dans l'urgence. Son peuple ne possède pas une grande armée comme la nôtre étant donné que ça fait plus de deux cents ans qu'ils n'ont pas été menacés. Je ne doute pas qu'il exigera d'en constituer une pour faire face à cette menace. Toutefois, il…

— … lui faut du temps pour en créer une.

— C'est exact.

— Vous pensez donc qu'ils accepteront de cesser toute relation avec nous, le temps de se préparer et de renforcer leur position afin de contrer d'éventuelles attaques à l'avenir.

— C'est ce que nous pensons, déclara Aidan en portant un regard circulaire sur l'assemblée des hommes vêtus d'uniformes sombres et qui avaient arrêté leurs tâches pour nous observer.

— En attendant qu'ils soient prêts, ça conduira notre royaume dans une situation plus que difficile, réfléchis-je sans m'offusquer outre mesure que d'autres assistent à ça voire y participent.
Après tout, cela les concernait bien plus que moi en sachant que c'était eux qui mettaient leur vie en jeu.

— Malheureusement !

— Que proposez-vous ?

— Ce n'est pas à moi de décider, répliqua-t-il sur un ton tranchant que je lui connaissais.

— J'ai conscience que cette décision m'appartient Premier protecteur ! Pourtant, je vous pose la question ! Comme vous me l'avez fait remarquer à de nombreuses reprises : je ne suis pas de ce royaume. À présent, vous savez tous que je ne suis même pas de ce monde. Sans compter que je n'ai pas été préparée au rôle qui est à présent le mien ! Alors, je vous le demande à vous.
Il baissa les yeux et réfléchit intensément avant de regarder ses hommes.

— Rykan ?

Je pivotai vers celui qui se trouvait derrière la console centrale.

— Nous devons nous rendre au royaume de Sila afin de les convaincre de nous soutenir ! répondit ce dernier d'une voix ferme.

— Palan ? interpella Aidan à l'un de ses seconds.

— Nous devons intervenir en proposant au roi Tolan de lui fournir une partie de nos protecteurs ; nous lui offrirons ainsi une défense viable pour son peuple en attendant qu'ils soient capables de le faire par eux-mêmes ! Ça devrait être suffisant pour qu'ils ne brisent pas les relations avec Asana.

— Pouvons-nous nous permettre l'envoi d'une partie de nos protecteurs ? interrogeai-je celui-ci.

— C'est faisable à présent que nous avons une reine et sa lumière pour nous protéger, répondit-il en s'inclinant vers moi.

— Et vous ? demandai-je à Aidan.

— Je suis de l'avis de mes lieutenants ! Il nous faut agir en convainquant le roi Tolan de nous soutenir par l'envoi d'une partie de nos troupes, révéla-t-il.

— En parlant de ce roi. Quel dirigeant est-il ? Est-ce un monarque respectable et fort ou capable d'être manipulé ? Ça fait combien d'années qu'il est au pouvoir ? Ce genre d'informations…

— Il est au pouvoir depuis plus de sept ans. D'après les informations que nous avons obtenues, il est un homme avisé et juste. Je pense qu'il sera susceptible de nous écouter et de nous soutenir si nous l'assistons en premier.

Je me retournai et marchai de long en large, un bras passé sur mon ventre, l'autre main tripotant ma lèvre inférieure. Une fâcheuse habitude que j'adoptais lorsque j'étais contrariée ou plongée dans une profonde réflexion.

— La lumière qui s'est déployée à mon anniversaire protégera le territoire durant une année, est-ce correct ? m'enquis-je.

— En effet, répondit Rykan.

— Le roi ou la reine doit-il demeurer sur son territoire pour que la lumière le protège ou peut-il sortir sans affaiblir celle-ci ou l'interrompre ?

— C'est possible. Toutefois, vous devez savoir que celle-ci diminue en intensité à la fin de l'année écoulée. Je doute que le roi accepte de venir nous rendre visite alors que son anniversaire est dans moins d'un mois.

Je relevai la tête et croisai fugacement le regard d'Aidan.

— Hors de question, tonna-t-il en comprenant visiblement ce que j'avais en tête.
« Il ne manquait plus que ça. »

— Ne faites pas l'enfant et rappelez-vous bien qui est à la tête de ce royaume, répliquai-je, irritée.

— Non ! Je ne vous laisserai pas fai...

— Il suffit ! Je suis votre reine ! Vous me devez le respect.

— Quoi ? De quoi parlez-vous ? interrogea Rykan.

Aidan, l'air menaçant, s'approcha de moi, souhaitant me contraindre à l'écouter, à lui obéir.

— Quoi ? Allez-vous me frapper ? Est-ce ainsi que vous agissez avec les autres ? grondai-je.
Nous nous défiâmes un instant du regard, tentant de savoir lequel lâcherait prise en premier.

— Aidan, appela Rykan d'un ton adouci visiblement pour calmer son chef excédé de ne pas pouvoir imposer sa volonté.

Ce dernier soupira et se tourna en s'éloignant de nous.

— Votre Altesse !

Je me retournai vers Rykan qui semblait plus conciliant que son homologue.

— Préparez vos hommes. Protecteurs, nous allons rejoindre le roi Tolan afin de le convaincre d'agir dans l'intérêt de ceux qui comptent sur nous.

— Cela signifie-t-il que... vous venez avec nous ? s'étonna Rykan.

— En effet !

Je tournai les talons et me dirigeai vers le couloir.

— Quoi de mieux pour convaincre un roi, qu'une reine, lançai-je en sortant, laissant les autres à leur occupation.


2 — DÉCIDÉE








— Hors de question !

D'exaspération, je levai les yeux au ciel avant de me retourner vers le Premier protecteur qui s'approchait à grands pas. Il pénétra dans ma chambre sans même se faire annoncer.

— Quoi encore ? bougonnai-je.

— J'ai accepté le fait que vous vous rendiez auprès du roi Tolan, mais...

— Je ne vous ai pourtant pas laissé le choix que je sache, le coupai-je.

— Mais il est hors de question que je vous permette de vous y rendre déguisée en protecteur, continua-t-il avant de s'arrêter à quelques mètres de moi.

Il croisa les bras sur sa large poitrine et j'adoptai la même posture, prête à la confrontation bien que j'aurais préféré enrouler mes mains autour de son cou pour l'étrangler. Quelques heures s'étaient écoulées depuis que j'avais pris la décision de me rendre au royaume de Sila, qui se trouvait sur le continent. Il m'avait été précisé que le voyage durerait plusieurs jours avant d'atteindre la capitale pour y rencontrer le roi. Il me fallait convaincre ce dernier de ne pas céder à la menace du roi Hagen, meneur de nos ennemis, en cessant les relations établies depuis plus de trois cents ans entre son peuple et le nôtre.

— C'est la meilleure protection que je puisse avoir face à une éventuelle menace sur mon humble personne durant le trajet.

— Pensez-vous sincèrement que l'information selon laquelle vous vous y rendrez personnellement ne filtrera pas ? Il est certain que nos ennemis possèdent des espions parmi mon... notre peuple qui les renseignent sur vos déplacements, répliqua-t-il durement.

— Je sais et j'y ai pensé. C'est pour ça que j'ai demandé à une femme qui me ressemble de nous accompagner, me justifiai-je.

— Je ne vois pas le rapport !

— C'est pourtant simple. Nous suivrons notre plan : tout le monde doit penser que je demeure à la Résidence. Mais, dans l'éventualité où l'information de mon départ filtrerait, ma doublure, celle qui me ressemble, se fera passer pour moi en voyageant avec nous pendant que moi, je me ferais passer pour l'un de vos hommes, expliquai-je sur d'un ton un rien professoral que j'affectionnai avec ce bourru d'Aidan.

Il croisa ses mains dans son dos, le visage suspicieux en contractant fortement sa mâchoire, preuve que c'était loin d'être gagné pour le convaincre.

— Ça a très bien fonctionné pour la reine Amidala dans Star Wars ! Maintenant que j'y pense, la doublure meurt tuée par une explosion. La pauvre. J'espère que ce n'est pas ce qu'il va se produire pour Hedda, murmurai-je en remettant en doute mon plan alors que j'avais trouvé l'idée brillante sur le moment.

Il était hors de question qu'une personne meurt parce qu'elle se faisait passer pour moi.
— Je ne connais pas cette reine. Bon, il n'y a donc aucun moyen de vous faire changer d'avis concernant votre décision de vous rendre vous-même sur place ?

Je relevai la tête, surprise dans mes réflexions.

— Non.

— Je pense que cette ruse peut fonctionner.

— Cela doit être difficile pour vous d'admettre ça, non ? plaisantai-je en observant son expression contrariée.

S'ajouta à cela de l'agacement. Je me contrains à ne pas en rire.


— Nous sommes donc d'accord ? Je partirai demain matin pour le royaume Sila en tant que protecteur en espérant que rien de fâcheux ne se produise, résumai-je, satisfaite.

— Croyez-moi, je ne permettrai à aucun de nos ennemis d'attenter à votre vie, répliqua-t-il avec conviction en tournant les talons.

— Comment ça « je » ? vous venez vous aussi ? m'étonnai-je.

— J'ai changé d'avis. Je mènerai le convoi personnellement afin de prendre les choses en main ! Je me doute que dans le cas contraire, vous pourriez causer plus de tort à notre entreprise, révéla-t-il en quittant les lieux.

Je trottinai derrière lui alors qu'il était déjà dans le salon.

— Plus de tort ? Vous y allez un peu fort là, m’offusquai-je tandis que l'homme continuait à s'éloigner sans même faire mine de ralentir ou de s'arrêter pour me parler.

J'étais sa reine après tout.

— Soyez prête à l'heure convenue.

Il se retourna souplement et posa une main sur son torse avant de s'incliner.

— Votre Altesse, pérora-t-il, une amorce de sourire suffisant, avant de disparaître de ma vue.
Je m'arrêtai, rageant intérieurement. Je lui aurais jeté un objet à la figure si cela m'avait été possible. Cet homme me rendait folle à vouloir toujours se mêler de mes affaires même si c'était dans ses prérogatives. Sans compter le fait, que malgré mon nouveau statut, il ne me respectait nullement.
J’eus toutefois ma revanche quand le lendemain matin, je le rejoignis ainsi que le lieutenant Palan dans le premier salon de mes appartements. Celui-ci était spacieux, blanc comme tout le reste si ce n'était que des vases de roses jaunes y avaient été ajoutés. Ces fleurs me rappelaient Ysalis. Je suivis, déguisée en protecteur, celle qui serait durant les prochains jours, ma remplaçante. Cette dernière portait l'une de mes robes blanches prévues pour le voyage. À la différence des autres, le tissu était plus épais et le bas de la robe était fendu afin de permettre des mouvements plus fluides et surtout lui facilitant à la tâche ce qui serait d'autant plus utile pour monter un cheval. Quant à moi, je portais un pantalon noir, sur lequel j'avais mis des bottes de la même couleur qui m'enserraient les jambes jusqu'aux genoux. Alina, ma servante, avait dû me bander fortement la poitrine étant donné que les hommes portaient un haut près du corps.

Une ouverture partant de l'épaule gauche jusqu'à la hanche droite était maintenue par un aimant cousu dans celle-ci. Le tout était fait d'une matière pouvant s'apparenter à du cuir à la teinte mate. Le tissu était souple et permettait de me mouvoir avec aisance. Des encoches dans le tissu offraient des espaces libres afin d'y glisser des lames un peu partout. Sans compter qu'ils avaient trouvé le moyen de créer une matière respirante afin d'éviter la transpiration. Enfin, j'espérais de tout cœur que cela était vrai, car il me faudrait voyager des jours durant avec plus de quatre cents soldats. À ma tenue s'ajoutait un ceinturon afin de porter l'épée réglementaire. Celle-ci, bien que large, se révéla plus courte que celles que j'avais vues dans les musées médiévaux de mon monde. Malgré tout, cela ajoutait un poids important contre mon flanc. Bien que cela me déstabilisait, il faudrait que je m'y habitue.

Fort heureusement, je n'avais pas eu à me couper les cheveux grâce à une large capuche s'étalant sur le dos et pouvant être portée par les protecteurs en temps de pluie, ce qui était fréquent dans ce royaume. Le climat était le même que nous soyons en Angleterre ou à Asana. Alina m'avait fait des tresses serrées enroulées sur ma nuque et avait fixé des attaches afin que la capuche ne retombe pas. C’était ainsi que je pénétrai dans la pièce dissimulée aux yeux de tous. Malheureusement, cela ne dupa pas les hommes qui fixèrent leur attention sur moi et non sur ma doublure.

— Ça ne marchera pas, grogna Aidan.

— Pourquoi ? répliquai-je sèchement.

— Il est évident que vous êtes une femme, remarqua Rykan.

Je portais les mains à ma poitrine et sentis pourtant que mon 85C n'apparaissait pas. Les hommes parurent gênés. Je fronçai les sourcils, ne comprenant pas où était le problème. Rykan détourna le regard et les autres s'intéressèrent subitement à la décoration du lieu.

— Nous, les hommes possédons des cuisses plus musclées que les vôtres, s'impatienta Aidan, d'une voix lasse.

— Là, je ne peux rien faire les gars ! Bon et que pensez-vous d'Hedda ? dis-je en me tournant vers cette dernière qui attendait patiemment afin de détourner leur attention de ma silhouette féminine.

— Elle vous ressemble ! commenta le lieutenant Palan.

— À une certaine distance seulement, soupira Aidan.

— On peut dire que vous y mettez du vôtre, remarquai-je, sur un ton acide devant le comportement grognon de ce dernier.

— Pour que tout soit clair, vous devrez dormir, dîner et passer tout votre temps entourée d'hommes. Sans compter que vous n'aurez aucun traitement de faveur. Vous porterez durant tout le temps que durera le voyage, cet uniforme que vous avez revêtu. Êtes-vous toujours décidée à nous accompagner ? lista Aidan, s'attendant apparemment à ce que je m'effraye de ce qu'il venait d'énoncer.

— Certaine ! Ça me permettra aussi de découvrir autre chose que les pierres de ce palais, dis-je avec l'enthousiasme de pouvoir un peu sortir et explorer ce monde.

— Ce ne sera pas un voyage d'agrément, je peux vous l'assurer, prévint-il souhaitant visiblement me voir céder.

— Qu'est-ce que vous croyez ? Je n'ai pas été élevée dans un château et la promiscuité entre les hommes et les femmes dans mon monde est chose courante, mon vieux.

— Attendez ! Vous partagiez l'intimité de l'autre sexe de là d'où vous venez ? questionna Rykan avec curiosité.

— Je n'ai pas eu de frère, mais je passais toute mon enfance à étudier et à vivre avec des garçons, sans compter que j'ai vécu avec l'un d'entre eux. Hum, m'est avis que j'aurais dû me taire, conclus-je par un grognement contre ma pauvre stupidité alors que je vis les mines surprises, voire scandalisées, de l'assistance.

— Vous étiez mariée ? s'étonna Rykan.

— Euh non.

— Vous viviez avec un homme sans être mariée, s'offusqua Palan.

— Disons qu'il est permis à un couple d'être ensemble avant de se marier ou pas d'ailleurs. Enfin c'est différent d'ici et puis c'est tout. Nous pouvons y aller à présent, m'irritai-je tandis que l'assemblée, y compris les deux femmes, Hedda et Alina regardaient, choquées.

— On y va ou quoi ? m'énervai-je franchement.

— Attendez ! lança Aidan alors que je m'élançai vers la porte.

— Vous resterez auprès de moi, à chaque instant de ce voyage. Je vous interdis de vous éloigner de plus de deux mètres de moi ou d'aller voir votre... doublure, m'ordonna Aidan.

— Ben voyons. Et que faites-vous de ce magnifique discours sur le fait que je serais traitée comme les autres ?

— Ça sera le cas. Vous serez l'un de mes suivants.

— C'est quoi ça ? demandai-je, suspicieuse.

— Un serviteur, sourit Rykan en passant à côté de nous.

Je foudroyai celui-ci du regard avant de me tourner vers Aidan.

— C'est ainsi ou vous ne venez pas ! répliqua-t-il en haussant négligemment ses épaules.
Je le fixai du regard quelques secondes, essayant de le faire changer d'avis. Bien sûr, ça n'eut aucun effet sur lui. Je soupirai de mauvaise grâce.

— Bien. Mais si vous croyez que je vais faire le ménage sous votre tente ou vous laver le dos, vous pouvez toujours rêver, mon vieux !

Les autres rirent en se moquant de moi.

— Hé ! Je suis encore votre reine que je sache, m'indignai-je en croisant les bras.

— Plus maintenant. Allez, venez et faites exactement ce que je vous dis, ordonna Aidan en s'avançant devant moi. Oh, et tentez d'adopter la même posture et les mêmes gestes que les miens afin de donner plus de crédibilité à votre couverture.

— Autrement dit, me comporter en macho imbu de sa personne, grommelai-je dans ma barbe, la tête basse, en lui emboîtant le pas.

Il s'arrêta si soudainement que je lui rentrai dedans avant de me reculer. Il tourna légèrement la tête.

« Merde, il m'a entendue. Ça va encore chauffer pour moi », pensais-je avant de réaliser que je m'étais exprimée en français.

— Rykan, je te confie la charge des protecteurs en mon nom ! Quant à vous, demeurez toujours...

— À deux mètres de vous, je sais, grommelai-je en lui coupant la parole.

— J'allais vous préciser derrière moi, conclut-il.

Nous descendîmes la volée de marches conduisant aux portes du bâtiment principal de la Résidence. Celle-ci donnait sur une cour intérieure prise en étau entre les deux ailes du complexe. Une cinquantaine de protecteurs déjà sur leurs montures attendaient là, notre venue. Ma doublure eut droit à une berline couverte, tirée par quatre chevaux. Quant à moi, je suivis Aidan à l'avant du convoi et pris place sur la monture à sa gauche. Je ne dis rien, me contentant de faire tout ce que faisait celui que j'étais censée servir. La selle me semblait étrange, remontant sur l'avant et l'arrière jusqu'au niveau de mon nombril. Aidan me jeta un coup d’œil alors que je tentais de placer les pieds dans les étriers.

— Rassurez-moi, vous savez monter au moins, murmura-t-il entre ses lèvres.

— Pour être honnête, non.

Il grogna, visiblement énervé que j'aie pu omettre ce détail. Après tout, il ne m'avait rien demandé. Pour autant, je lui fis comprendre qu'il n'en était rien.

— Pas la peine de vous crisper ainsi, maître. Je monte depuis que je suis enfant et je suis sûre que si nous faisions une course, je vous battrais sans l'ombre d'un doute, lui-dis-je en lui faisant un clin d’œil ce qui l'exaspéra davantage.

— Tenez-vous droite, les rênes uniquement dans la main droite, l'autre posée sur la cuisse et regardez devant vous, m'ordonna-t-il.

— Une précision, vous parlez de ma cuisse qui n'est pas suffisamment musclée selon vous ou de la vôtre ?

Il ne me répondit pas fixant toute son attention devant lui.

— En avant, commanda-t-il.

L’ensemble des cavaliers s'élança sur le chemin soulevant une épaisse fumée de la terre battue par des centaines de sabots.



3 — TRANSPORTÉE




Après avoir traversé une bonne partie de la cité, nous rejoignîmes une flotte d'une vingtaine de navires à quai du fleuve qui bordait la ville. J’avais découvert peu de temps après mon arrivée que je me trouvais à l'endroit exact où ce devait être Londres de mon monde. En revanche, la capitale de la Sila, se trouvait à l'emplacement approximatif de la ville de Lyon, en France. Cela pouvait paraître logique puisque la conjoncture plaçait cette cité au milieu du royaume regroupant l'Espagne, mais aussi la France, l'Italie, sans compter la Suisse et une partie de la Belgique.

Le trajet de ce voyage avait pour but de prendre la mer afin d'atteindre la côte au niveau de Bordeaux et de traverser la France d'ouest en est afin d'atteindre la fameuse capitale. La durée sur les flots serait extrêmement rapide, pas plus de deux jours étant donné l'efficacité et la rapidité dont faisait preuve la flotte d’Assana. Le parcours le plus long et le plus périlleux serait celui traversant les terres, en parcourant le royaume de Sila et non le nôtre.
En arrivant au port, je fus surprise par la beauté des navires. Les coques larges et blanches s'élançaient vers le ciel avec leurs trois mats dont deux se révélèrent rétractables. L’avant et l'arrière de la coque me firent penser à un navire viking par leur extrémité effilée et identique remontante de plusieurs mètres sur le reste. Apparemment, nous possédions des embarcations plus imposantes, ne pouvant contenir qu'une vingtaine d'individus avec leurs chevaux. Il était prévu que la flotte se divise en trois évitant ainsi de nous faire repérer à cause d'un regroupement trop important, mais aussi afin que d'éventuels assaillants souhaitant attenter à ma vie en tant que reine, ne puissent pas savoir dans quel groupe je me trouvais. Enfin, je l'espérais. D'ailleurs, dans cette optique de protection, ma doublure avait embarqué en toute discrétion sur un autre navire et suivrait un itinéraire différent du mien en faisant le tour par la mer méditerranée et en remontant le Rhône.

Leur voyage durerait légèrement moins de temps que le nôtre. Enfin si tout se passait comme convenu et sans encombre. Je pris place avec d'autres sur l'une des embarcations en suivant consciencieusement Aidan. Nous accédâmes au pont en empruntant une simple planche en bois reliant le dock au navire. À ma grande surprise, il n'y eut aucun rebond, la surface sous mes pieds semblant absorber la vibration. Aidan commanda aux marins de commencer la manœuvre pour que le navire se place au milieu du fleuve. Ce qu'il fit et le reste de la flotte suivant notre avancée. Notre bateau laissa filer plusieurs navires afin de se positionner au centre. Je pris place, le corps bien droit, les mains croisées dans le dos en suivant l'exemple sur l'homme qui me servait de modèle. Je ne pus cependant m'empêcher de contempler de notre position privilégiée, la cité que nous venions de quitter s'étendant sur notre gauche avec en son centre le palais s'élevant au-dessus de l'ensemble. Une vision vraiment magique tant par la beauté que par la pureté de la pierre captant les rayons du soleil au couchant. Le navire accéléra sa course en s'éloignant rapidement de la cité laissant place à un paysage verdoyant prolongeant jusqu'à l'horizon le moutonnement de ses collines herbeuses. Je m'aperçus qu'Aidan s'était retourné et m'observai visiblement mécontent. Je repris contenance en me redressant.

— Que faisons-nous à présent ? lui demandai-je.

— L'équipage s'occupe de nous emmener vers le large, dit-il en passant à ma droite pour se diriger vers le fond du navire.

Je le suivis et me mis à détailler le navire sur lequel j'allais vivre durant les deux jours à venir. Nous nous trouvions sur la seule partie du bâtiment à être couvert d'un auvent courant sur toute la largeur et s'avançant légèrement vers le milieu, le reste étant livré aux éléments. Je pus observer par-delà le navire, le soleil qui faisait briller la mer comme une coque immense et bleutée.

Aidan se mit à l'abri en contournant une table en bois fixé au sol. Je fis de même alors qu'il étalait des cartes devant lui. D'autres protecteurs prirent place autour de lui. Je demeurais pour ma part, contre la paroi, en recul derrière lui. J’attendis et écoutai avec attention ce qu'il se disait. Ils semblaient mettre au point, la direction à suivre au vu de la météo prévue bien que j'aurais bien aimé en apprendre davantage sur la connaissance du climat sans faire appel à la technologie. D'ailleurs, je m'étais très vite aperçue que celle-ci ne semblait nullement leur manquer. Un peu plus loin, les hommes s'activaient à la manœuvre ; d'autres étaient assis à même le plancher continuellement balayé par les ressacs de la mer. La coque était basse et je savais que la cale permettait d'avoir suffisamment d'espaces pour les chevaux qui nous accompagnaient durant la traversée et le stock des provisions pour l'ensemble des êtres à bord. Ils nous étaient indispensables pour la suite de notre périple. J’en vins à me demander où nous allions dormir étant donné qu'il n'y avait aucune cabine et que le seul espace couvert ne permettrait jamais d'accueillir la vingtaine de soldats et la dizaine de marins à la manœuvre. Je déduisis qu'il nous faudrait dormir à même le plancher sur le pont, sans protection face aux éléments, ce qui se révélerait indiscutablement désagréable. Toutefois, j'avais accepté ce voyage et avec tous les désagréments que cela engendrait. Je ne dis rien, ne bougeai pas. D'autres discutaient et prenaient les décisions. Finalement, cela se révéla reposant de ne pas avoir à jouer un rôle de dirigeant à qui on réclamait constamment son avis ou jugement. Ce qui devait arriver se produisit alors qu'une bruine puis une pluie glacée s'abattirent sur le pont et son équipage.

— Rétractage, lança un des hommes à l'avant.

Soudain, je perçus une vibration sous mes pieds et constatai que tout le pont se baissait d'un mètre cinquante environ. Il était étrange, de se retrouver si bas alors qu'un instant plus tôt, nous avions une vue dégagée sur le paysage environnant. À peine remise de ma surprise, je levai la tête et aperçus les marins restés en haut, placés sur les pourtours près de la balustrade large d'une cinquantaine de centimètres seulement.

— Bouclier !

Un chant d'énergie se déploya au-dessus de la partie qui était descendue recouvrant d'une aura bleue le pont en formant un toit. La pluie ne se déversa plus sur les hommes sous le dôme devant moi se trouvant à une hauteur de deux mètres environ.
La nuit tomba sans que je ne puisse détacher les yeux du dôme lumineux.

— Activez-vous ! murmura Aidan.

Je sursautai et regardai celui-ci. Deux des hommes s'appliquaient à rétracter la table contre la paroi, libérant complètement l'espace sur tout le pont. Deux personnes sur ce navire connaissaient mon identité véritable, le Premier protecteur ainsi que son lieutenant Palan. Rykan et les autres lieutenants s'étaient dispersés sur les autres embarcations. Palan me tendit deux ballotins de tissus dont je me saisis.

— Mettez-vous contre le fond de la coque, m'indiqua-t-il en faisant un signe de tête derrière moi.

Je me déplaçai tentant de ne pas tomber à cause du tangage quoique celui-ci ne me sembla pas aussi fort qu'il devait l'être au vu de la tempête qui se déchaînait. Je posai à terre ce qui m'avait été donné. Je regardai un des hommes non loin de moi qui ouvrait son propre sac et l'étalait à même le sol qui semblait avoir séché tandis qu'il m'avait paru humide une heure plutôt.

Je compris alors que ce qui m'avait été confié était des sortes de sac de couchage. Faute de place, je m'appliquai à étaler les deux en parallèle en disposant un contre la paroi de bois et l'autre devant celui-ci. J’espérai que j'avais fait cela correctement. Aidan s'approcha de moi. Il ne prit pas la peine de retirer ses chaussures et se glissa dans le sac de couchage me laissant visiblement celui entre le mur et lui.

Je me relevai et constatai que la majorité des hommes s'était déjà allongée formant un alignement parfait de corps sur tout le pont protégé par le dôme d'énergie.

— Allongez-vous et dormez, murmura Aidan sans perdre son ton autoritaire pour autant.

Je baissai les yeux et vis sa silhouette à mes pieds. Je soupirai et pris place à mon tour sur ma couchette. Je rabattis la couverture sur moi alors que j'étais encore vêtue et chaussée. Je me tortillai tentant de trouver une position confortable ce qui était loin d'être évident tandis que je me retrouvais à même le sol. Cependant, le sac de couchage était légèrement gonflé et une sorte de coussin fixé au reste permettait un peu plus de confort.

— Cessez de bouger ainsi.

Je pivotai la tête vers Aidan et notai qu'il avait les paupières closes. Je soupirai et lui tournai le dos, me mettant sur le flanc et posant mon visage sur mes deux mains jointes. Je réalisai que je m'étais assoupie quand une brusque secousse sur mon épaule me réveilla. J’ouvris les yeux pour voir Aidan me surplombant.

— Dépêchez-vous !

J’eus un mouvement de recul, ne comprenant pas ce qu'il faisait à mes côtés à mon réveil et l'endroit où je me trouvais. Je percutai la paroi derrière moi avant que les souvenirs de la vieille me reviennent en mémoire. L'air était saturé par la fragrance iodée de la mer autour de nous. Pourtant, je réussis à percevoir les effluves agréables de nourriture qui firent gronder mon estomac. Je me démêlai mes jambes de la couverture alors qu'Aidan s'était déjà retourné pour rejoindre certains de ses hommes. Je m'activai malgré la fatigue quand je constatai que je devais être l'une des dernières à m’être levée. Je me mis à genoux et roulai un à un les sacs de couchage avant de les jeter dans un compartiment du plancher avec les autres.

Je pris position derrière le groupe d'hommes en demeurant proche de leur Premier protecteur, debout, les mains dans le dos. J’avais envie de me frotter les yeux, de m'étirer ou de simplement me rallonger pour dormir en constatant que le jour n'était pas encore levé. Je compris alors pourquoi nous nous étions couchés si tôt, la vieille au soir. J'observai encore les hommes qui s'activaient au-dessus de nous, courant sur les abords du bouclier protecteur. Celui-ci vacilla avant de complément disparaître. Le sol trembla avant de s'élever pour retrouver sa position initiale. L’air marin s'accentua subitement et me donna un haut-le-cœur, alors que j'avais l'estomac vide et au vu de l'heure matinale.
Je constatai que le navire affrontait la mer pleine ne voguant plus sur le fleuve. En effet, la surface sur laquelle nous naviguions était plus houleuse et le tangage se fit plus durement ressentir, augmentant ma nausée.

Un homme passa et me tendit une sorte de nourriture déshydratée en forme de bâtonnet qu'il distribuait à tout le monde. Je le remerciai d'un mouvement de tête, ne souhaitant pas parler pour qu'il ne puisse pas entendre ma voix un peu trop féminine. Je portai la nourriture à mon nez pour la renifler. Aucune odeur. Je le mâchouillai, remplissant mon estomac qui criait suite à l'absence de repas la vieille. Sans compter que j'avais refusé le repas du midi, prise par les préparatifs de ce voyage.

Cela avait un goût prononcé de salé et de viande. Une fois engloutie, je réalisai avec soulagement que cela calma considérablement mon état de faiblesse. Mon attention fut attirée vers les hommes qui prirent position sur le pont, visiblement pour s’entraîner. Certains d'entre eux, retirèrent leur haut, demeurant torse nu et s'échauffèrent afin de délier leur corps musculeux. Je les regardai faire, partagée entre le plaisir d'observer le spectacle qu'ils m'offraient et l'envie de me joindre à eux. Moi, aussi j'aurais aimé m’entraîner et m'exercer, plutôt que de demeurer dans cette position statique et ennuyeuse. Je les observai, impressionnée par leur maîtrise d'un combat semblant mélanger plusieurs arts martiaux. Je reconnus certains mouvements de bras et de jambes. Quelques-uns s’entraînaient avec des bâtons me rappelant l’Aïkido. Je n'étais pas spécialement portée sur les armes et en particulier les armes à feu qui permettaient de tuer à distance pouvant conduire à des erreurs de jugement ou des accidents.

Ce type d'armes n'existait en revanche pas ici. Ils utilisaient tous types de lames qu'elles soient courtes ou non, que ce soit des épées, des poignards, des cimeterres, mais aussi de petites lames courbées suivant la forme de la main ou de courtes épées pouvant être envoyées vers un ennemi avant de revenir par la détente d'une chaînette enroulée autour du poignet et du manche. J’avais observé, avec Ysalis, une personnes s’entraîner avec cette arme ce qui était pour le moins impressionnant, rappelant le même effet que de la gymnastique avec un ruban mélangé à l'art de l'épée.

Le temps sembla s'éterniser avant que je ne note que le groupe d'hommes à ma gauche mené par Aidan se dispersa. La plupart rejoignirent les hommes à l’entraînement, ce qui fut le cas du Premier protecteur. Il fit demi-tour et se dirigea dans ma direction tout en retirant sa veste.

— Pourrais-je apprendre l'une de ces techniques ? demandai-je dans un murmure en l'observant se dévêtir.

— Hors de question ! répliqua-t-il en me tendant son vêtement.

— Pensez, que ça serait bien pour me défend...

— Non.

Il s'éloigna d'un pas athlétique en rejoignant ses hommes. Moi, je fixais son dos nu qui était marqué par de longues estafilades dues à d'anciens combats.













4 — INTÉRESSÉE



Je n'eus même pas le plaisir de me fâcher devant son refus tant j'étais hypnotisée par son art du combat. Il semblait véritablement être le meilleur combattant sur ce navire. Se mouvant avec aisance, souplesse en évitant chacun des coups portés à son attention. Je le regardai faire alors qu'il combattait quatre personnes en même temps. Il ne semblait pas essoufflé ni fatigué par l'effort qu'il fournissait. Toutefois, sa peau se recouvra d'une fine pellicule de transpiration faisant luire au soleil son torse et son dos nus. Il possédait un corps de rêve, les muscles apparents me rappelaient le craquant Gérard Buttler dans LE film « 300 ». Il n'était pas le seul d'ailleurs. Chose étonnante, ils semblaient tous avoir une dent contre la pilosité, les hommes étaient imberbes de corps y compris sous les aisselles. J’en vins à penser qu'ils utilisaient eux aussi la crème que m'avait donnée Ysalis quelque temps après mon arrivée. Il suffisait de s'enduire le corps avec et la pilosité disparaissait comme par magie et cela durant plus de six mois m'avait-elle dit.

Je reportai mon attention sur les combattants, évitant de penser à mon amie. Sa perte était trop douloureuse et je ne pouvais me permettre toute démonstration sentimentale qui attirerait l'attention sur ma personne, ce qui n'aurait pas manqué d'arriver si je fondais en larmes. Je n'aimais pas que les gens me considèrent comme une pauvre fille qui ne pouvait s'empêcher de pleurnicher même si j'avais des raisons de le faire.

L’entraînement se prolongea une heure supplémentaire environ. Je trépignai sur place me balançant d'une jambe sur l'autre, lasse de les regarder et prise par un besoin pressant. J’avais vu suffisamment de personnes descendre à la cale par l'escalier, sur ma droite pour deviner que les commodités devaient se trouver en bas. N'y tenant plus et ne voulant héler Aidan en ne sachant si j'allais commettre un impair, je descendis rapidement les marches. Au plafond, un tube d'eau lumineuse courait sur toute la longueur offrant une lumière réconfortante. Un étroit passage entre les box de la vingtaine de chevaux qui trépignaient là, permettait d'accéder à l'avant et à l'arrière du navire.

Je vis un homme sortir de l'autre extrémité de la cale, donc à l'avant du bateau supposais-je. Il revint vers moi et me dépassa en m'accordant un bref signe de tête. Je baissai la mienne, la pénombre m'aidant également à dissimuler mon visage. Puis, il remonta sur le pont. Je pris rapidement la direction par laquelle il arrivait et accédai à l'une des deux cabines, possédant un trou dans le plancher. N'ayant pas de verrou, je fermai le battant d'une main et me dévêtis d'une autre avant de pouvoir enfin soulager ma vessie avec bonheur. Alors que j'étais en train de m'attacher le pantalon, le battant que je ne retenais plus, s'ouvrit à la volée. Une main me saisit et me sortit avant de me plaquer contre la paroi.

— Que vous ai-je dit ? murmura Aidan d'une voix menaçante.

— Vous auriez préféré que je me pisse dessus, grommelai-je, tentant de me libérer de sa prise.

— Si ça vous permet de ne pas vous éloigner de moi, oui.

— N'importe quoi ! Et je vous signale que c'est vous qui vous êtes éloigné. Maintenant, puis-je me rhabiller avant qu'un de vos hommes n'arrive ?

Il me relâcha, mais demeura devant moi, faisant un rempart de son corps contre tout nouvel arrivant. Je portai mes mains à ma ceinture que j'eus des difficultés à attacher celle-ci.

— Et merde ! lâchai-je sourdement tandis qu'un homme s'approcha de nous.

Sans me quitter des yeux, Aidan porta ses mains à ma ceinture et fixa l'attache avec dextérité en touchant mon ventre et mes hanches au passage. Un frisson me parcourut en réponse à son toucher m'indiquant que cela faisait un bon moment que je n'avais eu un homme dans mon lit. Il recula et je me poussai juste à temps afin de laisser passer le nouveau venu qui fit un bref signe de tête à son chef. Celui-ci tourna les talons, s'attendant visiblement à ce que je le suive. Ce que je fis, à regret de lui céder si facilement, la situation dans laquelle je me trouvais l'y aidant. Nous remontâmes sur le pont et Aidan retourna auprès de ses hommes tout en me jetant à intervalles réguliers un regard mauvais et dur.

Le temps s'écoula lentement. Je ne tombai pas malade, comme l'ensemble des personnes qui se trouvait sur ce navire. L'air était frais et des nuages passagers laissaient tomber en averses éparses une pluie fine et douce sur les hommes qui n'arrêtaient pas pour autant les exercices qu'ils s'appliquaient à faire seuls, mais également en groupe. Ils semblaient d'ailleurs apprécier ce climat peu clément.

Je me trouvais sous l'auvent me permettant de ne pas me retrouver complètement mouillée, le plancher balayé par la pluie et les ressacs de la mer. Les hommes devaient être transis de froid par leurs vêtements humides et le climat particulièrement mordant en pleine mer. Pourtant, ils n'en montrèrent aucun signe. J’eus droit à une nouvelle ration de la nourriture indistincte servie à intervalles réguliers. Le soir arriva. Je pris l'initiative d'aller récupérer deux sacs de couchage pour Aidan et moi que je disposais au même emplacement que la veille alors que le pont avait été descendu et le bouclier levé. Je sentis une présence derrière moi et me redressai. Aidan se trouvait là, se séchant le corps avec une serviette. Je détournai rapidement mon regard ne souhaitant pas qu'il remarque mon trouble. Je m'allongeai rapidement et me tournai contre la paroi de bois.

— Il me faut un pantalon, murmura-t-il.

Je me retournai et le regardai, me demandant s'il était sérieux.

— Où puis-je trouver ça mon seigneur ? grinçai-je, n'aimant vraiment pas servir quelqu'un.

— Dans la cale.

— Quoi, vous m'autorisez à descendre ? Seule ? ironisai-je.

Il croisa ses bras sur son torse dénudé me regardant fixement. Je retirai ma couverture et me levai avant de descendre à la cale. Un spectacle de taille m'attendait tandis que des hommes se changeaient là, sans pudeur aucune. Je m'avançai entre eux, tentant de faire comme si cela ne me fouettait pas le sang. J'avais l'agréable, mais aussi gênante impression de me retrouver dans un vestiaire d'hommes plus musclés et virils les uns que les autres. Je baissai la tête afin que personne ne note la rougeur de mes joues et me mis à fouiller dans une caisse afin de prendre un vêtement de rechange au hasard.

— T'es nouveau toi. Si c'est pour le chef, tu devrais prendre plutôt prendre celui-ci, me conseilla un des hommes.

Je me saisis de celui qu'il me tendait avec un bref mouvement de tête de remerciement et remontai aussi vite que mes jambes me le permirent, ne souhaitant qu'une chose, m'endormir et me laisser aller à les retrouver dans mes rêves. Je retrouvai Aidan et lui tendit le vêtement qu'il avait réclamé. Puis, je pris position sur ma couche, le dos volontairement tourné ne voulant pas que lui aussi devienne le héros de mes fantasmes les plus débridés. Malheureusement pour moi, je l'entendis clairement se dévêtir et se changer, me mettant au supplice une fois de plus.

— Il faut étendre celui-ci, intervint à nouveau Aidan.

Je me relevai tentant de ne pas ronchonner et pris son vêtement mouillé. Aidan s'allongea sur sa couche alors que je regardai tout autour de moi, cherchant un endroit où accrocher son vêtement trempé. Palan, qui se trouvait non loin de nous, eut pitié de moi.

— En bas, me glissa-t-il.

— Ah...Heu...Merci.

Le souffle coupé pour cette seconde expédition chez "les dieux du Stade", je préparai autant que je le pus mon pauvre petit cœur, à ce nouveau spectacle. Je descendis les marches et fus déçue et soulagée de constater que la pièce était déserte. Je vis plusieurs liens d'acier sur lesquels étaient suspendus des vêtements. Je fis de même avec celui d'Aidan avant de remonter me coucher. Je ne pus m'empêcher de jeter un coup d’œil sur celui-ci qui avait les paupières closes, allongé sur le flanc et les mains glissées sous les aisselles. Étrangement, ça me déçut et me mit en colère de le voir si détendu.

— Quoi, c'est tout ? Pas besoin d'un verre d'eau ? D'un petit massage ? Un peu de lecture peut-être ? énumérai-je d'une voix aussi basse que je le pus en m’asseyant sur ma couche.

— Seulement du silence, répliqua-t-il sans même ouvrir les yeux.

Je grommelai et me retournai. Malheureusement, je ne pus trouver le sommeil comme cela fut possible la nuit précédente étant donné mon état de fatigue. Or, toute la journée, je m'étais contrainte à ne rien faire. Sans compter que je ne pouvais clore les yeux alors que mon imagination débordante, liguée à ma libido survoltée, ne me laissait pas en paix. Je me voyais mal m'endormir et faire savoir au monde entier, ce à quoi je rêvais.

Les discussions cessèrent. Le silence de la nuit s'installa, brisé par les grincements, les craquements du navire, les ronflements de certains et la violence de la mer sur laquelle nous voguions. Je me mis sur le dos et fixai le plafond en réfléchissant à des sujets plus graves. Il était certain qu'après ce voyage, je ne verrais plus les serviteurs du même œil. Je n'avais jamais pris soin d'une personne, être à son entière disposition, attendant qu'il me donne des tâches à accomplir. J’avais vécu avec Charlie durant plus de huit mois, mais lui et moi partagions les tâches ménagères sans compter que nous étions des travailleurs acharnés. C’était ce qui avait mis fin à notre relation. Le fait que nous n'avions aucun moment à nous, devenant des étrangers qui cohabitaient sous le même toit. Je soupirai et observai durant un long moment le bouclier de lumière bleuté protégeant les hommes de la pluie qui s'abattait sans discontinuité depuis de nombreuses heures. Son miroitement magnifique qui semblait onduler sous l'impact des gouttes de pluie par milliers m'hypnotisa sans pour autant me permettre au sommeil de m'emporter.

— Vous devriez dormir.

Je baissai les yeux pour croiser ceux d'Aidan posés sur moi. Je soupirai sans lui répondre ou me retourner. Je fixai mon attention, à nouveau au-delà de sa personne, vers le bouclier. Cela me permettait d'oublier pour un temps, celle que j'étais devenue, ce que j'avais traversé depuis mon arrivée dans ce monde. Je perçus le changement dans la respiration de l'homme à mes côtés devenant plus profonde et lente.

Après un moment, je finis par baisser mon regard et observai son visage. Celui-ci semblait toujours soucieux, fronçant légèrement les sourcils, même dans le repos. C’était un visage dur et ferme, respirant la confiance en soi, la droiture et l'exigence qu'il requerrait de ses hommes, mais aussi de lui-même. Je l'avais longuement observé durant cette journée. Je l'avais vu se battre avec efficacité et dureté parfois, ne laissant que peu de place à la faiblesse de l'autre. C'était grâce à ses aptitudes physiques et sa maîtrise du combat visiblement exceptionnel que cet individu avait été amené à ce qui avait conduit cet homme à diriger des milliers d'autres. Les généraux étaient habituellement des hommes d'un certain âge possédant une longue expérience du combat. Il est certain qu'Aidan ne manquait pas de magnétisme pour obtenir de ses subordonnés qu'ils le suivent et l'écoutent. Pourtant, possédait-il suffisamment d'expériences pour prendre les bonnes décisions en sachant que la préservation de plus de seize millions d'âmes dépendait de ses actions ? Après tout, j'étais devenue reine et je ne connaissais rien de ce que cette charge réclamée. Je doutais également de posséder les qualités qui feraient de moi un bon dirigeant pour le bonheur de tout un peuple. Je soupirai en pensant une fois encore qu'il me serait impossible de rentrer dans mon monde en sachant ce que ces gens risqueraient si je partais. Ceci était devenu ma vie, à présent. Bien sûr, je n'avais pas une existence épanouissante qui m'attendait de l'autre côté du miroir. Je n'avais même pas de personne qui comptait sur moi et que j'aimais suffisamment pour faire pencher la balance de leur côté et me motiver à rentrer, quitte à sacrifier le bonheur de millions de personnes. Rien ne m'attendait là-bas, si ce n'est de ne pas avoir sur la conscience la responsabilité de tout un peuple. C’était une charge écrasante. J’avais pensé servir d'intermédiaire en attendant qu'une personne plus digne que moi ne prenne ma place. Or, Ysalis avait été sauvagement assassinée bouleversant à nouveau ma vie. Sans compter le fait que les conseillers avaient fait allusion au fait qu'il me faille trouver un époux et donner naissance à un ou plusieurs héritiers afin de préserver la lignée, me liant à jamais à ce royaume, à ce monde.

Je ne pouvais décemment penser à cela en ce moment. C'était au-delà de mes forces. Pourtant, mon regard se porta à nouveau vers Aidan. Dans un moment de faiblesse, j'avais baissé ma garde et lui avait permis de m'approcher. En cet instant de jouissance, son visage avait été tout autre que celui que je contemplai en cet instant. Plus détendu, le rendant beau. Je devais m'avouer que je ne me serais jamais permis de lui faire l'amour s'il me laissait indifférente. Il était très séduisant avec un corps digne d'être jalousé par tout homme et de faire pâmer d'envie n'importe quelle femme. Il possédait des traits agréables, mais gâchés par une personnalité dure et à la limite de l'arrogance voire du dédain pour autrui. Ce visage reflétait parfaitement l'homme qu'il était et qui m'exaspérait au plus haut point. Pourtant, il ferait, à n'en pas douter, un excellent dirigeant sur qui me reposer pour guider le peuple qui était mien.

C’était un choix sûr et solide pour la reine que j'étais devenue. Néanmoins, il était probablement certain que nous finirions par nous entre-tuer, car depuis le début de notre relation celle-ci avait été basée uniquement sur le conflit. Même s'il était un homme que je pouvais épouser, il était certain qu'il n'accepterait jamais. Il suffisait de voir avec quelle façon il me regardait, me parlait pour comprendre qu'il me détestait, considérant que j'avais volé le trône à la prétendante légitime. Il ne croyait nullement que je pouvais être la descendante du prétendant Brewen, celui qui s'était enfui. J’en doutais aussi. Je n'ai pas connu mon grand-père portait le nom de Fernand, celui-ci ne correspondait pas à l'image d'un homme qui aurait fui son royaume, son monde, pour venir finir sa vie dans l'autre. Il était mort d'un cancer à l'âge de trente-sept ans, conséquence d'une vie d'excès en alcool et cigarettes. Je regardai à nouveau Aidan en pensant qu'il me faudrait réfléchir à une éventuelle union avec lui avant de rejeter cette idée pour tenter de trouver le repos le temps d'une nuit.






5 — INTRIGUÉE






Le ciel de cette fin d'après-midi était d'un bleu à couper le souffle sans l'ombre d'un nuage alors que nous arrivions en vue de la côte du royaume de Sila. L’impatience se faisait sentir chez les hommes qui se préparaient à quitter le navire. Au détour d'une colline de la côte que nous longions depuis un certain temps à présent, un village apparut. Celui-ci s'avançait vers la mer nichée dans une vallée. Nous nous dirigeâmes vers son petit port. Avant même d'avoir accosté, un navire s'avança vers nos trois embarcations. Celui-ci était légèrement différent des nôtres, plus imposant, sa coque grise ne s'élevant que sur l'arrière du bâtiment. Il vogua jusqu'à se mettre à nos côtés.

— Restez là, m'ordonna Aidan avant qu'il ne s’élance à l'avant du navire afin de pouvoir parler aux envoyés du royaume de Sila. Je ne compris rien au langage employé. Je n'avais même pas envisagé un instant le fait qu'il ne parlerait pas la langue de notre royaume, nouvelle preuve de mon incompétence. Malgré tout, cela ne sembla pas être le cas du Premier protecteur qui s'entretint avec eux dans leur langue maternelle. Aidan ordonna que l'on suive ce navire. Visiblement, nous avions reçu l'approbation de ces gens pour pouvoir nous approcher du village. L’embarcation glissa jusqu'au port, fait d'une avancée en pierre et de longues passerelles de bois, flottant sur la surface.

Je m'avançai et rejoignis Aidan qui se tenait à la balustrade sur le flanc gauche de l'embarcation donnant du côté de la côte. Je suivis son regard, et observai à mon tour. Une partie de la coque en dessous de nous bascula en libérant les chevaux de leur prison flottante. Ceux-ci s'ébrouèrent après avoir passé tout ce temps dans la cale. Des curieux provenant du village vinrent à nous. Ils portaient des vêtements faits dans de la laine brute, sans raffinement aucun, de couleur fade allant du brun au gris clair. Pourtant, en observant leur village, celui-ci semblait prospère. Fait de pierre brut de couleur gris pâle et aux toits d'ardoises. Un sourire était affiché sur tous les visages nous accueillant chaleureusement. Il est vrai que notre peuple était allié au leur depuis des centaines d'années. Je descendis la passerelle et nous nous dirigeâmes vers celui qui semblait être le chef du village. Je suivais Aidan de près. Son mètre quatre-vingt-dix, sa silhouette athlétique et sa belle assurance lui valaient en permanence des regards appuyés de la plupart des hommes et des femmes que nous croisions comme en cet instant. Je m'étais aperçu que si le premier protecteur semblait prendre note de cette attention de la part des autres, il semblait ignorant des nombreuses tentatives des membres de la gent féminine d'attirer une quelconque faveur de sa part.


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