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Cornouailles 1072 – Souabe 1754 – Paris 1795 – Lucerne 1824

Qui est vraiment le criminel ? Quand la fin justifie-t-elle les moyens ?

Légitime défense, vengeance ou juste un crime ordinaire – le tout prescrit depuis longtemps ...




Annemarie Nikolaus



Crimes prescrits



Nouvelles –



Copyright 2013-2018 Annemarie Nikolaus


Copyright © 2018 Annemarie Nikolaus


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Contenu

La douzième nuit

Un don pieux

Pain

Les engrenages de la justice

Sur l’auteure

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La douzième nuit


Treganna, Cornouailles, veillée de Noël 1072


Une puissante tempête faisait rage autour de la Grande Halle de Treganna et couvrait encore et encore le vacarme des domestiques du château en fête. Les rires de nombre d’entre eux restèrent alors coincés dans leur gorge; d’autres firent un signe de croix et regardèrent autour d’eux avec frayeur. Les chiens, qui les autres jours se chamaillaient pour les os, étaient couchés calmement sous les tables et seuls leur gémissements occasionnels attiraient l’attention sur eux.

Le feu des deux grandes cheminées peinait à s’imposer contre la pression constante du vent. La fumée s’immisça jusqu’à la table au dais à laquelle Sir Geoffroi, le nouveau Seigneur de Treganna Castle, était assis avec sa famille

Le petit Amis, son fils, toussa lorsqu’il respira la fumée. Alors qu’il haletait de plus en plus, Caitlin lui tapota dans le dos et lui tendit ensuite un gobelet d’eau.

Les yeux d’elle étaient pleins d’inquiétude et elle souriait avec compatissance. « Bois, tu te sentiras mieux après. » Pourvu qu’il s’étouffe. Comme elle le haïssait, son demi-frère ; plus encore que le Normand qui avait forcé sa mère à l’épouser. Elle priait Dieu pour que Treganna, qui était, après tout, son héritage, ne tombe pas un jour aux mains de ce gringalet.

Amis fut pris d’un frisson lorsque soudain le sifflement de la tempête devint plus aigu.

« Tu as froid ? » Sir Geoffroi resserra le plaid chaud autour de lui.

« Non, Père. J’ai eu peur. »

« D’un peu de vent ? » Sir Geoffroi avait désormais l’air quand même un peu fâché. « Si près de la mer il a plus de force que ce à quoi tu es habitué ... de chez nous. »

« Nay, Mylord» Caitlin prit de nouveau un air soucieux. « Ce n’est pas la tempête qui chante là-dehors. Ce sont ... » Sa voix se tut.

Amis pâlit et la fixa avec des yeux écarquillés.

« Caitlin ! Tu n’alimenteras pas ces superstitions. »

« Comment pouvez-vous dire cela, Mylord ! Que savez-vous de notre terre ! » Caitlin se leva d’un bond, outrée, et même l’appel furieux de sa mère ne suffit pas à la retenir.

Peu de temps après, Amis entra dans la chambre de Caitlin. « Sœur, quelle est cette chose que tu n’as pas le droit de me dire ? »

Caitlin roula les yeux en entendant ce titre détesté. « Et bien quoi ? Ton père ne veut pas que je te raconte ce que tu ne peux pas apprendre de sa bouche. » Elle lui fit signe de s’approcher du feu et baissa la voix. « Du vent, oui, on peut appeler cela comme ça. Mais il ne vient pas de la mer. C’est la Chasse sauvage qui cherche vengeance dans les nuits précédant l’Épiphanie. »

Le garçon se racla la gorge et essaya de rendre sa voix plus grave, plus adulte. « Caitlin, c’est vraiment de la superstition. »

Elle le tira à côté d’elle sur la banquette et chuchota : « N’as-tu pas vu la peur dans les visages des domestiques ? » Caitlin réprima un sourire triomphant lorsque de l’incertitude commença à flamboyer dans le regard du garçon. « Mais tu n’as pas de crainte à avoir. Tu n’es encore qu’un petit garçon. Tu ne peux rien pour ce qui s’est passé. »

Amis sursauta, outré.

« Ce sont nos guerriers tombés au combat. » Caitlin sourit. « Et mon père les dirige. Vous avez volé notre terre. Ainsi que sa femme. »

« Mais tu ne dois pas avoir peur. » Elle se leva et ouvrit son coffre. « Pour cette raison je te donne mon cadeau dès aujourd’hui. » Elle lui tendit un ruban rouge auquel était suspendue une intaille de couleur sombre.

Amis tendit la main. « Qu’est-ce que c’est ? »

« Une protection, plus puissante que la croix des Chrétiens. » Caitlin déposa l’amulette dans sa main.

« Encore une superstition. » Avec un sourire, il secoua la tête mais sa voix tremblait de peur. « Mais elle est jolie. – Je vais la porter parce que c’est un cadeau de ta part. »


Le temps s’améliora rarement les jours suivants. Amis errait avec crainte. Une fois, Caitlin lui montra un champ de neige dévasté de traces devant le château et le garçon commença à trembler de manière incontrôlée et à suffoquer. Il attrapa hâtivement l’amulette de Caitlin autour de son cou.

« Qu’as-tu là ? », l’attaqua Sir Geoffroi.

Le regard d’Amis se posa sur Caitlin, à la recherche d’aide. « C’est ... » Il se racla la gorge nerveusement. « C’est juste un cadeau de Caitlin. » Ses yeux la suppliaient de tenir sa langue.

Mais Caitlin regarda Sir Geoffroi d’un air rayonnant, comme si tout était au mieux. « Votre fils a compris ce qui compte sur nos terres, Mylord»

« Ce qui compte ? » Sir Geoffroy leva sa cravache. « Je vais t’apprendre ce qui compte ! » Il frappa Caitlin en pleine poitrine.

La douleur lui fit monter les larmes aux yeux mais elle pinça les lèvres et tendit la tête avec fierté. Le triomphe de voir Sir Geoffroi arracher aussitôt après l’amulette du cou d’Amis valait toutes les peines.


Une autre fois, Caitlin et Amis trouvèrent des traces de sabots sur la plage qui se perdaient sur le sol rocheux en-dessous d’une grotte dans les falaises. Caitlin adressa un hochement de tête significatif à Amis et observa, les paupières baissées, comment il pâlit lorsqu’elle suggéra d’explorer la grotte. Lorsque, suite à son refus, elle voulut partir seule, il s’agrippa à elle, horrifié, et la supplia de ne pas le laisser. Avec intérêt, elle observa qu’il respirait frénétiquement et semblait manquer d’air. Ne disait-on pas qu’on pouvait mourir de peur ?


Le soir avant l’Épiphanie, une tempête de neige fut accompagnée d’une marée de vive-eau qui menaçait les étables dans la crique, où les chevaux d’élevage de Treganna passaient l’hiver. Sir Geoffroi ordonna à Amis d’aider les valets à sortir les chevaux ; Caitlin se porta volontaire. Pour protéger les animaux de la tempête, on les amena dans les grottes situées plus haut dans les falaises.

Plus tard, au crépuscule, Caitlin attira Amis à l’écart des autres, là où se trouvait selon elle une autre grotte. Le chemin menait un peu sur la crête de la falaise; lorsqu’ils ne furent plus à l’abri du vent, quelque chose de puissant les fouetta dans la tempête sifflante, méconnaissable dans les épaisses bourrasques de neige. Avec un cri, Amis lâcha son cheval et s’enfuit en courant. Sur le versant au-dessus de la mer, il tomba et fit plusieurs culbutes avant de réussir à se retenir à une corniche.

Immédiatement après, Caitlin s’agenouilla à ses côtés et l’aida à s’asseoir.

Amis haletait par saccades. « Qu’est ... qu’est-ce que c’était ? »

« Ce qui nous a percuté ? » Il s’agissait de buissons arrachés par le vent ; une vue familière pour Caitlin. Mais elle fit une mine soucieuse. « Ne t’ai-je pas dit que nos guerriers massacrés se vengeront ? Aujourd’hui – c’est leur nuit ou ils devront attendre une année de plus. »

Les yeux d’Amis s’écarquillèrent d’effroi.

Un bruit retentit au-dessus d’eux ; puis des pierres tombèrent à côté d’eux et continuèrent leur course vers le bas.

« Il y a quelqu’un là-haut », balbutia Amis avec des lèvres pâles. Dans sa peur, il semblait avoir oublié qu’ils avaient laissé leurs chevaux sur la crête.

Caitlin acquiesça. « J’entends des pas de chevaux. Des cavaliers. »

Amis râlait et porta la main à sa poitrine. Son regard se brisa.

« Treganna est est le mien ! » Pleine de mépris, Caitlin regarda l’enfant mort.


***


Indications historiques :


La bataille de Hastings de 1066, qui fait office de date de la conquête de l’Angleterre par les Normands, était en fait une bataille pour la succession entre un descendant normand de la famille d’Aethelred, anglo-saxon, et un petit-fils norvégien du roi danois Knut le Grand. Tous les deux avaient régné sur l’Angleterre et eu la même épouse l’un après l’autre.

Le victorieux Normand Guillaume le Conquérant imposa la culture et le système féodal des Normands à l’Angleterre et une petite couche normande privilégiée remplaça presqu’intégralement la noblesse établie : les Anglo-Saxons avaient ainsi des raisons solides justifiant leur haine.


L’Angleterre fut christianisée au 9ème siècle. Mais, durant de nombreuses décennies, l’ancienne croyance continua de côtoyer le christianisme, de manière particulièrement marquée dans les terres de culture celte.


Un don pieux


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