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Excerpt for Changer Les Limites by
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Copyright

Changer les Limites Harrisburg Railers 1

Copyright © 2018 RJ Scott

Copyright © 2018 VL Locey

Couverture par Meredith Russell

Traduction de l’anglais : Bénédicte Girault

Relecture et corrections : Clotilde Marzek, Yvette Petek

Smashwords Edition


TOUS DROITS RÉSERVÉS

Cette œuvre littéraire ne peut être reproduite ou transmise sous quelque forme que ce soit, ou par n’importe quel moyen, y compris la reproduction électronique ou photographique, en tout ou partie, sans permission écrite expresse. Ce livre ne peut être copié dans n’importe quel format, vendu ou transféré d’un ordinateur à un autre via un système de téléchargement sur un site de partages de fichiers, du type peer to peer, gratuitement ou moyennant un coût. Une telle action est illégale et en totale violation des droits d’auteur en vertu de la loi sur les copyrights en vigueur aux États-Unis.

Tous les personnages et évènements de ce livre sont des fictions. Toute ressemblance avec des personnes vivantes ou décédées serait pure coïncidence.

Les auteurs reconnaissent le statut de marque déposée et de propriétaire des marques utilisées dans cette œuvre de fiction.


Résumé

Tennant peut-il prouver à Jared que l’âge ne représente qu’un chiffre et que l’amour est tout ce qui compte ?

Les frères Rowe sont de célèbres têtes brûlées du hockey, mais en tant que le plus jeune du trio, Tennant a toujours dû jouer contre les réputations de ses frères. Afin de sortir de leurs ombres et refusant de tenir compte de leurs conseils, il accepte un transfert dans l’équipe des Harrisburg Railers, où il se retrouve face à Jared Madsen. Mads, un vieil ami de la famille et ancien coéquipier de son frère. Il se trouve être aussi le nouvel entraîneur de Tennant, et l’homme le plus sexy sur lequel il ait posé les yeux.

La carrière de Jared Madsen a tourné court à cause d’une défaillance de son cœur, et être coach lui permet de rester proche du jeu. Lorsque Ten intègre l’équipe, son monde soigneusement organisé se retrouve en plein chaos. De neuf ans son cadet et frère de son meilleur ami, il sait que Ten est totalement hors limites, pourtant dès qu’il voit ses mouvements, sur et hors de la glace, il sent que son cœur pourrait lui causer de nouveaux problèmes.



Table Des Matières

Chapitre Un

Chapitre Deux

Chapitre Trois

Chapitre Quatre

Chapitre Cinq

Chapitre Six

Chapitre Sept

Chapitre Huit

Chapitre Neuf

Chapitre Dix

Chapitre Onze

Chapitre Douze

Chapitre Treize

Chapitre Quatorze

Epilogue

Dedication

À mon grand frère pour avoir accepté de répondre aux questions de deux auteurs de MM exubérants concernant sa ville, celle de Harrisburg, et pour être le frère le plus cool depuis des années *câlins*

V.L. Locey


* * *


À Vicki, qui m’a rendu la joie d’écrire lorsque j’ai cru l’avoir perdue. Et, comme d’habitude, à ma famille, qui supporte mon nouvel amour pour le hockey et mon obsession pour une certaine équipe, avec de longs soupirs de souffrance et de gentilles petites tapes sur la tête.

RJ Scott



Chapitre Un

Tennant

— Ten, je pense sincèrement que tu devrais de nouveau discuter avec ton agent.

Je levai les yeux vers les trois visages qui me fixaient depuis l’écran de mon ordinateur portable. Celui qui parlait à présent était Brady, mon frère aîné. Il jouait dans l’équipe de Boston en tant que capitaine. Il avait une magnifique femme blonde, prénommée Lisa, qui travaillait comme aide juridique, des jumelles âgées de deux ans : Gwendolyn et Amelia et une maison pour laquelle vous aviez besoin de Google Maps pour vous y retrouver. Brady, âgé de trente et un ans, se révélait être l’un des meilleurs défenseurs de la ligue, mais également la personne la plus agressive et la plus autoritaire de toute l’histoire de l’humanité.

— Je ne recontacterai pas mon agent, Brady. L’affaire a été conclue et je suis vraiment d’accord avec ça, dis-je à Monsieur Perfectionniste, tout en ouvrant une autre coquille de cacahuète.

La pile de coques vides posées à côté de moi, sur le canapé, devenait à présent impressionnante.

— S’il est content, Brady, je crois que nous devrions le soutenir au lieu de faire en sorte qu’il se sente encore plus mal à ce sujet.

Le visage numéro deux et locuteur actuel était Jamie, ou James comme ma mère l’appelait toujours. Jamie, cadet des frères Rowe pratiquait aussi le hockey. Il vivait à Fort Lauderdale où il occupait le poste de capitaine adjoint et jouait sur l’aile gauche. Jamie était l’époux de Lisa – je l’appelle Brunette-Lisa et la femme de Brady, Blonde-Lisa. Pas devant elles, bien entendu, sinon comment diable pourrais-je les différencier ? Brunette-Lisa, une superbe assistante dentaire, attendait leur premier enfant pour dans trois mois. Ils étaient mariés depuis quatre ans. Le rôle de Jamie dans la dynamique du trio des frères Rowe restait celui de Monsieur Négociateur.

— Il n’y a plus grand-chose qui puisse être fait à ce stade de toute façon. Son contrat ne courait que sur trois ans et Harrisburg l’a récupéré.

Et ça, c’était l’interlocuteur numéro trois, mon père, Bruce Rowe. Le géniteur des célèbres frères Rowe de Caroline du Sud. Papa, directeur de district de plusieurs Happy Mart de Myrtle Beach et des zones environnantes, connaissait plus de choses sur le hockey que nous trois, joueurs, nous n’en saurions jamais. Si vous regardiez mon père, vous pouviez tous nous voir d’ici une trentaine d’années : cheveux noirs bien épais et ondulés, des yeux bleu-vert et un sourire qui, d’après ce que Maman disait, lui causait encore des ennuis.

— Mais, Papa, il fait vraiment un pas en arrière dans sa carrière ! insista Brady.

Je mâchai en écoutant. Il s’agissait de mon rôle dans la famille : Tennant, le petit dernier qui se fait conseiller par les frères Rowe plus âgés, parce que, manifestement, il n’a aucune idée quant à ce qu’il doit faire de sa vie. Il est le plus jeune, après tout. Maman le dorlote toujours. Regardez-le assis là, dans un petit appartement de Dallas, sans maison luxueuse, sans mannequin sexy possédant une ample poitrine à son bras et qui vient d’être transféré dans une équipe quelconque, qui n’a même pas réussi à atteindre les séries éliminatoires de l’année dernière.

— Passer d’une équipe aussi bien établie que celle de Dallas à celle, toute nouvelle de Pennsylvanie équivaut à recevoir une gifle en plein visage. Son agent aurait dû piquer une crise. Je veux dire… le moins qu’il aurait dû faire était de l’amener à signer dans une des Six Originales.

— Oh ! Et nous y revoilà ! Encore à bâcher ceux d’entre nous qui ne jouent pas pour Boston, New York ou Montréal ! cracha Jamie.

Papa et moi soupirâmes de manière théâtrale. Je brisai une autre coquille et papa prit une gorgée de son café. Cela allait durer un certain temps.

— Jamie, ne remets pas ces conneries sur le tapis une fois de plus. Je n’ai jamais voulu dire qu’il y avait quelque chose de mal à jouer dans une équipe d’expansion, récita par cœur Brady.

— Bien sûr, comme si tu n’étais pas assis là depuis quinze minutes à déclarer à Ten qu’on évoquait un transfert merdique puisqu’il vient d’être racheté par une équipe d’expansion. N’est-ce pas toi qui viens de balancer tout ça avec ton accent geignard de Boston ? Dégage de là, Boof !

Jamie poussa son chat roux du clavier de l’ordinateur. Brady sauta sur sa déclaration comme une puce sur le dos d’un chien.

— D’accord. Et d’une : je n’ai pas l’accent de Boston.

Ce qu’il avait vraiment.

— Et dans ce cas, j’en serais fier, tout couineur qu’il est. Et de deux : je ne dis pas que certaines équipes d’expansion ne s’en sont pas bien tirées au cours des années, mais…

Ma mère s’assit à côté de mon père avec sa propre tasse de thé. Elle m’adressa un petit sourire. Je savais qu’il s’adressait à moi, parce que son sourire spécial voulait dire « Tennant est mon bébé ». Elle incarnait l’exact opposé des hommes Rowe : svelte, blonde et petite. Elle enseignait toujours la musique au lycée que les trois frères Rowe avaient fréquenté. Elle adorait le hockey plus que tout, et avait pourtant insisté pour que ses garçons apprennent à jouer d’un instrument de musique afin qu’ils possèdent d’autres compétences que celle de frapper des rondelles et de pousser des gens pour qu’ils tombent sur le cul.

— Mais rien du tout ! Qui a gagné la Coupe Stanley l’année dernière ? Ouais, c’est vrai : une équipe d’expansion. Suce. Ma. Bite !

James !

— Désolé, maman, je n’avais pas vu que tu te trouvais là. Boof m’en empêchait.

— Je suis certaine que Tennant sait parfaitement ce qui convient le mieux à sa vie, reprit ma mère.

— Je ne me sens vraiment pas mal à ce sujet, répétai-je, alors que j’envisageais de m’évincer de l’appel groupé sur Skype et de disparaître.

Mes frères et mon père ne remarqueraient même pas que j’étais parti avant au moins cinq minutes. La conversation à propos du massacre de ma carrière et de moi se poursuivit alors que ma mère et moi échangions des grimaces l’un avec l’autre. Lorsque Brady annonça qu’il devait couper la communication pour donner le bain à ses jumelles, Jamie se souvint brusquement qu’il devait changer la litière du chat. Papa embrassa maman sur la joue, puis s’allongea pour regarder un vieux western avec James Coburn.

— Eh bien, maintenant que les « Messieurs Je-sais-tout » sont partis, pourquoi ne pas discuter un peu ?

Maman déposa l’ordinateur portable sur la table de la cuisine et se pencha près de la caméra.

— Que ressens-tu sincèrement à propos de ce transfert, Tennant ?

J’avalai ma bouchée de cacahuètes.

— Cela me va vraiment bien.

Elle fronça ses sourcils fins.

— Non, sérieusement. Cela me convient parfaitement. Je pense que c’est même ma chance de pouvoir enfin me sortir de cette ombre que Tate Collins projette sur chaque centre de l’équipe.

— Je croyais que tu aimais bien Tate ?

Je pris une gorgée de chocolat au lait et mon regard passa de l’ordinateur portable posé sur mes cuisses à la ville de Dallas qui s’étalait sous ma copropriété. Tate Collins incarnait le hockey à Dallas. Vous connaissez cette chanson à propos des étoiles qui brillent haut dans le ciel de la nuit ? Eh bien, aucune étoile ne luisait davantage que Tate Collins au cœur du Texas. Il symbolisait le visage même du hockey, le centre principal de la ligue et son premier buteur, depuis trois années consécutives. Je ne pourrais jamais me faire remarquer – ou tenter ma chance en première ligne – avec Tate dans l’équipe. Et cela n’avait rien de personnel contre lui. C’était un gars bien : amical, humble, généreux, tout ce qu’un joueur de hockey devrait être. Toutefois, pour ceux qui travaillaient dans son ombre, les ténèbres paraissaient parfois déprimantes. Je savais, de manière certaine, que je pourrais être en première ligne dans n’importe quelle autre équipe. Surtout pour une qui évoluait au niveau professionnel pour la deuxième année, comme les Railers. Ce n’était pas un ego surdimensionné qui parlait, mais ma confiance. Je connaissais mes aptitudes et elles ne correspondaient pas à une seconde ligne.

— En effet ! Néanmoins, je suis fatigué de me retrouver tout le temps dans l’ombre de quelqu’un d’autre.

— Cela fait partie de la malédiction d’être le plus jeune, chéri.

Maman m’adressa un triste petit sourire.

— Comment Chris prendra-t-il ton départ de Dallas ?

Le carton d’un demi-galon de lait glissa de ma lèvre inférieure.

— Chris ?

Je toussai et m’empressai de m’essuyer le menton du dos de ma main. Impossible ! C’était totalement impossible qu’elle sache pour Chris. Lui et moi avions été super discrets.

— Oui, Christine, cette rousse qui sautait partout que tu avais emmenée au prix de l’Athlète Texan de l’Année pendant l’été ?

Maman m’adressa un coup d’œil qui voulait dire qu’elle s’interrogeait sérieusement sur mon état mental.

— Elle a tweeté à ce sujet pendant des semaines.

— Oh, Christine ! Oui…

Bien entendu, je comprenais ce qu’elle voulait dire à présent. L’une de ces filles qui me servaient de paravent. Ouais, cette Chris et non pas Chris, le barman avec la barbe et le chignon avec qui je sortais en cachette depuis quelques semaines.

— Notre histoire s’est terminée toute seule.

— Oh, c’est bien dommage. Elle était jolie. Quelque chose à l’horizon ?

— Nan, pas vraiment.

Dallas scintillait de chaleur bien qu’il fasse nuit. Le prix de l’Athlète de l’Année du Texas, je m’en souvenais bien. J’étais arrivé en second, après Tate pour le prix de l’Étoile la plus Brillante sur Glace, deux années de suite.

— C’est probablement aussi bien. Tu vas bientôt déménager. Je suis sûre qu’il y a beaucoup de jolies filles à Harrisburg.

— J’en suis certain.

Ugh ! Ça craignait. Le fait de mentir était pénible, car représenter le seul enfant gay des deux côtés de la famille était difficile, comme sortir avec des femmes se révélait ardu ; de même qu’introduire en douce des hommes dans mon appartement, déplaisant. J’affichai un petit sourire pour elle.

— Tu rencontreras bientôt la bonne personne, Tennant.

Mon père l’appela. Elle roula des yeux et je ricanai.

— Je te jure que cet homme est incapable de mettre la main sur ses propres lunettes. Combien veux-tu parier qu’elles se trouvent sur le dessus de sa tête ?

Je gloussai.

— Je ferais mieux de me déconnecter et de te laisser te reposer. Tu vas avoir quelques semaines bien occupées afin d’emballer et de déménager. Nous t’aimons, Tennant.

— Je t’aime aussi, maman.

Je refermai le couvercle de mon Dell, posai les mains dessus et contemplai la ville que j’allais laisser derrière moi. Dallas me manquerait. C’était une ville formidable avec des fans incroyables, cependant, pas sûr que Chris me manque beaucoup. Le Chris avec des poils sur le visage, je veux dire. Nous avions eu quelques séances de frottage, mais cela se résumait à peu près à tout. Malgré son côté mignon, il nous manquait cette étincelle dont on entendait tant parler. Probable que si j’étais resté, nous serions allés plus loin, simplement parce que me masturber me fatiguait. Il n’en restait pas moins que cette raison s’avérait minable pour coucher avec quelqu’un.

Je devinais qu’être transféré dans une équipe du Nord avait simplement mis une autre croix dans la colonne des « ce pourrait être pas mal, après tout ». J’avais quelques soucis, comme trouver un endroit pour vivre, avoir à deviner comment seraient mes futurs coéquipiers et l’entraîneur, et chercher si Frank Sinatra ou n’importe quel chanteur de renom avait chanté un air à la gloire de Harrisburg. Vous saviez qu’une ville avait réussi quand il existait une chanson populaire à propos d’elle. Des endroits tels que New York, Dallas, San Francisco, Chicago… avaient tous des chansons bien à eux. Bon sang, même Allentown possédait sa propre chanson. Un air décrivait un lieu où il faisait bon vivre, non ? Une rapide recherche sur Google m’informa qu’un mec du nom de Josh Ritter avait effectivement chanté quelque chose sur la ville où je déménageais. J’en déduisis qu’on avait atteint le Nirvana, non ?


* * *


Septembre. Bordel… Où diable l’été avait-il disparu ? Oh, ouais, certainement englouti par mes recherches d’un nouvel appartement, en emballages, en visites chez mes amis, du temps passé à m’assurer que mon changement d’adresse avait bien été pris en compte par la Poste.

La première chose que je remarquai, tandis que je traversais la frontière de la Pennsylvanie avec mes affaires personnelles entreposées à l’arrière de ma Jeep Wrangler, était le manque de palmiers. Non, sérieusement… Comme si je ne m’étais pas douté, en toute logique, qu’il n’y en aurait aucun, alors qu’en réalité, le fait de ne pas en croiser fut un sacré choc. Il y avait toutes sortes d’autres arbres, toutefois, rien qui se rapproche un tant soit peu d’un palmier. Ce qui signifiait que l’hiver devait faire partie intégrante de la vie d’ici. Donc, pas très cool ! Un garçon du bord de mer tel que moi, aux prises avec des températures avoisinant les deux/trois degrés, cela ne me correspondait pas, mais alors, pas du tout. Une croix fut mentalement tracée dans la colonne des « ce n’est peut-être pas une si bonne chose après tout ».

Heureusement, ma tante en tant qu’agent immobilier m’avait trouvé un bel appartement en centre-ville, sur Front Street, avec vue sur la rivière Susquehanna depuis le toit. Le bâtiment massif, tout en briques et rempli de « grâce et de charme » pour citer ma tante me plaisait. J’avais choisi un appartement de deux chambres pour le même prix que celui d’une seule que j’avais à Dallas. Dans l’ensemble, j’étais ravi de l’endroit et envisageai de transformer la deuxième pièce en salle de gym. Mes meubles, arrivés le jour d’après, avaient l’air incongru ici. Les motifs western s’intégraient bien dans la Big D. Par contre, à Harrisburg, ils semblaient débiles. Je vendis ces vieilleries en une semaine et travaillai actuellement à remplir les grandes pièces vides avec des meubles qui indiquaient que j’étais un citadin en plein succès. Jusqu’à présent, j’avais un fauteuil et un lit. Oh, la télé et ma PS4 aussi. L’essentiel se retrouvait là, au moins.

Entrant dans la cuisine, j’appuyai sur l’interrupteur et préparai le petit-déjeuner qui consistait en une boisson protéinée et une omelette au fromage et champignons. Maman et papa étaient passés pendant le week-end et maman avait rempli le congélateur et chaque étagère du frigo avec de bons produits, alias de la nourriture saine. Le pack de six bières m’avait valu un regard sombre, cependant elle n’avait pas évoqué le fait qu’elles contenaient des graisses, ni que je me comportais tel un idiot après en avoir bu deux. Pour cette fois. Comme si je ne savais pas déjà que je ne tolérais absolument pas l’alcool.

Tandis que je mangeais, je passai en revue les journaux locaux sur une application de mon téléphone. Chacun d’entre eux avait quelque chose à publier sur les Railers. La plupart des articles restaient centrés sur l’argument comme quoi l’État ne pouvait pas soutenir trois équipes de hockey professionnel. Ce qui semblait peut-être exact – le temps le dirait. Le hockey gagnait en popularité, néanmoins il lui restait encore beaucoup de chemin à parcourir pour rattraper le football, le baseball ou le basketball ici, aux États-Unis. Il y avait quelques articles sur moi et les espoirs que ces journalistes sportifs émettaient pour les attaquants de l’équipe maintenant qu’ils possédaient un centre venant d’une des Six Originales. Marquer des points avait constitué le problème majeur lors de la dernière saison, ainsi que leur faible défense. Il faudrait du temps pour bâtir une bonne équipe, le projet d’expansion ayant fait très peu à ce sujet. L’alarme de mon téléphone se déclencha tandis que je mettais mon assiette sale dans le lave-vaisselle. Mon estomac se noua.

La période d’entraînement pour des gars expérimentés comme moi débutait aujourd’hui. Les nouvelles recrues de l’équipe avaient dû se présenter hier. Aujourd’hui, tout porterait sur les examens médicaux, les tests de condition physique et les relations avec les médias. La presse fonderait sur moi comme du beurre sur une tartine. Cool ! Ce serait probablement bon de me retrouver sous le feu de quelques-uns de ces projecteurs qui avaient toujours brillé pour Tate. Bon sang, même en grandissant, j’entendais toujours « Oh, tu es le petit frère de Brady/Jamie ! J’espère que tu seras aussi bon étudiant/joueur qu’il/ils sont ! » de la part des enseignants et des entraîneurs. C’était mon tour à présent, et j’allais profiter des feux de la rampe jusqu’à m’en brûler les ailes.

Une douche rapide et je me rendis au centre de formation de Rutherford, à environ une vingtaine de minutes de mon appartement. Glass Animals fournit la musique durant le trajet pour me rendre à mon travail. Je me garai dans le parking de l’East River Arena, domicile de l’équipe de hockey des Harrisburg Railers et j’aperçus des fourgonnettes de presse éparpillées un peu partout, ce qui me remplit d’une excitation nerveuse. Je me glissai à l’intérieur sans être repéré, la foule des journalistes ne me jetant qu’un rapide coup d’œil tandis que je descendais une volée de marches afin d’aller vérifier la glace. Je fermai les yeux, inhalai cette odeur particulière, l’enfermant dans mes poumons et souris. Il n’y avait rien de tel : l’air froid, le son des lames sur la glace, les grognements et cris, l’impact du corps d’un homme contre les vitres et protections autour de la patinoire sans oublier le gyrophare au-dessus de la cage des buts. Presque aussi bon que du sexe. La glace semblait parfaite. Quel dommage que nous autres, les vétérans, nous ne puissions pas monter dessus avant demain.

— Tennant ! Hey, bienvenue à Harrisburg ! Que pensez-vous amener à l’équipe ?

Je jetai un coup d’œil par-dessus l’épaule de mon tout nouveau sweat-shirt à capuche des Railers, au gars maigre qui descendait les marches en béton. Il avait des cheveux bruns hérissés et de grands yeux écarquillés. Il tendit la main, serra la mienne, puis tourna le regard vers le téléphone portable qu’il tenait dans sa main.

— Bob Riggs, dit-il. Je tiens un site en ligne qui traite exclusivement du hockey sur glace de la région d’Harrisburg. Des pros aux juniors.

— Bien. Libre à vous d’enregistrer.

Je m’appuyai contre le verre, croisai les bras sur mon torse et commençai l’interview. En moins de cinq minutes, il y avait probablement une vingtaine de personnes autour de moi, au niveau de la glace. Je fis de mon mieux pour répondre à toutes les questions qu’ils me posaient. Je leur indiquai combien j’étais excité d’être ici, que j’espérais pouvoir contribuer à l’équipe et à la ville de manière positive et que c’était cool que le hockey professionnel se retrouve en pleine expansion. C’était une rencontre impromptue afin de faire connaissance et mon genre préféré. Je me sentais beaucoup plus à l’aise dans ces situations, en opposition à la journée réservée aux médias strictement réglementée que les équipes organisaient toujours. Celles-ci étaient toujours tellement mises en scène et rigides. Je me retrouvais sur le point de répondre à un mec costaud, chauve avec juste une énorme touffe de poils lui sortant des oreilles, vêtu d’un survêtement, quand quelqu’un tapa sur le verre derrière moi.

Je sursautai et me retournai, mon regard croisant et se perdant dans les plus beaux yeux bleu clair que j’avais jamais vus. Des prunelles familières aussi, maintenant que le choc s’estompait. Elles appartenaient à Jared Madsen, ou « Mads » ainsi surnommé dans notre maison. Je ne l’avais pas revu depuis des années. Il semblait si différent et pourtant le même, si cela avait un sens et incroyablement sexy à présent. Avait-il toujours été comme ça ? J’avais probablement dix ou peut-être douze ans la dernière fois que je l’avais vu, et à l’époque, j’étais totalement inconscient des hommes et de combien je me sentirais attiré par eux quelques années plus tard. Ses cheveux avaient-ils toujours eu cette nuance de blé doré, ses yeux si perçants et ses épaules aussi larges… ?


Chapitre Deux

Mads

Ten me dévisageait avec un regard qui indiquaient qu’il me reconnaissait et même un soupçon de sourire. Quel gars magnifique – il n’y avait pas d’autre moyen de le dire. De ses pommettes ciselées à ses yeux verts, il était toujours à deux doigts de devenir une véritable beauté. Ma réaction à son égard tenait du viscéral. Il représentait exactement le genre d’homme que j’aimais passer du temps à contempler.

Tennant Rowe. D’un côté, le centre star et un joueur d’équipe avec un excellent sens du hockey et de l’autre, un homme magnifique, sexy et une icône pour un million de fantasmes de fans.

Je dois me concentrer sur le hockey. J’ai neuf ans de plus que lui et c’est un ami de la famille. Je décidai de me répéter cette sorte de mantra jusqu’à ce que l’appréciation qui avait traversé mes pensées se dissipe. Je me focalisai donc sur le sport.

Même à onze ou douze ans, peu importe l’âge qu’il avait la dernière fois que nous nous étions croisés, on pouvait déjà noter, avec évidence, que Tennant possédait les gènes du hockey des Rowe – avec le potentiel d’être meilleur que ses frères, même. Non pas que Brady ou Jamie l’aient laissé les surpasser. L’amour fraternel n’avait pas permis à Ten d’atteindre ses objectifs, ni même d’obtenir la pomme de terre supplémentaire lors d’un dîner. Leur sens de la compétitivité aurait étouffé un enfant moins endurant, pas Ten cependant – cela l’avait aidé à s’épanouir.

— Que savez-vous de Tennant Rowe ? m’avait demandé l’entraîneur en chef Mike Benning avant le match. Vous avez joué avec Brady, non ?

J’avais presque eu l’impression que mon opinion restait très importante à ce moment-là, comme si ma connaissance préalable du frère de Ten, Brady, signifiait que lorsque je parlerais, le Coach m’écouterait réellement. Je ne dis pas qu’il ne le faisait pas, ne vous méprenez pas, il demeurait un bon gars sous son apparence glaciale. Il était vraiment concentré sur les attaquants. Voilà justement un des points que l’équipe fichait en l’air, non pas que je sois prêt à le reconnaître à haute voix pour l’instant. J’avais encore un camp d’entraînement à passer, afin de trouver un noyau d’hommes que je pourrais former. Ensuite, je dirai exactement ce que je pensais au Coach Benning, qu’il aime ou non.

Il serait alors trop tard pour se débarrasser de moi.

Alors, ouais, il avait raison. J’avais joué avec Brady chez les Juniors, en tant que deuxième membre de notre paire et nous étions bons. Plus que cela même. Il finit par atteindre son premier choix puis rejoignit l’équipe de Boston où sa rapide nomination en tant que capitaine m’avait même pris par surprise. Là encore, il s’était toujours comporté comme un bâtard insoumis qui allait chercher ce qu’il voulait. Quant à moi ? Mon ascension ne fut pas aussi rapide, et je m’étais démarqué avec les Sabres de Buffalo en nous amenant jusqu’à la finale de la Coupe Stanley. Seulement, ma carrière était terminée tandis que l’étoile de Brady brillait toujours. Allez comprendre !

— Vous ne pouvez pas juger Tennant d’après ses frères, avais-je répondu et je le pensais.

Brady occupait le poste de défenseur, grand et mauvais sur les bords, avec une étincelle qui faisait de lui le meilleur. Ouais, il était capitaine et ouais, il possédait des compétences à double sens, toutefois, il n’était pas un attaquant comparable à Ten qui possédait tous les meilleurs attributs dignes des Six Originales, comme la vitesse et des placements intelligents de la rondelle.

Ten me fixait toujours et je suppose que cela signifiait que j’en faisais autant. J’esquissai un petit geste de la main qu’il imita, puis l’un des journalistes lui posa une question et il se retourna, distrait. Rien de plus normal. Ce n’était pas comme si nous avions quelque chose à nous dire, juste cette petite reconnaissance due à la familiarité. Ayant vérifié ses antécédents sur Google lorsque le Coach me l’avait demandé, et au vu des photos standards de la LNH, une, en particulier, avait retenu mon attention. Ten posant devant les couleurs de Dallas, collées derrière son cou, souriant, ses lèvres formant une moue, les yeux brillants. Je le trouvais effectivement bien grandi et super sexy, mais étant donné le nombre de photos de lui en compagnie de nombreux mannequins féminins, il penchait du mauvais bord.

Quoi qu'il en soit, avouons-le, Brady me tuerait si je m’approchais de son frère. Après tout, il m’avait surpris lors d’un trio à Montréal et s’était retrouvé confronté à moi, alors qu’un brun plantureux et autre gars taillé comme un bûcheron s’occupaient tous les deux… Enfin, ouais, Brady avait juré qu’il avait besoin de se nettoyer les yeux à la javel, depuis lors, son opinion me concernant m’avait fermement classé dans le rôle d’une pute.

Cela s’avérait relativement exact, enfin la plupart du temps, du moins jusqu’au cinquième match du troisième tour, lorsque j’eus une rencontre foudroyante avec des bandes m’ayant fait sortir d’une partie éliminatoire, puis définitivement du hockey professionnel. Rien de tel que votre corps qui vous laisse tomber pour arrêter vos comportements de prostitué.

Je m’obligeai de cesser de penser à Ten et ses frères quand l’entraîneur Benning patina jusqu’à moi.

— Et ? demanda-t-il dans sa barbe.

— Et, quoi ?

— Le gamin vous paraît-il bon ?

— Qui ?

— Tennant Rowe, dit-il avec une pointe d’exaspération, comme si j’étais stupide.

Je pouvais m’épancher de manière lyrique sur le corps souple recouvert du tout nouveau sweat-shirt des Railers, ou sur la façon dont ses yeux verts brillaient sous les lampes de la patinoire. Bon sang, j’aurais même pu parler de son dos qui m’avait paru bien large, pressé contre la vitre avant qu’il se retourne. Cependant, j’étais loin de ce que l’entraîneur attendait, il désirait juste un aperçu instantané de son talent.

Il y avait tellement de choses que je voulais dire en cet instant. Dans le sens où les Raiders avaient de la chance d’accueillir quelqu’un avec ses statistiques, que le gamin, ou plutôt l’homme désormais, possédait le potentiel pour mener l’équipe vers une bonne année. Peut-être même atteindre les play-offs. Je désespérais de dire au Coach de ne pas tout foutre en l’air. Je ne prononçai pas un mot. Mon haussement d’épaules fut ma façon de m’exprimer, avant de commencer à parler à un homme dans l’incapacité de différencier un bon joueur d’un mauvais.

Benning murmura quelque chose qui semblait distinctement contenir les mots « connard » et « merde ». J’y étais habitué à présent. Nous avions ce que l’équipe aimait appeler une « relation intéressante ». Moi, je nommais cela un bordel foireux. Néanmoins, je savais que tout ne résultait pas de sa faute.

Une vague de jurons et de rires, et les dix recrues que j’avais avec moi ce jour-là arrivèrent sur la glace. Je les examinai objectivement pendant qu’ils s’étiraient et glissaient paresseusement en cercles afin de s’échauffer. Nous avions six places dans l’équipe, dont quatre déjà remplies par certains des meilleurs D-hommes que j’avais vus depuis longtemps. Ce qui n’en laissait que deux pour les dix qui se trouvaient là pour s’entraîner. J’avais déjà un œil fixé sur Travis MacAllistair. Il avait passé l’année dernière dans l’équipe mineure qui servait de réservoir aux Railers, s’y était montré prometteur, se faisant appeler à plusieurs reprises, sans jamais participer à un match. Mac, comme on le surnommait, serait un atout bénéfique pour l’équipe et il le savait, ce fils de pute. J’aimais ça chez un défenseur – qu’il ait confiance en ses capacités et qu’il puisse pousser quelqu’un contre les bandes et s’éloigner en souriant.

Je le mis avec ce nouveau gamin – yeux brillants, avec une confiance indiquant sa certitude de régner sur le monde, qui irradiait de chacun de ses pores. Il s’agissait d’un Suédois d’un mètre quatre-vingt-quinze, avec un grand sourire maladroit, à l’apparence inoffensive au premier regard, toutefois, Arvid « Arvy » Ulfsson n’avait rien d’innocent. Avec du potentiel derrière ce sourire, il passait beaucoup de temps près du filet, teigneux et acharné. Sa faiblesse provenait de son besoin désespéré de lancer des attaques, alors qu’il devait d’abord asseoir sa position et prendre ses marques avant qu’il fasse le beau et essaie de marquer des buts.

Le reste était constitué d’un mélange de gars qui brillaient et d’autres qui n’y parvenaient pas. Ils méritaient tous une place dans l’équipe mineure, mais de là à se demander s’ils se défendraient bien dans le cadre des Railers, voilà une tout autre affaire.

J’associai Arvy et Mac dans un trois contre deux, échangeai leurs rôles, me concentrant vraiment fort sur la session de pointe, sur les vérifications qu’ils devaient mener à terme, sur ceux qui ne le faisaient pas… du moins, aussi durement que je le pouvais alors que Ten restait assis et observait.

Je me demande ce à quoi Ten pense ? Prend-il des notes mentales comme moi ? Il avait grandi en s’entraînant contre ses frères, tous deux faisant partie des stars de la LNH à part entière. Regardait-il cette mêlée et imaginait-il que la défense pourrait être meilleure ? Est-ce qu’il jugeait Arvy et Mac ? Me juge-t-il ? Pourquoi m’en inquiéter ?

À la fin de la séance d’entraînement, j’avais mentalement rayé cinq gars de la liste. Difficile de leur annoncer qu’un contrat ne leur serait pas offert, pourtant ils devaient apprendre, non ? La LNH représentait une cible brillante, la Coupe Stanley, les Six Originaux, une centaine d’années d’histoire. Tout le monde ne pouvait pas avoir une place assurée à la table dès leur première année. L’un d’entre eux, un gars énorme sembla vouloir dire quelque chose, toutefois, je maintins ma position, comme seuls les meilleurs défenseurs réussissaient à le faire et il concéda avec un triste sourire. Je ne pouvais pas en vouloir aux gars pour leur déception – les défenseurs se montraient agressifs, arrogants et ultra-confiants par définition et vous ne pouviez pas vous attendre à ce qu’ils s’arrêtent dès la fin de l’entraînement.

À la fin de la première séance, il m’en restait cinq, ainsi que le sentiment troublant que Ten observait chacun de mes gestes. Je l’excusai parce que j’étais familier avec lui, un ami de la famille, quelqu’un avec qui il avait l’habitude de jouer en tant qu’adolescent, les rares fois où je restais à l’occasion à la maison Rowe afin de jouer au hockey. Lorsque je patinais, formant une boucle pour me rapprocher de l’entraîneur des gardiens de but, je levai les yeux vers les sièges où Ten et les autres se tenaient assis, mais il n’y avait plus que des espaces vides. Ils étaient partis et, l’espace d’une seconde, je fus déçu. J’avais espéré pouvoir discuter avec lui après l’entraînement. À propos de quoi ? Je n’en avais aucune idée.

La dernière chose à faire était de demander à Tennant Rowe comment allaient ses frères, ou un commentaire sur les succès les plus récents de Brady ou de Jamie. Non pas qu’il n’éprouvait pas une certaine fierté vis-à-vis d’eux, j’en étais certain – ils formaient une famille proche et une que j’avais toujours enviée en tant qu’enfant unique avec une mère absente, mais quand même… Ten s’était octroyé beaucoup de temps pour se faire un nom.

Je le savais, parce que je l’avais suivi. Non pas comme un harceleur, ou avec une alerte Google, ou quelque chose dans ce goût-là. Je veux dire que j’écoutais toutes les bribes d’informations provenant de Dallas, les mentions de Ten, souvent comme un addendum, à ce que le grand Tate Collins, sauveur de la LNH, faisait. J’avais vu des photos du petit Ten alors qu’il grandissait, tenant cette deuxième ligne à Dallas, avec une ténacité qui lui avait valu quatre-vingt-neuf points de moyenne sur les trois années. J’avais regardé des interviews après des matchs où les journalistes tentaient de lui poser des questions sur ses frères. Il souriait toujours à celles-ci et répondait du mieux qu’il le pouvait, cependant, pour quiconque le connaissait, pouvait remarquer la frustration dans son expression.

— Tu surveilles Arvy et Mac ?

Alain Gagnon, l’entraîneur extraordinaire des gardiens de but, vétéran des Canucks depuis vingt ans, interrompit le fil de mes pensées. Arvy. Mac. Travail.

— Ouais.

Gagnon soupira.

— Mac constitue un atout. Arvy ne parvient pas à se contrôler et veut marquer des buts.

— Il n’y a rien de mal avec une défense à deux voies, dis-je.

Je pensais être sarcastique, alors qu’en fait, je me montrais ravi de recevoir la confirmation de quelqu’un que je respectais et qui me confortait dans la situation pas tout à fait claire concernant Arvy.

— Il est bon, et a du potentiel. Alors, tu devrais travailler avec lui, déclara Gagnon, avant de s’éloigner.

Il le faisait souvent : le truc de partir en patinant. D’après moi, les gardiens de but paraissaient juste bizarres – amusants, parlant de leurs postes de façon étrange. Là encore, si vous étiez le genre d’homme heureux de rester immobile alors qu’un palet se dirigeait droit vers vous à plus de cent-cinquante kilomètres/heure, vous étiez forcément un peu singulier. Les Railers ne cherchaient pas de nouveau gardien pour cette année – les deux que nous possédions constituaient précisément la raison pour laquelle nous n’avions pas plongé tout au bas du classement. En fait, eux et quelques-uns de nos attaquants les plus brillants nous avaient laissés à seulement huit points d’une place en séries éliminatoires, lors de notre première année après l’expansion.

— Dans mon bureau ! lança l’entraîneur et je patinais lentement vers la porte.

Une partie de moi ne voulait pas quitter la glace. Mon chez-moi. Je me sentais bien là. Tout était doux, lisse et froid, et non pas déchiqueté et ruiné comme ma vie à l’extérieur. Et ouais, étant conscient que cela pouvait paraître dramatique, néanmoins, la glace demeurait toujours mon refuge. Ce premier pas vacillant quand le patin touche le caoutchouc de la passerelle, vous sentez à nouveau tout le poids de votre corps sur cette lame minuscule et tout vous semble bancal pendant quelques secondes. Je ne savais pas si d’autres patineurs ressentaient cette même impression – je ne le leur avais jamais demandé, parce que je devais surtout me montrer féroce et réprimandais les gars que j’entraînais. Je pouvais l’imaginer – me tenir en plein centre, tandis qu’ils étaient alignés contre les parois et les interroger sur ce qu’ils éprouvaient lorsqu’ils se trouvaient sur la glace.

Aucun risque que cela arrive.

La réunion fut plus courte que la normale, Dieu merci – Benning avait une façon de parler jusqu’à ce qu’il s’étouffe pratiquement sur ses paroles, tandis que le reste des personnes présentes dans la pièce perdaient petit à petit toute volonté de rester éveillées. Il ne parlait que de dynamique de l’équipe, de points de pression, d’échecs, de retours, de tout et de rien. J’étais plutôt « allons déjeuner, parce que le petit-déjeuner était un désastre, et j’ai à peine réussi à avaler une bouchée d’un Pop-Tart froid ». Apparemment, la réunion fut raccourcie parce qu’il avait un rendez-vous officiel très important avec le nouvel attaquant, Tennant Rowe, étoile brillante, membre de la dynastie Rowe, et ainsi de suite. Il me fixait pendant qu’il discutait et je pense qu’il tentait probablement de me faire comprendre, sans l’exprimer à haute voix, que même si je connaissais Ten, lui seul tenait les rênes. Qui sait ?

Je partageais un bureau avec Gagnon, ce qui me convenait, parce qu’il n’y venait jamais. Probablement en train de faire des trucs bizarres. Cela signifia que j’eus la chance de pouvoir manger en paix, de prendre un café et de vérifier ma boîte mail. Celui de Brady était attendu. Ce n’était pas que nous échangions beaucoup – à peine depuis l’accident qui avait mis fin à ma carrière, avec une brutalité terrible. Je posai mes mains sur ma poitrine, une habitude que j’adoptais quand je réfléchissais à propos de mon cœur. Un coup mal placé contre la rambarde, une bonne commotion cérébrale, puis je m’étais effondré dans la zone médicale.

Le début de la fin.

Brady représentait l’une des premières personnes que j’avais repoussées. De tous mes amis, ce connard tenta de me contacter très longtemps, avant de finir par abandonner.

Comme si je désirais conserver des amis qui évoluaient toujours dans le milieu du hockey, tandis que ma condition cardiaque ne me permettait même pas de jouer dans une ligue de buveurs de bière.

Hey, Mads, commença le mail et je dus admettre que j'aimais que ce ne soit pas formel. On m’appelait Mads depuis que j’avais débuté le hockey à l’âge de quatre ans. Il s’était avéré que porter le nom de Madsen et être décrit tel un défenseur fou, signifiait que mon surnom était le bon.

Il me demandait de mes nouvelles, espérant que j’allais bien et que j’aimais mon nouveau rôle auprès des Railers, mais il m’indiqua aussi être en colère que Boston ne m’ait pas accepté en tant qu’entraîneur. Où avait-il pioché l’idée que je désirais aller à Boston, je n’en avais aucune idée. Si nous étions de nouveau réunis tous les deux, cela m’aurait trop rappelé tout ce qui s’était passé.

Ouais. Je me montrais de nouveau mélodramatique.

Je lus le reste. Quelques nouvelles de ses jumeaux et du fait qu’il se retrouvait sur le point de devenir oncle. L’espace d’un instant, ma poitrine se serra. Ten était bien trop jeune pour devenir père et j’étais bien placé pour le savoir – je n’avais que quinze ans lorsque j’avais contribué à créer un enfant. Pourquoi avais-je immédiatement présumé qu’il s’agissait de Ten qui s’était laissé prendre, je ne sais pas, d’autant qu’il restait Jamie, le frère cadet.

Puis l’e-mail arriva à son but premier. Donc, tu sais que tu as obtenu Ten – garde un œil sur lui pour moi ? Cette équipe, ce n’était pas ce que je voulais pour lui, mais il reste intraitable sur ce point.

Ensuite, je pouvais lire la connerie habituelle : « nous devrions rester en contact ». Je sentis, le temps d’une phrase, que les Railers avaient été rejetés, comme une équipe sans valeur. On m’avait dit que Ten était meilleur que nous et que j’avais été rétrogradé au rôle de tuteur. D’une manière ou d’une autre, tout se mélangeait afin que j’aie l’impression d’être de la merde.

Je tapai une réponse fleurie d’adjectifs, lançai quelques calomnies sur la filiation de Brady et lui assénai en termes non équivoques qu’il pouvait se mettre ses platitudes là où le soleil ne brillait jamais.

Je supprimai tout et envoyai un simple : Tu sais, il a grandi – il peut prendre soin de lui-même. J’hésitai sur la signature. Mads semblait le plus logique, mais d’une certaine façon, cela impliquait une connexion personnelle avec laquelle je ne me sentais pas heureux. Néanmoins, Brady ne m’avait jamais appelé Jared, donc au final, j’écrivis Mads et appuyai sur la touche d’envoi.

Cet échange me laissa tout aussi instable que lorsque je marchais avec mes patins sur le tapis en caoutchouc et je fermai mes mails, décidant que plus tard constituerait un meilleur moment pour que j’aborde les courriels provenant de l’école de Ryker, de la banque et des modifications apportées à la myriade d’horaires qui changeaient continuellement dans une équipe de hockey.

Café en main et agité, je quittai mon bureau, contournant les vestiaires, la cuisine, les salles de musculation et autres endroits où je pourrais rencontrer quelqu’un et avoir à parler. C’est ainsi que je finis dans le couloir de derrière, près du débarras que nous utilisions pour ranger différentes boîtes quand nous jouions des matchs à l’extérieur. Malheureusement, quelqu’un d’autre se trouvait déjà là, assis sur un carton, jambes croisées, fixant le mur. Tennant. Je m’arrêtai et reculai, cependant il m’entendit, ou me vit, à moins qu’il ne possède cette espèce de sixième sens dont certains experts parlaient.

— Mads, dit-il, se penchant en avant, sortant de l’ombre afin que je puisse le regarder.

Le sweat-shirt bleu marine avec le logo des Railers à l’avant lui seyait parfaitement. Voilà tout ce à quoi je pouvais penser.

— Ten, répondis-je, sur pilote automatique.

— Ce type, le vingt-neuf… Ulfsson ou quelque chose comme ça ? Il ne prend pas le temps de finir ses contrôles, il veut obtenir le palet et marquer. Ce n’est pas bon.

J’observai Ten pour voir s’il plaisantait, toutefois, rien sur son visage ni dans ses beaux yeux verts n’indiquait que sa déclaration valait autre chose qu’un simple constat des faits.

— Tu le savais déjà, ajouta Ten, dénouant ses jambes, les étirant devant lui, une à la fois.

— Exact.

Super, c’était soit la conversation la plus profonde que j’avais jamais eue avec une autre personne, soit, notre échange devenait tout bonnement stupide.

— Brady te salue, lança Ten.

Cette fois, son étirement concerna ses bras qu’il tendit au-dessus de sa tête et… oui, la voilà, cette bande de peau, ce ventre tonique… et oui aussi, j’ai regardé. Pas la peine de m’en vouloir. Ten avait le corps typique d’un patineur : tout en muscle, avec des creux et des bosses et de la force. Après tout, un homme pouvait admirer.

Puis, je levai les yeux et remarquai qu’il souriait. Un sourire franc et authentique. Que cela signifiait-il ? Était-ce parce qu’il se savait beau et qu’il appréciait le fait que quelqu’un le reluquait ? Ou parce que Brady lui avait raconté l’incident de la triplette et qu’il espérait attirer mon attention ? Quoi qu’il en soit, Ten continuait d’être un bâtard content d’afficher toute sa merde et je ne pouvais pas être intéressé. Je devrais juste le lui faire remarquer, lui avouer que j’étais peut-être bi, et qu’il valait mieux ne pas essayer de se fiche de moi. Et si ce sourire faisait référence à autre chose ? Comme une plaisanterie familiale à mon sujet ?

Donc, je ne dis rien. Je changeai de sujet et ne pris pas ce sourire personnellement.

— Super. En fait, il m’a envoyé un mail, répondis-je, revenant sur Brady, parce que je refusais de lui sourire ou de me lancer sur autre chose.

Ten émettait une suggestion avec ce sourire.

À cette déclaration, son expression se modifia. De confiant et heureux, il se mit sur ses gardes.

— Ne me dis rien, fit-il, poussant un long soupir. Grand frère voulait t’avertir que je devais travailler sur mes dégagements, ou que mes mises en échec avant ne sont pas aussi rapides que nous en avons besoin, ou pire encore, que je ne suis peut-être pas à la bonne place pour dévier le palet afin de marquer un but ?

— Non, répondis-je, parce que les paroles de Ten se teintaient de dérision et que je n’appréciais pas ça du tout. Ton frère est fier de toi.

Toute trace de tension déserta Ten, et il s’affaissa visiblement.

— Ouais, je sais. Je le suis aussi pour lui et Jamie.

Il me regarda droit dans les yeux.

— Ne pense pas une seule minute que nous ne formons pas une grande et heureuse famille.

Aïe ! Un sous-entendu vraiment dur se dissimulait dans ces mots et je voulais vraiment faire en sorte de retrouver un Ten heureux et taquin, et abandonner cet homme obtus et fermé qui se tenait devant moi.

— Il voulait me rencontrer autour d’une bière un jour, mentis-je.

Parce que, peu importe que j’enseigne à mon fils que le mensonge ne pouvait pas être bon, parfois, c’était exactement ce que l’on devait faire.

— Oh !

Ten parut surpris. Puis, il sourit à nouveau, son sourire paraissant cette fois moins confiant et plus doux.

— Comment va Ryker ?

— Dix-sept ans, il subit les effets des hormones, très bon ailier gauche.

Cela caractérisait ma manière de parler de Ryker en public. Il était bien plus que mon adolescent de dix-sept ans agité et capable de bien tirer. Il représentait toute ma vie et la raison pour laquelle je me levais chaque jour.

Lorsque je m’étais retrouvé assis dans le cabinet de ce médecin à l’écouter, entendant des mots qui ne signifiaient pratiquement rien pour moi, je l’avais interrompu pour lui demander la seule question qu’un joueur de hockey pouvait poser : serais-je en mesure de rejouer ?

La présence de mon fils dans ma vie m’avait empêché de me perdre dans les médicaments et l’alcool après que le docteur ait secoué la tête, et signifié par là la fin définitive de ma carrière professionnelle en tant que hockeyeur.

Vous ne pourrez plus jouer au hockey professionnel.

Donc, ouais, Ryker en imposait bien plus que ma manière de le décrire, cependant, je ne me sentais pas prêt à partager cela avec quiconque, encore moins avec Ten, que je ne connaissais plus aussi bien désormais.

— Je l’ai en ami sur Facebook, poursuivit Ten.

Et moi, non ! J’avais besoin de lui parler à ce sujet, parce que je devrais l’être, non ? Il s’agissait là du numéro un de la liste des responsabilités parentales ? C’était à mon tour de l’avoir ce week-end et j’ajoutai Facebook à la liste mentale de choses à discuter avec lui.

— Bien, finis-je par répondre.

Probablement avec trop de retard pour que ce soit socialement acceptable. Quoi que j’aie fait de mal, ce fut suffisant pour que Ten descende de la caisse et se redresse. Il tendit la main.

— Je vais aimer évoluer ici, déclara-t-il.

Je serrai fermement la main d’un homme à présent, qui n’avait plus la même poigne que lorsqu’il était gamin. Il afficha encore ce même sourire. Et maintenant ? Allais-je l’étreindre comme un « frère » le ferait, non ? Il s’écarta et me contourna.

— À plus ! lança-t-il.

Et tout ce à quoi je pouvais penser, c’était que Ten avait vraiment bien grandi.


Chapitre Trois

Tennant

J’envoyai un texto à Brady, dès que je tournai au coin du couloir, laissant Monsieur Jared « Yeux Bleus Sulfureux » Madsen derrière moi. Il fut court et alla droit au but.

Putain, reste en dehors de ma vie !

J’appuyai sur le bouton pour l’envoyer. Puis, je songeai à autre chose à dire à Brady.

Je suis sérieux. Plus d’e-mails à Mads. JAMAIS. Sur quoi que ce soit me concernant.

Je levai les yeux, tournai autour d’un gars que je présumais être un responsable de l’équipement, étant donné les patins qui pendaient sur ses deux épaules, puis envoyai un troisième message pour m’assurer que mon frère ainé saisisse bien. Parfois, cela ne suffisait pas. En fait, il refusait tout le temps de comprendre.

Sérieusement. Plus jamais. Je le dirai à maman.

Je marquai une pause, regardant ce que j’avais tapé, avant d’effacer la partie concernant maman. C’était le seul atout que j’avais dans la manche. Je ne voulais pas le sortir trop tôt.

Sérieusement. Plus jamais. C’est ma vie. Arrête d’essayer de la régenter. T’es lourd.

Là. Cela me paraissait bien. Devrais-je ajouter un paquet d’émojis représentant de la merde, juste pour m’assurer qu’il enregistrait bien ce que je pensais de lui ? Marcher en envoyant des messages. Probablement dangereux. D’accord, très risqué. Un ballon de football me rebondit sur la tête. Je laissai tomber mon téléphone et glapis.

Une voix retentit, exacerbant ma douleur.

— Grosse balle rebondit, annonça-t-elle.

Je m’accroupis afin de ramasser mon appareil, puis me relevai tandis que mon regard montait, montait, montait pour atteindre le visage de l’homme qui avait repris le ballon posé sur le béton. Le ton des mots, lourdement accentués, contenait une excuse.

— C’est cool, lançai-je immédiatement. Ma mère a toujours dit qu’envoyer un texto et marcher en même temps me mènerait tout droit à la catastrophe.

Je rangeai mon portable et tendis la main.

— Tennant Rowe.

Le mastodonte la prit et la serra.

— Stanislav Lyamin. Stan.

— Ouais. J’ai vu tes enregistrements.

Le gars était énorme. J’avais l’impression de serrer la main de Groot. Il culminait facile à deux mètres cinq ou deux mètres dix, et devait probablement peser dans les cent-quinze kilos, voire plus. Ses cheveux noirs frisaient jusqu’à son cuir chevelu. Il arborait des yeux gris orageux et un long nez aristocratique. Les Railers l’avaient débauché de la KHL pour une saison. Stan avait la taille et du talent à revendre. Il marquait des buts, bien qu’il manque de vitesse et d’agilité. Une fois qu’ils l’auraient un peu entraîné, il irait plus vite et toucherait le filet à chaque coup.

— Tu aimes le foot, hein ? demandai-je.

— Idiot de lapin.

Je restai bouche bée devant le géant.

— O-kay… ouais… Eh bien, j’allais juste dîner, alors…

— Big Mac.

Stan se frotta le ventre, puis me suivit sur quelques pas. Je m’arrêtai de marcher et levai la tête vers lui. Il me regarda fixement. Merde ! L’homme se montrait intimidant. Content de ne pas avoir à me frotter à lui.

— Ouais, bon… nourriture, alors… je vais manger.

J’agitai une main vers la sortie la plus proche et souris largement, m’écartant légèrement de lui.

— Ravi de t’avoir rencontré.

— Je suis un Pepper.

— Mec, es-tu en train de dire que tu veux aller au McDo ou quelque chose dans ce goût-là ?

Je jetai un coup d’œil aux alentours, à la recherche de quelqu’un – n’importe qui – pour me sauver, mais il n’y avait que moi et le Russe en short et baskets.

— Ils sont bons !

— Stan, tu as bien trop regardé la télévision américaine, dis-je en riant.

Vingt minutes plus tard, nous étions en train de nous bâfrer de hamburgers et de frites, attirant toutes sortes de regards bizarres. Ce devait être Stan qui devait fasciner tous ces badauds. Il se distinguait facilement, cependant, il était drôle. Ses yeux gris ne cessaient pas de bouger. Vraiment jamais. Il les dardait dans tous les sens. Je me demandai s’il effectuait quelques exercices de suivi pendant qu’il mangeait. J’avais vu une vidéo d’un gardien à D.C. faisant la même chose, en préparation d’un match. Bien que, puisque nous n’étions pas prêts à jouer, peut-être qu’il essayait juste d’absorber tout ce que l’Amérique lui offrait.

— Lécher les babines, bon, dit-il après avoir englouti son quatrième burger.

Je m’étais contenté d’un seul et de quelques frites. Des calories inutiles. Elles ne faisaient pas partie de mon plan d’alimentation saine, mais bon sang, que la graisse s’avérait savoureuse.

— Certainement. Très bien, donc voilà le problème : étant nouveau dans cette ville, et je ne connais personne.

Je m’adossai et pris une gorgée de mon milk-shake. Bon sang, j’allais devoir courir dans tout Chicago demain pour éliminer ce repas.

— Enfin, je veux dire… je connais Mads, mais ça paraîtrait bizarre, non ?

Les prunelles grises de Stan atterrirent sur moi et restèrent collées là. Mon regard parcourut le menu affiché au-dessus des têtes des caissiers.

— Bizarre dans le sens où il est bien plus sexy que je ne m’en souvenais.

Mon esprit dériva un peu, les prix devenant flous tandis que l’image de l’entraîneur des défenseurs des Railers surgissait dans mon cerveau. Merde ! Qu’il était chaud bouillant ! Ces yeux bleu ciel et cette bouche… Il sentait bon aussi. Son eau de Cologne était fraîche, avec un petit fond nautique. Un enfant cria à quelques mètres de nous, me sortant du souvenir de sa main dans la mienne. Mads avait une poigne ferme.

— Merde ! Euh… ouais… donc, je ne connais personne ici, en dehors de Mads et de son emprise.

Stan m’observa et je cherchais quel point commun nous pouvions bien avoir afin que nous discutions d’un sujet qui ne concernait pas le hockey. Mon portable bipa, me faisant savoir que j’avais reçu une notification de mon jeu Pokémon.

— As-tu déjà joué à des jeux sur ton téléphone ?

Je secouai le mien.

— Pokémon ?

Il mâcha et me regarda. J’ouvris mon jeu actuel et l’agitai sous son nez. Il haussa les épaules et ses yeux s’illuminèrent.

— Pikachu, dit-il.

Il semblerait que les Pokémons représentent un sujet universel après tout.

— D’accord, eh bien, je pense que nous devrions monter notre propre académie d’entraîneurs de Pokémons dans l’équipe.

Je lui montrai à nouveau l’écran.

Il hocha la tête en aspirant la moitié d’un Coca super grand format. Je ne déconne pas. Une longue aspiration et la moitié du soda avait disparu. Incroyable.

— Ce sera comme ce truc de connexion, non ?

Stan sourit.

— Cool ! Alors, tu en es ?

Une femme passa en courant, pourchassant un petit recouvert de ketchup. Stan continua de sourire tandis qu’il entamait la première des cinq petites tartes aux pommes empilées sur son plateau.

— Nous devrions choisir un nom d’équipe. En dehors des Railers, même si je suppose que cela marcherait.

— Culbutage minions.

— Ouais, pourquoi pas ? Hey ! Tu sais ce que nous devrions faire maintenant ?

Stan mordit dans sa tarte et secoua la tête.

— J’aimerais trouver un salon pour me faire tatouer mon Pokémon préféré. En as-tu un ?

Je pointai un doigt vers mon bras, puis le sien.

Il fronça les sourcils, avant de remonter la manche de son maillot, exposant une putain de belle inscription en cyrillique. Je me demandai ce que cela voulait dire, cependant je devinais que je n’obtiendrais pas d’explications de la part de Stan.

Je levai une main pour un top là et en obtins un qui manqua de peu de me disloquer l’épaule. La vie à Harrisburg prenait de l’ampleur. J’avais une toute nouvelle équipe à séduire, un grand pote à qui il était facile de parler, et un petit béguin secret pour l’ami de mon grand frère. Ce soir-là, j’eus aussi droit à un tout nouveau tatouage sur la nuque et une série de textos de Brady. Il me parlait avec condescendance, donc chacune de mes réponses était une pile souriante d’émoticônes représentant de la merde. Finalement, Brady m’envoya son dernier message pour la nuit.

Putain, grandis un peu !


* * *


J’affichai un grand sourire le matin suivant, pendant tout le trajet jusqu’à Rutherford et au centre d’entraînement. Stan vint à ma rencontre à l’entrée des joueurs, s’abaissant, jusqu’à ce qu’il soit pratiquement plié en deux pour franchir le seuil de la porte. Nous échangeâmes un salut de nos poings serrés.

— Comment va le tatouage ? demandai-je, indiquant le biceps qui arborait un Pikachu.

Je ne savais pas pourquoi il avait consenti à le faire, mais il avait été si excité. Même si je m’étais efforcé de lui expliquer le caractère non obligatoire pour que l’équipe soit considérée en tant que telle.

— Po-Kee-Mon, génial !

Son visage se fendit d’un sourire.

Je rejetai ma tête en arrière et éclatai de rire.

— Tu as raison ! répondis-je, giflant son dos large.

Nous entrâmes dans les vestiaires et je pris une seconde pour l’examiner. Le logo des Railers se détachait sur le tapis bleu marine, posé au centre de la pièce semi-circulaire. Tout le monde veillait attentivement à ne pas marcher dessus. Le faire était sacrilège et risquait d’attirer la malchance sur l’équipe.

Je regardai le logo d’un œil critique. Le train à vapeur à l’ancienne ressortait gris sur fond bleu marine, un rappel de l’époque où Harrisburg représentait le centre de production des voies ferrées. Je le trouvais assez badass en fait, toujours mieux qu’un animal quelconque ou un oiseau. La salle était remplie de joueurs, dont la plupart s’apprêtaient à se déshabiller et à se préparer pour notre première journée en tant qu’équipe.

— Hey, Tennant, je ne me suis pas présenté hier. La journée réservée aux médias cette année était complètement folle, puis ma femme a insisté pour que je me rende à la réunion parents-professeurs de mes enfants, puisque je serai souvent absent à partir de maintenant, lança Connor Hurleigh, le capitaine des Railers.

Je lui serrai la main. Connor âgé de trente-cinq ans avait toujours été un très bon centre. Toutefois aussi bon que moi ? L’avenir nous le dira, puisqu’il jouait en première ligne et que je visais également cette place. Arrivé dans l’équipe l’année dernière, suite à l’expansion, et grâce à ses années d’expérience sur la glace, l’équipe l’avait choisi pour porter le « C » sur son maillot. La rumeur disait qu’il était un très bon capitaine, et probablement le plus démonstratif dans les vestiaires. Un exemple, ce gars.


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