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LA MARCHE DU ROI



Livre 3 de l’ordre des Tuniques Rouges









De François, Pier-Luc et Vincent Thireau



La marche du roi est une œuvre de fiction. Tous les personnages et événements de ce livre sont fictifs. Les ressemblances à des personnes vivantes ou mortes sont des coïncidences.



Auteurs : François et Vincent Thireau

Illustrations : Pier-Luc Thireau

Révision linguistique : Élise Thireau



Copyright © 2018 Frères Thireau

Tous droits réservés

www.sacdecontes.ca

Première édition : juillet 2018

CHAPITRE 1 – Le royaume des dieux


Sylvana, déesse de la nature, senti qu’elle sortait graduellement du profond état de transe dans laquelle elle se trouvait, bien au cœur de sa forêt féérique. Dans cet état de communion avec la nature, de profonde méditation, toute la végétation de la forêt féérique avec laquelle elle était connectée la ressourçait, et elle de même lui transférait de son énergie. Elle pouvait rester dans cet état durant de très longues périodes. La déesse de la nature se détacha doucement des plantes qui connectèrent avec elle. Rompre le contact était désagréable, et la divinité fut tentée de se relier de nouveau à ces extensions végétales d’elle-même pour se bercer plus longtemps dans cet état de béatitude, mais elle se résigna à son état de veille.

Le roi des dieux, Thordhull, lui rappelait de temps à autre de veiller davantage sur la végétation du monde d’en dessous. Il avait raison, mais sa forêt féérique l’intéressait davantage. Sylvana fit quelques pas dans son domaine. Comment de temps était-elle restée en état d’osmose avec ses plantes? Probablement un bon moment...

Le mauve des vagues d’énergie au sol avait un effet apaisant sur ses yeux qui lui convenait parfaitement. Sylvana regarda avec bienveillance les plantes et les fleurs de son domaine, son attachement et son dévouement pour elles étaient sans égal.

La forêt féérique de la déesse s’étendait sur une bonne étendue. Certains secteurs étaient plus clairsemés, alors que d’autre débordaient d’arbres et de plantes de toutes sortes. Une vraie faune céleste vivait dans la forêt féérique. La déesse avait un droit de regard sur les créatures qui venaient peupler sa forêt, ou sur les cours d’eau céleste qui la parcouraient. Des nymphes avec qui elle s’entendait bien avaient aussi élu domicile dans son domaine et tout se passait bien. Sylvana était même plutôt contente de les avoir comme amies. Tout dans la forêt féérique, ainsi que ces habitants, devait s’accorder avec une certaine esthétique qu’affectionnait la déesse. Un œil extérieur pouvait reconnaître la signature de la déesse sur tous les aspects de son territoire, tant des plantes que des habitants. Le nord de sa forêt féérique connectait avec le domaine de Falda, la déesse de la chance.

Le domaine de la déesse de la chance contrastait avec celui de Sylvana. C’était un univers étrange que Sylvana ne comprenait pas, rempli de phénomènes et de juxtapositions aléatoires. La vraie vie disait Falda, chance, malchance, hasard, mouvement, variété, et non sa forêt toute parfaitement arrangée. N’importe quoi, songea Sylvana! La relation entre les deux déesses avait toujours été plutôt tendue, elles étaient fréquemment en chicane ou en compétition. Sylvana aurait préféré que son domaine partage une frontière avec la grotte de la mort de Myrill! La déesse de la nature ne voyait pas d’un bon œil que les nymphes semblaient aussi bien s’entendre avec Falda, les traîtres… Elle devrait songer à ce qu’elle allait faire avec ça.

À l’ouest de leurs domaines à elle et Falda se trouvait le grand pré où vivait la bête Umg. Ce mastodonte ressemblait à un mélange de sanglier et de taureau. La déesse n’aimait pas lorsqu’il s’approchait trop de sa forêt, mais il n’y a pas grand-chose qu’elle pouvait faire. La bête Umg était immense et Sylvana n’avait aucune autorité sur elle, et ne pouvait pas vraiment la réprimander si elle le voulait. La bête Umg n’ouvrait pas de Source, mais faisait partie de ces créatures qui s’en servaient naturellement, sans en être conscientes. Ce gros molosse n’était pas très intelligent, et Sylvana doutait qu’il fît quoi que ce soit consciemment de toute façon.

Sylvana ouvrit une Source qu’elle connecta sur sa forêt féérique. Cela lui permettait en quelque sorte de la réguler, de manière plus active que lorsqu’elle était en transe avec elle. La déesse pouvait sentir la vie dans chaque plante, fleur, arbre de son domaine. Elle pouvait façonner la forêt féérique à sa guise, faire pousser des plantes là où elle le souhaitait, la sensation était grisante! Après avoir passé en revue l’ensemble de ses chères plantes divines, Sylvana connecta ensuite sa Source au monde d’en dessous, bien qu’elle n’eut pas l’intention d’entreprendre un travail trop exigeant. Elle porta son attention sur la prière d’un enfant qui souhaitait de la pluie pour aider la récolte de son père. La déesse envoya de la pluie de manière nonchalante sur cette région du monde. Après tout, elle était à l’écoute des besoins du monde d’en dessous.

Sur une autre région du monde Sylvana porta son attention sur une jolie fleur jaune qui poussait seule sur un petit îlot de terre au milieu d’une rivière. La forme effilée des pétales enchanta Sylvana. Elle regarda dans son domaine, dirigea un flot d’énergie à l’aide de sa Source, et commença à faire pousser une fleur qui en était inspirée. Concentré sur sa création en cours, la déesse artiste réinventa la forme et l’esthétique de la nouvelle fleur, en respectant le modèle qui servi d’inspiration bien sûr, afin d’en faire un œuvre d’art avec sa signature. Une fois son chef d’œuvre complété, la déesse canalisa un peu de son énergie sur la fleur du monde d’en dessous pour la remercier de l’inspiration. Cette fleur venait de recevoir la grâce divine et serait resplendissante pour bien des lunes.

Sylvana quitta la forêt féérique, avec un petit pincement au cœur, et marcha en direction du palais où se trouvait le roi des dieux. La forêt féérique était située non loin du palais royal.

Sylvana se rendit à la plateforme centrale où se trouvait Thordhull. La luminosité de Thordhull et les flammèches d’énergie qui l’entouraient sans cesse lui agressa un peu les yeux. La déesse des plantes préférait nettement sa forêt féérique à cet environnement de lumière et d’énergie. Sylvana se prosterna devant le roi des dieux. Thordhull ne semblait pas avoir bougé depuis la dernière fois où elle l’avait vu.

– Uhmmmm Sylvana, ma fille.

– Thordhull, roi des dieux, dit respectueusement Sylvana en s’inclinant.

Thordhull prit un moment pour étudier la jeune déesse.

– Le monde, l’énergie, fluctue constamment uhmmmm, la forêt féérique fait partie de cet équilibre, je comprends », dit-il. « La nature est intégrée à l’ensemble, qui lui va au-delà de ta forêt, uhmmm. 

Sylvana acquiesça d’un signe de tête obéissant.

– Le monde d’en dessous uhm uhmm, a son importance, dans l’ordre des choses. La déesse de la nature doit veiller, à la nature, comme le dit la prophétie uhmmm, la nature du monde d’en dessous est importante. 

Sylvana acquiesça de nouveau.

– Le contact uhmmm, est primordial pour la vie qui circule dans ce règne végétal », poursuivit le roi des dieux.

– Je… vais me connecter davantage à ma Source, dit Sylvana.

– Les Sources, énergie créatrice uhmmm, sont le catalyseur de tout, et gouvernent la fabrique uhmmm de toute chose.

Sylvana n’avait pas encore fait une vraie revue de la nature du monde d’en dessous avec sa Source, mais elle était sûre que tout allait bien. Avant tout, elle voulait d’abord mettre un peu d’ordre dans son domaine. Il y avait certaines sections de la forêt féérique qu’elle voulait réaménager. Elle avait rêvé à certains types de fleurs qu’elle voudrait recréer.

Sylvana et Thordhull discutèrent de choses et d’autres à-propos du royaume des dieux. Le dieu de la mort, Myrill, avait du mal à garder en ordre son royaume. Sylvana ne voyait pas en quoi cela la concernait, il n’avait qu’à en parler à Myrill!

– La vie uhmmm et la mort, dans l’ordre des choses, sont les mêmes éléments d’un tout uhmmm, lui dit Thordhull. Une parcelle de vie à son égale uhmmm dans le paradoxe, que cela représente. Même si la mort n’est pas la vie uhmmm, cela concerne l’ensemble.

Sylvana sourcilla. Elle commençait à décoder le langage de Thordhull, mais elle n’était pas certaine d’avoir compris où il voulait en venir avec ces derniers propos. La déesse de la nature fixa les grands yeux ronds du roi des dieux. Elle n’était pas toujours sûre de savoir dans quel monde il regardait vraiment lorsqu’il s’adressait à elle.

Les procédures d’usage terminées, Sylvana retourna dans la forêt féérique. L’entretien avec Thordhull s’était passé plutôt comme elle l’anticipa. La grande cuve qu’elle avait fait installer dans son domaine attira son attention. La déesse n’était pas allée la voir depuis quelque temps. Elle s’y rendit et y trempa la main.

Ce bassin était connecté par un étrange concours de circonstances au monde d’en dessous, monde qu’ils appelaient ainsi puisqu’on pouvait littéralement y tomber à partir de certains précipices qui se trouvaient au royaume des dieux. Sylvana avait demandé au lutins-forgeron du palais de lui créer ce bassin. Mistigri était le forgeron en chef des lutins. Les forges des lutins-forgerons se trouvaient à la fin de sa forêt féérique au Nord, entre son domaine et celui de Falda. Le courant d’eau qui traversait sa forêt se séparait juste avant de bifurquer dans sa forêt, une portion se jetant vers le palais royal et les forges de Mistigri. La bête Umg laissait les forges de Mistrigri tranquille. Il avait déjà reçu des cocktails explosifs créés par le lutin-forgeron sur le museau et comprit vite qu’il était mieux d’aller se pavaner ailleurs. Sylvana aurait voulu que Mistrigi lui en donne quelques-uns.

Ce que Mistigri et les lutins pouvaient forger était assez exceptionnel. Mistigri avait une façon de façonner la matière qui était puissamment connectée avec les Sources. Sylvana n’était pas certaine que Mistigri réalisait vraiment ce qu’il faisait. Elle ne croyait pas qu’il ouvrait de Sources à proprement parler, mais ce qu’il faisait pouvait servir de conducteur, faciliter la circulation de l’énergie de manière assez incroyable. La déesse de la nature réalisa les prouesses du maître forgeron malgré elle. Le bassin que les lutins-forgerons préparèrent fut malheureusement échappé dans un des ravins lors du transport et tomba dans le monde d'en dessous.

Ces ravins donnaient sur le monde d’en dessous, mais on ne pouvait pas y remonter, ils étaient à sens unique. Bien attristée par la perte de son bassin, Sylvana demanda au lutin-forgeron de lui refaire un bassin identique. Le transport fut réalisé minutieusement cette seconde fois et qu’elle ne fut pas sa surprise de constater que son nouveau bassin était lié au premier, donc au monde d’en dessous. Sylvana ne comprenait pas comment ces bassins pouvaient être reliés, si l’explication résidait dans les matériaux utilisés ou la façon dont Mistigri travaillait la matière. Lui seul en avait le secret. Elle n’en avait jamais parlé à Thordhull. Elle était sûre qu’il désapprouverait sans équivoque si elle le lui disait. Si Thordhull était si omniscient, il devait bien l’avoir remarqué. Peut-être qu’il le savait, mais n’en faisait pas de cas.

Parmi les histoires inexpliquées de sa forêt féérique, les empreintes inconnues qu’elle avait remarquées un jour la préoccupaient de temps à autre. On lui avait volé une fleur. Sylvana ne résolu jamais ce mystère et cela la tracassait de temps à autre. Était-ce lié à la cuve? Sylvana ne pouvait en parler à Thordhull, sinon elle devrait lui parler de la cuve aussi. Tout cela devenait vite trop compliqué, Sylvana chassa ces pensées de son esprit.

Sylvana reporta son attention sur le bassin. La déesse de la nature avait déjà vu des habitants du monde d’en dessous dans la cuve, et avait même causé un peu avec eux. Ça faisait un bon moment. Il fallait voir l’expression sur leurs visages, et ils s’étaient tous prosternés devant elle!

Sylvana entraperçu une nouvelle personne qui venait souvent au bassin, mais ne lui trouva pas un air sympathique et ne daigna pas encore apparaître devant lui.

Sylvana ouvrit une Source et prit contact avec la nature et la terre du monde d’en dessous, un contact beaucoup plus en profondeur que sa précédente connexion. La nature se portait plutôt bien. Il n’y avait pas de raisons majeures qui la poussaient à intervenir. Sylvana continua à manipuler sa Source. C’est alors qu’elle eut un léger inconfort. Elle sentit des fluctuations d’énergies dans sa Source, comme si le monde d’en dessous contenait plus d’énergie que d’habitude.

Sylvana coupa le contact. Elle devait avoir perdu la main. Un peu de pratique sur son domaine lui ferait du bien. Elle s’y remettrait une autre fois.

CHAPITRE 2 – La Capitale



La Capitale du royaume vivait des moments de grandes inquiétudes depuis l’apparition du brouillard maudit, sous le regard indifférent de Miza et Oophos qui scintillaient avec tant de force à ce temps-ci de l’année qu’on pouvait se croire en plein jour par moment.

De jour, on ne savait plus trop dans quelle direction se tourner pour espérer de l’aide et la tension était palpable dans les rue de la cité. Certains auraient bien aimé que les mythiques statues de l’allée des héros puissent s’animer et venir à leur défense.

Tout ceci bien sûr, en raison des témoignages qu’on entendait de toutes parts venant des Almens, et de l’inquiétante masse verte que l’on voyait très nettement entourer les montagnes par temps clair. Il s’agissait de la seule chose dont les gens parlaient de ces temps-ci. Le brouillard vert avait déclassé le légendaire dragon des mers Olangtor dans les potins locaux. Ce dernier parcourait la mer d’Azur et terrorisait les navires de temps à autre. Les capitaines de navires se protégeaient de toutes sortes de talismans pour assurer la réussite de leur voyage. Des voyantes faisaient un très bon commerce en prédisant le succès des expéditions, ou les risques accrus de rencontrer Olangtor.

L’ordre des Tuniques Rouges avait d’abord cru que les témoignages à propose des morts-vivants n’étaient que de fausses rumeurs, que les gens inventaient des histoires à cause de cette damnée brume qui refusait de se dissiper. On avait même voulu faire taire ceux qui les proféraient, mais les rumeurs de plus en plus insistantes, en plus de la 1re division d’Ultor qui n’était jamais revenu de leur expédition, et des 5e et 6e divisions dont on n’avait guère plus de nouvelles, avaient convaincu la grande majorité des prêtres des Tuniques Rouges que quelque chose n’allait pas. Les membres de l’ordre fouillèrent dans les archives et ne trouvèrent aucune mention de pareil phénomène.

Les prêtresses des Tuniques Rouges démontrèrent un zèle sans égal. Le clergé était composé des prêtres et les prêtresses des Tuniques Rouges. Ils demeuraient dans des bâtisses séparées et se rejoignaient pour prier la déesse Sylvana dans le temple. Il y eut des grandes prêtresses dans le passé, même si depuis Pakellia la sage, et il n’y avait eu que des grands prêtres. Pakellia priait toujours entre minuit et trois heures du matin selon les archives, et elle pouvait lire dans les pensées. Personne ne pouvait lui conter de mensonges, car elle savait lire dans les âmes et même les personnes les plus endurcies fondaient en pleurs devant elle s’ils lui avaient caché quelque chose et demandaient pardon en lui baisant les pieds. Le choix d’un grand prêtre ou d’une grande prêtresse n’avait pas une tradition clairement définie. Historiquement la personne la plus près de Sylvana s’élevait d’elle-même et ses paires la reconnaissaient comme leur nouveau meneur. L’autre option était qu’un prêtre ou une prêtresse s’élève à ce niveau à cause du jeu politique en coulisse, comme dans le cas du présent grand prêtre, Olzad.

Les prêtresses furent très proactives à contacter des gens d’ailleurs afin de trouver une quelconque piste. Cette ouverture d’esprit de la part des Tuniques Rouges, hors du commun, témoignait des circonstances exceptionnelles. Leur ordre n’avait pas le moindre début d’explication. Cette brume qui entourait la montagne semblait couver quelque chose, pouvait faire penser à une sorte de cocon. Qu’est-ce qui allait en sortir?

La présente situation rendait les gens inquiets et craintifs, ce qui contrastait avec l’attitude habituelle des habitants de la Capitale, d’ordinaire fière et même un peu arrogante. La Capitale était la cité la plus riche et la plus influente du monde. Le désert de cendres progressait, mais il ne fallait pas s’empêcher de vivre pour autant. Les mines de cuivre et de fer remplissaient les coffres de la cité et des commerçants de partout venaient y vendre leurs marchandises. Le port de la ville était un des plus grands points de commerce, toujours bouillonnant d’activités. Les bancs de morue étaient abondants dans la mer du Zenith, et le port recevait des nouveaux arrivages de poissons frais quotidiennement. La Capitale formait les meilleurs tisserands au monde. Les moutons de la plaine fournissaient une laine de premier ordre. Un climat doux et tempéré donnait à la Capitale des conditions idéales. Des pâturages exceptionnels assuraient à la ville des élevages des meilleures qualités, qu’on accompagnait des vins généreux et fruité produits dans la vallée de Broh et sur la côte de Merinze.

Les Tuniques Rouges transportaient la foi de Sylvana bien au-delà des frontières du royaume et étaient respectées, et craints, même par ceux qui n’adoraient pas la déesse. Les prêtres étaient bien formés, ils savaient lire et écrire, ce qui était loin d’être une chose commune dans le grand monde. Les Tuniques Rouges formaient sans l’ombre d’un doute le clergé de Sylvana le mieux organisé. L’armée de la Capitale, bien sous l’emprise des Tuniques Rouges, était impeccable et disciplinée. La Capital semblait en fait invincible et destinée à poursuivre sa croissance ininterrompue sans que personne ne puisse s’y opposer.

L'influence de la Capitale ne cessait de s'étendre. Les régions de Crinzes et Chize au nord payaient de généreux tributs à la Capitale pour rester en bon terme avec elle. Les pièces d'argent frappées par la Capitale servaient de monnaie bien au-delà du royaume. Les Tuniques Rouges avaient une présence si dominante dans la ville que les guildes de voleurs avaient du mal à s'y implanter, contrairement à d'autres cités plus au sud où l'on ne savait plus trop qui dirigeait. La Capitale, ville conservatrice reconnue pour son efficacité à tous les niveaux, n'était pas l’endroit où naissaient les nouvelles tendances, et bien souvent la dernière à les adopter. On disait souvent à la blague que la Capitale devait bien se garder d'envahir Jyslil au sud, sinon les mœurs allaient se figer pour de bons.

La Capitale était bordée à l’ouest par les Almens et à l’est par la mer du Zenith. Les Alpanien de l’autre côté du détroit de Brik, et les Fims, au sud, constituaient les autres nations des environs. Les autres peuples vénéraient aussi Sylvana, mais de façon beaucoup moins importante. Le peuple du sud vénérait la bête Umg, qui pour les prêtres des Tuniques Rouges n’était qu’un demi-dieu secondaire.

Les Alpaniens vénéraient aussi Sylvana, et aimeraient bien mettre la main sur la cuve divine, même s’ils minimisaient son importance et disaient qu’il n’y avait rien de vrai dans les histoires racontées par les Tuniques Rouges. Les hauts dirigeants des Tunique Rouges discutaient fréquemment l’idée d’envahir les Alpaniens ces derniers temps. Par contre, les récents développements autour de la brume verte et les histoires de revenants allaient évidemment mettre l’invasion des Alpaniens de côté pour un temps. Il semblait toujours y avoir une bonne raison pour ne pas concrétiser l’invasion.

Les habitants se demandaient bien ce que préparait le grand prêtre de ces temps-ci. On disait a mots couvert qu’il n’avait pas la situation pleinement sous contrôle.



CHAPITRE 3– Jyle l’espion


Jyle se voyait maintenant confier une mission de la plus haute importance.

Postés sur leur rempart, les soldats de la capitale jetaient des coups d’oeil intrigués au corbeau solitaire qui voltigeait au-dessus d’eux. Celui-ci tournoyait depuis un bon moment déjà, et ce n’était pas la première fois qu’on l’apercevait ces jours-ci. Certains soldats se sentaient même épiés. Quelques arches tentèrent de le clouer au sol, mais le corbeau était agile et demeurait à une distante prudente. Les soldats finirent par perdre intérêt.

Jyle aimait bien survoler la capitale, une ville immense qui n’avait rien à voir avec Malpêche, et y observer son activité. L’armée restait sur un pied d’alerte et l’inquiétude dans toute la ville était palpable. Il se plaisait à observer la Taverne du Farfadet ou il y avait toujours beaucoup d’activité.

La taverne du Farfadet était tenue par un certain Latouillon. Ce dernier était aux premières loges pour constater la nervosité ambiante. Barton de la 1re division n’était pas là pour raconter pour la millième fois ses histoires et détendre l’atmosphère. Parmi ses classiques on comptait la fois où Barton vainquit le chef barbare avec son casque lorsque la 1iere division prévint un débordement de la tribu des trokuks. Latouillon la connaissait par cœur et aurait pu la conter presque aussi bien que lui. L’histoire changeait un peu d’une fois à l’autre, mais Latouillon pouvait y voir une certaine uniformité et reconstituer les faits. Barton s’était probablement retrouvé malgré lui devant le chef, avait évité de justesse un coup de gourdin qui lui aurait fait exploser la tête, et profitant de support d’un ou deux archers, vaincu le redoutable adversaire. Son oreille s’affuta au point concernant ce récit qu’elle commençait à siller lorsque Barton s’éloignait trop de la version standardisée qu’il avait polie au fil du temps.

Jyle se rendit au temple, au sommet de la colline, et alla se poser sur le rebord d’une des fenêtres de celui-ci. Xaanos semblait très curieux au sujet des moindres agissements des membres de l’ordre des Tuniques Rouges. Les prêtres des Tuniques Rouges semblaient dans tous leurs états et ne semblaient pas très actif. Ils ne faisaient que prier devant une statue de pierre. Jyle ne comprenait pas trop ce que cette statue de pierre pouvait bien avoir de spéciale. Il s’agissait d’une dame qui semblait avoir trébuché dans un arbre et avait des branches plein la tête.

Jyle se déplaça le long des poutres de la toiture et se rendit dans une salle où se trouvait une immense cuve remplie d’eau. Cette cuve était la raison de ses expéditions à la Capitale. Jyle ne savait pas ce que cette cuve avait de si spécial, mais il devait tout décrire ce qu’il voyait. Lorsqu’il eut tout d’abord confirmé la présence de la cuve, il s’aperçut que le simple fait d’en faire mention eut un fort effet sur le roi d’os qui se mit à gigoter et à faire des mouvements avec sa mâchoire. Jyle ne sut pas au début s’il était content ou non et craint pour sa vie de lui déplaire. Il comprit qu’il était remplit d’un sentiment de félicité, voire d’extase, qui s’accommodait mal selon Jyle avec ces gros traits squelettiques. Jyle eut la sagesse d'éviter cette remarque.

Xaanos ne semblait ne s’intéresser à rien d’autres qu’à cette cuve, et quand Jyle mentionna qu’une patrouille de l’étranger s’amena en renfort, Xaanos fit un signe du bras qui laissa comprendre que c’était la dernière de ses préoccupations. Qui se rendait à la cuve? Combien de fois par jour? Touchait-il à l’eau qu’elle contenait? Son gros maître squelettique lui ordonna aussi d’être attentif à toute manifestation provenant de la cuve, mais le volatile perplexe ne voyait pas quel intérêt elle pouvait bien avoir.

En fait, le seul intérêt que la cuve avait pour Jyle était que d’avoir passé toute la journée à effectuer son nouveau travail d’espion lui donnait une de ces soifs. Jyle s’assura qu’il n’y avait personne dans la pièce et alla se poser sur le bord du bassin. Il y plongea son bec et se désaltéra un bon coup : son goût était impeccable, divin même. Lorsque son bec et une partie de sa tête firent contact avec l'eau Jyle eu une étrange impression de forêt autour de lui. Était-ce quelque chose qu’il devait rapporter? Ils allaient penser qu’il était fou. Bien rassasié, Jyle retourna sur la corniche à surveiller la cuve. Le même prêtre des Tuniques Rouges qui venait à tous les jours viendrait probablement aujourd’hui aussi.

Avant de retourner rejoindre Mirch et l’armée de Xaanos, Jyle ne manquait jamais d’aller faire un tour dans la corniche de la chambre royale en fin de journée. Chose sûr le grand prêtre ne s’ennuyait pas, et il n’avait certainement pas fait le vœu de se réserver à Sylvana.

CHAPITRE 4 – Le Conseil des Sages


Olzad, le grand prêtre des Tuniques Rouges, anxieux lui aussi, priait avec les autres prêtres. Il ne se souvenait pas de la dernière fois qu’il pria avec une telle ferveur. Il réalisa qu’il aurait peut-être eu de meilleurs résultats avec Sylvana s’il avait toujours prié à ce niveau d’intensité. À en croire les ouï-dire, une horde de morts-vivants toujours grandissante se dirigeait vers la Capitale. Cette horde était menée par un démon inarrêtable qui accédait aux mythiques Sources.

Olzad avait réfuté les rumeurs de manière impassible durant les premiers temps. Il comprenait que les habitants se soient apeurés à cause du brouillard vert qui enveloppa une immense portion des Almens. Il devait aussi admettre qu’il était difficile de ne pas se sentir concerné par cet étrange phénomène. Par temps clair on l’apercevait très nettement au loin, et cette masse de brume se trouvait droit devant la Capitale, on aurait presque dit qu’il s’agissait d’un avertissement qui s’adressait directement à eux. Peu à peu il s’était lui aussi laissé gagner par la crainte ambiante.

Le grand prêtre passa en revue les différentes interventions envisageables pour régler la crise du brouillard vert. Olzad était habituellement plus du genre à régler ses problèmes lui-même et à demander peu de conseils, mais il se sentait perdre le contrôle de la situation et se devait d’aller chercher de nouvelles idées. Le grand prêtre réunit deux de ses proches conseillers.

– Pouvons-nous faire quelque chose de plus, demanda Olzad.

– Prier plus fort, Sylvana va nous protéger, répondit l’un d’eux.

Olzad se pinça les lèvres. Il essayait cette stratégie sans succès depuis un moment déjà…

– Ajouter plus de chandelles, ordonner à tous les habitants de la cité de prier avec nous! »

Les habitants n’ont pas l’entraînement pour prier adéquatement, cela ne changerait rien songea Olzad.

– Nous pouvons aussi diriger nos prières vers la masse verte », répondit l’autre conseiller. « Si nous les concentrons avec ardeur vers le brouillard, notre foi en Sylvana sera plus forte et va le dissiper.

– Il s’agit peut-être d’un test que Sylvana nous pose.

– Nous pourrions prier pour un ouragan qui dissiperait cette brume de malheur, répondit le premier. La ville est solide et pourrait résister à des vents violents.

Prier plus fort ou de manière différente ne semblait pas mener à des résultats très concluants. Prier pour une bonne bourrasque de vent avait un certain mérite. De plus, si ces vents arrivaient de manières accidentelles, Olzad pourrait en prendre tout le crédit et cet exploit serait inscrit dans les archives sous son règne. Prier avec force pour dissoudre la brume pourrait peut-être donner de bons résultats, mais il y croyait moins. Cela revenait à simplement espérer que la brume disparaisse pour ce qu’Olzad en savait.

– Ce sont des idées intéressantes, dit Olzad d’un air absent.

– Le livre des prophéties de Jézibel parle d’une grande menace impliquant les Sources, qui changera la face du monde.

Olzad grimaça. Le livre de Jézibel disait tellement de choses vagues et interprétables de mille façons qu’il allait forcément finir par avoir raison. Le livre de Jézibel était le livre sacré de l’ordre des prêtres des Tuniques Rouges, et ce fut Jézibel qui fonda l’ordre. Le légendaire premier grand prêtre aurait vu Sylvana dans la cuve divine, et aurait même parlé avec elle. On raconte que Sylvana aurait même invité Jézibel à venir faire un tour au royaume des dieux! Elle lui aurait faite visité le panthéon divin! Jézibel fut transformé par l’expérience et passa le reste de sa vie à écrire le livre sacré et à adorer la déesse Sylvana.

– L’armée est prête répondit le premier. Si une menace s’en vient, avec l’aide de Sylvana nous saurons l’arrêter.

Olzad ne savait trop quoi leur répondre. Il se rendit voir la prêtresse Jasmina. Celle-ci avait souvent des visions et aurait peut-être une autre perspective. Le grand prêtre se rendit auprès d’elle. Cette dernière priait avec ardeur, les yeux regardant vers le ciel. Elle semblait presque en transe. Olzad fit quelque pas vers elle.

– Grand prêtre, un terrible malheur s’abat sur nous, dit Jasmina d’une voix apeurée. Je l’ai vu!

Jasmina ne s’était toujours pas tournée dans sa direction, et regardait vers le ciel. Olzad savait que Jasmina l’avait aperçu par la fenêtre. Elle essayait de se prendre pour Pakellia la sage, mais le grand prêtre voyait clair dans son jeu. Il ne serait jamais venu lui demander conseil en temps normal, mais bon la situation était hors de l’ordinaire.

– Qu’est-ce que tu as vu? demanda Olzad.

– La comète annonçant le malheur, elle est apparue dans le ciel!

La nouvelle prit le grand prêtre par surprise, il ne manquait plus que ça! Olzad regarda la prêtresse incrédule. Avait-elle rêvé à une comète? Si oui c’était sans importance, quoique juste un peu énervant, car la prêtresse parlerait de sa comète sans arrêt dans les jours qui viendraient.

– En rêve? demanda le grand prêtre.

– Elle est dans le ciel, tonna Jasmina! C’est elle qui amène le malheur avec elle et les revenants. Ça ne peut pas être une coïncidence. 

Jasmina se leva et pointa fièrement au grand prêtre un endroit dans le ciel. Olzad s’approcha et scruta les hauteurs en espérant ne rien voir… et vu un point scintillant… la prêtresse avait raison.

Les traits d’Olzad s’assombrirent. Il était en effet connu que les comètes annonçaient de grands malheur, famine, peste, et autres calamités. La dernière comète entraîna une grande famine. Celle d’avant, la peste! C’était écrit dans le grand livre de Jézibel. Olzad songea un instant aux implications. Il pourra toujours blâmer la comète. Il y avait peut-être quelque chose d’intéressant à faire avec cette histoire, mais il avait l’impression qu’elle lui causerait plus de soucis qu’autre chose. Tout le monde commencerait à s’énerver à cause de cette apparition dans le ciel. En tant que grand prêtre il devra prendre position sur le phénomène, expliquer son lien avec le brume verte… On commencerait à compter le nombre de filaments de la comète, et aussi a y trouver des explications. On lui demanderait si la brume aurait été non pas verte, mais orange si la comète avait eu trois filaments au lieu de quatre. Jasmina allait mentionner Jézibel dans toutes ses phrases, comme un raz de marée inarrêtable. Olzad commença à se sentir dépasser par la situation. Jasmina faisait seulement pointer des problèmes, ce qui ne l’aidait pas beaucoup. Il cherchait des solutions, pas à se faire dire que quelque chose d’anormale était entrain de se produire, ça il le savait déjà.

Le grand prêtre prit congé de la voyante, se demandant s’il avait bien fait de venir la consulter. Peu satisfait des conseils reçu a venir jusqu’à maintenant, il monta au sommet du temple et sortit sur le petit balcon. Olzad regarda au loin.

Le grand prêtre observa le brouillard vert songeur. C’était une de ces journées avec un ciel dégagé où on l’apercevait la masse verte à la perfection. Olzad regarda attentivement la brume mystérieuse. Elle semblait en mouvement, en flux constant. Le grand prêtre ignorait complètement quelle stratégie adopter. Pour Olzad, réaliser ses objectifs était la chose la plus importante. Le comment importait peu. Il eut jusqu’à ce jour un bon instinct pour se tirer d’affaire, mais la…

Si les rumeurs de démon maniant les Sources étaient vraies, la situation posait plusieurs problèmes. Premièrement, personne n’avait accédé aux Sources depuis des siècles, à supposer que ce soit déjà arrivé. Est-ce une coïncidence que la masse verte eut apparu dans les Almens, là où se trouvait selon les légendes le temple des Sachazins? On n’avait jamais retrouvé les ruines. Même si cela semblait invraisemblable, Olzad parierait un écusson d’argent qu’il y avait un lien entre les Sachazins et ce fléau vert. Si l’origine de ce brouillard vert était bel et bien reliée à une Source, la question la plus importante devenait qui ou quoi la contrôlait. Si un démon maniant les Sources comme le disaient les rumeurs s’en venait sur la Capitale avec une armée, ils auraient besoin que Sylvana les aide, sinon ils n’avaient aucune chance.


Cela amenait au deuxième problème. L’ordre des Tuniques Rouges n’avait pas senti de contacts avec Sylvana depuis des lunes, même si Olzad laissait croire le contraire aux prêtres des Tuniques Rouges et à la population. Les Tuniques Rouges gardèrent pourtant le culte de Sylvana très vivant, mais l’absence complète de signaux de sa part suggérait que quelque chose clochait. Si cette menace s’avérait réelle, ils auraient besoin de son aide, cela ne laissait aucun doute dans l’esprit d’Olzad.

Cela ramenait aussi de vieux souvenirs à la surface. Mirch et ses recherches pour accéder aux Sources. Mirch qui les exhortait d’investiguer la question. Mirch qui parlait du temple Sachazins dans les Almens, des recherches qu’ils devaient faire, des recherches que lui ferait s’il devenait grand prêtre. Est-ce que Mirch était relié à tout ça? Cela semblait impossible, Mirch avait quitté la Capitale depuis tant d’années, mais Olzad s’en souvenait comme si c’était hier. Lui-même dénonça Mirch a l’ancien grand prêtre, Nilmen.

Olzad se rendit dans une pièce sacrée où seuls lui et les plus hauts membres des Tuniques Rouges avaient accès. C’est là que se trouvait la cuve divine. Olzad s’approcha du bassin et trempa sa main dans l’eau et la remua légèrement. C’est dans les reflets de cette eau qu’on avait jadis aperçu Sylvana selon la légende. On disait la cuve tombée du ciel. Olzad fit une prière, demandant à Sylvana de les guider dans ces temps troublés, mais sa prière resta sans réponse et l’eau du bassin une fois les remous passés, redevint d’un calme plat.

Nilmen, l’ancien grand prêtre des Tuniques Rouges avant lui, aurait déjà vu Sylvana. Olzad ne savait plus quoi essayer pour recevoir un signe de la déesse.

Olzad tenta de nouveau de prier devant la cuve divine, mais il avait du mal à rester concentré. Des pensées récurrentes le troublaient. Il avait souvent tenté de se faire accroire que ce n’était rien, mais de vieux remords mêlés de craintes, surtout de craintes en fait, revenaient souvent le hanter, même après tant d’années. Nilmen aurait dû lancer des recherches et retrouver Mirch. On ne pouvait pas laisser quelqu'un profanant l'enseignement divin se sauver impunément! Ayant appris que le jeune rebelle s’était sauvé, les Tuniques Rouges n’avaient pas pris la chose très au sérieux. On émit un avis d’arrestation, mais Olzad se demandait si l’information sortie de la colline où se trouvaient les Tuniques Rouges. S’ils avaient été plus rapides, ils auraient pu l’empêcher de sortir de la Capitale. Avec Mirch il aurait fallu prendre l’affaire au sérieux. Les Tuniques Rouges ne réalisèrent pas qu’avec Mirch il ne fallait rien laisser au hasard. Il était dangereux. En fait surtout dangereux pour lui… Olzad avait eu peur de Mirch à l’époque en réalité. Mirch avait toujours eu une longueur d’avance sur lui et Olzad avait été bien content de pouvoir éclipser ce rival. D’ailleurs, serait-il grand prêtre aujourd’hui si Mirch était toujours là? Olzad tenta de reprendre sa prière, mais la seule chose qu’il voyait lorsqu’il tentait de faire le vide dans son esprit était Mirch qui le regardait et ricanait.

CHAPITRE 5 – Ombres dans la nuit


Pendant ce temps…

CHAPITRE 6 – Ascension


C’était une nuit sans étoile. Il faisait un noir total et les soldats postés sur les remparts de la capitale essayaient tant bien que mal de scruter l’horizon. Les soldats étaient sur le qui-vive et certains hallucinaient par moment. On voyait des formes, des figures, des démons ailés, puis on se rendait bien compte qu’il n’y avait rien. Juste une nuit noire, opaque, et silencieuse. On racontait tellement d’histoires ces jours-ci qu’on ne savait plus trop lesquelles croire, mais chose sûr quelque chose d’anormale se passait. Les groupes d’éclaireurs qui partaient au Nord ne revenaient pas. On n’osait plus envoyer de soldats et on n’avait plus aucune nouvelle de Virpitch.

C’est alors que les soldats commencèrent à distinguer du mouvement au loin. Les soldats se regardèrent, mais il n’y eut rapidement plus de doute. Une vague noire se détachait de l’obscurité, et avançait vers eux. Elle avait un rythme saccadé, une armée n’avançait pas de cette façon. Aucune torche pour éclairer leur marche. Les soldats sonnèrent l’alarme!

Les soldats de la Capitale organisèrent leur défense. Les premiers revenants au front devinrent visibles, à la stupeur générale des soldats. Lorsque les premiers revenants furent à porter de tir, l’ordre fut donné de tirer et une première volée de flèches fut décochée. Les flèches ralentirent à peine la masse de revenants qui avançait vers eux. Les soldats commencèrent à enflammer leurs flèches. C’est alors qu’une forme se détacha du lot au milieu des revenants. On aurait dit une montagne d’os.

Le pont-levis était monté, mais cela n’arrêta en rien la marche des revenants. Le géant d’os fit quelques signes des mains. Des revenants descendirent dans le cours d’eau et commencèrent à s’empiler. L’amas d’os forma un pont jusqu’aux portes de la ville. La montagne d’os avança sur le pont de revenants, le reste de son armée à sa suite. Les soldats dirigèrent toutes leurs flèches vers le démon d’os.

Il était difficile de savoir si les flèches atteignaient ou non le monstre, mais sa marche ne semblait pas ralentir. Le géant d’os tendit ses longs bras osseux, ouvrit les mains, et une spirale de feu s’alluma devant lui. Certains prêtres étaient en délirent. « Source, Source! » pouvait-on entendre hurler.

Les portes de la Capitale et une section entière de la fortification, incluant une des tours, volèrent en éclat et les revenants, menés par Xaanos, entrèrent dans la ville. Ultor était aussi au front, ce qui jeta une vague de consternations parmi les soldats qui le reconnurent tout de suite. Les soldats se battirent bravement, mais ne pouvaient faire le poids face à Xaanos et son armée.

Xaanos, acccompagné d’Ultor et d’un groupe de revenants, fonça en direction du temple. Mirch et Jyle étaient aussi avec eux. Personne ne put s’opposer à leur marche. Ils montèrent la colline et arrivèrent au temple. En entrant Xaanos ne se soucia guère des prêtres des Tuniques Rouges terrorisés qui étaient tapis dans l’ombre. Xaanos savait exactement où il devait aller. Il pouvait sentir l’énergie du portail et se rendit dans la salle où se trouvait la cuve divine.

Xaanos s’approcha du bassin. Il y avait une énergie toute particulière qui ne lui échappa pas. Il s’agissait bien de la fameuse cuve. Même la fleur était là. De son vivant Xaanos avait eu accès à la cuve. L'empire des Sachazins à son apogée s'étendait bien au-delà des Almens. La maîtrise des sources avait permis à Xaanos de consolider un vaste empire et la cuve divine se trouvait dans un de ses palais. En la consultant il avait appris bien des choses sur le royaume des dieux. Il avait vu Sylvana dans la cuve, et avait tout de suite su une chose : il était plus fort qu’elle. A cette époque il était en mesure d’ouvrir deux Sources à la fois. Il avait aussi développé la technique de rotation des Sources qui lui permettait de les faire tourner autour de lui et de se déplacer avec elles. Xaanos s’était rendu au royaume des dieux en plongeant dans la cuve et avait réussi à se faire invisible, dissimulé par l’énergie de ses Sources. Il s’était aussi rendu en bordure du palais et avait eu les mêmes impressions, tous les êtres présents n’avaient pas des signatures énergétiques très impressionnantes. Il avait bien senti une entité plus puissante que les autres située en plein milieu du palais, mais un constat dont Xaanos n’arriva pas à mesurer toute la portée s’était imposée : les dieux étaient faibles. Avant de partir Xaanos avait cueillit une fleur non loin de la cuve et l’avait ramené avec lui pour l’étudier.

Xaanos posa sa main squelettique sur la mythique cuve divine. La dernière partie de son plan allait commencer. Trois Sources, c’est ce dont il avait besoin. Il pouvait les tenir. Xaanos ouvrit une Source et fit circuler un courant d’énergie entre lui et le bassin. Xaanos resta immobile un court moment, puis entra dans le bassin d’eau et y disparu.

Mirch entra dans le temple des Tuniques Rouges un sourire triomphant au visage. Xaanos lui avait donné les grandes lignes de son plan. Pour une chose, il allait passer par la cuve divine pour se rendre au royaume des dieux, Mirch n’en revenait pas et ne savait trop que penser. Ce plan semblait complètement farfelu, mais en même temps plus rien n’était normal depuis qu’il avait déclenché le brouillard vert. Mirch avait rapidement pressenti que les dieux devraient s’en mêler. Il n’avait pas pensé que c’est Xaanos qui irait à eux par contre. Cette percée vers le royaume des dieux lui laissait le champ libre. Mirch savait maintenant pourquoi Xaanos l’avait réanimé et il allait s’en charger avec plaisir si tout se passait comme prévu.

Mirch vit Olzad dans la salle de prière où se trouvait les restes de la statue de Sylvana. Ce dernier était atterré. Lorsqu’il reconnut Mirch ses pupilles se dilatèrent comme s’il voyait le dieu de la mort venir à sa rencontre. Olzad tenta de parler, mais aucun son ne sorti de sa bouche.

Des soldats-revenants entrèrent à la suite de Mirch. Mirch leur pointa Olzad, qui fut vite entouré. On entendit un cri de détresse. Le grand prêtre des Tuniques Rouges n’était plus. Mirch ouvrit alors une Source devant les prêtres des Tuniques Rouges incrédules. Garod, le compagnon de Mirch de jadis alors qu’il était un prêtre des Tuniques Rouges l’avait reconnu et se leva. « Mirch! Tu as réussi!! » s’exclama-t-il. Garod, mis un genou par terre et déposa son collier avec l’étoile de l’ordre devant lui. D’autres Tuniques Rouges vinrent rejoindre Garod et déposèrent leur collier devant lui. Bientôt tous les prêtres des Tuniques Rouges firent de même. Un nouveau grand prêtre venait d’être élu.

Mirch sorti du temple suivi de Garod et des autres prêtres et lança à voix haute une incantation qui tonna dans le ciel, comme un coup de tonnerre, et l’armée de revenants s’affaissa au sol.


à SUIVRE…



à SUIVRE…



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