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Au mitan de la nuit

Claude Trudel


Published by Claude Trudel at Smashwords


Copyright 2018 Claude Trudel


ISBN 978-2-98150-44-4-9 (ePub)


Smashwords Edition, License Notes

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Droit d’auteur

Tous droits réservés - Claude Trudel 2018

Ce livre gratuit peut être reproduit d’une façon identique à des fins non commerciales.



Sommaire


Au mitan de la nuit

Sources

Analyse du texte

Auteur


Au mitan de la nuit


Année après année, Ovide va ramasser des troncs d’arbres et de grosses branches charriés par la crue printanière. Sur la rive bordée d’aunes, en cette fraîche matinée ensoleillée, Daphné regarde son homme détacher la verchère. Il embarque dans la chaloupe vert forêt, installe les rames de pin, donne une petite poussée sur le quai flottant. Après des salutations chaleureuses de part et d’autre, l’embarcation s’éloigne en douceur de la Pointe-aux-Trembles.

L’archipel de Boucherville brille au milieu du fleuve, tel un joyau de la nature. À contre-courant, sous une brise légère, Ovide rame vers l’île Grosbois. Cette île, jusqu’à tout récemment reconnue pour son parc d’attractions, le King Edward Park, est maintenant abandonnée. Le robuste sellier distingue des arbres et des arbustes sur le rivage de l’île déserte. Plusieurs ont les pieds dans l’eau. La courte traversée se déroule sans difficulté, malgré quelques débris dérivant ici et là.

L’accostage de la chaloupe provoque l’envolée d’un couple de canards colverts. Ovide attache sa verchère à un tronc de peuplier. Un rapide tour d’horizon laisse anticiper une cueillette abondante et facile. Bien chaussé dans ses longues bottes de caoutchouc noires, il se met au travail avec ardeur. À l’orée d’un bosquet de vinaigriers, un carouge à épaulettes frôle sa tête. D’un cri strident, l’oiseau cherche à éloigner l’intrus à proximité de son nid. Les troncs de sapin, de mélèze et d’épinette échoués sur la rive sont les plus nombreux, mais les branches d’orme et de merisier s’avèrent aussi abondantes. Brindille de carex aux lèvres, l’artisan ébranche les troncs avec son sécateur. Tout à coup, son regard est attiré par un objet inhabituel. Une bûche de papier journal parmi de frêles eupatoires maculées.

Ovide saisit la bûche et s’étonne de son poids. Il la déballe d’un geste prompt, puis l’échappe aussitôt. Stupéfait par son contenu, il se penche vers sa trouvaille. Un avant-bras humain. Soudain pris de vertige, il se ressaisit et quitte prestement les lieux.


La découverte macabre fait grand bruit. Ainsi, dès le lendemain de l’investigation policière, les reporters décrivent avec force détails la cueillette de dix-sept paquets de huit ou dix livres trouvés sur l’île Grosbois. Quelques jours plus tard, les journaux racontent le repêchage d’une main et d’un bras à Lanoraie, puis d’une jambe et d’un pied au large de Contrecœur. Mais les limiers n’ont pu encore découvrir la tête de la victime malgré toutes leurs recherches.

Au-delà des faits relatés par les autorités, le chroniqueur de La Patrie imagine les circonstances du meurtre. Au mitan de la nuit, la victime inerte est étendue sur le plancher de la cuisine. L’assassin va chercher sa courtepointe élimée, écarte le couteau de boucher, roule péniblement le cadavre sur la couverte de coton et l’entoure de serviettes. En évitant de faire du bruit, il tranche difficilement la tête avec le hachoir. La victime baigne dans son sang. Les vêtements et les souliers du tueur sont éclaboussés, mais il n’y porte guère attention. Pris de frénésie, il va prendre son égoïne dans le hangar en tôle rouillée. Dans des mouvements de va-et-vient, il dépèce le corps en de multiples morceaux. Le plancher même est souillé, mais le tueur n’y porte guère attention. Épuisé et satisfait de son œuvre, le monstre s’étend sur le sol, se détend et s’endort.

Au lever du jour, le meurtrier assèche les débris de chair et les enrobe dans du papier journal. Il essuie la table, nettoie le prélart, change de vêtements et de chaussures. Le nettoyage ainsi achevé, avec sa brouette, le criminel descend plusieurs fois la ruelle parallèle à l’avenue De Lorimier jusqu’au rivage du Saint-Laurent. Là, au pied du courant Sainte-Marie, il se déleste coup sur coup des objets dissimulés.

Le journaliste conclut son papier en écrivant que les annales judiciaires de presque tous les pays font mention d’assassinats analogues, mais qu’il y en a peu qui présentent un caractère aussi horrible.


Après son travail en ville, Daphné monte dans le tramway le cœur léger. Le courant d’air fait voltiger ses longs cheveux blonds. Son visage épanoui et sa robe fleurie de marguerites attirent aussi les regards des voyageurs. À partir du terminus de l’avenue George V, dans un autobus de la ligne 86, la passagère poursuit son trajet sur la rue Notre-Dame. Vingt-deux minutes plus tard, le vieux moulin à vent des sulpiciens maintenant dépassé, la femme descend à l’intersection du boulevard Saint-Jean-Baptiste, puis se dirige vers le fleuve.

Arrivée au croisement de la rue Bellerive, Daphné bifurque à droite. Environ cent pieds plus loin, après avoir franchi une haie d’épines-vinettes, elle se trouve devant sa jolie maison en briques rouges. Contre toute attente, les persiennes en bois sont fermées et la porte est verrouillée. Elle prend la clé dans son sac à main, l’insère dans la serrure et s’introduit dans la demeure. Un rapide tour d’horizon la rend perplexe, inquiète. De toute évidence, le logis est désert.

Sans plus attendre, Daphné sort par la porte arrière, contourne le potager entouré d’une solide clôture en pruche et se dirige d’un pas rapide vers l’atelier. La porte du bâtiment en planches de cèdre est entrouverte. Elle entre. Une odeur nauséabonde lui monte au nez, plus forte que celle du cuir. Sur l’établi en érable, une masse et un tranchoir souillés. Sur le sol en terre battue, une grande flaque rougeâtre. Un bruit à peine audible lui fait tourner la tête. Effrayée, abasourdie, la jeune femme s’esquive à pas de loup.


Les badauds s’agglutinent devant les portes de bronze de l’imposant Palais de justice, mais peu de gens sont autorisés à entrer. Situé sur la rue Notre-Dame, à proximité de l’Hôtel de Ville, l’édifice de style classique abrite des cours de justice, des bureaux pour les juges et les avocats de la Couronne, des dortoirs pour les jurés, des locaux pour la police et trois cellules.

Escorté par deux policiers, l’accusé entre dans la grande salle d’audience au plafond à caissons. Après les formalités d’usage et selon les procédures habituelles, la Cour écoute pendant plusieurs jours les divers témoignages des officiers et des témoins, ainsi que la lecture du rapport d’autopsie par le médecin légiste. Concentré sur lui-même, le prévenu refuse de témoigner, sauf lorsqu’au dernier jour du procès le juge lui offre une ultime occasion de parler.

– C’est pas ma faute. Il voulait me frapper. J’ai répliqué. Il a pris une cornette à couper sur l’établi et s’est jeté en furie contre moi, les yeux exorbités et sa face rouge de colère. J’ai pris un marteau à planer et je l’ai assommé. Je l’ai achevé avec la cornette.

– Accusé, racontez-nous la suite. Comment avez-vous démembré le cadavre?

– C’est pas ma faute. Il voulait me frapper. J’ai répliqué. Il a pris une cornette à couper sur l’établi et s’est jeté en furie contre moi, les yeux exorbités et sa face rouge de colère. J’ai pris un marteau à planer et je l’ai assommé. Je l’ai achevé avec la cornette.

– C’est bon, nous avons compris. Avez-vous autre chose à nous dire?

– C’est pas ma faute. Il voulait me frapper. J’ai répliqué. Il a pris une cornette à couper sur l’établi et s’est jeté en furie contre moi, les yeux exorbités et sa face rouge de colère. J’ai pris un marteau à planer et je l’ai assommé. Je l’ai achevé avec la cornette.

Après quelques minutes de délibération, à l’unanimité, le jury reconnaît Ovide Mortier coupable de meurtre au premier degré.

– Accusé, levez-vous!

Aidé par les policiers, Mortier se lève en se dandinant comme un somnambule.

– Jamais un tel crime n’a été commis selon nos annales judiciaires. Un crime affreux, un crime barbare. Aucune circonstance ne saurait être retenue pour atténuer une peine exemplaire. En conséquence, je vous condamne à être pendu le 15 février prochain.

L’accusé se ressaisit et se remembre. Morceau par morceau. D’abord, le tronc. Ensuite, les jambes et les bras. Puis il se penche et saisit sa tête rangée sous le quai. Il la fixe sur son cou. Les pièces désormais bien ficelées, il s’évade d’un pas allègre…


Sources [^]


Cette courte nouvelle est inspirée d’un fait divers survenu à Montréal en 1930. L’événement est alors rapporté dans les journaux, notamment dans La Patrie, La Presse, Le Devoir et Le Petit Journal. Ces publications ont été numérisées. Elles peuvent être consultées sur le portail BAnQ numérique de Bibliothèque et Archives nationales du Québec. En plus des imprimés, les collections de ce portail contiennent un très grand nombre d’images, de cartes et de plans du début du 20e siècle.

La photo de la couverture du livre provient de la Collection de Claude Trudel. Cette collection compte plus de 3 600 photos, dont plusieurs des espèces botaniques citées dans le livre: aulne (aune), carex, cèdre, coton, daphné, épine-vinette, épinette, érable, eupatoire maculée, marguerite, mélèze, merisier, orme, peuplier, pruche, sapin, tremble et vinaigrier.


Analyse du texte [^]


Quelques repères:

1. – Les séquences textuelles

2. – La structure du récit

3. – Les éléments du discours

4. – La bibliographie sélective.


Une nouvelle, c’est quelque chose que nous voyons et que nous pouvons lire, mais c’est aussi, si nous la considérons autrement, quelque chose de plus, une chose que nous ne voyons pas mais qui se trouve cependant-là, entre les lignes, qui est suggéré.

Eduardo HALFON, Lointain


1. – Les séquences textuelles [^]


La nouvelle est un texte de type narratif constitué de séquences narratives intégrant des séquences descriptives, argumentatives et dialogales. Exemples:

- séquence narrative:

Ovide saisit la bûche et s’étonne de son poids. Il la déballe d’un prompt, puis l’échappe aussitôt. Stupéfait par son contenu, il se penche vers sa trouvaille. Un avant-bras humain. Soudain pris de vertige, il se ressaisit et quitte prestement les lieux.

- séquence descriptive:

Après son travail en ville, Daphné monte dans le tramway le cœur léger. Le courant d’air fait voltiger ses longs cheveux blonds. Son visage épanoui et sa robe fleurie de marguerites attirent aussi les regards des voyageurs.

- séquence argumentative:

Le journaliste conclut son papier en écrivant que les annales criminelles de presque tous les pays font mention d’assassinats analogues, mais qu’il y en a peu qui présentent un caractère aussi horrible.

- séquence dialogale:

Accusé, racontez-nous la suite. Comment avez-vous démembré le cadavre?

Je n’ai rien démembré. C’est pas de ma faute. Il voulait me frapper. J’ai répliqué. Il a pris une cornette à couper sur l’établi et s’est jeté en furie contre moi, les yeux exorbités et sa face rouge de colère. J’ai pris un marteau à planer et je l’ai assommé. Je l’ai achevé avec la cornette.


2. – La structure du récit [^]


La structure du récit est envisagée sous quatre aspects:

- Les caractéristiques générales

- Le schéma narratif

- La mise en page

- La temporalité.


Les caractéristiques générales [^]

Les caractéristiques de base de la nouvelle littéraire: peu de personnages, un événement dominant (unité d’action), une durée temporelle limitée (unité de temps), un lieu circonscrit (unité de lieu), un texte court (par rapport au roman).

Les caractéristiques de base de la nouvelle Au mitan de la nuit: peu de personnages (Ovide et Daphné, les protagonistes; chroniqueur et juge, des personnages secondaires), un événement dominant (le rêve d’un meurtre), une durée temporelle limitée (au cours d’une nuit), et un lieu circonscrit (la région métropolitaine).


Le schéma narratif [^]

Le récit du rêve d’Ovide se déroule en quatre phases narratives [schéma narratif]:

[situation initiale]

– cueillette annuelle d’Ovide à l’île Grosbois

[élément perturbateur]

– découverte d’un reste humain

[déroulement]

– première péripétie > enquête policière et reconstitution du meurtre

– deuxième péripétie > retour de Daphné à la maison et saisissement dans l’atelier

– troisième péripétie > procès de l’assassin

[dénouement]

– remembrement du rêveur assassin / victime.


La mise en page [^]

Les six actions chronologiques de l’histoire sont regroupées en quatre parties dans la mise en page de la nouvelle.

Les lieux des actions alternent entre ces parties: situation initiale et élément perturbateur (Pointe-aux-Trembles), première péripétie (Montréal), deuxième péripétie (Pointe-aux-Trembles), troisième péripétie et dénouement (Montréal). Par ailleurs, chacune de ces parties est axée sur un personnage: Ovide, l’assassin (la victime), Daphné, la victime (l’assassin).

Les ruptures / transitions d’une partie à l’autre sont formelles:

- Pris soudain de vertige, il se ressaisit et quitte aussitôt les lieux. / La découverte macabre fait grand bruit.

- Le journaliste conclut son papier… / Après son travail en ville, Daphné monte dans le tramway le cœur léger.

- Effrayée, abasourdie, la jeune femme s’esquive à pas de loup. / Les badauds s’agglutinent devant les portes de bronze de l’imposant Palais de justice

Chaque partie débute par l’entrée en scène d’un individu ou d’un groupe de personnes, par alternance: Ovide, les reporters, Daphné, les badauds.

1° Ovide / Année après année, Ovide va ramasser des troncs d’arbres et de grosses branches charriés par la crue printanière.

2° les reporters / […] les reporters décrivent avec force détails la cueillette de dix-sept paquets de huit ou dix livres trouvés sur l’île Grosbois.

3° Daphné / Après son travail en ville, Daphné monte dans le tramway le cœur léger.

4° les badauds / Les badauds s’agglutinent devant les portes de bronze de l’imposant Palais de justice […]

À la fin de chaque partie, par contre, un personnage disparaît:

1° Ovide fuit l’île Grosbois / Soudain pris de vertige, il se ressaisit et quitte prestement les lieux.

2° les restes humains (de la victime) sont emportés par le courant / Là, au pied du courant Sainte-Marie, il se déleste coup sur coup des objets dissimulés.

3° Daphné s’esquive de l’atelier / Effrayée et abasourdie, la jeune femme s’esquive à pas de loup.

4° l’accusé quitte le tribunal / Les pièces désormais bien ficelées, il s’évade d’un pas allègre

Par ailleurs, la première phrase et la dernière phrase du récit forment une boucle centrée sur le rêveur:

- début du rêve: Année après année, Ovide va ramasser des troncs d’arbres et de grosses branches charriés par la crue printanière.

- fin du rêve: Les pièces désormais bien ficelées, il s’évade d’un pas allègre


La temporalité [^]

Tout au long de l’histoire, la temporalité du récit est modulée. Par exemple, les témoignages au tribunal durent plusieurs jours, mais ils sont télescopés en une seule phrase, alors que le morcellement du cadavre, d’une brève durée, est relaté dans un long paragraphe:

Après les formalités d’usage et selon les procédures habituelles, la Cour écoute pendant plusieurs jours les divers témoignages des officiers et des témoins, ainsi que la lecture du rapport d’autopsie par le médecin légiste.

Au-delà des faits relatés par les autorités, le chroniqueur de La Patrie imagine les circonstances du meurtre. Au mitan de la nuit, la victime inerte est étendue sur le plancher de la cuisine. L’assassin va chercher sa courtepointe élimée, écarte le couteau de boucher, roule péniblement le cadavre sur la couverte de coton et l’entoure de serviettes. En évitant de faire du bruit, il tranche difficilement la tête avec le hachoir. La victime baigne dans son sang. Les vêtements et les souliers du tueur sont éclaboussés, mais il n’y porte guère attention. Pris de frénésie, il va prendre sa scie à découper dans le hangar en tôle. Dans des mouvements de va-et-vient, il dépèce le corps en de multiples morceaux. Le plancher même est souillé, mais le tueur n’y porte guère attention. Épuisé et satisfait de son œuvre, le monstre s’étend sur le sol, se détend et s’endort.


3. – Éléments du discours [^]


Plusieurs éléments du discours peuvent être mis en relief:

- Les thèmes

- Les narrateurs

- Les protagonistes

- Les toponymes

- Les descriptions

- Les champs lexicaux

- Les phrases

- Les figures de style.


Les thèmes [^]

Le thème dominant: le rêve d’un meurtre. Ce rêve est enchevêtré de moments idylliques et macabres, de passages réalistes et fantaisistes. La nature du récit n’est pas indiquée de manière explicite, mais elle se révèle au cours du récit: Aidé par les policiers, Mortier se lève en se dandinant comme un somnambule.

Le thème secondaire: le temps, à la fois linéaire et cyclique. Outre l’histoire qui s’écoule d’une façon continue, plusieurs éléments du texte font état du temps linéaire (exemples): dès le lendemain, Quelques jours plus tard, Au mitan de la nuit, Au lever du jour, Après son travail en ville, Vingt-deux minutes plus tard, la Cour écoute pendant plusieurs jours, au dernier jour du procès.

Les premiers mots du texte évoquent le temps cyclique: Année après année. Ce thème est repris à maintes reprises, d’une façon explicite ou allusive (exemples): des troncs d’arbres et de grosses branches charriés par la crue printanière, l’oiseau cherche à éloigner l’intrus à proximité de son nid. Ces cycles naturels caractérisent les saisons, la végétation et les animaux. Mais le récit évoque aussi la renaissance, telle l’allusion implicite au mythe d’Osiris: L’accusé se ressaisit et se remembre.


Les narrateurs [^]

Le narrateur de base est omniscient, mais il cède à un narrateur secondaire la relation du meurtre: Au-delà des faits relatés par les autorités, le chroniqueur de La Patrie imagine les circonstances du meurtre. Par ailleurs, un discours rapporté direct s’insère dans la narration de la nouvelle: le dialogue entre le juge et l’accusé.


Les protagonistes [^]

Les prénoms des deux protagonistes sont empruntés à une œuvre antique: Ovide (poète latin, 43 av. J.-V – 17 ou 18 apr. J.-C., auteur de l’œuvre Les Métamorphoses) et Daphné (nymphe dont la légende est racontée par Ovide dans Les Métamorphoses, Livre I, 452-567).

Comme le précise la définition du mot mortier, Mélange fait de certaines matières et utilisé pour lier les matériaux, le patronyme Mortier préfigure le dénouement du récit.

Ovide est un sellier robuste, habile et vif. Son épouse est jeune, épanouie et autonome. Il forme un couple heureux: Après des salutations chaleureuses de part et d’autre, l’embarcation s’éloigne en douceur de la Pointe-aux-Trembles.


Les toponymes [^]

Les noms des lieux et des rues ont des connotations historiques. Par exemple, des toponymes datant de la Nouvelle-France: Pointe-aux-Trembles, archipel de Boucherville, fleuve Saint-Laurent, Montréal, Lanoraie, Contrecœur, courant Sainte-Marie, rue Notre-Dame, moulin des sulpiciens. D’autres toponymes rappellent le régime anglais consécutif à la Conquête de 1760: parc d’attractions King Edward Park (Edward VII, roi anglais, 1901-1910), avenue George V (George V, roi anglais, 1910-1936), rue Craig (James Henry Craig, gouverneur anglais du Bas-Canada, 1807-1811).

Certains toponymes ont trait à des événements historiques: avenue De Lorimier (Chevalier de Lorimier, 1803-1839, patriote pendu le 15 février 1839 dans la cour de la prison du Pied-du-Courant), boulevard Saint-Jean-Baptiste (Jean le Baptiste, prédicateur né un 24 juin et décapité en l’an 28 ou 29; reconnu patron national par le gouvernement québécois en 1927).


Les descriptions [^]

La propriété des protagonistes et le Palais de justice sont décrits avec beaucoup de détails. Le terrain des Pointeliers est bordé par la rue Bellerive, au nord, et le fleuve Saint-Laurent, au sud. À peu de distance, le vieux moulin des sulpiciens, à l’ouest, et le boulevard Saint-Jean-Baptiste, à l’est. Les éléments du terrain sont précisés: la haie d’épines-vinettes, la maison rouge, le potager clôturé, l’atelier du sellier et les aunes riverains.

Situé au cœur de la ville, à proximité de l’Hôtel de Ville (siège du pouvoir politique), le Palais de justice (siège du pourvoir judiciaire) est un édifice impressionnant décrit de l’extérieur, puis de l’intérieur: une architecture de style classique, les portes de bronze, les nombreux locaux (cours, bureaux, dortoirs, cellules), dont la salle d’audience principale au plafond à caissons.

Le contraste entre la propriété d’un couple de la classe moyenne résidant en banlieue et une propriété publique du centre-ville incarnant le pouvoir étatique est saisissant.


Les champs lexicaux [^]

À titre d’exemple, des sélections de mots et groupes de mots reliés aux champs lexicaux du corps humain, de l’arbre et du crime.

1° - Champ lexical du corps humain: homme, intru, lèvres, avant-bras, main, bras, jambe, pied, tête, sang, corps, morceaux, débris de chair, objets, cœur, cheveux, visage, femme, nez , bruit à peine audible, yeux, face, tronc, cou, pièces.

2° - Champ lexical de l’arbre: troncs d’arbres, branches charriées, aunes, verchère, forêt, pin, Trembles, arbustes, pieds dans l’eau, peuplier, bosquet, vinaigriers, sapin, mélèze, épinette, orme, merisier, carex, artisan ébranche, sécateur, bûche, papier journal, coton, marguerites, haie d’épines-vinettes, persiennes en bois, pruche, planches de cèdre, érable.

3° - Champ lexical du crime: découverte macabre, investigation policière, limiers, victime, recherches, circonstances du meurtre, assassin, couteau de boucher, cadavre, tranche difficilement la tête, hachoir, tueur, égoïne, dépèce le corps, œuvre, meurtrier, criminel, assassinats, flaque rougeâtre, Palais de justice, cours de justice, juges, avocats, jurés, police, cellules, policiers, accusé, salle d’audience, Cour, témoignages des officiers, témoins, rapport d’autopsie, médecin légiste, prévenu, procès, juge, cornette à couper, marteau à planer, démembré, jury, coupable au premier degré, crime, annales judiciaires, peine, je vous condamne, être pendu, il s’évade.

Plusieurs autres champs lexicaux peuvent être repérés dans le texte, dont ceux-ci: couleurs, eau, émotions, matériaux, métiers, nature, outils, sens.


Les phrases [^]

La construction des phrases est diversifiée: la phrase de base; les types et les formes de la phrase; la phrase à construction particulière; les liens dans les phrases et entre les phrases. Exemples:

1° - La phrase de base (type déclaratif; formes positive, active, neutre et personnelle): Le robuste sellier distingue des arbres et des arbustes sur le rivage de l’île déserte. (sujet de la phrase (obligatoire) > Le robuste sellier / prédicat de la phrase (obligatoire) > distingue des arbres et des arbustes / complément de la phrase (facultatif) > sur le rivage de l’île déserte)

2° - Les types de la phrase

Phrase déclarative: Le robuste sellier distingue des arbres et des arbustes sur le rivage de l’île déserte.

Phrase interrogative: Avez-vous autre chose à nous dire?

Phrase impérative: Accusé, racontez-nous la suite.

Phrase exclamative (aucun exemple)

3° Les formes de la phrase

Phrase positive: La porte du bâtiment en planches de cèdre est entrouverte.

Phrase négative: Mais les limiers n’ont pu encore découvrir la tête de la victime malgré toutes leurs recherches.

Phrase passive: Tout à coup, son regard est attiré par un objet inhabituel.

Phrase emphatique: Le journaliste conclut son papier en écrivant que les annales judiciaires de presque tous les pays font mention d’assassinats analogues, mais qu’il y en a peu qui présentent un caractère aussi horrible.

Phrase impersonnelle (aucun exemple)

4° - Les phrases à construction particulière

Phrase non verbale: Un avant-bras humain.

Phrase à présentatif (aucun exemple)

Phrase impersonnelle (aucun exemple)

Phrase infinitive (aucun exemple)

5° - Les liens dans les phrases et entre les phrases

Phrase subordonnée: Le journaliste conclut son papier en écrivant que les annales judiciaires de presque tous les pays font mention d’assassinats analogues, mais qu’il y en a peu qui présentent un caractère aussi horrible.

Phrases coordonnées: Ovide saisit la bûche et s’étonne de son poids.

Phrases juxtaposées: Il embarque dans la chaloupe vert forêt, installe les rames de pin, donne une petite poussée sur le quai flottant.


Les figures de style [^]

Quelques exemples de figures de mots, de sens, de construction et de pensée:

1° - Figures de mots

Allitération: Le robuste sellier distingue des arbres et des arbustes sur le rivage de l’île déserte. (consonne r)

Assonance: Épuisé et satisfait de son œuvre, le monstre s’étend sur le sol, se détend et s’endort. (voyelle phonétique en)

Archaïsme: Au mitan de la nuit, la victime inerte est étendue sur le plancher de la cuisine. (mitan)

2° - Figures de sens

Comparaison: Aidé par les policiers, Mortier se lève en se dandinant comme un somnambule. (comme)

Métonymie: Plusieurs ont les pieds dans l’eau. (partie-tout: partie > pieds / racines; tout > plusieurs / arbres et arbustes)

3° - Figures de construction

Anaphore: Un rapide tour d’horizon laisse anticiper une cueillette abondante et facile. Un rapide tour d’horizon la rend perplexe, inquiète. (Un rapide tour d’horizon)

Épiphore: Les vêtements et les souliers du tueur sont éclaboussés, mais il n’y porte guère attention. Le plancher même est souillé, mais le tueur n’y porte guère attention. (n’y porte guère attention)

Énumération: Les troncs de sapin, de mélèze et d’épinette échoués sur la rive sont les plus nombreux, mais les branches d’orme et de merisier s’avèrent aussi abondantes. (sapin, mélèze, épinette, orme, merisier)

Répétition: C’est pas ma faute. (phrase répétée à deux reprises)

Gradation: Un crime affreux, un crime barbare. (affreux, barbare)

Ellipse: Sur le sol en terre battue, une grande flaque rougeâtre. (il y a)

Enchâssement: Vingt-deux minutes plus tard, le vieux moulin à vent des sulpiciens maintenant dépassé, la femme descend à l’intersection du boulevard Saint-Jean-Baptiste, puis se dirige vers le fleuve. (le vieux moulin à vent des sulpiciens maintenant dépassé)

Inversion: De toute évidence, le logis est désert. (De toute évidence)

4° - Figures de pensée

Emphase: Jamais un tel crime n’a été commis selon nos annales judiciaires. (Jamais)

Euphémisme: Là, au pied du courant Sainte-Marie, il se déleste coup sur coup des objets dissimulés. (objets dissimulés)

Dépersonnification: Ainsi, dès le lendemain de l’investigation policière, les reporters décrivent avec force détails la cueillette de dix-sept paquets de huit ou dix livres trouvés sur l’île Grosbois. (paquets)

Exténuation: Le journaliste conclut son papier en écrivant que les annales criminelles de presque tous les pays font mention d’assassinats analogues, mais qu’il y en a peu qui présentent un caractère aussi horrible. (presque tous les pays font mention d’assassinats analogues)

Hypotypose: Environ cent pieds plus loin, après avoir franchi une haie d’épines-vinettes, elle se trouve devant sa jolie maison en briques rouges. (tableau descriptif)

Apostrophe: Accusé, levez-vous! (interpellation directe)

Substitution: Puis il se penche et saisit sa tête rangée sous le quai. (quai, banc)


4. – La bibliographie sélective [^]


Les personnes intéressées à la nouvelle et au fait divers en littérature pourront consulter ces ouvrages:

[ 1 ] Andrès, Philippe. - La nouvelle. - Paris: Ellipses, 2016. - 118p. - (Ellipses poche). - ISBN 978-2-340-01441-1.

[ 2 ] Dubied, Annik. - Le fait divers. - Paris: Presses universitaires de France (PUF), 1999. - 127p. - (Que sais-je?, n°3479). - ISBN 2-1304-9871-X.

[ 3 ] Évrard, Franck. - Faits divers et littérature. - Paris: Nathan, 1997. - 128 p. - (128). - ISBN 2-00-190348-5.

[ 4 ] Gadbois, Vital; Paquin, Michel; Reny, Roger. - 20 grands auteurs pour découvrir la nouvelle. - Beloeil (Québec): La Lignée, 1990. - 315p. - ISBN 2-9201-9017-2.

[ 5 ] Goyet, Mara. - Sous le charme du fait divers. - Paris: Stock, 2016. - 204p. - ISBN 978-2-2340-8033-1.

[ 6 ] Grojnowski, Daniel. - Lire la nouvelle. - Paris: Nathan, 2000. - xii, 210p. - (Lire). - ISBN 978-2-09-190882-7.

[ 7 ] Hubert, Jocelyne. - Histoires vraies. Le Fait divers dans la presse du XVIe au XXIe siècle. - Paris: Magnard, 2007. - 215p. - (Classiques & contemporains). - ISBN 978-2-210-75498-0.

[ 8 ] Jopeck, Sylvie. - Le fait divers dans la littérature. - Paris: Gallimard, 2009. - 132p. - (Gallimard Éducation). - ISBN 978-2-07-034723-0.

Les personnes intéressées à la grammaire du texte pourront consulter les ouvrages suivants:

[ 1 ] Arcand, Richard. - Les figures de style. Allégorie, ellipse, hyperbole, métaphore… - Montréal: Les Éditions de l’Homme / Sogides, 2004. - 191p. - ISBN 978-2-7916-1935-1.

[ 2 ] Beth, Axelle; Marpeau, Elsa. - Figures de style. - Nouvelle édition. - Paris: Librio / Flammarion, 2011. - 110p. - (Mémo, n° 710). - ISBN 978-2-290-03021-9.

[ 3 ] Chartrand, Suzanne-G. et al. - Grammaire pédagogique du français d'aujourd'hui. - Boucherville (Longueuil): Graficor / Groupe Morin, 1999. - xviii, 397 p. - ISBN 2-89242-560-3.

[ 4 ] Côté, Louise; Xanthopoulos, Nathalie. - La grammaire au secondaire. - Édition revue et corrigée. - Laval: Éditions Grand Duc, [2010] © 2008. - x, 501p. - ISBN 978-2-7655-0218-0.

[ 5 ] Lecavalier, Jacques; Lachance, Guylaine; Bonneville, Josée. - L’Express grammatical pour le secondaire. - Montréal: Éditions du Renouveau pédagogique inc. (ERPI), 2011. - x, 214p. - ISBN 978-2-7613-3123-4.

[ 6 ] Pellat, Jean-Christophe, coor. - Le Grevisse de l’enseignant. L’analyse des textes. - Paris: Magnard, 2017. - 368p. - (Langue française). - ISBN 978-2-210-10630-7.

[ 7 ] Riegel, Martin; Pellat, Jean-Christophe; Rioul, René. - Grammaire méthodique du français. - 6e édition mise à jour. - Paris: Presses universitaires de France (PUF), 2016 © 1994. - xliii, 1109p. - ISBN 978-2-1307-3285-3.

[ 8 ] Villers, Marie-Éva de. - La nouvelle grammaire en tableaux et un recueil de conjugaison. - Montréal: Québec Amérique, 2009. - xvi, 324p. - ISBN 978-2- 7644-0690-8.

Les bibliographies contenues dans ces livres peuvent compléter cette double liste de références pédagogiques.


Auteur [^]


Claude Trudel est détenteur d’un brevet d’enseignement du ministère de l’Éducation, d’un baccalauréat en pédagogie, d’un certificat en applications pédagogiques de l’ordinateur et d’une licence ès lettres (histoire) de l’Université de Montréal. Il a enseigné les programmes d’études Histoire générale, Géographie du Québec et du Canada, Histoire du Québec et du Canada, Histoire du monde contemporain, au niveau secondaire, et Histoire du Québec, au niveau collégial.

Le Conseil pédagogique interdisciplinaire du Québec (CPIQ) a décerné à Claude Trudel le trophée Mérite du français en éducation 2000 pour la réalisation du site Internet de l’École secondaire Joseph-François-Perrault (Montréal).

Claude Trudel anime un blogue et un répertoire de sites sur la Toile. Son blogue Trouvailles est dédié à l’exploration de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). Son répertoire de sites Formatic 2000 recense des milliers de sites remarquables sous les thèmes Éducation et formation, Arts et culture, Sciences et technologies, Sciences humaines et sociales, Recherche documentaire, Société et loisirs.

Claude Trudel a publié sur la plateforme Smashwords quatre livres de cartographie (Anciennes cartes géographiques, Atlas du Québec, Cartes commentées, Grammaire de la carte), cinq guides spécialisés (Applications Android, Familles de plantes en photos, Guide sur Wikipédia, Plant Families in Pictures, Publier avec Smashwords), trois recueils de recensions (Documentation, Lectures, Société), et trois nouvelles littéraires (Au mitan de la nuit, Parcours, Tué à bout portant). Ces livres numériques, dont plusieurs ont été révisés et réédités, sont gratuits.

Courriel pour vos commentaires et suggestions: cltr@videotron.ca


Au mitan de la nuit


Dépôt légal - Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2018


FIN



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