include_once("common_lab_header.php");
Excerpt for Chroniques espagnoles by , available in its entirety at Smashwords



Chroniques espagnoles

Christiane Côté

Raido Publishing

Édition Smashwords





Titre : Chroniques espagnoles

Auteur : Christiane Côté

Direction littéraire : Cecilia Giorgi

Infographie : Vilma Cebrian

Illustration de la couverture : Rafael Soria Lopez

Dépôt légal - Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2018

Dépôt légal - Bibliothèque et Archives du Canada, 2018

ISBN - 978-2-9817664-0-3 (imprimé)

ISBN - 978-2-9817664-2-7 (PDF)

ISBN - 978-2-9817664-2-7 (ePub)

© 2018, Christiane Côté

Raido Publishing

www.raidopublishing.com

info@raidopublishing.com

Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés.

La maison d’édition n’est pas responsable des contenus des livres publiés.



Table des matières

Préface

Première partie. La Costa del Sol

Nerja et le bel Andalou

Un lendemain moins glorieux

Langueur et observations parentales

Julia

Hablamos Español

Des lettres, des notes et des mots

Le beau docteur Sanchez

Simon ou l’escapade à Malaga

Rites et fou-rire

La Casa de las Palabras

Le hasard de l’homme

Nuit chaude à Nerja

La mer

La pluie lèse-majesté

Hauteville

Quelques us et coutumes

Vignettes et portraits

Sensualité andalouse

Les patriarches

Aurevoir Nerja

Deuxième partie. La Costa Brava

Portbou et le temps

Lourdes

Le jeûne

La frontière

Entre Cerbère et Coléra

La Côte Vermeille

Des fleurs et des arbres

On est en famille!

La tramontane

Adios!





Préface

Voilà, j’y suis retourné. Par les mots de Christiane, je viens de parcourir à nouveau un coin de pays andalou, puis catalan... où je ne suis jamais allé physiquement. Il y a 10 ans, j’avais lu ces pages au fur et à mesure qu’elles s’écrivaient et qu’elles m’étaient timidement confiées comme de longs et délicats secrets. Pour mon amie, ce n’était alors qu’une sorte d’expérience d’écriture intime et cela m’enchantait de croire que j’étais peut-être le seul chanceux à pouvoir accueillir cette prose si personnelle. Grâce à une écriture précise et discrète, je vivais à distance une sorte de chaste et étroite intimité avec mon amie et même si je lui suggérais parfois que cela pourrait devenir un livre, l’idée que ces lignes deviennent un jour publiques me semblait incongrue. Comme à elle, je crois.

Eh bien non, finalement, comme vous voyez.

Pour cette préface, j’ai donc eu le plaisir de relire d’un trait ces fugitives semaines que j’avais vécues avec elle à Nerja, puis à Portbou, il y a de cela une décennie. Une relecture que j’ai entreprise par amitié, certes, mais surtout à cause du bonheur tranquille qui m’avait habité alors et dont je me souvenais vaguement. Bien des détails de cette douce flânerie dans le sud-est de l’Espagne, sur les rives de la Méditerranée, s’étaient effacés de ma mémoire. J’avais presque tout oublié... sauf la légèreté et la paix que ces pages avaient alors distillées en moi.

Ainsi, peut-être, plus qu’à une promenade, cette préface vous invite-t-elle à un pèlerinage. Je ne sais pas.

Christiane aime ce qui lui arrive. Ce que la vie lui propose. Vous allez voir. Elle aime d’avance. Tout. C’est sa décision. Même ce qui survient intérieurement. Chacune de ses pages est imprégnée d’une même prière : aime ce qui est là. Ce mantra habite chaque épisode et même si ce vœu n’est pas toujours exaucé, il demeure pieux et entêté. Ces chroniques espagnoles sont à mes yeux une quête douce et obstinée pour un certain état où le bien et le mal sont d’emblée exclus. Où le beau et le laid sont aimés également. Au-delà des anecdotes, cette lecture vous inocule une habitude fort peu répandue de nos jours : celle d’accueillir totalement ce qui se présente. Pour ça seulement, je relirai ces pages lorsqu’elles seront publiées.

Elles pourraient bien se retrouver à mon chevet.

J’exagère ? Probablement. Il y a tant de beaux livres. Des livres sains. Qui font du bien. J’en ai lu beaucoup. Christiane résistera à cette préface. Elle sera gênée d’un tel déploiement de « compliments ». Alors, j’ajoute ceci pour qu’elle me les permette. Oui, c’est un beau livre. Juste un autre beau livre. Oui, Christiane est une belle personne. Gentille et pudique. De telles âmes ne sont pas si rares. Oui, mais voilà, à l’occasion, Christiane écrit, elle. Et très bien, je dirais. Alors, profitez-en. Trois mois d’une douce errance vous attendent, là, et votre guide de vacance sera cette petite fille docile et émerveillée qui jadis s’appliquait à reproduire parfaitement, entre les lignes imposées, les cursives inclinées vers la droite qu’exigeaient les religieuses. Même si longtemps, je le sais, ses lettres et son être ont résisté en tirant vers la gauche, vous déambulerez maintenant accompagnés de mots qui se soumettent totalement et avec humour à la vérité du moment et peut-être ressentirez-vous comme moi que cette méticuleuse docilité est le signe d’une grande liberté devant les hasards de la vie... Qui sont, paraît-il, la précision de Dieu.

Bon. Trêve de philosophie. Laissons plutôt Christiane nous installer dans le présent.

Reynald*

*Reynald Cantin est un auteur pour la jeunesse québécoise, principalement publié chez FouLire et Québec/Amérique





Première partie

La Costa del Sol





Nerja et le bel Andalou

Clavicules endolories, sourire accroché au visage, vagues de joie qui me dilatent le cœur : voilà comment je me réveille au lendemain de mon arrivée à Nerja, petite ville de la Costa del Sol en Espagne, au sud de Grenade. Je n’ose bouger de crainte de mettre fin à cet état béni. J’étire le temps. Je savoure. A priori, le ciel que j’aperçois par la fenêtre de ma minuscule chambre est couvert. Je constate mon erreur quand je me lève pour ouvrir les volets : il ne s’agit pas de nuages, mais des murs de crépi blanc de la propriété voisine. Un rectangle de ciel d’un bleu éclatant et quasi insolent jaillit au-dessus de la cour intérieure.

Retour en arrière.

Hier matin, Paris, 8 h : j’enfile un premier sac à dos que je porterai à l’avant. C’est celui qui contient les livres, l’ordinateur, le passeport, les billets d’avion bref, mes biens les plus précieux. Je hisse sur mon dos le deuxième sac que j’ai posé sur une chaise, énorme. La mise en station debout se fait par à-coups, quelque peu périlleuse et très titubante : je devrai m’habituer. Tout cela est lourd, mais somme toute équilibré. J’embrasse la copine parisienne qui m’a hébergée et me voilà partie. Direction : métro et RER vers Charles de Gaule. J’ai résolu de ne voyager qu’en transports en commun, pour vivre à fond l’expérience « sac à dos et voyage petit budget ». La routarde frustrée en moi jubile !

Seul incident au cours du trajet vers l’aéroport : mon sac à dos se coince dans les portes du guichet du RER. C’est l’heure de pointe. Me voilà complètement immobilisée. Je ne peux en effet ni avancer ni reculer. Je pédale donc dans le vide : un tableau d’une rare élégance… Devant la petite foule de voyageurs pressés qui se forme derrière moi, deux âmes généreuses que je sens, mais ne verrai pas prendront l’initiative de pousser mon bagage dorsal jusqu’à ce que le passage soit forcé. Me voilà projetée vers l’avant, et avec le poids du sac que je porte sur le ventre, j’évite de justesse, en esquissant quelques pas d’un ballet plus que douteux, de m’étaler de tout mon long au milieu de la place. Je réprime un frisson d’horreur à la vision de ce que j’aurais pu avoir l’air (j’ai l’image fugace d’une tortue sur le dos qui gesticulerait dans le vide pour essayer de se relever, ce qui n’aurait pour effet que de lui donner l’allure d’une désolante toupie…). Stop ! Pas ce qui aurait pu être, mais ce qui est. Je ne suis pas tout à fait convaincue de la pureté de ma pratique spirituelle, mais disons que… on est parfois bien content que ce qui est soit ce qui est plutôt que ce soit ce que cela aurait pu être même s’il est impossible que cela ait été autre chose que ce que cela a été…

Le trajet durera 13 heures. Paris-Madrid, Madrid-Malaga en avion, sans histoire autre que cet air de fête qui ne me quitte pas. Au moment de monter dans le bus qui m’emmènera à la station d’où je prendrai le car pour Nerja, j’ai l’impression que je suis surdimensionnée avec mon chargement et que je risque à nouveau de me coincer dans la porte. J’ai le réflexe de tenter de monter l’escalier de côté, mais… je ne peux qu’éclater de rire : je suis deux fois plus large de côté que de face ! Que dit la vérité ? Il faut tout retirer pour pouvoir monter dans le bus par étapes. La routarde doit s’assumer.

La route de Malaga à Nerja est un pur ravissement. La poitrine m’en fait mal. La mer surgit devant mes yeux à 20 h 12 exactement, avec l’intensité d’une décharge électrique. Elle est là, toute là, splendide, chatoyante dans la lumière du jour qui s’achève et la fait briller. Il y a des joggeurs, des mères qui la longent en poussant doucement leur enfant endormi, des couples qui la contemplent rêveusement. Je vois même un gymnase en plein air dans lequel un homme actionne vigoureusement un appareil elliptique qui fait face à l’océan.


Purchase this book or download sample versions for your ebook reader.
(Pages 1-7 show above.)